• L’histoire de Jean de Calais

    Auteur Jean Castilhon (1720-1799)

    Date d'édition: 1862

        Au nord des Gaules, sur le bord de la mer, est une ville appelée Calais. Un des principaux et des plus riches négociants de cette ville avait un fils unique, à qui il avait donné toute l'éducation nécessaire pour lui former l'esprit et le corps. La nature l'avait doué des charmes de l'un et des grâces de l'autre ; aussi ses maîtres le virent bientôt dépasser leurs espérances.

    Il s'attacha bientôt à l'art de naviguer, et lorsqu'il eut joint la pratique à la théorie, il fut le plus brave et le plus excellent homme de mer de son temps. Son jeune courage ne lui permettant pas de languir dans une molle oisiveté, il engagea son père à lui équiper un vaisseau assez fort pour nettoyer la côte d'un nombre infini de corsaires, que le grand négoce des habitants de Calais y avait attirés , et qui faisaient mille brigandages dans ces mers.

    Jean de Calais ayant exterminé les pirates débarque dans l'île d’Orimanie.

    Son père loua son audace, et lui fournit abondamment tout ce qu'il lui fallait pour l'exécution d'un si beau projet. Tout étant prêt, il mit à la voile, et sa valeur, soutenue par sa prudence, le servirent si bien, qu'ayant battu ces voleurs de mer en plusieurs rencontres, il les détruisit si parfaitement, qu'il n'en paraissait plus.

    Ces nouvelles portèrent les habitants de la ville de Calais à un tel degré de reconnaissance, qu'ils lui préparèrent des arcs de triomphe, en joignant son nom à ce- lui de la ville , comme lui étant redevable de sa tranquillité et de la sûreté de son commerce : ce qui fait que l'historien ne le donne jamais à connaître que sous le nom de Jean de Calais.

    Ce jeune héros était près, par son retour, de jouir des honneur, qui l'attendaient, lorsque son vaisseau fui battu par une si cruelle tempête , qu'il fut porté dans des mers inconnues. Le calme ayant succédé à l'orage, Jean de Calais ayant mis en usage tout ce que l'art et l'expérience lui avaient appris pour trouver les terres, découvrit une île ; il s'en approcha ; et ayant mis sa chaloupe en mer, il aborda au bord d'un bois, dans lequel il entra suivi de huit soldats. Sa surprise fut extrême de le trouver taillé et coupé par de grandes et belles allées ; cette attention lui parut extraordinaire dans un pays qu'il avait cru inhabité ou barbare ; mais son étonnement eut de quoi s'augmenter, lorsque s'étant avancé, il entendit parler flamand, langue qui lui était familière. Il conduisit ses pas du côté des voix qu'il venait d'entendre, et vit trois hommes superbement vêtus qui s'approchèrent de lui avec politesse.

    Jean de Calais les pria de lui apprendre dans quel pays il était, et s'il y avait sûreté pour lui et pour sa troupe. Qui que vous soyez, lui répondit celui qui paraissait être au-dessus de tous les autres, je trouve surprenant que vous ignoriez que vous êtes dans l'Orimanie, état florissant, où règne le roi du monde le plus juste, de qui la sagesse a dicté les lois auxquelles il s'est soumis lui-même, et dont l'observation religieuse fait le bonheur de cet empire ; ne regrettez point d'y être abordes, vous y serez en assurance. Montez sur cette hauteur, ajouta-t-il, qui vous cache la grande et superbe ville de Palmanie , qui sert de capitale à ces riches états ; vous y verrez une rivière majestueuse qui forme le plus beau port de l'univers, et dont l'abord est la sûreté de toutes les notions.

    Jean de Calais le remercia, et charmé des grâces que lui faisait la fortune, il s'avança sur le sommet qui lui cachait la ville; il découvrit le plus beau pays du monde : il descendit dans cette capitale, le cœur rempli de joie; mais étant arrivé dans une grande place, il vit le corps d'un homme déchiré par des chiens : cet objet lui fit horreur, il se repentit de s'être en- gagé si avant. Il demanda cependant pourquoi dans une si grande ville, et dont on lui avait dit que les lois étaient si sages, il ne se trouvait pas quelqu'un assez charitable pour faire donner la sépulture à ce malheureux.

    On lui répondit qu'il subissait la peine de la loi, qui ordonnait que tous ceux qui mouraient sans payer leurs dettes, seraient jetés aux chiens pour en être la proie, et que leurs âmes étaient errantes, sans que les intelligences éternelles leur donnassent le lieu de repos destiné aux justes; qu'on faisait cette punition publiquement , parce qu'il se trouvait souvent des personnes assez généreuses pour acquitter les dettes de ces malheureux, et faire donner la sépulture à leurs corps.

    Sur la place publique il vit le cadavre d’un homme déchiré par les chiens, parce qu’il était mort sans payer ses dettes.

    Il n'en fallut pas davantage à l'âme magnanime de Jean de Calais : excité par la compassion, il fit publier sur-le-champ, à son de trompe par toute la ville, que les créanciers de cet homme n'avaient qu'à lui faire voir leurs titres, et qu'il s'offrait de les acquitter; et le lendemain ayant fait entrer son vaisseau dans le port, il prit l'argent nécessaire pour satisfaire à sa parole; il la tint exactement, et fit d'honorables funérailles au cadavre du débiteur.

    Après avoir reçu du suprême magistrat et du peuple les louanges qu'une pareille action méritait, il ne songea plus qu'à prendre les hauteurs de cette terre favorable, pour en pouvoir donner connaissance à sa patrie, et lui ouvrir un chemin qui facilitât un négoce utile aux deux nations.

    Un soir qu'il se retirait d'assez bonne heure sur son bord, il aperçut un vaisseau qui venait de mouiller auprès du sien, sur le pont duquel il vit deux dames fondant en pleurs : elles étaient magnifiquement parées, et leur air fit juger à Jean de Calais qu'elles étaient d'une naissance distinguée. Il s'informa à qui appartenait ce vaisseau : il apprit qu’il était à un corsaire qui venait d'entrer dans le port, et que les deux personnes qu'il voyait étaient deux esclaves qu'il vendrait le lendemain.

     Le cœur sensible de Jean de Calais fut touché de leur malheur, et il forma le dessein de les retirer de l'abîme dans lequel elles allaient tomber. Pour cet effet il manda le corsaire, et sans marchander du prix, il donna au pirate tout ce qu'il voulut, et fit venir les deux esclaves sur son bord.  

    Mais quelle fut sa surprise lorsqu'elles eurent ôté leur voile, de voir deux jeunes beautés capables d'attendrir l'âme la plus barbare ! Les pleurs qu'elles répandaient ne faisaient qu'augmenter leurs charmes, et semblaient leur servir d'armes pour vaincre tous les cœurs; une des deux surtout frappa celui de Jean de Calais d'un trait qu'il ne put parer.

    Après avoir donné quelque temps à l'admiration que lui inspirait son amour naissant, il les consola, leur dit qu'elles étaient libres, et qu'un respect inviolable suivrait l'action qu'il venait de faire; qu'en les retirant des mains du pirate, il n'avait point d'autre dessein que de les rendre à leurs parents, sans espoir d'aucune rançon.

    Ces paroles généreuses rassurèrent les belles captives. L'air noble de Jean de Calais, et les grâces qui accompagnaient toutes ses actions, touchèrent leur cœur, et les termes les plus obligeants lui marquèrent leur reconnaissance. Quelque temps après il mit à la voile, et sa navigation fut si heureuse qu'il se trouva bientôt sur les côtes d'Albion , où le mauvais temps l'obligea de relâcher.

    Pendant le voyage il ne passait presque pas de moments sans être auprès de ses esclaves; et comme il était jeune, insinuant et fait pour plaire, il trouva bientôt le chemin du cœur de celle qui l'avait charmé : le même trait les blessa si profondément, qu'ils ne purent se le cacher longtemps : ils s'aimèrent, ils se le dirent, et ne consultant que la vivacité de leurs sentiments, ils se jurèrent un amour éternel.

    Lorsque Jean de Calais fut assuré de son bonheur, il pria cette jeune beauté de lui déclarer qui elle était, et par quel accident elle et sa compagne avaient été enlevées par le pirate. Ne croyez pas, ajoutât-il, que ma curiosité ait nul motif désobligeant : qui que vous soyez, il n'est rien que je ne trouve fort au-dessous de vous; et pour vous prouver ce que je dis, je vous donne ma foi dès ce moment, et sans en savoir davantage, je vous prie de vouloir bien m'accepter pour époux.

    Jean de Calais ayant payé les dettes de ce malheureux débiteur, lui fit donner une sépulture honorable.

    Je reçois avec plaisir, lui répondit la belle esclave, la foi que vous m'offrez; je vous donne la mienne, et fais tout mon bonheur d'être à vous pour jamais : mais pour ma naissance, souffrez que je vous en fasse un mystère, que je trouve nécessaire au repos de ma vie. Qu'il vous suffise de savoir que le ciel ne m'a pas fait naître indigne de vous, et d'apprendre que je me nomme Constance et ma compagne Isabelle. Je n'ai point soupçonné votre curiosité d'avoir rien d'offensant pour moi; ne vous offensez pas non plus du silence que je m'impose : notre amour l'exige de moi. Je dois me taire pour être à vous, et je veux éloigner de mon esprit tout ce qui pourrait m'empêcher de suivre un penchant plus fort que ma raison. Jean de Calais était trop amoureux pour presser la belle Constance après un tel aveu ; il lui promit de ne lui en plus parler ; et, sans consulter davantage, ils s'unirent pour jamais.

    Cependant Isabelle qui avait été témoin de leur amour et de leur union, prenant le moment où Jean de Calais était occupé à donner des ordres dans son vaisseau, ne put s'empêcher de marquer sa surprise à Constance sur l'action qu'elle venait de faire. Quoi ! Madame, lui dit-elle, est-il possible que l'amour vous aveugle assez pour oublier qui vous êtes ? Croyez-vous pouvoir vous cacher toujours, et que les nœuds que vous venez de former ne soient point rompus lorsqu'on saura où vous êtes ? Je ne parle pas de moi ; dans quelque obscurité que vous me fassiez vivre, attachée à votre sort sans nulle réserve, je ne m'en séparerai jamais ; votre seule gloire m'intéresse, et je ne puis voir sans douleur que vous abandonniez l'espoir le plus brillant pour écouter votre tendresse.

    - Je ne m'offense point, ma chère Isabelle, lui répondit Constance, du discours que tu me tiens ; je me suis dit mille fois les mêmes choses, mais l'amour est le plus fort. Le sort brillant dont tu me parles n'a rien que d'affreux pour moi, ne pouvant le partager avec ce que j'aime; et je trouve l'obscurité qui te gêne au-dessus du destin le plus éclatant, puisqu'elle me donne la liberté de suivre mon penchant; mes nœuds dureront toujours en gardant mon secret, et je ne le découvrirai jamais, ou du moins que lorsque je verrai qu'on ne pourra les rompre qu'en faisant rejaillir sur moi une honte mille fois plus grande que celle de mon hymen avec le plus aimable homme du monde; et puisque tu me chéris assez pour ne point me quitter , pousse encore cette tendresse à chérir ma tranquillité, et à ne jamais découvrir un secret dont elle dépend.

    C'est de cette façon qu'elle imposa silence à sa compagne, qui ne voyant point de remède à ce qu'elle appelait un malheur, se résolut d'obéir. L'heureux Jean de Calais, charmé de posséder Constance, rendit grâces au ciel des dons qu'il en avait reçus; et comblé des faveurs de la fortune et de l'amour, il se rembarqua, et le temps favorable à ses vœux le fit aborder au port de Calais. Le bruit de son retour fut bientôt répandu; son père et tous les habitants de la ville furent le recevoir, et lui rendirent les honneurs que méritaient ses actions héroïques.

    Le lendemain, il vit un corsaire qui voulait vendre deux jeunes dames qui pleuraient amèrement; il paya au corsaire une forte rançon pour leur liberté.

    Mais quelle fut la douleur de ce jeune héros, de voir son père désapprouver son mariage avec Constance ! L'histoire sincère qu'il lui-fit de la façon dont il l'avait trouvée, irrita son courroux ; et quelque vive que fût la peinture que Jean de Calais lui fit de son amour pour elle et de ses vertus , ce père sévère ne put lui pardonner devoir pris un engagement qui lui paraissait fort au-dessous de lui, et il n'épargna rien pour l'obliger à l'abandonner ; mais il protesta qu'on lui arracherait plutôt la vie ; qu'il avait donné sa foi à la personne du monde qui en était la plus digne, et qu'il la lui garderait jusqu'au tombeau. Le vieillard, plus irrité que jamais de sa résistance, le bannit de sa maison ; malgré les sollicitations des principaux de la ville, qui s'intéressaient pour lui, il lui ordonna de ne plus paraitre à ses yeux.

    Jean de Calais, sensiblement touché de l'outrage que son père faisait à sa chère Constance, se retira dans une maison qui était près du port, avec elle et sa fidèle compagne. Ces altercations entre le père et le fils ne purent lui être cachées : sa fierté en fut alarmée, et malgré tout son amour, elle fut sensible aux mépris que le père de son époux parut avoir pour elle.

    Cependant elle ne se démentait point; toujours tendre, toujours fidèle, elle consola Jean de Calais; et l'année de son mariage était à peine finie, qu'elle accoucha d'un fils qui fit toute l'attention de ce cher époux pendant plusieurs années, qui se passèrent sans qu'il pût attendrir son père; mais enfin, pressé par des amis communs, il consentit à fournir à Jean de Calais de quoi équiper un second vaisseau, pour porter et établir un négoce éclatant avec les nations qu'il avait découvertes, espérant que l'absence et les hasards lui feraient oublier Constance et son fils.

    L'armement fut bientôt prêt : quoiqu'il flattât les désirs de Jean de Calais , par l'espoir d'acquérir une nouvelle gloire, il ne put voir approcher le jour de son dé- part sans ressentir une douleur amère d’être obligé de se séparer d'une épouse et d'un fils qu'il aimait si tendrement.

    Constance de son côté n'était pas plus, tranquille ; les périls où allait s'exposer Jean de Calais, et la crainte qu'un fatal oubli ne la chassât de son cœur, troublaient également son repos. Elle répandait ses pleurs dans le sein de sa chère Isabelle, qui les partageait avec un zèle digne de l'un et de l'autre; mais enfin l'amour offrit à Constance un moyen de retenir son époux dans ses chaînes, et d'obliger son père à rougir du cruel traitement qu'il lui avait fait souffrir.

    Elle cacha son dessein à sa fidèle Isabelle, craignant qu'elle ne l'en détournât mais lorsqu'elle vit qu'il n'y avait plus que peu de jours à s'écouler jusqu'au départ de Jean de Calais, elle se jeta à ses genoux, en le priant de ne pas lui refuser deux grâces qu'elle avait à lui demander.

     

    Jean de Calais épris d’une des deux dames, nommée Constance, l’épousa.

     

    Ce tendre époux la releva, et l'embrassant avec les témoignages de l'amour le plus vif, lui jura qu'il était prêt à lui out accorder. - Je vous conjure donc, répondit-elle, de me faire peindre sur la poupe de votre vaisseau, avec mon fils et ma chère Isabelle; lorsque cela sera exécute, et que vous serez au jour de votre embarquement, je vous dirai la seconde grâce que j'exige de votre tendresse.

    Jean de Calais ne trouvant rien dans cette demande qui ne flattât sa passion, en lui donnant occasion d'avoir sans cesse devant les yeux ce qu'il avait de plus cher consentit avec plaisir. Il employa à cet ouvrage les plus habiles peintres qu'il put trouver. Ils travaillèrent si promptement, qu'ils ne retardèrent point le départ de Jean de Calais, qui voyant le temps favorable, voulut en profiter pour s'embarquer. 

    Alors la généreuse Constance l'accompagnant jusqu'à son vaisseau : Voici le jour, lui dit-elle, les yeux baignés de larmes, où tu me dois accorder la dernière grâce que j'ai à te demander ; tu me l'as promise. Tourne la poupe de ton vaisseau du côté de Lisbonne, et va mouiller le plus près que tu pourras du château, de cette ville ; c'est là que tu verras à quel point je t'aime, et quels sacrifices t'a fait mon amour.

    Quoique Jean de Calais ne pût comprendre le sens d'un pareil discours, il lui promit d'exécuter ce qu'elle souhaitait Ils s'embrassèrent, et s'étant séparés avec peine, il fit mettre à la voile, l'âme remplie d'espoir, d'amour et de douleur. Il tint parole à Constance ; et sa navigation ayant été heureuse, il vint aborder directement sous le château de Lisbonne.

    L'arrivée et la beauté de son vaisseau  attirèrent presque toute la ville sur son bord ; le roi de Portugal même sentit exciter sa curiosité par tout ce qu'on en dit, et voulut en juger par ses yeux. Il descendit de son château, sui vi d'une cour nombreuse. Jean de Calais le reçut avec tous les honneurs dus à la majesté royale. Ce prince fut charmé de sa bonne mine, de ton esprit et de l'air de grandeur qu'il répandait dans ses moindres actions.

    Il examina avec soin la construction de son vaisseau; mais lorsqu'il eut jeté les yeux sur le tableau qui en ornait la poupe, il ne put s'empêcher de marquer son étonnement par un cri qui attira les regards de toute la cour sur ces objets. Chacun parut être agité du même trouble que le roi ; mais voyant qu'il gardait le silence, personne n'osa le rompre, et renferma ses pensées dans le fond de son cœur.

    Jean de Calais revint dans son pays avec sa jeune épouse; mais son père irrité de son mariage avec une esclave, les bannit de sa maison.

    Jean de Calais, surpris des divers changements qu'il remarquait sur le visage du roi, lui en demanda respectueusement la cause, et le supplia de lui dire s'il était assez malheureux pour qu'il eût trouvé dans son vaisseau quelque chose qui lui déplut. Non,  répondit le roi, en se faisant effort pouf se remettre, je suis charmé que toussez abordé en ces lieux; je veux que vous y soyez reçu comme vous le méritez; mais je vous défends d'en sortir sans mon ordre.

    A ces mots il se retira, et sa cour le suivit, sans avoir la hardiesse d'ouvrir la bouche sur ce qu'elle venait de voir. Le roi entra dans son cabinet, l'âme agitée de tant de différents mouvements, qu'il avait peine à les démêler lui-même. Il s'était bien aperçu que ceux qui étaient avec lui, avaient eu la même idée : ce qui le détermina à s'instruire au plus tôt de la vérité, pour ne pas donner le temps à ses courtisans de divulguer des choses que lui seul devait savoir. Cette résolution prise, il fit dire à Jean de Calais de venir le trouver.

     Ce jeune guerrier notait pas plus tranquille que le roi : il ne pouvait comprendre ce qui avait causé son trouble à la vue du portrait de Constance. Les dernières, paroles de cette chère épouse lui revenaient dans la mémoire, et les rassemblant avec les actions du roi, il cherchait à pénétrer le mystère qu'elles renfermaient,  lorsqu'il reçut l'ordre du prince.

    Il y fut, en remettant au ciel le soin de l'éclaircir. Le roi le fit entrer seul avec lui dans son cabinet, et lui montrant un visage ouvert : Je suis persuadé, lui dit-il, que ce qui s’est passé tantôt vous a donné de l'inquiétude; je ne puis vous cacher que j'en ai une que vous pouvez dissiper. J'ai pris pour vous une estime particulière, et je n'épargnerai rien pour vous le prouver, si vous ne me déguisez point la vérité.

    —-L'ambition d'acquérir quelque gloire, répondit Jean de Calais en se baissant profondément, ne peut entrer, Seigneur, dans les âmes capables de mensonges; l'honneur et la probité seront toujours les guides de mes actions et de mes paroles. Je ne voudrais pas, au péril de ma vie, manquer à ce qu'ils exigent de moi, même avec mes plus grands ennemis. Jugez, Seigneur, si j'en serais capable avec un prince dont la justice et les vertus font mon admiration.

    Jean de Calais faisant armer un vaisseau pour un autre voyage, fit peindre le portrait de sa femme et de son enfant à la poupe de ce vaisseau.

    — Ainsi donc, lui dit le roi, vous n’avez point de peine à m'avouer quelles sont les deux femmes et l'enfant que vous avez fait peindre sur la poupe de votre vaisseau ? - Non, Seigneur, lui répondit  promptement Jean de Calais; l'une des deux est ma femme, l'enfant est son fils et le mien, et l'autre est une de ses amies, que j'ai tirée avec elle d'un funeste esclavage. Le roi de Portugal soupira, et répandant quelques larmes qu'il ne put ca- cher : Et de laquelle, lui dit-il, êtes-vous l'époux ? — De la plus belle, répondit Jean de Calais. — Et son nom quel est il ?continua le prince. — Constance, répondit-il. — Et celui de sa compagne ?— Isabelle. — Ah ! s'écria le roi, je n'en puis plus douter. Mais, reprit-il, achevez d'être sincère en me contant en quel temps et comment ces deux personnes sont tombées entre vos mains, et de quelle façon vous vous êtes résolus, cette Constance et vous, à engager votre foi ?

