• De 1879 à 1954 les installations militaires de la place forte de Calais ont subi des déclassements successifs pour la construction du nouveau port, des infrastructures ferroviaires ou des nouveaux bâtiments; il s’est agit de concilier des intérêts toujours contradictoires depuis que l’on construit des remparts, ceux du commerce qui a besoin de larges espaces et d’axes de circulation commodes et les impératifs de la défense qui cherche à multiplier les obstacles. Jusqu’au début du vingtième siècle, l’ennemi est toujours la perfide Albion aussi les défenses sont-elles toujours largement tournées vers la mer. Dans la loi de 1879, Calais est toujours considéré dans la première série des places de guerre. Mais les progrès de l’artillerie ont rendu obsolètes les ouvrages antérieurs du système initié par Vauban et c’est sans doute le souci de la défense qui explique l’empressement de l’Etat à conclure la réunion des communes de Calais et de Saint-Pierre en 1885 afin de mieux les enserrer dans un système moderne de fortification que Villy ne nous montre pas. Ce sont les vieux monuments du passé calaisien que nous retrouvons sur ses photos: la citadelle où des casernes subsistent mais autour de laquelle on se promène sans problème, le fort Risban orné d’un coquet jardin public et le fort Nieulay en ruine. Dès 1886, le Ministère de la Guerre avait entrepris une nouvelle délimitation de la zone des fortifications et des servitudes qui s’y rattachaient. Une loi de 1921 déclasse en principe et raye des places de guerre l’enceinte fortifiée de Calais, mais il y a souvent loin du déclassement au démantèlement et ce n’est qu’en 1925 que l’Etat envisage une suppression éventuelle de la zone des servitudes qui entoure la ville, les remparts est et ouest étant susceptibles d’être déclassés.

    Après les grands travaux de 1889, la plupart des remparts urbains de la place de Calais ont été démolis.

    Ce sont, par conséquent, des défenses obsolètes, mais pas encore des monuments historiques que nous décrit le photographe du boulevard Lafayette. Même si la citadelle demeure avec son immense caserne Vauban, un ouvrage militaire d’importance en cas de guerre, ce n’est plus le cas pour les deux autres places du système de défense calaisien, les forts Nieulay et Risban. Vers 1925 le premier commence à tomber en ruine tandis que le second à l’entrée du port s’orne d’un jardin d’agrément, revanche des civils sur les militaires toujours prêts selon le peintre Louis Francia à déclencher une “guerre d’extermination aux douces fleurs d’été”.

    Calais place de guerre

     

    Calais place de guerre

     Calais, porte de l’arsenal

    Mention manuscrite, en bas et au milieu: Calais, porte de l'Arsenal

    Calais, musée des Beaux-Ans (Inv. 90.41.4)

     Il s’agit peut-être de la porte de l’Arsenal de la citadelle, appelé également “bâtiment S”, construit en 1632, à moins qu‘il ne s’agisse de celle du magasin à poudre construit six ans plus tard au sud de l’esplanade de l’Arsenal et dont la façade de l’est porte les armoiries du gouverneur de la ville.

    Calais place de guerre

    Entrée de la citadelle vue en direction du nord—nord—ouest 1930

    Signé et daté, en bas et à droite : P. ViIly 1930

    Calais, collection particulière

     Cette porte appelée suivant les époques porte de la Ville ou de l’Hermitage est ornée d’un bas-relief représentant Neptune, couché, déversant des flots d’une urne, qui avait été découvert en 1600 dans les déblais des travaux de fortification effectués au nord de la ville. La tradition fait remonter ce bas-relief à l’occupation anglaise. L’éloignement ne permet pas de juger si vers 1930, cette belle pièce archéologique était en aussi mauvais état qu’aujourd’hui.

    Calais place de guerre

    Calais, entrée de la citadelle et fortifications

    Mention manuscrite, en bas et à droite: Calais. Entrée de la citadelle

    et fortifications

    Calais, musée des Beaux—Arts (Inv. 90.41.65)

     Paul Villy photographie à plusieurs reprises, à des saisons ou selon des éclairages divers, le même sujet, comme le montre cette vue identique dans son cadrage à la photographie précédente.

    Calais place de guerre

    Le fort Risban et le square Risban vus dans la direction de Calais 1923-1929

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.21.32)

     Le fort Risban est intégré dans l’espace urbain depuis la construction des ponts Henri Hénon en 1906, puis orné en 1923 d’un jardin et d‘un monument à la gloire d’un courageux calaisien, dont Robert Chaussois rapporte la fin : “Brazy avait été porté disparu alors qu’il participait le 18 juin 1928, aux recherches pour retrouver des rescapés de l’expédition du général italien Umberto Nobile. Le dirigeable Italia envoyé à la conquête du Pôle nord, s’était en effet écrasé sur la banquise" (1). Le cliché montrant le square Risban dépourvu du monument Brazy érigé en 1929, peut être daté entre 1923 et 1929.

    Calais place de guerre

    Le fort bastionné à l’ouest du fort Risban et le monument Brazy 1930

    Signé, en bas et à droite: P. ViIly

     Il existe dans une collection particulière un cliché identique daté de 1929

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.62)

     Le bastion ouest du fort Risban est flanqué d’une sorte de tour semi-circulaire appelée orillon. Comme on le voit le fort Risban était en 1930 en excellente condition de conservation, ce n’est pas le cas par contre de la végétation haute, puis qu’à l’exception de ceux qui sont accrochés à la muraille, les petits arbres subissent les vents d’ouest de plein fouet ce qui explique la forme dissymétrique de leur feuillage asséché à l’ouest par les vents marins. Jules Peumery, directeur du journal local le Phare de Calais fit transplanter deux grands magnolias dont le destin fut tragique: “Je supposais que ces beaux arbres d’ornements, ayant été plantés avec soin, auraient de leurs feuilles et de leurs fleurs blanches, magnifiquement embelli le jardin. Malheureusement, les courants d’air les ont empêchés de pousser: les bourgeons furent brûlés par l’air salin et les jeunes feuilles ne purent supporter le vent incessant de l’an dernier. Et aujourd’hui, bien que ce soient des arbres à feuilles persistantes, ils sont dépouillés de leurs grandes et jolies feuilles”.

    Le monument Brazy fut inauguré le dimanche 28 juillet à l‘occasion des festivités qui marquèrent la commémoration du vingtième anniversaire de la traversée du détroit du Pas-de-Calais en avion par Louis Blériot. Ces fêtes furent promues par Henry Sainsard, aéronaute puis aviateur calaisien (voir infra photographie 83), et supportées par les jour— naux le Matin, le Daily Express de Londres et le Soir de Bruxelles. Un grand meeting aérien eut lieu à l'aérodrome de Saint—Inglevert sur lequel Louis Blériot attérit à bord d‘un bi-moteur Blériot cent vingt sept, tandis que ses ouvriers avaient reconstitué le Blériot Onze sur lequel avait eu lieu l’historique traversée. C’est en présence du Ministre de l’Air, Laurent Eynac, et de la famille du héros que fut inauguré le buste du mécanicien Brazy. A cette occasion, le maire de Calais, Léon Vincent déclama un discours bien senti dont il possédait le secret, déclarant entre autre que Brazy ”synthétise une fois de plus l’héroïsme des petits gars du Nord”.

    Calais place de guerre

    Le fort Nieulay 1926

    Signé et daté, en bas et à droite : P. ,Villy 1926

    Mention manuscrite, en bas et à droite: Le Fort Nieulay

    Calais, collection particulière

     La façade sud du fort Nieulay est la plus connue des calaisiens puisque c’est celle que l’on découvre depuis la route nationale numéro un qui conduit vers Boulogne. Cette route et le pont qui enjambait la rivière de Harnes appelée plus tard Rivière Neuve ou canal des Pierrettes, étaient les deux raisons d’être de ce fort unique en son genre. Le Nieulay était destiné à défendre l’accès ouest de la ville et à contrôler l’inondation du glacis ouest de la citadelle en cas d’attaque. En 1926, les remparts sont encore en bon état par rapport aux dégradations ultérieures, aujourd’hui heureusement réparées. Le watergang qui isole le fort de la route est aujourd’hui busé tandis que le pont de bois a été remplacé par une construction en pierre du plus bel effet.

    Calais place de guerre

    Le fort Nieulay 1926

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1926

    Mention manuscrite, en bas et à droite : Le Fort Nieulay

    Calais, collection particulière

     Tournant son appareil photographique vers le nord, Paul Villy nous fait découvrir la façade ouest du fort avec au premier plan les détails du bastion sud-est, et ceux de la courtine ouest dans laquelle est percée la porte de Calais cachée par le bastion, le bastion nord-ouest et à droite au—delà du fossé la demi—lune qui le protège.

    Calais place de guerre

    La chapelle, les écluses et les casernes du fort Nieulay

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, collection particulière

     Le photographe s’est juché sur les rem— parts nord du fort millénaire pour nous faire découvrir la chapelle, dont le clocher est encore conservé ce qui daterait le cliché d’avant 1898, le pont de pierre qui enjambe, en biais, le canal éclusé destiné à inonder le pays en quelques jours en cas d’invasion. Le grand bâtiment est l’arsenal qui a complètement disparu aujourd’hui et qui abritait au rez-de-chaussée des forges pour l’artillerie lourde et au premier étage l’artillerie légère. Le rempart sud est formé d’une simple courtine équipée à l’intérieur de trois arches avec des écluses constituant “l‘entrée des eaux”.

     

    1. Chaussois (Robert), “Le buste de Gilbert Brazy fête ses soixante ans au fort Risban“, la Voix du Nord, édition Calais, 29 Juillet 1989.

    Pin It

    votre commentaire
  • Depuis 1837, la ville de Calais a tenté d’établir une station balnéaire qui puisse concurrencer ses voisines et rivales: Boulogne-sur-mer et Dunkerque. Aussi, en 1890, le chroniqueur du journal le Petit Calaisien remarque qu’à l’ouest, Boulogne devient la résidence estivale du high-life parisien “et qu’à” l’est Dunkerque attire la bourgeoisie, effarouchée par le luxe de la station boulonnaise”.

    En 1893, la municipalité décide de construire un nouveau casino sur l’emplacement de l’établissement des bains de mer qui avait connu une fortune très mitigée face au développement considérable de l’activité balnéaire de Boulogne dû au trafic considérable des excursionnistes britanniques dans ce port. L’ancien établissement des bains de mer est “destiné à disparaître fatalement sous le poids des années et aussi sous la dent des rongeurs qui y vivent en toute sécurité”. L’entreprenant Achile Bresson—Muller devint en 1893 fermier de la plage de Calais. Fort d’une solide expérience acquise au Kursaal d’Ostende, il fit construire les installations qui y demeurèrent jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.

    En 1898, c’est—à-dire au moment où Paul Villy prend ses premières photographies, un projet de nouvelle station balnéaire se développe sous la forme d’une société franco-anglaise à la tête de laquelle se trouvaient plusieurs capitalistes calaisiens sous le nom charmant de Lapin plage, du nom du fort Lapin situé à l’ouest du casino. Les actionnaires espéraient pouvoir construire un nouveau casino, des hôtels et des villas, ce qui aurait donné une grande zone balnéaire à Calais, aux Barraques (l’actuel Blériot Plage) et Lapin Ville sur une longueur de deux kilomètres.

    Trente ans plus tard, la station balnéaire calaisienne est toujours à l’état de projet. En 1925, on espère avec ardeur que les engagements pris par le Ministre de la Marine en 1919 seront enfin respectés: la cession à la municipalité de Calais des terrains du front nord et en particulier la suppression du bastion numéro onze, cet ouvrage et les servitudes qui lui sont attachées ruinant tout espoir de développement spatial de l’activité balnéaire. La crise mondiale et les difficultés de l’industrie tullière ruineront ces projets.

