• Il n'y a pas aujourd'hui de noms de rues de Calais qui datent d'avant le siège de 1347, ni même du temps de la domination anglaise. A moins qu'on ne veuille faire une réserve pour la rue de Thonis qui fut appelée ainsi lors de la reprise et dans le nom de laquelle on peut voir une abréviation du nom de baptême anglais Tony pour Anthony, Antoine. Cependant sur un plan de Calais sous les Anglais, elle porte le nom de St.-John Street. D'autres recherches nous apprendront peut-être la vérité. D'ailleurs les noms des rues de Calais sous les Anglais et antérieurement feront l’objet d'un second travail. Le nom indicatif des Boucheries a dû aussi être appliqué à la rue de ce nom depuis la translation de cet établissement dans cette rue en 1380 sous Richard II.

    Après la reprise, les dénominations anglaises furent changées en bloc ; presque toutes les rues du Nord de la ville reçurent des noms qui rappelaient le voisinage du port: rue des Mariniers, du Hâvre, de la Mer, du Paradis, du Port. La rue Française qui longeait le sud de la ville, indiqua le voisinage du l'ancienne frontière de France. Les rues du centre rappelèrent ceux qui avaient plus ou moins contribué à la conquête.

    Le plan complet de correspondance des rues donne la vue superposée du temps de l’occupation anglaise (avant 1558) et au moment de l’écriture de cette notice ( vers 1878).

     

    La vue superposée avec une photo actuelle de la ville vue d’avion ( vers 2008 ) est fournie sur le plan ancien sur photo actuelle des rues de Calais

     

    La vue à vol d'oiseau de Calais datant des environs de 1545-1550 montre l'entrée du port, la Lantern Gate ainsi que quelques rues donnant sur le port.

    Extrait de «Platt of the Lowe Cuntrey att Callais» . British Library

    par Thomas Petit, arpenteur géomètre à Calais.

     

    La rue de Boulogne (rue de la Citadelle, fut dite Royale, en l'honneur de Henri II ; la rue des Carmes, aujourd'hui rue Royale, rue Diane, en l'honneur de Diane de Poitiers ; la rue du Château, Castle Street, et notre rue de la Cloche devint la rue de Lorraine ; notre rue Notre-Dame la rue Cardinal en l'honneur, selon toute apparence, de Charles de Guise, Cardinal de Lorraine, frère de François de Guise qui sacra Henri II, fut le conseiller de François II et eut le malheur d’être l’un des principaux instigateurs des guerres civiles en France.

     

    La rue de Guise rappellera le héros du siège, la rue d’Andelot, l’un des plus brillants officiers de ce grand capitaine ; la rue de Thermes, le premier gouverneur de Calais, commandant malheureux de l'expédition de Gravelines. Il y eut la rue d'Anjou (du Cygne); la rue d'Orléans (Eustache de St-Pierre) : la rue d'Angoulême (des Prêtres) ; la rue du Maine, qui existait derrière Notre-Dame ; la rue d'Ecosse (rue des Juifs).

    Quelques autres rues indiquèrent des circonstances particulières : telles que les rues de la Rivière, des Deux moulins, de la Brèche (occupant jadis l'emplacement de la manutention), des BoucheriesSt-Nicolas on de l'Hôpital. D’autres reçurent des noms de saints, de particuliers, d'enseignes, telles que les rues St-Denis, St-Martin, Ste-Catherine, St-Michel, de Maître Rémond, de l'Ange, de l’Andouille, de la Calâdre, du Pélerin, de la Harpe.

    Remarque curieuse : on a débaptisé généralement les rues qui rappelaient les personnages du temps de la conquête ; seuls les noms de Guise et de Thermes ont été respectés.

    Les rues de Calais qui n'ont pas changé de noms depuis 1558 sont les rues des Mariniers, du Hâvre, de la Mer, de Thony, du Paradis, du Port, du Pèlerin, du Roule, de la Harpe, St.Nicolas, des Boucheries, Française, St-Michel, St-Denis, de la Rivière, des Deux moulins.

    La place du Marché, dite aujourd'hui place d'Armes, était déjà désignée sous ce premier nom au quatorzième siècle. A preuve le récit de Froissart, historien qui parlait avec connaissance de cause puisqu'il dit être venu plusieurs fois à Calais en son jeune temps. « Lors se partit des créneaux, messire Jean de Vienne et vint au marché, et fit sonner la cloche pour assembler toutes manières de gens en la Halle. »

    Sous les Anglais, c'était aussi Market place. Lors de la reprise, on l'appela grande place et Grand marché. On y trouvait le Pilory, la fontaine, l'auditoire, la halle et la petite place que nous nommons Marché aux herbes. La partie de cette petite place sise entre les rues des Boucheries et Notre-Dame a été désignée rue du Petit marché. J'ai trouvé dans un acte de 1669, que Mary Hurtrel était propriétaire d’un quart de la maison faisant le coin de la rue Cardinal (Notre-Dame) et faisant face à la rue du petit Marché. Sous la première république, cette petite place porta le nom de place Marat.

    La rue de la Citadelle fut longtemps la rue Royale dite de Boulogne ; à la fin du XVIIéme siècle, la dénomination de la rue de Boulogne a presque entièrement disparu des actes : on dit rue Royale ou de la Citadelle. Au XVIIIéme siècle, on ne l'appelle plus que rue de la Citadelle.

    Rue de la Citadelle, rue du Lion d’Or à gauche, rue des Minimes à droite

    La rue Royale, ancienne rue des Carmes, sous les Anglais, conserva longtemps le nom de Diane, en souvenir de la belle maîtresse de Henri II. En 1680, on lit encore dans les papiers du temps, rue de Diane, appelée vulgairement rue Diane. Elle ne tarda pas à perdre ce nom pour hériter de celui de rue Royale que lui légua sa voisine, la rue de la Citadelle. Nos révolutions firent successivement de cette voie, la rue Nationale, en 1790; la rue de l'Egalité, en 1793 ; la rue Bonaparte, en 1800 ; la rue Impériale ou Royale, en 1815, suivant les événements. En 1830, on essaya, après les glorieuses journées, de l'appeler Nationale, mais vainement. Je trouve à ce sujet une protestation dans le Journal de Calais du 4 août 1830. En 1848, il fut de mode de dire rue Nationale; quelques enthousiastes, aux premiers jours du second empire, voulurent en faire la rue Impériale. Mais l'habitude, plus forte que la politique, lui conserva le nom de rue Royale. En 1870, on ne pense pas un seul instant à la débaptiser.

     

    La rue de Guise a perdu cette dénomination pendant un certain temps. Au siècle dernier, on lui donnait généralement le nom de rue de la Prison, à cause de la Geôle et Prison qui occupait l'emplacement du moderne Palais-de-Justice. On ne désignait ainsi que la partie allant de la rue des Boucheries au portail de la Bourse des marchands de l'Estaple ou porte de Guise. La partie comprise entre cette porte et la rue Royale est toujours désignée petite rue de Guise.

    La porte de Guise, l’ancien passage vers Staple Hall, l’étape imposée aux marchands.

    L’Hôtel de Guise construit en l’année 1389

    Gravure par Demaisons d'après Garnerey

     

    rue Leveux fut la rue de l’Andouille ou des Andouilles depuis 1558 jusqu'au moment où les religieux de l'ordre des Minimes acquirent en 1611 les maisons et leurs dépendances comprises entre cette rue, les rues Française, de St-Martin et l'emplacement de l'hôpital militaire, pour y élever leur église et y installer leur couvent : elle prit alors le nom de rue des Minimes. Ce nom d'Andouille provient sans doute d'une enseigne. Au seizième siècle on l'appelait aussi rue des Petits Frères. C'est à tort que plusieurs auteurs ont écrit des Petites Foires, en interprétant mal le mot Frères, écrit d'une manière douteuse par les copistes du temps. Ce nom de rue des Petits Frères était probablement une corruption de la dénomination Little Friars Lane, petite rue des Moines, que lui donnaient les Anglais, à cause des Carmes qui y avaient leur chapelle et leurs cloîtres, comme je l'ai dit ailleurs. (Voir le Couvent des Carmes et l’ancien hôtel Dessin au Journal de Calais du 24 janvier 1880.). Lorsque les couvents furent supprimés en 1790, la rue des Minimes reçut le nom de rue de la Comédie, parce que la salle de spectacle s’y trouvait depuis 1772, Elle porte aujourd'hui celui de Leveux, en souvenir de la famille de ce nom qui y demeurait. Quelques personnes disent encore aujourd'hui rue de la Comédie, mais elles sont rares. Ce sont comme l'on dit (sans mauvaise intention d'ailleurs), des gens du temps passé.

    Au seizième siècle, la rue précédente se reliait à la rue de la Douane, alors rue de St.-Martin ou des Archers, par une petite ruelle qui se trouvait dans le prolongement de la rue du Hasard et qui venait aboutir devant le bâtiment de l'ancien couvent des Carmes. Cette ruelle alors sans nom était la rue conduisant à l'Etuve des Anglais ; elle a été couverte par une propriété particulière. La rue de St.-Martin était dite des Archers parce que les archers et arquebusiers de Calais y avaient leur maison, leur jardin et leur tir dans une partie du terrain limité aujourd'hui par les rues de la Douane du Hasard, de St.-Nicolas, terrain qui s'étendait jusqu'à la propriété de Madame Brullé-Legrand[1], inclusivement.

    Toute cette surface fut couverte en 1619 par les bâtiments et les dépendances du couvent des Capucins. La rue prit alors le nom de ces religieux, comme la rue de l'Andouille avait pris celui des Minimes.

    A la révolution, la rue des Capucins, devint rue de Thionville, en mémoire de la valeureuse résistance que cette ville venait d'opposer à l'ennemi. L'hôtel de la Douane y est situé : il a occasionné la dénomination actuelle.

     

    Je ne connais pas l'origine du nom de la rue du Hasard. Peut-être a-t-on voulu naïvement faire allusion à l'embarras que doit éprouver un étranger pour retrouver son chemin dans cette rue plusieurs fois brisée. Sous les Anglais, la rue du Hasard était un cul-de-sac qui s'arrêtait vers la maison de M. Dufeutrelle, épicier, où était autrefois la boulangerie des capucins. Ce qui le confirme, c'est le terrier de Miraumont qui en 1583, la désigne rue qui n'a point de bout dite sans bout, anciennement cul-de-sac, petite ruelle qui n'a point de nom joignant l'hôtel Dieu.

    La rue St-Nicolas est l'ancienne Maison Dieu Street des Anglais, rue St-Nicolas ou de l'Hôpital en 1558. Le nom de St-Nicolas ne lui vient donc pas de l’église mais de l'hôpital. Elle s'est appelée aussi rue de l'Esplanade lorsque au dix-huitième siècle, on eut fait démolir le long pâté de maisons et de jardins qui ont été remplacés depuis par la caserne D, en 1771, par le pavillon des officiers F, en 1777. Ce pâté couvrait une surface égale à celle comprise entre les rues Royale et Leveux. La rue St.-Nicolas ou de l'Hôpital était donc alors une belle rue bordée de seize propriétés et le nom de l'Esplanade était alors donné à la partie de ce carré disparu qui regardait la citadelle. L'église de St-Nicolas, située dans l'emplacement de la demi-lune 72 de la Citadelle, existait encore au milieu de son cimetière. Que l'on se figure un rectangle formé verticalement par le mur de la citadelle et par le côté du pâté de maisons supprimé ; puis horizontalement par la rue de la Citadelle et par la rue du Hasard prolongée (partie de l'ermitage) et on aura une idée de l'étendue de ce cimetière; mais n'ayant pas l'intention de faire l'historique de ce quartier, bornons-nous à dire que l'on a pieusement conservé le nom de St-Nicolas, souvenir encore vivace du Calais disparu ; que cette rue n'avait plus que trois maisons en 1698 ; et que sous la révolution, elle a reçu pendant quelque temps le nom de Champ de la raison.

    Comme la rue St-Nicolas, qu'elle continue au Nord, la rue du Roule faisait avec la rue du Pélerin partie de maison Dieu Street des Anglais. Elle était également bordée de maisons de chaque côté. A gauche, sur l'emplacement de la caserne D, se développait au seizième siècle le grand hôtel de Jean Choisnin, secrétaire-général de la chambre du roi et conservateur-général des domaines et finances de Calais et pays reconquis. II comprenait plusieurs corps de bâtiments, magasins, fournil, étables, cour, deux jardins et autres appartements répondant aux rues Royale (de la Citadelle), du Roule et à l'Esplanade. Cette partie de l'Esplanade, encore appelée comme sous les Anglais Grande place St Nicolas, St-Nicolas square, était située au nord du cimetière. On y arrivait du port par water grand street, rue du Canal, faisant suite à Water gate, Porte de l'eau, située à l'endroit de l'écluse de la Citadelle, vers le demi-bastion du cap Gris.

    Vue de Calais du temps de Henry VIII ( approx 1532 )

    Lithographie de J. Netherclift d’après l’original : London MS Cotton Aug I . ii ..70

    Vue de Calais du temps de Henry VIII ( approx 1532 )

    London MS Cotton Aug I . ii ..70

     

    Juste en face de la maison faisant actuellement le coin des rues du Roule et de la Citadelle, on pouvait voir en 1669 le portail et la chapelle des Dames Dominicaines, tenant l'hôpital St-Nicolas. A défaut de renseignement précis, je m'abstiendrai de rechercher l'étymologie du mot Roule, nom de cette rue depuis la reprise. En 1627, on écrit rue du Roole.

    En 1583, la rue du Pélerin n'était pas non plus la dernière rue au nord-ouest de Calais. La Porte de l'eauWater gate des Anglais, existait encore, car on cite dans le terrier de Miraumont la maison de Jacqueline Deslandes, veuve Vannier, propriétaire d'une masure toute ruinée, entrant en la rue et vieille porte ; nous reconnaissons là Water gand street des Anglais et Water gate. Entre cette vieille porte et la rue du Pélerin, il y avait la rue de la Brèche qui rappelait la trouée faite au mur d'enceinte par l'artillerie de François de Guise, furieuse canonnade qui faillit démolir l'église St-Nicolas, située dans l'axe de la batterie. La rue du Pèlerindoit vraisemblablement son nom à une enseigne. Si l'on s'en rapporte aux écrits du temps, on doit dire rue du Pèlerin et non rue des Pèlerins. Elle ne contenait, à la reprise de Calais, que des murs ou des places vagues. On ne commença à y bâtir que vers 1580.

    A cette époque, la rue des Cinq boulets n'avait pas plus de nom que de maisons. On la désigne alors sous la vague dénomination de ruelle tenant vers le rempart. On sait qu'elle doit son nom actuel à cinq boulets provenant d'un bombardement ; on les ficha dans un mur comme on a fait au coin de la rue de la Douane ancienne maison de Mme Maurouard, pour le premier boulet du bombardement de 1694, qui fut retrouvé lors de la réédification de la maison. En 1700, c'est déjà la rue des Cinq boulets avec huit maisons.

    Les noms des rues du Port, du Paradis et de Thony n'ont pas changé depuis la conquête. Cependant dans un acte de 1742, dressé par le greffier de la Ville Baudier, je les ai vu désignées sous les noms de personnes y demeurant : ainsi la rue du Port était la rue de M. Liné ; la rue du Paradis, celle de M. Laidez, un échevin dont j'aurai l'occasion de parler longuement prochainement ; enfin la rue de Thony, celle de madame Larmette. Dans un état de Calais, au commencement du dix huitième siècle, Pigault de l'Epinoy oublie de spécifier la rue de Thony, probablement à cause de son peu d'importance.

    J'ai lu dans une Histoire de Calais, que la rue du Soleil, Witt hill street des Anglais, fut nommée rue Maréchale en 1558 parce que le lord maréchal, l'officier qui commandait la garnison y avait son hôtel. C'est une explication plus facile que vraisemblable. J'hésite à croire que les Calaisiens de ce temps, encore tout échauffés de la lutte qui venait d'avoir lieu, aient voulu perpétuer la mémoire d'un officier de la nation vaincue. Il me revient que le premier gouverneur de Calais, Paul de Barthe, seigneur de Thermes, fut crée maréchal de France en 1558 : c’était une dignité fort peu prodiguée ; elle n’avait pas été conférée depuis 1554. Il faut plutôt penser qu’on voulait faire la cour au tout puissant gouverneur en nommant Witt hill Street rue Maréchale, comme on fait la cour au cardinal de Lorraine en appelant la rue Notre-Dame rue Cardinal. Les générations suivantes auront fait des rues Maréchal et Cardinal, les rue Maréchale et Cardinale comme elles ont fait les rues des Thermes et du Vic, des rue de Thermes et de Vic. Ce qui résulte clairement de l’examen des terriers des seizième et dix-septième siècles.