    Alors , sans hésiter , Jean de Calais rapporta fidèlement au roi de Portugal tout ce qui lui était arrivé depuis qu'il était parti la première fois du lieu de sa naissance , et quoiqu'il affectât de parler de lui avec modestie , il en dit assez pour faire connaître de quelle utilité sa valeur avait été à sa patrie : il conta ensuite son naufrage sur les côtes de l'Orimanie, son aventure touchant le cadavre, et enfin la manière dont il avait délivré Constance et Isabelle.

    — J'adorai Constance, continua-t-il du premier moment que je la vis; en la fréquentant, j'admirai sa vertu, son courage à supporter ses malheurs, et je ne vis point de plus grande félicité pour moi, que d'être uni à elle pour jamais.

    J'eus le bonheur de lui plaire : elle accepta ma foi ; mais elle m'a caché sa naissance avec un soin extrême. Il est vrai que je ne l'ai jamais pressée là-dessus. Mon cœur, content de sa vertu dédaigna de s'instruire de ce qui doit le moins attacher les âmes généreuses : la mienne préféra l'esclave, qui mérite la couronne, aux reines dont les sentiments ne répondraient pas à la grandeur de leur rang. J'en ai un fils qui fait tout mon bonheur et celui de sa mère ; et c'est pour obéir à cette chère épouse, que j'ai tourné la poupe de mon vaisseau du côté de ces lieux. J'ignorais son dessein ; j'ignore aussi le vôtre, Seigneur, dans le récit que vous avez exigé de moi ; mais je sais que , quels qu'ils puissent être , je serai toujours fidèle à Constance, et que je ne m'en séparerai jamais. Voilà, Seigneur, l'exacte vérité que vous m'avez demandée. Heureux, si elle peut exciter dans votre âme les sentiments d'estime que je cherche à m'acquérir parmi les nations où mes desseins et le hasard me font aborder.         — Oui, dit le roi en l'embrassant, ta vertu a trouvé le chemin de mon cœur; et pour reconnaître ta sincérité par une franchise pareille, apprends que cette épouse qui t'est si chère, est la princesse ma fille, unique héritière de cet empire, et que sa compagne Isabelle est fille du duc de Cascaës.

    Jean de Calais ayant abordé au port de Lisbonne, le roi du Portugal vint visiter son vaisseau. A la vue du portrait peint à la poupe, il jette un grand cri.

    O ciel ! s'écria Jean de Calais, qu'il m'est glorieux, Seigneur, de vous avoir conservé ce précieux trésor ! Mais hélas !dans quel abîme de maux cette aventure va-t-elle me plonger ?

    — Non, non, lui répondit le roi, rassure les esprits sur ce que tu peux craindre; je suis aussi généreux que toi: sans connaître ma fille que pour une esclave, tu n'as pas dédaigné de l'attacher à toi par des nœuds légitimes, tu n'as point attaqué sa vertu par des feux criminels, tu l'as tirée d'un esclavage où cette vertu aurait peut-être pu triompher de la violence d'un amour odieux. Tu l'aimes, tu lui es cher; le secret qu'elle t'a fait de sa naissance me le prouve, puisque sans doute elle craignait, en la déclarant, que j'empêchasse un hymen que j'aurais pu trouver inégal, ne vous connaissant pas. Elle t'a conjuré d'aborder en ces lieux avec son portrait, sûre que je la reconnaîtrais, et que ton mérite toucherait mon âme, comme il a touché la sienne; de plus, elle t'a donné un fils, et sa gloire aujourd'hui demande que tu sois son époux, quoiqu'il lui eût été autrefois défendu de faire une semblable alliance. Je t'accepte donc pour gendre, continua ce grand prince, et je reconnais ton fils pour le mien.

    Jean de Calais ne put s'empêcher de l'interrompre ; il se jeta à ses pieds; les termes les plus touchants prouvèrent sa reconnaissance pour ses bontés, et son amour pour la princesse; le roi le releva avec tendresse, — Ce n'est pas assez, continua ce prince , mon cher Jean de Calais, que mon consentement, il faut que mon conseil l'approuve; mais je parlerai de façon à lui faire connaître que c'est ma volonté, et la joie que mon peuple aura de revoir sa princesse, lui fera tout accorder.

    Alors ce monarque lui conta qu'environ au temps qu'il avait marqué dans son récit, Constance et Isabelle furent enlevées par des corsaires qui les trouvèrent se promenant au bord de la mer, où leur jeunesse imprudente les avait fait venir sans gardes et sans secours; qu'il n'avait rien négligé depuis près de cinq ans pour savoir ce qu'elles étaient devenues; mais que toutes ses recherches ayant été inutiles , il avait langui jusqu'à ce jour dans une morne tristesse ; qu'il avait fallu l'éclat de son arrivée pour exciter sa curiosité. — Je rends grâces au ciel, continua-t-il, de m'avoir écouté, puisqu'il m'a rendu par tes mains ce que j'ai de plus cher.

    Après cela, ce prince fit appeler tous les principaux de ça cour, qui l'avaient accompagné dans le vaisseau de Jean de Calais, et leur ayant permis de dire ce qu'ils pensaient des personnes qui y étaient peintes, ils s'écrièrent tous que c'étaient la princesse sa fille et la fille du duc de Cascaës. Le roi leur avoua la vérité; et comme Jean de Calais avait reçu ce prince a son bord avec une magnificence extrême, il n'y en eut pas un qui ne le trouvât digne de posséder un bien qu'il s'était acquis en le leur conservant.

    Jean de Calais raconte ses aventures au roi, qui est fort étonné d’apprendre que sa fille, qui avait été enlevée par des pirates, est sa femme.

    Le roi fit assembler son conseil, et proposa la chose en prince qui souhaitait que l'on fût de son avis. Personne n'en eut un contraire; le seul don Juan, premier prince du sang, s'opposa fortement au bonheur de Jean de Calais; mais quoique son éloquence fût animée par des raisons secrètes et qui lui étaient sensibles, il fallut céder au nombre. Le roi, qui croyait que l'intérêt et la gloire de l'Etat l'avaient fait parler, ne lui en voulut point de mal; et comme on résolut qu'on équiperait une escadre pour aller chercher la princesse , il en donna le commandement à don Juan, et ordonna que Jean de Calais l'accompagnerait. Cet honneur ne le consola point des pertes qu'il faisait. Ce prince aimait depuis longtemps la princesse de Portugal; il était neveu du roi, et par conséquent héritier de l'empire, si Constance venait à manquer ; mais son amour ayant mis des bornes à son ambition, il s'était flatté qu'un heureux hymen pourrait un jour satisfaire l'un et l'autre. La perte de la princesse avait ralenti sa passion et réveillé ses prétentions au trône ; et lorsqu'il apprit qu'elle était vivante, mais entre les mains d'un autre, qui lui ravissait à la fois sa maîtresse et l'empire, l'amour et l'ambition reprirent toutes leurs forces, et furent bientôt accompagnées de ce que la haine ci la jalousie peuvent inspirer de plus terrible contre un rival.

    Ce fut avec ces sentiments que don Juan s'embarqua avec Jean de Calais, dont la vertu , l'espoir et la joie fermaient le cœur à des soupçons qu'il eût même rejetés, s'il eût été en état ou capable de les concevoir, On fit partir une corvette pour donner avis à Constance de tout ce qui s'était passé à Lisbonne, et pour la préparer à son départ.

    Cette belle princesse avait vécu dans une grande retraite depuis qu'elle s'était séparée de son époux : son fils et Isabelle étaient sa seule compagnie ; elle s'entretenait souvent avec elle de l'étonnement qu'elle s'imaginait bien que le roi son père aurait eu, Isabelle, qui n'avait su son dessein qu'après le départ de Jean de Ca- lais , tremblait dans son âme que le roi ne lui fît un mauvais traitement ; elle marqua quelquefois sa crainte à Constance , mais en cherchant des détours pour ne la pas alarmer mal à propos. La princesse qui pénétrait tout ce qu'elle n'osait lui dire, la rassura. 

    - Le roi mon père, lui disait-elle, a de la tendresse pour moi ; il sera charmé de me recevoir ; la vertu de Jean de Calais le touchera ; enfin, je suis persuadée que mon bonheur sera parfait. — Mais, madame, lui répondait Isabelle, puisque vous aviez cette pensée , pourquoi l'avoir exécutée si tard ?qui peut vous avoir empêché d'instruire le roi de votre aventure ?

    Le roi de Portugal reconnait Jean de Calais son gendre, et le fait proclamer par les grands du royaume.

    C'est un effet de mon amour, lui disait la princesse, je voulais attendre que le ciel remplît mes désirs en me rendant mère , afin que le roi mon père trouvât sa gloire intéressée à cimenter les nœuds que j'ai formés; et si mon époux ne fût point parti, je l'aurais engagé moi-même à effectuer ce que j'avais projeté.

     Cependant, madame, ajoutait Isabelle, si le roi désapprouve vos feux, s'il ne vent pas reconnaître Jean de Calais pour votre époux? - J'aurai, dit la princesse, la satisfaction d'avoir prouvé mon amour à ce que j'aime, en lui sacrifiant le trône où j'étais née; j'aurai le plaisir de faire voir à son père que celle qu'il regarde comme une vile esclave, eût été reine si elle eût moins estimé son fils ! C'était avec de tels discours qu'elles écoulèrent le temps de l'absence.

    Cependant don Juan fit tant de diligence, et le vent fut si favorable, que l'escadre arriva presque aussitôt que la corvette d'avis. Aux nouvelles qu'elle apporta, tout le pays fut en mouvement; chacun s'empressa à rendre ses respects à la princesse, de qui la joie ne put s'exprimer, en voyant son projet réussir si glorieusement pour elle et son cher époux.

    Le père de Jean de Calais, se repentant du mépris qu'il avait marqué, fut le premier à engager toute la ville à lui rendre les honneurs qu'exigeaient sa naissance et son rang; il lui demanda pardon en présence de tous, de son manque de respect et son zèle éclata si sensiblement, que la princesse lui dit, en l'embrassant et l'appelant son père, qu'elle ne se souviendrait jamais de ce qui s'était passé, et qu'elle l'oubliait sans peine , en considération d'un époux qui lui était mille fois plus cher que la vie.

    - Cette princesse eut à peine reçu les hommages de la ville de Calais, que le port retentit de mille cris de joie, qui annoncèrent l'arrivée de l'escadre. Les habitants magnifiquement vêtus se mirent sous les armes, et furent en bon ordre recevoir Ion Juan et Jean de Calais qui débarquèrent au bruit des trompettes et des timbales. Les chemins étaient remplis de monde, es fenêtres garnies de dames, et un peuple innombrable les accompagna jusqu'à hôtel-de-ville, où le principal magistrat avait fait loger la princesse avec son fils et Isabelle, pour lui faire plus d'honneur.

    Le roi impatient de revoir sa fille, fait partir une flotte commandée par Jean de Calais et Don Juan, pour aller la chercher.

    Elle vint recevoir son époux et don Juan sur le perron qui séparait son appartement de l'escalier. Elle était environnée des dames les plus qualifiées de la ville. Don Juan, comme ambassadeur, s'avança le premier, mit un genou en terre, et lui baisa la main. Jean de Calais parut ensuite, qui fit la même action ; mais la princesse , bien loin de lui présenter la main, ouvrit ses bras , et se jetant dans les siens en le faisant relever, elle l'embrassa mille fois, en lui disant tendrement que ce n'était pas à lui à lui rendre des respects , qu'il fallait désormais qu'il partageât avec elle.

    L'amour de ces deux époux attendrit toute l'assemblée : leur grâce et leur beauté attiraient son admiration, et l'on fut bien longtemps sans rien entendre que : Vive Jean de Calais et la princesse de Portugal !

    Tant de marques de bienveillance de la part du peuple, et d'amour de celle de la princesse, déchiraient l'âme de don Juan; il se contraignit cependant, et voulant faire croire que ses ordres étaient d'assez grande importance pour n’être pas rendus publics, il demanda une audience particulière à Constance; mais cette princesse, qui connaissait le fond de son cœur, voulut s'épargner un entretien qui aurait pu lui être désagréable  et lui répondit tout haut qu'elle n'avait point de secret pour son époux , qu'il pouvait s'expliquer de tant lui , et que sachant Les bontés du roi pour Jean de Calais, ses ordres devaient lui être communiqués comme à elle.

    Don Juan sentit toute l'étendue de ce refus; il avait autrefois parlé de son amour à Constance, qui l'avait toujours traité avec indifférence. Ainsi il ne douta point que la crainte d'entendre ses plaintes, et le mépris qu'elle faisait de sa tendresse ne le fit agir de la sorte; il résolut dans son âme de s'en venger, et continuant de dis- simuler sa rage et ses desseins, il rendit à la princesse un compte exact de ce qui s'était passé entre le roi et Jean de Calais, et finit en le conjurant de la part de ce prince, de partir incessamment.

    Les habitants de Calais donnent des fêtes en l’honneur de Jean de Calais et de la princesse de Portugal.

    Constance lui dit qu'elle était prête, et que rien ne pouvait la retenir, dans l'impatience qu'elle avait d'aller rendre grâce roi de toutes ses bontés. Après tous ces compliments pleins d'une cérémonie qui gênait également ces heureux époux, l'importuné don Juan se retira dans l'appartement qu'on lui avait préparé, et laissa Jean de Calais et sa belle princesse en liberté. Que ne se dirent point ces tendres époux !avec combien d'ardeur n'expliqua-t-elle pas la vive reconnaissance que lui inspirait le sacrifice que Constance avait prétendu lui faire en lui cachant sa naissance et son rang ! Et quelle joie ne fit- le pas paraître de pouvoir partager avec ni les honneurs qui y étaient attachés! Je ne finirais jamais, si je prétendais décrire tout ce qu'ils se dirent.

    Ainsi, pour abréger une histoire dont la suite a des événements encore plus surprenants que ce que je viens de vous apprendre, je vous dirai que Constance et Jean de Calais récompensèrent magnifiquement le zèle des habitants de cette ville, et que, voyant le temps favorable à leur navigation, ils résolurent de s'embarquer pour profiter de la belle saison. Cette charmante famille, composée de Constance de son époux, de leur fils et de la fidèle Isabelle, abandonna Calais pour aller voir Lisbonne. Toute la ville les accompagna jusqu'il leur bord : on leur souhait un bonheur constant et durable.

    Don Juan fit mettre à la voile, en détestant dans son âme les faveurs dont le ciel comblait son rival, en rendant le temps et les vents propices à ses désirs.

    Jean de Calais et princesse s’embarquent pour retourner en Portugal; mais il survint une tempête. Don Juan, jaloux de Jean de Calais, le précipite dans la mer.

    Mais il n'eut pas longtemps à se plaindre du sort : le troisième jour de leur navigation, les cieux se couvrirent d'épais nuages, le vent devint furieux, et la mer agitée annonça le plus terrible orage qu'on puisse voir ; la foudre, la tempête et l'impétuosité des flots, battaient à la fois et sans relâche cette escadre malheureuse.

    Jean de Calais mit en œuvre toute son expérience pour garantir le navire qui portait tout ce qu'il avait de plus cher. L'amour qui l'animait paraissait seconder ses soins pour un bien si précieux ; mais le traître don Juan qui l'observait sans cesse, et dont la rage et la jalousie troublaient également le cœur et la raison , le voyant occupé dans le fort de la tempête à observer le temps, prit le sien si justement, que sans pouvoir être vu de personne, il vint derrière lui, et le poussa si rudement, qu'il le précipita dans la mer , dont les vagues gonflées et l'une sur l'autre , le firent bientôt perdre de vue à son barbare homicide.

    Cependant le gros temps faisait aller si vite le vaisseau dans lequel étaient Constance et don Juan, qu'on avait déjà bien fait du chemin sans qu'on s'aperçût que Jean de Calais y manquait. Mais la princesse, toujours attentive à son sort, alarmée de ne point le voir, le demanda, le fit chercher, et chacun s'empressant à la satisfaire, on n'entendit plus que des cris douloureux qui annoncèrent à cette malheureuse épouse qu'on ne le trouvait pas.

    Je n'ai point de termes assez forts pour vous exprimer son désespoir; la tempête ne l'intimide plus, une plus forte crainte lui donne le courage ; elle vient sur le pont, elle crie, elle appelle son époux , et les profonds abîmes du funeste élément retentissent du son de sa voix. Le perfide don Juan s'approche, et paraît le plus empressé à chercher Jean de Calais ; mais trop sûr de son destin, il lui fait entendre qu'un coup de vent l'a jeté dans la mer.

    Depuis deux ans la princesse pleurait son époux qu’elle croyait mort, et, pour obéir au roi, elle devait épouser le traite don Juan.

    Quelle affreuse nouvelle pour une femme si passionnée ! Elle s'arrache les cheveux, ses mains meurtrissent son beau visage, la vie lui fait horreur, et, pour la terminer, elle cherche à s'élancer dans la mer.                                                                       Don Juan se met au-devant d'elle; Isabelle embrasse ses genoux ; il n'est pas jus- qu'au moindre matelot qui ne quitte tout pour s'opposer à son dessein ; mais leurs soins sont inutiles, et sa douleur lui prêtant des forces, elle est prête à franchir les obstacles qu'on y met, lorsque Isabelle lui présente son fils, qui, lui tendant les bras, semble la supplier de vivre encore pour lui. Cet objet la saisit, l'étonné, l'arrête, et sans calmer son désespoir, il lui ôte le courage d'en suivre les mouvements, et ne pouvant plus supporter les maux qu'elle ressent, elle tombe évanouie dans les bras d'Isabelle.

    On profita de cette faiblesse pour l'arracher de cet endroit ; Isabelle et don Juan mirent leurs soins à la faire revenir; ils y réussirent, mais rien ne put calmer sa douleur. Le nom de Jean de Calais était sans cesse dans sa bouche. Don Juan voulut la consoler, mais la perte de son époux ayant redoublé sa haine pour ce prince elle ne voulut point l'écouter, et lui or- donna même de ne plus se présenter à elle le reste du voyage.

    La tempête cessa, la mer devint calme, et ces tristes vaisseaux arrivèrent à Lisbonne sans autre accident. La présence de la princesse répandit une joie universelle dans cette cour; mais lorsque le roi la reçut dans ses bras, et que ses pleurs et ses sanglots lui eurent appris la perte qu'elle avait faite, il ne put lui refuser des larmes : ce tendre père partagea sa douleur.

    Le bruit de ce malheur ne fut pas plus tôt répandu, que les grands et le peuple firent de leur part un deuil universel.

    Jean de Calais, après avoir couru de grands périls, parvint à la cour de Lisbonne, où la princesse et le roi furent heureux de le revoir.

    Le seul don Juan jouissait d'une secrète joie, espérant que le temps ferait finir leurs pleurs et l'amour de Constance ; mais pour y parvenir plus vite, il fit tant par des voies souterraines et qui ne pouvaient le trahir, qu'il engagea les peuples du royaume des Algarves à se révolter, sentant bien qu'il aurait le commandement de l'armée pour les remettre dans leur devoir.

    Cela ne manqua pas : le roi lui remit le soin de châtier ces rebelles. Alors charmé de voir réussir son dessein, il marcha contre les révoltés, qui s'étaient retranchés au bord d'une rivière. Il les attaqua, pénétra dans leurs retranchements, et après un combat de six heures, il remporta une victoire complète ; et poussant plus loin ses conquêtes, il prit toutes leurs villes, et fit punir les autres d'une rébellion qu'il avait fomentée lui-même ; il soumit de nouveau les Algarves au roi de Portugal , et revint à Lisbonne , où les états assemblés lui décernèrent les honneurs du triomphe.

    Ce n'était pas encore assez pour lui : il les engagea, par ses intrigues, à demander la princesse en mariage, consentant que son fils régnât après lui. Cette union était si sortable, que les états l'approuvèrent, et la demandèrent au roi, qui, ne pouvant s'opposer à ce qui lui semblait juste, le proposa à la princesse, qui ne put l'entendre sans désespoir. Elle renouvela toute sa douleur, et elle protesta au roi qu'elle se donnerait plutôt la mort que i d'épouser un prince qui était l'objet de sa haine ; mais l'intérêt de l'état l'emporta sur ses raisons, il fallut obéir, et le jour fut pris pour la célébration de ce funeste hymen, que le peuple souhaitait avec ardeur. Le même moment fut destiné au triomphe de don Juan, pour lequel le roi avait ordonné au-dessous du château un feu superbe, disposé par plusieurs compartiments. Lequel devait offrir aux yeux un spectacle magnifique et nouveau.