    Sableville

    Le monument aux marins du Pluviose morts pour la Patrie

    Signé, en bas et à droite: P. ViIly

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.412)

     Dans le contexte de nationalisme ardent qui prépara la première guerre mondiale, la catastrophe du sous-marin Plu— viose fut largement exploitée par les gouvernements de la République pour exalter les vertus patriotiques des 27 marins qui périrent dans ce cercueil flottant qui ne possédait ni cloisons étanches ni aucun dispositif d‘amarrage pour son renflouement en cas d’incident.

    Le monument commémoratif, œuvre du statuaire Emile Guillaume, fut inauguré le 22 juin 1913 à l’extrémité de la toute récente avenue de la plage. Epargné par les bombardements de la Seconde guerre mondiale il gagna son emplacement actuel en 1980, tandis que le socle d’origine était abandonné sur place. Vers 1930, décoré d’illuminations très “kitsch”, il a très fière allure. Sur la base on lit la liste des victimes d‘une technologie sous-marine encore balbutiante, dont celui de l’enseigne de vaisseau Engel qui fit un temps courir le bruit à Calais qu’une femme nommée Angèle s’était glissée parmi les marins… : “Capitaine de frégate Prat, Lieutenant de vaisseau Gallet, Premiers maîtres Fontaines et Le Prunennec, Maîtres mécaniciens Gras et Moren, Seconds maîtres Appéré, Brésillon, Chandat, Delpierre, Cauchet, Henry, Huet, Le Breton, le Floch C., Le Floch P., Le Moal, Le Moine, Liot, Manach, Moulin, Scollan, et Warin, Quartiers maîtres Batard et Gautier, Matelot cuisinier Carbon” et au centre l’hommage suivant “L’épave fut ramenée au port le 11 juin 1910 grâce à l‘habileté professionnelle du chef pilote Eugène Rivet”.

    Sableville

    A la plage 1922

    Signé et daté, en bas à droite: P. Villy 1922

    Mention manuscrite, en bas et à droite : à la plage

    Calais, collection particulière

     L’embarcation que l’on aperçoit à droite est sans doute un des canots de surveillance de la Société Centrale des Naufrages, monté par des marins retraités qui assuraient la sécurité des baigneurs.

    Sableville

    Le casino vu de la plage 1919

    Signé et daté, en bas et à droite : P. Villy 1919

    Calais, collection particulière

     Le casino ne comportait à l’origine qu’une salle de spectacle et un restaurant, on y adjoint du côté de l’est une salle de jeux dans un coquet pavillon connu sous le nom de Pavillon des petits chevaux qui provenait de l’Exposition universelle de 1889. En 1910, on pouvait déjeuner au restaurant pour trois francs cinquante et y dîner pour trois francs soixante quinze.

    Au premier plan on distingue les planches qui permettaient aux promeneurs de gagner sans fatigue Blériot plage. Il est dix-sept heures à l’horloge du casino et les baigneurs ou promeneurs commencent à plier bagage.

    Sableville

    La plage de Calais vue vers le nord 1914

    Signé et daté, en bas et à droite: P. VilIy 1914

    Calais, collection particulière

     Les derniers jours du dernier été paisible au XIXe siècle. Par temps calme et sans vent un paquebot du type The Queen nettoie ses boîtes à fumée en crachant un puissant panache de fumée noire. Pourtant, les charbons des paquebots sont garantis sans fumée. Le voilier que l‘on aperçoit au large et au centre du cliché est probablement un bateau pilote de Calais qui attend en station l’entrée ou la sortie d’un cargo.

    Indifférents à cette belle scène maritime, et faute de prendre un bain complet, la plupart des enfants prennent un bain de pieds. Quant au piquet qui est dressé à quelques mètres du rivage, c’est peut-être un de ceux qui était destiné à séparer le bain des messieurs et celui des dames, pudeur et bienséance obligent.

    Sableville

    Le ramassage des moules sur les rochers de la jetée de l'ouest 1930

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1930

    Calais, collection particulière

     Villy nous donne ici une superbe composition bien dans sa manière ; au loin, la silhouette hiératique du casino municipal, alors unique édifice notable sur la plage de l’ouest; sur les rochers des fermes de la jetée de l’ouest une ligne de pêcheurs lui suggère de très heureux reflets dans les flaques du calme plat, tandis que s’affaire au premier plan une “moulière” toute occupée au nettoyage de la récolte du jour.

    Jacques Vendroux nous livre ses souvenirs sur cet endroit très fréquenté de la plage de Calais : “A basse mer se découvrait la carcasse d’un ancien voilier, chargé de pierres de taille couvertes d’algues glissantes, autour desquelles se creusaient des souilles assez profondes pour inquiéter les mères de familles...

    On cueillait encore quelques rares moules, à marée basse, sur les empierrements verdis du pied de la jetée ouest. Mais déjà à cette époque, on se méfiait de leur qualité...” (1).

    Sableville

    Le casino et les chalets vus de la mer 1906

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1906

    Calais, collection particulière

     Tous les petits enfants ont regardé l’objectif en ce jour de grand vent de 1906. Achile Bresson ne manque pas une occasion pour décorer son casino des couleurs de l’Entente cordiale toute récente.

    Sableville

    La plage vue vers le nord, un petit lougre faisant voile 1910

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1910

    Calais, collection particulière

     On aime à penser que la lettre indignée adressée par un courageux anonyme au rédacteur du Phare de Calais, Jules Peumery fait allusion au travail de Paul Villy; en voici les termes recueillis par Robert Chaussois:

    “Voudriez-vous me permettre de vous demander un petit renseignement sur le droit des instantanés ? Voici le cas :

    C’était dimanche dernier, j’accompagnais à la plage ma femme et ses deux filles: tandis qu’elles prenaient leur bain, j’observais de notre cabine où j’étais resté, les ébats très récréatifs d’une heureuse jeunesse. Or, tout à coup, sur le seuil d‘une cabine voisine m’apparût un photomane qui dirigeait son objectif sur une honorable grosse dame dont le maillot dégouttant d’eau, collant à l’épiderme comme une lourde carapace, laissait apparaître dans leur “fraîcheur” non seulement toutes les imperfections de la nature, mais encore l’être sous un aspect qui par lui même, n’avait rien d’enchanteur. Et Clic !... Par suite d’un simple mouvement, traits, aspects et matériel ou gestes, ne sont perdus ni pour le temps ni pour les cartes postales. Eh bien, je vous demande, Monsieur le Rédacteur, n’est-ce-pas un fléau que ces amateurs qui s‘ingénient à saisir les attitudes curieuses, bizarres ou grotesques pour les fixer prestement sur le gélatino bromure : et légalement, peut-on braquer ainsi son appareil sur tout ce qu’il vous plaît ?” (2).

    Le lougre qui tente péniblement de faire voile par ce très petit temps est une embarcation de pêche de Waldam ou de Wissant qui pratique pendant l’été la promenade en mer pour quelques centimes et pour le bonheur des Calaisiens et Saint-Pierrois en mal d’aventure.

    Sableville

    Calais, la plage et le casino 1930

    Mention manuscrite, en bas et au milieu : Calais, la plage et le casino

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.20)

     La photographie est prise de la promenade de la jetée ouest inaugurée en 1926. On aperçoit sur la gauche les grands portiques du bassin ouest destinés à la manutention des bois du nord qui constituent alors l’essentiel du trafic pondéreux du port de Calais.

    Sableville

    La terrasse du casino municipal vue en direction de l'ouest 1925

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1925

    Calais, collection particulière

     Promenade vespérale sur le perré, cette fois il est dix sept heures cinquante cinq à l’horloge du casino.

    Sableville

    Les chalets à l'ouest du casino municipal 1906

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1906

    Calais, collection particulière

    Sableville

    Calais, un coin de Sableville 1930

    Mention manuscrite, en bas et au milieu : Calais, un coin de Sablevilie

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.19)

     Au sud du casino municipal subsiste jusque vers 1960, les restes d’une végétation à l’endroit où se trouvait l’ancien établissement des bains de mer construit en 1837. L’existence de ce bois dit de Sableville détruit la légende selon laquelle il serait impossible de faire pousser des arbres sur cette côte battue par les vents.

    Sableville

    Le casino municipal vu de la mer

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.22)

    Sableville

    Le glacier de la plage 1930

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1930

    Calais, collection particulière

     On aimerait bien connaître l‘identité de ce glacier ambulant ancêtre du Diego connu de tous les Calaisiens amateurs de bains de mer et de glaces.

    Sableville

    Chalets de toile devant le casino

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.21)

     Nous ne connaissons aucune photographie de Villy montrant les pittoresques cabines roulantes baptisées par les Anglais bathing machines et qui, à la Belle époque, amenaient les baigneurs à la lame. Elles portaient à Calais d’énormes numéros sur les pignons de leurs toits inclinés. Les riches touristes britanniques ou les simples ouvriers tullistes pouvaient trouver sur le long ruban de sable fin battu par les vents d’ouest le bonheur simple des vacances tel qu’il est décrit dans le Guide illustré de Calais en 1910:

    “On jouit là, aux beaux jours de l’été, d‘un coup d’œil pittoresque et enchanteur: les enfants prenant leurs ébats, les promeneurs nombreux, la mer déferlant avec un doux murmure, un horizon sans limites, le noir panache des navires à vapeur, les voiles de notre flottille de pêche partant à la mer ou rentrant au port, et un soleil clair et bienfaisant apportant la santé et versant la magie de ses rayons sur la dune, sur la plage et sur l’onde”.

    Sableville

    Jeunes garçons au bain des pauvres 1920

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, collection particulière

     La plage de l’est est en principe interdite aux baigneurs puisque depuis le milieu du XIXe siècle, l’armée y effectue des expériences de tir au canon. Pourtant, c’est un lieu de promenade très fréquenté par les Saint-Pierrois et les Calaisiens. Au nord du bassin des chasses de l’est connu des Calaisiens sous le nom de flaque à guerlettes, qu’il est agréable de patauger dans l’eau douce sous le regard des jeunes bourgeois endimanchés ou du “photomane” indiscret... Au loin la haute cheminée de la machinerie de l’écluse Carnot et les talus des fortifications permettent de situer ce pittoresque instantané du bain des pauvres. Derrière le bambin livrant son anatomie à la postérité, on devine un curieux bâtiment qui est peut-être le mur pare-éclats de la commission d’expériences pour l’artillerie installée dans cette zone. Monsieur Georges Wiart le décrit dans une “promenade d’autrefois” : “A l’extrémité est de la Flaque à guerlettes, se dressait sur la dune une imposante construction pou- vant faire songer de loin à quelque immeuble de plusieurs étages. En fait, il s’agissait d’un ouvrage de maçonnerie pleine, dont le plan affectait la forme d‘une équerre et dont la hauteur était d’une quinzaine de mètres; c’était un mur pare-éclats, ouvrage annexe de la Commission d‘expériences, qui permettait d’effectuer des essais de munitions et de poudres en assurant la sécurité du personnel” (3).

     

    1. Vendroux (Jacques). “Souvenirs personnels sur Calais au début du siècle”, dans Bulletin Historique et artistique du Calaisis. mars 1981, p. l15, 143 et 128.

    2. Chaussois (Robert), “Des inconvénients de laisser à la postérité des cartes postales de dondons en maillot de bain", la Voix du Nord, 23—24 août 1987.

    3. Wiart (Georges), “Promenade d'autrefois“, dans les dossiers de l‘Histoire calaisienne, 15 octobre l976, p. 7 et 10.

    Pin It

    votre commentaire
  • Surexploitée par les écoreurs, difficile à scolariser, soumise à une pauvreté endémique, la population du Courgain gardait toujours en 1914 son originalité par rapport au reste de la population calaisienne. Il est presque miraculeux qu’ait subsisté parmi elle, jusqu’à la destruction du quartier en 1940, des professionnels de la mer, patrons pêcheurs, matelots et pilotes, préservés par le développement de l’activité portuaire, la proximité de la mer de ce quartier bastion, mais aussi par les solidarités familiales et l’amour de leur métier. Le quartier change peu entre 1880 et 1940 et la distinction topographique entre l’ancien Courgain, aux rues étroites et rectilignes, de l’ancien bastion numéro 10 et le nouveau Courgain loti à la fin du Second Empire ne s’estompe que lentement.

