• Eglise Sacré-Coeur

    Paroisse du Sacré—Cœur

     Situation

     Le quartier du Sacré-Cœur se situe à l’ouest de Saint-Pierre. Il est limité par les grandes voies que constituent le boulevard Jacquard, le boulevard Pasteur et la rue des Fontinettes. Il se compose du territoire des Cailloux, du Pont—du-Leu ainsi que du Fort—Nieulay. On l’appelle aussi le « Petit-Paris ».

     Historique

     L’église de Saint—Pierre rythmait la vie religieuse à Calais pendant les années 1860. Cependant l’étendue de son territoire était telle que des quartiers périphériques s’en trouvaient bien éloignés. C’était le cas des habitations ouvrières qui s’étaient agglomérées des deux côtés de la route de Boulogne, à mesure que des usines s’y implantaient. Le souci de leur rendre plus facile la pratique religieuse inspira à l’abbé Gheerbrant, aumônier du Pensionnat des Religieuses du Sacré-Cœur (à l’emplacement de l’actuel lycée Sophie-Berthelot), le projet de bâtir un lieu de culte pour ce quartier.

     L’abbé Gheerbrant se rapprocha de Monseigneur Parisis, l’évêque d’Arras, qui se montra favorable à cette initiative pourtant téméraire. Les difficultés ne manquèrent pas à l’origine, mais après plusieurs années de démarches et d’efforts, le persévérant aumônier eut la satisfaction de voir poser la première pierre qui fut bénie le 7 avril 1867 par Monseigneur Lequette, le successeur de Monseigneur Parisis. L’Echo du Sacré-Cœur de 1894 rapporte l’anecdote suivante: << Il y avait à peine un mois que l’on remuait le terrain pour creuser les fondations, lorsqu’un ouvrier trouva dans la terre une petite médaille en forme de cœur, portant d’un côté l’effigie du Sacré—Cœur de Jésus, de l’autre celle du Cœur immaculé de Marie. Autour du Cœur de Jésus étaient gravés ces paroles : DIEV EN MOY, autour de celui de Marie : MOY EN DIEV. » Cette médaille datée de 100 à 200 ans fut soigneusement recueillie et préservée.

     Les travaux furent rapidement entrepris, mais faute de ressources, on dut se bomer à n’élever complètement que le chœur et les quatre premières travées que l’on isola du reste du chantier par une cloison en planches. Le lieu fut cependant ouvert au culte en attendant des circonstances plus favorables à la construction du reste de l’édifice. Le 29 octobre 1871, Monseigneur Lequette procéda à la bénédiction et le lendemain célébra la première messe. La charge de la nouvelle paroisse fut confiée à l’abbé Gheerbrant. Le 30 mai 1872, la paroisse fut légalement reconnue par le gouvernement, le décret était publié le jour même de la fête du Sacré-Cœur.

     Obligé de se démettre au bout d’un an et demi de ministère, en raison de son état de santé, l’abbé Gheerbrant eut pour successeur l’abbé Robert Parenty, qui fut installé le 12 octobre 1872.

     Au printemps de 1877 les travaux de l’église reprirent enfin pour ne plus être interrompus, car l’Administration municipale avait voté un large crédit pour l’achèvement de l’édifice. Avec le concours de cette même administration, la construction des bâtiments destinés aux écoles de garçons et de filles dont la direction devait être confiée aux Frères de la Doctrine Chrétienne et aux Sœurs de Saint-Paul de Chartres fut poussée avec non moins d’énergie. Grâce au zèle du nouveau curé, un pensionnat de jeunes filles s’élevait à côté de l’église, sous la direction des Dames de la Sainte Union de Douai. A la même époque, plusieurs écoles publiques s’ouvrirent dans le quartier, si bien que plus de 1600 enfants étaient alors instruits dans la paroisse.

     L’année 1878 devait voir l’achèvement tant désiré et la consécration de l’église, œuvre de l’architecte M. E. Normand d’Hesdin et réalisée par l’entrepreneur M. L. Boulard, de Saint- Pierre. Mais la tour ne put être élevée au-delà du faîte du bâtiment.