    Il s'était écoulé près de deux ans depuis la perte de Jean de Calais, duquel il est temps que je vous entretienne. La mer ne lui avait pas été si funeste que don Juan l'avait espéré. Cet époux infortuné trouva dans les débris de quelque vaisseau qui avait fait naufrage, de quoi se sauver ; il combattit longtemps contre la fureur des eaux, et fut enfin poussé dans une île déserte, où il aborda dans l'état que vous pouvez juger que devait être un homme qui sort d'un semblable péril.

    Il fit longtemps réflexion sur sa triste aventure ; et malgré la douleur accablante qu'il ressentait de se voir si cruellement séparé de Constance et de son fils, il remercia le ciel de lui avoir sauvé la vie, espérant qu'il trouverait encore par sa bonté les moyens de rejoindre des objets si chers.

    Ce fut avec ces pieux sentiments qu'il parcourut cette île d'un bout à l'autre , sans y trouver aucune marque d'habitation. Il n'y vit que de timides animaux , auxquels il fut obligé de déclarer une innocente guerre, pour conserver , dans ces sauvages lieux , des jours que les eaux avaient respectés. Il y vécut de cette sorte les deux années que Constance avait passées à pleurer, sans qu'il vît aucune facilité qui pût lui donner l'espoir de la revoir.

    Le roi, indigné de la perfidie de don Juan, le fit mourir par le supplice du feu.

    Il commençait à s'abandonner à ces douloureuses réflexions, lorsqu'un jour, se promenant sur le bord de la mer, il vit un homme dans l'éloignement, qui lui parut venir droit à lui. La joie s'empara de son cœur, et voulant jouir au plus tôt d'une vue qui ranimait son espérance, et la confiance qu'il avait toujours eue dans les effets de la Providence, il doubla le pas, et l'ayant joint : Je me croyais seul dans cette île, lui dit-il en l'abordant, n'ayant jamais remarqué depuis que j'y suis , nul vestige qui pût me faire connaître qu'il y eût d'autre homme que moi. Je croyais y terminer mes jours malheureux sans espoir de secours ; mais votre présence fait renaître mes espérance, et si vous êtes seul avec moi, nous trouverons ! peut-être ensemble des moyens que je n'ai pu imaginer pour en sortir.

    - Il est vrai, lui répondit l'inconnu d'un ton grave, que cette ile était inhabitée avant ton abord , et je ne fais moi même que d'y aborder. — Comment cela se peut-il, lui répondit Jean de Calais ?mes yeux ne découvrent aucun navire qui ait pu vous porter. - Les chemins que j'ai pris, lui dit-il, sont inconnus aux hommes.

    Je vois, continua-t-il, en remarquant l'étonnement de Jean de Calais, que mon discours te surprend ; mais tu seras encore plus surpris, lorsque tu sauras que je ne viens ici que pour toi. Je te connais, Jean de Calais, je sais tous tes malheurs et la trahison du perfide don Juan ; mais sache que ce n'est pas là les seules peines qu'il te prépare; il est près d'épouser ta femme; elle t'aime toujours tendrement ; et quoiqu'elle croie ta mort certaine, elle t'est fidèle. La seule amitié paternelle et les raisons d'état dont on la rend victime, l'obligent à donner sa main à ce traître ; le jour de demain doit éclairer ce fatal hymen, et il sera le dernier de sa vie, si tu ne parais promptement.

    - Grand Dieu ! s'écria Jean de Calais, et comment pourrai-je empêcher tant de malheurs, en l'état où je suis ? Hélas! je supportais avec quelque patience ceux où, j'étais plongé, j'implorais encore le ciel avec quelque confiance, je me flattais que, sa bonté me tirerait d'ici, puisque elle, m'avait arraché à la mort, ta vue même avait cimenté cet espoir dans mon âme ; mais ce que tu m'annonces met le comble à mon désespoir. Mon perfide rival sera possesseur de Constance, si je ne parais ; il n'a qu'un jour à passer pour l'être Eh! par quel moyen puis-je paraître ? le vaisseau le plus léger, le vent le plus favorable, me seraient inutiles quand je les aurais ; mon seul secours doit être dans la fin de ma vie.

    — Calme ces transports , lui répondit l'inconnu je te dis que je ne suis venu ici que pour toi , et pour empêcher le mariage et le triomphe de don Juan : tu peux connaître ce que je puis par tout ce que je t'ai dit ; ainsi remets ton sort à la disposition divine, rappelle ta vertu, suis-en toujours exactement les lois, et tu sauras un jour par quelle raison le ciel prend soin de ta destinée.

     Jean de Calais était si surpris de ce qu'il entendait, et de la sûreté avec laquelle cet homme lui parlait, qu'il doutait s'il était éveillé ; mais faisant réflexion qu'il ne lui pouvait rien arriver de plus cruel que ce qu'on venait de lui annoncer , et qu'il n'é- tait pas en état de démêler le mensonge d'avec la vérité , il résolut de s'abandonner à l'inconnu, et lui promit tout ce qu'il voulut.

    Alors ils s'assirent auprès d'un arbre, et cet extraordinaire compagnon lui conta tout ce qui s'était passé à la cour de Portugal , depuis sa prétendue mort , et les efforts que Constance avait faits pour lui garde sa foi. Pendant ce récit, Jean de Calais ne put résister à la violence du sommeil qui vint l'accabler : malgré l'intérêt qu'il prenait à ce discours , il s'endormit.

    Mais qucl fut l'excès de son étonnement, lorsqu'à son réveil il se trouva dans une des cours du château de Lisbonne ! il regarda de tous côtés ; et bien sûr qu'il no s'abusait point , il ne douta plus du pouvoir de celui qui l'avait conduit dans ce lieu ; mais son embarras était extrême, de ne savoir comment il pourrait s'offrir aux yeux de la princesse ; l'état misérable où il était, ses habits en lambeaux , les pieds nus, une barbe d'une longueur proportionnée au temps qu'il y avait qu'il ne prenait plus soin de sa personne , lui faisait croire avec justice qu'on ne pourrait le reconnaître.

    Cependant l'espoir dont il se sentait animé, lui fit prendre le parti d'aller dans les cuisines. Un officier qui le vit, touché de compassion, lui permit de s'approcher du feu , et le destina sur-le-champ à porter du bois dans les appartements; il s'en acquitta exactement, cherchant dans son' esprit quel moyen il trouverait pour voir la princesse. Il concevait que les apprêts qu'on faisait étaient pour la fête qui devait lui être fatale ; et son cœur gémissait de n'entrevoir nul expédient pour la troubler.

    Il était enseveli dans ces tristes réflexions, lorsque le hasard fit descendre Isabelle dans les offices, voulant donne  elle-même quelques ordres. Jean de Calais la reconnut et la regarda si attentivement qu'elle ne put s'empêcher d'examiner ce  lui qui avait cette hardiesse ; elle ne pu méconnaître des traits si gravés dans son  souvenir : la ressemblance de ce malheureux avec Jean de Calais la frappa : elle 1parcourut des yeux avec son , et les ayant jetés sur ses mains qu'il affecta de lui faire voir, elle aperçut un diamant à son doigt, qu'elle reconnut pour étre le même que Constance avait autrefois donné à ce cher époux , et qu'il avait conservé malgré tous ses malheurs.

    Alors ne doutant plus que ce ne fut Jean de Calais lui-même, mais cachant son trouble, elle remonta dans l'appartement de la princesse , à laquelle elle conta son aventure , en ajoutant qu'elle n'avait osé parler devant tant de témoins à celui qu'elle croyait son époux, craignant de l'exposer dans le misérable état où il était.

    - Constance ne balança pas d'un moment à cette nouvelle : elle conjura Isabelle de chercher quelque prétexte pour lui faire voir cet homme. Elle y courut, et l'ayant trouvé chargé de bois, elle lui ordonna de le porter dans le cabinet de la princesse : elle les y attendait avec une impatience extrême. Jean de Calais obéit, posa son bois à l'endroit qu'Isabelle lui marqua ; mais ne voyant personne qui pût le contraindre, et la princesse qui le regardait avec attention, il se jeta à ses pieds.

    A cette action, Constance démêla aisément, sous cet équipage malheureux, l'homme du monde qui lui était le plus cher ; elle pensa expirer de joie, et, se jetant dans ses bras , leurs soupirs , leurs larmes et leurs sanglots furent longtemps les seuls qui exprimèrent les mouvement de leurs cœurs. Isabelle, qui avait eu soin de fermer la porte du cabinet, vint se joindre à eux ; et les priant de se calmer, leur fit connaître qu'il ne fallait perdre aucun instant pour avertir le roi du retour de Jean de Calais, afin de rompre l'hymen fatal dont on faisait les apprêts.

    Ce discours était trop sensé pour n'y pas faire attention. Nos tendres époux inter- rompirent leurs caresses pour prendre les mesures qui leur étaient nécessaires. Ils résolurent que la princesse enverrait prier le roi de lui faire la grâce de passer dans son appartement pour une affaire qui intéressait l'état et sa gloire; que le secret qu'elle demandait l'obligeait à le prier de venir seul, afin de n'avoir personne de suspect.

    Celui que Constance chargea de ce message s'en acquitta si bien, que le roi ne larda pas à se rendre seul chez la princesse sa fille. Il ne fut pas plus tôt dans son cabinet, que cette princesse se jeta à ses pieds, et lui prenant les mains : Seigneur, lui dit-elle, Jean de Calais est vivant, il est de retour, rendez-vous ses yeux témoins d'un hymen qui va causer ma mort ? Le roi de Portugal la releva, et malgré la surprise que lui donna cette nouvelle, il lui jura qu'elle devait tout attendre d'un père qui l'aimait tendrement.

    Jean de Calais, qui s'était caché, parut alors , et mettant un genou en terre : L'état déplorable où je parais à vos yeux, seigneur , lui dit-il, vous permettra-t-il de me reconnaître ? Le roi recula quelques pas, et le reconnaissant: 0 ciel ! lui dit-il, en lui tendant les bras , que vois-je ? En croirai-je mes yeux ? Quels mal- heurs vous ont éloigné de nous? Quel accident vous a mis comme vous êtes ? Et quel miracle nous rassemble ?

    Jean de Calais lui conta la trahison de don Juan, son abord dans l’île déserte, et l'étrange aventure qui l'en avait fait sortir et rendu à Lisbonne. Le roi sentit toute l'énormité du crime de don Juan, et jura que ce jour , qui devait être celui de son hymen et de son triomphe , serait celui de sa mort. Il consola Jean de Calais, le pria d'oublier ses infortunes, et de se mettre en état de paraître aux yeux de toute la cour; il embrassa la princesse , et rentra dans son appartement , si fortement irrité contre le traître , que l'ayant trouvé qui l'attendait avec grand nombre de seigneurs, il lui dit de le suivre sur l'édifice du feu pour lui faire remarquer quelque chose qui i manquait. Don Juan le suivit ; ils y entrèrent ensemble ; mais le roi le voyant occupé à examiner toutes les différentes espèces de machines, sortit adroitement de ce lieu, et l'y ayant enfermé, il ordonna sur-le-champ qu'on y mît le feu. Les ordres furent exécutés si promptement, que le perfide fut consumé avant qu'on sût ni le crime ni la punition.

    Le roi l'instant d'après manda les états qui étaient encore assemblés, leur exposa la perfidie de don Juan et son supplice.                                                                      Tous, d'une commune voix, approuvèrent sa justice, et détestèrent l'action de don Juan. Alors le roi fit venir Jean de Calais, qui fut reconnu de nouveau et proclamé héritier de l'empire, après la mort du roi, comme étant l'époux de la princesse, les états déclarant leur fils pour leur successeur. Cet événement singulier remit la joie dans la cour du roi de Portugal, qui fit inviter tous les grands du royaume, pour être témoins du bonheur de Jean de Calais et de la princesse, dont amour et la joie ne peuvent s'exprimer.

    Le jour de ce fameux festin où chacun ne pensait qu'aux plaisirs, on vit entrer dans le salon qui renfermait cette auguste assemblée, un homme dont la taille et l'abord surprirent également. On le regarda longtemps sans rien dire ; mais lui , s'avançant vers Jean de Calais : Reconnais , lui dit-il, celui qui t'a tiré de l'île déserte et conduit dans ce palais ; c'est moi qui conduisis le corsaire qui enlevait la princesse , près de ton vaisseau , où tu l'achetas sans la connaître ni l'avoir vue , et dans le seul dessein de lui rendre la liberté.                                                                                         Apprends, par ces expériences, combien le ciel chérit les hommes vertueux ; jouis on paix de ton bon heur, sois toujours sage, inviolable et modéré : le ciel ne l'abandonnera jamais ; tu seras véritablement prince , parce que tu devras ce titre à la vertu , plutôt qu'aux droits d'une naissance qui ne dépend point de nous, et dont en tire peu d'éclat quand la sagesse ne l'accompagne pas.

    Le spectre disparut, et laissa l'assemblée dans la joie et l'étonnement de l'heureux dénouement de celte aventure. On célébra avec magnificence l'union de Cons- tance et Jean de Calais , qui fut ratifiée authentiquement.

    Ainsi finit l'histoire de Jean de Calais, dont la mémoire ne s'éteindra jamais par les actions généreuses qu’il a faites pendant sa vie.

    FIN.

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  • LA DRAGUE SUCEUSE FRANÇAISE "CAP DE LA HAGUE " SE TROUVAIT, A CALAIS

    Vers une augmentation du trafic de sable et gravier ?

    10 octobre 1974

    Voici, à son arrivée hier matin, cette drague mise en service il y a un an.

    (photo “La Voix du Nord”)

    Depuis 1967, notre port connaît un important trafic de sable et gravier assuré par des bâtiments battant pavillon britannique comme le « Pen Avon », le « Bankstone », le « Pen Stour » et, depuis quelques mois. le « Marinex VI », navires effectuant la rotation entre Harwich et Calais.

     Cette fois, c'est un bâtiment français qui est entré avec une cargaison de 2.500 tonnes : le « Cap de le Hague », ayant Dunkerque pour port d’attache et appartement ‘: l’Union Maritime de Dragage (U.M.D.).

     Cette drague suceuse-porteuse est la plus perfectionnée de toutes.

    D'une longueur hors tout de 80 mètres, large de 13.75 mètres. elle a une capacité de 1.250 m3 et une charge utile de 2.500 tonnes.

     Elle possède une élinde souple permettant le dragage au point fixe ou en trainante.

     La tête de l‘élinde (c‘est—à-dire la suceuse) est équipée, soit avec un dispositif de désagrégation par injection d‘eau sous pression dans la crépine afin de broyer le sol, soit d'un hydrojet qui aide l'aspiration et permet d'atteindre une profondeur de dragage de 40 mètres, profondeur qu‘aucune autre drague ne peut atteindre.

     La plus perfectionnée des dragues de travaux publics ne peut en effet travailler au-delà de 33 mètres.

    De plus, un compensateur de houle permet le travail par des creux de 2.50 mètres.

    Le puits (cale) est ouvert avec une cloison longitudinale centrale, et un dispositif d'asséchement est installe à l'avant et à l’arrière permettant ainsi l‘essorage des matériaux dragués.

     Trié sur place

     

    Autre perfectionnement sur ce navire : le matériau dragué peut être, soit chargé directement sans criblage, soit trié.

     Ainsi, il peut à la fois prendre uniquement une cargaison de sable pouvant aller en-dessous de 0.5 m, soit du gravier pouvant atteindre 5/0 mm.

    Le déchargement

     

    Pour le déchargement, deux scrapers avec godets s’enfoncent dans la cale et vident leur contenu sur un transporteur qui permet le déchargement à terre à 22 mètres du bateau, avec un débit horaire de 1.200 tonnes.

    10 octobre 1974

    Deux godets s'enfoncent dans la cale et déposent sable et gravier sur un tapis roulant

    10 octobre 1974

    Un « bras » de 22 mètres permet le déchargement sur le terre-plein des quais.

    Devant Wissant...

     

    Cette drague, lancée en juin dernier, n‘a travaillé jusqu'alors qu'avec le port de Dunkerque.

    Elle puise ses cargaisons sur des bancs face à Wissant.

     Hier, c'est pour le compte de la société S.B.A.R. «Société des ballastières et agglomérés du Rouennais qui exploite ce matériau pour le groupe Létandart de Calais que le “Cap de la Hague” de trouvait en notre port

    La  S.B.A.R., qui travailait avec les bâtiments anglais, pourrait très bien passer marché avec l’U.M.D. puisque cette dernière est capable. avec son seul navire, de tourner a une cadence de 50 à 60.000 tonnes par mois alors que le port de Dunkerque  n'est client actuellement que pour 22.000 tonnes.

    Ainsi, le trafic de sable et gravier pourrait-il être appelé a connaitre une augmentation très importante de son Volume.

     Réception à bord

     

    Pour ce premier voyage, l'Union maritime de dragage avait organisé une réception à bord, M. Gendre, directeur général adjoint de cette société, et ancien ingénieur en chef des Ponts et Chaussées Maritimes de Calais et Boulogne, salua les personnalités  présentes et signala que se “Cap de la Hague” était un cargo norvégien acheté par l'U.M.D. et transformé en drague dans un chantier de Hollande.

     Il en donna les caractéristiques et parla de l'équipage, composé de quinze hommes en deux bordées.

     Il souhaite que l'expérience calaisienne ne fut pas sans lendemain et que, très souvent, l'on put revoir le “Cap de la Hague” dans ce port.

     Un champagne d’honneur mit un terme à cette cérémonie à laquelle nous avons noté la présence de MM. Ravisse, courtier maritime, membre de la Chambre de commerce : Gheerbrant, directeur des services de la Chambre de commerce : Plenat, ingénieur du port : Dieudonné, ingénieur des Ponts et Chaussées maritimes ; Richard, chef d‘exploitation du port ; Jean Mulard, directeur de la Maison Léon Vincent. concessionnaire du navire : Terry Halfacre, directeur de ia West-Munster-Gravel-Calais ; Alain Lhuillier, directeur de la S.B.A.R. ; Guy Lhuillier, directeur général des établissements Lètendart ; Jacques Lhuillier, directeur d'exploitation de la S.B.A.R… etc. ‘

     Ces invités furent reçus par MM. Gendre, Courcin. commandant du navire ; Legrand, chef de production des sablières de la Seine : Bach, administrateur de l'U.M.D. : Mangin. Conseiller maritime ; Sanson. chef du service sables-mer. RS

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  • La drague “ CAP DE LA HAGUE” chavire devant Calais: deux noyé, deux rescapés, onze disparus

    11 octobre 1974

     

    Dramatique sauvetage d’éventuels survivants enfermés dans la coque

    La consternation régnait hier matin dans les ports du Nord lorsqu'on y a appris le drame de la mer qui venait de se produire à l‘aube devant le port de Calais.

     Une drague, le « Cap de la Hague », travaillant au large de Wissant pour l'extraction de graviers destinés au port de Dunkerque, venait de chavirer, entraînant dans la mort des membres de son équipage.

    11 octobre 1974

    la drague, mercredi, dans le bassin Carnot à Calais. On peut noter l’importance de l’infrastructure de ce bâtiment (photo “La Voix du Nord”)

    C’est à 8 h que l‘accident s’est produit.La drague finissait de charger lorsque, selon des survivants, elle prit de la gite. Le commandant aurait alors donné l‘ordre de ballaster pour rétablir son équilibre.

    Mais l'engin continua son mouvement et culbuta sur le côté.

    Une minute plus tard, il flottait quille en l‘air. A bord du car-ferry Free-Enterprise III, l‘équipage avait été témoin de l‘accident survenu dans la zone dite du Nord Quenocs. II y avait alors des vents de nord-est assez forts et des creux de l'ordre de 2,50 m.

    La recherche d'éventuels survivants était  malaisée. Néanmoins à bord d'une baleinière,les marins du car-ferry sauvaient deux hommes qu'ils réconfortaient après leur séjour dans l'eau et qui furent conduits dès l‘arrivée au port à l‘hôpital de Calais.

     Il s'agissait de M.“. Vandermeersch et Bernard Vincent, ouvriers mécaniciens. Ils devaient également trouver un noyé, Pierre Letiec, maitre d'hotel.

