• 30 septembre 1944 : les Canadiens libèrent Calais

    Alors que la libération du territoire français progresse rapidement, la ville de Calais, pourtant encerclée de façon de plus en plus resserrée par les Alliés, demeure aux mains des Allemands durant tout le mois de septembre 1944. L’opération Undergo, déclenchée par les Canadiens le 25, ne trouve son dénouement que cinq jours plus tard.

    Le 28 septembre, une entrevue a lieu à la Kommandantur du boulevard Lafayette entre les Allemands occupants et les Alliés assiégeants représentés par Georges Alloo des FFI. Rendez-vous est fixé entre les deux parties pour une réelle négociation le lendemain dans la matinée à Pont d’Ardres. Beaucoup de Calaisiens croient que la reddition est actée : en réalité, rien n’est terminé.

     

    Refus de reddition

    C’est le capitaine Böttcher qui mène les discussions côté allemand le 29. Il propose que Calais soit déclaré « ville ouverte ». Face à lui, le général Spry, qui a sous ses ordres les régiments canadiens encerclant la cité, ne se satisfait pas de cette solution et exige la reddition complète de la garnison allemande. Il menace de raser la ville pour parvenir à ses fins.

    Pour surmonter le blocage, les pourparlers se poursuivent à la Kommandantur, en présence du supérieur de Böttcher, Ludwig Schroeder, du commandant Mengin des FFL, du maire Georges François et de quelques officiers allemands et canadiens. Jacques Vendroux, beau-frère du général de Gaulle, s’abstient de participer à cette rencontre car, dans le cas où la situation tournerait mal, il constituerait un otage de choix aux mains de l’occupant.

     

    Malgré les menaces de pilonnage intensif de la ville, les Allemands ne cèdent pas. Il faut donc envisager l’évacuation des Calaisiens, lesquels renâclent à quitter leur ville depuis trois semaines. Des milliers de vies sont pourtant en jeu. Le général Spry accorde pour cette opération un délai de 24 heures, qui doit donc expirer le 30 septembre à 13h. C’est à ce moment que l’action du commandant Mengin se révèle déterminante.

     

    Discours de Mengin

    « J’ai déjà une certaine expérience des évacuations, je me suis déjà occupé de celles du Havre et de Boulogne. Si j’arrive à parler à la population, je suis sûr que celle-ci quittera la ville » déclare-t-il. En accord avec Böttcher, et en présence de celui-ci, le commandant Mengin décide de s’adresser à la foule sur la place Crèvecoeur. N’oublions pas que Calais-Nord a été désertée d’une grande partie de ses habitants depuis mai 1940, et que c’est dans l’ancienne partie « Saint-Pierre » de la ville que résident la plupart des civils.

    L’allocution de Roger Mengin, revêtu de son uniforme gris-bleu de l’armée de l’air et d’une casquette à visière, juché sur les marches du Palais de Justice, entre dans les annales de l’histoire calaisienne. Devant lui, trois à quatre cents Calaisiens, qui le saluent aux cris de « Vive la France !» et chantent avec ardeur « La Marseillaise ». L’enthousiasme est tel que l’officier a du mal à s’extraire de la rue d’Orléans, qui aujourd’hui porte son nom. Le maire de Calais fait de son côté placarder une affiche demandant aux civils de quitter la ville « par ordre des troupes alliées ». Des milliers de personnes, munies d’un petit bagage, se dirigent dans le calme vers les Attaques et Ardres en passant par le boulevard Victor Hugo. Dans la soirée du 29, Calais est déjà en grande partie vidée de ses habitants.

     

    Une attaque inutile ?

    Coup de théâtre le lendemain, en fin de matinée : les Allemands annoncent officiellement leur capitulation ! La nouvelle se répand rapidement dans la joie… jusqu’à ce que, vers 13 heures, on entende le bruit de bombardements. Des panaches de fumée s’élèvent depuis Calais. Pourquoi cette attaque inutile ? Selon certains, les Canadiens auraient voulu faire une démonstration de force dans une opération de toute façon planifiée depuis la veille. Toujours est-il que Calais, déjà bien meurtrie depuis le début des hostilités, se retrouve à nouveau sous un déluge d’acier et de feu.

    Le commandant Mengin trouve la mort lors de ce samedi 30 septembre, qu’il a pourtant qualifié de «plus beau jour de [sa] vie » : la colonne blindée dans laquelle il a pris place et qui s’avance vers les Attaques, suite à un arrêt inopiné, est soumise à un tir de barrage canadien. Le commandant, allongé sur un bas-côté, est touché à la poitrine par un éclat d’obus (aujourd’hui exposé au musée Mémoire). Il décède quelques heures plus tard.

    Durant la nuit du 30, les Canadiens s’emploient à réduire les dernières poches de résistance qui subsistent dans Calais, dont ils prennent possession. Les derniers combats cessent définitivement dans la matinée du dimanche 1er octobre. Des incendies rougeoient dans certains quartiers, notamment celui du boulevard La Fayette. La cité, débarrassée de ses occupants allemands, est sinistrée à 73%. Une nouvelle page s’ouvrira alors : celle de la reconstruction.