    Fidèle à sa méthode, Villy ne cesse de se rapprocher des sujets qu’il photographie, tout en gardant cette distance qui frustre un peu l’historien ou le sociologue d'une approche qui aurait livré encore plus de témoignage sur la vie réelle des contemporains. Il est frappant de comparer les clichés assez conventionnels de Villy sur la rue Reine à ceux du jeune Henry Lhotellier qui photographie les aspects du carnaval dans cette même rue ou nous en donne des vues inondées de lumière (1). Mais il ne faut pas oublier que l’on n’entre pas au Courgain facilement si l’on ne fait pas partie de “la grande famille courguinoise”. Les quolibets des matelotes et leur caractère très ombrageux ont tôt fait de décourager les plus téméraires.

    Certaines photos du Courgain, par exemple celle des lavandières de la rue des Murailles, ou encore le jeu des enfants à l’entrée du Courgain (2) sont uniques en leur genre. Est-ce à ses qualités de photographe rapide ou à ses relations et son goût de la conversation que nous devons ces morceaux documentaires? Sans doute, l’un et l’autre, liés à une grande régularité et une grande persévérance de la part du photographe.

    Le quartier maritime du Courgain

    L’église du Courgain vue de la rue Berthois

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.419)

     Aux confins de l’ancien et du nouveau Calais, du vieux et du nouveau Courgain, la rue Berthois était jusqu’en 1882 occupée par les remparts et les fossés des fortifications est de Calais. L‘extrémité de la rampe qui subsiste encore constituait l’angle nord—est de l’enceinte de la ville. Devant l’église du Courgain la place de l’estran était séparée de la ville par un fossé comblé pour donner naissance au boulevard international devenu aujourd’hui le boulevard des Alliés.

    Le quartier maritime du Courgain

    Lavandières du Courgain & l'entrée de la rue Pierre Avron

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.10)

     C‘est jour de lessive pour les matelotes du Courgain installées à l’extrémité nord de la rue Jean-Pierre Avron anciennement rue des murailles. Cette rue du Courgain avait la particularité d’être située au sommet du mur ouest du bastion et de dominer le quai du bassin du Paradis devenu quai Auguste Delpierre, dont on aperçoit à gauche le sommet d’un poteau électrique. On y accédait par une rampe qui menait en contrebas à l’entrée du Minck. Larges d’à peine quatre mètres, ses immeubles adossés à la rue Gavet ne donnaient au XIXe siècle que du côté de la mer ce qui les faisait préférer des patrons de pêche principaux et des pilotes en activité qui pouvaient à loisir observer les mouvements du port depuis leur domicile. La construction du nouveau Courgain fit disparaître ce statut privilégié de la rue des murailles.

    Le quartier maritime du Courgain

    Le phare de Calais vu de la rue Constant Dupont

    Signé , en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Bcaux-Arts (Inv. 90.41.11)

     On aperçoit sur la droite de l’ancienne rue Saint—Pierre, devenue la rue Constant Dupont, le jardinet de l’église du Courgain maritime et l'extrémité est de la rue Pierre Levavasseur, ancienne rue Saint-Joseph. A gauche l’école de garçons du Courgain.

    Le quartier maritime du Courgain

    Le phare et l’église du Caurgain vus de la rue du Minck 1927

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1927

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.72)

    Le quartier maritime du Courgain

    Le phare vu de l‘entrée de la rue de Courtenveau 1927

    Signé daté, en bas et à droite: P. Villy 1927

    Calais, collection particulière

     Nous ne sommes plus ici au Courgain mais dans un quartier qui compte une partie notable d‘habitants exerçant des professions maritimes.

    Le quartier maritime du Courgain

    Rue du Courgain. L'entrée de la rue reine 1898

    Signé et daté, en bas et à droite: Rue du Courgain - 1898. P. Villy

    Calais, collection particulière

     Maurice Brygo, fondateur du groupe folklorique du Courgain maritime la décrit ainsi: “La rue Reine était la cinquième rue de ce quartier maritime, à l’instar de sa sœur la rue Benoit qui n’avait que trois mètres de large au maximum, elle ne permettait pas, non plus, le passage des voitures de grande largeur. Longue de cinquante six mètres, sa largeur au maximum était de deux mètres à deux mètres trente: Au centre se situait un “dalot”, ruisseau permettant l’écoulement des eaux ménagères”.

    Le quartier maritime du Courgain

    Calais, une rue du Courgain

    Mention manuscrite, en bas et au centre : Calais, une rue du Courgain

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.8)

     La rue Reine, qui doit son nom à Dominique Edouard Reine (1809-1847), officier de marine, est un des thèmes dominants de l’iconographie du Courgain. Robert Chaussois écrit que “le choix de la rue Reine n’est pas le fruit du hasard. Elle était la plus étroite des rues du Courgain et la plus pittoresque avec son ruisseau central et le linge pendouillant en travers, d’une fenêtre à l’autre. Elle était donc la plus photographiée par les chercheurs des coins originaux, jusqu’à ce que la grande tourmente de 1940 ne fasse basculer le quartier au rayon des souvenirs”

    Le quartier maritime du Courgain

    Calais, marchande de poissons

    Mention manuscrite, en bas et au centre: Calais, marchande de poisson

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.413)

     Bien que figurant dans la collection des photographies de Paul Villy acquises par le musée de Calais, ce portrait d‘une marchande de poisson ne peut lui être attribué de manière certaine : est-ce l’œuvre de Géo Martin photographe du Studio modern photo installé au numéro soixante de la rue Royale, un cliché de Villy cédé à son confrère, ou au contraire un cliché du concurrent conservé par Villy ?

    A Calais comme dans toutes les villes maritimes les poissardes sont renommées pour leur langage fleuri et leur humeur plus qu’ombrageuse. En témoigne cette histoire courguinoise racontée en 1933 par J . Courquin: “Une Courguinoise, après un laborieux marchandage, a vendu, pour un franc, un poisson commun, à une bourgeoise récalcitrante. Elle recharge sa manne sur son dos, et, en partant, pousse d’une voix de marteau-pilon en acier, son cri de vente: “Morues... Moruet... tes !. La dame, encore à sa porte, se bouche les oreilles:

    - Mon Dieu ! Ma pauvre femme, comme vous criez mal… Vous allez nous crever les tympans ! La Courguinoise se retourne, vexée : -Non, mais dites donc, pour un tien d’mer ed’vingt sous, o’voudriez tout de même pas avoir eun’première chanteuse avec !... ”

    Jacques Vendroux brosse le portrait de l’une de ces marchandes “rouleuses ed’pichons” mais cette fois avec attendrissement : “alourdie par l’âge, mais la langue toujours alerte, Madame Lavie avait fini un jour par se décider à ne plus quitter son magasin du haut de la rue de la Mer. On l’appelait “Ma sœur”, et elle vous répondait “Min Cœur”, surnom qu’on lui donnait aussi en parlant d‘elle, ou “Min p’tit ange” quand on avait moins de vingt ans, comme c’était alors mon cas”.

     

    1. Voir catalogue de l’exposition Henry thellier. Œuvre photographique 1930—1933, Calais. musée des Beaux—Arts, 1989.

     2. Chaussois (Robert), “La reine des rues du Courgain ?, Mais, oui, bien sûr, c‘est la rue Reine“, la Voix du Nord, 15 mai 1989.

    Pin It

    votre commentaire
  • Dans les villes de garnison et les places de guerre, on donne le nom de place d’Armes à un emplacement central où les troupes se réunissent les jours de revue, de parade, et en cas d’alerte où elles reçoivent leurs ordres.

    Jusqu’en 1940, la place d’Armes de Calais a connu ce genre de manifestation.

    La plupart des photographies de Paul Villy que nous conservons concernant ce lieu fondamental de l’espace urbain sont quelquefois d’un cadrage banal mais le plus souvent parmi les plus animées de l’iconographie de l‘époque, en particulier celles qui illustrent les marchés qui s'y tenaient. Villy cadre inlassablement le beffroi et la tour du guet le plus souvent à partir de la partie nord de la place, mais également du côté du marché aux herbes ou de la pittoresque rue de la citadelle, et il est inévitable que certains de ses clichés reprennent les angles et les points de vue des cartes postales.

     Le souci des “monuments historiques” est constamment présent dans les photographies qui nous restent. Il témoigne de deux réalités économiques et culturelles de l‘entre-deux-guerres : le développement du tourisme automobile nécessitait la présentation du patrimoine dans le cadre de l’accueil du visiteur de classe moyenne dont la culture assez limitée ne compensait pas la curiosité insatiable. Le déclassement des zones militaires permettait également de dégager les anciens monuments d’un environnement souvent envahissant, l’exemple de l’église Notre-Dame est à ce titre très révélateur. Enfin, parmi les élites locales, la protection du patrimoine commençait à devenir un souci réel. En 1929, la porte de Guise est sauvée in-extremis de la pioche des démolisseurs par une campagne de presse menée par J . Bertrand, antiquaire de la rue de la citadelle, et auteur d’une étude historique sur le monument.

    Deux petits faits semblent caractéristiques de cet état d’esprit nouveau. En juin 1932, le tout récent syndicat d’initiative de Calais, sous le patronage de la section photographique de Calais, organisait un concours photographique sur le thème de Calais pittoresque. Seconde initiative, dans le but de “rénover le port du costume local à Calais”, il décidait d’allouer “à toute demoiselle ou dame âgée de dix huit ans au moins qui aura revêtu le costume traditionnel des matelotes, une indemnité de quinze francs pour toute sortie effectuée en grande tenue, entièrement à pied, le dimanche seulement”.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, 1e partie

    La tour du guet et le beffroi; vue prise vers le sud à 18 h 15

    Signé, en bas et à droite: P. VilIy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.74)

     Voici la description des deux principaux monuments de la place d’Armes que donne le guide de Calais de 1929: “Le beffroi est d’allure massive avec ses murs épais et ses étroites fenêtre de style Tudor. Le bâtiment ne manque pas d‘élégance avec sa terrasse avancée soutenue par des arcades aujourd‘hui fermées et surmontées d’un buste d’Eustache de Saint-Pierre...”. Une série d’inscriptions qui sont conservées sur le monument jusqu’en 1940 donne quelques jalons de son histoire. La première concerne sa restauration à la fin du règne du Bon Roi Henri: "Hec turris fere collabensese ruinamque minitans et proxime datura. Invictissimo regente Henrico quarto Galle et Navarre rege Claudii Monet quartum maioris cura de integro restaurata est, 1609 (Cette tour étant dans un état de détérioration et tombant en mines fut pendant le règne de l’invincible Henri IV, roi de France et de Navarre, entièrement réparée par les soins de Claude Monet, durant la quatrième année de son majorat, 1609). Au même étage se trouvait une autre plaque en cuivre ainsi rédigée: “Hujus turris corona ruens delectissimo regnante Ludovico decimo quinto Iterum urbi praeficiente Antonio More1 Disques restituta est anna domine 1771. Inflma pars anno sequente” c’est à dire “Sous le règne de

    Louis XV, surnommé le Bien Aimé, et durant le majorat de Morel Disque, cette tour étant alors très abîmée, sa partie supérieure fut entièrement réparée A.D. 1771. L’année suivante, la partie basse fut également réparée”. C’est sur l’une des plus anciennes cloches que l’on pouvait découvrir la plus vieille incription qui était la suivante “Nous fume tous fondue ensamble l’an 1602, estant en ce tans noble seigneur Monseigneur De Vice (De Vic) Governeur de la ville et citadelle de Calais”.

