• Il n'y a pas aujourd'hui de noms de rues de Calais qui datent d'avant le siège de 1347, ni même du temps de la domination anglaise. A moins qu'on ne veuille faire une réserve pour la rue de Thonis qui fut appelée ainsi lors de la reprise et dans le nom de laquelle on peut voir une abréviation du nom de baptême anglais Tony pour Anthony, Antoine. Cependant sur un plan de Calais sous les Anglais, elle porte le nom de St.-John Street. D'autres recherches nous apprendront peut-être la vérité. D'ailleurs les noms des rues de Calais sous les Anglais et antérieurement feront l’objet d'un second travail. Le nom indicatif des Boucheries a dû aussi être appliqué à la rue de ce nom depuis la translation de cet établissement dans cette rue en 1380 sous Richard II.

    Après la reprise, les dénominations anglaises furent changées en bloc ; presque toutes les rues du Nord de la ville reçurent des noms qui rappelaient le voisinage du port: rue des Mariniers, du Hâvre, de la Mer, du Paradis, du Port. La rue Française qui longeait le sud de la ville, indiqua le voisinage du l'ancienne frontière de France. Les rues du centre rappelèrent ceux qui avaient plus ou moins contribué à la conquête.

    Le plan complet de correspondance des rues donne la vue superposée du temps de l’occupation anglaise (avant 1558) et au moment de l’écriture de cette notice ( vers 1878).

     

    La vue superposée avec une photo actuelle de la ville vue d’avion ( vers 2008 ) est fournie sur le plan ancien sur photo actuelle des rues de Calais

     

    La vue à vol d'oiseau de Calais datant des environs de 1545-1550 montre l'entrée du port, la Lantern Gate ainsi que quelques rues donnant sur le port.

    Extrait de «Platt of the Lowe Cuntrey att Callais» . British Library

    par Thomas Petit, arpenteur géomètre à Calais.

     

    La rue de Boulogne (rue de la Citadelle, fut dite Royale, en l'honneur de Henri II ; la rue des Carmes, aujourd'hui rue Royale, rue Diane, en l'honneur de Diane de Poitiers ; la rue du Château, Castle Street, et notre rue de la Cloche devint la rue de Lorraine ; notre rue Notre-Dame la rue Cardinal en l'honneur, selon toute apparence, de Charles de Guise, Cardinal de Lorraine, frère de François de Guise qui sacra Henri II, fut le conseiller de François II et eut le malheur d’être l’un des principaux instigateurs des guerres civiles en France.

     

    La rue de Guise rappellera le héros du siège, la rue d’Andelot, l’un des plus brillants officiers de ce grand capitaine ; la rue de Thermes, le premier gouverneur de Calais, commandant malheureux de l'expédition de Gravelines. Il y eut la rue d'Anjou (du Cygne); la rue d'Orléans (Eustache de St-Pierre) : la rue d'Angoulême (des Prêtres) ; la rue du Maine, qui existait derrière Notre-Dame ; la rue d'Ecosse (rue des Juifs).

    Quelques autres rues indiquèrent des circonstances particulières : telles que les rues de la Rivière, des Deux moulins, de la Brèche (occupant jadis l'emplacement de la manutention), des BoucheriesSt-Nicolas on de l'Hôpital. D’autres reçurent des noms de saints, de particuliers, d'enseignes, telles que les rues St-Denis, St-Martin, Ste-Catherine, St-Michel, de Maître Rémond, de l'Ange, de l’Andouille, de la Calâdre, du Pélerin, de la Harpe.

    Remarque curieuse : on a débaptisé généralement les rues qui rappelaient les personnages du temps de la conquête ; seuls les noms de Guise et de Thermes ont été respectés.

    Les rues de Calais qui n'ont pas changé de noms depuis 1558 sont les rues des Mariniers, du Hâvre, de la Mer, de Thony, du Paradis, du Port, du Pèlerin, du Roule, de la Harpe, St.Nicolas, des Boucheries, Française, St-Michel, St-Denis, de la Rivière, des Deux moulins.

