• L’ancienne poste boulevard Louis-Pasteur, en 1895

    Cette photo date de 1895.Le bureau de poste principal de Calais-centre se situait alors à l’angle du boulevard Louis-Pasteur et de la rue Darnel. À gauche, le commerce était celui de M. Paul Tellier, coiffeur et chapelier. Le monsieur sur le cheval est Victor Lornier qui créa sa brasserie située en face au n° 27. Ce bureau de poste sera transféré en 1912 dans le nouvel immeuble construit boulevard Léon-Gambetta (ci-dessous). Il sera remplacé par un commerce de vente à crédit, Au Bon Génie, actuellement devenu une agence bancaire. L’hôtel de Poste du boulevard Léon-Gambetta a fermé ses portes au début des années 1960, transféré place d’Alsace dans un bâtiment flambant neuf. Durant de longues années, l’hôtel de Poste accueillera la galerie de l’ancienne Poste et des expositions en tous genres à dominante contemporaine. Il a été récemment transformé en résidence.

    L’ancienne poste boulevard Louis-Pasteur, en 1895

     

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  • L'installation en 1962 de Jacques Algis en tant que sous-préfet correspond au dénouement de plus d'un siècle et demi d'attente pour Calais. Pour comprendre l'histoire, il faut remonter aux débuts de la Révolution française. Le nouveau pouvoir politique décide très vite de repenser le découpage administratif de la France et de créer des départements pour mieux tirer un trait sur l'Ancien Régime. Lorsqu'en février 1790, la liste des départements est rendue publique, Calais est quelque peu désappointée de ne pas avoir été élue chef-lieu du Pas-de-Calais, mais sa position géographique littorale et excentrée ne plaidait pas en sa faveur : en effet, l'Assemblée Constituante avait décrété qu'il devait être possible d'atteindre le chef-lieu de tous les départements en moins d'une journée de cheval depuis n'importe quel point de leur territoire.

    CALAIS SOUS LA DOMINATION DE BOULOGNE

    Calais se retrouve néanmoins chef-lieu de district (un district regroupant plusieurs cantons), au même titre que Boulogne-sur-Mer ou Saint-Omer.

    Mais, dix ans plus tard, la cité des Six Bourgeois voit son rang administratif se dégrader. Par la loi du 17 février 1800, Bonaparte, premier consul, re- découpe en effet les départements en arrondissements (moins nombreux que les districts qu'ils remplacent), et en cantons (également moins nombreux que ceux de 1790). Calais se retrouve alors pour plus d'un siècle sous la dépendance de Boulogne-sur-Mer, chef-lieu d'arrondissement.

    La ville portuaire où Napoléon a établi un camp militaire en vue d'envahir l'Angleterre a, à l'évidence, emporté sa préférence, d'autant qu'à Calais des forces anti-bonapartistes se font en- tendre : Boulogne est donc promue sous-préfecture au détriment de Calais, qui a beaucoup de mal à digérer l'affront. Dès 1821, les Calaisiens s'adressent au ministre secrétaire d'État (département de l'Intérieur) pour réclamer le rétablissement d'un arrondissement pour Calais. C'est un échec. Pas moins de quinze autres requêtes sont déposées par la suite (en 1824, 1827, 1828, 1831, 1834, 1837, 1856, 1858, 1861, 1926, 1931, 1934, 1942, 1943 et 1945) ... en vain.

    JACOUES VENDROUX DÉBLOOUE LA SITUATION

    En 1945, c'est Jacques Vendroux, maire de Calais dans l'immédiat après-guerre, qui porte le dossier « je reçus une réponse encourageante du ministre de l'Intérieur » déclara-t-il au journaliste Robert Lassus ; « il acceptait de mettre le projet à l'étude et fit nommer, pour enquête, un inspecteur général. Hélas ! Il y eut des modifications dans le gouvernement Seul un appui solide en Haut-Lieu semble pouvoir débloquer la situation. Cet appui, Jacques Vendroux le trouve naturellement chez son beau-frère, Charles de Gaulle qui quitte la présidence du GPRF en janvier 1946 mais qui devient président de la République en décembre 1958. Jacques Vendroux, à nouveau maire de la cité des Six Bourgeois en 1959, fait adopter par son conseil municipal le VŒU « qu'une promotion administrative concernant Calais intervienne dès que possible Dès le 15 mars 1961, le conseil des ministres donne son aval, ce qui ne manque pas de créer certains remous, y compris au sein même de ceux qui se présentent comme les défenseurs des intérêts calaisiens. Le décret paraît au Journal Officiel le 10 janvier 1962 : Calais - comme Lens - est érigée en chef-lieu d'arrondissements. Le lendemain, Jacques Vendroux fait apposer sur les murs de sa cité natale une affiche annonçant la bonne nouvelle : « Une promesse avait été faite, elle a été tenue. Après plus de 160 années d'espoir déçus, la Ville de Calais se voit enfin reconnaître les droits qu'elle tient à la fois de la grandeur de son passé et de son importance actuelle ».

    UN HAUT-FONCTIONNAIRE ATTENDU

    Fin février, le premier sous-préfet de Calais est officiellement nommé par décret signé du Premier ministre de l'époque, Michel Debré. Les lecteurs de Nord Littoral font la connaissance de Jacques Algis grâce aux reportages du très enthousiaste Robert Lassus qui n'hésite pas à se rendre, aux lendemains de cette nomination, à Morsang-sur-Orge dans la propriété familiale des Algis pour recueillir des informations sur le futur sous-préfet. Le journaliste doit attendre quelques jours avant de pouvoir interviewer l'intéressé, décrit comme un homme « grand, aux cheveux argentés, au visage doux et souriant, très distingué, toujours tiré à quatre épingles, qui parle anglais, aime la lecture mais n'a guère le temps de se livrer à son passe-temps préféré ».

    Jacques Algis a officié auparavant en tant que sous-préfet à Issoudun et a aussi occupé le poste de directeur de cabinet du préfet de la Réunion. Sous-préfet hors classe, il vient de se voir décerner la Légion d'Honneur. À son arrivée dans la cité des Six Bourgeois, il est contraint de loger pendant trois semaines à l'hôtel Meurice, l'État ne lui ayant pas encore affecté de domicile. Une façon de découvrir plaisamment Calais puisque le propriétaire du prestigieux établissement, Jules Maupin, aime régaler le nouveau venu des meilleurs vins de sa cave. Jacques Algis se voit ensuite attribuer une très belle maison rue de Strasbourg, assez vaste pour loger son épouse et ses sept enfants (trois garçons, quatre filles).