    Le guide de Calais de l’entre deux guerre poursuivait la visite de la place par la tour du guet, le plus ancien monument de la ville : “... A côté du Musée, la tour du guet surgit d’un pâté de maisons bâties sur

    l’emplacement des halles primitives détruites par un incendie au XVII° siècle. On fait remonter la construction de la tour à Charlemagne, au temps des invasions normandes. Il semble plus vraisemblable de l’attribuer à Philippe Hurepel qui fit beaucoup de travaux pour la défense de la place. Renversée en partie en 1580 par un tremblement de terre, réparée en 1606, puis en 1811, la tour servit de phare jusqu’en 1848, elle portait un feu tournant”.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, 1e partie

    Calais, rue Royale la nuit

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Mention manuscrite, en bas et au milieu : Calais. Rue Royal. La nuit Calais, collection particulière

     Les allumeurs de bec de gaz sont endormis et le pavé de la place d’Armes désert tandis que Paul Villy fait poser son appareil à l’entrée de la rue de la Cloche afin de saisir tout le mystère du lieu après l‘animation de la journée. La place est naturellement envahie par les boutiques ; en 1925, sur cette portion de place on trouve successivement: l’épicerie française Braule-Rossi, le café Delrocque, le café Phisel—Mulard, le magasin de confection pour dames Bottin et Hugot, le tabac la Civette de madame Dubart, les cafés Lecaille, Pomart, Ranson-Lévêque et Desvigne, et enfin le marchand de légumes et primeurs Lambec-Cordier.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, 1e partie

    La tour du guet et le beffroi ; vue prise vers le sud à 18h 30

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.29)

     Les cadrans de l’horloge sont lumineux depuis 1863 et donnent l’heure à la fois sur la place et aux passants et habitants de la rue de la citadelle. Les deux cavaliers qui la surmontent furent installés là sans doute entre 1792 et 1821. Censés représenter les acteurs du tournoi du Camp du Drap d’Or ils se donnent autant de coup de lance que le marteau frappe de fois sur la cloche. Ils ne furent démontés qu’une seule fois en 1931, à l’occasion de l’électrification de l’horloge et exposés dans la vitrine de la bijouterie Delomel-Leroy, rue Royale, et immortalisés par un collègue de Paul Villy, le photographe Géo Martin qui eut l’idée de les photographier (1).

    Le buste du sculpteur Cortot actuellement conservé au musée des Beaux- Arts de Calais, au centre de la balustrade représente Eustache de Saint-Pierre qui selon la belle histoire des Bourgeois de Calais aurait offert sa vie à la demande d’Edouard III pour sauver celle de ses concitoyens. Pour donner des gages de leur royalisme au gouvernement de la Restauration, les édiles Calaisiens firent commande en 1818 des trois bustes qui omèrent la façade de leur mairie jusqu’à sa destruction. L’obélisque de gauche est surmonté d’un buste du duc de Guise tandis qu‘une plaque rappelle son souvenir “Au Duc François de Guise, dit le Balafré, libérateur de Calais en 1558".

    Le Guide de Calais de 1929 rappelle malicieusement que “par suite d’une erreur administrative des autorités d’alors, une confusion s’établit entre le buste de François de Lorraine et celui de son fils le Balafré, de là l‘erreur que l’on peut constater sur la colonnette”. Sur le second se trouve celui du cardinal de Richelieu qui renforça le rôle militaire de Calais comme le confirme l’inscription “Au Cardinal Armand de Richelieu, Fondateur de la citadelle, et de l’Arsenal érigé en 1636”.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, 1e partie

    Le marché de la place d’Armes 1900

    Signé et daté, en bas et à droite : P. Villy 1900

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.27)

     Jacques Vendroux nous a laissé une description colorée de ces marchés: “La place d‘Armes s’animait le mercredi et le samedi du petit et du grand marché. Venues des campagnes environnantes, les unes à pied, un lourd panier à chaque bras, les autres, plus riches, en carrioles à deux roues, bâchées par mauvais temps, s’alignaient toujours au même poste les fermières, bonnet blanc amidonné en tête et châle noir croisé sur la poitrine. Sous un grand parapluie bleu en cas d’averse elles offraient à leurs fidèles clients leurs livres de beurre moulées en pain à côtes, ronds ou ovales, ornés en relief de quelque marque distinctive: vache, tête de bœuf, fleur, oiseau; et leurs œufs cotes de plus de quatre-vingts grammes que pondaient les poules de la race de Bourbourg, leurs poulets vivants aux pattes entravées deux par deux, leurs lapins sortis de leur lit de paille fraîche, présentés tenus par les oreilles et gigotant, leurs canards blancs à bec jaune, leurs pigeons, et, en fin d’année, leurs dindes, qui en ce temps là étaient noires, et leurs oies au contraire blanches” (2).

     Villy s’est posté à l’entrée de la rue de Calais qui sépare la tour du guet du beffroi sur le parvis duquel sont installées les poissonnières et les marchandes de légumes qui ne paient aucune patente si elles sont ambulantes. Le petit édicule qui cache en partie la perspective de la rue de la Mer porte une publicité de l’Urbaine du Calaisis, une des cinquante-cinq compagnies d’assurances représentées alors à Calais où les incendies des ateliers à tulle sont très fréquents. C’est peut-être de l’étage de la grande épicerie.

    A la centrale que Villy aime à photographier le contrechamp de ce cliché très animé.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, 1e partie

    La place du marché aux herbes

    Signé et daté, en bas et à droite: P. ViIly

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.28)

     Dans le coin sud-est de la place d’Armes se trouve une petite place plus confidentielle où les jardiniers du calaisis viennent stationner avec leurs voitures couvertes. A gauche, dans l‘ancienne rue des Boucheries devenue après 1918 la rue de la Paix, on reconnaît l’enseigne en forme de lorgnon de l‘opticien Meeuwis—Gascu, tandis que le sympathique Café du Bon Coin ouvre ses portes aux “no-passports" britanniques dans un anglais très calaisien “Is this the place you are looking for english spoken"

    Rues et places éventées de Calais-Nord, 1e partie

    Marchandes de fleurs dans la partie nord—est du marché aux herbes 1930

    Publiée dans les Dossiers de l’Histoire calaisienne, 18 avril 1977, p. 27, avec la date de 1929

    Calais, collection particulière

     Monsieur Georges Wiart a publié en 1981 une photo de Paul Villy datée de 1927 prise selon un angle presque identique et qu’il décrit ainsi: “Au premier plan une paysanne, ses paniers chargés de fleurs, boit, un bol de lait pour se réchauffer, derrière elle, à l’angle du trottoir, on remarque l‘élégante fontaine Wallace. Sur la gauche une courguinoise, panier au bras et portant le bonnet de semaine, bavarde avec une marchande. Dans le fond stationnent voitures hippomobiles et auto-décapotable” (3). Pour le cliché daté de 1930, Villy a dû sans doute beaucoup patienter pour saisir la petite fille qui se rafraîchit en grimpant sur la fontaine et le regard expert de la bourgeoise en renard sur les fleurs de la courguinoise en fontange.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, 1e partie

    Le sommet du beffroi vu de la tour du guet en direction de l’ouest

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.53)

     Le beffroi était orné d’un clocher à jour, lui-même surmonté d’une curieuse girouette en fer ayant la forme d’une tête de loup posée au sommet d’une tige de trois mètres cinquante de long ornée d’une couronne royale. C’est un bien curieux édifice de bois recouvert de plomb restauré en 1606 sous le majorat de Claude Monet. Le guide de Calais de 1929 remarque que “son élégance et sa légèreté commandent l’admiration. Il renferme deux cloches, l’une pour les usages municipaux, l’autre pour l’horloge. A l’intérieur, se trouve un carillon qui, à l’occasion des fêtes publiques, fait retentit ses sons joyeux. Toutes les heures, en outre, il égrène les notes de la Ronde du Chaperon Rouge de Boieldieu, Gentille Annette cette délicate et charmante pastorale”.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, 1e partie

    Calais, le beffroi et les maisons espagnoles

    Mention manuscrite, en bas et au milieu : Calais, le beffroi et les maisons

    espagnoles

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.67)

     Le guide de Calais évoque ces maisons de la rue de la Citadelle qui avec le beffroi formaient un des endroits les plus pittoresques du vieux Calais ; “On les désigne couramment sous le nom de maisons espagnoles, bien qu’on y voie ni pignons en escaliers ni sculptures, comme on s’y attendrait en pareil cas.

    Elles sont curieuses avec leurs étages en encorbellement sur la rue. Rien ne permet de préciser absolument leur origine, mais on les rapprochera avec intérêt de constructions absolument semblables qu‘on retrouve encore dans le Comté de Kent, notamment Fordwich Town Hail à Fordwich, ou encore à Herne Village, où certaines maisons sont absolument identiques à celles de Calais. Elles ont les mêmes pans de bois, les mêmes façades plâtrées, les mêmes petites fenêtres et les supports des encorbellements sont aussi les mêmes. On aurait donc lieu de croire que ce genre de construction soit à Calais un souvenir de l’occupation anglaise”.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, 1e partie

    Le beffroi vu de la rue de la citadelle 1898

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1898

    Calais, collection particulière

     Le cadran de l’horloge du beffroi donnant sur la rue de la citadelle fut fendu lors de l’explosion en 1888 du navire pétrolier Ville de Calais. On aperçoit une des tapissières qui permettaient de gagner le casino de la Place, avant l’établissement d’une ligne de tramways électriques.

    1. Mulard (Nelly), “Les cavaliers du Beffroi“, les dossiers de L’Histoire calaisienne. 18 avril 1977, pp. 2—3.

    2. Vendroux (Jacques), “Souvenirs personnels sur Calais au début du siècle“, Bulletin historique et artistique du Calaisis, mars 1981, pp. 115—143 et 121.

    3. Wiart (Georges), "Ignorée de l‘administration... La Place du marché aux herbes“, les Dossiers de l‘Histoire calaisienne, juin 1981, pp.1—4.

    Pin It

    votre commentaire
  • Rues et places éventées de Calais-Nord, fin

    Le Monument des Bourgeois de Calais de Rodin 1924

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.30)

     Après avoir passé les derniers mois de la Grande Guerre dans le sous-sol de l’Hôtel de ville, le monument de Rodin est installé sans son piédestal sur le sol de la place d’Armes puis sous le porche du musée pour retourner au gré d’un changement d’administration municipale sur son emplacement primitif de la place Richelieu. C’est en 1924, lorsqu’on décide d‘utiliser son emplacement pour un monument aux morts qu’il regagne la place d’Armes, cette fois-ci posé sur un socle de taille réduite qui permet aux passants de le toucher et de se rapprocher de la conception initiale de Rodin.

    Replacé dans les caves de la mairie en 1939, il est sauvé de la destruction. Peut-être une circonstance nouvelle le fera retourner sur la place d’Armes où selon la légende Eustache de Saint—Pierre harangua les Calaisiens lors du siège, le rêve “piétonnier”, de Rodin sera alors réalisé...