    Déjà une magnifique cloche, don généreux d’une famille de la paroisse, prenait place dans la «chambre» dont les parois atteignaient à peine le haut de l’édifice. Elle fut bénie le 14 avril 1878 par l’abbé Parenty en vertu d’une délégation épiscopale. Le 9 juin, deux autres cloches non moins belles, dont une << ex-voto » d’Arras reçurent la bénédiction du curé du Sacré-Cœur. La fête de la consécration de l’église eut lieu le 16 juin sous l’égide de Monseigneur Lequette. De très nombreux pèlerins étaient venus de toute la région pour assister aux diverses cérémonies religieuses qui se déroulèrent en présence de nombreux prélats. Les célébrations durèrent jusqu’au dimanche 30 juin, fête du Sacré—Cœur.

     Après la disparition de l’abbé Parenty, la charge fut reprise en 1882 par M. Zéphyrin Liénard, qui était supérieur du Collège de Saint—Pol puis, de 1891 à 1894 par l’abbé Louis Debras, ancien aumônier de l’Armée de l’Est en 1870. Ce fut sous le pastorat de l’abbé Debras que l’église fut totalement achevée en 1892 Cette année-là, le 14 août, eut aussi lieu l’inauguration des orgues avec le concours de M. Gustave Peillereau, lauréat du conservatoire de Paris et organiste de la paroisse Saint-Nicolas de Boulogne.

     M. Auguste Lequien, professeur et vicaire à Saint-Pol fut curé du Sacré-Cœur de 1894 à 1906. Son successeur fut le chanoine Henri Debout, missionnaire diocésain bien connu par son talent de prédicateur et son zèle pour la Bonne Presse. Il ne tarda guère à gagner notoriété dans toute la ville. Le chanoine Debout allait souvent à Rome où s’instruisait le procès en béatification de Jeanne d’Arc. Il y déposa comme témoin car, en 1891 à Fruges, une religieuse malade avait retrouvé la santé après avoir, sur son conseil, suivi une neuvaine à la Pucelle. Il fut promu le 21 janvier 1909, prélat de Sa Sainteté, ce qui lui valut le titre de Monseigneur.

     Le Chanoine Julius Milléquant ne fit qu’un passage dans la paroisse du Sacré-Cœur, du 10 février 1912 au 14 avril 1914. Se succédèrent ensuite M. Augustin Fournier de 1914 à 1943 et M. Joseph Pollet de 1943 à 1963. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la façade fut meurtrie par les traces d’un grave incendie qui dévora une imposante usine dont elle n’était séparée que par une rue étroite. M. Pollet entreprit des travaux d’entretien en 1961, mais ce fut son successeur, l’abbé Jean Maenhout qui fit subir à l’église du Sacré-Cœur une « cure de rajeunissement ». En 1967, les orgues furent restaurées pour le centenaire de l’église.

     Le 18 juin 1978, l’abbé Daniel Raoult, en charge de la paroisse depuis 1969, célébra le centenaire de la consécration de l’église.

     Architecture et éléments notables

     L’église du Sacré-Cœur est un bel édifice construit dans le style ogival du XIIIe siècle. La brique du pays y a remplacé la pierre, sauf pour les colonnes, les pilastres et les nervures des voûtes. Les mêmes matériaux furent employés pour les usines voisines. L’église a trois nefs parfaitement proportionnées, sans déambulatoire, ni transept, et séparées par quatorze colonnes sveltes, en granit, d’un seul fût. Elle mesure 50 mètres de long sur 18 mètres de large dans l’œuvre et 16 mètres d’élévation sous clef de voûte. Le chevet est percé de cinq fenêtres lancéolées, la nef médiane reçoit principalement la lumière d’un clair étage élégamment ajouré. L’effet d’ensemble est majestueux et imposant.

     La riche décoration intérieure d’origine n’existe plus depuis les années 60. Des peintures d’un seul ton ont succédé aux couleurs où le rouge foncé dominait. La décoration en panneaux symétriques agrémentés d’encadrements, les dorures nombreuses, les inscriptions enluminées des murs supérieurs ont disparu pour permettre le nouveau revêtement en couleur unie des murs. Le mobilier, très considérable à l’origine, est réduit de nos jours. Ainsi le maître-autel longtemps présent sortait des ateliers de M. Buisine, de Lille. Il était en chêne sculpté, dans le même style que l’église. Un retable d’une élégante et riche ornementation le surmontait. Au centre se trouvait une belle statue polychromée du Seigneur Jésus découvrant son Cœur Sacré. Les statues des saints apôtres Pierre et Paul l’accompagnaient. Les arcades des deux côtés du tabernacle étaient remplies de riches reliquaires. Au-dessous de la table d’autel, qui était en pierre, on apercevait l’effigie cochée de la bienheureuse Marguerite-Marie. Les statues de saint Augustin et de saint François de Sales complétaient l’ornementation. Aujourd’hui, la décoration du chœur, dépouillé de son mobilier d’origine caractéristique de l’éclectique de la fin du XIXe siècle, ainsi que celle des autels secondaires, témoignent d’un goût très sûr dans leur grande sobriété.