    La cérémonie d'installation du sous-préfet Jacques Algis se déroule le 2 mai 1962. Rarement l'arrivée d'un haut-fonctionnaire aura été l'objet de tant de curiosité et suscité autant d'impatience. À 11 h, vingt-quatre gendarmes, venus de diverses brigades sont postés devant l'hôtel de ville. Depuis le Grand Théâtre, la musique, sous la direction de Maurice Gaubert, s'achemine jusqu'au beffroi au rythme entraînant de marches militaires. Le maire, Jacques Vendroux, se présente sur le perron de la maison commune pour congratuler Jacques Algis, en uniforme, sortant de sa voiture avec chauffeur. L'instant, bref, est solennel grâce aux honneurs militaires rendus à cette occasion. Les deux hommes pénètrent dans la mairie pour discuter seul à seul.

    Vient le moment de la présentation des membres du conseil municipal à Jacques Algis, qui a un mot aimable pour chacun. Le groupe sort du bâtiment pour se rendre, quelques dizaines de mètres plus loin, au pied du monument du Souvenir français. Jacques Algis, entouré des porte-drapeaux de toutes les sociétés patriotiques locales, dépose une gerbe de fleurs : un geste immortalisé par quelques reporters-photographes. La sonnerie aux Morts retentit. Retour à l'hôtel de ville où affluent environ 300 personnalités qui prennent place dans le Grand Salon où plus une chaise n'est vacante.

    Jacques Algis rencontre ainsi les personnes qui comptent dans le Calaisis, notamment des chefs d'entreprise. « Je connais votre journal » déclare-t-il en souriant à Marie Baratte, veuve de Jean, à l'époque directrice de Nord Littoral, et à André Meney, rédacteur en chef du quotidien. Des soleils éclairent l'assemblée : trois Courguinoises portant leur coiffe et leur costume traditionnels sont présentes aux côtés de Maurice Brygo, président du groupe folklorique du Courgain maritime. Emblématiques de la ville portuaire qu'est Calais, elles portent aussi avec elles le souvenir de leur quartier détruit par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Mais, en 1962, le Courgain, au prix d'une complète transfiguration, s'est presque totalement relevé de ses ruines.

    L'OMBRE DU GÉNÉRAL DE GAULLE

    Assis au premier rang, Robert Cousin, préfet du Pas-de-Calais, et Georges le Sidaner, sous-préfet de Boulogne, s'apprêtent, comme le reste de l'assistance, à écouter le discours de Jacques Vendroux. Ce n'est pas sans émotion que le premier magistrat de la cité des Six Bourgeois s'exprime. Féru d'histoire locale, il commence par rappeler les célèbres épisodes de la reddition de la ville aux Anglais en 1347, de sa reprise en 1558 suite à une campagne militaire menée par le duc de Guise.

    Son but ? Souligner l'importance insigne de Calais dans l'histoire nationale. Néanmoins, cet argument seul ne justifierait pas son élévation au rang de sous-préfecture. Pour expliquer la légitimité d'une revendication enfin exaucée, Jacques Vendroux insiste surtout sur le poids démographique et le développement économique de Calais. « Nous avons attendu longtemps et nous avons pour nous et pour les communes des environs qui sont liées à nous la satisfaction d'être enfin le chef-lieu d'arrondissement. À quoi et à qui le devons-nous ? Nous le devons certainement, et pour une très grande part, à la stabilité du pouvoir. Une opération de ce genre n'est pas facile à mener à bien : il faut du temps. Il a fallu deux ans et demi pour en arriver où nous sommes. Et, s'il n'y avait pas eu cette continuité de pouvoir, nécessaire pour toutes les grandes entreprises quelles qu'elles soient, il est possible que nous n'eussions jamais obtenu satisfaction ».

    L'ombre du Général plane alors dans le Grand Salon de l'hôtel de ville. En raison du protocole, Jacques Algis ne peut prononcer ce jour-là aucun discours. Il rejoint dans l'après-midi ses services administratifs installés provisoirement avenue du président Wilson, à deux pas de l'hôtel de ville, dans un bâtiment laissé alors vacant. Beaucoup de Calaisiens, qui ont pavoisé leur habitation, ont regretté le lendemain de ne pas avoir été davantage associés à la cérémonie d'installation de « leur » sous-préfet tant désiré. Un rare engouement, qui s'atténuera rapidement. MAGALI DOMAIN

    LE MOT D'ACCUEIL DE NORD LITTORAL

    Se faisant le porte-parole de la population calaisienne, le Nord Littoral du 2 mai 1962 déroule le tapis rouge à Jacques Algis et se fend d'une ode célébrant sa venue. Elle vaut qu'on la retranscrive : « Bonjour Monsieur le Sous-préfet. Bienvenue à vous-même et aux vôtres. Nous sommes si heureux que vous soyez enfin arrivé. Songez que les Calaisiens vous attendent depuis plus de cent soixante ans. Ce n'est, bien sûr, pas votre faute. Mais vous êtes là et tout est oublié de notre aigreur, de nos rancunes, et, pour tout dire, de nos complexes. Car la ville qui vous accueille, en devenant sous-préfecture, a perdu un titre qu'elle détenait depuis bien longtemps : celui de « premier chef-lieu de canton de France ». Elle en est d'ailleurs très satisfaite. Vous devenez aujourd'hui le Premier Bourgeois de Calais, une ville qui tient une certaine place dans 'Histoire. [...] Les Calaisiens, vous le verrez bien vite, sont de braves gens, un peu rouspéteurs comme tous les Français, mais durs à la tâche et pas embêtants.

    Ils vous aideront de toutes leurs forces et votre nom, quoi qu'il arrive, sera inscrit dans l'Histoire de leur Cité comme celui du premier sous-préfet de leur bonne ville. […] Aujourd'hui, quoique, peut-être, ils n'en laissent rien paraître car ils sont réservés dans leurs affections, les Calaisiens vous accueillent avec joie. Et c'est en leur nom que ce journal vous redit : « bienvenue Monsieur le Sous-préfet ! ».

    PREMIÈRE POSE D'UNE PREMIÈRE PIERRE

    Jacques Algis, un sous-préfet attendu depuis 160 ans

    Le sous-préfet Algis pose la première pierre de la clinique de la Tamise.