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  •  Calais a connu l’un des épisodes les plus tragiques de son histoire, avec le bombardement, par l’aviation alliée, du quartier Saint-Pierre. Bilan : 97 civils tués. Retour sur ce drame, retracé par une exposition photographique organisée à l’hôtel de ville.

     

    27 février 1945 : Calais libéré, mais Calais bombardé

    Le ciel est couvert en cette fin d’après-midi du 27 février 1945. À Calais, dans le quartier Saint-Pierre, les enfants sortent des écoles, les employés des bureaux ou des usines. La ville est libérée depuis le 30 septembre 1944. En cinq mois, la ville s’est repeuplée : 35 000 Calaisiens ont retrouvé leur foyer.

    Le ciel est très couvert en cette fin d’après-midi. La Royal Air Force a programmé un raid vers Dunkerque, dernière ville encore tenue par l’ennemi allemand. Trente-six bombardiers décollent du terrain d’aviation de Vitry-en-Artois, près d’Arras. Ils appartiennent à trois escadrilles différentes (la 88e, la 226e et la 342e), et sont chacun lestés de huit bombes de 226 kilos chacune. Dans la purée de pois que constitue le ciel de la côte, les équipages de la 88e et de la 342e font demi-tour. Ceux de la 226e poursuivent leur route, en deux formations distinctes. Six avions survolent Dunkerque, larguent leurs bombes et retournent à Vitry-en-Artois. Six autres B-25 Mitchell ont passé Boulogne et survolent la Manche vers Dunkerque. Le sous-lieutenant Mason, qui commande cette deuxième formation, aperçoit par une trouée de nuages, des toits et des rues, et ordonne le largage des bombes. Il croit « arroser » Dunkerque mais c’est Calais qu’il survole : les trente-six engins tombent entre les rues Thiers (aujourd’hui rue de la Commune-de-Paris), de Valenciennes, Gaillard et Hermant, semant la mort et la désolation. 97 morts et 150 blessés sont retirés des décombres. Les opérations de sauvetage durent plusieurs jours.

    Des regrets laconiques

    Les obsèques ont lieu le 3 mars (photo ci-dessous), place Crèvecœur, avant que les cercueils soient transférés au cimetière Sud sur des camions escortés par des soldats anglais. Ce n’est que le lendemain que l’erreur de la RAF à l’origine du drame est annoncée officiellement, via un communiqué laconique, exprimant les « regrets du Quartier général suprême des forces alliées, pour le bombardement de Calais effectué par erreur par des bombardiers volant par temps couvert et ayant pris Calais pour Dunkerque. » Le maire Jacques Vendroux fait ensuite part de son étonnement, « de la façon silencieuse et digne dont les Calaisiens prirent conscience de cette effarante révélation. »

    27 février 1945 : Calais libéré, mais Calais bombardé

     

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  • Septembre 1959 : gloire au président de la nouvelle République !

    Alors que leurs silhouettes font maintenant partie du paysage de Calais-Nord, retour sur les moments forts que Charles de Gaulle et Yvonne Vendroux ont vécus à Calais. Quatrième épisode : De Gaulle, président de la Ve République, prend un bain de foule dans la cité des Six Bourgeois La deuxième visite officielle effectuée par De Gaulle à Calais, en date du 24 septembre 1959, s'inscrit dans un " circuit présidentiel des routes du Nord ". Elle est représentative du nouveau tournant de la carrière politique du général : après une longue " traversée du désert ", les troubles en Algérie ont permis son retour au sommet de l'Etat. En octobre 1958, les Français ont approuvé par référendum la constitution de la Ve République. Alors que s'écrit une nouvelle page de l'Histoire de France, De Gaulle reçoit l'onction populaire des Calaisiens.
    Ils sont cette fois environ 60 000 à l'attendre, massés essentiellement devant l'Hôtel de Ville et sur les trottoirs du boulevard Jacquard où s'arrête la voiture présidentielle. Yvonne, la Calaisienne, en descend en même temps que son époux, mais reste ostensiblement en retrait. Elle est d'un naturel discret, voire distant disent certains. C'est le général, et lui seul, qui se livre à ces bains de foule si célèbres qui plongeaient dans l'angoisse ses services d'ordre. Les cris de « Vive de Gaulle ! » fusent entre les bravos, tandis que les cloches de la ville tintent à toute volée.
    On a ressorti les "arcs de triomphe" pour l'occasion ! Au pied de chacun d'eux se tient le premier magistrat de la commune dont le nom est inscrit sur le panonceau. Le torse ceint de l'écharpe tricolore, les maires tendent respectueusement la main au général de Gaulle qui échange avec eux des paroles amicales. Les cris et les applaudissements des spectateurs 
    sont ininterrompus.

