• 1er bulletin de la Société historique du Calaisis

    COMITÉ PROVISOIRE

    Mrs G. HEMBERT, président.

     L. GUYOT, vice-président.

    H. LEMOINE, secrétaire général.

     J. SEGUIN, secrétaire.

     L LEDOUX, trésorier.

    C. LANDRIN, archiviste.

    MEMBRES BIENFAITEURS

     Mrs  VENDROUX.

                  VINCENT.

    MEMBRES FONDATEURS

    Mrs les Membres du Comité.

    BRETON.

    CHATELAIN.

    PILLETS.

    MEMBRES HONORAIRES

    Mrs  ADAM. BERTRAND CHAMPION. CLAIS. COURTAIGNE DARQUER. Mme DAYMA. Mrs DEBROUWER. DECUPPE. DELADRIÈRE. DENQUIN. DEROIDE. DUBOIS A. DUBOIS P. DUMONT. FRANÇOIS I. FRANÇOIS L. HAUMESSER. LAFORCE.

    Mrs  LECLAIR. LEFEVRE-PONTALIS. Mme LEMOINE. Mrs LEMOINE J. LETAILLEUR. MORIEUX. NORDMAN. NORREEL, de PAS. PEUMERY, PIGAULT de BEAUPRÉ POURCHEL. RIECHERS. SENEZ. SERGEANT. THOREZ. VERNEZ. WOOD.

     

                      PREMIERE ANNEE ---- N°1.                                                        FEVRIER 1914

  • BULLETIN

    Ces Convocations pour la première réunion, qui aura lieu dans le courant du mois de Mars, seront envoyées incessamment.

    A nos membres

    Le Comité est heureux de porter à la connaissance des Membres de la Société l'adresse suivante qui nous vient des Antiquaires de la Morinie :

                                                                                                                     Saint-Omer, 4 Février 1914.

    Monsieur le Président,

    Les Antiquaires de la Morinie ne sauraient rester indifférents à la fondation de l'a nouvelle Société Historique du Calaisis. Le passé de ce pays, voisin de celui qui forme le champ principal de leurs études, a d'ailleurs été déjà pour eux l'objet de plusieurs publications. Quand, dans celle région du nord, est née en 1831, la société audamaroise, elle fut heureuse et fière d'accueillir la collaboration des localités voisines, et il lui plaît de rappeler que la ville de Calais lui apporta un appoint important dans ses premiers travaux. Les noms de ces correspondants : MM, 8 Pigaull de Beaupré, Ch. et Il. de Rheims, Dufaitelle, Durand, Francia et Henneguier sont encore familiers à ceux qui s'intéressent à l'histoire des deux villes. De même que son histoire, le sol du Calaisis avait été pour les Antiquaires de la Morinie l'objet de fructueuses explorations.

    En 1843, des fouilles furent organisées à Beaumarais et à Marck ; dès lors, les membres de Calais constituèrent un comité autonome, chargé de diriger les fouilles et de centraliser les communications.

    Notre Société considère donc, Monsieur le Président, que ces titres sont pour elle de nature à former un lien étroit avec votre société historique : aussi est-elle heureuse d'adresser à la jeune Compagnie l'expression de sa plus confraternelle sympathie et des vœux qu'elle forme pour sa prospérité.

    L'histoire si mouvementée de votre cité est susceptible d'apporter encore de précieux éléments aux travailleurs ; aussi nous ne doutons pas qu'une place remarquée soit réservée à vos publications dans la bibliographie des Sociétés Savantes du Nord de la France.

     Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'assurance de ma considération la plus distinguée.

                         Pour le Président et les membres du bureau  de la Société des Antiquaires de la Morinie,

                                                                                                             Signé :

    J. de Pas, secrétaire-général

     Que Monsieur de Pas, un de nos premiers membres, et ses collègues trouvent ici l'expression de nos plus sincères remercîments ; c'est pour nous un honneur de recevoir les souhaits de la région du Nord. Nous nous efforcerons de justifier ses flatteuses prévisions, mais pour cela, il nous faut la collaboration effective de tous nos membres. S'intéresser au bulletin, c'est bien; mais collaborer à sa rédaction en envoyant des articles, des notes, c'est encore mieux ; voilà ce que nous nous permettons de demander à nos collègues et nous sommes persuadés que notre attente ne sera pas déçue.

     

                                                                                                                               LE COMITÉ.    


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  • Sous l'ancien régime, l'Instruction Publique, au sens actuel du mot, n'existait pas ; quelques instituteurs, payés maigrement par les villes, enseignaient bien aux enfants « le rudiment » à grand renfort de coups de férule, mais l'instruction secondaire se faisait soit, pour les riches, sous la direction de précepteurs ecclésiastiques, soit dans les couvents.

    Ces derniers seuls pouvaient s'offrir le luxe d'une bibliothèque ; nous disons bien « le luxe », car les livres coûtaient alors beaucoup plus cher qu'aujourd'hui; de plus, l'on trouvait facilement parmi les religieux l'érudit patient et consciencieux qui présidait aux destinées de la Bibliothèque. Nous citerons comme exemple fameux la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Victor de Paris, ouverte aux étudiants tous les jours comme les bibliothèques modernes et qui comptait en 1789, 1800 manuscrits et 50.000 imprimés.

     La Ville de Calais possédait à la veille de la Révolution, entre plusieurs autres, les couvents des Minimes établis en 1558, et des Capucins arrivés en 1620; on y donnait l'instruction et tous deux possédaient une bibliothèque.