    Rues et places éventées de Calais-Nord, fin

    Rue Eustache de Saint—Pierre 1920

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, musée des Beaux—Arts (Inv. 90.41.17)

     Jusqu'en 1940, l’église Notre-Dame conserve un des caractères essentiels des sanctuaires médiévaux encastrés dans le tissu urbain. On devine au rez-de-chaussée de la maison au centre un passage qui permet d’accéder à la rue Notre-Dame et à gauche une autre porte cochère, celle de l’école libre de garçons Saint-Joseph dont le directeur en 1925 est L. Viollet et L. Tronche directeur de l’externat. La rue abrite également le monastère des franciscaines de Calais, le presbytère de l‘église Notre—Dame, la maison du sacristain M. Joly-Poiret ainsi que celle de l‘abbé Piedfort, directeur de l’Institut Calaisien, et de sa sœur rentière.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, fin

    Le portail nord de l’église Notre-Dame 1928

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1928

    Calais, musée des Beaux—Arts (Inv. 90.41.47)

     Un plan extrêmement original dans l’iconographie habituelle de l’église Notre-Dame, découvrant la perpective des maisons de Calais-nord et au loin le beffroi et la tour du guet toujours coiffée en 1930 de l’abri zingué de l’ancien phare.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, fin

    Le déambulatoire de l’église Notre-Dame

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.15)

     Placé à l’angle nord—est du retable, Villy nous fait découvrir l’entrée de la chapelle de la Vierge et le déambulatoire. Le carrelage, sans doute restauré au XIXe siècle est identique à celui de la King' s College Chapel à Cambridge.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, fin

    Façade ouest de l’église Notre-Dame

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.58)

     La “rivière” qui traversait Calais du sud au nord n’était à vrai dire qu’un simple canal de communication entre les fossés de la place et le port pour l’écoulement des eaux du pays. Elle fut recouverte d’une voûte et donna son nom à la rue de la rivière devenue rue de Louvain après la Première Guerre mondiale. Cette partie de l’église est entièrement due aux restaurations du XIXème siècle menées grâce à l’argent du don de la veuve Hickey, épouse de Charles Démotier, et dans le plus pur style néo-Tudor.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, fin

    Portail ouest de l'église Notre-Dame

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.52)

     La façade de l’église n’ayant pas été construite parallèle à l’alignement du côté est de la rue, c’est l’endroit le plus resserré de la rue de Louvain, ce qui a sans doute suggéré à Villy cet étonnant effet de l’ombre d'une cheminée sur l’ogive du grand portail. La mendiante assise devant le porche serait d’après Monsieur Georges Wiart une vieille femme surnommée Chicorée. Monsieur Georges Fauquet se souvient d’une autre mendiante qui lui succéda à cette place et que les gamins irrévérencieux avaient surnommé Marie confiture parce qu’elle leur vendait des confitures dans des seaux en métal jaune.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, fin

    Calais, intérieur de l’église Notre-Dame

    Mention manuscrite, en bas et au milieu: Calais, intérieur de l‘église Notre-Dame

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.14)

     La nef de l’église, au temps de sa splendeur, éclairée par l’électricité mais qui dispose encore de bec de gaz. A gauche, on distingue le “banc des œuvres” destiné aux notables de la fabrique qui ont le privilège d’être placés face à la chaire et non pas dans le sens de la nef comme les fidèles ordinaires. Deux des piliers sont habillés de lambris ce qui diminue sans doute la froidure de la “halle”. Le retable est séparé de la nef par une grille en fer forgé.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, fin

    L’église Notre-Dame vue du sud-ouest

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux—Arts (Inv. 90.41.16)

     Le millésime indiqué sur les affiches placardées sur le petit édicule à gauche permet de dater le cliché de 1930. A la suite du déclassement des terrains militaires situés sur son versant sud l’église Notre-Dame bénéficie en 1929 de l’emplacement du bâtiment des subsistances militaires surnommé par les Calaisiens du XIXe siècle “le grenier d’abondance”.

    Rues et places éventées de Calais-Nord, fin

    L’abside de l’église Notre-Dame 1929

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1929

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.18)

     Cette chapelle mariale de forme elliptique est d’un modèle assez rare en son genre dans le nord de la France. Construite entre 1631 et 1635 à l’apogée de la Réforme catholique, elle fut donnée par les notables de la paroisse. On aperçoit sur la gauche du petit jardin un bâtiment rapporté sur l’église médiévale, il s’agit sans doute d’un des corps de bâtiment des subsistances militaires démolis en 1929.

    Pin It

    votre commentaire
  • Lorsqu’au début du XIXème siècle les tullistes anglais commencent à s’installer à Calais pour y exercer leur industrie basée sur la fraude des cotons filés, les deux communes de Calais et de Saint-Pierre-lès-Calais sont séparées par un très large glacis sans construction occupé encore par quelques moulins et soumis aux servitudes militaires qui pèsent sur la place de Calais.

    A partir de 1829, la municipalité de Calais et la toute récente Chambre de Commerce génèrent un projet de construction de canaux et d’écluses qui permettraient de mettre en communication le canal de Calais et le bassin à flot de l’ouest terminé en 1842, tout en assurant l’évacuation des eaux pluviales drainées par les wateringues du calaisis. Hélas, ce projet à peine concrétisé, le chemin de fer vient en remettre en cause l’utilité même. Cunettes, canaux et écluses restent cent ans plus tard des obstacles à un développement urbain harmonieux, d’autant plus que le chemin de fer a rajouté des barrages et que les projets de restructuration du centre de Grand-Calais ont tous échoué au moment de l’union des deux communes.

    Les jardins publics avaient été les premiers espaces de liberté sur les glacis des fortifications qui séparaient Calais et Saint-Pierre, puisque le Ministère de la Guerre ne voyait dans leur existence aucun obstacle qui puisse être difficilement rasé lors d’une guerre, ainsi les parcs du front sud et le parc Saint-Pierre avaient-ils pu être créés au milieu du siècle à la place des gares qui n’arrivèrent au centre du Grand-Calais qu’après la réunion des deux villes.

    La situation et la conformation de la gare centrale se ressent de la dualité qui existait entre Calais et Saint—Pierre puisque l’idée de sa construction est antérieure d’une décennie à la réunion des deux communes, sa forme même consacre plutôt leur désunion que leur union. Cette gare devait d’ailleurs, à l’origine, porter du côté nord l’indication Calais et du côté sud Saint-Pierre!

    De graves inconvénients résultent de la disposition de cette gare dont le bâtiment voyageur, et le “BV” des cheminots sont double. Elle comporte double entrée, double sortie, la traversée des voies de chemin de fer se fait à niveau, il est impossible de prendre rendez—vous avec un voyageur sans risquer de le manquer, un formidable courant d’air y règne d’une manière constante et enfin aucune correspondance n’est possible avec les tramways. Son emplacement, pensé au moment où les deux communes se refusent à toute union, devient après 1885, le symbole de leur ancienne division et ce n’est que dans les années mille-neuf-cent-vingt que la réalisation d’une gare-pont commence à faire son chemin tant chez les élus locaux que chez la Compagnie du Nord qui peut espérer financer ces grands travaux grâce aux revenus considérables que lui apporte le trafic de la Gare maritime, réconciliation symbolique des intérêts de la ville et du port.

    Le 20 mars 1885, lors de la première séance du Conseil municipal après les élections suivant la réunion de Calais et de Saint-Pierre, les conseillers municipaux du Grand-Calais prirent acte des conventions qui avaient été conclues entre les deux communes au sujet de l’emplacement du nouvel Hôtel de ville. Ce projet ne devait être complétement terminé que quarante ans plus tard en 1925.

     Vers 1930, ce désert est presque totalement intégré à l’espace urbain très discontinu du Grand-Calais décidé par le gouvernement en 1884. L’Hôtel de ville, symbole de la réunion, mais également témoin de son difficile accomplissement est terminé en 1925 alors que c’est le 20 mars 1885, lors de la première séance du Conseil municipal après les élections suivant la réunion de Calais et de Saint-Pierre, que les conseillers municipaux du Grand-Calais avaient pris acte des conventions conclues entre les deux communes au sujet de son emplacement. Il avait fallu quarante ans pour que Calais commence sur des bases bien chancelantes encore, à réconcilier sa ville et son port.

    Le désert de Calais milieu, 1e partie

    Bélandres devant l’écluse de la citadelle

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux—Arts (Inv. 90.41.06)

    Le désert de Calais milieu, 1e partie

    La neige 1926

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1926

    Mention manuscrite: La Neige hiver 1926

    Il existe dans une collection particulière un cliché identique daté 1918 et 1929 (?)

    Calais, collection particulière

     Les bélandres, dont Risquons tout sont probablement prises dans les glaces qui paralysent le port de navigation intérieure. La photographie est prise du quai de la Meuse et on aperçoit dans les lointains l’extrémité du canal de Calais au pied de l’Hôtel de ville.

    Le désert de Calais milieu, 1e partie

    Le pont Freycinet 1930

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.71)

     Le pont Freycinet qui est le débouché de la rue de la Victoire mène les “Calais-Nordais” à la gare centrale ouverte au public en 1890, c’est-à-dire un an après sa mise en service du côté Saint-Pierrois.

    Le désert de Calais milieu, 1e partie

    Le pont Richelieu vu du quai de l’Escaut 1926

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Il existe dans une collection particulière un cliché identique daté 1926

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.104)

     On devine sur la droite les belles maisons du quai du Rhin où résida Ludovic Breton, ingénieur en chef des travaux du tunnel sous la Manche, à partir de 1875.

    Le désert de Calais milieu, 1e partie

    Enfants jouant au cerceau dans le parc Richelieu 1928

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Il existe dans une collection particulière un cliché identique daté 1927

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.103)

     Jacques Vendroux nous décrit ainsi le parc Richelieu: “Son aspect était alors plus romantique que celui qu’il offre maintenant. Sa partie est comportait le sentier en lacets d’une vraie montagne adossée au rempart. A ses pieds on trouvait une petite grotte aquatique et une statue en bronze de Diane Chasseresse, un kiosque à musique où des concerts étaient donnés le dimanche. Les enfants se voyaient réserver un vaste emplacement où ils pouvaient jouer au cerceau, alors à la mode sans gêner les promeneurs”.

    Le désert de Calais milieu, 1e partie

    La statue de Diane Chasseresse au parc Richelieu

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Il existe dans une collection particulière un cliché identique daté 1900 et comportant au dos celle de 1904.

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.115)

    Le désert de Calais milieu, 1e partie

    Allée sud du parc Saint—Pierre 1930

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.25)

     C’est en 1912 que le Conseil municipal décide de faire construire au parc Saint- Pierre une maison d’habitation pour le jardinier en chef.

    Le désert de Calais milieu, 1e partie

    La serre du parc Saint—Pierre 1906

    Mention manuscrite, au dos: L’ancienne serre et la buvette au Parc St Pierre en 1906. P. ViIly

    Calais, collection particulière

     

    Il s’agit probablement des premières serres installées au parc Saint-Pierre en 1896 par la Société anonyme de Saint-Sauveur. Elles étaient chauffées par un chauffage central à l’eau chaude en 1910 puis à l’électricité en 1923. Elles furent si bien mises en œuvre par les jardiniers de la ville qui y cultivaient durant l’hiver les plantes florales qu’ils repiquaient le printemps venu, qu’en 1932 une plante géante les obligea à crever le haut de l’une d’elle: Cette plante exotique qui végétait dans la serre depuis de longues années était assez semblable à un yucca.

    Une tige se montra au cœur du calice et se mit à pousser avec une vigueur extra- ordinaire sous le climat du Pas-de-Calais. Certains jours, on enregistra une croissance de près de dix centimètres.

    Le désert de Calais milieu, 1e partie

    Le kiosque à musique du parc Saint—Pierre 1906

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1906

    Calais, collection particulière

     

    Des concerts champêtres furent organisés au parc jusqu’aux années soixante en particulier le jour de la sainte Cécile, même si la suppression du kiosque fut décidée en 1951 par la municipalité qui prévoyait à sa place la construction d’un théâtre de plein air.

    Le désert de Calais milieu, 1e partie

    Les jardiniers du parc Saint—Pierre au travail 1904

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1904;

    Calais, collection particulière

     

    Le parc Saint-Pierre ne fut équipé de bancs ornés de pieds en forme de branche d’arbre qu’entre 1898 et 1901 ; ils étaient l’œuvre d’une entreprise calaisienne fondée par Henri Bodel et qui s’occupait de bâtiment, de menuiserie, de mécanique, et de fonderies dans une cité où ces activités étaient extrêmement lucratives en raison de l’essor urbain et industriel de Saint-Pierre.

    Le désert de Calais milieu, 1e partie

    L’Hôtel de ville vu du parc Saint—Pierre

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.26)

    Le désert de Calais milieu, 1e partie

    Les cygnes du parc Saint—Pierre, 1926

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.69)

    Pin It

    votre commentaire
  • Le désert de Calais milieu, fin

    Personnages dans un parc 1904

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1904

    Calais, collection particulière

     Rien ne permet d’affirmer qu’il s’agisse des frondaisons du parc Saint—Pierre. Les clichés où les personnages fixent l’objectif sont extrêmement rares dans l’œuvre de Villy qui s’efforce toujours de saisir une attitude “naturelle” des Calaisiens qu’il photographie. Ici, l’effet de “posé” est extrêmement saisissant: Des enfants endimanchés et une vieille marchande coiffée d’une fontange complètement démodée se chauffent au soleil en attendant le déclic de l’obturateur.