     Pendant ce temps, l‘alerte rediffusée par les services de Boulogne-Radio et par le centre de secours du cap Gris-Nez provoquait l'intervention de nombreuses unites. De Calais appareillaient successivement “la Pilotine”, le canot de sauvetage “ Maréchal-Foch “, le remorqueur “ Courageux”.

    De Dunkerque arrivait la corvette 5 du pilotage et d’autres bâtiments.

     A 11 h, l'équipage du car-ferry Free Enterprise VII apercevait un corps flottant à la surface et le repêchait. C’était celui de l’officier mécanicien Alexandre Caubrière, originaire de Honfleur. Autour de l’épave on s’affairait et des hommes-grenouilles des sapeurs-pompiers de Calais et ceux du remorqueur allemand “Hermès” plongeaient au cas où des survivants se seraient manifestés.

    De puissants moyens d‘intervention rassemblés sur la plage de Sangatte

     

    Au départ des opérations de sauvetage, l‘objectif était la zone de l'hoverport du nord-est de Calais, la plus proche pour échouer la drague.

     En raison des courants, ll s'avéra que du temps serait gagné en partant vers le sud-ouest.

     Tirée par les remorqueurs français “Hardi”, “Courageux”, “Triomphante et par l'allemand “Hermès”, l'épave a donc c'te” conduit» vers la plage de Sangatte devant laquelle elle s‘est échouée a 17 h, reposant sur ses superstuctures à environ un kilomètre du rivage.

     Pour tenter l'impossible si des survivants existent, un mini—plan ORSEC a été mis en place. Sur la plage de Sangatte, trois hélicoptères .. un des pompiers de Paris, deux de la protection civile -- se sont posés en fin d‘après-midi.

     A leur bord il y avait une équipe de neuf plongeurs des sapeurs-pompiers de la capitale. Trois autres etaient venus de Dunkerque, deux de Calais.

     Il y avait également les ambulances des sapeurs—pompiers de Dunkerque, Calais, Boulogne, Desvres, des véhicules tous terrains de Berck et du Touquet, un caisson de décompression, les ambulances privées de Calais, les ambulances Dhuime de Boulogne, complétaient les moyen d'intervention.

    Sur les lieus était présent le capitaine Boutmy, directeur adjoint des services départementaux d'lncendie. On annonçait par ailleurs l‘arrivée d'un bateau de recherche hollendais spécialisé dans le découpage des tôles.

     Le lieutenant Raymond Coupe qui avait débarque de la drague la veille de l‘accident et qui connait bien le bateau a embarqué avec les plans de ce dernier afin de conduire les spécialistes dans leur travail de découpage des tôles de la coque.

     Toutefois, l’etal de la marée basse étant à 18 h 30, on s'interrogeait sur les possibilités d'intervention avant le retour de la marée haute à minuit deux, le vent et la mer houleuse compliquant la tâche des sauveteurs.

    11 octobre 1974

    M. Bernard Vincent, 37 ans, ouvrier mécanicien, soutenu par un officier du « Free Enterprise 3 », va prendre place dans l'ambulance.

     

    DEUX HOMMES A LA MER

    Dans le tiroir d’une table qui flottait: une brassière de sauvetage

    Il est 7 h 30. Comme chaque matin, à 6 h, les hommes de quart ont été relevé par

    la bordée de jour. Le jeune Audamarois Bernard Vandermeersch, ouvrier mécanicien, est allé dormir dans sa cabine, sous le pont principal, sur l’arrière. Il a été relevé, à la machine principale, par Bernard Vincent. un marin du sud-ouest établi à Dunkerque, avec qui il a navigué au long cours.

    Bernard Vincent est seul au compartiment machine a l’arrière. Sur l’avant, à la machine du sytème de dragage un matelot et un ouvrier ont pris le quart

    en même temps. Les mécaniciens sont aux ordres du chef mécanicien Mainsard.

     Le “Cap de la Hague” a fini de faire son plein de ses compartiments de sables et graviers. Avec 2.500 tonnes “dans le ventre”, il a quitté le rivage de Wissant pour mettre cap sur Gravelines où il doit livrer son chargement au chantier du nouveau port.

     L'usine flottante qu‘est la drague de l‘U.M.D., bardée d'énormes tuyauteries, taille sa route dans une mer très houleuse, par vent assez fort de nord. Ber-

    nard Vincent s’inquiète le bateau n‘incline sur bâbord et ne se redresse pas. Une partie de la masse de sable a-t-elle ripé ? Le chef mécanicien est descendu à la machine. “Il faudrait sonder le ballast 5”, lui a—t—i1 commandé. Pour corriger la gite, il devient urgent de déballaster sur bâbord. L‘ouvrier monte au pont principal pour sonder. A ce moment, il ressent deux coups de tangage. La gite s'accentue. L'horizon paraît chavirer à ses yeux Le “Cap de la Hague”  se couche sur les flots. Vêtu d'un pantalon de travail et d'une chemise , Bernard Vincent plonge.

    Après avoir plongé, explique B. Vincent, j'ai vu que le bateau se retournait complètement J‘ai nagé tant que j'ai pu pour m’en éloigner. C'est alors que J'ai entendu des appels de Vandermeersch. Il n'avait qu'un slip sur lui. Je pense qu'il a dû avoir le réflexe de sortir de sa cabine et de nager dans l‘eau qui envahissait les coursives. Je me suis porté vers lui. Il s‘est accroché à une table qui flottait. Il a ouvert le tiroir. Dedans il y avait une brassière de sauvetage. Moi je m'accrochai à une barrique et une planche ».

     — « Combien de temps êtes-vous resté à la mer ? .

    — . Je ne sais plus. Peut-ètre un quart d’heure. Le bateau ne devait pas être loin et a dû voir le naufrage car il est arrivé très vite. Vandermeersch et moi avons été recueillis par une baleinière du “Free Enterprise” .

    L‘angoissante attende des familles

     

    Parmi les quinze hommes de la bordée relevée, tous les quinze jours, par un autre équipage, se trouvaient quatre Grand-Fort-Phihppois.

     On a peine à imaginer l'angoisse qui a étreint les familles apprenant, vers midi que des coups frappés sur le fond du bateau gisant, la quille en l'air, attestaient de plusieurs présences humaines.

     Au 41, rue d‘Alsace, dans le quartier neuf du port de pèche proche de Gravelines, la terrible attente a commencé pour Mme André Lefranc, jeu- ne maman entourée d’un garçon et d‘une fille en bas—âge.

     Nous lui apprenons la mort de l'officier mécanicien. A. Caubrière, un ami de son mari. Les Lefranc l‘avait reçu quelques jours auparavant.

     — “Mon mari ne devait plus être de quart, nous dit—elle. Il devait donc dormir dans sa cabine, près de la timonerie”.

     A-t—il réussi à se dégager ? Se trouve-t-il parmi les hommes, dont la situation évoque celle des sous-marinierss prisonniers d'un cercueil flottant ? personne ne sait.

    André Lefranc devait être relevé mardi prochain.

     Près du port. au 46 de la rue des Fusiliers-Marins, une porte reste entrebaillée. Le moindre bruit dans la rue déserte fait sursauter les vieux parents de Jules Vérove. dragueur.

     — “Nous avons appn: l'acci dent par la radio, nous a confié M. Vérove. Depuis, nous ne savons rien. Notre fils devait ètre relevé mardi.

     Dans une rue voisine,4 rue Leprêtre, M. Bosquelet, père est seul, dans la même angoisse. Son fils André 27 ans, est-1l de ceux  qui appellent à l‘aide ?

    Mme Bocquelet est part1e à Calais avec ses deux autres fils pour interroger les sauveteurs.

    Le père est un ancien de la grande pèche.

     - “Il est le seul de mes fils à naviguer, nous dit-il. Pourtant je ne voulais pas qu'il fasse ce métier. J’ai ai trop vu”.

    Au 1. bd F. Levèquc, on veut encore espérer dans la famille du marin martiniquais Alex Dolmy, 28 ans, marié, père d'un petit garçon de quatre ans.

     A Malo-les-Bains, près de la plage, une épouse vit dans une affreuse incertitude, la très jeune femme de Jean-Marie Bouland, 23 ans, le cuisinier du Bord, un marin de la région caennaise qui s’est établi à Malo depuis peu.

    COURSE CONTRE LA MAREE…

     18 h. 30, on commence à découper l’épave sous la protection de deux car-ferries en brise-lames

     

    A 18 h 30, les plongeurs dunkerquois du remorqueur “Triomphant” se trouvaient sur la coque avec des chalumeaux et commençaient le découpage de la tôle, opération très délicate étant donné que l‘ouverture doit être effectuée au bon endroit, la où il n‘y a pas double paroi ou des réservoirs de carburant.

     Pour diminuer l‘action des lames, les car—ferries “Horsa” et “Free Enterprise VII” ont fait barrière en se maintenant a peu de distance de l'epave.

    Son bordé arraché oe frottant sur l'épave, le “Triomphant” a quitté les lieux. relayé par un ponton-bigue hollandais dont la spécialistes continuaient l'ouvrage à l‘aide de chalumeaux ” à arcs, plus puissants. L'espoir renaissait qu‘ils pourraient gagner de vitesse la remontée de la marée.

    Les remorqueurs “Hardi” et “Courageux” - évoluaient à peu de distance, prêts à intervenir.

    Une demande d‘enquête de la Marine Marchande

     A la suite du naufrage de la drague “Cap de la Hague”, la fédération nationale des syndicats de marins et officiers C.F.D.T. a demandé un secrétaire général de la marine marchande la création d'une commission d‘enquête pour donner toutes les explication nécessaires sur les causes de l'accident.

    Sur les lieux était présent le capitaine Boutmy, directeur adjoint des services départementaux d'incendie. On annonçait par ailleurs l'arrivée d'un bateau de recherche hollandais spécialisé dans le découpage des tôles.

    Le lieutenant Raymond Coupe qui avait débarque de la drague la veille de l'accident et qui connait bien le bateau a embarque avec les plans de ce dernier afin de conduire les spécialistes dans leur travail de découpage des tôles de la coque.

     Toutefois, l’etal de la marée basse étant à 18 h 30, on s‘interrogeait sur les possibilités d'intervention avant le retour de la marée haute à minuit deux, le vent et la mer houleuse compliquait la tâche des sauveteurs.

    C'est en juin dernier qu'a été mise en service la drague suceuse “Cap de la Hague”, appartenant à l'Union maritime de drague dont le siège est à Nanterre.

     Ce puissant engin est un cargo norvegien transformé en drague dans un chantier de Hollande. Long de 80 mètres, d‘un tirant d‘eau de 5.88 m, il a une capacité de stockage des matériaux de 1.250 m3, ce qui représente un chargement utile de 2.500 tonnes.

    La drague pompe les matériaux du fond jusqu'à une profondeur de 40 mètres. Par aspiration et hydro-jet, ces matériaux son remontés jusqu'au navire par une élinde de 80 centimètres de diamètre et un compensateur de houle lui permet de travailler avec une houle de 2.50 m.

     Toute une installation mécanique permet de cribler le matériau pour séparer le sable jusqu'à 0/5 mm et le gruvier 5/80 mm.

     La drague aspire en marche. En route libre, elle peut atteindre la vitesse de 12.75 nœuds gràce à un moteur de 2.100 CV.

    Pour alimenter ses diverses installations, pompe, criblage, puissance électrique, etc, des moteurs auxilliaires fournissent 2769 CV.

     En fait, ce bateau est une véritable usine flottante de très grande valeur, considérée comme la plus perfectionnée du moment.

     Pour le compte de la Société de ballastières et, agglomerés du Rouennais, la drague avait été mise en service au large de Wissant afin d'approvisionner en matériaux à béton 1e chantier du nouveau port de Dunkerque.

     L’equipage est de quinze hommes travaillant en deux bordées. La veille de l‘accident une réception avait eu lieu à bord pour la première escale de la drague au port de Calais

    Les invités avaient été accueillis par le commandant Courcin et M. Gendre, ancien ingénieur en chef des Ponts et chaussée maritime du Pas-de-Calais et présentement directeur adjoint de l’U.M.D Qui Aurait pu prévoir ?

    11 octobre 1974

    Le second rescapé M. Vandermeersch

    Au bureau du port de Calais véritable P.C. d'intervention, de nombreuses autorités maritimes continuaient à s‘activer au milieu de la nuit afin de mobiliser tous les moyens qui pouvaient l'être encore, cela en vue de la prochaine opération qui consistera à la marée basse de ce matin (7 heures)à percer à nouveau la coque.

     A 23 h, soit à une heure de la pleine mer. les remorqueurs n’avaient pas encore réussi dans leur tentative de remonter un peu plus haut sur le sable une épave sur laquelle, en fin d‘après-midi,les plongeurs soudeurs étaient régulièrement jetés à l’eau par les vagues.

     Cet essai avait échoué à 23 h 30 en raison d’un fort courant qui se mit à entraîner l’épave vers l’est au point que la décision fut prise de laisser aller le “Cap de la Hague” de la sorte, faiblement retenu par les remorqueurs. On se demande d’ailleurs si le “convoi” ne va pas doubler les jetées du port pour se retrouver à l‘est de celui—ci.

    Tout est prêt cependant pour l’opération qui sera à nouveau engagée à marée basse ce matin : 4 postes soudures et du matériel spécialisé hollandais qui devait arriver à Calais vers 4 h.

    La propriété de l’épave

    Après son chavirage,  le “Cap de la Hague” était devenu une épave. Le remorqueur de sauvetage allemand “Hermès” fut le premier à poser un marin sur sa coque et à passer une élingue sur l'avant. Son commandant ne consentit à céder ce droit de propriété que lorsqu'il apprit que des marins vivaient encore dans le bateau et que, de ce fait, il n’était pas légalement abandonné.

    Les dragues, engins fragiles

     En raison des superstructures imposées par le train de dragage ou, comme pour le “Cap de Hague”, par les installations de criblage, les dragues sont plus fragiles à la mer que les autres navires.

     On l‘a vu à Dunkerque, lors de lu dernière tempête  de septembre, lorsque la drague “Tranontane” travaillant au creusement du nouveau port de Dunkerque et n’a du qu’à l’épaulement d’un banc de sable de ne pas chavirer complètement.

     D‘autres dangers menacent les dragues, à commencer par  les engins de guerre qu’elles remontent du fond.

     Le 31 juillet 1952, l'explosion d'une torpille dans l‘un de ses godets, fit chavirer la drague “Pas-de-Calais II” en rade de Boulogne. L‘accident fit neuf morts et de nombreux blessés.

    La composition de l’équipage

     L’équipage se composait de 15 officiers et marins:

     

    -Alexandre Mainsard, chef mécanicien, 40 ans, habitant à Rouen;

     -Alexandre Caubrière, officier mécanicien, habitant à Honfleur;

     -André Lefranc, lieutenant, 37 ans, habitant à Grand-Fort-Philippe;

     -André Bocquelet, 27 ans, officier mécanicien, habitant à Grand-Fort-Philippe;

     -Lionel Girard, ouvrier mécanicien, habitant à La Baule-les-Pins;

     -Bernard Vincent, ouvrier mécanicien, 36 ans, habitant à Dunkerque;

     -Bernard Vandermeersch, ouvrier mécanicien, habitant à Saint-Omer;

     -Pierre Letiec, maitre d’hôtel, habitant à Sotteville-Lez-Rouen;

     -Jules Vérove, chef-dragueur, 48 ans, habitant à Grand-Fort-Philippe;

     -Raymond Dujardin, dragueur, habitant  à Les Loges, près de Fécamp;

     -Henri Bechet, matelot, habitant à Cany-Darville (Seine-Maritime);

     -Jean-Marie Bouland, 23 ans, cuisinier, habitant à Malo-les-Bains;

     -Alex Dolmy, 28 ans, matelot, habitant à Grand-Fort-Philippe;

     -Daniel Yon, ouvrier mécanicien, habitant à Honfleur.

    11 octobre 1974

    Les plongeurs ont pris pied sur l’épave.

    Hier à quinze heures, la mer s’est refermée sur la drague “ Cap de la Hague” et ses occupants Un très léger espoir : les plongeurs poursuivent leurs recherches

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  • Avec quinze hommes à bord

    la drague “Cap de la Hague" coule au large de Calais

    Deux rescapés, deux noyés, onze disparus 

     

    12 octobre 1974

    Deux plongeurs éprouvent bien des difficultés à se hisser sur la coque.  (ph V.D.N.)

    Basculant sur le côté, hier à 15 h, après s’être progressivement enfoncée au cours de la nuit et de la matinée, la drague « Cap de la Hague » a disparu sous la mer et, à marée basse, elle repose sous un mètre cinquante d'eau.

     Tout espoir semblait alors absolument perdu, l'eau paraissant avoir envahi la totalité des compartiments. Toutefois, à 17 h, on apprenait que deux plongeurs des sapeurs-pompiers de Paris, opérant autour de l'épave, auraient encore perçu

    des coups frappés sur la coque. En conséquence, les travaux ont repris et on envisageait d’amener de Cherbourg par avion une cloche de plongée afin de tenter l’impossible.

     L’espoir est bien mince cependant mais les sauveteurs n’abandonneront que lorsque tout ce qu’il est humainement possible de faire aura été fait, nous a-t-on déclaré hier à Calais.

    Au fil des heures, l‘espoir de sauver des survivants s’est amenuisé

    Au cours de la nuit de Jeudi à vendredl, les sauveteurs qui opéraient autour de la drague “Cap de la Hague” coulée devant Calais, ont surtout lutté pour éviter qu’elle ne ce déplace et chavire sur le côté, ce qui aurait fait perdre tout espoir de sauver d'éventuels survivants.

     Avant l'aube, les plongeurs de la marine de Cherbourg, arrivés bord de la vedette Margareth des Ponts et Chaussée de Boulogne, devaient tenter, mais sans succès, de passer sousla coque.

     Une  heure plus tard, les sauveteurs entendaient des coups à l’intèrieur du batenu renversé.

    Etaient-ils produit par des hommes ou était-ce du pièces métalliques agissant sous des tensions internes due aux déformation du bateau ? On ne le Saura peut-etre jamais.

     Quatre plongeurs des sapeurs pompiers de Paris se joignaient alors à ceux de la Marine nationale.

     A 8 h, le pontoon-bigue hollandaise “beuer” intervenait à son tour et, à l'aide d'un puissant compresseur, envoyait de l'air à l'intérieur de la coque renversée pour maintenir sa flottaison.

     Elle accusait, en effet, une gite de plus en plus sensible et les marins avaient des difficulties à tenir sur le plan incliné de la quille.

     On redoutait alors, au cas où des survivants seraient trouvés, les effets d'une brutale décompression dans les poches d'air subsistantes. La pression devait être importante sous l‘effet du poids du bâtiment.

     Un médecin, le commandant Grimault des sapeurs-pompiers d‘Hénin—Beaumont. arrivait sur le “bever”- où l’on débarquait peu apres un caisson de decompression.

     Au retour de la marée montante, le puissant remorqueur allemand “Hermès”, tentait de tirer plus près de la côte l‘épave du “Cap de la Hague”, mais sans résultats apparents.

     Au fil des minutes. l‘espolr de sauver d‘éventuels survivants s’amenuisait et ce d‘autant que la drague s'enfonçait lentement.

     Tout alentour du chantier de sauvetage, d'autres bateaux s‘apprêtait à intervenir.

     Aux car-ferries qui, la veille et la nuit, avaient fait officede brise-lames surcédaient le - Charles-Bellevllle - et un cargo anglais.

     Le - Hardi - se tenait prêt à intervenir, de même que les canots de sauvetage des ports de Boulogne et Calais qui un relayaient avec le garde-pèche -Garance-.

     

    Par ailleurs, des hélicoptères étaient prêts à décoller en permanence pour conduire d'éventuels rescapés jusqu'à l'hôpital de Dunkerque qui possède plusieurs caissons de décompression.

    Un télégramme de M. Dupuch, préfet de la région Nord-Pas-de-Calais

     Voici le texte d'un télégramme expédié, le 11 octobre, par M. Dupuch. préfet de la  région Nord - Pas—de-Calais, au sous-préfet de Calais.

     “ J’ai appris avec peine la catastrophe maritime survenue près de Calais à l‘occasion du naufrage de la drague.

    Vous prie d'étre l‘interprète de mes condoléances et de mes sentiments de douloureuse sympathie auprès des familles éprouvées”.

    Sur la mer, le temps s'était apaisé et, sous la très belle lumière d'un matin d'octobre, la visibilité s’étendait parlaitement jusqu'aux côtes anglaises.

     Les conditions atmosphérique étaient redevenuu favorables, mais hélas, trop tardivement.

     Au port de Calais, sur le quai de la Colonne, des familles angoissées ayant veillé toute la nuit attendaient, au retour de chaque bateau venant de l’épave, qu’on leur apporte du nouvelles bonnes ou mauvaises.