    Quarante-huit heures après sa prise de fonctions, Jacques Algis accomplit son premier acte public en tant que sous-préfet en posant la première pierre de la nouvelle clinique médico-chirurgicale du quai de la Tamise : nouveau symbole de la renaissance de Calais-nord, le caractère ultra-moderne du futur établissement est alors mis en avant. Il est aujourd'hui en passe d'être détruit.

    Une sous-préfecture pour le sous-préfet

    Calais, heureuse de se voir promue au rang de sous-préfecture en 1962, n'est dotée d'aucune structure propre à accueillir les nouveaux services administratifs inhérents à cette nouvelle position. Le terrain choisi pour édifier le futur hôtel de la sous-préfecture se situe en bordure du boulevard de l'Esplanade, en face de la Citadelle. Encombré de broussailles, il mesure 130 mètres sur 40 et se trouve alors à proximité de maisons préfabriquées et de baraquements provisoires servant à abriter une école maternelle : en ce début des années 1960, le quartier est en effet encore en partie en phase de reconstruction. L'architecte en chef du département et l'ingénieur des Services Techniques de la Ville de Calais estiment que le chantier aura une durée de deux à trois ans : durant cet intervalle de temps devraient sortir de terre un stade omnisport à l'intérieur de la Citadelle, la piscine Emile Ranson, le groupe scolaire de l'Esplanade et la rue de Verdun doit être prolongée jusqu'au boulevard de la Résistance. Ces réalisations programmées par le député-maire Jacques Vendroux permettront d'atténuer le caractère excentré de l'hôtel de la sous-préfecture, que certains détracteurs ne manquèrent pas de relever au moment de l'annonce des travaux.

    Jacques Algis, un sous-préfet attendu depuis 160 ans

    Jacques Algis photographié avec l'une de ses filles.

    Jacques Algis, un sous-préfet attendu depuis 160 ans

    Jacques Vendroux prononce un discours lors de l'installation du sous-préfet Algis (assis, au centre).

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  • C'est durant un jour de printemps de l'année 1921 que fut célébré à Calais le mariage religieux unissant Yvonne Vendroux et Charles de Gaulle. Moment crucial dans l'histoire d'un couple qui a tant marqué l'histoire de France.

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    Les 6 et 7 avril 1921, se déroulait à Calais un mémorable mariage. Un certain capitaine nommé Charles de Gaulle s'y unissait pour la vie à une fille de la bonne bourgeoisie calaisienne en la personne d'Yvonne Vendroux. C'est une union très traditionnelle qui se noue alors, destinée à durer aussi longtemps que l'un des conjoints ne trépasse.

    Ces deux-là étaient faits pour s'entendre. Leur rencontre a certes été « arrangée ». Mais les familles respectives ont laissé une totale liberté aux jeunes gens pour choisir librement leur futur conjoint.

    UNE ENTREMETTEUSE CALAISIENNE

    La Calaisienne Paule Denquin-Ferrand est à l'origine de tout. Un jour de 1920, elle échange avec Charles de Gaulle, qu'elle avait perdu de vue depuis des années, lors d'un déjeuner chez ses parents. « Une curieuse pensée - provoquée par je ne sais trop quoi ? - me traversa l'esprit : Yvonne Vendroux ne veut pas épouser un militaire mais je suis sûre qu'elle changerait d'avis si elle rencontrait Charles de Gaulle », raconte. Paule de plus de trente ans plus tard à Nord-Littoral.

    Les Vendroux, qui devaient se rendre à Paris quinze jours plus tard, ne repoussent pas l'idée. Les de Gaulle ne sont pas fortunés mais font partie de la petite noblesse et une alliance avec eux rehausserait leur propre prestige.

    Les deux familles font connaissance, comme par hasard, lors du Salon d'Automne qui se tient dans la capitale. Paule Denquin-Ferrand, accompagnée de sa sœur, se charge des présentations. On se promène dans les allées et on admire les tableaux exposés, Charles et Yvonne, qui marchent en avant, bavardent gentiment, s'arrêtent devant plusieurs œuvres d'art pour les commenter. «À l'heure du thé, nous nous retrouvâmes dans une pâtisserie parisienne, et non calaisienne comme le prétend la petite histoire. C'est là que le capitaine de Gaulle, d'un geste maladroit, renversa un verre de punch sur la robe de Mlle Vendroux explique Paule Denquin, témoin et actrice privilégiée de cet épisode majeur dans la vie d'un couple qui devait marquer l'Histoire de France.

    La suite, c'est un autre Calaisien qui nous la raconte. Jacques Vendroux, frère aîné d'Yvonne, a Consacré un ouvrage à sa sœur. A la suite de l'escapade parisienne, il la questionne. Il comprend vite que Charles lui plaît, même si elle plaisante sur leur différence de stature. Une nouvelle rencontre est donc programmée à l'occasion du bal de Saint-Cyr - école militaire où de Gaulle a été élève et où il est appelé à enseigner l'histoire- qui doit se tenir au célèbre Hôtel des Réservoirs à Versailles. Yvonne joue ce soir-là la carte de la sobriété : coiffure sans ostentation, robe de bon goût couleur pervenche qu'elle ne relève d'aucun bijou. Elle ne souhaite pas éblouir Charles, elle souhaite qu'il la voie telle qu'elle est.

    Yvonne a alors 21 ans et l'attrait de sa beauté douce et sans fard, sa simplicité svelte et gracieuse séduisent : « Ma sœur est très jolie : un nez fin, une bouche menue, le front légèrement bombé, signe de sa ténacité, une longue chevelure châtaine naturellement ondulée, et, surtout, de très beaux yeux gris dont, selon les circonstances, elle sait- foncer ou adoucir le regard », raconte Jacques Vendroux.

    Ce dernier joue le rôle de chaperon durant le fameux bal. Charles de Gaulle se garde d'entraîner Yvonne dans la danse. Il préfère deviser longuement avec elle. À l'évidence, les deux jeunes gens ont beaucoup d'affinités.

    Dans le train du retour qui les ramène de Versailles à Paris, Jacques s'aventure à sonder Yvonne. Celle-ci se dit enchantée de sa soirée. Pendant deux jours « le téléphone Ferrand (en référence à Paule Denquin-Ferrand, ndlr) ne chôme guère », ex- plique Jacques Vendroux qui se souvient qu'au troisième jour Yvonne déclare, sans hésiter : « Ce sera lui ou personne. » Les fiançailles sont célébrées quelques mois plus tard, en 1920 à la date symbolique du 11 novembre : le capitaine de Gaulle a combattu les Allemands pendant la Grande Guerre. Il doit regagner la Pologne, où il est en mission. Le fiancé a remis à sa promise une bague sertie d'un diamant, et s'est aventuré à échanger un baiser en public avec elle. Au sein du couple, ces manifestations de tendresse pourront être comptées sur les doigts d'une main.