    La place du Marché, dite aujourd'hui place d'Armes, était déjà désignée sous ce premier nom au quatorzième siècle. A preuve le récit de Froissart, historien qui parlait avec connaissance de cause puisqu'il dit être venu plusieurs fois à Calais en son jeune temps. « Lors se partit des créneaux, messire Jean de Vienne et vint au marché, et fit sonner la cloche pour assembler toutes manières de gens en la Halle. »

    Sous les Anglais, c'était aussi Market place. Lors de la reprise, on l'appela grande place et Grand marché. On y trouvait le Pilory, la fontaine, l'auditoire, la halle et la petite place que nous nommons Marché aux herbes. La partie de cette petite place sise entre les rues des Boucheries et Notre-Dame a été désignée rue du Petit marché. J'ai trouvé dans un acte de 1669, que Mary Hurtrel était propriétaire d’un quart de la maison faisant le coin de la rue Cardinal (Notre-Dame) et faisant face à la rue du petit Marché. Sous la première république, cette petite place porta le nom de place Marat.

    La rue de la Citadelle fut longtemps la rue Royale dite de Boulogne ; à la fin du XVIIéme siècle, la dénomination de la rue de Boulogne a presque entièrement disparu des actes : on dit rue Royale ou de la Citadelle. Au XVIIIéme siècle, on ne l'appelle plus que rue de la Citadelle.

    Rue de la Citadelle, rue du Lion d’Or à gauche, rue des Minimes à droite

    La rue Royale, ancienne rue des Carmes, sous les Anglais, conserva longtemps le nom de Diane, en souvenir de la belle maîtresse de Henri II. En 1680, on lit encore dans les papiers du temps, rue de Diane, appelée vulgairement rue Diane. Elle ne tarda pas à perdre ce nom pour hériter de celui de rue Royale que lui légua sa voisine, la rue de la Citadelle. Nos révolutions firent successivement de cette voie, la rue Nationale, en 1790; la rue de l'Egalité, en 1793 ; la rue Bonaparte, en 1800 ; la rue Impériale ou Royale, en 1815, suivant les événements. En 1830, on essaya, après les glorieuses journées, de l'appeler Nationale, mais vainement. Je trouve à ce sujet une protestation dans le Journal de Calais du 4 août 1830. En 1848, il fut de mode de dire rue Nationale; quelques enthousiastes, aux premiers jours du second empire, voulurent en faire la rue Impériale. Mais l'habitude, plus forte que la politique, lui conserva le nom de rue Royale. En 1870, on ne pense pas un seul instant à la débaptiser.

     

    La rue de Guise a perdu cette dénomination pendant un certain temps. Au siècle dernier, on lui donnait généralement le nom de rue de la Prison, à cause de la Geôle et Prison qui occupait l'emplacement du moderne Palais-de-Justice. On ne désignait ainsi que la partie allant de la rue des Boucheries au portail de la Bourse des marchands de l'Estaple ou porte de Guise. La partie comprise entre cette porte et la rue Royale est toujours désignée petite rue de Guise.

    La porte de Guise, l’ancien passage vers Staple Hall, l’étape imposée aux marchands.

    L’Hôtel de Guise construit en l’année 1389

    Gravure par Demaisons d'après Garnerey

     

    rue Leveux fut la rue de l’Andouille ou des Andouilles depuis 1558 jusqu'au moment où les religieux de l'ordre des Minimes acquirent en 1611 les maisons et leurs dépendances comprises entre cette rue, les rues Française, de St-Martin et l'emplacement de l'hôpital militaire, pour y élever leur église et y installer leur couvent : elle prit alors le nom de rue des Minimes. Ce nom d'Andouille provient sans doute d'une enseigne. Au seizième siècle on l'appelait aussi rue des Petits Frères. C'est à tort que plusieurs auteurs ont écrit des Petites Foires, en interprétant mal le mot Frères, écrit d'une manière douteuse par les copistes du temps. Ce nom de rue des Petits Frères était probablement une corruption de la dénomination Little Friars Lane, petite rue des Moines, que lui donnaient les Anglais, à cause des Carmes qui y avaient leur chapelle et leurs cloîtres, comme je l'ai dit ailleurs. (Voir le Couvent des Carmes et l’ancien hôtel Dessin au Journal de Calais du 24 janvier 1880.). Lorsque les couvents furent supprimés en 1790, la rue des Minimes reçut le nom de rue de la Comédie, parce que la salle de spectacle s’y trouvait depuis 1772, Elle porte aujourd'hui celui de Leveux, en souvenir de la famille de ce nom qui y demeurait. Quelques personnes disent encore aujourd'hui rue de la Comédie, mais elles sont rares. Ce sont comme l'on dit (sans mauvaise intention d'ailleurs), des gens du temps passé.