     M. Turon. préfet du Pas-de-Calais, accompagné de M. Abrial, sous-préfet avait, en hélicoplère, survolé le chnntier de sauvetage.

     A son retour, Il s‘est adressé aux familles pour leur affirmer que, sur place, les remorqueurs s‘employaient à repousser la drague vers la côle et que l'activité continuait à l‘intérieur de la coque pour découvrir des survivants.

     “Tout le monde, a-t-il ajouté, participe au sauvetage. Il n'y a pas, en I‘occurrence, de compétition nalionale, nous avons fait appel à tous les moyens possibles”.

    15 h : deux énormes bulles d'air apparaissent puis la drague chavire et coule

     

    En fin de matinée, on attendait de nouveaux moyens d‘intervention. Le colonel Becq, inspecteur départemental de la protection civile, son adjoint le

    commandant Impines étaient arrivés ainsi que M. Courouble, directeur départemental de la Protection civile.

     Sur les lieux étaient également présents MM. Sclisson, chef du quartier de Dunkerque ; l‘administrateur principal Mallejac et M. Wadoux.

     A l'aéroport de Calais-Marck venant de Cherhourg, était arrivé un avion militaire avec un nouvenu groupe de plongeurs et un médecin.

     On attendait par ailleurs le dragueur “Myosotis” et une équipe de spécialiste parmi lesquels un ingénieur de la construction navale, spécialiste des dragues.

     On espérait donc que, à la marée basse du soir, une nouvelle tentative de percement de la coque pourrait être tentée et ce d'autant que, vers midi, on croyait avoir perçu du coups.

     Et puis, à 15 h, ce fut la fin.

     Les hommes du ponton—mature hollandais et les plongeurs sous-marins virent apparaître sur le côté de la drague, deux grosses bulles d'air à un moment d'intervalle et la drague commença à basculer sur le flanc,

     Dix minutes plus tard, on ne voyait plus rien à la surface de la mer, la drague était couchée sur le fond, tout espoir semblait perdu.

     Des scaphandriers sont déscendus pour voir s'll était possible de pénétrer dans l‘épave et bateaux et hélicoptères ont patrouillé au cas où des corps seraient remontés un peu à la surface.

     Un peu plus tard, on a vu arriver, au port de Calais, la vedette Margareth.

     A son bord, des hommes épuisés par trente heures de veille et de travail. A leur tête, M. Gendre, directeur adjoint de l’Union Maritime de dragage.

     Il ne pouvait qu’annoncer la tragique nouvelle.

    Déploiement de moyens et générosité

     La solidarité est une réalité journalière entre gens de mer et elle ne s‘est pas départie avec le naufrage du “Cap de la Hague”.

     Si les officiers et marins du “Free Enterprise III” , furent les premiers à intervenir(deux hommes de la drague leur doivent la vie), il y a tous ceux qui partirent aussitôt sur les lieux, hélicoptère des Coast Guard, pilotes des ports de Calais et Dunkerque, remorqueurs, canots de sauvetage, équipages français, anglais, allemands, hollandais et de la marine nationale.

    A la dirction des Affaires maritimes de Dunkerque, dans les capitaineries de port, au centre du CROSSMA, à Boulogne-Radio, lea veilles ont été incessantes.

     La mobilisation des services de pompiers, de la protection civile et des ambulanciers, l'action des spécialistes du remorquage et des plongeurs sous-marins, tout devait contribuer à sauver des rescapés dans les plus courts délais posibles.

     Tout ce qui a été possible de tenter l'a été, y compris la mobilisation de car—ferries pour servir de brise Lames afin que les sauveteurs puissent agir.

    L’interminable et douloureuse attente sur le quai

     

     Depuis jeudi matin, dès l‘annonce du naufrage, le quai de la Colonne aura vu défiler des centaines et des centaines de calaisiens qu'il fallut d'ailleurs éloigner derrière des barrières car un espace suffisamment grand devant être réservé à l’intention des hélicoptères.

     Bien vite, on remarqua des voitures immatriculées dans le Nord : celles de familles de marins, prisonniers des flots, de Grand-Fort-Philippe ou de Dunkerque.

     Une même communion étreignait tout le monde au milieu du vacarme incessant des hélicoptères effectuant la navette entre le port, l'épave et l'aéroport de Calais-Marck où s‘effec- tuait le ravitaillement en kérosène.

     Tantôt la radio d‘un remorqueur revenu à quai ou celle qui émanait d'un véhicule de police, de gendarme ou de pompiers, qui mettait à grésiller.

    On dressait alors l'oreille pour saisir une bribe de phrase.

     Puis, c'était la sirène d'un motard de la route qui retentissait ouvrant la voie a une voiture dans laquelle arrivait une nouvelle personnalité ou un spécialiste du sauvetage

     A l'entrée des barrières, la foule s'écartait un bref instant, le cercle se refermant aussitôt.

     Les familles des marins pour qui était engagée une insupportable course contre la montre et contre la mort avaient été accueillies, dès leur arrivée, dans le bureau du commandant du port. La plupart ne le quittèrent que bien peu d‘instants et une longue veille commença pour la première nuit.

     Le jour vint et, avec lui, un nouvel espoir. Mais la marée basse de 7 h ne permis point, une nouvelle fois, la délivrance. Et les heures ne succédèrent encore.

     Dans une voiture, l'avant dirigé vers le port, l'épouse d‘un marin enferme dans la coque fixait l'eau du large. Derrière, la maman ne quittait pas non plus du regard l'axe des jetée; Visages marqués par tant d'heures sans sommeil que l'on retrouvait aussi, ici et là, parmi la foule.

     Mais chacun se raccrochait encore à un faible espoir.

     A midi, c‘est certain un appel des sauveteurs martelant la coque d'un objet métallique avait trouvé un autre écho que le sien propre. Et puis un tel déploiement de moyens à terre, que l'on n'avait pas cessé de constater, semblait ne au pouvoir s‘avérer vain.

     Certes, les Calaisiens avaient encore en mémoire la catastrophe du soun-marin “Pluviôse”. eperonné prr un transmanche , alors qu‘il était en train de faire mrface, juste à la sortie des jetées par un bel après—midi de printemps, le 26 mai 1910

     Rempli d'eau par l'extremité, il émergea à 30 degrés et resta assez longtemp dans cette position pour qu'un marin, l‘ayant approché dans une barque, puisse heurter la coque avec son aviron... sans obtenu de reponse.

     Or, la réponse était venue du “Cap de La Hague” , et l‘on voulait chasser de son esprit ce drame vieux de 83 ans qui fit 27 victimes, à une époque où l'on ne disposait pas de matériel aussi spécialisé..

    12 octobre 1974

    Cette photo donne l'échelle de l’épave avec, sur son flanc, le canot de sauvetage de Calais qui sera assisté un peu plus tard de celui de Boulogne.

    Un plongeur à l‘intérieur du navire à 22 h 15

    A 19 heures, les nombreux plongeurs spécialisés qui operent sur l'épave de la drague ont du stopper momentanément leur activité et ce, En raison de la puissance du courant. Ils devaient la reprendre un peu plus tard.

    Au cours de la soirée, ils cherchaient à progresser à l'interieut du navire pour gagner les compartiments où l'on suppose que des homes sont toujours prisonniers.

     A 20h30, les travaux de decoupage reprenaient.

    ll s'agissalt de percer, pour 21h, un orifice dans le flanc afin de profiter du renversement de courant coincident avec le changement de mare, car un faible espoir subsistait de pouvoir dégager des survivants qui se manfestaient

    toujours en frappant dans la coque, à deux endroits different, semblait-il.

     Les responsables des affaires maritimes attendaient dans la nuit une cloche de plongée. Non pas celle demandée par le  canal de la marine de Cherbourg mais une qui viendrait d'Angleterre. Il semble du reste que l'on attende encore beaucoup d‘un tel équipement puisque cinq cloches sont attendues. En plus de celles de Douvres et de Cherbourg (celle-ci appartenant d‘ailleurs au G.E.R.S. de Toulon), d'autres devraient arriver de Southampton, d‘Ostende et de Bruxelles.

     Depuis que l‘eau a recou- vert l‘épave, on ne trouve en effet devant les mêmes problème qu'avec un sous-marin.

     Par ailleurs, si nous avons parlé à plusieurs reprises de fort courant, génant les sauveteurs, il faut signaler que nous nous trouvons actuellement en période de vive eau, c'est-à-dire de grande: marées.

     Indiquons encore que deux hélicoptères de la gendarmerie nationale sont également arrive, avec un personnel médical du C.H.R. d'Amiens.

     A 22h15 on apprenait que la découpe de la coque sur sa partie avant qui effleurait l'eau était terminée

     Un plongeur pénétrait à l‘intérieur de la coque pour venir contre le compartiment étanche où était supposé se trouver les rescapés. Ceux—ci, une fois de plus, répondirent aux appels des sauveteurs.

     Toutefois, il était Impossible de tenter l‘opération de cette façon, l'eau pénétrant par l'ouverture.

     Il faut attendre la cloche de plongée

     

    Un grand pas venait d‘être franchi, mais il fallait attendre encore pour dégager éventuellement les survivants, l‘arrivée de la cloche de plongée, arrivée prévue à 4 heures ce matin.

     Dès l‘arrivée de cet appareil, il sera fixé sur l’orifice et, après en avoir fait le vide, les sauveteurs pourront alors découper la cloison étanche pour tenter de sortir ceux qui auront lutté avec espoir durant plus de 40 heures.

    LES SAUVETEURS DEVANT l'ÉPAVE RENVERSÉE

    12 octobre 1974

    DESSIN APPROXIMATIF DU BATEAU RENVERSE :

     

    1 - La timonerie;

     2 - Salle de commandes du dragage;

     3 — Cabines du capitaine et du chef-mécanicien;

     4 — Cabines officiers et carré;

     5 — Cabines du personnel d'exécution;

     6 — Compartiment machines—navigation;

     7 — Magasin;

     8 — Puits pour les sables et graviers;

     9 — Compartiment machines-dragage;

     10 — Peak avant séparé par la cloison d’abordage.

     

     La flèche indique l‘endroit d‘une possible percée par les sauveteurs.

     Le trait supérieur gras, jusqu’au peak avant non compris, Indique le compartiment à combustibles.

     En grisé, en dessous du pont principal, le fardage de tuyauteries et autre matériel.

     Echoué, le bateau reposait sur ses superstructures arrière et son mât avant.

    On comprend et partage la très vive émotion qu‘ont ressentie tous les gens de mer en apprenant le naufrage de la drague « Cap de la Hague » avec onze des leurs à bord.

     On comprend le souci qu‘ils ont de savoir comment le chavirement de cette usine flottante a pu se produire.

     On peut relever le fardage important dont le pont était chargé, la conception hybride du bateau, l'état de la mer, etc. Il reste qu‘aucune hypothèse solide ne peut être avancée et qu'il convient d'attendre les résultats de l‘enquête approfondie du l‘administration compétente pour se faire une opinion.

     Au sujet de l'hypothèse d'un déplacement de la masse de tables et graviers qui remplissait le puits, on fait remarquer que la forme en losange de ce puits le rend peu vraisemblable.

     D’où venaient les appels ?

     Durant vingt-quatre heure d'une attente mortelle, les bruits les plus contradictoires ont couru sur le nombre d'hommes encore en vie dans le cercueil d'acier, sur l'en- droit où ils se trouvaient, etc.

     Hier matin encore, toutes les informations faisaient mention de six hommes dont on entendait les appels sonores. On ne voit pas comment il était possible de dénombrer les hommes encore en vie et de localiser leur refuge.

     Notre plan très approximatif du bateau dans sa position renversée,la quille en l‘air, permet de situer les lieux mais n'apporte pas de réponses à ces questions.

     Dans la partie arrière (à gauche)se trouvaient au moment du chavirenent:

     - Au moins trois hommes de quart à la timonerie (l).

     — Plusieurs officiers dans leurs cabines aux ponts indiqués en 3 (cabines du capitaine et du chef mécanicien) et 4 (cabines d'officiers et carré). Au point indiqué en 2 se situe la salle de commandes du dragage.

     -Plusieurs membres du personnel d’éxécution dans leurs cabi nes ou point indiqué en 5 à la hauteur du pont principal. C'était le cas du matelot Vandermeersch, l‘un des rescapés, éjecté par un hublot.

    — Enfin, de quart dans le compartiment machine-navigation, le matelot Bernard Vincent qui, montant au pont principal, a pu sauver.

     Dans la partie avant, deux hommes étaient de quart ou compartinant-machines du dragage.

     Entre l'arrière et l'avant, aucune communication possible dan la tragique situation du bateau.

     Si les appels venaient de l'avant, ils ne pouvaient donc provenir que de deux hommes du quart, mais il n’est pas exclu que d'autres membres de l‘équipage se soient trouvés là avant la catastrophe.

     Si les bruits venaient de l‘arrière, peut-être émanaient-ils des hommes qui se trouvaient au pont inférieur et qui auraient pu descendre (ou plutôt “monter” après cap size) ou compartiment machine.

     Les hommes qui se trouvaient aux ponts supérieurs avaient, apparemment, beaucoup moins de chances de pouvoir gagner les Hauts du bateau renversé.

    Le probleme des sauveteurs

     

    Ce dessin résume aussi le probleme devant lequel les sauveteurs se sont trouvés.

     Dans le fond de la coque sur toute la longueur de la quille, s‘étend un compartiment à combustibles.

     La question était de savoir s'il existait une partie vide dans ce compartiment afin de percer un passage.

     Une possibilité pour les sauveteurs : percer à l'extrème-avant, sous le peak-avant (10) dont les fonds ne contiennent pas de combustible et que la cloison d'abordage sépare du compartiment-machine du dragage.

     Si, d‘autre part, certaines parties des fonds constituaient des poches d'air, il s'agisse“ de savoir si, vidée de cet air, l’épave n'allait pas couler.

     Ce sont à des difficultés sans nombre que les sauveteurs se sont courageusement attaqués en prenant tous les risques dans une mer agitée jusqu'ici.

     Leurs efforts ont été vains, mais la solidarité des gens de la mer n’a pas été un vain mot.

    Les quatre Grand—Fort—Philippois naufragés du ” Cap de la Hague”

    Voici la liste des naufragés de Grand-Fort-Philippe :

    12 octobre 1974

     ANDRE BOCQUELET : Né en 1946 à Grand-Fort-Philippe, officier mécanicien.

     Il débuta à la pêche sur les chalutiers de Grand-Fort-Philippe en 1964, notamment sur le “Paladin”.

     En 1967, il entrait au “commerce” comme lieutenant sur le pinardier “Dahra” puis servit sur plusieurs longs courriers des Messageries maritimes en 1971-1972. Il y a quelques semaines, le 19 septembre, il passa à l’U.M.D. sur le “Cap de la Hague”.

    12 octobre 1974

     ANDRE LEFRANC : Lieutenant, née en l936 à Grand-Fort-Philippe.

      Dans les années 1966-1968, il navigua sur les navires SAGA du transmanche puis sur COA. En 1968-1970, il passait à l’armement pétrolier. Il renouait alors avec le transmanche “Chantilly, Côte d’Azur”, avant d’embarquer sur le “Cap de la Hague”, le 17 avril 1973. Marié, père de deux enfants.

    12 octobre 1974

     JULES VBEROVE : Chef dragueur, né en 1925 à Dunkerque. Il débuta au dragage à Dunkerque en 1965 comme second-capitaine.

      Cinq ans plus tard, il embarquait comme chef dragueur à l’U.M.D. d’abord sur le “Cap d’Antifer” puis sur le “Cap Frehel” qui devait participer aux chantiers de Fos. Il fut affecté à l’équipage du “Cap de la Hague” le 1 avril 1973.

    12 octobre 1974

    ALEX MOLMY : Matelot, né en 1945 à la Martinique. Inscrit maritime à Fort-de-France. Marié, père d’un enfant.

    12 octobre 1974

    Le premier sur l’épave, sorte de baleine touchée à mort, un matelot du remorqueur allemand “Hermès”, le premier sur les lieux

    12 octobre 1974

    Des sauveteurs récupèrent un canot de sauvetage endommagé provenant probablement du « Cap de la Hague ».(photo “La Voix du Nord”

    12 octobre 1974

    Dans la grisaille on distingue faiblement le profil de la côte permettant de situer l’épave par rapport au Blanc-Nez.

    12 octobre 1974

    Le remorqueur “Hardi” passe un câble sur l‘arrière du “Cap de la Hague” dont l'hélice et le gouvernail sont hors de l'eau.

    12 octobre 1974

    Quai de la Colonne : la foule attend des nouvelles. Sur l‘espace libre, en bordure du quai : deux hélicoptères. Dans le fond, à droite, le bureau du port. le P.C. de l'opération de sauvetage. Et dominant la foule, premier plan, le monument du Sauveteur.

    12 octobre 1974

     Hier, vers 11 h, un hélicoptère vient se rendre compte de l’état de l’épave, presque disparue sous l’eau.

    Au long des minutes

     

    -6h45 : les opérations de sauvetage vont reprendre à marée basse avec la participation des plongeurs de la marine de Cherbourg. Leur but : tenter de passer sous la coque. Ils n’y parviendront pas.

     -7h30 : L’espoir renait car les sauveteurs ont entendu crier sous la coque et frapper à plusieurs reprises.

     -8h : Qutre plongeurs des pompiers de Paris se rendent sur l’épave et sont déposé sur le bateau-ponton hollandais “Bever” qui commence l’opération de découpage.

     -9h : Un docteur est demandé. Le médecin commandant Grimault, des sapeur pompier d’Hénin-Beaumont, part à bord du remorqueur “Trapu” sur lequel est hissé un caisson de décompression des pompier de Dunkerque.

     -9h30 : Le canot de sauvetage “Maréchal Foch” qui était rentré à 2h30, prend la mer à nouveau pour relayer son collègue de Boulogne. Le patron Michel Agneray, est à la barre avec M. Wiart, président.

     -10h : La coque est trouée à l’aide de chalumeaux et, l’on y insuffle de l’air pour rendre un peu plus flottabilité à l’épave qui s’était enfoncée.

     -10h10 : Le préfet, accompagné de M. Abrial, sous-préfet, prend place dans l’hélicoptère des pompiers de Paris, pour se rendre sur les lieux du naufrage.

     -10h40 : MM. Turo et Abrial sont de retour. Le préfet fera une courte déclaration.

     -11h20 : L’espoir diminue, le bateau s’enfonce encore. Seul l’avant est encore visible.

     -13h45 : Deux autres caissons de décompression arrivés de Cherbourg par un avion qui se posa à Calais-Marck, sont embarqués sur le “Margaret” de Boulogne.

     Deux médecins militaires, également arrivés de Cherbourg, partent également sur place.

     -14h : Le “Myosotis”, dragueur des plongeurs de la Marine Cherbourg, fait route sur Calais.

     -15h30 : M. Gendre, P.D.G. adjoint de l’Union maritime de dragage, qui se trouvait sur la vedette de la douane, rentre au port. On apprend que l’épave coule et quelle se trouve maintenant immergée sous 1 m50 d’eau. Tout semble perdu.

     -16h : Les familles, don’t certaines ont appris le naufrage par la presse, sont emmenées au cercle maritime où on leur offrit des boissons chaudes.

     -16h30 : M. Vincent, sous-préfet de Dunkerque, et M. Sclisson, chef du quartier maritime de Dunkerque, annoncent que les plongeurs continuent leur travail et que des hommes sont toujours sous la coque.

     -16h30 : Un plongeur remonte un peu le moral des familles : “Je reviens du naufrage. Des hommes sont toujours bruyants. Ils frappent avec un marteau ou une barre de fer dans la coque”.

     -17h : Une cloche de plongée venant de Cherbourg est attendue.

     -18h : Deux compresseurs et  deux scaphandriers lourds de Dunkerque font leur apparition sur le quai.

     -19h : Les plongeurs arrêtent en raison du courant.

    Les moyens de sauvetage en mer

     

    Voici les différents bateaux qui ont participé aux opérations

     Les car—ferries "Free Enterprise III et VII" ; les canots de sauvetage de Calais

    et Boulogne ; les remorqueurs "Courageux", "Hardi", "Trapu"; la vedette de la Gendarmerie de Dunkerque; le remorqueur allemand "'Hermes"; le navire—ponton hollandais "Bever", le garde-pèche de Boulogne " La Garance', le "Myosotis". dragueur de la Marine nationale ; le "Margaret", vedette des Ponts et Chaussées de Boulogne et les deux pllotines au port de Calais.