    A rebours du parcours qu'il effectua en 1945, le général, accompagné par son beau-frère, Jacques Vendroux, devenu alors député-maire, remonte le boulevard Jacquard vers la mairie. Avant de pénétrer dans celle-ci, une visite du port et de Calais-Nord permet de mesurer l'étendue des reconstructions. Si la place d'Armes a été totalement rebâtie, suivant des critères d'architecture très modernes qui n'ont rien à voir avec le style d'antan, l'église Notre-Dame reste en ruines.
    Après un moment de recueillement devant le monument du Souvenir, le général rencontre quelques officiels dans le grand Salon de l'Hôtel de Ville, puis en sort pour se placer devant une tribune érigée sur le perron. Durant une dizaine de minutes, il brosse un tableau complet de la situation politique nationale, sans note ni prompteur !
    Contemplant d'abord la foule assemblée devant lui, portée par un élan unanime, le général y voit la preuve de «l'unité française qui dépasse infiniment tout ce qu'il peut y avoir de divergences, de petites histoires entre Français, et qui nous rejoint tous sur une volonté commune »: les querelles partisanes de la IVe République sont terminées, Calais en serait le reflet !
    Puis le problème algérien : il doit être résolu «par le libre choix des habitants de l'Algérie ». Quelques jours plus tôt, annonce avait été faite de la mise en oeuvre du processus d'autodétermination du peuple algérien, question propice à moult déchirements ultérieurs... Il faut plutôt penser au développement économique de la France, les progrès du pays devant être associés à un «progrès social » dont tout le monde doit profiter. Enfin, De Gaulle affirme l'autonomie de la France par rapport aux deux blocs de la guerre froide, puis termine en chantant la Marseillaise en choeur avec la foule.
    Après un turbot sauce champagne dégusté à l'hôtel Meurice, le général trouve quelques minutes à consacrer à l'art d'être grand'oncle. Ses dix petits-neveux et petites-nièces se plaignent en effet :«Nous le voyons plus souvent dans les manuels d'histoire de France qu'à la maison. Surtout depuis qu'il est président de la République !» Etienne Legrand (12 ans), Philippe Legrand (11 ans), Elisabeth Legrand (10 ans), Christine Legrand (8 ans), Jean-Bernard Legrand (4 ans), Alain de Martignac (10 ans), Jacques-Philippe Vendroux (11 ans), Jean-Philippe Vendroux (11 ans), Jean-François Vendroux (9 ans), Isabelle Vendroux (9 ans) et Laurence Vendroux (6 ans) veulent absolument être photographiés aux côtés de l'oncle Charles et de tante Yvonne !
    Le général fait ensuite route vers Arras.
    En marge du protocole, Yvonne consacre l'après-midi à la visite de la nouvelle maternité de la rue Verte puis de l'asile des Petites Soeurs des Pauvres, affichant ainsi son attachement aux valeurs chrétiennes de la famille et de la charité. Lors de la visite du port, elle avait pu serrer chaleureusement la main de quelques Courguinoises revêtues de la tenue de matelote, montrant ainsi une image de femme proche du peuple. Il faudra attendre sept ans pour que le couple honore à nouveau de sa présence officielle la cité des Six Bourgeois.

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  • Avril 1966 : Charles et Yvonne De Gaulle sont de retour à Notre-Dame

    Fin de la série : La troisième et dernière visite officielle de De Gaulle à Calais date du 26 avril 1966. Le général est au début de son second septennat, pour lequel il a été réélu seulement au deuxième tour, signe d'un relatif affaiblissement de sa popularité. Ce déplacement présidentiel prend place dans le cadre d'un marathon de quatre jours menant le Président des villes du bassin minier à Lille en passant par les grands ports du littoral. Principal objectif : mettre en lumière le développement économique du pays.

    Une visite éclair 
    En vérité, il s'agit à Calais d'une visite-éclair : arrivé en hélicoptère à 11 heures, de Gaulle repart pour la capitale des Flandres trois heures plus tard par le même moyen de transport, sans avoir tenu l'un de ses discours qui avaient marqué ses deux précédentes venues. Sur ce laps de temps, une heure et demie est consacrée à un repas chez le couple Vendroux où, avec quelques jours de retard, il célèbre dans l'intimité ses noces de vermeil (45 ans de vie commune !). Yvonne est donc présente, mais elle est arrivée, elle, par la route.
    La "course contre la montre" commence par une visite du Stade du Souvenir, totalement rénové. Il félicite l'architecte, admire les fortifications qui enserrent les installations sportives. Toutes les personnalités calaisiennes sont là. Il donne une centaine de poignées de mains, avant de remonter en voiture pour aller jusqu'à la piscine municipale, autre ensemble moderne qui contient alors l'un des plus beaux bassins couverts de tout le département.