     Nombre de volumes provenant des Capucins se trouvent à la Bibliothèque de Calais, avec la mention : Aux Capucins de Calais, (1), ou : Ex Bibliotheca P. Capucinorum; pour les Minimes, nous avons mieux, c'est le catalogue de leur bibliothèque en 1719, déposé au greffe le 27 février 1790 par Charles -Joseph Andry, le supérieur, en raison de la loi du 14 Novembre 1789 (2) : « ...Dans tous les monastères... où il existe des bibliothèques... les dits monastères seront tenus de déposer aux greffes... des municipalités les plus voisines des états et catalogues des livres qui se trouveront dans les dites bibliothèques... »

    Ce catalogue comprend 145 folios ; il est ainsi intitulé : « Bibliotecae Patrum Minimorum Caleti novus index, pro facullate loci « commoditate visitationis et utilitate studiosi facili methodo digestus, 1749. » Il renferme 15 séries comprenant 2140 volumes, les voici: A, Sacra Scriptura. — B, Concilia et Juristae. — C, Sancti Patres — D, Interprétés Sacrae Scripturæ. — E, Theologi, — Scholastici. — F, Casuistae. — G, Concionatores. — II, Spirituales. — I, Historici Sacri. — L, Historici prophani. - M, Controversistæ. — N, Humanistae. — 0, Philosophi et Medici. - P, Libri Extraneorum Idiomatum. — R, Libri Prohibiti.

    Ce serait un bon cadre pour la série : Théologie, d une bibliothèque encyclopédique moderne ; à la fin sont les certificats de bon entretien des Frères Visiteurs qui inspectèrent le couvent de 1750 à 1789. Nous avons bien aussi à la bibliothèque un manuscrit (no 60), portant: « Fonds venu des Capucins », qui contient 534 volumes dans l'ordre alphabétique des auteurs, mais il est probable que ce catalogue ne fut rédigé qu'après la disparition du couvent par le séquestre.

    (1)Notamment, les deux incunables.

    (2)Bibl. Calais, Ms 67.

    Le 17 avril 1791, le district de Calais envoyait au département le relevé total des livres et titres trouvés dans les maisons religieuses; il s'établissait ainsi:  

     

    Capucins                                           2119 livres                                           11 liasses de titres

    Minimes                                           2140                                                   74           

    Bénédictines                                   200                                                        25

     Dominicaines                                  Néant                                                    22

     Carmes d'Ardres                           323                                                        35  

    Bénédictines d'Ardres                   74                                                          102  

    Abbaye de Licques                        326                                                         832

    Le total pour le district de Calais s'élevait donc à 5.182 livres et 1101 liasses de titres. (1) Le citoyen Berruet exécuta le catalogue des Minimes pour lequel il reçut 270 livres. (Octobre 1791).

    Les émigrés et ci-devant nobles furent aussi dépouillés ; notamment le duc de Charost ; il est vrai que plus tard il lui fut rendu 147 ouvrages. 

    Ces livres furent laissés provisoirement dans les bibliothèques des Minimes et des Capucins. Le district payait 24 livres par mois pour leur location aux acquéreurs de ces immeubles. En 1794 fut nommé un « commissaire bibliographe » du district, ce fut Grégoire Goyer.

    Ce premier bibliothécaire de Calais mérite de nous arrêter un instant, car c'est une curieuse figure de la Révolution dans notre ville.

    Né en 1742 de François Goyer et de Marie-Antoinette Daudenthun, Grégoire Goyer entra aux Capucins de Calais ; il dut mener 1:'1 pendant de longues années la vie calme et studieuse du cloître, mais les idées nouvelles s'infiltraient même dans les couvents, peut-être Goyer les admit-il trop vite au gré de ses supérieurs, toujours est-il qu'il quitta la communauté en avril 1790 et se réfugia chez les frères des Ecoles Chrétiennes. Il était très goûté à Calais comme confesseur et comme prédicateur; sa tolérance, ses idées larges lui avaient valu la place d'aumônier des « Amis de la Constitution D, et de la Garde Nationale, lorsqu'en mai 1790, l'évêque de Boulogne, Mgr de Partz de Pressy lui retira le droit de prêcher et de confesser ; la municipalité adressa aussitôt une lettre suppliante à l'évêque, lui faisant remarquer que le père Goyer n'avait fait que profiter des décrets autorisés par le Roi. Mais Mgr de Pressy n'admettait pas cette conduite; ce n'était sûrement pas un partisan de la Révolution, ses 78 ans, dont 47 d'épiscopat, l'empêchaient de pactiser avec les idées nouvelles. (2)

    (1) Arch. Comm. L. Série T.

    (2) Fonte et Reboul. Calais sous la Révolution. — 1889. — p. 70-72.

    Le père Goyer se vit donc forcé de choisir entre l'Eglise et la Nation; il opta pour cette dernière et le 30 janvier 1791, avec les abbés Faudier, Gavet et Modewyck, il prêta serment à la Constitution, jurant d'être fidèle « à la Nation, à la Loy, au Roy. » Ce furent les quatre seuls prêtres réfractaires de Calais. (1) Le 15 mai 1791, Faudier fut élu curé de la ville, et Goyer partit pour Saint-Omer où il devint vicaire de la paroisse Saint-Bertin.

     Le 30 septembre 1793, revenu à Calais, il fut nommé vicaire à Notre-Dame par son ami Faudier, qui avait épousé en juin, une demoiselle Dubreuil. Le 18 novembre, tous deux brûlèrent leurs lettres d'ordination au pied de l'arbre de la liberté, se séparant ainsi définitivement de l'Eglise catholique. La déclaration de Goyer, écrite et signée de sa main, est à la Bibliothèque. Malgré ses erreurs religieuses, l'abbé Goyer était un érudit et un travailleur; ce qui lui valut au commencement de 1791 d'être nommé, comme nous l'avons dit plus haut, commissaire bibliographe du district. En raison de sa surdité qui l'empêchait de remplir ses devoirs de vicaire, il avait demandé cette place par lettre du 25 février 1794. Ce n'était pas une mince besogne ; près de 6.000 livres étaient à débrouiller et à classer selon les instructions du 15 mai 1791 et du 27 janvier 1794. Ces décrets, très explicites, donnaient tous les renseignements nécessaires sur la confection des fiches et des catalogues, et il fallait s'y conformer sans retard.