     La porte du tabernacle est en bois de cèdre du Liban. On raconte que ce fragment proviendrait d’un cèdre antique, peut-être contemporain de Salomon, abattu par la tempête et dont le Sultan aurait fait abandon à Mgr le patriarche de Jérusalem ; celui-ci, à son tour, en aurait fait don à Mgr Guilbert, archevêque de Paris, pour le sanctuaire du Vœu National à Montmartre. Mgr Guilbert en aurait détaché une partie pour l’église du Sacré-Cœur.

     Les trois cloches portent les noms de Françoise-Julie, Victoire-Dauphine et Antoinette-Caroline. Elles proviennent des ateliers de M. Crouzet-Hillebrandt, fondeur à Paris. La première pèse 1000 kilos et donne le mi bémol, la seconde, de 758 kilos, donne le fa et la troisième, de 548 kilos, le sol.

     Les fenêtres du bâtiment ont conservé leurs vitraux d’origine, sauf celles de la partie supérieure de la nef principale et du chœur. Les illustrations en couleurs chaudes, véritables tableaux transparents, ont une valeur artistique certaine. Le chemin de croix est lui aussi remarquable. Il est l’œuvre de l’artiste C.E. Francq et date de 1874. Il est constitué de toiles encadrées dont la restauration, dans les années 60, est due à un peintre calaisien d’origine belge, M. François Couteau. Ces toiles, dans le style religieux du XIXe siècle contrastent quelque peu avec la décoration générale, imprégnée de modernisme.

    Eglise Sacré-Coeur

    Dans le fond de l’église et dans la partie réservée aux fonts baptismaux, une reproduction de la grotte de Lourdes attire l’attention. Elle fut aussi confiée aux soins de M. Couteau lors des travaux de restauration.

     Enfin , l’église renferme plusieurs plaques qui méritent d’être mentionnées. La première fait en quelque sorte un bref historique de l’église en rappelant les dates essentielles de sa construction et les hommes qui en furent à l’origine. Une autre porte l’inscription « Principaux bienfaiteurs >> et liste les curés de la paroisse jusqu’en 1943. La troisième commémore la consécration officielle de l’église le 16 juin 1878. La dernière indique que Monseigneur Debout a obtenu le 12 avril 1909, de Sa Sainteté Pie X que tout fidèle qui récitera en cette église une prière en l’honneur du Sacré-Cœur, obtiendra une indulgence de 300 jours.

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  • Eglise Notre-Dame des Armées

    Paroisse Notre-Dame des Armées

     Situation géographique

     Bâti sur le Banc des Pierrettes le quartier des Cailloux est situé au nord, isolé du reste de la ville par une gare de triage, coupé au sud par la rivière Neuve ; au—delà c’est l’ancienne enceinte de fortifications, des champs et des jardins, jusqu’au passage à niveau de Fréthun.

     Historique

     Dès 1882, l’abbé Debras, alors curé du Sacré-Coeur, avait songé doter ce quartier d’un sanctuaire dédié à Marie. En effet, ému à la vue du malheureux état religieux des habitants des « Cailloux », et comme le rapporte le Bulletin paroissial de Notre-Dame des Armées, il s’était exprimé ainsi : « Là aussi je bâtirai une église et j ’érigerai un autel et je ferai régner dans ce centre ouvrier la Madone chère au saint abbé Bellanger, la Patronne bien-aimée des soldats dont je fus l ’aumônier en 1870, Notre-Dame des Armées. >>

    Un lieu de culte provisoire fut créé dans un baraquement en pitchpin*, au début des années 1890, en attendant la construction d’un sanctuaire définitif, dès que les fonds auraient été réunis. Décédé quelques années plus tard, il ne put voir l’aboutissement de son projet.

     L’idée fut reprise en 1906 par Monseigneur Debout qui bâtit, de ses deniers, un presbytère et une chapelle provisoire sur un terrain offert par Madame Damann-Rault. Ceci fait, le quartier des « Cailloux » fut érigé en paroisse autonome en décembre 1913 et fut confié à un vicaire, l’abbé Peugnet, vicaire au Sacré-Coeur. Celui—ci

     *pin résineux de l’Amérique du Nord, dont le bois jaune et rougeâtre est employé en ébénisterie.