    Ce qui fortifie cette opinion, c’est que Giraut de Gourdan, qui eut le gouvernement de Calais après la courte administration du Vidame de Chartre, possédait les deux extrémités de la rue Maréchale, vers le rempart. Pierre de Miraumont désigne ainsi ces propriétés : « Une maison fort ruinée, avec jardin sur le rempart, aboutissant à la rue de Thony ; plus trois magasins en face aboutissant d’un côté aux remparts et de l’autre au jardin des hoirs de Michel du chef de la ville. » Ces propriétés morcelées depuis appartenaient encore en partie en 1623 à messire Giraut de Gourdan, héritier de l’ancien gouverneur ; et l’une d’elle à un François Bidosan, peut-être un fils de celui qui ne sut empêcher le sac de Calais par les espagnols, et par conséquent un parent du précédent. Il est très probable que le populaire n'a pu s'empêcher de désigner par la dénomination de Maréchale une rue qui possédait les propriétés du commandant des troupes, du maréchal de Calais.

    Ce qui est bien plus certain, c'est qu'à gauche de cette voie, en entrant par la rue de Lorraine ou de la Cloche, il n'y avait en 1583 que quatre grandes propriétés, en y comprenant la maison de M. Couvois, épicier. la deuxième consistant en cave, salles basses, salles hautes, grenier au dessus, avec cour, puits, aisances, circonstances et dépendances, appartenait à Gondran de Verdusan, écuyer; seigneur de Colombel en Gascogne, fils unique de François de Verdusan, l'un des Gascons qui s'établirent à Calais après la conquête. Cette maison portait la mirifique enseigne du Soleil d'or. C'est à cette enseigne que la rue du Soleil doit son nom actuel.

     

    Les rues de la Harpe et de la Calandre (actuellement rue du Lion rouge), durent leurs noms à des enseignes. Remarquons que voici déjà cinq rues du vieux Calais dont les noms sont communs avec ceux des rues de Paris. Nous avons déjà cité les rues de St-Martin, de l'Andouille, du Roule, de la Harpe, de la Calandre; nous rencontrerons les rues de Cléry, d'Écosse, St-Denis, St-Michel, Ste-Catherine, Française, du Maine. Sans attacher à ce rapprochement bizarre plus d'importance qu'il n'en mérite, il faut avouer qu'un Parisien chargé de baptiser nos rues n'eut pas mieux fait que le hasard.

    Comme la rue du Soleil, la rue de la Cloche a perdu une noble désignation pour une appellation vulgaire. C'était jadis Castle street, la rue du Château. Bien plus longue en ce temps là, elle allait aboutir au château, à l'extrémité Nord-Ouest de la citadelle, après avoir traversé le Nord de la place St.-Nicolas et ensuite quatre ou cinq rues parallèles à celles que nous venons de citer. Avant d'arriver au pont-levis de l'antique forteresse, elle coupait à angles droits la belle, spacieuse et marchande rue de Boulogne Gate, voie qui allait directement du Front Nord à la porte de Boulogne, la porte de Secours de nos jours, en suivant à peu près la ligne tracée par la façade de la caserne de la citadelle.

    Réduite de près de la moitié par suite de la démolition de cette partie de la ville en 1558, Castle street devint la rue de Lorraine, en l'honneur de l'illustre maison du libérateur de Calais. Au dix-septième siècle, cette désignation est battue en brèche par celle de la Cloche. La Cloche était l'enseigne d'une maison située à gauche de la rue de Thony en entrant par la rue de Lorraine, maison qui appartenait à un Jean de Courbot de l'écluse d'Oye. Elle est citée en 1688, maison de la Cloche, à côté de Bourguignon. Un notaire de ce temps, entraîné par la force de l'habitude, écrit sans sourciller « une maison sise en la rue de la Cloche »; mais, en se relisant, il s'aperçoit qu'il vient de pécher contre la règle et il ajoute en marge « rue de Lorraine, dite de la Cloche ». Il y avait aussi au seizième siècle, au coin de la rue du Port, une autre enseigne, la Cloche percée.

    Lefebvre écrit quelque part rue de la Cloche, de Lorraine ou de Han. Je n'ai vu nulle part trace de cette dernière dénomination. Il y a bien eu en 1608, un mayeur du nom de Georges Du Han, propriétaire sur la place du Marché en 1588. J'en parlerai plus longuement à l'occasion de la rue du Cygne.

    La rue de la Mer, Staple Street des Anglais, parce qu'elle se trouvait en face de la maison où étaient la justice et l'estaple des marchands de cette nation, notre hôtel de ville actuel, fut au dernier siècle la rue du Vieil major. On lui a restitué son ancien nom lors de la réouverture de la porte de la Mer, qui avait été murée quelque temps après sa construction, vers la fin du règne de Louis XIII.

     

    La rue du Hâvre est dite de la Lanterne en 1583, parce qu'elle conduisait à la basse et massive porte de ce nom. Bâtie par les Anglais, améliorée plus tard par les Espagnols, cette porte était autrefois surmontée d'une lanterne, en guise de phare. Les Anglais disaient Lanthorn Gate street. C'est toujours la rue du Hâvre depuis cette époque.

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    Calais. Porte de la rue du Havre : dessin de Louis Wagnet -  BNF

    Calais- Ancienne porte du Havre démolie en 1882 

    Rue du Havre Calais 1886, Julia Emily Gordon Tate Londres

    The Gate of Calais - William Hogarth - 1748 -  Tate Gallery London

    The Gate of Calais - Gravure de Charles Mosley - 1749 

    A la reprise, la rue de la Tête d'Or était la rue de maistre Raymond, ou quelquefois Rémond et Raymond, par abréviation. Elle n'a perdu tout à fait cette dernière désignation que vers 1700. C'était la rue aux belles enseignes à gauche, la Fleur de lys, le Mortier d'or, le Tambourin d'argent; à droite, le Roi David, la Terre neuve. Entre les maisons qui avaient pour enseignes les Trois Rois des Vignerons à main droite et les Armes du Roi, à main gauche se trouvait le logis de la Teste d'or. De là le nom actuel de la rue. Ce logis appartenait à Pierre Campmaïor, un riche propriétaire un temps. C’est je pense, la maison occupée par Me Campagne, notaire.

    Au coin des rues de l'Étoile et de Thermes, on voit à droite, en entrant, une vieille maison où demeurait, il n'y a pas bien longtemps encore, madame Bachelet, marchande de chaussures. Possédée vers la fin du seizième siècle par Françoise Teffray, veuve de Jean Hobacq, dit Pocq, riche propriétaire du temps, cette maison avait pour enseigne une Estoile. C'est le nom de cette enseigne qui a supplanté l'autre nom d'enseigne l'Ange que la rue de l'Etoile portait alors.

    Le terrier de Miraumont nous apprend où était la maison de l'Ange. « Est chargée de deux écus de cens et rentes la maison de Charles Hobacq, dit Pocq, fils et héritier en cette partie de défunt Jean Hobacq, maison contenant chambres, greniers, caves et autres dépendances où pend pour enseigne l'Ange, faisant le coin de la grande place en retournant en la rue de Thermes, dite de la Poissonnerie, tenant d'un côté à Georges de Han (maison Tartar-Crespin), d'autre à la rue de Thermes. »

    Comment expliquer que la maison de l'Ange située à l'angle de la place ait pu donner son nom à la rue de l'Etoile ? On aura dit primitivement rue près de l'Ange ; puis, par abréviation, rue de l'Ange.

    Rapprochement curieux. Le propriétaire de ladite maison de l'Ange possédait aussi un grand magasin avec cour, cave, etc., situé dans la rue de l'Ange, à droite, après la maison de Françoise Teffray, sa mère. II payait un écu de cens. Jean Hobacq avait donc, à la reprise, acheté la moitié du côté droit de cette rue.

    Les descendants de Charles Hobacq conservèrent la maison de l'Ange jusqu'au 7 janvier 1651, époque où ils la vendirent à Adrien Gaddebled, marchand et bourgeois de Calais. Citons à l'appui une déclaration du 1erdécembre 1678 qui indique aussi que l'enseigne de l'Ange se trouvait sur la façade regardant la rue de Thermes. « François Renault, marchand et bourgeois de Calais, Marie Gaddebled, sa femme, et Marie Anquier, veuve de Pierre Gaddebled, déclarent posséder une maison et corps de logis faisant le coin de la rue de Thermes et qui regarde sur la place du marché tenant d'un côté à la maison où pend pour enseigne l'Ange ; laquelle maison ils tiennent de la succession de Adrien Gaddebled, lui-même acquéreur de feu François Hobacq du Haut Pont et de damoiselle Marguerite Legrand, sa femme. »

    Peu après, le nom de l'Estoile prévalut sur celui de l'Ange, car en 1680, on lit déjà sur les actes publics rue de l'Ange dite de l'Estoile.

    La rue de Thermes fut la rue des Camionneurs au siècle dernier à cause de cette corporation. Nous venons d'écrire tout à l’heure d'après Pierre de Miraumont, rue de Thermes, dite de la Poissonnerie. Il la désigne ainsi parce qu'elle conduisait à la Poissonnerie, située dans la partie de la rue de la Rivière comprise alors entre la rue de Thermes et le rempart, partie que nous nommons aujourd'hui rue de la Poissonnerie. Dans ce terrier, Jean Grésy, boucher, reconnaît tenir de la seigneurie directe du Roy, une maison sise en la rue de la Rivière, tenant à la Poissonnerie, laquelle maison tient d'un côté à la Croix blanche, maison de Nicolas Marie, soldat des gardes du corps du roy; d'autre côté, à la veuve Bridault. La Croix blanche occupait le coin de la rue de Thermes. Ces trois maisons ont été remplacées dernièrement par la construction moderne de M. Defranc.

     

    On appelait donc rue de la Rivière, les rues actuelles de la Poissonnerie, de Croy et de la Rivière, à cause du cours d'eau qui passait an milieu. Pierre de Miraumont parle de cette rivière avec un certain mépris ; il le désigne canal passant au travers la ville pour l'écoulement des immondices. C'était, tout porte à le croire, un ruisseau sale et infect dont le cloaque de l'Abyme peut aujourd'hui nous donner une idée exacte. La partie de la rue de la Rivière, dite aujourd'hui de la Poissonnerie, prit ce dernier nom en 1660.

     

    La rue de Courtenveau est l'ancienne rue de Cléry, dite aussi d'Andelot, en mémoire de François de Coligny d'Andelot, colonel de l'infanterie française auquel le Risban se rendit en 1558. Ce brave lieutenant du duc de Guise fut récompensé de ses services par le don de l'hôtel du gouverneur de Calais situé rue de Cléry. C'était la plus belle propriété de la ville après la Bourse des marchands de l'Estaple. Elle occupait tout le côté gauche de la rue ; de vastes magasins situés en face en dépendaient aussi. Elle avait vue sur la rue de Thermes. Elle fut imposée à la somme énorme pour le temps de onze écus trente sous de cens et rentes. On ne voit pas alors de plus forte imposition à Calais.

    Les héritiers de d'Andelot la possédaient encore eu 1623. C'étaient les enfants de Hanger, vicomte d'Argenlieu et de Jeanne de Collincourt. Depuis longtemps cet hôtel avait subi des retranchements ; ainsi, vers la fin du seizième siècle, la maison du coin de la rue de Thermes et le coin du rempart avaient des propriétaires particuliers. Néanmoins la façade du principal corps de logis avait encore vingt-quatre toises de longueur, soit 47 mètres environ.

    Bientôt la propriété passa en d'autres mains. Un acte de partage du 13 avril 1642 l'attribue à Jeanne Letalle, veuve de Jonathas Evrard, marchand bourgeois de Calais.

    En 1669, on dit encore rue de l'Hostel Dandelot.

    Les noms de Cléry et d'Andelot furent bientôt remplacés par celui de Courtanveau. Je lis dans un acte du temps que c'était le nom d'une propriété de la rue. Par suite d'une acquisition faite en 1672 à Jean Hedde, Estienne Dutel, orfèvre à Calais, et ses soeurs déclarent posséder rue des Mariniers, une maison vulgairement appelées Pont d'Anvau (sic), tenant d'un côté à ta maison appelée Grande Courtanveau. Au dix-huitième siècle, on écrit CourtenveauCourtanveau, et même Cour aux veaux.

    En 1742 le greffier de la ville, Gabriel Baudier dont j'ai parlé plus haut, désigne cette rue sous le nom de rue Francia. Il s'agit vraisemblablement de Georges Girard Francia, marchand, natif de Valesille, annexe de Gaure, diocèse de Toulouse, fils de François Francia, marchand, de Bordeaux, et de Catherine Dulard, qui étaient venus s'installer à Calais au commencement de ce siècle. Ce Georges Francia avait été reçu bourgeois de Calais le 15 janvier 1718, sous le patronage de l'honorable Pigault, ancien vice-mayeur. C'est sans doute un ancêtre de l'artiste qui s’est fait une bonne réputation comme aquarelliste et peintre de marines.

    Par arrêté du conseil général de la commune de Calais, en date du 7 novembre 1792, la rue de Courtenveau fut nommée rue Mirabeau. Lorsque les intrigues du tribun avec la cour furent connues, un autre arrêté du 17 septembre 1793 remplaça son nom par celui de l'Unité. Sous le premier empire on revint à l'ancienne désignation.

    On a vu par ce qui précède que le mot de Courtenveau ne signifie pas grand chose. Si l’on écrivait Courtanvaux, cette rue rappellerait le marquis de Courtanvaux, un savant du siècle dernier, inventeur d'instruments de précision.

    La rue des Mariniers s'appelait, ainsi à la reprise. Elle n'avait alors que deux ou trois maisons. Baudier écrit rue de M. de Pignan, un habitant du quartier probablement.

    II serait difficile d'expliquer cette dénomination de rue des Mariniers appliquée à une rue privée de tout commerce et de tout rapport direct avec le port, si on ne se rappelait que jadis, sous les Anglais, cette partie de la ville communiquait avec l'extérieur par une porte qui a été murée depuis. Cette porte se trouvait à l'extrémité de la rue de Thermes, comme l'a dit A. F. Dufaitelle dans son travail " le Port de Calais au seizième siècle. "

     

     

    A cette époque, la rue des Deux moulins ne comprenait que la partie actuelle comprise entre le rempart et la rue de Thermes. Elle tire son nom des moulins qui furent établis en 1559, par le vidame de Chartres, sur la plate-forme sise à côté.

    Il ne faudrait pas croire toutefois que le nombre des moulins de la ville fut alors limité à deux. L'article VI de la charte des privilèges accordés aux bourgeois de Calais par François II dit : « Afin que lesdits habitants aient moyen de faire moudre leur bled plus commodément et sans s'éloigner de la ville, nous leur faisons ci-après accommoder des moulins, tant dedans la ville qu'ailleurs. »

    II y en eut bientôt non-seulement sur le Front Nord, mais sur le Front Est, sur le Front Sud et aussi sur le rempart de la Citadelle, ainsi que sur la plate-forme de l'ancien château. II y en eut même en ville. Ainsi, vers 1620, on accorda à Françoise Collebey une place vague dans la rue St-Michel pour y construire un moulin. On en vit dans les bastions, au pied des murs de Calais, à l'entrée de la basse-ville. De là la désignation actuelle de rue des Moulins. Les vues de Calais au XVIIe siècle le gratifient d'une auréole de ces utiles établissements.

    Ces moulins avaient chacun une dénomination qu'ils tiraient soit de leurs propriétaires, soit de circonstances particulières. II y avait au temps de Henri IV, le moulin Ducoudray, qui avait été incendié et démoli par les Espagnols et que l'on rebâtit au profit du meunier Bocquillon, qui le prit à bail pour neuf ans. Le moulin des Brasseurs, qui devait se trouver vers l'Est de la propriété de M. Sarazin, car nous savons que le 15 juillet 1599 le corps de ville désigna la fontaine du bastion dit de la Fontaine, pour fournir de l'eau aux Brasseurs. Le moulin Jean Claux, qui était situé sur une plate forme à côté de la rivière, à l'Est de la maison occupée par M. Mallet. Enfin, nous en finirons avec les moulins en disant que le 11 octobre 1750, les magistrats prirent une délibération pour le transfert sur la commune des Pierrette du Moulin Crèvecœur, situé dans le Bastion Richelieu.

    Non-seulement la petite rue des Deux-moulins a toujours conservé son nom, mais elle l'a imposé à deux rues qui lui faisaient suite: la rue d'Ecosse ou des Juifs, entre la rue de Thermes et la rue Notre-Dame ; et la rue du Mayne, entre cette dernière rue et la rue Française.

    Les écrivains d'autrefois ont négligemment confondu sous le non de rue d'Ecosse ou des Juifs, la rue des Deux moulins, la petit rue qui conduit de la rue des Prestres au rempart, et rue d'Angoulesme dite des Prestres. Avant d'aller plus loin, nous fournirons à ce sujet quelques éclaircissements.

    Il résulte de l'État de répartition de 1560, du Terrier de Miraumont de 1583, de la recette de 1623 et d'un acte du 30 mai 1679 que la famille Campmaïor possédait une vaste propriété à l'entrée de la rue d'Angoulesme, dite des Prestres, à gauche, en entrant par la rue de Thermes; composée d'une maison, d'un magasin et d'un jardin avec un logis au bout, cette propriété avait en 1623, une façade de cinquante-six toises, soit 54m60. Or, en 1679, la partie qui fait suite à la maison de M. Darquer, ancien Maire, est dite faire face d'un bout à la rue d'Augoulesme et de l'autre à la rue d'Ecosse.