     Il faut également noter la présence de deux hélicoptères des pompiers de Paris, d‘un autre de la police parisienne et d'un quatrième de la Protection civile britannique.

    Un service religieux à St-Pierre et St—Paul pour les marins de la drague

     

    A l‘intention des deux défunts de la drague « Cap de La Hague », un service religieux sera célébré aujourd‘hui samedi à 16 h en l‘èglise Saint-Pierre et Saint—Paul au Courgain maritime.

    De nombreuses personnalités

     

    En plus des personnalités calaisiennes que nous avons citées hier nous avons remarqué aujourd'hui, MM. Turon,préfet du Pas—de-Calais ; Vincent sous—prèfet de Dunkerque, Abrial, sous-préfet de Calais; Sclisson, chef du quartier maritime de Dunkerque; Wadoux, officier principal des affaires maritimes de Dunkerque ; Mallejac, administrateur ; le colonel Bec, des sapeurs-pompîers, inspecteur départemental des services de sécurité et d'incendie ; le commandant Gautier, de Dunkerque ; le capitaine Impines, chef de corps à Boulogne; le capitaine Dauchel, chef du corps à Calais, tous deux inspecteurs départementaux adjoints ; Courouble, directeur de la protection civile, etc.

    L’attente des familles

     

    Pour les familles de ces marins prisonniers du navire, elles vécurent sur les quais des heures interminables.

     Lorsque les autorités les invitèrent à venir se reposer quelque temps au cercle maritime, certaines finirent par accepter, tandis que d'autres restèrent sur le quai, le regard fixé vers les jetées dans l’espoir de voir revenir l’être cher.

    12 octobre 1974

    M. Gendre, ancien directeur des ports de Calais et Boulogne, P.D.G. adjoint de I'Union maritime de dragage à qui appartient le navire, descend de la vedette des douanes. après s'être rendu sur les lieux où il vit s'enfoncer l'épave.

    12 octobre 1974

    Le caisson étanche des sapeurs-pompiers de Dunkerque est descendu sur l'un des remorqueurs pour être acheminé sur les lieux du naufrage.

    12 octobre 1974

    Pour quelques membres des familles, sur le quai, c‘est l‘attente insupportable près d‘un sauveteur, relié en permanence par radio.

    12 octobre 1974

    A sa descente d'hélicoptère, M. Turon, préfet du Pns-de-Calais (2e en parlant de la gauche), qui était accompagné de M. Abrial,sous-préfet (à gauche), s’entretint avec M. Puissesseau, président, de la Chambre de commerce et le capitaine Dauchel.

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  • “CAP de la Hague” : au troisième jour d'un sauvetage particulièrement difficile, l’espoir demeurait

    Quelque soixante heures après le naufrage du « Cap de la Hague » au large de Calais —— don’t la moitié du temps totalement sous l‘eau — la vie subsistait à l‘intérieur de l'épave. Une réponse nette et indiscutable, sous forme de coups donnés contre la coque parvenait en effet aux plongeurs quand ils la sollicitaient en frappant avec un objet métallique à proximité de l’un des compartiments, à l‘avant du navire.

     Cette troisième journée, au cours de laquelle on a encore assisté à une multiplication des moyens, avait remis beaucoup d'espoir au cœur des sauveteurs et des plongeurs, plus particulièrement eux qui soulèvent l‘admiration pour la somme de courage que représentent ces descentes dans une eau glacée par une température encore plus basse que celle de la veille.

     Inlassablement, les équipes se relaient, pre nant parfois de sérieux risques aux instants de la journée où ils luttent jusqu‘au bout de leurs forces lorsque les courants, liés à l‘alternance des marées, finissent par venir à bout de leur résistance. Il leur fallait alors attendre un autre moment plus favorable, ce qui explique les interruptions successives laissant croire, parfois, que les marins engloutis étaient abandonnés.

     Dans la matinée, c’est de la Grande-Bretagne que l‘espoir est venu avec cette cloche de plongée tant attendue qui, finalement, s‘avère inutile. Jamais, en effet, elle ne put être fixée contre la paroi en raison de la gite du navire et, le plus souvent, les courants la faisaient tourner sur elle—même telle une toupie.

    13 octobre 1974

    La cloche de plongée britannique arrivant, vers 8 h 30, sur les lieux du drame. (photo “La Voix du Nord”)

     Pendant ce temps—là, une autre cloche géante celle-là, dix fois plus lourde que la précédente avec ses quelque 90 tonnes était partie d’Anvers dans la nuit. Mais elle était “en pièces détachées”, sur plusieurs plates—formes d’un convoi exceptionnel qui ne franchit un pont, à Gravelines, qu’au prix de travaux sur place. Elle arriva Calais à 14 h seulement où son montage commença.

     De Dunkerque, un ponton-grue devait arriver afin d‘en assurer le transport jusqu'à proximité de l'épave. Mais, ce ponton, tiré par un remorqueur, ne prit la mer que vers 11 h en raison des prévisions météo qui annonçaient des coups de vent successifs. Il fallut attendre une relative accalmie en milieu de journée. Aussi le ponton n'arriva-t-il qu‘en début de soirée, alors que la cloche n'était pas encore montée.

     Mais revenons à ce début de journée marqué par une premiere conférence de presse.

    Schéma d’un incroyable sauvetage

    13 octobre 1974

     

    A 22 h 45, les plongeurs pénètrent à l’intérieur de la drague

     

    Les plongeurs participant aux secours ont pénétré, vers 22 h 45, à l'intérieur de la drague “Cap de la Hague”.

     Pour parvenir à cette opération les sauveteurs ont agrandi l‘orifice qu’ils avaient obtenu cet après-midi en faisant sauter des explosifs à charge creuse.

     Les plongeurs agrandissent actuellement le passage qui leur permettra de rejoindre la salle des pompes où un ou plusieurs rescapés sont isolés.

     Ces travaux se poursuivent actuellement et tout coutact radio est interrompu avec la capitainerie du port  de Calais, de sorte que  “les hommes à terre attendent avec impatience une nouvelle imminente des sauveteurs”.

    LA CONFERENCE DE PRESSE DE L'ESPOIR

     

    Dans un local du bureau du port, qui s’avéra rapidement trop exigu, les journalistes furent conviés, à une première et véritable conférence de presse depuis le chavirement du navire.

     Autour de MM. Turon, préfet du Pas de Calais et Abrial, sous-préfet de Calais, il y avait là les plus hauts responsables des opérations en court.

     Tous les visages étaient tendu, creusés par la fatigue de deux nuits de veille. Mais l’espoir éclairait encore tous les regards.

     Il était 8 h 30 en effet quand M. Turon s'adressa aux journalistes.

     Or, une demi—heure plus tôt, alors que les plongeurs venaient de réparer une cassure de la tubulure permettant une insufflation d‘air à l'intérieur de la prison d'acier à leurs coups répétés sur la coque, ils récurrent, une réponse identique beaucoup plus appuyée que les fois précédentes.

     La vie était donc toujours possible à l’intèrieur.

     

    M. Turon : « Un drame de dimension nationale .»

     

    Le préfet, avant de céder la parole aux specialists, rappela tout d‘abord de quelle manière avait été rassemblé le maximum de soutien logistique à l’opération grâce aux concours les plus divers.

     D'ailleurs,  ils ne cessèrent de se multiplier au fil des heures, à la mesure de  “ce drame de dimension nationale”.

     

     Et de citer l’administration des Affaires maritimes à tous ses niveaux (Calais, Dunkerque, Le Havre jusqu’au ministère de la marine marchande, le CROSSMA (Centre Régionnal Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage en MAnche), noeud du réseau de liaisons, le préfet maritime de Cherbourg, qui envoya à Calais un ingénieur principal à titre de conseiller technique, les services de protection civile, les sapeurs-pompiers de la region et ceux de Paris avec leurs helicopters, leurs plongeurs, la marine nationnale et ses médecins, ses plongeurs démineurs, les specialists hollandaise de decoupage du navire, les anglais qui firent le maximum pour dépêcher sur les lieux une première cloche de plongée et un important personnel. etc.

     M. Turon, en rendant hommage aux uns et aux autres, avait voulu, par une telle enumeration, qu'il qualifie lui-mème d'incomplète, illustrer toute l'ampleur des concours et des moyens mis en œuvre.

     

    “Quille en l‘air” : un  naufrage extrêmement rare

     

    C'est d'administrateur principal des Affaires maritime Quéré, chef du CROSSMA à Cherbourg, qui fit le point du sauvetage, reprenant les principaux épisodes depuis l'appel envoyé par le “Free Enterprise”,  jeudi à 8 h 15, “Free Enterprise” qui venait de repérer la drague, ventre en l’air.

     Il fit immédiatement une sorte de m1se au point à propos du remorqueur allemand “Hermès”, le premier sur l’èpave et au sujet duquel une polémique s'était fait jour dans les milieux maritimes.

     Le “Hermès”, en effet était prêt à tenter de tirer sur le champ le “Cap de la Hague”, auquel i1 avait réussi à passer une élingue. Ceci afin de le remonter un peu plus vers la côte au moment où la mare montait.

     Pour M. Quérèe, les Allemands ayant fait savoir qu’ils avaient entendu des coups provenant de l’interieur, ordre lui fut donné de ne rien tenter afin que la drague, en raison d'une gite possible, ne bascule pas sur le flanc, ce qui, à ses yeux, aurait mis en peril immédiat la vie des naufragés.

     Ce fut alors la déjà longue histoire de ces heures et ces heures d‘efforts qu‘il fallut adapter, chaque fois, à de nouvelle circonstances dont toutes étaient loin d'être prévisible.

    Ce renversement complet d‘un navire d‘une telle dimension. - quille en l'air – pour employer le langage des marins alors que ce navire est justement dépourvu de quille ! est un cas rarissime, tous les spécialistes en conviennent.

     Ses causes ? M. Quéré affirme qu'on les ignore pour l'instant et qu‘une enquete les determinera.

     Il n'en dira pas advantage de toute manière en invoquant le secret de l‘instruction.

     Toutefois l'hypothèse paraissant la plus plausible – sans qu'elle fut évoquée au cours de la conférence de presse, répétons -le — est la suivante :

     Une lame plus violente que d'autres a du prendre le navire par le travers provoquant un déplacement du chargement de sable et gravier d’un meme coté, les hautes et lourdes superstructures de ce navire, d’un type bien spécial, ayant alors accentué le mouvement de balancier en raison de leur poids.

     Mais, il s'agit là d'une hypothèse sur laquelle il serait vain de s'étendre pour l’instant et qu'il convient de ne retenir qu‘à titre de supposition

     

    Encore des coups dans la coque : ils vivent

     

    Et les survivants ? Combien sont—ils ? On ne le sait pas.

     D’où provenaient leurs appels, leurs coups dans la coque permettant d’affirmer qu’il ne s’agissait pas d’objets touchant les tôles au gré  des vagues. Aux trois coups  des plongeurs sur le métal répondaient en effet trois coups qui n’étaient nullement dus au hasard. Où étaient donc ces malheureux dans leur prison sans issue et sans lumière ? Probablement les compartiments de l‘avant ou de l'arrière.

     Et comment fallait-il percer la coque ? Ce navire possède un double fond, sois deux  étages de tôles, ce qui rend plus aigu le probléme. Quel était le compartiment noyé ou celui qui ne l'était pas ? En percent à tel endroit plutôt

    qu‘à tel autre n'était-ce pu courir le risque de voir s‘échapper dans un cas l'air nécessaire à la survie des marins bénéficiant encore, dans un compartiment étanche, d'une certain potentiel d'oxygène ; dans l'autre cas, n’allait—on pas les noyer.

     Autre difficulté dans le percement des tôles, sous l'eau :

     

    Le fonctionnement des chalumaux entraine un dégagement de gaz.

     

    Si une grande partie est absorbée par l‘eau, il n'empêche qu’il pénètre également a l'intérieur, dans une atmosphère déjà raréfièe.

    On peut toujours craindre dans une semblable éventualité une explosion à l’intérieur, la—mème où l’on espère trouver des survivants.

     

    Les plongeurs prennent de gros risques

     

    Le travail des plongeurs fut également évoqué.

     Sur la coque, ils étaient constamment rejetés à l'eau par les vagues.

     Sous la ligne de flottaison, quand ils durent trouer la coque, les Courant violents leur arrachèrent leur masque. 11 prirent de gros risques et durent parfois battre en retraite.

     Toutes ces explications. M. Quérè tint à les donner pour répondre aux reproches que certains émettent en raison d'une apparente lenteur pour ceux qui ne comprennent pas que les survivants n‘aient pas pu être sortis depuis longtemps.

     L‘administrateur principal, dans le même ordre d'idée, expliqua l'instant de désolation qui s‘empara des sauveteurs au moment où, vendredi vers 15 heures 15, le long “cigare” d‘acier disparu sous les flots le château arrière s'étant écrasé.

     L'émotion nous a alors les gorges tant elle était profondément ressentie par ceux qui se trouvaient, depuis tant d eau déjà, confrontés aussi directement à la tragédie.

     Si le désarroi toucha les cœurs, il ne désarma pas les esprits.

     Les plongeurs descendirent pour la énième fois.Il auscultèrent l‘acier… et de l’acier ne demeura pas silencieux. A l‘intérieur, on frappait encore et toujours. Il subsistait  donc de l’air. Des vies restait à sauver

     

    Un veritable poumon artificiel

     

    De l'air, il en fallait à tout prix.

     Toute la nuit, au milieu des moteurs de navires croisant à proximité des quelques bouées marquant l‘emplacement de l‘épave, ronronnait aussi celui d'un compresseur, véritable poumon artificiel insufflant de l'air grâce à la prise effectuée au bon endroit.

     Mais. dan: la nuit, a quatre reprises, la canalization, petit tube dérisoire, se rompit. Les equips de plongeurs se relayèrent. Ils purent brancher et rebrancher ce cordon ombilical, après une heure d’interruption. La dernière fois vers 7 h, l’oreille plaque sur la coque, ils recevaient la réponse tant attendee.

     Dans le meme temps, d’autres plongeurs poursuivaient leurs investigations.

     A 22 h, on estimait que l’épave s’était totalement stabilisée malgré la gite quelle consevait (45 degré environ). Ils approchèrent des portes hélas bloquées et constatèrent l’affaissement du château arrière.

     A 23 h, on devait alors se contenter de surveiller la canalization d’air, rien ne semblant plus possible avant l’arrivée de la cloche de plongée qui, dans le meme temps, cheminait sur les routes anglaises en direction de Douvres.

     Pourquoi n’avait-on pas fait à cette cloche bien avant ?

      M. Quéré est catégorique:

     Nous pensions réellement que le “Cap de la Hague” ne s’engloutirait pas et nous avions l’espoir de sortir les survivants par un autre moyen.

     Cette cloche, nous avons dit hier de quelle manière elle servirait de sas pour recupérer les naufrages - a sec – sans que l'on soit obligé de les équiper d'un système de respiration sous-marine pour les faire passer dans l'eau, avant qu‘ils ne retrouvent la surface.

    La règle d‘écolier : Un puissant explosif “charge creuse”

     

    Enfin, la conférence de presse prit encore un tour dramatique lorsque M. Quéré sortit  une sorte de règle d'écolier avec laquelle nous pensions qu'il allait indiquer quelque partie du navire sur le plan étalé sur une table.

     Or, c‘était d'un puissant  explosif à “charge creuse” arrivé dans la nuit, par un avion militaire, venant des services pyrotechniques de la marine nationale à Toulon.

    Un spécialiste expliqua alors que ce procédé avait la parucularité de ne pas transmettre l‘énergie de choc aux compartiments voisins.

     Mais les autorités ont bien insisté :

    “Tous les autres moyen devront être épuisés et nous n’utiliserons celui-là qu’en toute extrémité pour essayer de passer quand même”

     Le médecin commandant Héraut, du service Département de la protection civile, apprécia enfin les chances de survie de ceux qui ne cessaient de manifester ainsi leur espoir de délivrance.

     S'ils se trouvent en surpression, les caissons de décompression son prêts à les accueillir et, le dispositif sanitaire est également a la mesure de ce que l'on attend de lui avec quatre médecins du la marine nationale, des pompiers de Paris, un médecin reanimateur et des infirmiers.

     Leur évacuation à terre serait alors rapide par hélicoptère.

     Le médecin commandant dit aussi qu'il comprenait les réactions de ceux qui prétendaient – que ça traînait -, réaction de l‘homme qui n'accepte plus son  impuissance à un siècle où nous sommes si habitués aux plus grandes prouesses Techniques.

    La première charge sauté à 15 heures

     

    En début d'apres-midi, les autorités ne voyant plus aucune issue possible à l'insolubie problème qui leur était posé pour sauver ceux qui étaient encore en vie, la decision fut prise :  on utiliserait  ces explosifs à charge creuse qui nous avait été présenté le matin.

     Les médecins avaient été consultès également qui savaient mieux que personne que la résistance humaine a des limites quand a priori il semblait que les mrvivants n‘aient rien pu boire ni manger.

     Un hélicoptère partit avec deux charges, deux de ces règles fines paraissant si inoffensives.

     Les plongeurs-démineurs placèrent la première charge entre les compartiments 9 et 10 comme le montre notre dessin. Ils la firent sauter vers 15 h, petite explosion qui avez été dosée! ainsi que l‘expliqua hier soir M. Quéré, au cours d'une seconde conférence de presse tenue en présence du préfet, et de M. Antoune, administrateur général des Affaires maritimes pour la région Normandie - mer du Nord.

     Une brèche triangulaire de 15 centimètres avait ainsi été ménagée, mais elle était beaucoup trop étroite.

     Une demi-heure plus tard, une seconde explosion permettait un_élargissement,  mais, le trou n'etait pas encore suffisant pour laisser le passage a un plongeur.

     C‘est alors que les courants se manifestèrent une nouvelle fois : les plongeurs durent battre en retraite. Mais un espoir était permis, puisque le ou les survivants se firent entendu après chacune des explosions.

     Il fallait donc attendre le renversement de courants. Vers 21 h pour augmenter encore l’échancrure par un troisième pétard.

    Des boissons chaudes et des lampes électriques flottantes

     

    En attendant, la situation dans le compartiment ainsi ouvert par en dessous (notre dessin) devait permettre l'envoi de boissons chaudes dans des sacs en plastique, placés par un plongeur au bord de l‘orifice pour qu’ils remontent aussitot à la surface, à l'intérieur du compartiment.

     Dans celul—ci, en effet. Depuis qu'un trou a été pratiqué, le niveau de l'eau a monté, mais il subsiste une importante poche d‘air qui continue d‘alleurs d‘être alimentée par l'apport extérieur grace à la canalisation mise en place, ainsi que nous l’avons dit plus haut.

     Il était également prévu de joindre des lampes électriques flottantes pour éclairer la  piéce et rendre ainsi quelque lumière aux emmurés, afin de faciliter la phase suivante, celle— de la dernière chance, avec l'entrée des plongeurs dans ce compartiment.

     Un double équipement sous—marin pour sortir les naufragés

     

    En effet, des que la troisième charge explosive aura sauté, on pense que les plongeurs pouront passer.

     Il emmèneront avec eux un équipement double en masque et une bouteille d'air.

     Après être ainsi descendus d‘une bonne dizaine de metres sous l‘un pour franchir l’orifice, ils remonteront jusqu'à la poche d‘air, équiperont le naufragè d’un masque et l‘aitrainerons donc dans l'eau avec eux pour descendre d'abord jusqu‘au trou et remonter alors a l'extérieur de la coque.

     Là, ils seront hissé à bord du remorqueur “Trapu” formé en véritable hôpital flottant avec de nombreux médecins à bord.

     Tel était le schéma de cet incroyable sauvetage.

    13 octobre 1974

    Pendant la conférence de presse, un spécialiste des services pyrotechniques de Toulon montre une sorte de règle anodine. ll s'agit de l'explosif à “charge creuse” , qui ne devait être employé qu’en dernière minute.

    13 octobre 1974

    Au centre M. Turon s'entretient avec M. Cendre, P. D. G. adjoint de l’Union maritime de dragage. A gauche: M. Abrial, sous-préfet. A droite: M. Lasserre, commissaire principal.

    13 octobre 1974

     Le navire britannique spécialisé dont l‘avant est équipé pour suspendre et mettre la cloche à l'eau

    13 octobre 1974

    Au-dessus de l’épave - qui a totalement disparu sous l'eau - une équipe de plongeurs va vérifier la conduite d'insufflation d‘air.

    13 octobre 1974

    Cette photo permet d‘apprécier les dimensions de la cloche par rapport au bâtiment qui la transporte.

    13 octobre 1974

     

    Les rotations des hélicoptères continuent toujours à la même cadence.

