• 10 novembre 1914 : un nouveau gouverneur pour Calais

    10 novembre 1914 : un nouveau gouverneur pour Calais

    Ce gouverneur n’était autre que le général Bérard, du cadre de réserve – l’homme était un ancien combattant de la guerre de 1870. A partir d’octobre 1914, confronté à l’afflux d’une partie de l’armée belge en déroute et de milliers de réfugiés civils venant des régions envahies par les Allemands, le général s’efforce de répondre aux instructions de sa hiérarchie, qui lui enjoint de faire évacuer avec diligence tous ces nouveaux arrivants, soit pour leur faire réintégrer le service, soit pour qu’ils soient transférés vers d’autres régions françaises, moins stratégiques.

    Le général Bérard limogé

    Tâche difficile au point de vue logistique et humain. Travailler à l’expulsion sans heurt de certaines familles, notamment celles appartenant aux catégories sociales élevées ou comprenant en leur sein un ou plusieurs officiers, demande habileté et diplomatie. Si le général Bérard a fait du mieux qu’il a pu, ses ordres ont parfois déplu et des plaintes ont été déposées à son encontre à l’état-major, tant et si bien que le 28 octobre, il est suspendu de ses fonctions, un certain colonel Paty devant le remplacer. La situation n’excède pas 24 heures et reste secrète car le général Bérard peut en définitive garder son poste en démontrant l’iniquité de son éviction, dans la mesure où ses ordres sont absolument conformes aux instructions du gouvernement belge lui-même.

     

    Fort de son maintien en tant que gouverneur de Calais, le général Bérard émet le 3 novembre 1914 un ordre particulièrement rigoureux, stipulant que « tous les permis de séjour délivrés depuis moins de trois mois sont annulés. Toute personne sans permis de séjour a trois jours pour quitter le camp retranché ». Cette décision doit aller dans le sens d’une accélération des opérations d’évacuation. Elle va surtout hâter sa propre relégation. En effet, deux jours plus tard, il est définitivement limogé pour céder le pas au général Ditte, qui restera en place jusqu’à la fin de la guerre.

    Albert Chatelle et Gaston Tison nous donnent quelques éléments biographiques concernant ce militaire : sorti de Saint-Cyr un des premiers de la promotion de 1881, il a participé à une mission topographique en Nouvelle-Calédonie avant de prendre part, suite à un stage à l’Ecole de Guerre, à la conquête de Madagascar. Nous sommes en 1895. Il est alors chef d’état-major de la brigade d’infanterie de marine. Il reçoit la Croix de Guerre lors de la prise de Tananarive. Il est ensuite brièvement affecté au ministère de la Guerre avec le grade de lieutenant-colonel mais l’attrait des colonies le reprend.

    En 1905, Albert Ditte est colonel du 3° régiment de tirailleurs tonkinois et chef d’état-major du général Archinard. Il lui faut cinq ans pour acquérir les cinq étoiles de général de brigade dans la coloniale. De 1911 à 1914, il prend part à la conquête du Maroc, où il est promu officier de la Légion d’Honneur à la prise de Fez. Au moment de l’entrée en guerre, il est l’un des adjoints de Lyautey et dirige une brigade de chasseurs marocains aux batailles de l’Ourcq et de l’Aisne. C’est donc un militaire en pleine activité qui arrive à Calais, contrairement au premier gouverneur.

    Les Allemands bloqués

    sur l’Yser

    Dans les journaux locaux, on explique que le général Bérard ne peut plus exercer ses fonctions pour raisons de santé, et on rend hommage à « son calme impassible, sa bonté, sa courtoisie qui l’ont fait aimer de tous ». Pour le général Ditte, la nomination au poste de gouverneur de Calais est auréolée d’un certain prestige, étant donné la position stratégique de la ville dans le mouvement global des troupes sur l’échiquier européen.

    Rappelons que depuis la retraite de l’armée allemande consécutive à la contre-offensive française de la Marne, une "course à la mer" s’est engagée. A partir du mois d’octobre, Calais est devenue une cible prioritaire pour les Allemands, mais qui apparaît comme une piètre solution de rechange tactique pour une armée qui a échoué à s’emparer de Paris. Les Français et les Anglais accusent le Kaiser de vouloir faire un coup de théâtre inutile. Pourtant, la menace a bien été réelle, jusqu’à ce que, grâce à l’inondation de l’Yser début novembre 1914, la route vers Calais et les autres ports français de la Manche et de la mer du Nord soit barrée pour les Allemands.

    On lit dans le Phare de Calais du 28 octobre ce texte, au ton très narquois : « Les journaux allemands et hollandais sont remplis des inventions dues à l’imagination de l’état-major allemand qui pense probablement effrayer tout le monde. On n’entend plus parler que de flottilles et d’escadres de zeppelins phénoménaux qui réduiront en bouillie les fortifications les plus solides. Toute la mer du Nord et le détroit du Pas-de-Calais, la Manche vont être encombrés de mines d’une puissance extraordinaire. Des sous-marins en nombre incalculable se promèneront aux abords des côtes anglaises, puis, pénétrant dans les ports, enverront par le fond tous les bateaux de commerce, les croiseurs et les dreadnoughts. Et pour compléter ce formidable armement, les Allemands placeront sur la côte du Blanc-Nez un ou plusieurs énormes canons d’une puissance inconnue jusqu’à présent, dont les projectiles détruiront les forts de Douvres en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire ». 

     

    Certes, l’ennemi n’installera jamais ses canons à Calais. Mais la ville aura bien droit à ses zeppelins, et le détroit à ses sous-marins.

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  • Commentaires

    1
    ElizabethR
    Mardi 17 Avril 2018 à 14:18

    Bonjour,

    Je voulais juste vous dire que je n'arrive pas à lire les caractères sur le fond bleu foncé. Il n'y a pas assez de contraste. Il faudrait faire l'inverse : caractères jaunes sur fond bleu foncé. C'est dommage de ne pas pouvoir profiter de votre beau travail.
    Cordialement

    Elizabeth

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