    A cette propriété des Campmaïor (et non Campmayor, comme on peut s’en convaincre par l’examen des signatures de Tristram, Pierre Jeanne et Joachime Campmaïor, tous héritiers de leurs père Jean, en 1660) – à cette propriété des Campmaïor disons-nous, faisait suite en cette maison, tous deux appartenant aux Ursulines de Boulogne pour leur avoir été donnés par Barbe Grimoust, veuve de Pierre Rault. Ces deux propriétés sont également désignées comme faisant face à la rue des Prestres et par derrière à la rue d’Ecosse, dite des Juifs.

    Il n’est pas nécessaire d’en dire plus. La rue d’Ecosse ou des Juifs était bien la rue des Deux moulins de nos jours et la dénomination de Juifs n’a été donnée que plus tard à la ruelle allant de la rue des Prestres au rempart, comme on l’écrit dans un autre acte du même temps.

    Cette rue d’Ecosse avait deux côtés. Nous le savons par les documents anglais : cette recette de 1623 lui attribue deux maisons à droite et cinq à gauche. C’est vers la fin de ce siècle que le côté gauche à disparu pour faire place au terre-plein de notre moderne cours Berthois.

    Dans un état des propriétés de la ville en 1669, on voit une grande partie de cet emplacement occupé par une masure et 92 verges de terres à usage de jardin. Cette propriété, vague et en ruines, formait le jardin des arquebusiers ; elle servait aussi de rempart. Elle tenait d’un côté à la rue cardinale ; de l'autre à Dufortel, rue d'Ecosse, près la rue de Thermes; et au soleil levant au rempart. La propriété de Dufortel se composait aussi d'une masure ruinée et d'une place vague.

    Un tableau des rues de Calais en 1663 fait mention d'une rue Chouin accolée à une rue d'Ecosse et de Cour aux veaux. Cette rue Chouin doit sa naissance à une bévue. Par rue Chouin, il faut entendre rue Thonis.

    On ne parle plus de la rue du Maine dans le courant du dix-septième siècle. Tout un côté de cette voie était occupé par le jeu de paume de Jacques Davesnes, qui allait de la rue Cardinal ou Notre-Dame à la rue Française.

    La rue Petit Notre-Dame ou Petite rue Notre-Dame s'étendait sur le cimetière. On y acheta à Jehan Flahaut un corps de logis pour loger le curé propriétaire de l'église, comme dit la recette de 1605. On y trouvait la maison ordonnée pour les régents et maîtres des Ecoles, où nos ancêtres faisaient leurs humanités : elle donnait d'un côté sur le cimetière, de l'autre sur la rue Française. En 1583, on y voyait une fontaine. La maison du maître de chant, des enfants de choeur, se trouvait aussi dans cette rue et à côté de la maison des Ecoles s'élevait la petite demeure en dépendant où se retirait le vicaire de ladite église.

    La voie qui passe devant l'église Notre-Dame, au soleil couchant, a perpétué le souvenir de la Rivière, parce que ce fut probablement la dernière partie de ce canal que l’on voûta. A propos de ce canal, une note curieuse. En 1669, le baron de Courtebourne possédait deux chambres à soldat, bornées par la rue Française, la chapelle du Saint-Sacrement, le rempart et l'écluse l'Escargot. Ce coin du vieux Calais avait une physionomie qui nous échappe si on se représente qu'alors le quartier de cavalerie n’existait pas et que sur son emplacement il avait prés des Ecoles un flot, ce qui a fait désigné cette partie de la rue Française, rue qui mène au flot.

    Ni le temps, ni les événements, ni les enseignes n'ont pu faire varier le nom de la rue St-Denis. II en serait de même de la rue St-Michel, si au seizième siècle, elle n'avait été appelée un instant rue du Pannier. Pierre de Miraumont désigne une maison de la rue Neuve qui répond par derrière à la rue du Pannier. C’était une appellation ancienne et vulgaire qui lui échappait, car ailleurs il écrit toujours rue St-Michel.

    C’est à deux enseignes successives de la maison qui vient après celle de Mlle Lemay, modiste, que cette rue doit ces deux noms.

    Cette maison, « où soulait prendre pour enseigne le Pannier et de présent (1583) l'Image de Saint-Michel, avec une petite cour, courasse (coresse), cuisine, étable, a été remplacée de nos jours par une jolie habitation dans le goût moderne. Elle était alors adossée au logis de Jehan Issac et c'est dans la maison du coin que devait demeurer cent ans plus tard, le généreux citoyen Louis Gence, auquel Calais doit la fondation des écoles chrétiennes.

    Je ne saurais omettre qu'il y avait dans l’ancien temps, en la rue St Michel un peu au dessus de la maison-passage dite du Lion d'argent, depuis hôtel Quillacq, et aujourd'hui hôtel Dessin, une ruelle depuis longtemps supprimée. Par sa position, elle parait avoir fait suite à l'antique ruelle des Cordiers des Anglais. On sait que cette dernière rue, qui prenait naissance devant le passage des Boucheries, courait au Nord entre les rues Neuve et de Guise et venait aboutir au milieu de ladite rue Neuve en formant un angle droit. Ces deux ruelles, alors innommées, ont été depuis couvertes par des constructions ou par des jardins. La ville n'a rien perdu à leur suppression. Si on se représente que la municipalité d’alors était obligée de prendre des arrêtés contre la divagation des pourceaux dans les rues et qu’elle ne se chargeait de l’enlèvement des immondices que devant la maison commune et l’hôtel du gouverneur, on doit supposer que ces ruelles, bordées de chaque côté de murs et de barrières devait être des réceptacles d’ordures, de véritable foyers d’infection pestilentielle.

    Peut-être la rue Ste-Catherine dût-elle aussi son nom à une enseigne. Dès le seizième siècle, on écrit rue Ste-Catherine, dite rue Neuve. Sous Charles IX, elle vit s’élever dix maisons sur l’emplacement du jardin de l’hôtel de Guise, à partir de la rue Française. Il y en eut huit dans cette rue en retour d’équerre.

    Cette rue conduisait à la porte que Dominique de Vic, au dire des historiens, fit supprimer et remplacer par la porte Royale en 1602. Si cette date et exacte, la porte supprimée s’appelait porte Neuve en 1583, et elle a dû, par conséquent, donner cette qualification à la rue qui nous occupe.

    La Porte Royale (d’après L. Francia, Musée des Beaux Arts de Calais)

    Erigée dans l’enceinte sud sous le gouvernement de Dominique de Vic. ( XVII° siècle)

    Une autre porte de Calais vue des remparts (d’après L. Francia, Musée des Beaux Arts de Calais)

    On appelait en même temps rue Française la voie qui allait du jeu de paume de Jacques Davesne, si dessus mentionné, à l’esplanade de la Citadelle. Ce n’était plus que la moitié de la longue rue qui, sous les Anglais, longeait tout le midi de la ville, et allait aboutir à la porte de Boulogne. Au dix-huitième siècle, on appela rue des Maréchaux la partie comprise entre la rue Royale et des Deux moulins.

    Une extrémité de cette rue, touchant à l’Esplanade, dût une renommée peu enviable à une cour dont je dirai quelques mots. Il s’agit de la Cours Marcadé.

    Jean Marcadé était entrepreneur du temps de Louis XIII ; nous le voyons adjudicataire de certains travaux de ville en 1623. Il s’enrichit dans ce métier, car il légua plusieurs propriétés à ses enfants : l’une au coin de la rue Petit Notre-Dame : une deuxième rue de Guise, près de la Prison : une troisième à la Basse ville, au long de la rivière de Guînes ; enfin une grande cour remplie de quelques petites maisons, chambres à soldat, adossée au rempart, rue Française, près d'un bien appartenant aux R. P. Minimes. Marcadé avait acheté cette dernière propriété à Jacques Carry et à Antoinette Labault, sa femme, par contrat passé devant MesGuillemot et Pierre Colin, notaires à Calais le 13 février 1622. Cette cour, mal hantée à cette époque, prit alors le nom de son nouveau possesseur. C'est ce qui fait que pendant près de trois siècles, la Cour Marcadé a été chez nous synonyme de cour des Miracles.

    Mais revenons sur nos pas, dans la rue d'Angouléme dite des Prestres. Nous avons assez dit pour qu'elle ne soit plus confondue désormais avec la rue d'Ecosse. Elle doit sa qualification actuelle au voisinage du presbytère et des habitations des vicaires.

    Lefebvre s'est égaré en conjectures à propos de la rue Pedrowe dite ensuite d'Orléans et aujourd'hui Eustache de St-Pierre. Il présume que Pedrowe vient de Peter Over, au delà de St.-Pierre; et, pour expliquer Peter Over, il imagine une rue qui allait directement du Front Nord à cette localité. Il eut été plus simple de dire que cette rue était ainsi appelée parce qu'elle était située au Nord de l'église Notre-Dame, à peu près en face du portail et des tours de St-Pierre qui existaient alors comme l’établit H. de Rheims dans son Journal historique de l'église Notre-Dame: mais Lefebvre cherche la difficulté. N'est-ce pas lui qui, pour la plus grande gloire de l’étymologie, a imaginé un port sur l’emplacement de la tour de Guise ? C’est le cas de répéter qu’en fait d’étymologie, les mots font comme les cloches, auxquelles on fait dire ce qu’on veut.

    D’un autre côté, l’auteur anonyme des Ephémérides de l’Indicateur de Calais affirme que ce nom de Pédrowe rappelait le marin calaisien du quatorzième siècle Pédrogue, qui commanda avec gloire les nefs de notre cité au combat victorieux de Zericzé, en 1304. Observons que Pédroque n’est pas Pedrowe ; puis qu’il ne faut pas écrire Pédrogue mais Paydrok. On en verra la preuve en lisant la lettre qu’Edouard II écrivit le 15 février 1309 à Philippe le Bel, pour lui recommander Jean St Paul marchand de Bayonne, auquel Jean Paydrok (Johannes Paydrok de Calesio), avait fait dommage en mer durant le trêve du temps d’Edouard I. Cette explication comme les autres, n’est basée que sur un simple rapport de mots mais n’est pas absolument convaincante.

    Mais n’insistons pas sur ces hypothèses de travailleurs respectables qui ont oublié quelques fois qu’il est préférable d’être mieux savant que plus savant, comme dit Montaigne. Quant à nous, nous ne hasarderons pas notre opinion et ne rechercherons pas maintenant quelles étaient les propriétés d’Eustache de St-Pierre dans la rue de ce nom et si la maison du coin a bien été habitée par le plus illustre de nos concitoyens. Cette étude, à laquelle nous nous livrerons plus tard, nous entraînerait aujourd’hui trop loin de notre sujet.

    A la reprise, la rue de Croy fut la rue de la Rivière parce qu'elle bordait ce cours d'eau. A droite, en entrant par la rue Cardinal, il y avait plusieurs corps de logis ; mais en face, on ne voyait que les dépendances de la rue d'Anjou, plus tard du Cygne. A cette époque, la maison du coin, habitée de nos jours par M. Berger-Carru, était séparée des autres par une ruelle qui conduisait à la rivière. Cette maison était le logis des Trois Tourelles.

    Plus tard, cette partie de la rue de la Rivière devint la rue de la Corne, du nom de quelque enseigne probablement. En 1784, le maréchal de Croy, qui demeurait rue St-Denis, se faisait bâtir un hôtel rue de la Cornelorsqu'il mourut à Paris le 30 mars. Dès cette année, dit Pigault de l'Epinoy, cette: rue fut dite de Croy. Un moment elle porta, sous la première République le nom de rue de la Montagne.

    Les anciens se souviennent d'une maison badigeonnée, à pignon aigu, si la mémoire me sert bien, laquelle a fait place à la maison de M. Tartar-Crespin. Occupée il y a quelque trente ans par un boulanger du nom de Sauvage, cette vieille demeure avait pour principal ornement une énorme vigne qui couvrait la façade de ses verts rameaux. Au seizième siècle, cette maison, dont le propriétaire était Georges du Han, mayeur en 1604 avait pour enseigne le Cygne blanc.

    Il est difficile d'établir aujourd'hui s'il quelque rapport entre cette enseigne et le nom actuel de la rue d'Anjou ; ou si, par suite d'un calembourg, la rue du Cygne doit sa dénomination au Signe de la Croix, enseigne de la troisième maison à gauche, en entrant par la rue de Thermes. Quoi qu'il en soit, la rue d'Anjou prit le nom de Cygne en 1700, et le souvenir du cygne s'est perpétué par un de ces palmipèdes sculpté sur pierre à l'angle de la maison de M. Laurent, pharmacien, au coin de la rue Notre-Dame. Cette dernière maison avait pour enseigne sous Henri III le Bras de fer.

    En interprétant mal les textes, plusieurs auteurs ont infligé à la rue Notre-Dame des noms qu'elle n'a jamais portés. Il y avait, au treizième siècle, à l'extrémité Est de cette voie, une porte de Notre-Dame ; cette porte parait avoir été conservée par les Anglais. On peut conjecturer que la rue qui y conduisait a été connue sous le même nom depuis cette époque, au moins vulgairement. Au seizième siècle, comme nous l'avons déjà, on écrivit rue Cardinal dite Notre-Dame : et, pendant cent cinquante ans, ces deux noms allèrent de front jusqu'au moment ou le second fit oublier l'autre.

    On a écrit quelquefois, mais à tort, rue Cardinal pour rue des Boucheries. Pierre de Miraumont et le receveur Claude Monet, nos meilleures autorités en cette matière, écrivent rue des Boucheries sans autre désignation. On connaît du reste l'année où cette rue dut prendre ce nom.

    C'était en avril 1379. Les bouchers et les drapiers étalaient alors dans la grande salle de la Halle, lorsque le trésorier de Calais, muni d'une autorisation supérieure, voulut les en chasser. Justement émus, les bourgeois adressèrent une pétition au Parlement. Ils lui soumettaient que ce fonctionnaire voulait changer un état de choses qui existait depuis très longtemps et que, si l'un n'y apportait remède, la ville n'aurait plus d'emplacement pour ses draperies et ses boucheries. Ils protestaient énergiquement contre cette atteinte à leurs privilèges.

     

    Cette pétition n'ayant point obtenu de résultat, elle fut renouvelée en 1380. Les Calaisiens demandaient cette fois comme compensation une place vague contiguë à la grande salle, vers le sud, emplacement qui n'était d'aucun rapport. Cette demande fut prise en considération, et Richard II, après avoir ordonné une enquête, octroya aux habitants et à leurs héritiers, le susdit emplacement pour établir leurs boucheries, à charge de payer sept sous et huit deniers de cens annuel et de ne causer aucun dommage au mur de la Halle.

    Depuis lors, les bouchers furent mis en possession de la partie de la rue des Boucheries sise au midi de cet édifice. En 1583, on y comptait plus de dix-huit étaux, en deux rangs, imposés chacun à un ou deux écus de cens. En 1623, il y avait deux rangs de dix étaux chacun, Enfin, dans le bail du 11 avril 1787, il est mentionné sept étaux, à droite, en entrant, par la place aux Herbes, et cinq à gauche ; plus quelques étaux de la petite boucherie. Les locations annuelles variaient de 23 à 48 livres.

    Les bouchers ne furent pas toujours parqués dans cette rue. En 1669, dans l'Etat des propriétés de la ville, document déjà cité, il est question de la Halle ou lieu où était le poids « situé sur la grande place du marché lequel lieu a été bruslé en l'année 1658 pendant que S. M. était en cette ville avec sa cour, par quelque valet et gens de sa suite et où ont été transportés les étaux portatifs des bouchers qui étalaient sur la place. »

    Il y a quinze ans environ, lorsque l'on démolit les constructions vieillies et chancelantes, aux toits couverts de mousse, qui occupaient cette partie de la rue des Boucheries, on retrouva des traces non équivoques de ce mémorable sinistre. Dans la maison de M. Wilquin, occupée par un sieur Rollet, fripier, des ouvriers en creusant le sol, rencontrèrent des ardoises, du bois carbonisé, du fumier, et d'autres débris formant une couche de cinquante centimètres d'épaisseur. Ils y trouvèrent même des ossements de chevaux. On se rappela qu'en cet endroit étaient les écuries d'Anne d'Autriche en 1658.

    Là ne se bornèrent pas les découvertes. Ou recueillit plusieurs monnaies anglaises du temps d'Edouard III, et l'entrepreneur constata sur une très grande longueur, l'existence d'un mur de fondation de deux mètres de largeur. Cette dimension n'a pas lieu d'étonner, quand on pense qu'au Moyen-Age, les murs de certains châteaux féodaux atteignirent jusqu'à sept mètres. Il ne fallait pas moins d'un tel massif pour soutenir des constructions telles que la Tour du Guet et la halle aux arcades gothiques. Rappelons-nous aussi que sous la Tour du Guet se trouvait en 1583, la Cave aux munitions dont parle le Terrier de Miraumont.