    13 octobre 1974

    Le convoi exceptionnel amenant la grosse cloche de plongée d‘Anvers (70 tonnes ) arrivant en plusieurs parties devant le bureau du port à 14 h.

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  •  

    “ Cap de la Hague ” :

     Après le sauvetage miraculeux de Lionel Girard  plus d’espoir de trouver des survivants 

     

    15 octobre 1974

    Allongé sur une civière, Lionel Girard est remonté sur le quai du port de Calais, dimanche, à 4 h 40 du matin (photo “La Voix du Nord”)

    L'écho d'une voix

     

    SAMEDI, 23 heures — Dans le court laps de temps, toléré par le jeu des courants, les plongeurs se ruent par l’ouverture et pénètrent à l‘intérieur de la drague. De façon assez nette, ils entendent une voix poussant quelques appels. La violence des courants devient telle qu‘il ne leur est pas possible de poursuivre leur mission et les plongeurs doivent remonter.

     23h 45. —— M. Turon, préfet du Pas-de—Calais, explique aux journalistes que les opèrations de sauvetage du rescapé (ou des rescapés car, à ce moment, on ignore le nombre de survivants) reprendront dès les courants faibliront, c’est à dire vers 4 h du matin.

     L'administrateur principal Joel Quéré, chef de CrossMa (centre régional opérationnel d‘organisation des secours en Manche) indique que la pénétration dans le compartiment d‘où proviennent les coups sera la dernière opération en ce qui concerne la partie avant du navire. La suivante intéressera la partie arrière. Les familles des disparus sont informées de cette situation. Elles continuent d'être hébergées au Cercle maritime, boulevard des Alliés et dans divers hôtels de Calais-Nord

    Le rescapé fait surface:

    « Bon sang! Que l’eau était froide... »

     

    DIMANCHE : 3h 30. —-—- Les courants faiblissants, les plongeurs décident de descendre sans plusattendre.

     4 heures. -— Lionel Girard, isolé sur sonéchelle, dans le compartiment de la salle de pompage, où subsiste une poche d’air, alimentée par le compresseur du «Trapu», voit émerger les têtes des plongeurs ! Son interminable calvaire prend fin. Sans perdre un instant, un masque de plongée sous—marine lui est passé, relié à un tuyau alimenté directement de la surface sur une embarcation. Guidé par le lieutenant de vaisseau Maréchal, du Groupement des plongeurs-démineurs de Brest. Lionel Girard effectue sous l'eau un voyage de plusieurs mètres.

     4 heures 15. - Tous ceux qui se trouvent à bord du remorqueur ”Trapu" transformé en navire—hôpital, voient émerger le survivant, soutenu par le L.V. Maréchal. Des mains se tendent. Girard est hissé à bord. « Bon sang: Que l‘eau était froide...» s'exclame-t-il, ce qui fait naître les sourires.

     Bref moment de détente après 68 heures de suspense. Girard tient à se rendre seul à pied dans la cabine, où les docteurs l'examinent immédiatement. Apparemment, Il est bien portant et... moins fatigué que ceux qui travaullent depuis des heures et des heures à son sauvetage. Il mange quelques sandwichs

    mais il a surtout soif. Il boit près de deux litres d'eau. Il confesse avoir bu un peu d'eau de mer, au début de son long emprisonnement, mais cette eau était mazoutée. C'est dire avec quelle satisfaction il vit apparaître les vivres, lancées en fin d'après-midi, samedi, par l'ouverture creusée par les plongeurs ainsi que la lampe flottante et le message l'assurant qu'il serait bientôt tiré d‘affaire.

     4 heures 50. — Le “Trapu” accoste à Calais où le quai  Paul-Devot est à peu près dèsert, personne ne s'attendant à un si rapide résultat puisque le travail ne devait reprendre qu'à 4 heures. Enveloppé d‘un peignoir blanc, Girard monte sur le pont du remorqueur et s'allonge sur la civière que lui tendent les pompiers. Il est hissé sur le quai et conduit  à la capitainerie  du port où un centre médical a été établi au rez-de—chaussée, dans un local des Ponts et Chaussées maritimes.

     

    Un instant de bonheur

     

    5h 15. — Mme Girard est admise quelques instants au centre médical où elle embrasse son mari. Tous deux

    ont le visage baigné de larmes de bonheur. Les médecins soumettent Lionel Girard à divers tests pour jauger sa résistance physique et déceler toute anomalie dans son état de santé, notamment au point de vue de la décompression.

    Apparemment, sa robustesse (il a 24 ans), lui a permis de bien supporter l'épreuve. Des précautions sont prises pour lui protéger la vie, car il a vécu dans l'obscurité pendant 68 heures et une trop forte lumière risque de le blesser.

     6 heures. — Les journalistes, photographes et cameraman de télévision, accourus en nombre à la porte du centre médical, sont informés qu’ils ne devront pas utiliser de flashes électroniques, ni de projecteurs pour ne pas abîmer les yeux du survivant.

     6 heures 30. — Allongé sur une civière, Lionel Girard est sorti du centre médical devant la porte duquel a reculé une ambulance. Gardiens de la paix et agents motocyclistes repoussent avec vigueur ceux des journalistes qui utilisent quand même des flashes, l'obscurité ne leur permettant pas de travailler autrement.

     L‘ambulance parcourt environ 50 mètres et stoppe auprès de l'hélicoptère des pompiers de Paris. Nouvelle bousculade entre photographes et agents de police, les premiers entendant faire leur métier. les seconds obéir aux ordres.

    L'hélicoptère décolle en direction du centre hospitalier de Lille.

    Les recherches continuent

     

      7 heures. — Sur ordre de l‘administrateur général des affaires maritimes, les batiments participant au sauvetage demeurent sur place et les recherches continuent.

     Après investigation complète du compartiment où a été découvert Lionel Girard, les recherches se tourneront vers la partie arrière de la "Cap de la Hague”. Si besoin est, on aura recours à l'explosif comme pour la partie avant.

    Il y a en effet, possibilité de poche d'air, ou survivraient des rescapés.

     M. Turon, préfet du Pas—de-Calais, assure que le travail sera poursuivi jusqu‘à ce que l'on ait la certitude qu'il n‘y a plus âme qui vive à bord.

     8 heures. -— Parmi les bateaux qui sont toujours auprès de la drague chavirée.

    un pointage donne les unités suivantes : la drague ”Pacifique" de 1'U.M.D.; le dragueur ”Myosotis" de la Marine nationale; les remorqueurs "Trapu" et "Subtil" de la S.R.S.N. ; le garde—pêche " La Garance" ; le remorqueur allemand " Hermes".

    9 heures. — L'administrateur général Autoune, direc- teur régional des Affaires maritimes du Havre et l’administrateur principal Wadoux, présent au titre du

    quartier de Dunkerque, entretiennent le contact, d’une part avec les sauveteurs, au large, d‘autre part avec les familles des disparus, aux quelles la découverte de Lionel Girard a redonné espoir.

     Le quai de la Colonne commence à voir affiner une foule considérable, que la police doit maintenir derrière les barrières de sécurité.

     Des personnalités se rendent aussi au PC. opérationnel. On remarque Mme Langlet et M. Charles Beaugrand. conseillers généraux de Calais; Denvers, président du Conseil général du Nord, le médecin-colonel Gros, des sapeurs—pompiers de Paris; Pierre Puissesseau président de la Chambre de Commerce et d‘lndustrie ; Henri Ravisse, secrétaire-membre ; Pierre Gheerbrant, directeur des services ; des commandants de Transmanche; Jean Lasserre, commissaire central; Carrière, commissaire, chef de Suretè; Pauly, commissaire de la police de l'air et des frontières ; Jean-Claude Bulle, officier de paix, adjomt au commandant du corps urbain de police; le lieutenant Maufroy, commandant la compagnie de gendarmerie; Joseph Kerjean, commandant du port et les officiers de la capitainerie; le capitaine Albert Dauchel, commandant le corps des sapeurs-pompiers; Piénat, ingénieur du port : Mille, directeur de l'outillage. etc.

     Après le départ de M. Turon, M. Pierre-Marie Abrial, sous-prèfet, assure la liaison avec les familles des disparus.

     ll heures. — Les plongeurs font savoir qu'après de longues reconnaissances, autour de la drague, ils n‘ont reçu aucune réponse à leurs coups frappés sur la coque. Lespoir s’amenuise. Il reste cependant la possibilité que des survivants. trop faibles, blessès ou inconscients ne puissent répondre. Aussi, les recherches sont-elles continuées.

     11h30. — Quai de la Colonne, l’un des deux survivants du premier jour, Bernard Vincent, présent sur le quai de la Colonne, où il est venu aux nouvelles, répond aux multiples questions que lui posent les familles des victimes et les curieux. Il estime que si des survivants doivent encore être découverts, c'est vers l'arrière du navire qu‘il convient de les rechercher, ce qui est précisément effectué.

     13 heures.— Le lieutenant Coupé, de léquipage de la drague ‘Cap de la Hague”à terre au moment du naufrage, est présent au PC. opérationnel apportant les explications techniques réclamées atout moment par les sauveteurs. Selon lui, Lionel Girard doit la vie à une circonstance accessoire qui l’a conduit dans la salle de pompage où, en réalité, personne ne devait plus se trouver, puisque le pompage était terminé et que la drague faisait retour sur Calais au moment du drame. Il s'y était sans doute rendu pour prendre quelque chose.

     16 heures. -— Les plongeurs font savoir qu‘une nouvelle prospection de l’épave s’est avérée négative. Aucun coup ne répond plus à leurs appels.

    L‘espoir diminue de plus en plus.

     

     17 heures. — On apprend que les corps des deux premières victimes retrouvées jeudi près des lieux du naufrage quitteront Calais lundi vers 8 heures ; celui de M. Pierre Letiec, maître d'hôtel, à destination de Sotteville-lez—Rouen (Seine - Maritime) et celui de M. Jean-Pierre Caubrière, officier — mécanicien, pour Honfleur.

    « le silence rend mince l’espoir de sauver des survivants »

     

    19 heures. — Une conférence de presse réunit les journalistes au PC. opérationnel. M. Pierre—Marie Abrial fait savoir que la prospection de l'épave n'a pas permis de constater la présence actuelle d‘une vie humaine. Les recherches reprendront lundi matin, d‘une façon directe dit le sous-préfet de Calais.

     L'administrateur principal Quérè, chef du CrossMa, déclare : “Le silence rend mince l'espoir de sauver encore des survivants. Nos prochaines investigations vont porter sur le compartiment arrière, où il est susceptible d'être demeurée une masse d'air. Il y a un tout petit espoir d'y trouver encore un vivant. Ce sera fait lundi matin, avec les moyens les plus rapides, en utilisant les mines explosifs que la première fois”.

     Ainsi se terminait, sur une note plutôt pessimistec cette journée dominicale. Plus de 80 heures s‘étaient écoulées depuis le dramatique chavirement de la "Cap de la Hague". Nous renonçons à décrire le désespoir des familles informées du peu de chances qui subsistafient de retrouver des survivants.

     Bien sûr, il restait un petit espoir, mais si mince... A partir du moment où aucun coup n'était plus frappé de l‘inté- rieur de la drague, il manquait un objectif précis aux recherches et l‘investigation devait prendre un caractère général qui ralentissait évidemment la progression. Dans la nuit de dimanche à lundi, les plongeurs continuèrent à guetter un choc provenant de la drague. En vain.

    La recherche des corps

     

    Lundi matin, au P.C. opérationnel, dépouillé de l’atmosphère enfiévrée et des allées et venues continuelles des quatre jours précédents, on indiquait que les opérations entraient dans leur deuxième phase. Après la recherche des survivants, il fallait entreprendre celle des victimes afin que les dépouilles puissent être rendues aux familles.

     Des équipes d‘intervention urgente regagnaient, les unes après les autres, leur quartier général, afin d’être aptes à répondre à toute autre demande car, hélas, les drames maritimes ne sont pas chose exceptionnelle et ces équipes doivent couvrir un très grand rayon d’action.

     Dans la matinée, arrivait à la capitainerie du port, un nouveau chef désigné pour commander cette deuxième phase des opérations : le capitaine de frégate Bertrand, commandant la deuxième escadrille de dragage de la Manche.

     Au large, le dragueur ”Myosotis" et ”La Garance” demeuraient sur les lieux. Une nouvelle équipe de plongeurs était arrivé de Brest et on attendait aussi un navire hollandais, avec une autre équipe de plongeurs.

     La pluie qui s’était tube à tomber accentuait encore l'atmosphère de tristesse, dans laquelle étaient plongés l'avant-port et le Courgain Maritime. Au mât des édifices et des unités de surface, les drapeaux en berne illustraient quel drame connaissait le monde maritime. Le plus grave qu‘ait connu le Calaisis, depuis la catastrophe du " Pluviôse" il y a 63 ans,en dehors des naufrages provoqués par les événements de la première et de la seconde guerre mondiale.

    Des remous autour de l'épave

     

     Lundi 15 heures. — Les plongeurs du corps de sapeurs—pompiers de Paris sont partis. Reste un hélicoptère pour assurer les liaisons terre-mer. A plusieurs reprises, l’appareil assure des conduites de personnel au large, les officiers ou le personnel etant descendus par treuillage. La mer est calme et le temps légèrement brumeux. Sur les lieux demeurent le "Myosotis". "La Garance" et l'”Hermès". Le pilote de l‘hélicoptère nous déclare : “L’épave est totalement invisible, mais son emplacement est repérable  par les remous que provoquent les courants autour du navire immergé”.

    Un corps à la dérive

     

     15h 15. — Des personnalités arrivent au PC. opérationnel : MM. Abrial, sous—préfet; l'administrateur général Antoune, l'administrateur principal Quéré, le capitaine de frégate Bertrand, l'administrateur principal Sclisson et son adjoint M. Wadoux ; Lasserre, commissaire central ; le lieutenant Mauffroy. M.Pierre Gheerbrant. etc. On apprend la raison de ce subit remue-ménage. Un bateau de pêche a recueilli le corps d'un homme flottant à la dérive dans le détroit. Le chalutier fait route sur Calais.

     15h30. — Pavillon en berne, le chalutier "Petite fleur de Lisieux" B. 2889 de Boulogne, accoste au quai de la Colonne. Les pompiers approchent un fourgon. Une civière est descendue sur laquelle est déposé le corps d'un homme, gisant sur le pont, le cadavre est dévètu. Au poignet, une montre—bracelet est arrêtée à 7h45. Le corps est conduit au P.C. médical.

     15h 50. — Départ du convoi exceptionnel belge avec les éléments de la cloche de plongée d'Anvers qui n’a pas pu être utilisée. Des gendarmes motocyclistes assurent son escorte.

     16 h — Le patron du chalutier ”Petite fleur de Lisieux ” M. Roland Sailly, d'Etaples, nous déclare : “J'avais quitté Boulogne à 10h20, pour les lieux de pèche, près du banc des Quenocs, au large du Blac-Nez. Depuis environ deux heures, le chalut était à la mer quand. en le remontant, l‘équipage aperçut à l‘intérieur, le corps d'un homme. C’était à environ 700 mètres de la bouée des Quenocs, à deux milles et demi du rivage, pas très loin de l'endroit où la drague a chaviré. Je me trouvé d’ailleurs à proximité de la drague, le jour où elle fit naufrage et je n‘ai quitté cet endroit qu‘un quart d’heure avant le drame”.

     l6h10. — Un photographe de l'identité judiciaire pénètre au PC. médical où a eté déposée la dépouille repéchée en mer. Peu après arrive le docteur Peumery, pour le constat officiel. Le corps portait une trace de blessure à la tête, mais elle peut être postérieure à la mort.

     On apprend que ce corps est celui de l'ouvrier-mécanicien Daniel Yon, 21 ans. Marié, demeurant 7. rue Haute, à Honfleur. Il était récemment rentré du service militaire. Son épouse, qui était venue à Calais, puis repartie chez elle, fut immédiatement prévenue et on l‘attendait à Calais, hier soir. Le fourgon des pompiers transporta le corps de M. Yon à la morgue du cimetière Nord. L‘absence de vêtements laisse penser qu’il était de repos, sur sa couchette, au moment du drame.

     Robert Chaussois

    15 octobre 1974

    Dimanche, l’avant-port de Calais continué de connaître une animation exceptionnelle, maritime, aérienne et automobile, ainsi qu’en témoigne cette photo prise de la terrasse de la capitainerie du port où était installé le P.C. opérationnel.

    15 octobre 1974

    L’un des rescapés du premier jour, M. Bernard Vincent (au centre) présent sur le quai de la Colonne, dimanche matin, répond aux nombreuses questions qui lui sont posées.

     

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  • Arrivée d'un escorteur côtier

     Dans La nuit de lundi à mardi, est arrivé au port de Calais, l’escorteur côtier "Fougeux"qui s‘amarra en couple de la gabare " La Fidèle", également de la Marine natiotionale.

     Le " Fougueux" venait prendre la relève de " La Fidèle", dont on annonçait le retour à Cherbourg.

    Dans la soirée de lundi, était également arrivé un navire hollandais, le "Dolfun” venant prendre la relève du "Bever”.

     L‘hélicoptère des sapeurs-pompiers de Paris, basé au quai de la Colonne. est toujours sur place. Son équipage sera relevé ce matin, mais l'appareil restera un certain temps à Calais afin d’être prêt à intervenir dans le cadre de la sécurité des plongeurs, occupés à la prospection de l'épave. Hier, il a effectué plusieurs sorties.

     A 17h. il s'envolait encore pour  conduire un officier à  bord du dragueur "Myosotis à côté de l'épave.

    16 octobre 1974

    L‘hélicoptère « Alouette III » des sapeurs-pompiers de Paris, qui assura la plupart des liaisons terre-mer pour le transport de personnel et de matériel, a effectué hier de nouvelles missions entre le quai de la Colonne d’ou il décollait ( notre photo) et les lieux du naufrage. Cet appareil doit regagner sa base aujourd’hui.

    Une bouée marque l'épave

     

    Hier matin, le navire-baliseur " Emile—Allard " de Dunkerque, a mouillé une bouée lumineuse, à feu spécia, à l'emplacement de l‘épave de la “Cap de la Hague“ pour remplacer les bouées flottantes, mises en place dès le début du naufrage, car il se confirme que l'épave constitue un danger pour la navigation . Il ne fait pas de doute que le relèvement de la drague écartera un risque d' accident qui n'est que trop éviddent, surtout si l‘on se souvient d'un certain précédent, survenu le long de la côte anglaise ou un navire fit naufrage après avoir heurté l‘épave d'un autre cargo coulé la veille !

    Un chalutier boulonnais repêche un quatrième corps

     

    Un quatrième corps a été repêché, hier, en mer, cette fois par le chalutier boulonnais “Sainte-Marie-Madeleine” (patron Jean Decharles). En opération de pêche depuis lundi, les marins aperçurent vers 15h. un corps lors de la remontée de leur filet, à 7.5 milles au n.-o. de Calais, non loin des riddens de Calais, c‘est-‘a—dire légèrement plus à l’est par rapport au lieu de la découverte du corps de Daniel Yon, la veille.

     Ils alertèrent Calais par V.H.F. et firent immédiatement route sur ce port, où ils accostèrent à 15h40, au quai de la Colonne.

     Le corps était vêtu d’un pantalon bleu et d'un tablier blanc, ce qui laissait présumer que c‘était celui du cuistot.

     Les pompiers, montés à bord du chalutier, l'enveloppèrent d'un drap et le transporterent au PC. médical de la capitainerie.

    Un rescapé du premier jour, M. Bernard Vincent et un autre membre de l’équipage de la drague, le lieutenant Couppé, permirent son identification. Il s‘agissant effectivement du cuisinier, M.Jean—Marie Bouland, 23 ans.

    Célibataire, premier fils d‘une famille de douze enfants, de Berville—sur-Mer (Eure), résidant à Malo-les—Bains, 55.rue de Bir—Hakeim.

    Parmi les autorités sur place, on reconnaissait l’administrateur général, Antoune du Havre ; l'administrateur Sclisson, chef du quartier de Dunkerque des affaires maritimes et son adjoint l'administrateur Raymond Wadoux, le capitaine de frégate Bertrand, chef des opérations de sauvetage; Carrièr,. commmsaire de police; Joseph Kerjean, commandant du port; Henri Ravisse, président de la commission du port de la Chambre de commerce et d’industrie et Pierre CheerBrant, directeur des services de la C.C.I. ; Deligny, syndic des gens de mer à la station de Calais des affaires maritimes ; Guy Feat, pilote du port etc.

    Apres identification et constat médical dressé par le docteur J. J. Peumery, la depouille de M. J.-M. Bouland a été transportée à la morgue du cimetière Nord.