    Le désert de Calais milieu, fin

    Le côté nord de la gare centrale

    Calais, collection particulière

     Dès la mise en service de la gare en 1890, fut installée une passerelle piétonnière pour éviter un long détour que les piétons calaisiens d’aujourd‘hui subissent toujours. Cette passerelle avait été édifiée au pont de l’Alma à Paris pour l'Exposition universelle de 1889 et fut achetée pour moitié par la ville de Calais et pour l’autre moitié par la Compagnie du chemin de fer du Nord.

    Le désert de Calais milieu, fin

    La façade nord de la gare centrale et le Metropol Hôtel

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.43)

    Le désert de Calais milieu, fin

    Vue générale de la gare centrale en direction de l’ouest 1927

    Signé et daté, en bas et à gauche: P. Villy 1927

    Calais, collection particulière

     Villy nous offre un superbe panorama de la gare de Calais : De gauche à droite voici un bâtiment au toit en terrasse destiné au service des messageries à grande vitesse, au loin le bâtiment des voyageurs côté sud, devant lequel la marquise abrite quatre quais à voyageurs, la cabine d’aiguillage numéro deux, à l’est du “BV” côté nord se trouvent successivement le petit corps de logis abritant les services électriques et le bâtiment des conducteurs flanqué du panneau indicateur Calais-vilie, derrière ce bâtiment se dresse la masse du Metropol Hôtel toujours solide de nos jours, c’est un des rares édifices qui ait résisté aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale.

    Le désert de Calais milieu, fin

    La façade sud de la gare centrale

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux—Arts (Inv. 90.41.55)

     Le bâtiment des voyageurs du côté de l’ancien Saint-Pierre est strictement identique à celui du côté de Calais Nord et comme lui construit en brique rouge avec décor en pierre blanche, tous ces éléments renforçant la volonté de donner un effet très monumental. La cour des voyageurs qui ne semble pas pavée comme la chaussée entretenue par la municipalité s’étend au droit de la rue du onze novembre qui portait avant la Grande Guerre le nom de rue du Petit Paris, appliqué pour des raisons obscures au quartier des Quatre—coins. Sur la droite, on distingue le bureau du chef de service ouvrant sur la cour des messageries à grande vitesse.

    Le désert de Calais milieu, fin

    L 'embarquement de la Micheline pour l’Angleterre, 16 juin 1932

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1932

    Calais, collection particulière

    Le désert de Calais milieu, fin

    La gare des Fontinettes 1930

    Mention manuscrite, en bas: La gare des Fantinettes et l’église Notre Dame des Armées - 1930 - P. ViIly

    Calais, collection particulière

     Les photographies retraçant un événement précis sont assez exceptionnelles dans l’œuvre de Villy. Sans doute beaucoup sont encore inconnues. C’est le 20 décembre 1931 que le nouvel autorail sur pneu de la firme Michelin, baptisé la Micheline est venu pour la première fois à Calais. Ce curieux véhicule venait d’accomplir le trajet de Paris à Deauville en deux heures et trois minutes à une moyenne de cent-sept kilomètres à l’heure. Il avait ensuite gagné Dunkerque pour se rendre ensuite en Grande-Bretagne afin d’y faire une tournée de publicité.

    C’est lors de la seconde visite de la Micheline que Paul Villy l’a immortalisée en cours d’embarquement sur le train-ferry au poste spécial de ces navires porte—trains, situé à l’extrémité du bassin Carnot. Nous sommes le 16 juin 1932. Le train-ferry numéro un est entré au port à 9 heures 10 et il quittera le bassin à 21 heures 15 vers le port britannique de Harwich après avoir chargé la Micheline vers 16 heures et neuf voitures couchettes italiennes du Calais-Bâle.

    Les Calaisiens ont donc pu contempler le véhicule sur pneu pendant toute cette journée ensoleillée. La composition de Villy nous permet de découvrir non seulement la foule des curieux mais également les détails de la Micheline que R. Peumery décrit ainsi dans son article du Phare de Calais : “Bas, racé par ses lignes fuyantes et flanqué de ses deux radiateurs Lamblin placés latéralement afin d’assurer un refroidissement parfait de l’eau dans les deux sens de marche, le véhicule semble de suite être établi pour les plus grandes moyennes”. La Micheline est formée de deux voitures : à l’avant la motrice à quatre roues actionnées par un moteur de vingt chevaux et quatre cylindres.

    Attelé derrière elle, le compartiment des voyageurs, long de douze mètres, compte un essieu à l’avant et deux à l’arrière. Il peut accueillir vingt-quatre voyageurs et trois-cent-soixante kilos de bagages. C’est le pneu qui fait bien-sûr toute l’originalité de la Micheline “gonflé comme une enveloppe de voiture à six kilos de pression, ce pneu a 125/610 de section et une cannelure spécialement sculptée pour adhérer sur le rail qui n’a pas plus de quatre à cinq centimètres de large, la pression du pneu est contrôlée pendant la marche, à l’intérieur du pneu, une flasque d’acier appelée “boudin” le maintient sur le rail”.

    Le désert de Calais milieu, fin

    L’Hôtel de ville vu vers le nord—est

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.60)

     Les travaux de construction de l’Hôtel de ville commencent en 1911 et dès 1912 les deux sculptures qui ornent les arêtes nord-ouest et sud-est à droite et à gauche de la façade, sont achevées. Il s’agit de deux figures allégoriques dues au ciseau du sculpteur Desbois : celle du nord représente un pêcheur relevant ses filets censé représenter “la marine”, celle du sud que l’on découvre dans l’axe de prise de vue de Villy représente “la dentelle” sous les traits d’une jeune femme drapée dans une voile de tulle.

    En février 1925, les travaux de décoration sont achevés par la pose du grand escalier, œuvre de Szabo consistant en une longue guirlande de fleurs en cuivre ciselé. D’autres œuvres avaient pu être commandées par une municipalité impécunieuse mais qui avait eu l’astuce de retenir un projet architectural en béton qui lui permettait de dépenser plus pour la décoration. On doit à cette saine gestion le marché qu’elle passe en 1924 avec Virginie Demont-Breton pour l’exécution d‘un panneau décoratif dans la salle des mariages devant lequel tant de Calaisiens ont prononcé le “oui” officiel de leur noces. L‘inauguration de la mairie de Calais eut lieu les 11 et 12 avril 1925.

    Le désert de Calais milieu, fin

    La place de l’Hôtel de ville vue de l'extrémité de la rue du président Wilson

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.54)

     Le carrefour de la rue Paul Bert et du boulevard Jacquard qui devient ici le “pont Jacquard” est tout à fait dégagé et on compte trois automobiles pour deux tramways. Ici se croisent deux lignes du réseau calaisien: la ligne cinq qui joint l’ouest à l'est “Fort Nieulay-Porte de Gravelines” et la ligne 6 qui va de la place d’Armes au cimetière en passant par le théâtre, la place de la Nation et la porte de Dunkerque. Le grand immeuble style “art-déco” sur la gauche est l’œuvre de E. Renardier également architecte du palais mauresque de l’Alhambra situé à l’autre extrémité de la place du soldat inconnu, toujours connue à l’époque sous le nom de Sahara.

    Le désert de Calais milieu, fin

    La place de l’Hôtel de ville vue de l’extrémité de la rue de l’hospice 1919

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1919

    Calais, collection particulière

    Le désert de Calais milieu, fin

    La façade de l’Hôtel de ville, éclairage de nuit 1934

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1934

    Calais, collection particulière

     En tant que pionnier de l’électricité a Calais, Villy est également un des premiers à avoir photographié sa ville de nuit en étudiant les effets d’éclairage. Peut-être a-t-il participé directement à cette première illumination de l’Hôtel de ville? A ses débuts commerciaux en 1899, il se présente en effet comme “électricien spécialiste, fournisseur de la ville et des administrations”.

    Le désert de Calais milieu, fin

    La place de l‘Hôtel de ville et le restaurant de l’Alhambra vus de l'extrémité du boulevard Jacquard 1920

    Signé et daté, en bas et à droite: P. ViIly 1920

    Calais, collection particulière

    Le désert de Calais milieu, fin

    Le théâtre et la taverne de l’Alhambra 1926

    Signé et daté, en bas et à gauche: P. Villy 1926

    Calais, collection particulière

     Dans sa chronique consacrée à la cartophilie calaisienne Monsieur Robert Chaussois rappelle l’histoire de cet attachant établissement: “Au début du siècle, à l’angle de la Grand’rue (boulevard Jacquard) et de la rue des Moulins (rue Jean Jaurès), il y avait le café de la Renaissance. Un jour, il fut racheté et rasé, ainsi qu’une maisonnette et le garage d’autos Debuirre et Hirschel, qui étaient contigus. A la place s’éleva l’Alhambra, bizarre construction de style entièrement mauresque, à l‘intérieur et à l’extérieur, surmontée d’une tour carrée crênelée, entourant une grosse boule qui évoquait le dôme de certaines mosquées d’Afriques du nord. L’architecte, M. Renardier avait obéi aux instructions du propriétaire, M. Louis Portas, inspiré peut-être par la proximité de l’ancienne plaine du Sahara” (1).

     

     1. Chaussois (Robert), “Une toute petite place dans les albums pour le septième art des frères Lumière", la Voix du Nord, Calais. 9 février 1987.

    Pin It

    votre commentaire
  • La Basse-ville de Calais, simple faubourg rural de jardiniers au début du XIXe siècle, est devenue en 1900 le “Nottingham français”, capitale incontestée de l’industrie des tulles et dentelles à la mécanique en Europe continentale.

    En 1920, puis en 1930 l’économie de la ville est frappée de plein fouet par la crise du commerce international et la fermeture de son principal débouché sur le marché américain. Le chiffre d’affaires de l’industrie dentellière passe de trois—cent-cinquante millions de francs en 1931 à cinquante millions en 1934.

    De cette activité omniprésente, Paul Villy ne nous donne dans son œuvre connue que de faibles échos: Deux clichés représentent l’incendie de l’usine Gaillard...

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    Paul Villy, Incendie de l‘usine Gaillard, 1904

    ... en 1904, et la photographie de mariage de la fille du grand créateur de dentelles Henry Ball. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette absence qui, prend valeur de symbole. Peut-être Villy a-t-il consacré des photographies à l’industrie tullière que nous ne connaissons pas, c’est probable. D’autre part, les préoccupations d’un électricien “photomanne” ne sont peut-être pas tournées vers une activité qui lui reste étrangère. Les usines ne sont sur ses photographies connues, qu’un simple arrière-plan, une masse sombre, une cheminée hiératique.

    Paul Villy s’attache plus à son quartier de résidence et de travail: la place Crèvecœur, le “coin Maxton” au carrefour du boulevard Lafayette et de la rue du Four à Chaux qu’il photographie de manière quasi-exhaustive, avec de véritables portraits de son magasin ou des boutiques de ses voisins commerçants. A Saint—Pierre, la vie quotidienne des ouvriers est bien sûr fortement marquée par l’activité industrielle, mais le décor urbain s’ingénie à cacher l’usine, souvent enchâssée derrière un décor résidentiel ou commercial comme par exemple l’usine Bacquet proche du domicile de Villy.

    Un grand nombre de photographies datent de 1930, année particulièrement difficile pour l’industrie tullière, aucune d’elles ne nous laisse deviner cette crise, peut-être parce que ce sont les derniers mois fastes de l’industrie qui furent la raison d’être de Saint-Pierre-lès-Calais.

    C’est comme un retrait pudique sur un présent difficile en voie de devenir passé dépassé que cette absence.