    Un des derniers documents concernant les Boucheries date du 15 mars 1788. Ce jour-là, devant le maire Behague, fut adjugée à Augustin Carelu, marchand, la permission de bâtir au-dessus du passage de la Boucherie, du côté du Marché aux Herbes, moyennant une rente annuelle de six livres envers la ville. L'adjudicataire s'engageait à recouvrir le passage de deux étages de la même hauteur que la maison de Paschal Lefebvre, sise contre le corps de garde de la place. II s'obligeait à bâtir un mur de quatorze pouces d'épaisseur contre celui de son voisin, c'est-à-dire depuis la porte du devant jusqu'à l'ancienne porte qui existait alors à l'entrée de la boucherie, il devait conserver les dimensions et les cintres de ces portes.

    Les bouchers qui devaient bientôt être disséminés dans la ville, n'acceptèrent pas ces changements avec placidité. Une bouchère, Mme Brasseur, par trop attachée aux habitudes du temps passé, s'emporta même contre le sieur Carelu au point de l'insulter. Elle fut condamnée, le 16 juin, pour ce fait, en trois livres d'amende.

    La rue des Cordiers, dite sans nom au seizième siècle, prenait naissance dans la rue des Boucheries, avons-nous dit. Dans la recette d'André Monet, en 1605, il est question d'une certaine petite rue de onze toises de longueur, sise au-devant des boucheries, qui a été donnée à bail à Martin Caucheteur. Un peu plus haut, on lit que Jean de Lozière a le bail d'une autre petite rue contenant de longueur sept toises et de largeur trois toises.

    Martin Caucheleur était le propriétaire de la troisième maison du côté gauche de la rue de Guise, à partir de celle de Cassel Babeur, aujourd'hui habitée par M. Hénon. II semblerait qu'à cette époque la ville louât aux propriétaires voisins, des parcelles de la rue des Cordiers, parcelles qu'ils acquirent définitivement plus tard.

    A la reprise, la rue du Rempart n'avait point d'existence propre. Pierre de Miraumont confond ses maisons avec celles des rues qui viennent y aboutir. En 1623, on lit maisons sises sur le rempart. Lorsque le siége des Espagnols eut démontré une seconde fois la faiblesse des murs de Calais, en face d'une forte artillerie, on augmenta le terre-plein des remparts au détriment des maisons qui, leur faisaient face. C'est ce qui donna lieu, au Nord, à la rue du Rempart telle que nous la voyons aujourd'hui, ou à peu près. II y avait aussi une rue du Rempart au midi ; mais elle a disparu depuis longtemps pour faire place aux maisons comprises entre le Front-Sud et les rues Française et des Maréchaux. Quant à la rue du Rempart de l'Est, ce n'était qu'un chemin de ronde, puisque les jardins des Arquebusiers, de Dufortel et le jeu de paumes de Jacques Davesne regardaient seuls le mur d'enceinte. Le rempart de ce côté était déjà une promenade : nous lisons dans une lettre de Henri IV que ce monarque s'y promenait en 1601, écoutant avec anxiété le canon du siège d'Ostende. C'est là aussi que plus tard, en 1815, comme nous l'a raconté un témoin auriculaire, nos pères entendirent le sourd grondement de la bataille où le plus grand homme de guerre des temps modernes termina sa longue et glorieuse carrière.

    Nous apprenons par les non-valeurs de la recette de 1605 que l'on retrancha alors quatre maisons de la rue Royale, dite de la Citadelle; sept de la rue St-Nicolas et trois de la rue de Lorraine ou de la Cloche. II y eut suppression de deux maisons à l'extrémité de la rue du Hâvre ; deux à celle de la rue de Cléry ou d'Andelot ; quatre à celle des Mariniers. Deux maisons furent abattues au bout de la rue de Thermes (et non de Cerny comme l'écrit Pigault de l'Epinoy, abusé par l'écriture illisible du temps) ; trois, rue du Maine, et quatre, rue d'Ecosse. On démolit aussi treize maisons de­puis la porte Neuve jusqu'à la citadelle.

    Nous voyons par ces retranchements que la moderne rue du Rempart n'avait autrefois ni jour ni dégagement. Au dix-septième siècle on lit cette désignation. : petite ruellette qui mène de la rue de maistre Raymond à la porte du Hâvre.

    Je ne parlerai pas des rues du Courgain disparu, longues lignes de maisons et de Jardins qui s'étendaient depuis le Cap Gris jusqu'à la porte des Garennes. C'est un travail qui a été ébauché par H. de Rheims dans une petite et curieuse notice relative au Courgain. Quant aux rues du Courgain du dix­ septième siècle, on peut penser qu'il y a peu à dire, puisque depuis très longtemps on les désigne par numéros. Pourtant, il n'en a pas tou­jours été ainsi et nous avons la preuve que ces rues ont eu autrefois des noms, tout comme les rues de la ville.

    Ainsi, en 1666, Jacqueline Lebeuf, veuve Tilloy, acheta aux Bénédictines une maison proche le rempart et le corps de garde de la porte des Garennes ; cette maison tenait d'un bout au rempart et de l'autre à la rue appelée Haha. Cela rappelle qu'en 1627, le marquis de Valencay, gouverneur de Calais, fit construire l'école du Courgain, près de la porte des Garennes ; chaque jour, deux frères de la doc­trine chrétienne se rendirent dès lors au Courgain pour apprendre à lire aux enfants de ce faubourg. Le mot Haha est peut-être une onomatopée.

    Un peu avant, en 1664, Robiot, ballandrier, avait également acquis des Bénédictines, une maison sise rue des Fossés, proche de la porte dite des Quatre murs, tenant par derrière à une petite ruellette, et d'autre à la rue des Fossés. En 1677, Marie Dagbert avait une maison faisant face à la rue du capitaine Gaudin. En la même année, Jacques Deprés, ministre de la religion réformée, riche propriétaire du temps, avait une maison tenant d'un bout au rempart et d'autre à la rue Neuve, vers le port.

     

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    Arrivé au terme de ma tâche, je ne l'abandonnerai pas sans dire quelques mots de voeux qui ont été exprimés à plusieurs époques. Ces voeux tendaient à ce que l'on remplaçât les noms insignifiants de nos rues par ceux des plus illustres enfants de Calais.

    Il est certain que, contrairement à Paris, à Lille ou même à St.-Omer, notre ville n'a jamais beaucoup fait pour honorer ceux qui l'ont illustrée. Elle n'a jamais cherché à imiter Rome où, au dire de Cicéron, les monuments publics destinés à perpétuer le souvenir des grands événements et des grands hommes étaient si nombreux qu'on ne pouvait faire un pas sans marcher sur l'histoire. Une exception a été faite de nos jours pour M. Leveux, un maire qui a su administrer la ville avec tact dans des temps difficiles.     Quant au nouveau Courgain, plus heureux, il a vu se perpétuer la mémoire de hardis marins dans les noms des rues DuvalTom Souville et Margollé.

    Le meilleur travail qui existe au sujet de ce changement de noms se trouve dans l'Industriel calaisien du 6 juillet 1839. II est signé le Postillon de Calais ; mais, derrière ce pseudonyme, on peut reconnaître A. F. Dufaitelle, qui a publié dans ce journal plusieurs articles archéologiques, après avoir collaboré à l’Indicateur de Calais, journal qui fut chez nous, il y a un demi-siècle, au gouvernement de la Restauration, ce que l'Union indépendante fut en 1870 au gouvernement de l'Empire.

    Le Postillon de Calais proposait de conserver les noms, indicatifs des rues de la Douane, de la Mer, du Hâvre, de Notre-Dame; et les noms, d'ailleurs fort rares, qui rappelaient des hommes ayant quelque droit à notre reconnaissance, tels que ceux de Guise, Eustache de St.-Pierre, de Therme, de Croy, Leveux. Les autres rues eussent pris les noms d'hommes remarquables nés à Calais ; l'auteur en fournissait une liste.

    Ce voeu n'a jamais été exaucé et, il faut le dire, un tel changement serait aujourd'hui intempestif. Ne touchons pas au nom de nos vieilles rues dont quelques-uns datent de trois siècles et qui sont profondément ancrés dans la mémoire des calaisiens ; mais que les places et les nombreuses voies qui vont surgir sur l'emplacement des anciennes fortifications rappellent aux générations qui viennent, ceux qui ont utilement servi la cité ou lui ont valu une célébrité méritée.

    C'est ainsi que nous pourrons avoir la place et la statue Eustache de St.-Pierre. Ce sera là réponse de la cité reconnaissante aux écrivains qui, par un inconcevable esprit de dénigrement, ont prêté aux documents anglais un sens qu'ils n'ont pas, pour ternir la gloire de notre concitoyen.

    La place François de Guise, du grand François de Guise, suivant l'expression de Voltaire. On ne saurait, en effet, trop honorer le capitaine qui, en quelques jours, a rendu Calais à la France.

    La place Pigault, qui rappellera une famille d'hommes distingués, à laquelle Calais doit un annaliste fort précieux, Pigault de l'Epinoy ; et la France, un illustre écrivain, au style vif et correct, Pigault-Lebrun. La statue de ce dernier pourrait y être érigée et il serait à désirer qu'elle se trouvât en face du grand théâtre.

    Nous aurons la rue Jean de Vienne, en l'honneur de l'énergique gouverneur qui, pendant un an, retint sous les murs de la ville, l'irascible vainqueur de Crécy ; les rues Froissart et Belloy, en l'honneur de deux écrivains qui ont gravé sur l'airain la valeur et le dévouement de nos ancêtres.

    La rue Mollien rappellera le mayeur de ce nom et l'audacieux voyageur à qui la science doit des découvertes en Afrique et en Colombie; la rue Georges Mareschal, le chirurgien de Louis XIV; la rue de la Place, un littérateur distingué du dernier siècle ; la rue Pierre Bernard celui qui, le premier, a eu le courage d'écrire l'histoire de son pays, comme dit Pigault de l'Epinoy; la rue Lefebvre, le laborieux tuteur de l'Histoire de Calais ; la rue Dutertre l'auteur de l'Histoire des Antilles et de plusieurs autres ouvrages.

    Une de ces nouvelles voies sera nommée rue Lambert d'Ardres, vil souvenir de l'agréable chroniqueur des comtes de Guînes et des seigneurs d'Ardres, celui qui nous a laissé un tableau si vivant et si curieux de notre contrée au treizième siècle.

    D'autres rues nous remettront en mémoire les noms des cinq bourgeois qui accompagnaient Eustache de St.-Pierre : Jean d'Aire, Jacques et Pierre de Wissant, André d'Andres et Jean de Fiennes ; puis Francia, aquarelliste et peintre de marines ; le grammairien Beauvais Lartigault, un lettré qui a eu son heure de renommée ; le musicien Morange, etc.

    Calais est un point d'une importance considérable : il a donné son nom au détroit et au département ; il est la ville du littoral où les étrangers abondent le plus ; il est appelé par son agrandissement et par les efforts combinés du commerce et de l'industrie à devenir la plus grande ville de la région. A ce titre, il devra rappeler aussi les hommes les plus remarquables du Pas-de-Calais. Il y aura donc entre autres, les rues Suger et Monsigny, deux célébrités dont plusieurs localités voisines se disputent la naissance.

     

    Il n'est pas un seul de tous ceux que je viens d'énumérer qui ne soit digne d'être offert en exemple. Que leurs noms inscrits à l'angle des places et des rues de la nouvelle cité attestent notre gloire et offrent sans cesse à nos descendants des leçons de patriotisme; qu'ils leur inspirent le goût du travail, de ce travail fécond par lequel l'homme s'élève et se rend utile à ses concitoyens. Que chacun s'efforce de faire aussi bien ; alors, Calais nouveau ne manquera jamais d'hommes, et, avec des hommes, il aura un des premiers noms parmi ceux des villes de France.

     

    ANCIENT STREETS OF CALAIS          ANCIENNES RUES DE CALAIS

    1

    St Mary's Church

    Eglise Ste Marie

    2

    Cemetery

    Cimetière

    3

    St Nicholas Church

    Eglise St Nicolas

    4

    Cemetery

    Cimetière

    5

    The Castle

    Le Château

    6

    The Staple Hall, Exchequern and Palace of Henry VIII

    La Halle, ou Palais de l'Etape et  Henri VIII

    7

    The Town Hall, Butcheries, Weighing-place, and Watch-Tower

    La Palais de Ville, Boucheries, Halle au poids, et Tour du Guet

    8

    The Market-place

    Place du Marche

    9

    St Nicholas' Square

    Place St Nicolas

    10

    The old River or Middle Sewer

    La Vieille Rivière ou Egouts du centre

    11

    Hemp Street

    Rue de l'Etoupe

    12

    Mill-gate Street

    Rue de la porte du Moulin

    13

    St Nicholas Street

    Rue St Nicolas

    14

    Sand-port Street

    Rue de la porte du Sable

    15

    Castle Street

    Rue du Château

    16

    Corket Street

    Rue de Corket

    17

    James' Shafts

    Puits de Jacques

    18

    Rigging Street

    Rue du Calfeutrage ou du Gréement

    19

    Pickering Street

    Rue Pickering

    20

    Lanthorne-gate Street

    Rue de la porte de la Lanterne

    21

    Staple Street

    Rue de l'Etape

    22

    White Hill Street

    Rue du Mont Blanc

    23

    St John Street

    Rue St Jean

    24

    Coxe Lane

    Rue des Coqs

    25

    Prison Lane

    Rue de la Prison

    26

    Love Lane

    Rue d' Amour

    27

    Maison Dieu Street

    Rue Maison Dieu (Hôpital)

    28

    Water-gate Street

    Rue de la porte d'Eau

    29

    Little Lane

    Petite Rue

    30

    Old Fisher's Street

    Rue vieille des Pêcheurs ou de vieux Pêcheurs

    31

    Parsons street

    Rue des Prêtres

    32

    Duke Street

    Rue du Duc

    33

    Carden Street

    Rue des Cardeurs

    34

    Folkstone Street

    Rue de Folkstone

    35

    Little Lane

    La Petite Rue

    36

    Cock Lane

    Rue du Coq

    37

    Water Gand Street

    Rue du Watergand

    38

    Penny Lane

    Rue du Penny

    39

    Shoe Lane

    Rue du Soulier

    40

    Layden Street

    Rue du Plomb

    41

    Langham Street

    Rue de Langham

    42

    Mingraven Street

    Rue de Mingraven

    43

    Brampton Street

    Rue de Brampton

    44

    Roper's Lane

    Rue des Cordiers

    45

    Sewer Street

    Rue de l'Egout

    46

    Great Friars Lane

    Rue des grands Moines

    47

    Little Friars Lane

    Rue des petits Moines

    48

    A street leading to the Stews

    Rue allant aux Etuves

    49

    Cock Lane

    Rue du Coq

    50

    Bigging Street

    Rue des Béguines

    51

    Farthing Street

    Rue du Liard

    52

    Penny Lane

    Rue du Penny

    53

    Cow Lane

    Rue de la Vache

    54

    Boulogne-gate Street

    Rue de la porte de Boulogne,

    55

    Golden Street

    Rue d'Or

    56

    Fuller's Street

    Rue des Foulons

    57

    Old Haven

    Vieux Havre

    58

    Boulogne-well

    Puits de Boulogne

    59

    South Mill

    Le Moulin du Sud

    60

    Marshal's Tower Lane

    Rue de la Tour du Maréchal

    61

    The Lan thorn Gate

    Porte de la Lanterne,

    62

    Water Gate

    Porte de l'Eau

    63

    Mill Gate

    Porte du Moulin

    64

    Boulogne Gate

    Porte de Boulogne

    65

    Flood Gates

    Ecluses de Chasse

    66

    Rysebank or Risban

    Risbanc

    67

    Jetties

    Les Jetées

    68

    Towers with batteries for the defence of the town

    Tours avec batteries pour défendre la place

    69

    Ramparts

    Remparts

     

     RUES ET BÂTIMENTS DU PLAN CI-DESSOUS

     

    1 Rue des 5 Boulets                       13 Rue de Thermes                        25 Rue du Hasard

    2 Rue du Port                                 14 Rue de la Cloche                      26 Rue de la Douane

    3 Rue du Paradis                            15 Rue de la Citadelle                   27 Rue des Minimes

    4 Rue de Thonis                             16 Rue Notre-Dame                      28 Rue Royale

    5 Rue du Soleil                               17 Rue du Cygne                            29 Rue de Guise

    6 Rue de la Mer                              18 Rue de Croy                              30 Rue Neuve

    7 Rue du Havre                               19 Rue Eustache de St-Pierre       31 Rue St-Michel

    8 Rue de la Tête d'Or                     20 Rue des Prêtres                        32 Rue St-Denis

    9 Rue de l'Étoile                            21 Rue des Deux Moulins             33 Rue des Maréchaux

    10 Rue de la Poissonnerie            22 Rue du Roule                            34 Rue Française

    11 Rue de Courtenveau                 23 Rue de la Harpe                        35 Rue de la Rivière

    12 Rue des Mariniers                    24 Rue du Lion Rouge                   36 Rue des Boucheries

     

    A Hôtel de Ville                                             C Église Notre-Dame

     

    B Tour du Guet                                               D Hôpital Militaire

     

     

     

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  • La famille fut d’abord le seul lien et reste le lien essentiel de la première éducation par l’apprentissage du savoir faire élémentaire inné chez l’animal mais acquis chez l’homme.