    LE MARIAGE CIVIL PUIS LE MARIAGE RELIGIEUX

    Le 6 février 1921, Charles, de retour en France depuis quelques jours, rend visite à sa promise dans sa grande demeure calaisienne de la rue Leveux. Les deux tourtereaux bénéficient de quelques moments pour se voir en tête-à-tête, puis viennent les présentations à la famille et aux amis. Durant les jours qui les séparent de leur mariage prévu début avril à Calais, Yvonne se rend à Paris en compagnie de son fiancé pour y dénicher un appartement dans la mesure où la nomination de Charles au poste de professeur d'histoire militaire à Saint-Cyr a été confirmée. Il est, de plus, absorbé par la préparation des épreuves d'admission à l'École de Guerre. La tâche d'organiser dans ses détails la cérémonie du mariage à la mairie puis la cérémonie religieuse à l'église revient à Jacques.

    Le passage devant monsieur le maire est un passage obligé pour les deux familles de tradition chrétienne, qui considèrent le mariage devant Dieu comme le seul véritable. Nous sommes le 6 avril 1921. Il est environ 17h30 quand, dans la salle des mariages de l'immense hôtel de ville de

    Calais, dont la construction n'est pas tout à fait achevée - son inauguration officielle se déroulera le 12 avril 1925 -, Yvonne et Charles se disent « oui ». Vibre alors dans cet ample espace dont les murs sont tapissés de hauts lambris la voix de Joseph Duquenoy-Martel, maire de Calais à l'époque. D'un ton déclamatoire, il s'applique à lire le discours dont il a lui-même rédigé l'adresse à la mariée.

    En effet, l'avenant septuagénaire unit en ce jour la fille d'un de ses conseillers municipaux, Jacques-Philippe Vendroux, quatrième du nom, armateur de profession. Il souhaite rendre hommage à cette famille dont tant d'ancêtres ont contribué à la prospérité de la cité des Six Bourgeois. Dans son panégyrique, Joseph Duquenoy-Martel n'oublie pas de rendre hommage aussi à Marguerite Forest, mère d'Yvonne, qui s'est distinguée pendant des décennies par son altruisme. Quant au reste de son discours, il a laissé le soin à son secrétaire général de le rédiger. Il ne connaît pas la famille de Gaulle, mais sait saluer le parcours militaire du capitaine, blessé à trois reprises pendant la guerre 14/18. Le « vrai » mariage est célébré le lendemain en l'église Notre-Dame de Calais. De manière solennelle, l'union d'Yvonne et de Charles est sanctifiée. Yvonne fréquente régulièrement ce lieu de culte depuis son enfance ; Charles y a pénétré le 22 juin 1910, à l'occasion des funérailles des soldats qui ont péri dans le naufrage du sous-marin Pluviôse. Sous des voûtes datant du Moyen-Âge, l'abbé Baheux, ami de la famille Vendroux, assisté d'un diacre et d'un sous-diacre, célèbre la cérémonie au son des grandes orgues, sous la présidence de l'archiprêtre.

    La jeune femme, revêtue d'une robe de satin blanc à traîne, porte un voile couronné de fleurs d'oranger.

    Charles, sanglé dans une redingote d'uniforme bleu horizon, est à ses côtés devant l'autel.

    La nef est pleine. Après l'office, les jeunes époux reçoivent les chaleureuses félicitations de la part de leurs invités mais aussi de la part de nombreux Calaisiens, qui témoignent par-là de l'amitié qu'ils portent à la famille Vendroux. Après le copieux repas de l'après-midi, les deux jeunes mariés s'éclipsent discrètement pour gagner par le train l'hôtel Lutétia à Paris où se déroule leur nuit de noces. Un solide amour gardera ce couple soudé face à la tourmente de l'Histoire.  

    Les époux qui se sont unis sous les voûtes de Notre-Dame de Calais ont partagé après la cérémonie 49 ans de vie commune.

    Une belle-mère courage

    Dès le début de la guerre 14/18 la future belle-mère de Charles de Gaulle s'est portée volontaire pour œuvrer au sein de l'hôpital militaire de Calais, qui se trouve seulement à 200 mètres de sa résidence de la rue Leveux. Membre de la Croix-Rouge, elle est intégrée en tant qu'infirmière-major dans cette structure sanitaire comptant au début de la guerre environ 200 lits mais qui multipliera rapidement sa capacité d'accueil par deux. Pendant quatre ans, elle œuvre presque quotidiennement auprès de centaines de militaires belges, français et britanniques atteints d'horribles blessures souvent mutilantes, souffrant d'affections graves contractées au front, ou encore luttant pour surmonter les conséquences d'un gazage. En côtoyant des soldats contagieux, elle contracte la diphtérie et doit être isolée de ses proches durant trois semaines. Cette femme remarquable, qui compte parmi les premières de son sexe à avoir obtenu le permis de conduire, est récompensée de son abnégation par la médaille des Épidémies avant de recevoir, le 2 mars 1919, sur la place d'Armes de Calais, la croix de guerre. Cette forme d'héroïsme décliné au féminin n'a sûrement pas laissé insensible Charles de Gaulle et l'admiration qu'il a ressentie pour la mère a sans doute influé sur l'image qu'il s'est faite de la fille.

    II y a 100 ans, Yvonne Vendroux s'unissait à Charles de Gaulle

    Le capitaine de Gaulle au bras de Marguerite Vendroux.

    II y a 100 ans, Yvonne Vendroux s'unissait à Charles de Gaulle

    La stèle qui rend hommage au couple.

    UN MÉMORIAL, UNE PLAQUE ET UN MONUMENT

    A quelques mètres de l'église Notre-Dame, une belle stèle rend hom- mage au couple formé par Yvonne et Charles. Une plaque apposée sur un des murs extérieurs du lieu de culte rappelle que c'est là qu'a été célébré leur mariage. Le monument représentant le couple, situé place d'Armes, est devenu aujourd'hui un marqueur important du paysage urbain de Calais-Nord.