    Le 19 floréal an II (8 mai 1794) Goyer se transporte au dépôt des livres et constate que, malgré les ordres donnés « les Bénédictines et les Dominicaines ne faisaient qu'un corps avec les Minimes, les Carmes et les Capucins, à l'exception des Prémontrés de Licques qu'on a laissés isolés ». Devant ce fouillis, il propose à l'administration :

    1°) Le transport des livres dans « la ci-devant maison des frères d'Ecoles » (rue du presbytère) en se réservant comme lieu de travail « le ci-devant presbytère.

    2°) D'obtenir gratuitement toutes les fournitures de papeterie nécessaires, dont 700 cartes à jouer qu'il avait déjà retenues au « Café National (2).

     3°) De pouvoir faire fouiller les cabinets d'histoire naturelle du district.

    4°) De faire requérir des menuisiers pour confectionner des « banquettes », c'est-à-dire des rayons.

    (1) Bib. Calais. Ms Pigaut de Lépinoy  t. V. p. 22.

    (2) La circulaire du 15 mai 1791 prescrivait en effet de se servir de cartes à jouer en guise de fiches.

    Goyer présida donc au déménagement des livres, mais constata avec « douleur et indignation «  que beaucoup d'ouvrages avaient disparu, surtout parmi les plus richement reliés de la bibliothèque du duc de Charost. Il attribue cela « à une ignorance crasse ou à une cupidité mal entendue ». Il établit son bilan : 3.665 ouvrages formant 5.291 volumes, en plus 171 livres d'église, (missels, antiphonaires, etc.) et 566 de rebut, ce qui fait un total de 6.028 volumes (1). Il avait bien tout fait pour ne rien omettre, jusqu'à faire annoncer, au son du tambour, que ceux qui auraient encore des livres prêtés par les religieux, aient à les lui rapporter.

    Signalons en passant que les deux maisons occupées par Goyer et sa bibliothèque étaient destinées d'abord par la municipalité à un hôpital pour les « galleux et vénériens. » (2)

    Il existait donc, à la fin de 1794, un catalogue des livres réunis à Calais. Les fiches avaient été envoyées à la Convention, le registre alphabétique était resté ; nous l'avons encore maintenant. (3) C'est un volume de 223 pages, où tous les livres sont rangés dans l'ordre alphabétique strict; il est tout entier de la main de Goyer. Sur les 3.665 ouvrages qu'il contient, 147 sont marqués d'une croix (t). Ce sont ceux qui furent rendus au comte de Charost, par ordre de la municipalité de Calais du 29 thermidor an IV 16 août 1796).

    Au commencement de 1795 (pluviôse an III), Goyer reçut la clef du dépôt des livres afin qu'il pût s'en occuper; mais l'humidité avait déjà fort endommagé nombre de volumes et par délibération du district du 19 pluviôse an III (7 lévrier) on s'occupa de chercher un autre local. Les administrateurs songèrent alors à se faire donner une subvention de 5 ou 6.000 livres par la Commission de l'Instruction Publique ; celle-ci refusa. Les livres furent néanmoins transportés dans la maison des Frères des Ecoles Chrétiennes, contiguë au presbytère.

    Le 9 ventôse an III (27 février 1795) la Commission exécutive de l'Instruction Publique remerciait le district de l'envoi des cartes libellées selon les règles, mais donnait l'ordre que l'on dressât aussi le catalogue des livres d'Eglise et de ceux mis au rebut ;

    (1) Calais. — Arcli. Comm. L. Série T.

    (2) Calais. - Arch. Comm. Copie de lettres de la Municipalité (14 floréal an II au 29 vendémiaire an III).

    (3) Calais. - BibI. Comm. Ms 59.

    Elle ajoutait qu'il en sera fait un triage, car tous les ouvrages ne sont pas de nature « à entrer dans la composition d'une bibliothèque républicaine, niais cette opération délicate est réservée à une commission de savants... » (1).

    L'organisation de la bibliothèque fut terminée le 5 fructidor an III (22 août 1795) et le 7, Goyer était nommé préposé au triage des titres à Arras. Il quitta avec regret son travail, espérant bien y revenir vite, car, comme il écrivait aux administrateurs du district : « Je ne suis plus sourd, quand j'y travaille»

    Un mois après, le 6 vendémiaire an IV (28 Septembre 1795) il lut remplacé provisoirement par Le Poittevin, receveur de la douane.

    Nous avons du 12 floréal an IV (1er mai 1796) une sorte de petit rapport sur la bibliothèque de Calais (2). Il y est dit que le local est propre, bien aéré et éclairé; les livres y sont bien rangés, le public y vient volontiers. Les dépenses totales à cette date s'étaient élevées à 8.877 livres, 4 sols, 8 deniers. Bref, la municipalité se montrait satisfaite.

    Mais pendant les années 1797 et 1798, la Bibliothèque perdit par suite de différentes circonstances la plupart de ses ouvrages intéressants. Dès le 23 pluviôse an III, la Convention avait décidé qu'il faudrait rendre aux émigrés et nobles rentrés en grâce les biens dont ils avaient été privés « le respect des propriétés étant le Palladium de la Liberté ». La bibliothèque dut donc rendre, comme nous avons vu, 147 ouvrages au comte de Charost, et 662 à un certain anglais, Beckfort, grand partisan de la Révolution, paraît-il, et riche propriétaire (3) ; puis ce fut le 11 fructidor an VI (28 août 1798) la remise pour l'Ecole Centrale de Boulogne d'ouvrages de valeur, mais peu nombreux.