     L’acquisition de savoir faire plus complexes ne se fit que par l’incorporation de l’enfant et de l’adolescent aux activités des adultes.

     Ce n’est qu’à l’époque Carolingienne que l’on observera la création d’un véritable réseau d’écoles. Mais elles étaient destinées essentiellement aux futurs prêtres cl futurs fonctionnaires.

     Plus tard, apparurent de petites écoles pour les moins misérables des enfants du peuple et des universités pour une infime minorité.

     De ces Universités. sont nés peu à peu les Collèges. Ils furent d’abord parallèles à l’enseignement Universitaire puis y préparèrent.

     Du XIVème au XVIIème siècle, les Collèges sous l’autorité essentiellement des Jésuites et des Oratoriens devinrent plus fréquentés que les Universités.

    En France, les idéaux révolutionnaires de 1789 introduisirent l’idée d’écoles de base, communes à tous.

    Les trois représentants élus pour présenter les cahiers de doléances de Calais à la Réunion des Etats Généraux 1e 9 juillet 1789 : BLANQUART-DESSALINES pour le Tiers Etat, l’Abbé BUCAILLE pour le Clergé et le Vicomte DESANDROUIN pour la Noblesse, comme l’ensemble des représentants nationaux n’avaient aucune idée originale pour améliorer l’enseignement.

     A CALAIS, à l’aube de la Révolution, l’enseignement était essentiellement représenté :

     - par un Collège, tenu par les Minimes, religieux franciscains établis à Calais depuis 1611 à [ 'emplacement de ! ’actuelle rue Claude Monet qui comptaient trois Pères et cinq Frères,

     - par un pensionnat de jeunes filles tenu par des Religieuses Bénédictines, rue de Guise, ouvert depuis 1641 , qui recevait une quarantaine de pensionnaires de bonne famille, en particulier Anglaise,

     — une Ecole primaire dirigée par les Frères de la Doctrine Chrétienne ouverte le 19/07/1700. Les classes au nombre de sept recevaient de 50 à 60 élèves chacune,

     - Quatre classes pour les jeunes filles, dirigées par les Sœurs de la Providence, appelées à Calais en 1710 par Louis Gense.

     A CALAIS, donc : comme dans l’ensemble de la FRANCE, l’enseignement ètait pratiquement monopole de l’Eglise.

     Les idées révolutionnaires d’égalité des droits des citoyens vont vite progresser et la lutte unti—cléricale va s’organiser.

     Dès sa jeunesse, le citoyen futur républicain laïque, doit être soustrait à l'influence néfaste de l’Eglise.

     L’Assemblée Nationale Constituante transfère au pouvoir civil lu surveillance de l‘Education publique et de l’enseignement politique et moral.

    Le décret du 12 Juillet 1790, crée la constitution civile du clergé impose le serment de fidélité aux ecclésiastiques.

     L’Assemblée Législative, par décret du 18 août 1792, interdit les congrégations religieuses.

     La Convention, par décret du 8 mars 1793, ordonne la vente des biens des collèges

     A CALAIS, pendant la révolution, les enseignants religieux subiront le sort commun. les Minimes verront leur effectif se réduire et lorsqu’il ne restera plus 5 élèves, ils fermeront purement et simplement leur établissement, le 15 Octobre 1790.

    Les Bénédictines se disperseront lorsque les scellés seront mis sur le couvent le septembre 1792.

     Les Frères des Ecoles Chrétiennes résisteront plus longtemps ; car il n’y a personne pour les remplacer dans le fonctionnement des écoles primaires.

    Mais ils disparaîtront eux aussi, car ils refuseront, sauf un, de prêter serment.

     Les Sœurs de la Providence essaieront de composer avec le nouveau Régime, mais finalement refusant de quitter l’habit religieux, elles se disperseront.

     Quelques écoles primaires, dans des locaux de fortune, fonctionneront tant bien que mal avec des Instituteurs de fortune : non noble, non ecclésiastique et sans manuels scolaires.

     La révolution avait détruit l’enseignement religieux peut—être critiquable. Elle n’arrivera pas à proposer ni à construire quelque chose de valable.

    Dans cette période troublée, les idées tombaient avec les têtes.

     La bibliothèque des Minimes qui renfermait 2140 volumes avait été vendue et dispersée.

     Il faudra attendre le Consulat pour que soit mis un terme à l’anarchie de l’Enseignement et que revienne la paix religieuse.

    BONAPARTE signe avec le Pape PIE VII, le 16 juillet 1801, un Concordat qui reconnait la liberté des Cultes. La religion catholique est celle de la majorité des Français.

     Le Clergé divisé par la Révolution en clergé constitutionnel et clergé réfractaire va se regrouper et se réimplanter dans les villes et les villages.

    La loi du 1er mai 1802, préparée par FOURCROY, Directeur Général de l’Instruction publique, organise quatre types d’Etablissements :

     — les écoles primaires, sans obligation de scolarité, sans gratuité, sont confiées de nouveau le plus souvent possible aux Frères des écoles chrétiennes,

    — les Collèges, des écoles secondaires entretenues par les Communes ou des particuliers,

     — les lycées aux frais de l’Etat qui reçoivent les enfants de plus de neuf ans, sachant lire et écrire,

     — les écoles spéciales, droit, médecine, histoire naturelle, physique, chimie, pour les élèves sortants des lycées après 5 à 6 ans d’étude du latin, des mathématiques et des sciences.

     A CALAIS, 1805, voit le retour des Sœurs Bénédictines. Elles sont au nombre de vingt trois. Sur sollicitation du Curé de Notre—Dame, l’Abbé TRIBOU, la municipalité leur confie, le 24 septembre 1805, la Direction des écoles municipales.

     Les Dames Marie—Adélaide HUMEREL, dite de la Croix, Marie—Jeanne POCHET dite Sainte Thérèse, Flore Pétronille TRIBOU, dite Sainte HENRY, Françoise FASQUEL, dite des Anges, seront nommées Directrices par arrêté du Préfet du 8 fructidor, an I3.

    L'enseignement des garçons souffrira quelque retard. Ce n'est  qu'en 1812 que frères des écoles chrétiennes réintégreront leurs fonctions et leurs locaux à l'emplacement actuel de l'école des Maréchaux.

    Depuis la fermeture du collège des Minimes, l’enseignement secondaire était bien mal représenté. Faute de crédits, le collège d’Etat ne pourra être ouvert et on devra autoriser l’ouverture d ’un établissement privé rue des Prêtres : la pension LEHODEY dirigée par un ancien ecclésiastique Jean—Baptiste Lehodey jusqu’en 1810, reprise par Mr Wille jusqu'en 1835.

     Dans ces conditions, on ne peut s’étonner qu ’à CALAIS, en 1810, il n 'y avait que 53% de la population qui sache lire et écrire.

     Devant les difficultés de l’application de la Loi de 1802, NAPOLEON, pur la Loi du 10 mai 1806, instituera l’Université Impériale qui, sous l’autorité de l’Empereur, réunissait tous les Etablissements scolaires et tous les enseignants à l’exclusion des Maîtres d’Ecoles.

     Au quasi monopole religieux de l’ancien régime, succède le monopole étatique de l’enseignement qui implique l’impossibilité d’ouvrir une école sans autorisation et l’institution d’un contrôle commun aux Etablissements publiques et privés.

     L’enseignement primaire publique piétine en marge de l’Université. 11 est essentiellement confié aux Frères des écoles chrétiennes qui ont les faveurs du pouvoir.

     Les études secondaires sont dispensées dans les lycées d’Etat (cycle de 6 ans de grammaire, humanités, rhétorique et mathématique spéciale), des Collèges communaux, des institutions et pensionnats privés. Les maîtres de ces établissements devaient posséder un grade conféré par les Universités : baccalauréat, licence ou Doctorat.

     Mais les jeunes filles étaient exclues des Etablissements gérés par l’Etat.

    Avec la Restauration, peu de changements interviendront dans l’Enseignement.

     Une Ordonnance Royale du 29/2 1816, stipule que toute commune doit pourvoir à l’instruction de ses enfants. Faute de ressources, elle pourra confier ce soin à un instituteur privé.

    La formation de celui-ci sera souvent sommaire, car l’on n’exigeait de lui pour exercer qu’un certificat de bonne conduite signé du Maire et du Curé, et un brevet d’aptitude délivré par le Recteur. Il existait trois degrés : pour obtenir le premier, il fallait simplement savoir lire, écrire, compter. Le deuxième degré exigeait des connaissances en orthographe, calcul et calligraphie. Le troisième degré, des connaissances en grammaire, des notions de géographie et d’histoire.

     Les membres des congrégations étaient dispensés du brevet. Une lettre d’obédience du supérieur de leur Ordre suffisait.

     Les progrès de l’instruction sont freinés par des problèmes d’argent que celui-ci manque aux communes ou aux particuliers. Les familles pauvres avaient besoin très rapidement du maximum de bras pour assurer le pain quotidien.

     Il faudra attendre la Loi du 28 Juin 1833 (GUIZOT), sous LOUIS-PHILIPPE, pour que débute véritablement l’Enseignement primaire. Chaque commune doit avoir son école primaire entretenue sur son budget. Mais l’école n’est gratuite que pour les indigents.

     La Loi conseille d’ouvrir des Ecoles pour les filles, mais l’obligation ne sera votée qu’en 1867.

    Elle organise des salles d’asile pour accueillir les enfants de 2 à 6 ans qui ne pouvaient continuer à fréquenter les crèches municipales” ou privées.

    Ces asiles s’appelleront écoles maternelles en 1848, reprendront leur nom d’origine en 1855, pour redevenir écoles maternelles définitivement en 1881.

     Le 1er octobre 1838, la municipalité de CALAIS va ouvrir une salle d‘asile avec l’aide de dames charitables, surveillée par deux Sœurs et qui accueillera deux cents enfants.

    L’enseignement primaire supérieur est assuré dans les chefs lieux de cantons et les communes de plus de 6.000 habitants.

     L'école primaire supérieure de CALAIS rue des Prêtres ouvrira le 3 octobre 1836. Pour y être admis, il fallait avoir au moins 10 ans, avoir reçu un enseignement primaire élémentaire, testé par un comité local.

     Les enseignants sont formés dans des écoles normales départementales où ils obtiennent le brevet élémentaire ou supérieur.

     Sous la deuxième République, la loi FALLOUX du 15 mars 1850, redonne à l’Eglise une certaine prédominance sur l’Etat qui ne contrôle plus que la moralité, l’hygiène et la salubrité des locaux.

     En 1874, le certificat des études primaires élémentaires est institué.

    La Loi du 18 Juin 1881, préparée par Jules FERRY et Paul BERT, tient compte de l’évolution des idées, des mœurs du 19ème siècle.

     Elle supprime les équivalences et oblige tous les enseignants à posséder au moins le brevet élémentaire. Aucun titre par contre n’est exigé pour les enseignants privés du secondaire ou supérieur.

     Elle assure la gratuité de l’enseignement dans les maternelles, les écoles primaires publiques, les écoles normales.

     La Loi du 28 mars 1882 institue à la fois l’obligation scolaire et la laïcisation des programmes. Il est décidé que tous les enfants âgés de 6 à 13 ans, recevront cet enseignement soit dans les écoles publiques, soit dans des écoles privées, soit dans‘ les familles. Cependant, les élèves qui obtiennent leur certificat d’études à partir de onze ans, sont autorisés à travailler.

     L’éducation religieuse est remplacée par l’instruction morale et civique, mais des difficultés surgissent lorsqu’ils s’agit de donner un fondement philosophique et un contenu à la morale laïque. On se bornera à enseigner «la morale de nos pères».

     La laïcisation du contenu de l’enseignement sera complétée 4 ans plus tard, par celle des maîtres. La loi du 30 octobre 1886 stipule que dans les écoles publiques, de tout ordre, l’enseignement est exclusivement confié à un personnel laïque.

    A CALAIS, pendant cette période qui précède la «guerre de religion de la fin du siècle», l’enseignement suit l’évolution nationale.

    A côté de l'enseignement public municipal, existait un enseignement privé, payant, dispensé par des particuliers.

     Il s’ouvrit de très nombreux établissements de taille souvent modeste — de 2 à 20 élèves — qui n’avaient souvent qu’une existence éphémère, car

    ils devaient vite fermer leurs portes pour cause de dettes ou à la demande des autorités de contrôle, pour insalubrité ou incapacité pédagogique manifeste.

     Bon an, mal an, entre 1815 à 1850, il existera en moyenne une quinzaine d' Etablissements privés pour filles. Ce nombre augmentera considérablement à partir de 1850.

     A SAINT—PIERRE, le nombre des écoles privées n ’est pas comparable à celui de CALAIS. L’exploitation y est moins rentable dans cette ville ouvrière où les enfants partent à l'usine le plus tôt possible. Les familles aisées envoient leurs enfants à CALAIS dans des établissements dont le prestige est bien établi.

     L’ enseignement communal primaire en 1843 pour 8. 000 habitants était assuré par trois instituteurs communaux Frères des Ecoles chrétiennes et cinq instituteurs prives rue Lafayette et près du Pont Lebeurre.

     En 1852, une congrégation féminine, les Dames du Sacre—Cœur, décide d'ouvrir un couvent à CALAIS. Elle achète l'ancien Vauxhall. Il s’agissait d’une guinguette abandonnée, une des plus fréquentées de CALAIS — ouverte en 1808 par l ’acteur J—B. PLANTE, qui la revendra en 1836 à un certain PILATE, pour y installer un pensionnat franco—anglais contraint (le fermer en 1840.

     Avec cette guinguette, la Communauté fit l’acquisition d’une parcelle de terrain donnant sur la route de Boulogne connue sous le nom de Riez CREVECOEUR.

    Les bâtiments seront terminés en 1856. A côté du couvent, de la Chapelle qui servira de Paroisse au quartier du Petit Paris, on ouvrira un pensionnat qui acquit rapidement une renommée telle que de nombreuses jeunes anglaises viendront y apprendre le français.

     Depuis 1807, des sœurs Franciscaines assuraient le service de l'Hôpital de CALAIS. En 1854, un décret impérial officialisera l’existence des Sœurs Franciscaines de CALAIS, qui regroupera… les divers rameaux de cette congrégation du Diocèse d ’ARRAS , sous l ’autorité de l’Abbé DUCHENE, Aumonier de l’Hôpital. Les Sœurs installent leur couvent rue Eustache de Saint—Pierre et acquièrent une maison voisine en 1862, pour y édifier une chapelle.

     Les Franciscaines qui avaient vocation de former des sœurs enseignantes, hospitalières ou missionnaires, ne semblent pas avoir ouvert l ’Ecole à CALAIS.

     En 1859, les Sœurs Bénédictines, revenues à CALAIS en 1805, où elles avaient été chargées du service municipal des écoles primaires ne sont plus assez nombreuses. En 1823 six religieuses enseignent & 197 élèves. Elles seront remplacées par les Sœurs de Saint—Paul de CHARTRES qui agrandiront les bâtiments existants et ouvriront une école au Courgain.

     Les quelques Bénédictines restantes ouvriront un petit pensionnat privé, rue de l’Etoile, qu ’elles céderont aux Sœurs Dominicaines en octobre 1879.

    C ’est la première apparition à Calais de ! ’habit des Dominicains .' la cape noire de la pénitence et la lumière? de la robe blanche.

     En 1870, s’ouvrira l’école paroissiale de filles, Sainte-Agnés, rue Thiers, qui, en 1882, recevait 176 élèves.

    En 1877, les Sœurs de la Sainte Union, ouvriront un pensionnat rue du Onze Novembre, à l’emplacement actuel de l’école de Musique.

    En 1882, il y avait aux Attaques une école tenue par les Sœurs de la Sainte—Famille.

     A cette même époque, une institution Sainte—Marie, 45 rue Lafayette, qui accueillait les enfants depuis l ’âge de_ 4 ans jusqu’au brevet supérieur faisait publicité dans la presse locale. Les études coûtaient 25 francs par mois pour le brevet élémentaire, 30 francs pour le brevet supérieur.


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  • 1885

     La Loi promulguée au Journal Officiel le 30.01.1885, concrétise la réunion de CALAIS cl de SAINT—PIERRE. CALAIS comptait alors 15.000 habitants - SAINT-PIERRE 35.000.

     Une formidable mutation pendant le XIXème siècle avait transformé le paysage de SAINT—PIERRE, après l’installation des métiers à tulle en 1816 par trois anglais : CLARK, WEBSTER, BONNINGTON.

     SAINT-PIERRE ne comptait que 2675 habitants en 1802.

     La poussée démographique va correspondre à une socialisation des deux villes, car soixante pour cent de la population étaient constitués d’ouvriers.

    A partir ,de 1877, on note une transformation politique des deux villes, qui jusqu’alors étaient plutôt conservatrices.

     SAINT—PIERRE élit comme Maire, VAN GRUTTEN, fonctionnaire, franc maçon, anti—clérical acharné.