    Pèlerinage sentimental à Notre-Dame 
    A la piscine Ranson, inaugurée en 1963 par le Secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux Sports Maurice Herzog, le chef de l'Etat ne fait pas une halte plus prolongée. Après avoir assisté à quelques évolutions de nageurs calaisiens, il ressort du bâtiment, acclamé par la foule. Le cortège reprend sa course dans Calais-Nord, partie entièrement reconstruite de la ville. Le général se lève de temps à autre pour adresser son célèbre salut des deux mains au public. Des applaudissements nourris ponctuent la tournée, mais l'enthousiasme populaire n'est plus aussi délirant qu'autrefois.
    Quand le cortège arrive à hauteur de l'église Notre-Dame, aux alentours de treize heures, ce sont toujours des ruines qui s'offrent au regard du couple présidentiel ! Quelques jours auparavant, les abords de l'édifice ont été déblayés...mais rien ne peut cacher le fait que les travaux de reconstruction, pourtant commencés depuis longtemps, traînent de façon extravagante. Seuls le toit et le clocher ont été restaurés.
    Les journalistes remarquent que le général et son épouse ne laissent percer aucune émotion. A leurs côtés se trouve Mgr Evrard, ancien archiprêtre de Calais, qui fut aussi compagnon d'armes du chef de l'Etat. Le groupe parcourt la nef encombrée de gravats, où gît une grosse cloche de bronze. Le président de la République écoute les explications de l'architecte chargé de la reconstruction et laisse échapper:«Elle revient de loin !» Jacques Vendroux glisse à l'oreille de son beau-frère qu'André Malraux, ministre responsable du patrimoine, pourrait se montrer plus généreux pour l'église de Calais ! Devant l'église, deux à trois cents personnes font une belle ovation à de Gaulle mais aussi à " tante Yvonne " ! Reste que ce petit pèlerinage qualifié de "sentimental" par la presse apporte une touche quelque peu assombrie au tableau rutilant d'une France moderne, résolument tournée vers l'avenir.

    Une ballade en hovercraft 
    Une fois son repas pris en famille au domicile de Jacques Vendroux et de son épouse situé boulevard Lafayette terminé, le chef de l'Etat accomplit une visite au collège d'enseignement technique de l'avenue Louis Blériot puis prend la direction de la plage où, sur le sable, sont posés deux aéroglisseurs. Le général de Gaulle doit se baisser pour pénétrer dans l'un d'eux. "L'autobus des mers" se lève sur son coussin d'air et file vers les vagues pour une virée de six minutes, suivi par un second hovercraft qui a fait le plein de journalistes. Cette sortie en mer s'accomplit sur un plan d'eau calme. A sa descente, le général de Gaulle confie, dans la langue de Shakespeare, au représentant de la compagnie anglo-suédoise qui en assure l'exploitation : «Je vous félicite, c'est intéressant, merci, bonne chance ».
    Il est 15h30 quand de Gaulle prend son envol pour Saint-Omer. Yvonne reste sur place pour visiter la crèche municipale de la rue de Chantilly: une nouvelle fois, en marge du protocole, l'épouse du général montre son intérêt pour les valeurs de la famille mais de manière non ostentatoire. Le couple ne reviendra plus à Calais en visite officielle. Mais leur souvenir restera à jamais vivace, surtout aux alentours de Notre-Dame...
     

     

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  • Calais attaqué une deuxième fois par un zeppelin

    « La ville reposait tranquillement. La nuit était opaque, pas de lune ; au ciel, des nuages noirs roulaient et un brouillard pas trop intense, une forte brume plutôt, ombrait les maisons et les monuments. Le vent était faible. C’était donc un temps tout propice pour commettre un attentat. Une vraie nuit de crime et d’attaques sournoises » : c’est ainsi que débute un article du Phare de Calais en date du 20 mars 1915, titré « Une grêle de bombes sur Calais ». 

    Nouvelle attaque nocturne

    Nous sommes au cœur de la nuit du 17 au 18 mars 1915. Il est environ minuit et quart lorsque le vrombissement d’un moteur, probablement de dirigeable, se fait entendre. Le bruit provient de la mer. Mais, à travers l’opacité des ténèbres et alors qu’aucune lumière artificielle ou presque ne vient éclairer la nuit, il est impossible de distinguer quoique ce soit dans le ciel. Cependant, les sentinelles, sur leurs gardes après que la ville ait fait l’objet d’une première attaque nocturne par zeppelin le 22 février précédent, n’hésitent pas à donner l’alarme.

    Les artilleurs, qui sont à leurs postes, font feu sans discontinuer, au jugé, mais en espérant que leurs tirs obligeront l’aéronef à prendre de la hauteur. Le crépitement des mitrailleuses et le son des canons se mêlent. Les réflecteurs ont beau fouiller la nuit, le dirigeable reste invisible. C’est le fracas des bombes qu’il largue qui permet enfin de le repérer au niveau du Fort-Nieulay. Quelques bombes explosives tombent sur des terrains agricoles, ne causant aucun dégât. Mais plusieurs bombes incendiaires touchent des habitations.