    L'abbé Baheux avait été intrigué par le personnage Charles de Gaulle

    En septembre 1958, Robert Lassus interviewait l'abbé Baheux qui célébra la messe de mariage de Charles de Gaulle et d'Yvonne Vendroux. « Je leur ai donné la bénédiction nuptiale. Le regretté archiprêtre, Mgr Debout, reçut le consentement des époux. La messe fut célébrée à 11h30 en présence d'un millier de personnes environ. Le cortège était magnifique. Je n'avais que 27 ans. J'étais très lié avec monsieur Vendroux qui me recevait deux fois par semaine dans sa magnifique bibliothèque. J'avais fait le catéchisme à deux de ses enfants. Je rencontrai pour la première fois le capitaine de Gaulle chez ses futurs beaux-parents, quelques jours après les fiançailles. Je ne le revis que le jour de son mariage. Il était sanglé dans un uniforme rutilant, avec toutes ses décorations. Elle, discrète, effacée, rougissante même. De Gaulle se tenait très droit, près des statues de saint Louis et de... saint Charles. Il était à la fois présent et absent. Je dois avouer que le personnage m’intriguait...

    II y a 100 ans, Yvonne Vendroux s'unissait à Charles de Gaulle

    L'abbé Baheux a célébré le mariage.

    II y a 100 ans, Yvonne Vendroux s'unissait à Charles de Gaulle

    Photo du couple prise le 7 avril 1921, jour du mariage religieux

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  • Son exploit a été malencontreusement éclipsé par une autre actualité. Pourtant, Harriet Quimby a été la première femme à avoir traversé la Manche en avion, sur un monoplan Blériot.

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    Trois ans après l'exploit de Blériot, la traversée aéromaritime de la Manche représente encore un défi sportif qui est loin d'être à la portée du premier pilote venu. Il était alors une femme qui ambitionne d'égaler la performance du célèbre Cambraisien.

    Son nom ? Harriet Quimby. Américaine née le 11 mai 1875 aux États-Unis, dans le Michigan, elle a d'abord été connue comme journaliste, puis comme scénariste : elle a ainsi collaboré aux scénarios de cinq films du légendaire cinéaste D.W. Griffith. Elle est même apparue en tant que figurante dans l'un d'entre eux. Mais la passion des airs ne va pas tarder à la ravir.

    LA PREMIÈRE AMÉRICAINE À OBTENIR SON BREVET DE PILOTE

    D'un caractère indépendant et pleine d'ambition, Harriet a tenté sa chance au début du dernier siècle à New York où elle a réussi à être engagée comme critique théâtrale au Leslie's Illustrated Weekly. Elle adore la vitesse et sillonne son immense pays au volant d'une belle automobile. Elle fréquente aussi la jet-set de son temps. C'est ainsi qu'elle participe en 1910 à un tournoi international d'aviation à New-York et y rencontre John Moisant, pilote aérien qui dirige une école d'aviation à Long Island. Harriet décide d'y prendre des leçons. Pour les financer, elle propose au Leslie's Illustrated Weekly de rendre compte de son expérience palpitante par une série d'articles. Deal conclu, et deal payant pour l'hebdomadaire, dont le lectorat s'accroît.

    Le professeur d'Harriet, John Moisant, est notamment célèbre pour avoir le premier réussi, le 17 août 1910, une traversée aéromaritime de la Manche avec un passager à bord de son monoplan Blériot : il s'agit d'Albert Fileux, mécanicien. On oublie que les deux hommes étaient accompagnés d'une chatte appelée Fifi : l'animal a été, à l'évidence, une pionnière chez les félins ! Mais Moisant décède le 31 décembre 1910 dans un crash aérien alors qu'il s'entraîne pour la coupe Michelin. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, ce tragique accident ne tempère en rien l'enthousiasme d'Harriet qui devient, le 1er août 1911, la première Américaine à obtenir son brevet de pilote.

    L'AVIATRICE À LA COMBINAISON VIOLETTE

    Ce précieux sésame lui est attribué par l'Aero Club of America sous le numéro 37, et fait d'elle la deuxième femme au monde ainsi licenciée, après la baronne de La- roche, une Française. Harriet a obtenu ce brevet après 33 leçons ce qui représente une faible durée de vol. Harriet se consacre dès lors à sa nouvelle carrière d'aviatrice, participant à diverses démonstrations et compétitions. Elle met un point d'honneur à dessiner elle-même sa combinaison de vol. Elle la crée flamboyante, d'un violet d'autant plus éclatant que son tissu est composé en grande partie de satin. Le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle ne cherche pas à passer inaperçue. Le fait est qu'elle attire les foules. Harriet remporte plusieurs prix et multiplie les acrobaties dans le ciel. Elle devient la première femme à avoir survolé Mexico à l'occasion de l'arrivée au pouvoir du président Francisco Madero.

    Mais ce dont elle rêve, c'est d'inscrire durablement son nom dans l'Histoire en devenant la première pilote du sexe dit faible à rééditer l'exploit de Blériot. Elle parvient à convaincre le Daily Mirror de la soutenir dans son entreprise, en échange de quelques articles exclusifs. Sur sa demande, les ateliers Blériot mettent à sa disposition un de leurs célèbres monoplans à une place, du type XI. Mais elle doit faire vite !

    CONCURRENCE FÉMININE AU-DESSUS DE LA MANCHE

    En effet, au tout début du mois d'avril 1912 une autre aviatrice survole la Manche ! L'anglaise Eleanor Trehawke Davis n'est certes pas aux commandes de l'appareil qui lui a permis d'effectuer la traversée du détroit par les airs ; elle y a pris place en tant que simple passagère, assise derrière le Britannique Gustav Hamel. Harriet se précipite alors en Europe pour devenir la première femme à rallier la France et l'Angleterre à bord d'un avion qu'elle pilote elle-même. Gustav Hamel ne croit pas en ses chances parce qu'elle est une femme : il lui offre d'effectuer la traversée à sa place, revêtu de sa combinaison violette ! Harriet apprécie peu la plaisanterie.

    A l'aube du 16 avril 1912, Harriet décolle de la falaise de Douvres. L'Américaine entame donc sa traversée au rebours de l'itinéraire accompli par Blériot par un ciel gris et brumeux. Le froid la saisit et elle est contrainte de naviguer au compas pour changer constamment d'altitude et trouver les endroits où elle peut percer le brouillard. Le vent qui se lève l'empêche de dépasser une vitesse de 75 km/h. Harriet a raconté à quel point elle s'est sentie seule au-dessus du pas de Calais et comment l'angoisse a commencé à l'étreindre : fait-elle bien cap vers le continent ? Sinon, elle sait qu'elle tombera en panne d'essence et se noiera dans l'océan.