     (à suivre).

                                                                                                                                                                                                                                                 HENRI LEMOINE.

     (1)Bibliothèque Communale de Calais. — Liasse d'ancienne correspondance n° 3.

    (2) - Arch. Communales de Calais - D IV 6, 12 floréal an IV.

     

     (3) — Arch. Communales de Calais - D IV 7, 23 nivôse an VI.


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  • 1° ADMINISTRATION GÉNÉRALE DU CALAISIS

    Le Calaisis ou Pays-Reconquis ainsi dénommé depuis sa reprise sur les Anglais en 1558 occupait un espace d'environ sept lieues de longueur, sur trois de largeur et quatorze de circuit. Il était limité par la mer, le pays de l'Angle, l'Ardrésis et le Boulonnais. Outre Calais, sa capitale, il se composait des 24 paroissesci-après : Saint-Pierre, Andres, Balinghem, Boucres, Campagne, Coquelles. Coulogne, Escalles, Frethun, Guemps, Guînes, Hâmes, Hervelinghen, Marck, Nielles, Nouvelle-Eglise, Offekerque, Oye, Peuplingues, Pihen, Sangatte, Saint-Tricat, Vieille-Eglise.

    En raison de la différence de niveau des terrains qu'il comprenait, le territoire du Calaisis se divisait en Haut et Bas-Pays. Le Bas-Pays se composait des paroisses suivantes : Calais, Saint-Pierre, Coulogne, Marck, Nouvelle-Eglise, Vieille-Eglise, Offekerque et Oye.

    Le Calaisis faisait partie de la province de Picardie et à ce titre avait pour chef suprême de son administration locale, l'Intendant général de la province d'Amiens, représentant le pouvoir central.

    Les Intendants administraient alors leurs provinces dans des conditions à peu près analogues à celles des Préfets actuels dans chaque département. Ils centralisaient toutes les affaires et leurs attributions étaient réparties en sept branches principales : Finances, Agriculture, Industrie et Commerce, Cultes et Instruction publique, Tutelle des communes, Police de sûreté, Police militaire.

     Pour les aider dans leurs multiples occupations et dans leur administration, les Intendants avaient des subdélégués qui instruisaient les affaires au premier degré.

    « Les fonctions de subdélégué, dit Mr de Boyer de Ste-Suzanne,  présentaient une analogie frappante avec celle du Sous Préfet  dans notre organisation moderne. Le subdélégué, agent de «contrôle, transmission et surveillance, devait recevoir les requêtes adressées à l'Intendant, les envoyer à ce dernier avec les éclaircissements

    (1)Les intendants de la généralité d'Amiens, Paris, Dupont — 1865.

    et avis nécessaires, au besoin, dresser des procès« verbaux, recevoir tous les ordres qui lui seraient envoyés par « l'Intendant pour les choses qui concernaient le service du Roi, « les transmettre aux maire, échevins, consuls ou syndics des « communautés et tenir la main à leur exécution, assister les « commissaires chargés des tailles et autres impositions, procéder (j aux opérations de tirage au sort des militaires ; il devait s'instruire le plus souvent possible de l'état de chaque paroisse, de « l'élection et de toutes les affaires qui la concernaient pour en « rendre compte à l'Intendant. »

    Calais était le siège d'une subdélégation de l'Intendance pour tout le Pays-Reconquis, à laquelle fut annexée celle d'Ardres en 1789 (1).

    Le pays reconquis formait depuis 1558 un arrondissement judiciaire dont Calais en était le chef-lieu ; ce tribunal avait une analogie complète avec les tribunaux civils d'aujourd'hui.

     Par lettres patentes du 22 mars 1583 pour l'établissement de la coutume particulière du Calaisis, Henri III qualifia le chef de cette juridiction de Président, Juge général ; l'office de président fut d'ailleurs supprimé en 1781 et converti en lieutenance générale.

    Il était assisté d'un Lieutenant général d'Epée, d'un Lieutenant particulier, civil et criminel, d'un avocat, d'un procureur du Roi et de deux conseillers. Les appellations de leur sentence relevaient du Parlement de Paris. Lefebvre (2) s'exprime au sujet de ce magistrat « La juridiction du Président de la justice royale est une des « moins étendues qu'il y ait, n'ayant dans son ressort que vingt « quatre paroisses, compris le faux bourg de la ville.... Le Magistrat « qu'elle a en chef, n'a rien, à l'extérieur, qui le distingue de ses « officiers, comme à Poitiers et à la Rochelle, et dans plusieurs « autres villes, où ils se décorent de la robe rouge. Mais, malgré « cette simplicité, il y a des prérogatives et des usages qui rendent Il sa place beaucoup plus distinguée. Il juge seul les affaires avec « son lieutenant particulier, un avocat et un procureur du Roi, et « deux ou trois conseillers dont il prend les avis, après avoir Il lui-même rapporté le procès en matière civile et criminelle, et « prend la qualité de Juge général de la Justice royale de Calais et « du Pays-Reconquis ; ce qui lui donne une autorité très étendue « et des émoluments considérables. Aussi, n'y-a-t-il aucune présidence dont la place soit si chère que la sienne. Celles des villes

    (1) Arch. Dép, c: 87

    (2) — Lefebvre, Histoire de Calais II, tome II, page 745.

    les plus remarquables ne se vendent point au-delà de 30 à « 40.000 livres, et la plupart que 20.000 ; au lieu que celle-ci avait « été adjugée 60.000 livres, par une faveur de famille, au dernier « du nom de Thosse qui l'a occupée (1743-1760) et est estimée au « moins 100.000 livres lorsque la charge de lieutenant de police y « est unie comme elle y avait été avant que la ville l'ait acquise.