    Ce regard sur sa ville n’en prend que plus de valeur pour les habitants du Calais d’aujourd’hui, à l’heure où le vieux Saint-Pierre connaît des bouleversements au moins aussi importants que ceux qu’il connut à l’époque où naissait Paul Villy. Les transformations du magasin du boulevard Lafayette en témoignent. Le nom du photographe encore visible sur le pignon ouest de son ancienne boutique s’estompe peu à peu, tandis que le rez—de—chaussée s’est métamorphosé en un très moderne café. Les sites représentés par les clichés de Villy, entrés au musée des Beaux—Arts de Calais, comme les usines à tulle démolies du vieux Saint-Pierre depuis peu, faisant ainsi disparaître à jamais le patrimoine industriel de notre ville, appartiennent désormais à l’Histoire.

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    Vieux Saint—Pierre 1930

    Signé, en bas et à droite: P. Villy.

     Mention manuscrite en bas et à droite: Vieux St Pierre Il existe dans une collection particulière un cliché identique daté 1929

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.105)

     Le quai du Commerce est vu depuis la rive droite du canal de Calais, baptisée quai de la Gendarmerie. On aperçoit le débouché de la rue Vauban. C’est ici le berceau de l’industrie fondatrice de la ville de Saint-Pierre, la banlieue qui accueille les mécaniciens tullistes anglais au début du XIXème siècle, soit près du canal, soit le long de la “rivière de l’abyme” qui rejoint le canal un peu plus en amont.

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    Le canal des Pierrettes et l'abattoir municipal

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, collection particulière

     Le nouvel abattoir de Calais sud au pont Jourdan est l’œuvre de l‘architecte Debrouwer également chargé de la réalisation de l’Hôtel de ville. Décidée en 1919, la construction est achevée vers 1925. Le canal des Pierrettes, vu ici en direction de l’amont, sert d’émissaire aux wateringues du Calaisis mais également de déversoir des eaux résiduaires de l’abattoir, il devient dans ces circonstances un ruisseau de sang infesté de rats. Le boulevard Léon Gambetta qui devient la route nationale numéro un en direction de Boulogne après le pont, se termine à cet endroit par deux bureaux d’octroi, celui des recettes de l’abattoir et en face celui de la route de Boulogne destiné aux perceptions sur les marchandises qui entrent et sortent de Calais ; le café de l’Abattoir était tenu en 1925 par A. Vassal.

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    Course aux canards au pont Saint—Pierre 1914

    Calais, collection particulière

     Avec le carrefour des Quatre Boulevards, le quartier du pont de Saint-Pierre est le second centre fondateur de la commune rattachée à Calais en 1885. Non loin du pont qui permet à la route de Saint-Omer de croiser le canal de Calais, se trouvaient l’église et le premier Hôtel de ville de Saint—Pierre. Villy a placé son appareil photographique à l’extrémité sud du quai du commerce et nous fait découvrir l’animation d’un jour de fête mais également l’aspect d‘un quartier très pauvre à l’époque. De l’autre côté du pont, le quai de l’est devenu quai de l‘Yser n’est qu’un simple chemin de halage mal pavé. C’est là qu’ont été installés l‘orphelinat libre de garçons et l’imprimerie “des Orphelins”, ainsi que l’asile des petites sœurs des Pauvres. On ne découvre sur le cliché de Villy qu’un ensemble de petites bicoques dans lequel les Socialistes calaisiens ont installé en 1888 une boulangerie coopérative dénommée Société coopérative et ouvrière calaisienne. Il s’agit en fait d‘une boulangerie municipale. Au début du siècle le prix du pain que l’on y pratique fait référence pour la ville entière selon une politique municipale déjà en application à Calais sous le Second Empire. La haute cheminée que l’on découvre au delà du pont est sans doute le dernier vestige de la faïencerie anglaise de Saint-Pierre. Sur la même rive se trouve la biscuiterie Vendroux qui emploie non seulement une partie des ouvrières du quartier mais également celles de la campagne environnante jusqu'à Guînes. Les jeunes garçons enthousiastes qui barbottent, peut—être les orphelins du quai de l’est, concourent dans la populaire course au canard qui consiste tout simplement à capturer à la nage le volatile aux ailes entravées.

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    L’ancien Hôtel de ville de Saint—Pierre, Hôtel de ville provisoire du

    Grand-Calais 1905

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1905

    Calais, collection particulière

     Robert Chaussois décrit ainsi la classique façade de l’Hôtel de ville de Saint-Pierre : “Ce n’est qu’en 1956 que l’inscription en relief Hôtel de Ville, figurant au-dessus de la fenêtre centrale, fut remplacée par une plaque en marbre Palais de justice. De même, les tabatières éclairant les combles ont disparu au profit d’un toit uni en ardoises. Disparues aussi les balustres, garnies de quatorze vasques courant en corniche. Quant aux tympans surmontant chacune des sept fenêtres à l’étage, ils ont été remplacés par une décoration moins lourde: rosace et guirlande tombante en bas-relief. En revanche, les fenêtres en arc plein cintre du rez-de—chaussée n’ont pas changé, toujours protégées par des barreaux. Les coûteux travaux de restauration de cet édifice firent parfois renâcler les conseillers municipaux dont l’un a pu dire, un jour, que ce chantier était un véritable tonneau des Danaïdes” (1).

    Robert Chaussois nous apprend également que Villy a montré cette façade, très animée cette fois—ci lors des fêtes consacrées au mariage de Jean de Calais et de Constance du Portugal le 29 juin 1902, confirmant ainsi qu’une partie de la production du photographe était destinée à être vendue aux éditeurs de cartes postales.

    Le second Hôtel de ville de Saint-Pierre est encadré à gauche par la rue Raffeneau qui laisse découvrir l’imposante silhouette de l’usine Bacquet dont l’entrée était située boulevard Lafayette, et à droite par la rue Mongolfier qui fait l’objet du cliché suivant.

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    L‘église Saint—Pierre vue de la rue Mongofier 1926

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1926

    Calais, collection particulière

     Le charme désuet de la province française ressort dans ce cliché nostalgique de la rue Montgolfier, auparavant rue de l’Hôtel de ville.

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    Le marché de la place Crèvecœur au pied du palais de justice 1930

    Signé et daté, en bas et à droite: P. ViIly 1927

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.6)

     Le marché de la place Crèvecœur se tient le jeudi tandis que ceux de la place d’Armes ont lieu les mercredi et samedi. C’est sans doute en début d’après-midi que le boutiquier du boulevard Lafayette tout proche prend le loisir de venir saisir quelques croquis de ce marché très éventé. Son objectif est ici centré sur la conversation animée de la marchande et de sa cliente, en cette fin de marché où il faut conclure les affaires avec célérité.

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    Le marché de la place Crèvecæur à l’emplacement de l'ancien lavoir 1927

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1927

    Calais, collection particulière

     Comme sur la vue précédente l’attention du spectateur est focalisée sur le fripier à casquette allumant sa cigarette, tandis qu’une accorte Saint—Pîerroise apostrophe son compère. La vue est prise à l’emplacement actuel de la Bourse du travail édifiée à la place de l’ancien lavoir de Saint-Pierre-lès-Calais: Le bâtiment était couramment appelé le “lavoir”, alors qu’il abritait aussi le collège communal, la justice de paix, l’octroi et les contributions, avant d’être démoli par une bombe en 1918” (2).

    La belle maison à droite de la rue Néhou est occupée en 1925 par la veuve Paul Crèvecœur, professeur de musique et représentante en piano, sans doute descendante du donateur éponyme de la place à la ville de Saint—Pierre en 1836. On aperçoit à gauche une partie de la chapelle du pensionnat Saint-Pierre.

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    Le marché de la place Crèvecæur vu du côté ouest

    Calais, collection particulière

     Sur la gauche, le chapiteau est probablement celui du cirque Palisse installé place Crèvecœur lors de la foire d’hiver.

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    La foire d’hiver place Crèvecæur

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.44)

     A partir de 1924, la foire d’hiver se tient du 24 janvier au 12 février une année sur la place Crèvecœur, l’année suivante sur la place d’ Armes. Le cirque Palisse installait ses tréteaux à Calais après avoir séjourné à Dunkerque, mais le directeur du cirque estimait que la place Grèvecœur lui était moins favorable tant au point de vue de la protection contre le vent qu’à celui du rendement financier, les enfants de Calais sud étant beaucoup moins fortunés que ceux de Calais nord.

    Le compromis suivant semble avoir été adopté vers 1930: La foire d’hiver se tenait une année sur la place d’Armes avec le cirque sur la Place Crèvecœur, et l’année suivante sur la place Crèvecœur avec le cirque place d’Armes. Monsieur

    Robert Malahieude se remémore les différents “métiers” pratiqués par les forains de l’époque : “Le plus grand établissement qui s’est installé plusieurs années durant était le Waterschut ; il se composait d’un imposant échafaudage rectangulaire à la base, avec deux rampes, une montante et une descendante.

    Ces rampes comportaient un chemin de roulement en bois, tout comme une voie de chemin de fer, sur les côtés droit et gauche un solide guide latéral. De grandes gondoles pouvant contenir plusieurs personnes munies de roues montaient sur la rampe montante grâce à une chaîne sans fin, se trouvant entre les deux rails. Au faite de la charpente, la voie de roulement permettait aux gondoles d’effectuer un demi-tour pour se présenter sur la rampe descendante en forte pente ce qui faisait qu’elle roulait à toute allure, pour amerrir dans un grand bassin d’eau, tout en soulevant de grandes gerbes d’eau à l’amusement de ceux qui étaient dans les gondoles et aussi des curieux” D’autres métiers tels la Petite Suisse ou le Majestic Railways faisaient la joie des tout-petits dans une époque où la vie quotidienne était souvent bien difficile.

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

     Départ du ballon, place Crèvecæur 1912

    Signé et daté, en bas et à droite : P. Villy 1912

    Mention manuscrite, en bas et à droite : Départ du Ballon Place Crèvecæur 1912. P. Villy

    Calais, collection particulière

     Lors des fêtes de Calais du neuf juillet eut lieu le traditionnel lâcher de ballon qui suscita le compte rendu suivant dans la presse locale:

    “A cinq heures déjà autour du ballon Ville de Calais qui se berce sur ses amarres, au centre de la place Crèvecœur, les trottoirs sont noirs de monde. Vers six heures, M. Dupuis donne le dernier coup d’œil à l‘installation. La brise, très faible, souffle du nord-ouest: c’est du moins la direction prise par les petits ballons pilotes expédiés précédemment. M. Sainsard désirerait vivement prendre part à l’ascension, mais, quelques instants avant le “lâchez tout” le vent s’élève, et M. Dupuis, contraint d’embarquer du lest, prend place seul dans la nacelle. A six heures vingt-cinq, le ballon, après le traditionnel “lâchez tout” monte majestueusement aux sons de la “Marseillaise” et au milieu des applaudissements enthousiastes de la foule. L’atterrissage se produisit vers sept heures et demie aux Hemmes d’0ye, dans la propriété de M. Leroux-Legrand, à environ cinq cents mètres de la côte. MM. Le Petit, rue Mollien, Fontaine Jules, Fontaine Léon, rue Pigault Lebrun et Sablon, qui se trouvaient à proximité et avaient assisté à l‘atterrissage, aidèrent M. Dupuis à dégonfler le Ville de Calais. On le remballa et le sphérique, réduit à sa plus simple expression, réintégra son magasin”. Henri Sainsard que les circonstances empêchent de prendre place dans la nacelle est un des pionniers locaux de l’aérostation et de l’aviation, “Délégué de l’Association aéronautique dès 1909, celui-ci devient un an plus tard commissaire de l’Aéroclub de France, fervent propagandiste de l’aviation, c’est après le succès remporté par le circuit européen d’aviation qui a fait escale dans notre ville en juin—juillet 1911, qu’Henry Sainsard lance l’idée et la souscription de la construction d’un véritable champ d’aviation au Beau—Marais” (3).

