• 16 octobre 1888, l'explosion du "Ville-de-Calais"

    Parmi les événements qui ont fait date à Calais à la Belle Epoque, on compte malheureusement deux catastrophes liées au progrès, celle du pétrolier VILLE-DE—CALAIS et celle du sous—marin PLUVIOSE.

     En 1886 le port de Calais a été ouvert au trafic pétrolier et la Maison Paul Paix et Cie, de Courchelettes, près de Douai, a été autorisée à installer deux réservoirs d’une capacité de 27 000 hectolitres. Pour assurer ses importations régulières de pétrole américain, cette société a fait construire un pétrolier en acier le VlLLE—DE-CALAIS, comprenant seize compartiments contenant le précieux liquide qu’on décharge en trois jours à l’aide d’une pompe à gaz.

     Le trafic pétrolier entre Philadelphie et Calais s’effectue sans incident jusqu’au 16 octobre 1888 à 21 heures lorsque le VILLE—DE—CALAIS vient d‘achever la livraison de sa septième cargaison au bassin Ouest.

     A cette heure précise le pétrolier est tout a coup secoué par une formidable explosion. La déflagration est si forte qu’à Calais— Nord d’ innombrables carreaux volent en éclats, les portes s’ouvrent seules des tuiles voltigent un peu partout et le gaz s’éteint.

    16 octobre 1888

     

    Le "Ville-de-Calais" après l'explosion qui ébranla Calais

    En quelques instants toute la population est dehors s’interrogeant sur la cause de ce branle—bas de fin du monde. On est vite fixé par la puissante lueur rougeoyante qui émerge du bassin ouest: le VILLE—DE-CALAIS a sauté, et brûle à son appontement.

     La nouvelle se répand en ville comme une traînée de poudre et une ruée inimaginable déferle vers le lieu du sinistre.

     Le spectacle est à la fois tragique et grandiose. Le pétrolier en feu a été coupé en deux par l’explosion. L’avant a volé en éclats tandis que la partie arrière est demeurée intacte. Une quantité de débris et de tôles a été projetée à la ronde sur les toits des maisons ou sur les autres navires amarrés au port.

     Tandis que la foule commente la catastrophe, les secours s’organisent: pompiers, police, fantassins, artilleurs, personnel du port, représentants de la Marine, sont rapidement à pied d’œuvre. On craint en effet que le terrible accident n’ait provoqué de nombreuses victimes.

     

    Heureusement, il n’en est rien. En ce dernier jour d’escale, le Commandant Gombert a donné quartier libre à la majeure partie de l’équipage composé de 29 marins. Cependant on déplore la mort de trois d’entre eux: un lieutenant, un matelot et le troisième mécanicien.

    On compte également quelques blessés: un pioupiou du 8e de Ligne en patrouille sur le quai a eu une jambe brisée par un morceau de tôle, le chauffeur du navire a aussi les jambes broyées.

     Plus heureux, les quelques marins regroupés dans la partie arrière du navire, comme le commandant ou le mousse, s’en sortent indemnes.

     Le lendemain, au jour, on peut constater l’étendue des dégâts: un navire norvégien proche du pétrolier a eu son mât brisé et est très endommagé, le remorqueur HERCULE a subi de nombreuses avaries, une rame d’une soixantaine de wagons en stationnement sur le quai est fortement endommagée, sans compter les nombreux dégâts subis par les maisons de Calais-Nord et notamment du quartier de la Citadelle. Partout dans les environs du bassin Ouest on retrouvera des débris du navire. Une plaque d’acier longue de 13 mètres et pesant une tonne a survolé tout le bassin pour aller se ficher dans le sol de l’autre côté.

     L’enquête ne parviendra pas à établir les causes exactes de l’explosion. On pense que le gaz contenu dans les cales au lieu d’être évacué par la tuyauterie spéciale a pu se répandre sur le pont par un panneau étanche et il n’aurait fallu qu’une poussière incandescente pour provoquer la terrible déflagration.

     Les cadavres affreusement mutilés des deux victimes — le troisième corps ne sera retrouvé que quinze jours plus tard — sont transportés à la morgue et l’enterrement a lieu le 19 octobre au milieu d‘une foule estimée à 8 000 personnes.

     La partie arrière du VILLE—DE—CALAIS demeurée intacte sera remise à flot grâce à une cloison étanche pour être prise en charge par des remorqueurs anglais et être conduite à Newcastle où elle devait être assemblée à l’avant d’un pétrolier en chantier. Malheureusement une tempête empêchera ce morceau du VlLLE-DE-CALAIS d’arriver à bon port et le navire fera cinq victimes supplémentaires au cours de son naufrage.

     Pour remplacer la perte de son navire—citerne, la Société Paul Paix fera l’acquisition, deux ans plus tard, d’un nouveau navire baptisé VlLLE-DE-DOUAI lequel aura une carrière heureuse au cours de laquelle il effectuera 106 voyages entre les USA. et Calais.

       

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