     Les audiences de ce tribunal se tenaient les mercredis et samedi à 10 heures. A côté de la Justice royale, il y avait la Lieutenance de police. D'après les articles 1 et 2 des « usances particulières de la ville et banlieue de Calais, insérée ensuite de la coutume de la ville de Calais et Pays-Reconquis, les mayeurs et « échevins de Calais avaient la connaissance et juridiction du fait « de la police « avec toute coercition et contrainte sur tous les « bourgeois, manants et habitants de la dite ville et banlieue en ce « qui dépend du fait de la police.

     Cette charge qui était primitivement réunie à celle du Président de la Justice royale en fut distraite en 1742 et vendue à la ville qui la paya 14000 livres.

     La prérogative du lieutenant de police existait même sur le bourg de Guînes, dont l'administration était confiée comme celle des simples villages à un marguillier ou syndic qui n'exerçait ni la police, ni aucune espèce de pouvoirs ou de magistrature directe et relevait des offices municipaux de Calais. Les Guinois essayaient en vain de revendiquer ce droit de police et l'exercice du pouvoir judiciaire. Le Parlement auquel fut soumis le litige refusa toujours. au maire de Guînes de se mêler directement ou indirectement de la police de la ville.

    En 1789, les audiences du Lieutenant de police qui était alors M. Behague avait lieu les lundis et jeudis à 11 heures. Il y avait en outre à Calais une juridiction consulaire devant laquelle étaient portées toutes les affaires commerciales. Cette juridiction avait été créée en 1565 par un édit du roi Charles IX. Le Tribunal de cette juridiction comprenait un Juge et deux consuls assistés d'un greffier. Les magistrats étaient élus tous les ans le 25 avril, jour de St Marc, par soixante-dix notables. Nul ne pouvait aspirer à la qualité de juge s'il n'était âgé de 40 ans et s'il n'avait passé par le Consulat. Les contestations et les délits relatifs aux forêts et aux cours d'eau relevaient d'un tribunal spécial, (1) la Maîtrise des Eaux et Forêts qui jugeait tous les procès civils et criminels concernant

    (1)Benard. — De la justice en Boulonnais du XVIe siècle à 1789.

    directement le fonds et la propriété des forêts, îles et rivières, et prononçait en outre, sur tous les faits de chasse et de pêche, commis sans autorisation en temps prohibé ou aux endroits défendus.

    L'existence de ce tribunal remontait en 1561 et l'ordonnance royale d'août 1669 avait réglé d'une manière uniforme les attributions et les droits de maîtrises.

     Le tribunal comprenait un maître particulier des eaux et forêts; un lieutenant ; un garde marteau et un Procureur du Roi assistés d'un receveur, d'un greffier, d'un huissier audiencier. En 1789, les audiences se tenaient tous les jeudis à onze heures.

    Les débats auxquels donnaient lieu les affaires de la Marine étaient portés devant le siège de l'Amirauté, érigé par lettres patentes, du 28 mai 1691.

     Cette juridiction particulière avait dans ses attributions « la connaissance exclusive des différends qui naissaient, pour le fait de la Marine entre les négociants, armateurs, marins, pécheurs, etc., et tous crimes et délits commis dans les vaisseaux et bâtiments. Elle statuait en outre sur la validité des prises faites en mer en temps de guerre; et, lors d'un échouement, elle réglait les prétentions respectives des divers ayant-droits. » (1)

    Elle connaissait aussi de tout ce qui concernait les watergangs et fossés du pays, curement des canaux, etc.

    L'Amirauté se composait d'un lieutenant général, d'un conseiller, d'un procureur du Roi, assistés d'un greffier, d'un receveur et d'un maître de quai.

    Les audiences avaient lieu les mardis et vendredis.

    Il nous faut encore signaler, pour compléter, les Institutions du Gouvernement de Calais.

    1° La juridiction des Traites qui jugeait les affaires concernant les aides, sorte d'impôts pour subvenir aux frais de la guerre et aux autres besoins de l'Etat, les traites, sorte de droit de douane sur les denrées ou marchandises qui entraient ou sortaient dans les pays étrangers ou dans les provinces étrangères ou réputées telles, la ferme des tabacs, la marque des cuirs, des fers, etc., et enfin le don gratuit ou subvention extraordinaire accordée au Roi en considération des impositions dont le pays était déchargé.

    (1)L. Benard, op. cit.

    Le Gouvernement de Calais n'était en effet sujet à aucune imposition réglée, cependant les dépenses nécessitées par l'entretien des canaux et autres ouvrages donnaient fréquemment lieu à des levées considérables qu'on était obligé de faire sur la ville de Calais et les 24 paroisses de son gouvernement.

     A la tête de cette juridiction importante se trouvait un président assisté d'un lieutenant et d'un procureur du roi.

    2° Les Finances du roi composées d'un receveur des traites, d'un commissaire des vingtièmes, d'un contrôleur et d'un visiteur des traites. Il y avait en outre un visiteur du port et un entreposeur de tabacs. Ces divers fonctionnaires étaient chargés d'effectuer les différentes recettes et de contrôler les diverses perceptions appartenant au roi.

     3° La juridiction de la voirie qui comportait un juge voyer.

    Avant d'examiner ce qu'était l'administration de la ville de Calais à cette époque, nous jetterons un rapide coup d'œil sur l'état militaire du gouvernement de Calais.

    Calais était alors une des places fortes de l'Etat; elle était entourée de deux enceintes séparées par un fossé. Les 18 bastions de la deuxième enceinte, les demi-lunes, les contregardes, toutes les ressources de l'art de Vauban et la possibilité d'inonder le pays au moyen des eaux de la mer faisaient de cette ville une citadelle inaccessible.