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    Lâcher de ballon place Crèvecæur, Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.7)

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    La cour de l'usine à gaz de Calais sud 1898

    Signé et daté, en bas et à droite: P. VilIy 1898

    Calais, collection particulière

     Devenue par la suite usine électrique, l‘usine à gaz pour l’éclairage de la ville de Calais était située rue Thiers, aujourd’hui rue de la Commune de Paris. Outre l’extraordinaire gazomètre on reconnaît le pensionnat Saint-Pierre, un petit morceau de la façade de l‘Hôtel de ville et l’église Saint-Pierre.

    Le charme discret de Saint-Pierre, 1e partie

    Calais, Saint—Pierre 1932

    Signé et daté, en bas et à droite : P. VilIy 1932

    Mention manuscrite, en bas et à gauche : Calais St. Pierre

    Calais, collection particulière

     Un beau morceau de sociologie religieuse : le doyen de l’église Saint-Pierre, Denis Dufour et quelques communiants de l’année 1932. On reconnaît les armes de la ville de Saint-Pierre sur le second oriflamme en partant de la droite: un chevron d’or sur fond d’azur. On aimerait volontiers connaître l’identité et les souvenirs des petits angelots.

     

     

    1. Chaussois (Robert), “‘Le Palais de Justice, tel qu‘il était en l864, ne survit que par la carte postale", la Voix du Nord, édition de Calais, l4 décembre 1986.

    2. Chaussois (Robert), “Place Crèvecæur ou Place d’Armes les marchés publics sont recherchés“, la Voix du Nord. édition de Calais, 26 avril 1990.

    3. Fontaine (Raymond). La “D:”: Epoque” à Calais. Dunkerque, 1983. P. 157; voir également Mulard (Nelly), “Les voyages en ballon de Léon Vincent", Dossiers de l‘histoire calaisienne. 30 décembre 1979, p. 23.

    Pin It

    votre commentaire
  • Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    Eglise Saint-Pierre 1930

    Signé, en bas et à gauche: P. ViIly. Il existe dans une collection particulière un cliché identique daté 1930 Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.48)

     La petite Sainte Thérèse est bien solitaire dans l’église déserte au cœur d’un quartier où l’anticléricalisme s’est développé lors des luttes ouvrières du début du siècle. On devine au fond la chapelle “mortuaire” aujourd’hui disparue.

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    Baptême à l'église Saint—Pierre 1932

    Signé et daté, en bas et à droite : P. Villy 1932 Calais, collection particulière

     Grande rigueur dans ce second document sur la vie religieuse des Saint-Pierrois dont le posé est aussi emprunté que celui des angelots. Le doyen Dufour est à l’époque assisté de trois vicaires Jean-Baptiste Goumau et Louis Bailleul. C’est le troisième vicaire qui officie ici. Louis Rivelon ne semble exercer son sacerdoce que sur la marraine et de jeunes enfants. L’enfant de chœur porte les habits de circonstance: soutane rouge avec surplis de dentelle, le camail sur les épaules, une médaille en sautoir et une calotte.

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    Le boulevard Jacquard à l’intersection des rues de Vic et des Quatre Coins en direction du sud                   

    Signé, en bas et à droite: P. Villy Calais, musée des Beaux-Ans (Inv. 90.415)

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    Boulevard Jacquard 1929

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1909 Mention manuscrite en bas et à droite: Bd Jacquard Calais, collection particulière

     Le boulevard Jacquard à l’ancien pont de l’Horloge, en direction du nord. Ce n’est qu’en 1925 que fût définitivement comblé le watergang connu sous le nom de l’Abyme qui justifiait la présence du pont de l‘horloge. Large fossé à ciel ouvert de 856 mètres de long compris entre le canal de Calais et l'aqueduc de la rue du Petit Paris devenu après 1918 la rue du Onze Novembre. Rien ne laisse soupçonner la présence de l’ancien égout à ciel ouvert (4).

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    Jeunes femmes en chapeau cloche sur le boulevard Jacquard 1927

    Signé et daté, en bas et à droite : P. Villy 1927 Calais, collection particulière

     Un angle de vue et des personnages qui, au chapeau cloche près, rappellent de manière frappante l’affiche d‘une campagne de promotion municipale toute récente, réminiscence ou inconscient collectif ?

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    Travaux au pavé et aux rails de tramways au carrefour des Quatre Boulevards Calais, collection particulière

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    Le monument Jacquard et le théâtre municipal

    Signé, en bas et à droite: P. Villy Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.63)

     La grande cheminée que l’on aperçoit à gauche est sans doute celle de l’usine à tulle Valdelièvre située rue des Fleurs. Le générique du théâtre municipal tel qu’il apparaît dans une notice de l’époque mérite d’être rappelé:

    “Ce remarquable édifice a été construit dans l’important faubourg de Calais qui est considéré, actuellement, comme la nouvelle ville. L’exécution en a été confiée en 1901 à Monsieur Malgras Delmas, architecte à Saint-Quentin, à la suite d’un concours. Commencé en 1903, les travaux ont été terminés le 1er octobre 1905. Le gros œuvre a couté six-cent—mille francs et les installations intérieures trois—cent-cinquante—mille francs. Le théâtre contient miHe-quatre—cent places. Le rideau est l’œuvre de M.Jobbé Duval. Les plafonds et les peintures murales sont de Monsieur Eugène Henri Delacroix. La statuaire est de Messieurs Lormier et Graf, la sculpture ornementale de Messieurs Coin et Vandenbeusch.

    La charpente en fer, la machinerie en fer et le rideau de fer ont été exécutés par la maison Bériot Frères de Fives-Lille. L’ameublement de la salle et l‘aménagement de la scène par la maison Wesbecher. Enfin, la maçonnerie par la maison Brueder d’Epinal”

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    Le boulevard Lafayette; vue en direction de l’ouest 1901

    Signé, en bas et à gauche: P. Villy Calais, collection particulière

     Ce n’est pas une vue de Denver à la fin de la conquête du Far West mais bien le boulevard Lafayette où les voitures des maraîchers ne connaissent pas encore la conduite à droite. Sur fond de neige sale, la silhouette de l’usine Debray domine le côté gauche tandis qu’à droite le jardin du Château Pagniez demeure d’un des plus importants négociants en bois de Calais rappelle le passé rural de la commune du tulle et de la dentelle.

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    Le boulevard Lafayette à l'intersection des rues du four à chaux et du général Chanzy ; vue en direction du nord

    Signé, en bas et à gauche: P. Villy Calais, collection particulière

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    Le boulevard Lafayette à l’intersection des rues du four à chaux et du général Chanzy ; vue en direction de l’est 1927

    Signé et daté, en bas et à gauche: P. Villy 1927 Calais, collection particulière

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    L’ Alimentation Lafayette

    Signé, en bas et à droite: P. Villy Calais, collection particulière

     Le magasin dont l’architecture essentielle avait été conservée jusqu’à nos jours vient d’être victime d’un important incendie en février 1992. On aperçoit à gauche l’enseigne peinte de Villy dont il reste encore des traces de nos jours, même si le magasin du photographe est récemment devenu un sympathique café.

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    Le salon de coiffure pour dames Charles Boudry

    Calais, collection particulière

     La superbe boutique du coiffeur pour dames Boudry-Gaillard est située à l’angle des rues du Commandant Mangin dont elle porte le numéro 24 et du boulevard Lafayette au 102. Vue ici vers 1930, elle devient à la veille de la Seconde Guerre mondiale coiffeur pour hommes.

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    La boutique du Fourreur au Renard, 100, Boulevard Lafayette 1928

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1928 Calais, collection particulière

     Voisin de la boutique du coiffeur Boudry le fourreur avait élaboré en 1929 une “réclame” très percutante: Le renard, 100, boulevard Lafayetre Calais et 57, rue de Calais à Saint-Omer reste toujours imbattable : qualité, prix, choix, pas de boniments. Mesdames ! Nos étalages vous montrent toujours du nouveau, Haute couture, ouvert le dimanche jusqu’à midi.

    Le charme discret de Saint-Pierre, fin

    Le magasin de Paul Villy, Comptoir moderne de Photographie 1930

    Calais, collection particulière

     La boutique du photographe vers 1930 occupe les numéros 86 et 88 du boulevard Lafayette. Villy est installé dans cet immeuble depuis 1903, à cette époque la maison porte le numéro 66—68 et le nom de Comptoir moderne des inventions nouvelles. La publicité que Villy fait insérer dans le Dictionnaire des adresses de Calais fait foi du caractère résolument nouveau de ses produits: “Nouveautés scientifiques, sel excitateur supérieur le puissant, piles de tous systèmes, jouets et moteurs électriques, electro médicaux, verrerie pour chimie et optique, physique, acoustiques, signaux, appareils de sûreté, paratonnerres, thermomètres avertisseurs électriques, moteurs, dynamos, ventilateurs, nouvelles lampes à arc et à incandescence quarante francs le mille, plans devis et renseignements sur demande, réparation de tout appareil de précision, travaux soignés, prix modérés”.

    Le magnifique portrait de son magasin que nous livre Paul Villy peut être daté d’avant 1932 puisqu’ une des photos du panneau des actualités des pellicules Lumière-Jougla représente Aristide Briand mort en mars de cette année. Les deux étalages forment comme un petit inventaire de la photo et du cinéma amateur de l’époque; léchons ces vitrines ensemble. Celle de gauche est consacrée toute entière à la photographie : sur fond de “film Kodak” gît une belle série d’appareils sur un lit de pellicule Vélox “c’est plus sûr” dit la réclame. Celle de droite est dédiée au cinéma auquel peuvent désormais accéder les amateurs grâce au Pathé—Baby “le cinéma chez-soi. “Toutes les vues du Pathéorama Cocorico” sont accessibles grâce à la profusion de projecteurs qui feront pâlir d’envie les collectionneurs d’aujourd’hui.

     

    4. Mulard (Nelly), “La rivière de l'Abyme“, Dossiers de l‘histoire calaisierme, 30 décembre 1979, pp. 21—22.

    Pin It

    votre commentaire
  • A la veille de la Seconde Guerre mondiale, le front de mer de Calais fait partie intégrante du secteur défensif de Dunkerque commandé par le Capitaine de Vaisseau De Lambertye, dont le PC est établi au Bastion XII. L‘artillerie du front de mer, aux ordres du Capitaine de Corvette Lassarat assisté de l’Enseigne de 1ère classe Beau, se répartit d’est en ouest avec quatre batteries d’artillerie de côte assurant la défense lointaine de l’espace maritime. La première est installée au Bastion II avec 3 matériels de 194 mm Mle 1902, la seconde, batterie de l’Estran ou de la digue, occupe la langue dunaire en avant du bassin des chasses avec 4 pièces de 75 mm Mle 1897 sur affûts Mle 1916, la troisième est située au Bastion XII avec 4 canons de 120 mm De Bange Mle 1878 M et la dernière occupe le fort Lapin avec 3 matériels de 164,7 mm Mle 1893—96 montés sur affûts de côte Mle 1893-1914 (affût de bord Mle 1893 modifié en 1914). A ces batteries s’ajoute l’ancienne position du Bastion l, équipée par 2 pièces de 240 mm Mle 1884 GP mais non armées (absence d’équipage).

     Le poste de reconnaissance d’entrée de la rade est installé en avant du Bastion XII, il existe deux postes photo—électriques implantés pour l’un au mâle est (Estran) et pour l’autre au Fort Vert.

     Du côté de la défense antiaérienne, deux batteries prennent position dans le secteur afin de couvrir l’espace aérien, l’une au Moulin Rouge et l’autre au Bastion IV.

     Au lieu-dit le Moulin Rouge, le 206e batterie mobile de DCA prend position avec ses 4 matériels de 75 mm Mle 1932 CA et la batterie du Bastion IV, affectée à la 2058 batterie de DCA, est dotée de 4 canons de 75 mm Mle 1897 CA sur plates-formes.

     Elle sera, suite à l’avancée allemande par l’ouest, transferrée au Fort Nieulay.

     

    La défense du front de mer de Calais

    Ci-dessus : L ’entrée du port de Calais au début du XX‘ siècle avec de gauche à droite : la batterie du Bastion XII, la batterie du Bastion I et la batterie de l’Estran. DR

     

    Pin It

    votre commentaire



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires