• Calais s'encre dans le mouvement

    Les unions locales ont invité les travailleurs à cesser le travail pour 24 heures, le lundi 13 mai. Cet appel à la grève plonge la ville de Calais au cœur du mouvement social, qui secoue la France depuis une semaine.

    Les événement de mai 68 à Calais

    Les piquets de grève de Brampton posent pour la photo

    Les événement de mai 68 à Calais

    Des ouvriers du bâtiment débrayant sur leur chantier

    Les événement de mai 68 à Calais

    A l'UPI (Union Patronale Interprofessionnelle) rue des Fleurs, les délégués CGT et CFDT sont venus présenter leurs revendications.

    Les événement de mai 68 à Calais

    Cortège sur le pont George IV

    Les événement de mai 68 à Calais

    Les élèves de terminales assis devant la SP barrant l'avenue Wilson

    Les événement de mai 68 à Calais

    La mairie est ouverte devant un piquet de grève souriant

    Les événement de mai 68 à Calais

    Voyageurs bloqués, un interprète leur demande qui veut se rendre à Paris en autocar

    Les événement de mai 68 à Calais

    Les manifestants quittent le boulevard Jacquard pour Calais-Nord.

    Syndicats enseignants, associations de parents d'élèves, cheminots et personnels du service public et de la santé, ouvriers et employés prônent le même discours en Mai 68, la revalorisation de leurs conditions de travail. Calais s'apprête à vivre six semaines de grève.

     La première grande manifestation est sans lendemain. Le 13 mai, 2 000 personnes sont dans les rues de Calais. Coupures d'électricité, problèmes de circulation, sifflets, pancartes et banderoles ont rythmé cette journée peu ordinaire. C'est tout naturellement devant la bourse du travail que s'est déroulé le premier grand meeting syndical tant attendu.

     Messieurs Lenseel, Simplot, Rembotte et Lefebvre ont alors pris le micro pour y définir les mobiles de la grève, puis ont orienté le cortège vers la mairie, dans le plus grand calme, et sous les paroles de l'Internationale et de la Marseillaise. Une première résolution destinée au député-maire est finalement donnée à l'adjoint Wood, Jacques Vendroux étant absent. Calais entre pleinement dans Mai 68.

     Le lendemain, quasiment plus rien. Il faut de nouveau attendre le 18 mai, pour qu'une nouvelle manifestation ait lieu. Mais ce nouveau souffle va durer plus d’un mois.

     Le 18 mai, le mouvement revendicatif touche réellement Calais

     Le mouvement d'ampleur national touche Calais, le samedi 18 mai. La presse de l'époque, signale même, qu'un drapeau rouge confectionné le matin avec une étoffe achetée sur le marché,flotte sur le toit de la bourse.

    Les cheminots rejoignent, à 15 heures et à l'unanimité, leurs collègues de la région déjà en grève. Leur revendication est fort simple : cinq journées de 8 heures. Le soir du 19, les dockers se mettent à leur tour en grève. La paralysie commence belle et bien.

     Le lundi 20 mai, la grève s'amplifie, les instituteurs et les tullistes calaisiens se joignent au mouvement. Les sociétés Larivière et Riechers sont d’ores et déjà en grève et ne tardent pas à être rejointes par leurs collègues tullistes.

     Le secteur le plus touché, en ce 20 mai, est la métallurgie. Brampton, les Câbles de Lyon, Tresse, Rogliano et la Socarenam sont tous en grève, avec occupation des locaux. Courtaulds l'est le 22. La sécurité sociale, l'Urssaf et les allocations familiales sont dans l'attente. « Le mouvement à la Sécu a eu du mal à démarrer », se souvient Michel Blanquart, retraité de la Sécu, 31 ans à l'époque : « Il a fallu téléphoner à droite et à gauche pour savoir qu'il y avait un mouvement national. Les syndicats de chez nous n’étaient pas unitaires. Un jour, je téléphone à Paris et le collègue au bout du fil était étonné que l'on n’avait pas encore débraillé. Ce qui est marrant, c'est que beaucoup d'entre nous débrayaient sans trop savoir pourquoi, si ce n’est qu’il y avait un ras-le—bol général ». Les douanes et les hospitaliers aussi entrent dans la partie. Et la grève se veut illimitée.