     

    La première chute sur le rebord d’un toit puis s’écrase sur le perron donnant sur le jardin, créant un trou d’un mètre de diamètre, déchiquetant des arbres et réduisant à néant une partie du mobilier du logement. Dans un périmètre de près de cent mètres alentour, toutes les vitres volent en éclat. Une autre bombe explose cour Marchant, impactant une petite maison habitée par un sexagénaire, sauvé d’une mort très probable par hasard : le lit dans lequel il dormait s’effondre dans l’excavation produite par le projectile tandis qu’une épaisse poutre du plafond vient s’abattre sur les bois du lit formant une sorte de bouclier.

    L’église du Fort-Nieulay est également touchée : son toit est percé de part en part, plusieurs de ses vitraux sont fracassés. Une bombe tombe dans la cour Depledt, endommageant sept logis, d’autres chutent dans un terrain situé près du canal des Pierrettes, derrière la ferme Landrin, et dans la cour même de cette ferme. Pour l’instant, les dégâts à déplorer ne sont que matériels. Continuant sa route pour se diriger vers la gare de Calais-Triage, le zeppelin sème cette fois la terreur en provoquant la mort de plusieurs personnes.

    Sept morts, plusieurs blessés

    Une première bombe incendiaire endommage le mur de clôture du dépôt de charbon de la gare ; une deuxième projectile cause un trou d’environ deux mètres de diamètre sur un mètre de profondeur dans un tas de charbon; trois autres explosent non loin d’une guérite de planton ; la sixième finit sa course sur un wagon de seconde classe immatriculé B-1927, dans lequel dorment des chauffeurs et des mécaniciens de la Compagnie du Nord, employés au dépôt de Calais.

    Le wagon prend feu instantanément, l’incendie se communiquant très vite au véhicule voisin. Attirés par la détonation, deux réservistes originaires des Landes, qui gardaient les voies, accourent et sont fauchés net par un septième projectile qui éclate à leurs pieds. D’autres soldats qui les accompagnaient sont blessés par des fragments de cette bombe. Les pompiers, rapidement sur place, parviennent à stopper les flammes mais ne retirent que cinq corps carbonisés du wagon qui s’était embrasé.

    Les cheminots décédés, âgés d’une trentaine d’années, étaient originaires d’Hazebrouck, d’Hellemmes, de Fives-Lille. Au poignet de l’un d’entre eux, on retrouve une montre en acier, noircie de charbon, sans verre et dont les aiguilles marquent 12h 43, chose étrange car, d’après les dires de l’époque, la durée du raid du zeppelin n’aurait pas excédé un quart d’heure. Trois autres cheminots, grièvement blessés, sont extraits du wagon B-300 qui était stationné à côté du B-1927. Ils sont l’objet de soins intensifs. En tout, sept morts sont donc à déplorer.

    Après son attaque visant la gare de Calais-Triage, le dirigeable allemand poursuit sa route vers la gare centrale puis survole Calais-Nord pour prendre ensuite la direction de Dunkerque, non sans avoir ponctuellement lâché d’autres bombes, notamment sur l’église Notre-Dame, déserte à cette heure. Le reporter du Petit Calaisien relève ironiquement qu’un projectile s’est écrasé en face de l’ancien logement de la mère de l’ex vice-consul d’Allemagne à Calais, Paul-Henry Stavenhagen.

    L’avant-port est aussi touché, mais une bombe est engloutie dans un bassin, les autres ne causant que des dégâts mineurs. On le voit, le zeppelin n’a pas vraiment choisi ses cibles : s’il vise sans doute prioritairement les nœuds de communication que sont les gares ou le port, il cherche aussi à provoquer la panique chez les civils. Dans l’obscurité, les pilotes auraient de toute façon les pires difficultés pour être précis dans leurs largages.

    Ceux qui survolaient Calais dans la nuit du 17 au 18 mars 1915 ne l’ont sans doute pas voulu, mais ils ont indirectement touché l’hôpital Lamarck, situé rue de la Rivière. Des infirmières et des blessés ont été sévèrement atteints par des morceaux de verre provenant de fenêtres brisées par le souffle d’une explosion. Ce fait, particulièrement choquant, permet aux journaux locaux et nationaux de dénoncer une nouvelle fois la « barbarie teutonne » et d’attiser davantage la haine dans les esprits. 

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  • Calais : à l’extrémité de la place Richelieu, une rue Royale étroite

    La place Richelieu avant-guerre était plus grande. Elle s’étendait, côté pair, de l’hôtel des postes jusqu’à la rue Française. Côté impair, du jardin Richelieu à la rue des Maréchaux. Elle deviendra la place du Maréchal-Foch en 1929. Plusieurs cafés se trouvaient sur cette place Richelieu. Face au jardin public, il y avait les cafés Chauvin et Gustave, fréquentés par les facteurs. Le café Léon avait été souvent photographié, d’une des fenêtres du Grand Hôtel. Ce café-restaurant se trouvait au n°5 place Richelieu, à l’angle de la rue du même nom. Le propriétaire se nommait Léon Fournier. Au-dessus de son café, M. Cavry, de la faculté de médecine de Paris, avait ouvert un cabinet dentaire. Jouxtant le café, au n°1 rue Richelieu, M. Lajus, médecin vétérinaire, possédait une écurie. À côté du café Léon, vers la rue Royale, exerçait un coiffeur, Auguste Landry, puis se trouvait un autre café, celui de Jules Peron. Le grand bâtiment qui lui faisait suite, à l’angle de la rue des Maréchaux, appartenait à Mme Vasseur, fabricante de tulle.