    Au seizième siècle, la rue précédente se reliait à la rue de la Douane, alors rue de St.-Martin ou des Archers, par une petite ruelle qui se trouvait dans le prolongement de la rue du Hasard et qui venait aboutir devant le bâtiment de l'ancien couvent des Carmes. Cette ruelle alors sans nom était la rue conduisant à l'Etuve des Anglais ; elle a été couverte par une propriété particulière. La rue de St.-Martin était dite des Archers parce que les archers et arquebusiers de Calais y avaient leur maison, leur jardin et leur tir dans une partie du terrain limité aujourd'hui par les rues de la Douane du Hasard, de St.-Nicolas, terrain qui s'étendait jusqu'à la propriété de Madame Brullé-Legrand[1], inclusivement.

    Toute cette surface fut couverte en 1619 par les bâtiments et les dépendances du couvent des Capucins. La rue prit alors le nom de ces religieux, comme la rue de l'Andouille avait pris celui des Minimes.

    A la révolution, la rue des Capucins, devint rue de Thionville, en mémoire de la valeureuse résistance que cette ville venait d'opposer à l'ennemi. L'hôtel de la Douane y est situé : il a occasionné la dénomination actuelle.

     

    Je ne connais pas l'origine du nom de la rue du Hasard. Peut-être a-t-on voulu naïvement faire allusion à l'embarras que doit éprouver un étranger pour retrouver son chemin dans cette rue plusieurs fois brisée. Sous les Anglais, la rue du Hasard était un cul-de-sac qui s'arrêtait vers la maison de M. Dufeutrelle, épicier, où était autrefois la boulangerie des capucins. Ce qui le confirme, c'est le terrier de Miraumont qui en 1583, la désigne rue qui n'a point de bout dite sans bout, anciennement cul-de-sac, petite ruelle qui n'a point de nom joignant l'hôtel Dieu.

    La rue St-Nicolas est l'ancienne Maison Dieu Street des Anglais, rue St-Nicolas ou de l'Hôpital en 1558. Le nom de St-Nicolas ne lui vient donc pas de l’église mais de l'hôpital. Elle s'est appelée aussi rue de l'Esplanade lorsque au dix-huitième siècle, on eut fait démolir le long pâté de maisons et de jardins qui ont été remplacés depuis par la caserne D, en 1771, par le pavillon des officiers F, en 1777. Ce pâté couvrait une surface égale à celle comprise entre les rues Royale et Leveux. La rue St.-Nicolas ou de l'Hôpital était donc alors une belle rue bordée de seize propriétés et le nom de l'Esplanade était alors donné à la partie de ce carré disparu qui regardait la citadelle. L'église de St-Nicolas, située dans l'emplacement de la demi-lune 72 de la Citadelle, existait encore au milieu de son cimetière. Que l'on se figure un rectangle formé verticalement par le mur de la citadelle et par le côté du pâté de maisons supprimé ; puis horizontalement par la rue de la Citadelle et par la rue du Hasard prolongée (partie de l'ermitage) et on aura une idée de l'étendue de ce cimetière; mais n'ayant pas l'intention de faire l'historique de ce quartier, bornons-nous à dire que l'on a pieusement conservé le nom de St-Nicolas, souvenir encore vivace du Calais disparu ; que cette rue n'avait plus que trois maisons en 1698 ; et que sous la révolution, elle a reçu pendant quelque temps le nom de Champ de la raison.

    Comme la rue St-Nicolas, qu'elle continue au Nord, la rue du Roule faisait avec la rue du Pélerin partie de maison Dieu Street des Anglais. Elle était également bordée de maisons de chaque côté. A gauche, sur l'emplacement de la caserne D, se développait au seizième siècle le grand hôtel de Jean Choisnin, secrétaire-général de la chambre du roi et conservateur-général des domaines et finances de Calais et pays reconquis. II comprenait plusieurs corps de bâtiments, magasins, fournil, étables, cour, deux jardins et autres appartements répondant aux rues Royale (de la Citadelle), du Roule et à l'Esplanade. Cette partie de l'Esplanade, encore appelée comme sous les Anglais Grande place St Nicolas, St-Nicolas square, était située au nord du cimetière. On y arrivait du port par water grand street, rue du Canal, faisant suite à Water gate, Porte de l'eau, située à l'endroit de l'écluse de la Citadelle, vers le demi-bastion du cap Gris.