     Le 21 mai, un tournant

     Le mouvement se durcit le mardi 21 mai. Les employés de la mairie et des services municipaux se mettent à leur tour en grève, ce qui n'est pas arrivé depuis 1961. Réunis rue de Toul et dans le hall de la mairie, la grève est votée à bulletins secrets dans le grand salon: 350 votants, 344 exprimés, 6 nuls, 210 pour la grève. Les bus de la ville ne circulent plus non plus, les pompiers n'assurent que le minimum.

     Les établissements Thélu, Tioxide, Tri Ang cessent aussi de fonctionner. Le 21 mal, ne tournait encore que l'usine de pâtes à papiers et l’usine de Laire.

     On demande à retarder le bac

    Ce mardi noir, les élèves en terminale du collège Saint-Pierre, du lycée de la Place de la République, ainsi que ceux du lycée de jeunes filles battent de nouveau le pavé. Réunis vers 13 h 30 devant le lycée Sophie-Berthelot, tous ont ensuite pris la direction du parc Saint-Pierre et de la sous-préfecture.

     Au représentant de l'Etat, ils demandent à ce que les dates du bac soient retardées de quinze jours, que soit faite la moyenne de l’écrit et de l'oral, que l'oral soit passé par tous les élèves, que chaque recalé puisse repasser l'examen en septembre et que le principe d’une double correction en salle de copie soit adoptée.

     Le 22, les unions syndicales locales, la CGT, FO et la CFBT ont donné rendez—vous aux salariés de la dentelle, à la bourse du travail pour une assemblée générale afin d'y établir les principales doléances : augmentation du minimum garanti à 600 francs par mois, la retraite à 60 ans pour les hommes et à 55 ans pour les femmes avec des retraites suffisantes, et notamment l'immunité des délégués et responsables syndicaux contre les licenciements. De leur côté, les dockers paralysent le port depuis la veille, plus aucun bateau ne circule entre Calais et l'Angleterre.

     Le 23 mai, alors qu’à Paris des négociations s'ouvrent entre les syndicats, l'Etat et le patronat, des affrontements entre policiers et étudiants vont limiter leurs portées. En effet, lorsque les étudiants ont appris la nouvelle annonçant que Daniel Cohn-Bendit, le chef des "enragés"de Nanterre, parti en Allemagne, serait interdit de séjour en France, ils se sont de nouveau mobilisés toute la nuit.

     A Calais, le mouvement suit son cours. Un peu partout, on est dans l'attente des pourparlers qui s’engage avec le gouvernement et les patrons. Le Premier ministre est prêt à ouvrir le dialogue avec les diverses organisations syndicales.

     5 000 personnes dans la rue le 24 mai

     Si les 22 et 23 mai, personne ne bat le pavé, le 24, les choses reprennent de plus belle. Plus de 5 000 personnes défilent en cette fin d'après-midi sur les grandes artères calaisiennes. C'est vers 19 heures, que le cortège a pris le départ de la Bourse du travail pour la sous-préfecture. Et coïncidence ou pas, c'est à 20 heures, au moment même ou le président de la République prenait la parole à la télévision que l'importante délégation s'installait devant les grilles du bâtiment de monsieur Gillard.

     Une fois de plus, le calme et la dignité ont prédominé dans ce défilé. Toute la journée, se sont succédé dans la salle Boulanger de la Bourse du travail, les syndicats de l’ensemble des corporations : à 11 h 30, les syndicats des cheminots, à 13 h 30, ceux du bâtiment, à 14 heures, ceux de la teinturerie, à 15 heures, ceux des instituteurs...

     Le lundi 27, voilà une semaine que Calais vit au rythme des manifestations et des grèves. Le protocole signé la veille à Paris n'a apporté aucune solution satisfaisante, la fièvre n'est pas prête de descendre. Pourtant, à Calais, d’âpres négociations entre les syndicats et la municipalité ont permis de trouver un terrain d'entente.