    L’extrémité nord de cette place Richelieu s’ouvrait sur une rue Royale très étroite avec, à l’angle de la rue Française, un commerce de journaux. Il appartenait à M. Thiriat-Deguines qui était aussi éditeur de cartes postales. Les collectionneurs connaissent bien les productions de ce monsieur qui avait édité, à l’orée du XXe siècle, des cartes postales à partir de très anciennes photos de Calais. Lorsque M. Thiriat abandonna son activité, son magasin fut acheté par un jeune pharmacien, M. Rembert, qui le transforma en une belle officine, la pharmacie Richelieu.

    Lors de la reconstruction, la nouvelle rue Royale englobera une partie de la place du Maréchal-Foch pour débuter rue Jean-de-Vienne et rue Richelieu.

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  • Calais : au nord, la rue Royale s’ouvrait sur la place d’Armes

    Si le tracé de la rue Royale a changé lors de la reconstruction, avant la guerre elle ouvrait déjà sur la place d’Armes à la jonction de deux rues, la rue de la Citadelle devenue rue André-Gerschel, et la rue des Boucheries devenue rue de la Paix. Face à la rue de la Citadelle se trouvait alors le beffroi du musée. Sur l’angle de la rue de la Citadelle, un magasin faisait le bonheur des campeurs, la maison Cauvin-Yvose. On y vendait des tentes, judicieux avec la plage toute proche, mais aussi des bâches et des cordages, le port n’était pas loin non plus. Ce commerce se situait à l’emplacement de l’actuelle Maison du Fromage. La façade de la librairie Bonneau, sur le coin opposé, était ornée de multiples réclames pour la presse nationale, Le Journal, Le Matin, le Petit Parisien, preuve qu’à cette époque où la télévision n’était pas encore née, la lecture des journaux était un rituel incontournable. Le Royal Bar à côté était tenu par M. Delrocques. Clients et personnels avaient été sollicités par le photographe pour donner de la vie à la prise de vue.

     

    À l’angle de la rue Royale et de la rue des Boucheries se trouvait un café, celui de Louis Leclercq au nº 1 de la rue Royale. Il s’appelait le Café de l’Agriculture, nom qui sera le sien lors de sa reconstruction à l’angle de la nouvelle rue Royale et de la rue de la Paix. Il sera absorbé par le Café de Paris en 1992. La rue des Boucheries tenait son nom d’une faveur obtenue par les bouchers en 1379. Le roi Richard II d’Angleterre leur octroya cette rue pour installer leurs commerces en compensation de leur éviction de la grande salle des halles qu’ils occupaient alors. La rue des Boucheries deviendra, par décision municipale du 10 février 1919, la rue de la Paix. Il faut souligner qu’alors il n’y restait quasiment plus de boucheries.

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  • Grande Guerre: Calais évacue plus de 80 000 réfugiés belges

    Plus de 80 000 : c’est le chiffre qu’Albert Chatelle et Gaston Tison avancent dans leur livre "Calais pendant la Grande Guerre". On peut raisonnablement les suivre dans cette évaluation, même si elle est forcément grossière. D’après eux, entre la mi-octobre et le début du mois de novembre 1914, ce n’est pas moins de 30 000 civils belges qui ont été évacués de Calais par chemin de fer, et 52 000 par voie maritime. En plus de l’afflux concomitant de milliers de militaires blessés, on imagine aisément à quel point le visage de la ville dut être métamorphosé durant ces terribles semaines.

    Une mère sans ses enfants

    La population fait tout ce qu’elle peut pour réconforter ces réfugiés, mais se trouve souvent impuissante, comme devant cette mère de famille de 33 ans (photo), originaire de Nip-Emmixten, près d’Anvers, hébergée temporairement 125 rue Martyn. Elle fait cette déposition au commissariat de Calais courant octobre 1914 : « Il y a trois jours, fuyant l’ennemi, je passais à Adinkerque avec mes 5 enfants, lorsque l’un d’eux, me quittant la main, s’approcha d’un groupe de soldats qui défilaient sur la route, afin de leur demander quelques biscuits. 

    Je m’élançais après lui, laissant sur le chemin trois autres enfants (Maris 15 ans, Sophie 10 ans, Marie-Joseph 9 ans) ainsi qu’un quatrième, un petit garçon de 5 ans, Franciscos, qui se trouvait sur une petite voiture que traînait un paysan. Lorsque je revins, quelques instants plus tard, mes enfants avaient disparu. Ils n’avaient fort probablement pas aperçu mon départ et avaient continué leur route. Toutes les recherches que je fis en cours de chemin pour les retrouver sont restées infructueuses". 