    Vue de Calais du temps de Henry VIII ( approx 1532 )

    Lithographie de J. Netherclift d’après l’original : London MS Cotton Aug I . ii ..70

    Vue de Calais du temps de Henry VIII ( approx 1532 )

    London MS Cotton Aug I . ii ..70

     

    Juste en face de la maison faisant actuellement le coin des rues du Roule et de la Citadelle, on pouvait voir en 1669 le portail et la chapelle des Dames Dominicaines, tenant l'hôpital St-Nicolas. A défaut de renseignement précis, je m'abstiendrai de rechercher l'étymologie du mot Roule, nom de cette rue depuis la reprise. En 1627, on écrit rue du Roole.

    En 1583, la rue du Pélerin n'était pas non plus la dernière rue au nord-ouest de Calais. La Porte de l'eauWater gate des Anglais, existait encore, car on cite dans le terrier de Miraumont la maison de Jacqueline Deslandes, veuve Vannier, propriétaire d'une masure toute ruinée, entrant en la rue et vieille porte ; nous reconnaissons là Water gand street des Anglais et Water gate. Entre cette vieille porte et la rue du Pélerin, il y avait la rue de la Brèche qui rappelait la trouée faite au mur d'enceinte par l'artillerie de François de Guise, furieuse canonnade qui faillit démolir l'église St-Nicolas, située dans l'axe de la batterie. La rue du Pèlerindoit vraisemblablement son nom à une enseigne. Si l'on s'en rapporte aux écrits du temps, on doit dire rue du Pèlerin et non rue des Pèlerins. Elle ne contenait, à la reprise de Calais, que des murs ou des places vagues. On ne commença à y bâtir que vers 1580.

    A cette époque, la rue des Cinq boulets n'avait pas plus de nom que de maisons. On la désigne alors sous la vague dénomination de ruelle tenant vers le rempart. On sait qu'elle doit son nom actuel à cinq boulets provenant d'un bombardement ; on les ficha dans un mur comme on a fait au coin de la rue de la Douane ancienne maison de Mme Maurouard, pour le premier boulet du bombardement de 1694, qui fut retrouvé lors de la réédification de la maison. En 1700, c'est déjà la rue des Cinq boulets avec huit maisons.

    Les noms des rues du Port, du Paradis et de Thony n'ont pas changé depuis la conquête. Cependant dans un acte de 1742, dressé par le greffier de la Ville Baudier, je les ai vu désignées sous les noms de personnes y demeurant : ainsi la rue du Port était la rue de M. Liné ; la rue du Paradis, celle de M. Laidez, un échevin dont j'aurai l'occasion de parler longuement prochainement ; enfin la rue de Thony, celle de madame Larmette. Dans un état de Calais, au commencement du dix huitième siècle, Pigault de l'Epinoy oublie de spécifier la rue de Thony, probablement à cause de son peu d'importance.

    J'ai lu dans une Histoire de Calais, que la rue du Soleil, Witt hill street des Anglais, fut nommée rue Maréchale en 1558 parce que le lord maréchal, l'officier qui commandait la garnison y avait son hôtel. C'est une explication plus facile que vraisemblable. J'hésite à croire que les Calaisiens de ce temps, encore tout échauffés de la lutte qui venait d'avoir lieu, aient voulu perpétuer la mémoire d'un officier de la nation vaincue. Il me revient que le premier gouverneur de Calais, Paul de Barthe, seigneur de Thermes, fut crée maréchal de France en 1558 : c’était une dignité fort peu prodiguée ; elle n’avait pas été conférée depuis 1554. Il faut plutôt penser qu’on voulait faire la cour au tout puissant gouverneur en nommant Witt hill Street rue Maréchale, comme on fait la cour au cardinal de Lorraine en appelant la rue Notre-Dame rue Cardinal. Les générations suivantes auront fait des rues Maréchal et Cardinal, les rue Maréchale et Cardinale comme elles ont fait les rues des Thermes et du Vic, des rue de Thermes et de Vic. Ce qui résulte clairement de l’examen des terriers des seizième et dix-septième siècles.

    Ce qui fortifie cette opinion, c’est que Giraut de Gourdan, qui eut le gouvernement de Calais après la courte administration du Vidame de Chartre, possédait les deux extrémités de la rue Maréchale, vers le rempart. Pierre de Miraumont désigne ainsi ces propriétés : « Une maison fort ruinée, avec jardin sur le rempart, aboutissant à la rue de Thony ; plus trois magasins en face aboutissant d’un côté aux remparts et de l’autre au jardin des hoirs de Michel du chef de la ville. » Ces propriétés morcelées depuis appartenaient encore en partie en 1623 à messire Giraut de Gourdan, héritier de l’ancien gouverneur ; et l’une d’elle à un François Bidosan, peut-être un fils de celui qui ne sut empêcher le sac de Calais par les espagnols, et par conséquent un parent du précédent. Il est très probable que le populaire n'a pu s'empêcher de désigner par la dénomination de Maréchale une rue qui possédait les propriétés du commandant des troupes, du maréchal de Calais.