     A CALAIS, MUSSEL doit démissionner sur un vote de laïcisation. Une grave crise municipale s’en suit, car aucun candidat ne se présente à la magistrature.

     Finalement, DARNEL présente un embryon de liste qui sera élu.

     Alors les deux municipalités sont républicaines et favorables à l’enseignement publique.

     Les premières élections municipales, après la fusion des deux villes sont favorables à SAINT-PIERRE.

    VAN GRUTTEN est élu.

     Ses premières décisions seront d’établir la Maison Commune Place Crèvecœur, où elle restera quarante ans, et d’interdire les processions.


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  • 1888 suite

    Une salle d'étude

    1888 suite

    1888 suite

    1888 suite

    1888 suite

    1888 suite

    1888 suite

    1888 suite

     

    1888 suite

     

    1888 suite

    1888 suite

    Le seul congé de la semaine était le jeudi après-midi. Le matin après la Messe il y avait ouvrage manuel : couture et écriture (déliée, ronde, gothique et batarde, sous la Direction de Madame LABBE qui trouvait encore le temps le soir de repriser lcs chaussettes de laine. Il y avait aussi gymnastique sous la Direction de Monsieur LABORDERIE.

     Les classes enfantines étaient mixtes. Les enfants y étaient accueillis à partir de 7 ans. Il n‘y avait pans de maternelle.

     Il y avait une nette séparation avec le reste du pensionnat. Les classes étaient situées sur le côté dc la chapelle, les récréations des petits se faisaient dans le jardin entourant la grotte, séparé du reste du pensionnat par un mur couvert de lierre.

     Le passage des classes enfantines à la 7ème seconde, était un moment pénible pour l'enfant qui changeait totalement d’horizon en franchissant le mur entre les deux cours de récréation, et allait faire connaissance du Réglement.

     Il y avait une 7ème seconde, une 7ème première.

     Il y avait une 6ème seconde, une 6ème première.

     Il y avait une 5ème seconde, une 5ème première.

    La dénomination première-seconde recouvrait une seule classe avec un seul Professeur qui tenait compte de la force de chaque groupe d’élèves de sa classe, répartissait son enseignement en conséquence.

     A la fm de la cinquième première, l’orientation se faisait vers les études primaires menant au Brevet élémentaire, soit vers les études secondaires qui aboutissaient au baccalauréat.

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  • 1888

     A l’ouverture du Pensionnat JEANNE D’ARC, l’enseignement à CALAIS est représenté, en plus d’établissements privés de très faible capacité par

     — deux écoles de garçons laïcisées rue Notre-Dame et.. au Courguin. Les Frères des écoles chrétiennes ont été évincés à la rentrée de 1878, du Courgain, en 1880 de la rue Notre Dame. Ils ouvriront alors un établissement privé une Eustache de St Pierre.

     — Le collège communal de la rue Leveux (1880) installé dans l’ancien Hôtel Dessin qui assure sept années d’études, payantes, menant théoriquement au baccalauréat. Mais, sur un èffectif de 50 élèves en 6ème, on ne retrouve qu’une demi-douzaine de candidats au bac que n’obtiennent que deux ou trois élèves,

     — un cours secôndaire de jeunes filles, rue des Maréchaux, dans un immeuble légué à la Ville en 1871 par Madame Madeleine LAMBERT. Le cours est surtout fréquenté par les jeunes filles de SAINT-PIERRE,

     — une école de jeunes filles tenue par les Sœurs de SAINT-PAUL, rue des Prêtres, 200 élèves ouverte le 5 octobre 1888

    — deux écoles maternelles. 

     A SAINT—PIERRE une école primaire supérieure, place Crèvecœur qui regroupera l’Ecole primaire de la rue Leveux qui partageait depuis 1880 les locaux avec le collège communal, et l’école primaire de St Pierre ouverte en 1862 dans des salles attenantes au lavoir de la Place Crèvecœur.

     — des écoles primaires de garçons, tenues par des frères rues de l’Espérance, du Vauxhall, Thiers, route de Dunkerque, Petit Courgain, rue Jeanne d’Arc.

    — des écoles primaires de jeunes filles, rues Gambetta, Verte, des Fleurs, Boulevard Gambetta, Petit Courgain.

    - des Maternelles : Boulevard Lafayette, Gambetta, rue des Fleurs, Petit Courgain, Fort Nieulay,

     — quatre écoles privées dont l’institut PAPE CARPENTIER, rue Cuvclicr (qui deviendra en 1896 la première EPS de jeunes filles), rue de l’espérance, route de Boulogne, route de Marek. 

     - l’Institution SAINT-PIERRE pour garçons, crée par l’Abbé François—Louis CREVECOEUR le 17 novembre 1846 dans la villa MIRMAND, une ancienne guinguette (actuellement rue de la Villa). Ce fut le premier établissement d’études secondaires du CALAISIS.

    1888

    Mme Carbonnier directrice 1888-1935

    1888

    Quatre sœurs Dominicaines venues au Midi se fixèrent le 8 Janvier 1876 à BREBIERES (près de DOUAI) et fondèrent la première maison des Dominicaines du Sacré—Cœur.

     - Léonie Sicard (Mère Marie des Anges),

    - Marie—Henri LAVANDIER (Sœur Marie—Dominique)

    - Victorine DARDINIER (Sœur Marie-du Sacré Cœur)

    - Aurélie CARBONNIER (Sœur Marie-Mathilde)

     En 1879, sur invitation de Monseigneur LEQUETTE, évêque d’ARRAS, elles reprirent le Couvent des Bénédictines de CALAIS, installé dans l’Hôtel de la Duchesse de Kingston (future Chambre de Commerce), et le pensionnat rue de l’Etoile. Il y avait alors quatre vingt élèves.

     Des difficultés administratives obligèrent les Sœurs Dominicaines à quitter le Couvent et à s’installer à HARDINGHEN dans le Château de la Verrerie. Elles y installeront un noviciat et un pensionnat. Très vite, les sœurs seront au nombre de 85.

     La Prieure était Mère Marie-des Anges (Sicard), née en 1837 à LACAUNE (GARD). Elle était la troisième des quatre filles de parents modestes.

     

    Entrée à 26 ans au couvent des Dominicaines d’ARLES, elle fit sa profession de Foi à MAZAN , dans le Diocèse d’AVIGNON, le 4 février 1865.

    Après un passage dans les Vosges, puis à BREBIERES, elle fut la fondatrice de la Congrégation des Sœurs Dominicaines du Sacré—Cœur.

     Elle fut la créatrice de JEANNE D’ARC en 1888, de l’école primaire et ménagère de la MAILLEU, dans la banlieue de LIEGE en 1892, de l’Hôpital et du Sanatorium de BORMENVILLE, dans la Province de NAMUR cn 1897, de l’Institut des sourds et muets de BOUGE les NAMUR en 1899.

     Mais les sœurs Dominicaines repliées à HARDINGHEN, où le calme de la campagne facilitait la prière, n’avaient pas perdu l’espoir de revenir à CALAIS pour faire profiter les jeunes filles de leurs qualités d’enseignantes.

     Le Chanoine DOLLET, curé de la Paroisse SAINT-PIERRE, encouragea vivement les souhaits de Mère Marie—des-Anges.

     Une fabrique de «filets» avait fait faillite en 1885 et ses bâtiments sur une superficie de 4200 m2 rue Champailler étaient à vendre. La communauté en fit l’acquisition et le 8 décembre 1887, les travaux d’aménagement du futur pensionnat débutèrent.

     Les bâtiments étaient conçus pour recevoir 200 élèves.

     Les travaux furent rapidement menés. Ils auraient été supervisés par le Révèrend Père Raymond M. THEODORE BIALLEY.

    Le maire de Calais était alors Mr WINTREBERT

     Le président de la République SADI CARNOT

     Le souverain Pontife était LEON XIII

     Tous les travaux de charpente, menuiserie furent effectués par Monsieur Alfred CLIPET, qui avait son Entreprise tout à côté, et était propriétaire de nombreux immeubles dans le quartier, en particulier de celui qui abritcra plus tard les cours pratiques.

     Le nom de Monsieur CLIPET est étroitement lié à l’histoire de JEANNE D’ARC, puisque sa petite fille, Mademoiselle Suzanne BEUTIN , y fut professeur et se trouve être Présidente Honoraire des Anciennes Elèves.

    1888

    Pensionnat Jeanne d'Arc - Entrée

    1888

    Le pensionnat - La cour de Jeanne d'Arc

    1888

    Un mur sépare les classes enfantines du collège

    1888

    La Chapelle - Portail

    La cour de la grotte de Lourdes

    1888

    La chapelle

     

    Immédiatement, le succès fut considérable puisque la première rentrée se fit avec 125 élèves.

     Mère Marie-des—Anges confie la Direction du Pensionnat à Sœur Marie-Mathilde, une de ses compagnes de BREBIERES, d’HARDINGHEN ou elle était maîtresse générale.

     Sœur Marie—Mathilde, dont le souvenir est si fidèle dans la mémoire des anciennes élèves sous le nom de Madame Aurélie CARBONNIER, était une ancienne élève de l’Ecole Normale de filles de DOHEM (62) où elle avait su gagner la confiance de la Directrice, Mademoiselle De CORBIE.

     Les écoles normales de garçons et de jeunes filles du Pas-de—Calais n‘avaient pu être ouvertes par l’Etat par manque de crédit. Les écoles normales étaient donc privées. L’école, pour la formation des Instituteurs, était dirigée par l’Abbé PAQUET.

     Quelques années heureuses conduisirent le Pensionnat jusqu’au terme du siècle. Mais les menaces se font de plus en plus précises quant aux orientations politiques et au devenir de l’enseignement religieux.

     Le 15 janvier 1901, le Parlement vote la Loi sur les Associations qui pose l’ultimatum aux Congrégations de demander leur autorisation d’exister avant le premier octobre 1901.

     Le 3 août, Mère Marie—des-Anges adresse — sans illusion - son dossier de demande d’autorisation pour ses Maisons d’HARDINGHEN et de CALAIS.

     Dès ce moment, présageant l’évolution catastrophique, elle cherche une terre d’exil, en Angleterre (Les Dominicaines de Sèvres se réfugieront à HUNSTANTON dans le Norfolk en 1903) ou au Canada, terre de mission comme le conseille le Chanoine CONDETTE, Aumonier d’HARDINGHEN .

     Mais les formalités sont longues, la santé de Mère—Marie-des-Anges déclinante, si bien que rien n’est décidé lorsque le 1°r Juin 1902, Emile COMBES, est élu président au gouvernement en remplacement de Waldek ROUSSEAU. Ses convictions anti-cléricales sont encore plus marquées.

    Il s’agissait cependant d’un Docteur en Théologie (1860) qui avait rompu avec le catholicisme pour entreprendre des études médicales, se lancer dans la politique et devenir le chef du Parti Radical.

     Sa haine de la Religion sera implacable.

     Le 27 juin 1902, il publiera un Décret visant à la fermeture des Ecoles religieuses n’ayant pas fait l’objet d’une autorisation, soumise au seul pouvoir politique. Cette interdiction visait 3125 établissements.

     Le 27 juillet 1902, la ligue pour la liberté de l’enseignement qui vient d'être fondée organise une manifestation monstre Place de la Concorde.

    Malgré son ampleur, elle n’obtiendra pas les résultats des autres manifestations qui pour les mêmes raisons, se dérouleront dans toute la France en 1984.

     Le 28 Mars 1903, le projet de Loi contre les Congrégations, est voté. ll interdit l’enseignement à tous les membres des Congrégations, meme celles autorisées auparavant. Les Ordres Prédicateurs, les Chartreux devront se disperser.

     Le 29 avril 1903, tandis que les Moines de la_ Grande Chartreuse étaient expulsés manu—militari par les soldats du 2ème Bataillon du 140 R.I., sous les huées et les cantiques de plusieurs centaines de manifestants, les Sœurs seront conduites à la Gare, au milieu d’un cortège de protestataires au premier rang desquels se trouvaient deux prêtres de SAINT-PIERRE qui furent arrêtés, dont le futur Chanoine FLODROPS.

    Les Dominicaines d’HARDINGHEN n’avaient pas attendu l’inéluctable pour se mettre à l’abri. Le 15 Janvier 1903, le Chanoine CONDETTE avait conclu l’achat du Château des Ducs d’AUXY et de son parc de huit hectares à NEUVILLE sur CASTEAU, entre MONS et SOIGNIES (dans le Hainaut Belge).

     La quasi totalité de la Communauté était à l’abri quand la nouvelle Prieure, Sœur Mznric-Dominique (LAVANDIER), abandonnera HARDINGHEN qu’elle laissera sous la garde de Sœur Réginald OTT, qui par dévouement, consenti… à se séculariser. Le 22 juillet 1905, les Abbès BRESSELLE et CONDETTE surenchériront sur un franc maçon notoire et pourront conserver HARDINGHEN en attendant le retour des Dominicaines.

     La même fureur anti-cléricale s’abat sur JEANNE D’ARC.

     Monseigneur WILLIEZ, Evêque d’ARRAS, supérieur canonique des Religieuses dc CALAIS. délie Mère Mathilde de ses engagements à la vie religieuse.

     Elle est rendue à l’état laïque et ne sera plus connue que sous le nom de Mudzunc CARBONNIER.

     Malgré cela, la vie n’est pas très sûre pour les anciennes religieuses et Monsieur B()l !… MIN, Doyen de SAINT-PIERRE, conseillera à Madame CARBONNIER de quitter CALAIS.

    Elle retrouvera momentanément refuge chez son oncle, Monsieur Louis DECLERCK a Cappelbrouck, qui l’encouragera à poursuivre la lutte.

     Avant de partir, elle aura confié la charge de JEANNE D‘ARC à Madame DEWEVRIL sous directrice, qui deviendra sa fidèle compagne jusque dans sa retraite, et à des institutrices venues de DOHEM.

     Madame CARBONNIER regagnera le Pensionnat en octobre 1904 pour ne plus le quitter uvnnl l935 prenant sa retraite, accompagnée de Madame DEWERE, de Madame BOUVET, de Joséphine...

     Elle se retirera à la Villa JEANNE D’ARC, Chemin des Régniers où elle s’éteindru en mars l‘)43, assistée de Madame BOUVET et Mademoiselle BEUTIN.

     Elle sera enterrée dans le caveau de famille — MASSON — dans le cimetière de CALAIS SUD.

    Madame DEWEVRE se retirera alors dans une maison de retraite à VAULX VRAUCOURT, où elle décédera en 56/57!

     Madame BOUVET, après le décès de Madame CARBONNIER, se retirera à BAPAUME, pour se rapprocher de l’Abbé CAPELLE, ancien Aumonier du Pensionnat.

     A la rentrée de 1904, les élèves affluent. C’est la conséquence de la fermeture des Etablissements Religieux disséminés dans la région, mais c’est surtout la preuve que les familles Calaisiennes veulent toujours assurer à leurs enfants un enseignement chrétien.

    Leur confiance est bien récompensée, puisque les 10 élèves présentées en 1904/ 1905 au brevet supérieur, furent toutes reçues.

     Conscient de ce problème, dans cette période troublée par la persécution l’évêché nomme… comme Aumonier de JEANNE D’ARC l’Abbé DELPOUVE (qui était supérieur de l’Institution SAINT-WAAST à BETHUNE) fonction qu’il occupera jusqu’à la déclaration de la guerre 1914/1918.

    Il deviendra curé de OYE-PLAGE.

     Les épreuves pour JEANNE D’ARC ne sont pas terminées.

    En août 1905, l’immeuble est mis en vente. aux enchères par les liquidateurs à la requête du Crédit Foncier.

     La Municipalité de CALAIS convoitait le Pensionnat du Sacré—Cœur pour y établir un Collège de jeunes filles. Elle arrivera à ses fins le 23 février 1907 pour la somme de 235 400 francs. Elle y ouvrira en 1909 le lycée Sophie Bertheloot sur des plans de l’architecte Louis Debrouwer.

     L’acquisition des terrains permettra la prolongation des rues du Bout des Digues, des Soupirants, du Vauxhall, Edgard Quinet.

     Elle convoitait également JEANNE D’ARC pour y transférer 1’école primaire supérieure de filles.

     Elle ne put y arr1ver. La défense s’organise autour du Chanoine BOURGAIN qui put s’assurer le concours financier de nombreux calaisiens.

    Le 23 août 1905, la Société Civile Immobilière, nouvellement constituée en y mettant le prix, l’emportait sur la Ville de CALAIS.

     La persécutation religieuse n’est cependant pas terminée. Le 9 décembre 1905, le Journal Officiel publie la Loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat qui annule le Concordat. La République assure la Liberté de conscience mais ne reconnait, ni salarié ni subventionne aucun culte.

     Les biens ecclésiastiques sont confiés à des Associations Culturelles.

     Les Edifices du Culte seront déclarés propriétés communales, mais les Associations religieuses en garderont la jouissance.

    Mais le Pensionnat JEANNE D’ARC est sauvé...

     Le nombre des élèves augmente, les succès scolaires font le renom de l'Etablissement.