     

    L’appel est lancé : si quelqu’un rencontre les enfants de Mme de Pauw, il doit contacter le commissariat de Calais. Les journaux locaux se couvrent de petites annonces indiquant qu’un tel, originaire de Belgique, est maintenant à Calais ou dans le Calaisis, et qu’il cherche à avoir des nouvelles de ses proches. Mais la place étant un camp retranché sous la menace d’une attaque, le gouverneur de Calais prend toutes les dispositions nécessaires pour que les civils belges qui s’y trouvent n’y soient qu’en transit.

    Evacuation impérative

    « Les habitants de Calais ont rempli complètement leur devoir, en accordant une hospitalité temporaire aux malheureuses familles belges, réfugiées dans la place. Il importe maintenant, afin de conserver le plus possible de ressources aux armées à ravitailler, que l’évacuation de ces fa milles ait lieu, à bref délai, sur le territoire que la France a organisé pour les recevoir. Le Gouverneur prie, en conséquence, les Calaisiens qui auraient encore chez eux des réfugiés belges, de vouloir bien les inviter à se rendre au port de commerce, pour y être embarqués » proclame le général Bérard le 21 octobre.

    L’évacuation ne se déroule cependant pas sans difficulté. Certains réfugiés souhaitent demeurer à Calais, où ils reçoivent tout ce dont ils ont besoin pour vivre correctement, en attendant un retour au pays qu’ils espèrent rapide. Les autres préfèrent pour la plupart quitter la ville en direction du sud par train. Mais les transports ferroviaires sont prioritairement réservés aux besoins de l’armée... et ne sont pas sans risque, comme en témoigne la collision qui s’est produite le 18 octobre entre un train transportant 2 000 réfugiés vers Rouen et un convoi de ravitaillement entre Marquise et Wacquinghem. Bilan : 50 morts (certains sont décédés de leurs blessures à l’infirmerie de Calais-Triage, plusieurs n’ont jamais été identifiés) et 200 blessés, ventilés dans les hôpitaux de Calais, déjà surchargés.

    Un bateau torpillé

    La voie maritime n’est pas beaucoup plus sûre. On sait que la rade de Calais est sillonnée par des sous-marins allemands. Le 26 octobre, 2 200 réfugiés belges (dont 200 enfants en bas âge) ont pris place sur le cargo Amiral Ganteaume qui doit les amener à La Pallice. A 16h20, alors que le bateau se trouve non loin du Gris-Nez, une énorme explosion le déstabilise à l’avant et fait pénétrer 3 000 m3 d’eau dans ses soutes.

    Présentant une brèche de dix mètres de long sur cinq mètres de hauteur, l’amiral Ganteaume a bel et bien été torpillé. Mais les lecteurs du Phare de Calais n’apprendront la vérité que 6 jours plus tard. Dans son édition du 27 octobre, le journal se veut rassurant : "Le capitaine, voyant son navire sur le point de sombrer, arbora les signaux de secours, et toutes les unités qui se trouvaient dans les parages répondirent aussitôt en venant prêter assistance au cargo-boat. C’est ainsi que la malle qui était en vue des jetées, rebroussa chemin pour aller coopérer au sauvetage. Les secours, promptement organisés, et activement menés, furent couronnés de succès, puisque tous les passagers purent être recueillis par les navires présents. Seuls périrent en mer une dizaine de réfugiés qui, effrayés du danger, s’étaient jetés à la mer". 

    Alors que le bruit a couru dans Calais que le navire avait coulé avec tous ses passagers, le bilan humain est effectivement réduit à une dizaine de victimes, qui ont été la proie d’un mouvement de panique. Les autres personnes à bord ont regagné saines et sauves le port de Boulogne-sur-Mer puis ont poursuivi leur chemin. Le bateau fut rapidement réparé. Face à tant de dangers, ceux et celles qui s’obstinent à rester chez l’habitant exposent leur hôte à l’amende : le 2 novembre, le Petit Calaisien rapporte qu’un tulliste de la rue Neuve s’est vu infliger une contravention pour avoir hébergé des réfugiés sans les avoir déclarés à la police.

     

     

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  • Durant la Grande Guerre, le Calaisis a constitué une base logistique de premier ordre au service des Alliés. Jean-Henri Gardy a détaillé ce pan d’histoire lors d’une conférence.

     

    Cet aspect assez méconnu de cette période de l’Histoire, particulièrement d’actualité en raison des commémorations du Centenaire, a été exploré en détail par Jean-Henri Gardy qui s’est servi d’une très riche iconographie pour illustrer son propos lors d’une conférence organisée par les Amis du Vieux Calais, dans l’auditorium du musée des Beaux-Arts.

    Le camp retranché de Calais, maillon essentiel de l’arrière-front

    Un Calaisis très cosmopolite

    Ce qui était désigné comme le « camp retranché de Calais » comprend dès le début de la Première Guerre mondiale de nombreuses communes. En milieu urbain, les établissements scolaires, industriels et les bâtiments publics sont réquisitionnés pour loger des milliers de soldats dans l’urgence, tandis qu’en milieu rural on utilise les granges, les hangars. Les Belges sont très nombreux dans la zone suite à leur repli face à l’avancée allemande. Les Britanniques affluent également.

