• Calais, balade en tramway

       31. Le tramway revenait vers le centre ville par l’étroite rue de la mer
     
    Cette carte postale est datée de 1908. Elle a pour sujet principal ce tramway
    qui n'est plus tiré par un cheval mais qui profite de l'électrification du réseau, effectif depuis juin 1908. La liaison avec la plage n'avait pas encore été établie. Le tramway arborait une publicité pour la liqueur Bénédictine, un moyen pour la Société des Transports Calaisiens d'accroître ses recettes. La motrice tournait vers la rue de la Mer après avoir emprunté la rue du Havre puis le boulevard des Alliés, encore nommé boulevard International, avec en arrière plan le phare. La prise de vue permet de se rendre compte de l'animation qui régnait sur, ce boulevard, certainement un dimanche d'été, peut-être jour de fête au Courgain-Maritime si l'on en juge par la foule déambulant sur le boulevard. Les terrasses des cafés et restaurants étaient alors nombreux sur ce boulevard qui n'a pas retrouvé cette animation d'avant-guerre. Celui sur l'angle possédait même une terrasse ouverte à l'étage avec vue sur le bassin du paradis. Malgré le soleil, les dames restaient couvertes, vêtues de longues jupes noires, avec comme seule fantaisie ces corsages blancs. Quant aux hommes, le couvre-chef était de rigueur, haut-de-forme ou canotier.
     
    Ci-dessous, le tramway débouchait de la rue de la Mer. Cette rue étroite ouvrait sur la place d'Armes mais n'était pas alignée, comme actuellement, sur la rue Royale. Cela obligeait la motrice à virer sur sa droite pour contourner la place. Dans cette rue se trouvait une salle de spectacle, au n° 8, le Concert des Familles qui deviendra le cinéma Le Calaisiana. Sur l'angle le café-restaurant se nommait Le Boulonnais au n° 86 de la place d'Armes. Il sera successivement tenu au début du XXe par les époux Mariage-Merck, Hache-Gomel, puis par M. Félicien Barthe. Le café deviendra après la Grande-guerre un magasin de vente de souvenirs avec pour raison sociale Coquillages, commerce géré par M. Martin-Gilliot et cela jusqu'à la Seconde guerre mondiale. •  J.-P. PRUVOT (CLP)
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  • Calais, balade en tramway

     32. La ligne Théâtre - Pont-du-Leu - Coulogne - Guînes n'avait pas été facile à réaliser
     
    Il avait fallu contourner le refus de la Compagnie du Nord quant au franchissement des voies ferrées
    aux Fontinettes et puis aussi vaincre les craintes de la Compagnie des Eaux inquiète de voir les canalisations en fonte se rompre à cause des trépidations causées par les motrices.
    Jean Prudhomme avait édité en 1989, un ouvrage Le Pont du Leu à 300 ans dans lequel il consacrait une page au tramway de son enfance et en particulier ce franchissement épique des rails de chemin de fer : « Il y avait dans la journée une ligne Théâtre-Fontinettes dont le terminus se trouvait rue des Fontinettes à côté de la passerelle pour piétons permettant la traversée des voies en cas d'arrêt prolongé des trains... Un autre véhicule attendait les passagers au-delà du passage à niveau à côté d'un bâtiment hexagonal qui servait de bureau d'octroi, face à un café tenu vers 1920 par Albert Poidevin. Le matin, lors du premier départ des Fontinettes, un cheval tirait le véhicule pour la traversée du passage à niveau, car les lignes électriques ne le surplombaient pas. Le soir, pour la rentrée au dépôt, sis près du théâtre, le même cheval participait au trajet inverse ».
    Une fois passé le passage à niveau, le tramway traversait le quartier du Pont-du-leu par le Chemin des Régniers : « Le tramway s'arrêtait quatre fois dans le Pont du Leu entre les Fontinettes et le Pont de Coulogne : à l'angle de la rue du Texas, face à la rue du Pérou (facultatif), face à la rue de Québec, face au café des Sports (rue des Chataîgniers). Une double voie installée depuis la rue du Brésil jusqu'à la rue Bonvarlet permettait le croisement des véhicules ».
    Le tramway poursuivait sa route vers Guînes. Le terminus pour le tramway électrique avait été dans un premier temps au Batelage, puis le 27 mars les derniers mètres étaient achevés et la motrice stoppait sur la place de la Mairie. Quelques semaines plus tard, Narcisse Boulanger, le maire, organisait une grande fête le 1er mai 1910 pour célébrer l'événement. •  
    J.-P. PRUVOT (CLP)
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    Calais, balade en tramway