     Madame CARBONNIER va orienter son action dans deux directions : les cours pratiques ménagers et le développement des études secondaires jusqu’au baccalauréat.

    En 1909, JEANNE D’ARC acquiert de Monsieur CLIPET un café à l‘angle des rues CHAMPAILLER et CHANTILLY, pour y installer des Cours pratiques ménagers.

     Madame la Comtesse De DIESBACH avait créé à PARIS une école normale destinée à former des Professeurs d’enseignement pratique ménager.

    Les cours débuteront en janvier 1910, sous la Direction de Mademoiselle Marie HUART.

     Mademoiselle Marie ROHAUT (qui décédera pendant l’évacuation à LOSTEBARNE), se réservera l’enseignement des broderies en tous genres, des dentelles à la main. Elle avait suivi pour ce faire, des stages dans des écoles dentellières à BRUGES, BRUXELLES, BAILLEUL, ALENÇON.

     Les cours artistiques étaient donnés_par Madame PRISON, Mademoiselle MARTIN.

     La préparation au baccalauréat était le deuxième souci de Madame CARBONNIER. Elle s’assura le concours des Professeurs des Classes terminales de SAINT-PIERRE. La première candidate, reçue en 1913, dans la série Sciences—langues, fut Mademoiselle DUPRET, qui avait été prepare par Anne—Marie MASSON (Madame Emile HACHE).

     Cependant, l’essentiel de l’enseignement consistait alors à donner aux élèves les éléments indispensables à être une parfaite maîtresse de maison, une bonne épouse, et mère de famille. Il fallait avoir une culture générale pour pouvoir faire bonne figure dans les salons, il fallait être habile dans les travaux d’aiguille pour tenir sa maison et participer aux «ouvroirs». Il fallait savoir cuisiner, s’adonner à un art d’agrément musical ou pictural, savoir danser, jouer des scénettes. Monsieur CHATROUSSAT s’accompagnait au violon pour donner le rythme lors des répétitions du quadrille des lanciers.

     Quelques élèves pouvaient bénéficier de la salle de gymnastique que le Docteur ERICKSON avait installé à son cabinet rue Darnel.

    1888

    1888

    Une leçon de repassage

    1888

    Dames et jeunes filles au cours de coupe

    1888

    La cuisine - Cours de cuisine

    1888

    Atelier de peinture

    1888

    César le grand ami des enfants et un tout petit

    Horaires et disciplines étaient d’une rigueur presque incroyable :

     — Lever à 6 heures 15 : toilette à l’eau froide, souvent même glacée, de la tête, du cou et des bras. Interdiction de dénuder la poitrine. On prenait son bain une fois par mois, avec une chasuble de toile, avec le même cérémonial que le lever et le coucher : pose d’un peignoir ample fermé du bas jusqu’aux hanches, sans passer les manches. On se dépouillait de ses vêtements par le bas et on enfilait la chemise de nuit ou la chasuble, toujours par le bas. Seulement alors, on enlevait la chasuble. Aucune partie du corps n’avait été exposée à la vue.

     - 7 heures : prières, messe et communion à la Chapelle.

     — 7 heures 30 : petit déjeuner avec obligation d’aller jusqu’au bout de son bol.

     — 8 heures : récréation dans la cour d’hiver avec obligation de participer à un jeu, car aucun groupe n’était toléré.

     - 8 heures 45 : salle d’études, arrivée des externes, récitation de trois chapclcts.

     - de 8 heures 30 à 10 heures : les premiers cours de la journée. Tout cours débutait par une prière dite «heure de garde».

    — 10 heures - 10 heures 15 : récréation.

     — 12 heures : libération des externes après récitation de l’Angélus, réfectoire pour les pensionnaires et demi-pensionnaires.

     Il y avait une surveillante à chaque bout de table qui était perpendiculaire à la table des Professeurs juchée sur une estrade. Service assuré par Marie, qui aidait Mère Marie Françoise, la cuisinière. Il y avait 70/80 repas à servir. Les repas étaient pris dans le silence le plus complet. On ne pouvait parler à table que le Dimanche midi.

    - 12 heures 45 — 13 heures 45 : promenade des pensionnaires sous surveillance, en rang deux par deux, sans possibilité de choisir sa compagne.

    On ne pouvait parler aux camarades de devant ou de derrière. A l’arrivée au Parc Suinl—Picrrc, on avait droit à 5 minutes de «débandade».

     -14 heures : retour des externes et cours jusqu’à 16 heures.

     -16 heures : Chapelle pour la prière du soir et quelquefois le salut.

     -16 heures 30 : collation et récréation.

     -17 heures - 18 heures 30 : reprise des cours.

    -18 heures 30 : départ des Externes, préparation du travail du lendemain pour les pensionnaires en salle d’Etudes.

     -19 heures 30 : repas suivi d?une longue récréation.

     -20 heures 30 : montée aux dortoirs et extinction des lumières à 21 heures.

     Les allées et venues des externes étaient réglées par un certain cérémonie! qu’on appelait «Les Rangs». Toutes les élèves qui avaient à emprunter les Boulevards animés étaient collectées par «les rangs». Quatre fois par jour, une surveillante remontait la rue des Fontinettes, le Boulevard Pasteur, le Boulevard Jacquard jusqu’à Calais—Nord et ramassait au retour toutes les élèves qui étaient sur son parcours.

    Chaque élève gagnant le rang ou le quittant, était tenue au grand salut.

     Le Dimanche, le lever des pensionnaires était reculé à 7 heures la messe basse étant supprimée et remplacée par la Grand’Messe de 9 heures à laquelle assistaient obligatoirement toutes les externes.

     C’était à l’issue de cette Messe que dans la salle d’études la directrice, entourée de tous les Professeurs procédait à la remise solennelle des notes, distribution des récompenses et des punitions !

     Les pensionnaires, dans l’après-midi, pouvaient recevoir la visite de leurs parents. Beaucoup d’enfants habitaient loin du Pensionnat et ne recevaient de visites qu’une fois ou deux par mois ; certaines mêmes, ne revoyaient leur famille que pour les vacances.

     Dans l’après-midi, on avait le droit de lire les albums reliés de «La Semaine de Suzette» des «Veillées des Chaumières». Certaines, plus hardies, se passaient sous le manteau «Ciné-Miroir».

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  • LES CEREMONIES ET LES FESTIVITES

     LA FETE DE LA DIRECTRICE AVEC DISTRIBUTION DES PRIX se déroulait dans la cour d’hiver garnie de plantes vertes et de drapeaux.

     Sur une estrade, prenaient place dans des fauteuils,la directrice, les personnalités civiles et militaires,‘qui remettaient les livres de Prix après le discours de clôture.

    Les Parents n’assistaient pas à cette cérémonie.

     L’EXPOSITION ANNUELLE DES TRAVAUX D’ELEVES, APRES LA REMISE DES PRIX

    Chaque élève devait exposer «la pièce» : rectangle de toile blanche sur fond de couleur décoré. Il devait y figurer tous les points de couture, broderie, ourlets, appris dans l’année.

     LA FETE DE JEANNE D‘ARC

    La statue de la Sainte était exposée au balcon des cours pratiques sur lequel avait été hissé le piano, témoin de toutes les fêtes.

     Les enfants, massés sur le balcon, aux fenêtres, chantaient des cantiques, pendant qu’une partie de la ville défilait.

    LA FETE DES PARENTS

    Dans la salle du haut des cours pratiques, on jouait comédies et ballets, on récitait des poèmes, des monologues.

     LES CANTIQUES A MARIE DU MOIS DE MAI

    Chapelet aux doigts, cierge allumé dans l’autre main, les élèves tournaient autour de la grotte, en chantant Ave Maria Stella, Laudate Mariam.

     LA PREMIERE COMMUNION

    à laquelle n’assistaient que les premières communiantes et leurs familles.

     Toutes étaient habillées de la même robe longue de mousseline à grands plis, sur deux jupons froncés, même ceinture, même aumonière, même voile sans broderie jusqu’aux pieds, même couronne de roses tenant le voile sur la tête, au poignet le rosaire de corde et de perles de bois, et cierge de l’autre main.

     Grand’Messe et Vêpres étaient chantées par plusieurs prêtres et servis par les enfants de Chœur venus du Pensionnat Saint—Pierre.

    Les cérémonies et les festivités

    Les cérémonies et les festivités

    Les cérémonies et les festivités

    Grande Pastorale représentée le 1er Février 1909

    Un Tableau - Le Sommeil de Jésus

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  • 1914 — 1918

     Durant la grande guerre, CALAIS fut constitué en camp retranché sous le commandement du Général Albert DITTE.

     Il devait accueillir les très nombreux réfugiés civils des régions envahies par les Allemands. On ouvrit une école où l’enseignement était dispense en flamand, l’école ALBERT ELISABETH.

     Dès octobre 1914, après la retraite de la bataille d’ANVERS, de nombreux blessés seront évacués sur les bases arrières de CALAIS.

     JEANNE D’ARC ouvrit largement ses portes aux victimes du conflit. On pouvait compter sur l’abri, les vivres, les bonnes volontés mais les soins étaient difficiles à assurer, car un grand nombre de Médecins avait été mobilisé.

     Durant ce mois d’octobre, plus de 150 soldats belges furent accueillis à JEANNE D’ARC, par les sœurs et les habitants du quaflier.

     Le 2 novembre 1914, la totalité de l’Etablissement, y compris la chapelle et l’immeuble des cours pratiques, était réquisitionnée pour y installer la première ambulance Belge que vint visiter la Reine Elisabeth. Elle en confia la Direction au Professeur DEPAGE de Bruxelles.

     La chapelle était transformée en lingerie, l’immeuble des cours pratiques en chantier opératoire.

     La Sacristie avait été transformée en toute petite chapelle où la messe était dite tous les jours à 5 heures. L’assistance était réduite à Madame CARBONNIER et deux maîtresses qui avaient conservé leur chambre conventuelle et deux petites élèves qui habitaient les maisons voisines, Suzanne et Hélène BEUTIN.

    Une centaine de Docteurs, infirmiers, brancardiers, soldats, occupaient les classes et les dortoirs.

     Les élèves qui avaient vu leur nombre se réduire, furent recueillies par le Doyen de SAINT—PIERRE qui mit à la disposition de JEANNE D’ARC, les salles du patronnage des garçons de la me Chantilly, que l’on avait cloisonnées.

     Les internes, sous la surveillance d’une maîtresse, avaient trouvé refuge dans deux immeubles que l’on avait loué à proximité.

    Au début de 1916, l’Hôpital Belge abandonnera le Pensionnat pour s’installer au Virval.

    Mais les locaux qu’ils laissèrent avaient bien souffert de l’occupation militaire. D’importants travaux de remise en état étaient nécessaires.

     On en profitera pour apporter quelques améliorations : construction d’une grande salle de récréation couverte, installations sanitaires plus modernes, lavabos plus nombreux et une salle de bains.

     En octobre 1916, toutes les élèves externes et internes regagnèrent le pensionnat.

    Malgré la répétition des raids aériens, des bombardements, les cours sont suivis régulièrement.

     Les succès scolaires sont nombreux, en particulier au baccalauféat. Les élèves sont aidées dans leur préparation par les Abbès DECOOL pour l’Anglais, COURTIN pour le Grec, QUEVA pour le Latin.

     L’instruction religieuse est donnée par le Doyen de St Pierre Monsieur BOURGAIN et l’Abbé PERCHE, Professeur au pensionnat SAINT—PIERRE.

     Le 13 novembre 1917, vers 17 heures 30, des avions survolent Calais. Deux torpilles tombent à proximité de l’endroit où se tenaient une dizaine d’internes, avec leur maîtresse, Madame BOUVET. Un mur s’effondra. Deux élèves furent blessées. Yvonne VATIN & l’œil si gravement atteint qu’on devra l’énucléer. Mademoiselle PEUNERY sera blessée au genou.

    Le 5 décembre 1917, entre 5 heures 15 et 6 heures 15, un autre bombardement frappe le pensionnat, à l’autre extrémité du bâtiment. Il n’y a pas de victime mais les dégâts sont plus importants.

     L’insécurité, l’état des locaux, obligent le pensionnat à s’exiler.

     Seules les externes resteront à CALAIS, en se serrant dans les classes encore en état, en bouchant les trous dans les autres. La fréquentation, en raison des événements, sera irrégulière. Aux plus mauvais jours, on ne comptait qu’une vingtaine d’extemes.

     Il fallait trouver un abri sûr pour les internes. Pendant deux mois, Madame CARBONNIER battra la campagne pour trouver des locaux d’enseignement et d’hébergement. ,

     Le 29 janvier 1918, Monsieur Paul BREMART10uera à la Directrice les dépendances de son Château de LOSTEBARNE. Le Château étant occupé, il louera pavillon de chasse, maison de concierge, deux maisons jumelles et les écuries. Et les classes pourront commencer le 9 février.

     La vie s’organise à LOSTEBARNE. Les internes s’y plaisent beaucoup car la discipline y est moins sévère qu’à CALAIS et on faisait de longues randonnées dans la campagne.

     Pour les maîtresses, la vie était plus difficile, car certaines d’entre elles devraient se rendre tous les jours à CALAIS pour assurer les cours des externes restées sur place.

     La permanence à JEANNE D’ARC était assurée par JOSEPHINE (Sœur Marie-Amélie, tertiaire Dominicaine), portière depuis 1903 et par Madame COURQUIN—LEGROS.

    1914-1918

    1914-1918

    1914-1918

    Deux professeurs décédèrent pendant le séjour à LOSTEBARNE : Mademoiselle RUHAUT, maîtresse de couture et une Sœur converse, Sœur MARIE-FRANÇOISE.

     Cet exil Lostebarnien durera jusqu’en 30 avril 1919.

    L’Abbé CAMPAGNE, ancien Curé de LOOS, qui remplaçait l’Abbé BERNARD, Curé de LOUCHES mobilisé, assurera l’instruction religieuse.

     Il suivra les élèves à CALAIS lorsque’elles réintégreront le pensionnat et sera nommé Aumonier du pensionnat. Il sera logé dans la maison voisine du pensionnat.

     Les cours pratiques seront restaurés plus tard, mais dès octobre 1919, Mademoiselle Thérèse MULARD en assurera la Direction.

    L’Abbé CAMPAGNE, rapidement enlevé par la maladie, sera remplacé par l’Abbé DELORY.

     Aussitôt après la guerre, les Sœurs Dominicaines, qui s’étaient cxilécs en Belgique à CASTEAU, fermèrent leur maison pour regagner la France et ouvrirent des Etablissements médico chirurgicaux en particulier à SAINT GERMAIN EN LAYE et ROUEN.

     Elles ne pouvaient revenir à JEANNE D’ARC, car Madame CARBONNIER avait signé unbail de 99 ans avec la propriété immobilière.

     Le Chanoine POURCHAUX, Doyen de Saint—Pierre, fit appel aux Dominicaines de CASTEAU pour reprendre le petit pensionnat SAINTE AGNES, voisin de son Eglise, et en 1921, un petit groupe d’enseignantes en costume laïque, emmené par Sœur Marie des Anges, (BAILLET), prit la Direction de SAINTE AGNES.

     On se rapprochait de JEANNE D’ARC.

    En 1928, sous l’autorité de Monseigneur DUTOIT, nouvel évêque d’ARRAS, un accord intervenait entre Sœur Marie de Sainte Agnès, devenue prieure générale des Dominicaines du Sacré Cœur et Madame CARBONNIER. JEANNE D’ARC devenait pensionnat Diocésain et SAINTE AGNES Ecole paroissiale ne préparant plus qu’au certificat d’études.

     Trois des Religieuses de Sainte Agnès étaient admises comme professeurs à JEANNE D’ARC, dont la porte s’entrouvait.

     Mais des conflits allaient opposer les Sœurs venues de Sainte Agnès à Madame CARBONNIER et en 1933, les Sœurs Dominicaines qui avaient comme prieure à ce moment la Mère Imelda du Sacré Cœur, quittaicnt JEANNE D’ARC. Elles fondèrent la Clinique Saint Dominique à CALAIS (où exercera le Docteur PETEL, puis le Docteur Pierre BERNARD). Elles reprendront l’Institution de la Madeleine à CHATEAU THIERRY et créeront un foyer d’étudiants à BIHOREL, près de ROUEN (qui fermera en 1952).

    En 1935, le R.P. PADE, provincial de France, fut l’artisan du retour des Dominicaines à JEANNE D’ARC qu’elles avaient quitté en 1903.

    Les sœurs de la Communauté de PENSIER regagnèrent CALAIS. La prieure était Mère Marie—Imelda (CAUVIN), qui sera remplacée en 1939, par Sœur Marie-Charles (KIRSCH).

     Madame CARBONNIER, après plus de 45 ans passés à JEANNE D’ARC prenait sa retraite en 1935 accompagnée de Mademoiselle DEWEVRE, Madame BOUVET et de Joséphine.

     Elle était remplacée a la tête de l’ Institution par Madame HUMEAU (Sœur Madeleine du Sacré Cœur), elle-même remplacée en 1938 par Madame ESNEE (Sœur Marie- -Josèphe).