    UN VOL ÉCLIPSÉ PAR UN NAUFRAGE

    Au bout d'un peu moins d'une heure de vol, son avion, qu'elle maîtrise mal car elle l'a très peu pratiqué, la dirige vers une côte sableuse. Elle aurait voulu atterrir à Calais, mais elle aperçoit la plage de Boulogne, longe celle d'Equihen puis se pose sans encombre à Hardelot. La population lui réserve un accueil enthousiaste : elle est portée en triomphe et féli- citée par les reporters qui l'attendent à Calais et qui ne tardent pas se rendre sur les lieux. Mais l'exploit d'Harriet ne fait pas la une de la presse, dont l'attention est totalement captivée par un naufrage loin d'être quelconque : celui du Titanic, qui s'est produit dans la nuit du 14 au 15 avril ! Même le- Daily Mirror relègue la couverture de l'événement sur lequel il a misé en page huit. C'est une grande déception pour Harriet, même si elle sait qu'elle a maintenant sa place dans le panthéon des chevaliers - et chevalières - du ciel. Reste que sa réputation n'a pas atteint le niveau espéré, en raison des aléas de l'actualité. Conséquence : aucune artère n'est baptisée de son nom en Europe. Pour le 110e anniversaire de cet exploit, Hardelot pourrait penser à Harriet. Et si une rue Harriet Quimby voyait le jour à Blériot-Plage ?

    UNE MORT TRAGIQUE, 45 JOURS APRÈS L'EXPLOIT

    Le 1er juillet 1912, soit deux mois et demi après son exploit, Harriet Quimby meurt en plein vol, devant environ 5 000 spectateurs. Lors du troisième meeting annuel de Boston (Angleterre), elle atteint une altitude de 300 mètres dans son appareil à bord duquel a pris place un passager, William Willard, un riche sportsman qui s'occupait d'organiser des exhibitions aériennes. Mais, alors qu'elle veut descendre en piqué, elle exagère son angle d'incidence comme elle a l'habitude de le faire. Mal lui en prend car elle tombe dans une poche d'air qui retourne son monoplan Blériot IX 2. Incapable de le redresser, elle s'écrase près du port de Boston, dans un endroit où le niveau de l'eau dépasse à peine 1,50 m. Certains spectateurs se précipitent, pensant qu'un occupant de l'avion a réchappé du crash, si ce n'est les deux. Hélas, Harriet Quimby a été tuée sur le coup, tout comme William Willard. Il a 33 ans, elle 37. Ils ont apparemment été éjectés de l'appareil, leurs corps ayant été retrouvés à plusieurs mètres autour de l'avion. Harriet repose au « Woodlawn Cemetery » à New York.

    Harriet Quimby pionnière de la traversée de la Manche en avion

    Portrait d'Harriet Ouimby aux commandes de son appareil.

    Harriet Quimby pionnière de la traversée de la Manche en avion

    Harriet Ouimby ne prenait son envol que revêtue d'une flamboyante combinaison violette (carte postale ancienne colorisée).

    Harriet Quimby pionnière de la traversée de la Manche en avion

    Un vase en hommage à Harriet

    On peut s'en procurer chez certains antiquaires ou sur des sites web de vente d'objets anciens : de très beaux vases rouleau à décor émaillé, fabriqués en série dans les ateliers de Saint-Denis par le maître- verrier François Théodore Legras rendent hommage à Harriet Quimby et à son exploit de 1912. Déclinés en bleu cobalt ou en vert Nil, les parois de ces vases représentent un aéroplane survolant un paysage marin au lever du soleil. L'appareil est piloté par une femme dont les longs cheveux ondulent au gré du vent : une silhouette féminine fantasmée, qui n'a rien à voir avec les aviatrices de l'époque, la tête toujours soigneusement encapuchonnée pour éviter les courants d'air !

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  • Les mines allemandes ont tué des dizaines de Calaisiens et de prisonniers de guerre après la Libération. Retour sur un accident meurtrier qui s'est produit au Fort Nieulay en 1946.

    FORT NIEULAY Août 1946 : un dépôt de mines oublié fait cinq morts

    Ce cliché pris après-guerre a attiré l'attention de Calais Photos Nostalgie

    Dans sa quête de documents liés au passé de Calais et surtout de ses habitants, René Ruet a récemment mis au jour une photographie qui lui a au départ paru énigmatique : « Un terrain humide, boueux et excavé, délimité par un ruban blanc, quelques personnes dans le champ et un rempart du fort Nieulay en arrière-plan...

    Que s'était-il passé dans cette zone ? Je savais que la photo avait été prise après la Seconde Guerre mondiale. Je me suis mis à la recherche de l'événement qui avait pu être à l'origine de la photo. 'Avec le confinement, j'avais du temps ! » explique le président de Calais Photos Nostalgie.

    En relisant ces clichés réalisés à partir des journaux anciens du Calaisis détenus à la Médiathèque, il tombe sur un article du Nord Littoral daté du 10 août 1946 et intitulé : « Au fort Nieulay. Cinq ouvriers des Ponts et Chaussées sont tués par l'explosion d'un chapelet de mines. Deux autres sont blessés ». Pas de doute possible : le cliché est lié à ce douloureux événement qui provoque la mort de cinq démineurs calaisiens, véritables victimes de guerre alors que la paix règne depuis plus d'un an en Europe. L'article expliquait bien les circonstances d'un accident totalement oublié de nos jours puisque rien, dans le paysage actuel, ne le rappelle » déclare René Ruet.

    UN CALAISIS ENCORE TRUFFÉ DE MINES EN 1946

    Il est 14h30 le 9 août 1946 lorsqu'une énorme détonation ébranle les maisons de Calais. De toute évidence, l'explosion a eu lieu du côté de Coquelles. La population, habituée à entendre quotidiennement des déflagrations liées au déminage des terrains alentours, est inquiète car l'onde de choc est cette fois beaucoup plus sensible. Surtout, le niveau sonore dépasse le fracas habituel des explosions déclenchées sciemment par ceux qui prennent tous les risques pour débarrasser le territoire du Calaisis de ses dépôts de mines qui sont très nombreux : parmi eux, beaucoup de prisonniers de guerre allemands qui acceptent cette périlleuse mission en échange d'un ravitaillement plus conséquent et d'une promesse de libération plus précoce.