     33. En 1936, difficultés financières, grèves, licenciements et arrêt de trois lignes
     
    1936 sera une année noire pour les tramways. La concurrence des autobus pesait et la compagnie était contrainte de déposer son bilan.
    Malgré l'augmentation du prix de la section, parfois trois fois plus cher que dans les autres villes, la STCE (société des tramways de Calais et extension) ne s'en sortait pas. Le plan de redressement était très dur. À l'été, la compagnie, qui exploitait aussi des lignes d'autobus, annonçait 35 suppressions d'emplois sur les 132 existants. Toutes les corporations étaient touchées, wattmen, receveurs, personnel d'entretien. L'envoi des lettres de licenciement déclenchait la grève. Elle durera six semaines du 27 septembre au 16 novembre. La direction, en réaction, licenciait tout le personnel et ouvrait une nouvelle embauche profitant de l'essoufflement du mouvement. Une cinquantaine d'agents seront réembauchés. Sous la protection de la police, le service reprendra mais à quel prix ! Les boulevards calaisiens avaient été abandonnés aux seules automobiles, les gagnantes de ce conflit avec les autobus. La STCE avait été mise en liquidation judiciaire puis avait obtenu un concordat.
     
        Arrêt d'exploitation de trois lignes
    La situation ne se redressant pas, en 1937, la Société des Tramways suspendait provisoirement l'exploitation de trois des cinq lignes, celles de la place Salembier-Halte Saint-Pierre ; place Albert 1er-Fort-Nieulay ; place de l'Hôtel de ville-Porte-de-Gravelines. Elle n'en gardait que deux jugées plus rentables, avec des tarifs d'ailleurs réajustés à la hausse : la ligne Casino-Cimetière et la ligne Calais-Guînes. Sur cette dernière des autobus étaient en passe d'être substitués aux tramways. La Ville souhaitait trouver des solutions pour remplacer la STCE sur les lignes abandonnées. La STCE, qui avait investi dans la création du réseau, menaçait la ville d'un procès afin de réclamer des indemnités pour utilisation frauduleuse de son réseau. Lors de l'arrivée de l'armée allemande en mai 1940, la situation n'était donc pas brillante pour le réseau de tramways. •  J.-P. PRUVOT (CLP)
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  • 34. Le 18 août 1940, les tramways calaisiens abaissaient définitivement leurs trolleys
     
     C'est aujourd'hui le dernier épisode de notre série consacrée aux tramways d'antan.
    On aurait d'ailleurs pu penser que les bombardements et l'état de guerre étaient la cause principale de l'arrêt des tramways calaisiens. Certes la guerre avait accéléré le processus. Pourtant, lors du déclenchement des hostilités, la Société anonyme des tramways de Calais et extensions vivait toujours sous le régime de la liquidation judiciaire, sous la tutelle d'un syndic. Elle tentera de remettre la dernière ligne en fonction avec l'autorisation de l'autorité allemande. Cela sera relativement aisé sur le tronçon Théâtre-Cimetière. La ligne sera rétablie le 22 juin 1940. La ligne Hôtel de Ville-Théâtre sera rétablie le 13 juillet. Mi-août 1940, la STCE jetait l'éponge, la ligne n'étant pas rentable. Le 14 août le commandant Hauptmann donnait son autorisation pour l'arrêt du service. La mairie décidait de suspendre le service des tramways le 18 août au soir. Le personnel sera licencié, d'ailleurs plus aucun salaire n'avait été versé depuis le 8  août.
    La STCE, dont le siège était basé à Nantes, poursuivra uniquement l'exploitation des lignes d'autobus le temps de pouvoir réparer le matériel et d'obtenir les autorisations. Elle tentera le 27 décembre 1940 de se faire rembourser l'utilisation des tramways par les soldats allemands durant la période du 22  juin au 18 août 1940 : le nombre de voyageurs transportés durant cette période a été d'environ 50 000. Nous estimons que le total des personnes appartenant à l'armée allemande représentait approximativement la moitié du nombre de voyageurs payants transportés, soit 25 000 personnes environ. La STCE réclamait à l'autorité allemande la perte de recette de 0.92 F x 25 000 soit 23 000 F, somme jugée exorbitante par l'occupant. La STCE fera d'autre part constater, en octobre 1941, la récupération par les Allemands des fils de cuivre rouge du réseau. Le bon de réquisition n'étant jamais parvenu à Nantes, la STCE faisait parvenir au maire les témoignages attestant l'enlèvement de 8 710 mètres de fils, en pure perte
    ...t J.-P. PRUVOT (CLP)
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