    Les familles des disparus ont été officiellement prêvenues

     

    Aucun espoir n'existant plus désormais de retrouver des survivants, l‘administration des Affaires maritimes a décidé d‘informer offic1ellement les familles de la disparition des membres d‘équipage du “Cap de la Hague".

     Cette  pénible mission fut effectuée pour ce qui concerne  les quatre disparus de la région. MM. André Lefranc, André Bocquolet, Jules Verove et Alex Dolmy de Grand-Fort—Philippe, par les administrateurs Sclisson et Wadoux, qu'accompagnaient M. Pleuvret, maire de Grand-Fort-Philippe et une assistante sociale .Cette visite administrative se place dans un cadre traditionnel dans les coutumes de la Marine. Elle équivaut pratiquement à un constat de décès.

    La mer agitée gêne le travail

     

    Hier, en fin d‘après-midi, le vent est monté sur le détroit. La météo annonçait une mer agitée à forte, avec des vents de nord — nord—est de 25 à 35 nœuds, pour la nuit de mardi à mercredi, et une visibilité réduite par les averses. De ce fait, la drague suceuse "Belleville" a préféré gagner l'abri, a Boulogne tandis que la vedette "Margaret " entrait au bassin Carnot.

     Hier. vers 19 h, le dragueur " Myosotis " est rentré au port de Calais pour y faire de l'eau et prendre du ravitaillement.

     Quant au navire—atelier «La Fidèle», de la Marine nationale, venu de Cherbourg. Sa présence ne s'est plus révélée utile, toutes les missions envisageables n’étant pas à sa dimension. Son retour à Cherbourg a été décidé et le navire devait appareiller la nuit dernière.

     L'escorteur " Fougueux restera sur place pour le transport du matériel et du ravitaillement à bord du "Myosotis”, auquel il servira accessoirement de petite base arrière. Le garde-pèche ”‘La Garance " reste également sur les lieux du naufrage.

    Trois ou quatre corps (au maximum) resteraient dans l'épave

     

     Hier, à 19h, une conférence de presse a été tenue au PC. Opérationnel, en présence des officiers et personnalités, deja présents à celle de lundi soir.

    M. Pierre-Marie Abrial, sous-préfet déclara : «Actuellement, aucune personne vivante ne se trouve plus à bord de l‘épave. En conséquence, les investigations pour retrouver d'éventuels survivants ont été arrêtées depuis aujourd'hui à midi. La recherche des corps continue.

     Après enquête auprès des rescapés, il s'avère qu‘au maximum, trois ou quatre corps seulement (sur huit disparus) sont susceptibles d‘être encore à l‘intérieur de l‘épave.

     L'administrateur général Antoune a indiqué, de son côte : “ Les familles des disparus ont été avises des mesures de cessation des recherches de vies humaines. Nous leur avons fait savoir qu'il n'y avait plus d'espoir. Le secrétaire général de la Marine marchande a établi un communiqué (que nous reproduisons par ailleurs) qui résume les opérations entreprises depuis la première journée. Il répond par avance au texte de la demande (annulée par le comité de soutien”.

     Il a encore été précisé que l'armateur de la drague doit envoyer du personnel et du matériel hollandais, pour travailler sur l'épave, en liaison avec la Marine nationale, qui maintient sur place ses plongeurs du “Myosotis".

     A propos d'une rumeur qui avait circulé, concernant la découverte d‘un corps le long de la côte anglaise, M. l‘administrateur général Antoune a tenu à la démentit. Les services de sauvetage britanniques n'ont eu connaissance d’aucune découverte de corps.

    Une commission d’enquete se met à l’ouvrage

     

    A notre question de savoir si une commission d'enquête était nommée pour établir les causes du naufrage, M. l’administrateur général Antoune a répondu par l'afirmation ajoutant que c'était une chose absolument normale après tout naufrage, quel qu'il soit et qu‘un officier d'administration maritime avait commencé à recueillir les dépositions des rescapés.

     Des affaires personnelles du capitaine Cousin ont été retrouvées

     

    En prospectant les compartiments à l'arrière de la drague immergée, les plongeurs ont retrouvé, hier, un sac de voyage appartenant au capitaine au long cours Alain Coursin, commandant du "Cap de la Hague”. Cette mallette contenait des papiers et diverses affaires personnelles qui seront remis à la famille du commandant.

    16 octobre 1974

    Une partie de l‘équipage du chalutier boulonnais  “Sainte-Marie-Madeleine”, qui vient de ramener le corps, à son arrivée au port hier, vers 16 h. Les marins relatent déjà aux personnalités sur le quai les conditions dans lesquelles ils ont retrouvé le cadavre.

    16 octobre 1974

    L‘escoteur cotier  “Fougueux”, de la Marine Nationale (à gauche) s‘est amarré en couple de la gabare “La Fidèle”, et servira aux liaisons entre Calais et les navires occupés autour de l‘épave de la drague. Au premier plan, le bateau hollandais “Dolfun”arrivé avec une nouvelle équipe de plongeurs.

    Tout espoir étant perdu de retrouver des survivants dans l’épave de la drague « Cap de la Hague », les recherches portent dorénavant sur la remontée des corps des victimes. Du fait qu’elles se passent assez loin au large, on n’en a que des échos au port de Calais.

     Mais — nous l’avons dit — la fouille systématique de l’épave sera une opération longue et difficile, voire dangereuse, et on n‘en attend pas de grands résultats dans un délai court.

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  • Les recherches, interrompues par le mauvais temps, seront reprises par une société spécialisée

     Le mauvais temps qui a régné, mardi soir, sur le détroit du pas de Calais, a continué hier toute la journée, interrompant les recherches des plongeurs de la Marine nationale, à bord de l’épave de la drague, pour tenter de retrouver des corps de disparus. Les prospections effectuées la veille avaient permis d’établir qu’il était peu probable que l’on découvre des corps dans les compartiments en dessous du pont principal.

     Les seuls corps susceptibles d'être encore dans l’épave se trouvent dans le compartiment écrasé de la passerelle et leur extraction sera, de ce fait, une opération difficile.

    LE CORPS D‘UN MATELOT A ETE RETROUVE, HIER, SUR LA PLAGE DE SANGATTE

    Hier vers 19h 30, un pêcheur à pied circulant le long de la prève, entre Blériot—Plage et Sangatte, à proximité des débris du « Costas-Michalos .. a découvert le corps d‘un homme rejeté par la mer au cours de la nuit

    Se doutant qu'il s'agissait de l’un des disparus de la drague il en informa aussitôt le PC. opérationnel de la capitainerie du port de Calais.

     Un fourgon des sapeurs-pompiers et de la police se rendirent sur place. Le corps étant dévètu comme celui de Daniel Yon, repêché lundi, il s‘agissait donc de l'un des hommes se reposant dans sa cabine. La dépouille fut ramenée au PC. mèdical du quai Paul—Devot, où son identification fut faite par deux membres du second équipage de la drague, le capitaine Gérard Le Soueff et le lieutenant Raymond Couppé, en presence du capitaine de frégate Bertrand, chef des opérations de sauvetage et du syndic des gens de mer Deligny, de la station des affaires maritimes de Calais.

     Il s'agissait du corps de M. Henri Bechet, matelot, de Saint-Martin-aux-Buneaux, par Cany- Barville (Seine-Maritime) qui aurait eu 44 ans ce 17 octobre.

    Il était marié et père de plusieurs enfants. Après la toilette funèbre, la dépouille de M. Bechet a été transportée à la morgue du cimetière nord.

     Un service religieux sera dit à sa mémoire aujourd‘hui, a 14 h en l’églîse du Courgain-Maritime.

     Après la découverte de ce cinquième corps, le bilan s'étabîit ainsi : sur quinze hommes d'équipage : trois rescapés, cinq morts, sept disparus.

    Reconnaissance en hélicoptère le long de la côte

     

     A la suite de la découverte du corps du matelot Henri Bechet sur la plage de Sangatte, l’hélicoptère des sapeurs pompiers de Paris a effectué une reconnaissance le long de la côte, dans la journée d’hier, de 12h30 à 18h30 entre Oye-Plage et le Cap Gris-Nez. M. Joseph Kerjean, commandant du port et M. Michel Agneray, officier de port, avaient pris place à bord de l’alouette III. Au cours du survol des plages, ils constatèrent seulement la présence de traces de mazout et d’épaves diverses, notamment ce qui semble être un escalier, dans les creux du découpage de la côte, vers Sangatte et Escalles.

     

    Une épave dangereuse pour la navigation

     

    L’épave du “Cap de la Hague” constitue un sujet d’inquiétude pour les milieux maritimes. Bien sûr, une bouée a été mouillée pour en indiquer l‘emplacement.

     Cette bouée biconique rouge, avec réflecteur radar, et feu rouge à quatre éclats groupés en douze secondes a été mise en place à 150 mètres à l‘ouest de l‘épave, dont l‘emplacement exact : 50 degrés 58° 39" nord et 01 degré 46‘ 08" est, a été signalé aux navigateurs par un “ avurnav”.

     Mais qu'arrivera-t—il, si cette bouée se décroche ou est déplacee par la tempète ? Le fait n‘a rien d‘impossible si l’on considère qu‘hier une autre bouée d'épave, mouillée au nord-ouest du banc des Quenocs a été s‘agnalée par le “Compiègne”, comme- s'étant déplacée d‘un mille et demi !

     D'autre; risque sont envisageable, la bouée peut s'éteindre par exemple. Enfin, rien n'exclut que l’épave se déplace elle-mème, sous l'effet d’une mer agitée et de courants violent dans les fortes marées.

     Déjà, mardi soir, à la sortie du port de Calais, le car-ferry “Horsa” a signalé par radio avoir failli heurter l‘épave, ne s‘étant rendu compte que très tard de la présence de la bouée.

     Il est certain que cette épave constitue un problème dont le reglement n‘interviendra qu‘à long terme, le renflouement constituant une opération d'une envergure très importante.

    la mer, très agitée, a interrompu, hier, les recherches

     

    L ‘état agité de la mer, dans la nuit de mardi à mercredi, et encore hier toute la journée, a oblige les autorités à suspender les recherché effectuées dans l’épave, pour retrouver les corps des disparus, celles-ci risquant d’etre trop dangereuses pour les plongeurs, don’t le travail aurait d’ailleurs été inéficace, en raison des conditions atmosphériques.

     Le dragueur côtier “Myosotis”, avec les plongeurs de la Marine nationale, revenu dans l'avant-port, mardi soir, pour refaire son plein d‘eau, y est resté à l‘amarre, hier, ainsi que l’escorteur côtier “Fougueux”.

     Quant au garde pèche “La Garance”, il avait appareillé mardi, peu après 21h, pour porter assistance au chalutier « Venus », en difficulté à six milles dans l’ouest du phare du Touquet.

     

    Le navire hollandaise “Dolfun”, dont les plongeurs doivent travailler en liaison avec ceux de la Marine nationale, a tenté de se rendre quand même sur les lieux, hier matin.

     Sortie à 9 h 10, il est revenue vers 10h, la mer, décidément trop houleuse, l’ayant constraint à faire demi-tour.

    La Marine nationale a terminé l'examen de l'épave

     

    Hier, à 18h M. Pierre-Marie Abrial, sous-préfet, a reuni la presse à la capitainerie du port de Calais, presence du capitaine de frigate Bertrand, directeur des operations, et de diverses personnalités, pour faire le point de la situation.

     M. Abrial a déclaré : “je suis à présent en mesure de vous fournir le rapport d'activité des plongeur.— de la Marine nationale— pour la journée d‘hier. Mardi jusqu'à la nuit, leurs investigations ont permis d‘explorer, par les hublots et les abords, l‘intérieur des cabines de la partie arrière de la drague. Quelque—menus objets personnels, don’t un poste à transistors, ont été retrouvés.   Aujourd‘hui, l'état de la mer n’a pas permis les plongées, effectuées mardi jusqu'à la limite de la sécurité. Outre un survol de la côte par l'hélicoptère (ce dont nous rendons compte par ailleurs), le garde-pèche « La Garance » a longé la côte à l’ouest de Calais, mais n‘a pas retrouvé de corps.

     La Marine nationale ayant achevé l'examen de l'épave, dans la limite de ces moyens, l’Union maritime de dragage est entrée en contact, avec une société privée disposant de moyens puissants et adéquats, notamment pour la dislocation des parois de l'épave, ce qui permettra la découverte des corps susceptibles de s‘y trouver. Le préfet du Pas-de-Calais est intervenue auprès de l'U.M.D. pour que ces travaux soient entreprise le plus rapidement possible -.

     De son côté, le capitaine de frégate Bertrand a indique que si des corps devaient être retrouvés dans l’épave, ce serait à l’intèrieur de la passerelle, qui est écrasées.

     Nos plongeurs ont pénétré dans les cabines soit par les hublots reposent sur le sable. A l'aide de projecteurs  donnant une visibilité de deux mètres dans les meilleures condition, ils ont pu s'assurer qu'il n'y avait aucun corps dans les compartiments.

     Toutes les chambres ont été visitées, ainsi que la cuisine, une partie de la salle à manger et la chambre, dite - hôpital -. L‘on peut dire, à soixante-dix pour cent, qu'aucun de ces locaux ne contenait de corps. Dans les endroits où la visibilité était réduite à cinquante centimètres, la prospection fut uniquement manuelle.

     “Des courants violents, atteignant 4 à 5 nœuds, balaient les coursives.

     “Il est vraisemblable que ce sont eux qui ont emporté les corps de MM. Bouland et Béchet, retrouvés hier et aujourd’hui, puisque l’enquête a établi que ces deux disparus se trouvaient au niveau du pont principal”.

     A notre question de savoir si la Marine nationale se retirait complètement le capitaine de frégate Bertrand a répondu qu‘il n’en était pas question dans l’immédiat. Elle laisse sur place du personnel qualifié pour assurer la liason avec la société, commandée par l’U.M.D., la mettre au courant de toutes les données techniques des recherché et lui éviter de démmarer à zero.

     Un représentant de l’U.M.D. a tenu à ajouter que sa société fera le maximum pour que les corps susceptible de se trouver dans l’épave soient rendus le plus vite possible aux familles.

                                                    Robert Chaussois.

    17 octobre 1974

    Sur un quai de l‘avant—port de Calais demeure un vestige du drame : la paroi fracassée d'une embarcation de sauvetage du “Cap de la Hague”, portant les indications suivantes : pour 18 personnes, longueur 6 m, largeur 2.02 m, tirant d'eau 0.85 m. Elle fut repéchée non loin de l‘épave. «Ph. « La. Voix du Nord ».

    17 octobre 1974

    Une unité très utile pour les liaisons inter-navires et entre le port et les lieux du naufrage fut la vedette de servitude « Margaret », des services de dragage des Ponts et Chaussées maritimes. Elle a joué un rôle qui ne fut pas négligeable dans les heures dramatiques qui suivirent le naufrage.

    17 octobre 1974

    Le corps du matelot Henri Bechet, vient d‘être ramené au port. Le commandant Le Soueff et le lieutenant Coupè (à droite) qui s‘entretiennent avec le capitaine de frégate Bertrand (de dos), viennent d‘identifier le corps. (Ph. “La Voix du Nord”)

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  • Sur ce plan du navire, nous avons hachuré  les parties qui ont été prospectées par les plongeurs sans que soient découverts de corps. La partie supérieure de la passerelle est maintenant totalement écrasée et celle en dessous et celle en dessous est déformée. A l'avant, au niveau de la position de l'élinde, la brèche qui permit d’extraire Lionel Girard de sa prisons située un peu plus vers la proue. Il faut tenir compte également que l'épave est désormais couchée sur le flanc babord à 120 degres.

     

    18 octobre 1974

     1) Passerelle supérieure qui est maintenant écrasée par le poids du navire qui s'est retourné.

     2) La partie en dessous est déformée.

     3) Les compartiments de cette partie ont tous été visités par les  plongeurs. A 70%, Il n'y reste personne.

     4) Les cabines également vititées par les plongeurs.

     5) La brèche creusée dans la paroi du navire pour extraire Lionel Girard.

     6) Le compartiment ou Lionel Girard resta emprisonné 68 heures.

     7) Magasin vide de personnel.

                             (ph. “La Voix du Nord”)

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  • LA CATASTROPHE DU "CAP DE LA HAGUE"

     Deux corps ont été retrouvés, dimanche, à Ostende et à Loon-Plage

     Il reste cinq disparus. Le travail se poursuit sur l’épave

     

    Une fois de plus le mauvais temps a empêché, en partie, aux plongeurs de poursuivre leur tâche dans la recherche des corps qui pourraient encore se trouver à bord de la drague « Cap de la Hague ». C‘est ainsi que dimanche le petit navire atelier « Dolfun » dut rester au port. Par contre, la mer a rejeté  deux nouveaux corps : l‘un sur la plage d'Ostende, le chef drague Jules Vérove, l‘autre au « Clipon », à LoonPlage, celui de M. André Bocquelet, officier mécanicien, tous deux de Grand-Fort-Philippe.

    En effet. Dimanche, deux Corps furent retrouvés. Il était 11 h 30 environ lorsque, sur une petite plage près d'Ostende, un pêcheur découvraît sur le sable un corps que la mer venait de rejeter. La police belge, s‘apercevant qu'il devait s’agir d'un marin, alertait imédiatement le PC. de la Capitainerie du port de Calais.

    A Ostende, le corps de M. Jules Vérove

     

    Le commandant Lesouef, du “Cap de la Hague” et M. Wadoux, officier principal des Affaires maritimes de Dunkerque, se rendaient à la morgue d'Ostende et pouvaient  identifier le corps comme étant celui de M. Jules Vérove, chef dragueur, né le 18 mai 1925, à Dunkerque, et demeurant 46. rue des Fusillés Marins à Grand-Fort-Philippe. C'est en 1965 que M. Vérove débuta son service de dragage à Dunkerque comme second capitaine. Cinq ans plus tard, il embarquait comme chef dragueur, d'abord sur le “Cap d'Antifer”, puis sur le “Cap Frehel” qui devait participer aux chantiers de Fos. C’est le 17 avril dernier qu'il fut affecté à l‘équipage du “Cap de la HaGue”.

    22 octobre 1974

    Mr Jules Vérove

    Embarqué depuis trois semaines M. André Bocquelet

     

     Le second corps fut découvert à 13 h 30 au lieu dit “Le Clipon”, à Loon-Plage, là aussi sur le sable. Il s‘agissait de l‘officier mécanicien André Boquelet, né le 30 juillet 1946 à Grand—Fort-Philippe, commune où il habitait toujours au 4 de la rue Francis Leprêtre. Célibataire M. Bocquelet débuta à la pêche sur des chalutiers de Grand—Fort—Philippe en 1964. notamment sur le “Paladin”.

     En 1967. il entrait au “Commerce” comme lieutenant sur le pînardîer “Dahra” puis servit sur plusieurs long-courriers des Messageries Maritimes, en 1971-72. Le 19 décembre, il passa à l'Union Maritime de Dragage comme officier mécanicien sur le “Cap de la Hague”. Il y avait donc trois semaines qu'il était à bond lorsque se produisit le naufrage. Son corps a été déposé à la morgue de Dunkerque.

    22 octobre 1974

    Mr André Bocquelet

    Encore cinq disparus

     

    Après la découverte de ces deux corps, ce qui donne au total trois rescapés et sept morts, il reste donc cinq disparus : le commandant Alain Coursin, le lieutenant André Lefranc, le chef mécanicien Alexandre Mainsard, le dragueur Raymond Dujardin et le matelot Alex Dolmy.

    Le travail a repris lundi

     

    Lundi matin, 1a météo étant plus favorable, les quatre plongeurs de la “Sogetram” accompagnés de deux plongeurs de la Marine nationale, sont retournés sur l'épave. Partis à 8 h, ils durent toutefois abandonner leur travail en raison de la houle et rentrèrent au port à 14 h 30.

    Cette fois, ils visitèrent les différents ponts qui n'ont pas trop souffert du retournement de la drague, sans trouver de corps. Petit à petit. l‘hypothèse s‘amenuise d‘en retrouver dans l‘épave. En effet. il ne reste que quelques endroits à visiter : deux cabines, l'une au pont principal et l'autre au pont d’embarcation. toutes deux très difficiles d'accès, et la salle des machines. Pour pénétrer dans ces endroits, il faudra avoir recours au chulumeau.

    Or, hier, il fut impossible aux scaphandriers de s‘en servir. Aujourd'hui, si le temps le permet, ils poursuivront leur tâche, mais cette fois sans le concours des deux plongeurs de la Marine nationale qui regagneront leur base.

     

    On pense que cette journée permettra de visiter toute l‘épave.

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