    Ce qui est bien plus certain, c'est qu'à gauche de cette voie, en entrant par la rue de Lorraine ou de la Cloche, il n'y avait en 1583 que quatre grandes propriétés, en y comprenant la maison de M. Couvois, épicier. la deuxième consistant en cave, salles basses, salles hautes, grenier au dessus, avec cour, puits, aisances, circonstances et dépendances, appartenait à Gondran de Verdusan, écuyer; seigneur de Colombel en Gascogne, fils unique de François de Verdusan, l'un des Gascons qui s'établirent à Calais après la conquête. Cette maison portait la mirifique enseigne du Soleil d'or. C'est à cette enseigne que la rue du Soleil doit son nom actuel.

     

    Les rues de la Harpe et de la Calandre (actuellement rue du Lion rouge), durent leurs noms à des enseignes. Remarquons que voici déjà cinq rues du vieux Calais dont les noms sont communs avec ceux des rues de Paris. Nous avons déjà cité les rues de St-Martin, de l'Andouille, du Roule, de la Harpe, de la Calandre; nous rencontrerons les rues de Cléry, d'Écosse, St-Denis, St-Michel, Ste-Catherine, Française, du Maine. Sans attacher à ce rapprochement bizarre plus d'importance qu'il n'en mérite, il faut avouer qu'un Parisien chargé de baptiser nos rues n'eut pas mieux fait que le hasard.

    Comme la rue du Soleil, la rue de la Cloche a perdu une noble désignation pour une appellation vulgaire. C'était jadis Castle street, la rue du Château. Bien plus longue en ce temps là, elle allait aboutir au château, à l'extrémité Nord-Ouest de la citadelle, après avoir traversé le Nord de la place St.-Nicolas et ensuite quatre ou cinq rues parallèles à celles que nous venons de citer. Avant d'arriver au pont-levis de l'antique forteresse, elle coupait à angles droits la belle, spacieuse et marchande rue de Boulogne Gate, voie qui allait directement du Front Nord à la porte de Boulogne, la porte de Secours de nos jours, en suivant à peu près la ligne tracée par la façade de la caserne de la citadelle.

    Réduite de près de la moitié par suite de la démolition de cette partie de la ville en 1558, Castle street devint la rue de Lorraine, en l'honneur de l'illustre maison du libérateur de Calais. Au dix-septième siècle, cette désignation est battue en brèche par celle de la Cloche. La Cloche était l'enseigne d'une maison située à gauche de la rue de Thony en entrant par la rue de Lorraine, maison qui appartenait à un Jean de Courbot de l'écluse d'Oye. Elle est citée en 1688, maison de la Cloche, à côté de Bourguignon. Un notaire de ce temps, entraîné par la force de l'habitude, écrit sans sourciller « une maison sise en la rue de la Cloche »; mais, en se relisant, il s'aperçoit qu'il vient de pécher contre la règle et il ajoute en marge « rue de Lorraine, dite de la Cloche ». Il y avait aussi au seizième siècle, au coin de la rue du Port, une autre enseigne, la Cloche percée.

    Lefebvre écrit quelque part rue de la Cloche, de Lorraine ou de Han. Je n'ai vu nulle part trace de cette dernière dénomination. Il y a bien eu en 1608, un mayeur du nom de Georges Du Han, propriétaire sur la place du Marché en 1588. J'en parlerai plus longuement à l'occasion de la rue du Cygne.

    La rue de la Mer, Staple Street des Anglais, parce qu'elle se trouvait en face de la maison où étaient la justice et l'estaple des marchands de cette nation, notre hôtel de ville actuel, fut au dernier siècle la rue du Vieil major. On lui a restitué son ancien nom lors de la réouverture de la porte de la Mer, qui avait été murée quelque temps après sa construction, vers la fin du règne de Louis XIII.

     

    La rue du Hâvre est dite de la Lanterne en 1583, parce qu'elle conduisait à la basse et massive porte de ce nom. Bâtie par les Anglais, améliorée plus tard par les Espagnols, cette porte était autrefois surmontée d'une lanterne, en guise de phare. Les Anglais disaient Lanthorn Gate street. C'est toujours la rue du Hâvre depuis cette époque.

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