    En février 1945, une direction du déminage a vu le jour au sein du ministère de la Reconstruction. Une équipe, qui élit son quartier général au sein de l'usine Dognin, rue du Vauxhall à Calais, s'efforce chaque jour de sécuriser une zone truffée de vicieux engins de mort visant à la fois les personnes et les chars. Fin juillet 1946, on ne recense pas moins de 252 215 mines désamorcées dans le secteur littoral s'étendant d'Escalles à Oye-Plage. On sait à quel point cette bande entre terre et mer représentait pour les Allemands un enjeu stratégique dans la perspective d'un possible débarquement amphibie et aéroporté organisé par les Alliés. Ce débarquement militaire aura lieu finalement en Normandie mais le littoral du Pas-de-Calais avait été massivement équipé par l'occupant pour y faire face.

    DES MINES ENTERRÉES EXPLOSENT EN CHAÎNE AU FORT NIEULAY

    Cette vaste opération de déminage a causé le décès de six démineurs civils français et de soixante-douze prisonniers de guerre allemands. Deux accidents ont aussi provoqué leur lot de morts tragiques. Au Fort-

    Vert, quelques jours après la Libération, six personnes sont déchiquetées par des mines qui se trouvaient dans un terrain normalement interdit à la promenade, une autre reste handicapée à vie. Le 27 août 1945, une mine dite bondissante fauche deux démineurs rue d'Alger à Calais et en blesse gravement quatre autres. C'est un enchaînement de circonstances malheureuses qui provoquèrent la tragédie du 9 août 1946 au fort Nieulay.

    Ce quartier, alors encore très rural, a été investi pendant l'Occupation par les troupes allemandes qui y ont entreposé énormément de matériel. Avant l'intervention des démineurs travaillant officiellement pour les autorités françaises, le déminage s'est fait de manière plus ou moins «artisanale». C'est ainsi qu'un champ proche du fort Nieulay de Vauban avait été déminé par un valet de ferme aidé de soldats canadiens : des mines avaient été récupérées et empilées dans un fossé bordant la route et recouvertes de terre, sans avoir été désamorcées.

    La zone fut un temps balisé par des bandelettes blanches que le vent finit par emporter. Au printemps 1946, l'herbe a repoussé et plus personne - ou presque - ne se souvient de l'emplacement du dépôt.

    La municipalité décide alors de réparer la route de Boulogne, dont l'entretien a été négligé durant la guerre et qui se retrouve parsemée d'entonnoirs gênant la circulation.

    En ce début d'après-midi du 9 août 1946, des ouvriers des Ponts et Chaussées s'affairent à combler ces multiples avoir trous sans conscience du danger qui se trouve sous leurs pieds. Un camion benne déverse alors des gravats sur la route. Le poids de son chargement provoque alors l'explosion inopinée des mines enterrées. Le camion et ses deux occupants sont projetés à plusieurs mètres de là, les cinq ouvriers qui attendaient autour de l'entonnoir qu'ils s'apprêtaient à combler sont tués sur le coup.

    Le commissaire de police dépêché sur place accompagné d'un ingénieur des Pont et Chaussées se penchent sur les causes de la catastrophe : une mine antichar a sauté, ce qui a entraîné l'explosion d'autres mines qui étaient stockées aux alentours. Si le processus de déminage avait été réalisé de façon minutieuse, leur emplacement aurait été clairement délimité et André Gressier (24 ans), Émile Ringot (40 ans), Alfred Sailly (70 ans), Fernand Tristram (69 ans) et Georges Fossette (63 ans) n'auraient pas perdu aussi cruellement la vie. On peut être surpris par l'âge avancé de trois de ces ouvriers : en raison de la dureté des temps, chacun était contraint de gagner comme il le pouvait sa vie, quelle que soit sa situation personnelle.

    Quant aux occupants du camion, l'un s'en tire avec une simple luxation du pied tandis que l'autre doit être désincarcéré de son véhicule qu'il a fallu soulever pour l'en sortir.

    Ces deux travailleurs ont été très chanceux car ils auraient pu être broyés sous le poids de leur camion retourné. Sur la photo de René Ruet, on devine l'entonnoir provoqué par la déflagration : d'une profondeur de deux mètres sur un diamètre de plus de 15 mètres, il est entouré de traînées boueuses d'une longueur atteignant parfois cent mètres. Les remparts du fort Nieulay, situés à 200 mètres du lieu de l'explosion, ont même été maculés de masses terreuses. Des débris de corps durs non identifiés parsèment tout le terrain. Des curieux s'amassent mais, cette fois, l'emplacement est sécurisé - avec les moyens du bord. « J'ai réussi à identifier la position du lieu de l'explosion sur des photos aériennes ultérieures. J'aimerais reconstituer le parcours des victimes, mais ce n'est pas forcément simple. Si des descendants existent et se sou- viennent, je serais heureux qu'ils me contactent. Quelque part, ces cinq terrassiers calaisiens sont des victimes civiles de la Seconde Guerre mondiale... mais des victimes postérieures au conflit. En tant que telles, je pense qu'il faut garder le souvenir de leur tragique disparition. » plaide René Ruet, apôtre infatigable de la sauvegarde de la mémoire calaisienne. • MAGALI DOMAIN

    FORT NIEULAY Août 1946 : un dépôt de mines oublié fait cinq morts

    L'article du Nord Littoral relatant l'accident

    252 215 C'est le nombre de mines qui ont été désamorcées entre Escalles et Oye- Plage entre octobre 1944 et juillet 1946.

    DES MINES À LA PUISSANCE REDOUTABLE

    Les mines que les Allemands ont posées sur le territoire du Calaisis avaient une puissance redoutable. « Les plus courantes étaient la S. Mine 35, dite aussi mine bondissante : elle sautait à un mètre de hauteur avant d'exploser causant des ravages mortels dans un rayon de cent mètres » racontait Robert Chaussois, journaliste et historien local qui s'était spécialisé dans l'étude de la période de la Seconde Guerre mondiale. « Il y avait aussi la tellermine, mine antichar destinée en principe aux véhicules. Pour dérouter les détecteurs magnétiques, il y avait des mines en bois, en verre, en papier compressé, en béton, en bakélite... Beaucoup étaient piégées, reliées entre elles par des fils invisibles ».

    Un souvenir qui peut nous rendre plus compréhensible la situation actuelle de pays comme le Vietnam ou le Laos, encore pollués par des mines placées lors de guerres qui ont décimé les populations.