    Les premiers arrivés de nos alliés occupent les sites les plus sûrs : d’abord la place forte de Calais, puis les villages aux alentours. Le gouverneur général de Calais occupe d’abord tout le rez-de-chaussée du musée de la Place d’Armes, vidé de ses œuvres d’art, et réside avenue de la gare (aujourd’hui avenue Wilson) ; l’état-major déménagera ensuite rue de la Harpe. Pour les Français, la zone constitue aussi un lieu de cantonnement, notamment au niveau de la Citadelle.

    La dispersion des établissements est très importante. Ce qu’on a coutume d’appeler le « camp belge » revient en fait à une multitude de petites organisations comprenant des lieux d’hébergement ou de soins coordonnés par l’armée belge. Sur le parvis de l’hôtel de ville, nos voisins d’outre-Quiévrain ont installé une cinquantaine de baraquements abritant des services divers, mais ils sont aussi implantés du côté du canal aux Crabes, route de Gravelines, ou non loin de la Citadelle…

     

    Le caractère éclaté des installations est également vrai pour le « camp anglais ». Il existera à Calais vers la fin de la guerre un modeste et unique « camp américain » vers le Fort Vert. Une foule très cosmopolite de soldats et de travailleurs marque le paysage de la ville pendant ces années de guerre. En effet, des personnes issues des colonies sont visibles à chaque coin de rue. La présence de Noirs – appelés alors communément « nègres » – venus du Congo belge est accueillie très positivement par la population.

     

    Jean-Henri Gardy explique que les Calaisiens, comme la plupart des Français de l’époque, voient au contraire d’un mauvais œil les Maghrébins, considérés comme de possibles traîtres en raison du souvenir laissé par les difficultés rencontrées par l’armée dans les colonies d’Afrique du Nord. On vient contempler en famille ceux qu’on désigne comme des « Papous », stationnés près de l’actuel pont Curie, qui entreposent dans leur abondante chevelure couteaux, cuillers, et autres menus objets. Un soldat originaire des îles Fidji est enterré au cimetière des Baraques.

     

    Les Chinois, recrutés par les Britanniques pour effectuer des tâches de manutention ou d’entretien, ont été, quant à eux, l’objet d’une profonde hostilité. A Audruicq, où ils étaient particulièrement nombreux, on leur attribue vols, viols voire meurtres. Vivant repliés sur eux-mêmes, ne pouvant pas communiquer avec les locaux en raison de l’absence d’interprète, on se moque de leur allure : ils circulent en effet avec de multiples manteaux et chapeaux superposés sur eux. A Ruminghem, on trouve un cimetière dédié aux membres du Chinese Labour Corps.

     

    Importance des voies de communication

     

    Parmi les trois ports de la Côte d’Opale, c’est essentiellement Boulogne-sur-Mer qui sert au transport des troupes venues d’outre-Manche, tandis que Calais et Dunkerque deviennent des plaques tournantes pour l’acheminement de matériel vers le front. Là encore, des lieux de stockage importants sont requis. Dans cette perspective, le choix de Calais apparaît particulièrement pertinent en raison de la densité des voies de communication qui relient la ville aux autres régions. Les Britanniques généralisent le ferry-boat pour éviter les ruptures de charge.

     

    Face à l’intensification des trafics au fil de la guerre, on entreprend de mettre en place des voies ferrées supplémentaires dotées de multiples dérivations, comme par exemple à Coulogne, où le canal revêt aussi une grande importance logistique, et où sont implantés les « camps Vendroux » qui abritent des munitions et une impressionnante montagne de produits pharmaceutiques. Lors d’une nuit de juillet 1916, l’immense camp d’Audruicq, où étaient entreposés munitions et matériel ferroviaire, est bombardé par des avions allemands, causant un énorme incendie.

     

    Beaucoup de femmes sont employées dans ces camps, et pas seulement celles de la WAAC (Women Auxiliary Army Corps). En effet, les femmes du Calaisis peuvent gagner un salaire et de l’autonomie en se mettant au service des Alliés pour des travaux de rangement, de tri, d’emballage, de réparation de casques abîmés… ou encore de fabrication d’armes. L’usine De Laire a produit par exemple des obus contenant du gaz asphyxiant : nul doute que des « munitionnettes » locales ont œuvré à leur montage.

    Le démantèlement des camps, par nature provisoires, durera au moins jusqu’en 1920. Le matériel militaire est lentement évacué, les autres éléments pouvant être récupérés comme les vêtements sont vendus aux enchères. Le temps limité de la conférence n’a pas permis d’assouvir complètement la curiosité d’un public dense, demandeur de précisions quant aux traces qu’ont pu laisser toutes ces installations, à la fois dans le sol et dans les mémoires. 

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