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  • LE CINQUANTENAIRE

     Les cérémonies avaient été prévues pour la fête de Sainte—Catherine de Sienne, Sainte Dominicaine, le Dimanche 30 avril 1939. Les menaces contre la Paix firent reculer la date au Dimanche 28 juin.

     Monseigneur DUTOIT, évêque d’ARRAS, Monsieur le Vicaire Général POLLART, Directeur de l’Enseignement Secondaire libre dans le Diocèse, Monseigneur PIEDFORT, présidèrent les diverses manifestations qu’honorèrent aussi Monsieur l’Archiprêtre, Messieurs les Doyens du SacréCœur, de Saint-Pierre, d’AUDRUICQ.

     La Famille Dominicaine était représentée par le T.R.P. de CHIVRE, Prieur du Couvent des Dominicaines de LILLE et la Prieure Générale des Dominicaines de PENSIER.

     Madame CARBONNIER, la Directrice des débuts, fatiguée par plus de 45 ans de labeur, était entourée des Maîtresses survivantes.

    La Messe solennelle fut célébrée dans la Chapelle de l’Institution, que l’on avait dû prolonger d’un auvent de toile.

     La cour d’hiver avait été parée de glycines pour accueillir le banquet de 200 convives où se retrouvèrent les Anciennes Elèves.

     De nombreux discours, comblèrent les intervalles entre chaque plat. Leur longueur n’enleva rien à leur intérêt.

     Le T.R.P. de CHIVRE assimila l’Ecole Catholique à un sanctuaire dans lequel on entre pour y combattre le premier de tous les maux : l’ignorance ; y apprendre le premier de tous les biens, la vérité et y aimer le premier de tous les êtres, Jésus—Christ.

     Mademoiselle Suzanne BEUTIN, Présidente des Anciennes Élèves, fit l’historique de l‘institution, l’éloge de Madame CARBONNIER qui eut le mérite, avant la guerre de 1914, de créer les cours de préparation au baccalauréat.

     Monseigneur DUTOIT - l’Evêque des Ecoles - se réjouit qu’à CALAIS un nombre important de familles résolument chrétiennes, malgré les entre- prises de sectarisme contre l’Ecole Chrétienne, aient voulu assurer à leurs enfants la double culture de l’Esprit et de l’Ame : «On a tenu tête à l’orage de toutes nos forces. On voit peindre aujourd’hui un ciel moins chargé de menaces, mais une hostilité savante et sournoise nous oblige encore à la vigilance».

    Ce discours d’y il a cinquante ans est encore de circonstance.

     Madame MULARD-LORGNIER, ancienne élève, Conseillère Municipale durant de longues années après la libération, avec beaucoup d’humour rappela à ses condisciples les bons ou mauvais moments de leurs jeunes années ; le fameux escalier qui conduisait au bureau de Madame la Directrice : Mère Françoise, cuisinière pendant un demi-siècle, toujours accompagnée de César, un Saint Bernard tout aussi imposant qu’elle !, Joséphine, la Portière, surnommée «L’intelligence Service» ; l’honneur d’offrir le goupillon à l’entrée de la chapelle, récompense d’une sagesse remarquée.

     Après le repas, la salle d’Oeuvres de la rue Thiers accueillit les invités et parents pour le spectacle donné par les élèves. D’abord une pièce de Théâtre «La Fleur Merveilleuse de Miguel ZAMACOIS» conte en 4 actes. Pièces de piano et chants présentés par Monsieur LOUVOIS, Directeur de l’Ecole de Musique et Mademoiselle BEDAGUE, professeur de chant et de piano à l’Institution, puis deux divertissements rythmiques préparés par Mademoiselle Lucie RAULIN : menuet de BOCCHERINI et Gavotte des Mathurins.

     Le numéro «Vive Labeur» des Anciennes élèves de JEANNE D’ARC, qui retraçait les heures heureuses du cinquantenaire, se termine par ces mots : «A l’heure où nous mettons sous presse, la guerre s’est abattue sur notre PAYS».

     Ce terrible fléau, dont chacun repoussait l’idée, tant elle paraissait indigne de notre époque et de notre civilisation, nous a été imposé par une nation insatiable et sans honneur.

     Se doutait—on alors des pires horreurs que nous allions connaître ?

    Le cinquantenaire

    Le cinquantenaire

    Le cinquantenaire

    Mère Marie-Louise

    (Révérente Mère Prleure Générale)

     Madame Carbonnler

     Abbé Cocart

    (Notre Dame des Armées)

     Abbé Flodrops

    (Beau Marais)

     Abbé Boyaval

    (Sup. St-Pierre)

     Abbé Fourny

    (Aumonier)

     Abbé Queval

    Vicalre Général Pollant

    Mme Dewevre

     Mg. Pledfort

    (Révérend Père de Chivré)

     Chanoine Hu

    (St-Benolt)

     Chanoine Fournier

    (Sacré Coeur)

     Chanoine Desseille

    (St-Pierre)

     Abbé Courtin

    Abbé Decool

    Mme Bouvet

     Mère Pierre de Vérone

    (Econome Générale)

     Mlle Beutin

     Mme Kirsch

    (Mère Marie-Charles Prieure)

     Mme Seltz

    (Mère Marie Thomas)

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  • 1939 — 1945

     Pour la rentrée de 1939, les dortoirs avaient été repeints : l’un en blanc, l’autre en rose, le dernier en bleu.

     Les événements interdirent aux pensionnaires d’en profiter, car dès septembre 1939, les bâtiments seront réquisitionnés et deviendront comme en 1914, un Hôpital Militaire pour l’armée Française.

     Madame KIRSCH avait, en quinze jours, réussit à fournir à l’Armée un Hôpital moderne équipé de 120 lits.

    Cent dix huit blessés reçurent des soins à JEANNE D’ARC qui fonctionnait comme Hôpital complémentaire de l’Hôpital du quai du commerce.

     Un Médecin de SAULTY, près d’ARRAS, le Docteur DEHEE, fut affecté à cet Hôpital. Sa famille l’accompagnera. Ses enfants rejoindront les autres élèves à WISSANT, où le pensionnat s’était établi dès la rentrée dans trois villas situées sur la Place de l’Eglise.

     Les élèves se plaignirent du froid. L’hiver 1939/1940 fut rigoureux et ces villas de vacances étaient mal équipées en chauffage.

    L’invasion Allemande en,mai 1940, met fin aux études et à‘ l’exil WISSANTAIS.

     La rentrée'scolaire de 1940 se fit dans quelques classes que les Allemands qui avaient réquisitionné l’immeuble, abandonnaient aux élèves. Ils y avaient établi un dispensaire de lutte antivénérienne.

     La fréquence des bombardements qui frappèrent CALAIS en septembre/octobre 1940 incita la Direction Diocésaine à fermer l’Etablissement.

     Quelques temps, Mesdemoiselles SOUFFLET et BEUTIN continuèrent à donner des cours dans les cellules des Sœurs, sous la Direction de l’Abbé DESSEILLES, de SAINT—PIERRE.

    La Kommandatur demandait, pour le 8 de chaque mois, l’état des effectifs du personnel et des élèves. C’est ainsi qu’au 8 décembre 1940, nous savons qu’il y avait 5512 élèves dans le primaire dans 36 écoles sur 52, 899 élèves dans les écoles primaires supérieures qui suivaient leur cours par roulement de trois jours, dans deux salles de l’asile des Petites Sœurs des Pauvres.

     Pour l’enseignement secondaire, 705 élèves suivent des cours donnés la plupart du temps dans des immeubles privés, car le Collège de la rue Leveux a été détruit, Sophie Berthelot, Saint-Pierre, Jeanne d’Arc sont réquisitionnés.

     Pendant toute l'occupation, le Pensionnat servit de bureaux et de magasins au Secours National que dirigeait Monsieur Marius WEINBRECK, directeur des Pâtes à papiers. Dans la crainte d un siège long et difficile lors de la libération de la ville, il avait pendant deux ans accumulé des stocks qui permirent pendant les quinze jours du siège de Calais a partir du 23/09/44 de servir 78 654 repas répartis à la population le plus souvent terrées dans les caves. Il fut aidé dans cette œuvre humanitaire entr’ autre par Melle BIRET assistance sociale et Melle BEUTIN.

     Pendant le siège une dizaine d’obus tombèrent sur Jeanne d’Arc ou à proximité sans faire de réels dégâts.

     Malgré la suspicion qui pesait sur toutes les œuvres entreprises par le Maréchal PETAIN, les mérites de M. WEINBRECK furent reconnus et il présida dans les bâtiments de Jeanne d’Arc aux services de l’Entr’Aide qui à la libération remplaça lé Secours National.

    LE RETOUR

     Le 6 janvier 1945, les Sœurs Dominicaines du Sacré—_Cœur qui avaient fui en 1940, pour se replier dans une de leurs Communautés, à CHATEAU THIERRY, reprirent possession de leur maison du moins en partie, car l’entraide nationale et un dispensaire ne laissaient à leur disposition que deux classes.

     Jusqu’à PAQUES, on fit la classe dans les cellules, la salle de communauté qui servait aussi comme salle de réfectoire et de salle de récréation.

     Mère MARIE DES ANGES (Camerlynck) fut la prieure et la directrice en 1945. Elle était secondée par Sœur MARIE—ALICE qui lui succédera comme directrice jusqu’en 1966.

     Et la vie heureuse reprit alors petit à petit, sous l’autorité des Sœurs qui avaient retrouvé leur habit de Dominicaines. La Loi du 3 septembre 1940 avait rétabli les Congrégations enseignantes.

    1939 -1945

    Soeur CATHERINE, Mlle DELADRIERE, Mlle SUZANNE, Mme VETU, Mlle REVET, Soeur Marie-Mannés, Mère Marie de St-Thomas, Mère Marie-Alice, Mère Marie des Anges, Soeur Marie Paule, Soeur Marie Albert

    1939 -1945

    Communion Solennelle sous la présence de M. EVRARD, évêque de Meaux

    1939 -1945

    Institution Jeanne d’Arc

    Calais 1947 - 1948

    1939 -1945

    Institution Jeanne d’Arc

    Calais 1947 - 1948

    1939 -1945

    1939 -1945

    1939 -1945

    1939 -1945

    1939 -1945

    1939 -1945

    1939 -1945

    Uniforme de Jeanne d’Arc,

     Jupe plissée, Corsage Blanc, Boléro, d’abord bleu marine puis gris, petit chapeau rond de feutre pour l’hiver, en paille pour l’été, gants bleu mariné en hiver, blancs en été. Il se portait le Dimanche mais aussi la semaine.

    Le 6 Mars 1956 vers onze heures, Monsieur André DEMEY, artisan électricien rue d’Alençon, travaillait dans sa cour. Il aperçut des volutes de fumée qui couraient le long du faîtage des combles du bâtiment principal de l’Institution. Il fit téléphoner aux Pompiers par son voisin, Monsieur Georges BELLOT qui tenait un café, pendant qu’il alertait la Mère Supérieure.

     La sortie des classes était proche : on la hâta et toutes les élèves avaient quitté le pensionnat avant l’arrivée des Pompiers.

     Lorsque ceux-ci, sous les ordres du Capitaine DAUCHEL, arrivèrent sur place, le feu avait progressé de façon inquiétante et gagné tout le toit.

    Malheureusement, la bouche d’incendie à l’angle des rues Chantilly—Champailler ne fonctionnait pas. Ce qui retarda l’attaque du feu.

     Des voisins (et même un délégué communiste «non sectaire»), des voisins, des journalistes (Robert LASSUS que l’on reconnait à sa coiffure en brosse et son duffle coat, alors au NORD LITTORAL, depuis rédacteur en Chef Adjoint à R.T.L.) s’employèrent à sauver la literie des dortoirs et le maximum de matériel scolaire.

     Le feu, attisé par le vent assez violent, éventra la toiture, s’étendit aux étages inférieurs, détruisant le dortoir de 18 pensionnaires les chambres de 14 religieuses.

    Les Pompiers, vers 13 heures 30, purent se rendre maître du sinistre qui n’avait épargné que la chapelle et le réfectoire des élèves.

     L’après-midi même, le personnel disponible, aidé des plus grandes élèves, d’anciennes élèves et de bonnes volontés amies, mettaient à l’abri le mobilier récupéré, les manuels scolaires, le linge récupéré, dans le bâtiment annexe et dans la chapelle.

     Pendant ce temps, des dispositions étaient prises pour que la scolarité soit interrompue le moins longtemps possible. Les Etablissements Tiburce LEBAS mirent aimablement à la disposition de JEANNE D’ARC, leur nouvelle usine à tulle à l’angle des rues du Pont Lottin et des Communes où est maintenant installée la médiathèque.

    En quatre jours, les travaux d’aménagement étaient promptement menés, de jour comme de nuit, par les Etablissements DECOTTIGNIES, TRESSE, THELU ET DELVAL, DUBROEUCQ, LEGROS, René LEBAS, DERYCKE, COUTEAU, VINCK, Electricité de France, Société des Eaux, car il fallait niveler et cimenier le sol, cloisonner, et installer un chauffage à air pulsé.

     Grâce au dynamisme et dévouement de ces entreprises calaisiennes, les élèves pouvaient reprendre leurs cours le lundi 12, alors que le feu n’avait été maîtrisé que le mardi après—midi précédent.

     Un an après, les souvenirs de l’incendie étaient effacés ; des nouveaux bâtiments pouvaient accueillir les élèves pour la rentrée de septembre 1958.

    Il ne restait plus alors que des détails à régler : peinture, isolation extérieure.

     Ce dramatique incendie n’entrava pas les desseins d’unification des Congrégations enseignantes Dominicaines. Depuis de nombreuses années, des retraites étaient organisées qui aboutirent, deux jours après l’incendie à une réception par le Pape Pie XII, des Supérieures de quatre Congrégations.

     Le 22 décembre 1959, la nouvelle Congrégation fut canoniquement érigée en Congrégation Romaine de Saint Dominique. Elle marquait la fusion des Congrégations des Dominicaines du Sacrè-Cœur, d’HARDINGHEN, Fondatrices de JEANNE D’ARC, de FROYENNES MONT LIGNON, de CHALONS/SAONE, de MORTEFONTAINE et de PENSIER. Cette nouvelle Congrégation regroupait soiXante dix Maisons et comptait mille trois cent membres réparties en FRANCE, BELGIQUE, SUISSE, ESPAGNE, SUEDE, MAROC, ETATS UNIS, BRESIL et JAPON.

    1939 -1945

    1939 -1945

    1939 -1945

    1939 -1945

    Les adieux de Mère Marie Alice en 1966

    1939 -1945

    Les Anciennes Elèves à la Cérémonie d’Adieu de Mère Marie-Alice

    Au fil des ans Jeanne d’Arc s’agrandit. L’entrée rue Champaillier fut reconstruite et améliorée pour accueillir 4 nouvelles classes primaires. On acheta une maison rue Chantilly pour créer de nouvelles classes maternelles.

     Les changements de mode de vie, surtout ceux liés aux développements des moyens de communications, firent que peu à peu le nombre des pensionnaires diminua.

     En 1975, il y avait encore une vingtaine de pensionnaires. .. Mais il s’agissait essentiellement de jeunes filles qui, à partir de la seconde, suivaient les cours au Pensionnat SAINT-PIERRE et ne fréquentaient plus JEANNE D’ARC que pour son dortoir situé au troisième étage, au-dessus des cellules des Sœurs. En 1967 Jeanne d’Arc avait fermé son second cycle, les élèves de 2° 1ere et terminale étaient invitées à poursuivre leurs études à St Pierre dont le lycée devenait mixte.

     Fallait-il bloquer tout un étage pour quelques pensionnaires alors que l’effectif des élèves s’élevait régulièrement d’année en année ?… Il y avait 250 élèves lors de l’incendie, pour atteindre le chiffre de 711 élèves lors de la rentrée de 1979 (122 en maternelle, 212 en primaire, et 377 en secondaire).

     Il fallut bien se résoudre à supprimer l’internat en 1979, récupérer les dortoirs, les cellules des Sœurs; pour aménager de nouvelles classes.

     Malgré cette extension, la capacité d’accueil se trouve encore insuffisante et en 1986 on supprimera le préau pour bâtir trois nouvelles classes primaires.

    Les Attaques que les Etablissements d’enseignement privé avaient connues au début du siècle resurgirent avec la transformation du paysage politique en mai 1981.

     Le gouvernement socialiste de M. MAUROY ralluma la «guerre» scolaire et fit élaborer par son ministre de l’Education M; SAVARY un projet de loi mettant en place un grand service publique unifié et laïque d’éducation. C’était une nationalisation sournoise des 10 000 établissements privés sous contrat.

     Après une manifestation de protestation devant la Préfecture à Arras, un grand mouvement national vit défiler le 24 juin 1984 dans les grandes villes de France et à Paris plus de deux millions de constataires.

     Les parents d'Élèves de Jeanne d’Arc, unis aux parents des autres établissements du Calaisis affrétèrent train spécial et autobus pour la manifestation de Lille.

     L’union de toutes les forces favorables à l’enseignement privé portera ses fruits puisque le gouvernement renoncera à son projet.

    1939 -1945

     

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