    FORT NIEULAY Août 1946 : un dépôt de mines oublié fait cinq morts

    Sur cette photo aérienne on voit l'endroit de l'explosion, bien située par rapport au fort Nieulay

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  • Des soldats allemands photographiés devant les ruines

    Seuls les soldats allemands s’y feront photographier rue Royale avec au fond à droite ce qu’il reste du beffroi du musée.

    Calais, tombé fin mai 1940, les Allemands ordonnaient l’évacuation totale de Calais-Nord et décrétaient la zone interdite. Du 20 juin au 5 juillet, la Kommandatur autorisait le retour des habitants pour récupérer des objets personnels. La visite très encadrée se faisait par quartier. Les Calaisiens découvraient leur ville broyée par les bombes. Les immeubles étaient en ruine. Il ne leur sera plus possible d’entrer dans Calais-Nord jusqu’en novembre 1945.

    Des soldats allemands photographiés devant les ruines

    Le beffroi du musée détruit

    Seuls les soldats allemands s’y feront photographier ci-dessus rue Royale avec au fond à droite ce qu’il reste du beffroi du musée. Ci-dessus en pleine bataille de Calais, ce groupe de soldats posait face aux ruines encore fumantes. D’autres photos montrent des officiers posant devant la Tour du Guet. Ces photos peuvent désormais être achetées sur les sites Internet spécialisés.

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  • Des galeries-abris sous le jardin Richelieu pendant la Grande Guerre

    Un des tapis-roulant servant à sortir la terre d’une des entrées, située rue de Strasbourg.

    Durant la Première Guerre mondiale, Calais non occupé était devenu un camp retranché avec des soldats français, anglais, belges en garnison. Calais était cependant bombardé par mer à partir de bâtiments de guerre allemands et par le ciel, dans un premier temps par des montgolfières puis par des avions.

    Des galeries-abris sous le jardin Richelieu pendant la Grande Guerre

    Le plan des galeries aménagées sous le jardin Richelieu.

    Six mètres de profondeur

    Pour protéger les civils et les militaires, de vastes abris étaient aménagés sous le jardin Richelieu, à six mètres de profondeur. Des galeries enterrées y étaient creusées par le Génie. 269 mètres de longueur au total avec 17 entrées distantes de 15 mètres en bordure des rues de Rome, de Strasbourg et d’Edimbourg afin de fluidifier les arrivées.

    Des galeries-abris sous le jardin Richelieu pendant la Grande Guerre

    Des soldats devenus terrassiers.

    Aujourd’hui murées

    Ces galeries étaient étayées à l’image de celles des mines de charbon. L’intérieur était divisé en 14 compartiments bétonnés pouvant contenir 2 000 personnes. L’aération était assurée par trois cheminées débouchant au milieu du jardin Richelieu et complétée par 16 ventilateurs à bras.

    Des galeries-abris sous le jardin Richelieu pendant la Grande Guerre

    Les entrées murées sont encore visibles de nos jours.

    Une fois la guerre achevée, les entrées étaient murées. Ces abris ne seront pas utilisés lors de la Seconde Guerre mondiale. Il n’y avait pas de civils dans Calais-Nord, décrété zone interdite, et l’armée allemande ne devait pas connaître leur existence. Ces galeries se sont-elles écroulées faute d’entretien ? Mystère !

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  • Calais: ce temps où le paquet de cigarettes coûtait alors 1,30 franc

    Ce débit de tabac s’appelait Le Régnier. Il se situait au nº68, chemin des Régniers, à l’angle de la rue du Brésil. Il était tenu par Émile et Marie-Louise Matton et sa femme. Ils le céderont à la fin des années 60. Le débit de tabac est devenu un restaurant. 1,30 franc (0,20 €) est le prix affiché sous les paquets de Gitanes rangés dans les rayonnages. On parlait moins à l’époque de cancer du fumeur et les paquets de cigarettes, encore colorés, n’arboraient pas ces mentions et images dissuasifs que l’on connaît aujourd’hui. Depuis peu, les marques sur les paquets se sont faites discrètes. Quant au prix affiché, ici en nouveaux francs, il a été multiplié par vingt (7 € en moyenne).

    Ci-dessous, le débit de tabac est celui de M. Revel au nº 119 du boulevard Victor-Hugo, photographié dans les années 1950 avec des prix en anciens francs.

    Calais: ce temps où le paquet de cigarettes coûtait alors 1,30 franc

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  • Calais : les rails et pavés du boulevard Lafayette en 1950

    Cette photo du boulevard Lafayette prise de l’angle de la rue des Prairies date du début des années 1950.

    Le 18 août 1940, les tramways cessaient de circuler. Leur exploitation battait financièrement de l’aile avant-guerre et voyait les difficultés s’accroître au début de l’occupation allemande. Si le réseau électrique aérien était rapidement démonté, les rails restaient en place jusqu’en 1956. Cette photo du boulevard Lafayette prise de l’angle de la rue des Prairies date du début des années 1950. Les rails et les pavés étaient le calvaire des cyclistes. Garée au premier plan, cette Matford était, comme toutes les automobiles de l’époque, de couleur noire et très gourmande en carburant : de 15 à 20 litres au 100 km. Les amateurs de vieilles voitures pourront reconnaître, garées derrière elle, une Renault Juva 4 et une Peugeot 302.

    Calais : les rails et pavés du boulevard Lafayette en 1950

    Boulevard Lafayette, une Renault Viva 4 suivait une traction-avant Citroën et une Peugeot 402 était garée à gauche.

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  • Calais : des pompes à essence en plein centre-ville

    Boulevard Victor-Hugo, la pompe à essence de la droguerie de M. Croin, au n° 79. Madame Croin y est photographiée en 1947 – VDN

    Lorsqu’un automobiliste britannique arrivant place d’Armes vous demande où faire le plein, difficile de lui répondre. Les pompes de M. Piat, à l’angle de la rue du Havre et la place d’Armes, vous reviennent en mémoire mais elles sont fermées depuis quelques années, de même que la grande majorité des pompes du centre-ville. Elles étaient pourtant nombreuses après-guerre.

    Boulevard Victor-Hugo par exemple, Jeannette Croin se souvient qu’elle était obligée durant la guerre d’aller tous les soirs à la police, place Crèvecœur, porter la manette des pompes pour la récupérer le matin.

    Calais : des pompes à essence en plein centre-ville

    Au n° 55 du boulevard Victor-Hugo se trouvait une autre pompe, elle aussi actionnée à la main, face au garage de M. Calmant, le propriétaire, qui pose avec ses mécaniciens. – VDN

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