     A 15 h 30, les délégués du comité de grève, MM. Zielinski, Géneau, Georges Beyaert et Thorel ont eu avec M. Lesigne, secrétaire général de la mairie, une réunion préliminaire afin de préparer l'entrevue avec le députe-maire. A 16 h 45, la délégation s'entretenait avec Jacques Vendroux. A 18 heures, les délégués en sortaient ravis. Les résultats acquis et les pourparlers du prochain conseil municipal prévu jeudi 30 mai satisfont les grévistes. Mais, solidaires avec le mouvement national, la grève se poursuit à la mairie.

     Fabrice ALLEMAND

     La résolution du 13 mai 1968

     Les travailleurs de Calais, en grève ce jour du 13 mai 1968 :

     - S’élèvent contre la répression policière dirigée Contre Ies étudiants.

     - Exigent une réforme démocratique de l'enSei- gnement au service des travailleurs,

     - le plein emploi,

     - la transformation du système économique par et pour le peuple,

     - le respect de l'extension des libertés syndicales et démocratiques.

     - S'engagent à développer leur unité et l’action pour la satisfaction de leurs aspirations communes et hâter l'heure des grands changements souhaités par assurer leur bien-être dans la liberté.

     Calais, le 13 mai 1968

     

    LA DELEGATION

     

     

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  • Une rue Royale commerçante et pittoresque

    Cette photo prise au cœur même de la rue Royale montre le pittoresque de cette rue pavée, flanquée d'étroits trottoirs. Les commerces sont nombreux mais souvent de petite taille. Pourtant, au delà du charme que semble dégager cette rue, la vie n’y était pas aussi facile que de nos jours, comme le dépeint Raymond Lefebvre dans « La Belle Epoque à Calais » prenant l'exemple de l'aspect sanitaire : “ On a rarement l'eau courante à domicile, tout au plus un poste d’eau installé sur le pallier... On se lave des pieds à la tête de préférence en été car l'hiver, faute d’un bon chauffage, il n’est pas rare que l’eau gèle dans le broc...”.

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  • L'entrée nord du Calais-Nord d'avant guerre

    Cette photo évoquera de nombreux souvenirs aux générations de Calaisiens qui sont nés avant la Seconde guerre, tout ce secteur ayant été volatilisé par les bombes. Le pont Georges V s'appelait encore le pont Richelieu et n’avait pas encore été élargi. Sur l’angle du quai de la Tamise, les maisons étaient cossues. Il y avait le café Richelieu qui se situerait maintenant à la place de l'entrée du garage Peugeot. La maison bourgeoise le jouxtant fut un temps la résidence de Mme Andrau, auteur du roman « Le passager de Calais-Douvres » ; à côté celle d'un des résidents de la chambre e commerce, M. Vermeulen, et lus loin, le célèbre garage Trocmé.

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  • La "Soie" à son ouverture

    Cette photo date certainement de l'année de l'ouverture de l'usine de la « Soie Artificielle » en 1927. Elle appartient à Mme Leclercq qui l’a gardé précieusement car y figure Alice, sa mère, l'année qui précède sa naissance en 1928. Comme le souligne Mme Leclerq, énormément de personnes travaillaient dans cette nouvelle usine qui fabriquait de la soie artificielle. Il y aura jusqu'à près de trois mille ouvriers et ouvrières sur le site. Pourquoi cette photo où l'on ne voit quasiment que des femmes ? Peut-être la Sainte-Catherine, peut-être une des toutes premières, ou même la première sortie de cette foule qui s'étire jusqu’à l'intérieur de l'usine ? Mystère.

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  • La gare centrale dévastée a la libération

    Bâtie en 1889, la gare centrale était une merveille architecturale. Conçue par l'architecte Sydney Dunnett, elle était constituée de deux bâtiments de pierres et de briques identiques érigés de part et d’autre des voies, et reliés par une marquise vitrée au-dessus des quais, verrière identique à celle de la gare de Lille. Un tel bâtiment, d’un intérêt logistique incontournable en cas de guerre, ne pouvait passer inaperçu des bombardiers. En 1940, la gare centrale était victime des bombes et du feu. A la Libération, les bâtiments (on voit ici en haut à gauche les ruines), ne pouvaient être réhabilités. Seule la passerelle échappe à la tourmente.

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