    Il y avait dans le Calaisis au XVIIIC siècle au point de vue militaire des gouvernements particuliers pour la ville et la citadelle de Calais et pour le Fort-Nieulay. Les différentes armes : artillerie, génie, cavalerie et infanterie étaient représentées à Calais soit par des corps de troupes qui y tenaient garnison, soit par des officiers d'état-major.

    En outre des troupes régulières il existait une milice bourgeoise en vertu du privilège accordé aux calaisiens par Charles IX> en 1567, de garder eux-mêmes leur ville et de s'armer à cet effet dans toutes les occasions contre les ennemis de l'Etat.

    Les 21 paroisses du Calaisis où Pays reconquis, dit Piganiol  de la Force (1) fournissent aussi un corps de milice, dont ils a forment deux régiments d'infanterie de 750 hommes chacun et  quatre compagnies de cavalerie de 50 maîtres chacune. Les  officiers des unes et des autres sont pourvus de commissions du  Roi et sont pris parmi les gentilshommes du pays ou, à leur e défaut, parmi les principaux habitants qui ont servi sous les a ordres du Gouverneur, ou en son absence sous ceux du lieutenant

    (1)Nouvelle description de la France. — Tome second, 3e édition, p. 154. Paris 1753

    de roi de la ville. Ces troupes font en temps de guerre, journellement et par détachements d'infanterie et de cavalerie, la garde « sur les côtes en deux différentes pointes, qui sont Sangatte et « et Oye, où il y a des corps de garde et deux pièces de campagne « de trois livres de balle sur des affûts à longs rouages. Dans des « cas de besoins pressants, toutes ces troupes se rendent sur le « bord de la mer pour en défendre les approches et empêcher les « descentes.

    Ces milices avaient le privilège d'avoir la garde extérieure du Roi quand celui-ci honorait la ville de sa présence et ce privilège leur fut confirmé le 4 juillet 1744 à la suite d'un conflit avec Mr Desangles, lieutenant du Roi, qui prétendait que ce droit devait être exercé par le plus ancien régiment de la garnison.

     La milice bourgeoise envoyait chaque jour un sergent à l'ordre pour en prendre le mot et le porter ensuite au Maire, au Colonel Commandant, au Major et aux quatre premiers capitaines des gens mariés. (1)

     Il existait encore une capitainerie gardes-côtes à Calais créée par un Règlement du Roi du 26 août 1721. Elle était chargée plus particulièrement de la détense des côtes, ainsi que son nom l'indique et de veiller à leur conservation.

     En 1789, la maréchaussée avait une brigade à Calais composée d'un exempt et de quatre cavaliers. Pendant longtemps, à ce point de vue, Calais avait dépendu de la maréchaussée de Boulogne.

    Enfin il existait à Calais un hôpital militaire et un bureau des classes du Roi.

    Il nous reste maintenant à parler de l'administration et des institutions plus particulières de la ville de Calais. Ce sera l'objet de l'article suivant. (à suivre).

     

                                                                                                                                                  L.Ledoux


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  • Dans une Chronique des Armes des seigneurs des villages du « Païs de Calais, » faite par Robert de Sangatte, seigneur dudit lieu, en l'an 1312, visible à l'abbaye delà Capelle, à Marck, avant 1558, transportée dans celle de Saint-Jean du mont d'Ypres après cette époque et qui disparut en cours du XVIIe siècle, dans cette chronique, dis-je, figuraient les blasons suivants.

    (1)Almanach de Picardie pour 1789.

    CALAIS : d'azur au chevron de gueules à dix pièces d'or 6 et 4.

    FORT-NIEULAY : don de Lothaire, roi de France, en 970 :  d'azur, aux deux tours simples d'argent, à feux de gueules.

    ANDRES :  d'azur au lambel de gueules de trois pendants, au lion d'or armé et lampassé de gueules. 

    ARTINCOUR : de sable au lambel d'or de cinq pendants.

     BALINGHEM (1) : d'azur au loup passant d'or armé et lampassé de gueules. 

    BONNINGUES: d'argent au lambel de gueules de trois pendants, au lion d'or armé et lampassé.

     BOUCRES(2): de gueules aux trois tours d'or.

    CAMPAGNE : « d'azur au lambel de gueules de cinq pendants.

    CHAUSSÉE d'HAMES. d'or, au chevron d'argent ; à l'aigle essorante de même armée et lampassée de gueules en pointe.

     COQUELLES : de gueules au sautoir d'argent chargé d'un tourteau d'azur et une tête de sanglier en pointe.

     COULOGNE (3) :  d'azur au sautoir de gueules chargé d'un aigle essorante de sable, armée et lampassée d'or.

     ESCALLES : d'argent au sautoir de gueules chargé d'un tourteau d'azur et une étoile d'or en pointe. 

    FRETHUN: d'argent à la face d'azur chargée de trois tours quarrées de gueules.

     GUINES : don de Sifrid le Danois, vers 928 : vairé d'or et d'azur de sept traits.

    GUEMPS (4) : d'azur à la rivière d'argent rampante, à l'aigle naissante armée et lampassée de gueules.

     HAMES : vairé d'or et d'azur de cinq traits, à la fasce de gueules, au lion d'argent passant armé et lampassé d'or broché sur le tout.

     HERVEL1NGHEM (5) : d'azur aux trois tourteaux de gueules.

     MARCK : de gueules au sautoir d'argent accompagné de deux étoiles de même, l'une en chef et l'autre en pointe.

    OFFEKERQUE: (6)  d'argent au hibou de pourpre essoré becqué et membré de gueules.

    OYE : armes des vicomtes d'Oye et de leurs fils aîné en l'an 1120: «d'azur au cygne d'argent, couronné d'une couronne de vicomte, becqué et membré de sable, armé de gueules.

    (1) Balinghuen.

    (2) Boucres et Hâmes ont été réunis en 1819.

    (3) Colonia puis Coulonge.

    (4) Guemhem puis Guemp.

    (5) Erlingliuem puis Hervelinghuem.

    (6) Hoftquerque. Hofekerque.

    PIHEM : de gueules, à l'aigle essorante de pourpre couronné d'une couronne de vicomte d'azur.

    PEUPLINGUES : « de gueules, au chevron d'azur, chargé d'une couronne royale fermé d'argent.  

    SANGATTE: d'azur au léopard d'or armé et lampassé de gueules.

    SAINT-INGLEVERT (1) : d'or au mont d'azur.

    SAINT-PIERRE: 1° bourg : de gueules à l'aigle essorante de sable armée et lampassée d'azur, 2° banlieue : d'azur au chevron d'or.

     D'après leurs emblèmes les armoiries de la région donnent lieu aux rapprochements suivants :

    1 : Champ d'Argent : Fréthun, Bonningues, Escalles, Offekerque.

    2 : Champ d'Azur : Calais, Nieulay, Sangatte, Hervelinghem, Andres, Coulogne, Campagne, Balinghem, Saint-Pierre, (banlieue), Oye, Guemps.

    3 : Champ de Gueules: Coquelles, Saint-Pierre (bourg), Pihen, Boucres, Peuplingues, Marck.

    4 : Champ d'Or : Saint-Inglevert, la Chaussée de Hâmes.

    5 Champ de Sable : Artincour.

    6 Champ vairé : Guînes et Hâmes.

    Aigles  essorantes ou naissantes :

    Argent: Guemps (N), Chaussée de Hâmes (E).

     Gueules : Pihen (E).

    Sable : Saint-Pierre (bourg), Coulogne (E).

     Chevrons

     Argent : La Chaussée d'Hâmes.

     Azur : Peuplingues.

     Gueules : Calais. 

    Or : Saint-Pierre (faubourg).

     Couronnes d’

    Argent : Peuplingues.

     Azur : Pihen.

     Or : Oye.

    Argent : Oye.

     Cygne   Etoiles d’ :

     Argent : Marck 2

     Or : Escalles 1

    Faces d’hibou :

    Azur: Fréthun 1 |

    De Gueules : Hames

    De pourpre : Offekerque.

     Lambel d' :

    Gueules : Bonningues 3,  Andres 3, Campagne 5

    Or : Artincour 5

    (1(1) Inglevert, Englevert.

    Lion d’ :

    Argent : Hâmes

    Or : Sangatte, Bonningues, Andres

    Loup d’or : Balinghem

    Mont d’azur : Saint-Inglevert

    Piécettes d’or : Calais

    Rivière d’argent : Guemps

    Sanglier d’azur : Coquelles

    Sautoir d’ :

    Argent : Coquelles, Marck

    Gueules : Escalles, Coulogne

    Tour d’ :

    Argent : Nieulay 2

    Gueules : Fréthun 3

    Or : Boucres 3

    Tourteaux d’ :

    Azur : Coquelles 1, Escalles 1

    Gueules : Hervelinghem 2

     

                                                                                                                                          J. Séguin.


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  • C'est une erreur de croire que les blasons des villes peuvent régulièrement se trouver surmontés ou encadrés d'emblèmes suivant les caprices des artistes, comme on le voit, bien souvent, sur les imprimés des mairies.

    Sous la première monarchie, les attributs « des bonnes villes » étaient fixés comme suit :

     1° VILLES DE PREMIER ORDRE : « Couronne murale à sept créneaux d'or,sommée d'une aigle naissante pour cimier, traversée d'un caducée auxquel sont suspendues deux guirlandes, l'une à dextre, de chêne, l'autre, à senestre, d'olivier, (1) le tout en or, nouées par des bandelettes de gueules.

     L'écu, chargé d'un chef de gueules, a trois abeilles d'or posées en fasce. 

    2° VILLES DE DEUXIÈME ORDRE: « Couronne murale à cinq créneaux d'argent, traversée d'un caducée auquel sont suspendues deux guirlandes, l'une à dextre, d'olivier, l'autre à senestre, de chêne, aussi d'argent, nouées par des bandelettes d'azur.

    (1    (1)Les deux branches de chêne et d'olivier symbolisent la force et la paix.

    Franc quartier à dextre d'azur, à un N d'or surmonté d'une étoile rayonnante de même.

    3° VILLES DE TROISIÈME ORDRE: « Corbeille remplie de gerbes d'or pour cimier, à laquelle sont suspendues deux guirlandes, l'une à dextre, d'olivier, l'autre, à senestre, de chêne, toutes deux de sinople, bandelettes de gueules.

     Franc-quartier à senestre de gueules, à un N d'argent, surmonté d'une étoile rayonnante de même.

    Sous la 3me a République, on récompensa des « bonnes villes » pour leur patriotisme depuis 1789, en les autorisant à placer la décoration de l'ordre de la légion d'honneur dans leur blason.

    Paris, Valenciennes et Bazeilles l'attachent à leurs lauriers par des bandelettes de gueules; Tournas, Rambervillers et Dijon la portent en abîme; Roanne, Saint-Quentin et Châteaudun la fixent au point du chef; Châlon-sur-Saône, Saint-Jean-de-Losne, Belfort et Landrecies la mettent en pointe; enfin la ville de Lille seule la fait figurer au franc-canton.

     A cette occasion il y a lieu de rappeler que le blason officiel de la 3me République n'existe que depuis juin 1905. (1) Il est l'œuvre du peintre-graveur-héraldiste, Maurice de Meyère. On doit l'indiquer comme suit : 

    D'azur au faisceau de licteur posé en pal sur deux branches de chêne et d'olivier passées en sautoir, le tout d'or, lié par un ruban de même chargé de la devise :

    LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ

    Ce blason proprement dit est sur un cartouche au bas duquel se trouve attachée par un ruban de gueules la décoration de l'ordre de la légion d'honneur.

     Le dit cartouche repose lui-même sur un fond ovale portant en bordure la mention « République Française ».

                                                                                                                                                          J. SÉGUIN.

    (1) On l'établit à l'occasion du séjour du roi d'Espagne, Alphonse Xlll à Paris.

    A nos Collégiens !

    RÈGLEMENT POUR LE COLLÈGE DES PÈRES MINIMES DE CALAIS EN 1768

    Installés à Calais en 1558, les Minimes obtinrent l'autorisation d'ouvrir un collège en octobre 1725, L'almanach de Calais de 1S58 (p. 47) donne le texte de l'acte d'ouverture du Collège et du premier règlement : en voici un second daté du 15 novembre 1768.

    Art. 1er. — Les écoliers seront tous rendus en classe pour sept heures et demie du matin au plus tard, le préfet s'y trouvera jusqu'à huit heures que les régents entreront chacun dans leur classe, jusqu'à dix heures et demie, y compris la messe.

    Art. 2e. — L'après-midi, le préfet visitera les dittes classes depuis une heure et demie jusqu'à deux heures que les régents entreront jusqu'à quatre heures en hiver. C'est-à-dire depuis la rentrée des classes après vacances jusqu'à Pasques, et depuis Pasques jusques aux dittes vacances, on ne sortira qu'à quatre heures et demie.

    Art. 3e. — Tous les samedis après-midi, les régents feront chacun dans leur classe le catéchisme à l'usage du diocèse, et plus souvent s'ils le jugent à propos.

    Art. 4e. — Outre les congés ordinaires, on n'entrera point en classe les jours des deux fêtes de saint Nicolas et de sainte Catherine (1), non plus que depuis le dimanche de la Quinquagésime jusques au Mercredi des Cendres après-midi, ni depuis le mardi saint au soir jusqu'au mercredi de Pasques au matin.

    Art. 5e. — La veille des fêtes natales, (2), on sortira à trois heures pour faciliter aux écoliers les moyens de se préparer pour aller à confesse. Art. 6e. — Les vacances ne commenceront que le premier septembre et finiront le dix-huit octobre.

    (1) Saint Nicolas, cela se comprend ; mais pourquoi sainte Catherine pour des petits garçons ?

    (2) On appelait autrefois festae natales Pâques, la Pentecôte, la Toussaint, Noël.

    Art. 7e. — Les régents feront composer une fois le mois pour les prix de chaque faculté, il n'y aura que deux prix dans la faculté dominante. Ainsi on distribuera en rhétorique deux prix d'amplification latine, un prix d'amplification française, un idem de vers et un de catéchisme.

    Art. 8e. — En seconde : deux prix de vers, un prix de version, et un idem de catéchisme. En troisième: deux prix de version, un prix de thème, et un de catéchisme. En quatrième : deux prix de thème, un prix de version, et un de catéchisme. En cinquième : deux prix de thèmes et un de catéchisme, En sixième et septième, trois prix sous différentes dénominations, et un prix de catéchisme.

     Art. 9e. — Lesquels ci-dessus, les officiers municipaux se chargent de remettre aux Révérends Pères Minimes, le vingt huit d'aoûts de chaque année.

     Art. 10e.- Lorsque par des évènements ordinaires, ou extraordinaires (!), il sera accordé des congés différents de ceux d'usage qui sont les mardis et jeudis après-midi, il sera libre au préfet du Collège de transmettre ces congés extraordinaires aux jeudis matin jusqu'à ce qu'ils soient remplis.

    Art. 11e.- Etant juste que les classes soient tenues proprement, et que le portier des dittes classes soient dédommagé de ses peines et dépenses pour se procurer des balais, chaque écolier donnera par mois au dit portier cinq sols jusqu'à ce que l'augmentation du nombre des écoliers donne lieu à modérer cette rétribution.

    Art. 12e. — Les écoliers fourniront aussi leurs classes de chandelles en hiver lorsque le temps le demandera.

    Fait et arrêté le présent Règlement par les officiers municipaux de la ville de Calais; lequel après avoir été accepté par les Révérends Pères Minimes, a été signé avec eux en double au dit Calais, le 15 novembre 1768.

    SIGNE : DUPONT — PIGAULT DE LÉPINOY — HIBON — MARESCHAL. THIN — FR. LALOY, Correcteur des Minimes.

    Ce règlement nous présente certaines particularités intéressantes : d'abord la douceur du régime, les congés sont nombreux, et l'on parle de récompenses, mais pas de punitions ; l'on voit ensuite que c'est un enseignement secondaire classique très pur, latin et français ; pas de grec, ce qui est un peu étonnant, et absence absolue d'histoire et de sciences, ce qui l'est moins, nos ancêtres enseignaient peu les mathématiques.

     L'on peut voir par la liste des prix le souci de faire apprendre d'abord ; la grammaire latine, il y avait deux prix de thèmes pour la cinquième et la quatrième ; puis dans les hautes classes, on en vient à la version, et en rhétorique, à l'amplification, c'est-à-dire à la composition latine qui a subsisté jusqu'à ces dernières années.

     Bref, il y a peu de différence entre les habitudes de collège, d'il y a 150 ans, et celles de maintenant, saut qu'en 1914, les collégiens calaisiens ne sont plus obligés d'apporter leurs chandelles en hiver !

     

                                                                                                                                                        HENRI LEMOINE


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