    Eglise Notre-Dame des Armées

    rapporte les propos tenus lors de sa nomination par Monseigneur dans son bulletin paroissial :

     - «Monsieur le Vicaire, je vous nomme curé de Notre-Dame des Armées.

     - Mais Monseigneur, c’est le désert là-bas, où irai-je loger ?

     - Vous bâtirez un Presbytère, cher ami.

     - Où trouverai—je, Monseigneur, les fonds nécessaires ?

     - La Providence y pourvoira - ayez confiance... »

     L’abbé Peugnet s’attela à la construction d’une belle église en dur pour remplacer le baraquement qui faillit brûler en janvier 1916, une étincelle d’un bec à acétylène ayant mis le feu à la crèche mise en place pour les fêtes de Noël.

     Il lança un bulletin << Notre—Dame des Armées >> et une souscription afin de recueillir des fonds mais la guerre 1914—1918 l’obligea à retarder la construction de son église. La souscription diminua, en partie à cause de la dévaluation, mais, comme le mentionne un bulletin paroissial, le nombre de fidèles priant « pour le salut de la France, pour la protection de leurs soldats pour obtenir la grâce du courage et de la résignation » augmenta.

     La guerre terminée, avec force appels dans la presse locale et la Voix de Notre-Dame, l’abbé Peugnet relança une souscription spéciale de donateurs à 500 francs : « les parrains et les marraines de Notre-Dame ». Des cartes postales avec en légende « Souscrivez en mémoire de nos soldats >> furent éditées à chaque étape de la construction. En effet d’un coût prévisionnel de 100 000 francs en 1914, la dépense monta à plus d’un million de francs.

      La première pierre fut bénie le 15 mai 1921 par Monseigneur Debout sur une parcelle offerte à nouveau par Madame Damann.

     Début 1924, une des cartes postales éditées annonçait : «pour l‘achèvement, il nous manque 120 000 francs. » Quelques mois plus tard, le sanctuaire était couvert. Il lui manquait encore ses voûtes, son mobilier, son clocher.

    Eglise Notre-Dame des Armées

    L’église conçue par le fameux architecte calaisien, Roger Poyé, et réalisée par Adolphe Desseilles fut bénie en juillet 1924 par Monseigneur Julien du diocèse d’Arras, alors qu’elle n’était pas totalement achevée.

     La cérémonie fut relatée par la presse locale : les habitants avaient tenu à décorer la façade de leurs maisons et les rues du quartier où dans l’après-midi allait se dérouler le cortège que les paroissiens de Notre-Dame des Armées allaient faire à Monseigneur Julien. Un magnifique arc de triomphe avait été dressé à l’entrée de la rue Kléber, fait de deux hauts pylônes garnis de branches de sapins reliés par un portique de feuillages et de roses rouges formant au centre une grande croix. A l’entrée de la rue Augereau un autre portique était formé de draperies tricolores. Des inscriptions en lettres d’or sur draperies blanches ou rouges des emblèmes religieux, des guirlandes de toutes les couleurs, complétaient cette jolie décoration. Sur la chaussée étaient répandus des roseaux, du gazon, des fleurs en quantité, tapis magnifique et somptueux sur lequel passa le cortège, précédé de huit cavaliers, ouvrant la marche à Mgr Julien, entouré de MM. les vicaires-généraux Hoguet et Guillemant, de Mgr Debout, protonotaire apostolique, archiprêtre honoraire de Calais, et de tout le clergé des paroisses de la ville, de la banlieue et des communes du canton. Lorsque le cortège fut arrivé devant le nouveau sanctuaire, le clergé et les personnalités officielles franchirent les grilles de la cour d’honneur. Les trois nefs étaient archi-combles et une foule énorme se tenait devant le portail largement ouvert pour essayer d’entendre les discours et sermons prononcés en cette grande occasion.

     Le clocher fut inauguré le 11 novembre 1928 avec une cloche baptisée Marie—Joseph-Thérèse.

     L’abbé Peugnet mourut à la tâche en 1931 à l’âge de 47 ans, victime d’une grave maladie, tout en laissant une communauté chrétienne florissante.

    Eglise Notre-Dame des Armées

    Le 2 décembre 1940, la Kommandantur réquisitionna l’église des Cailloux pour un service rendu à la mémoire de 18 adolescents membres des jeunesses hitlériennes, tués la veille au petit matin, par la bombe d’un avion isolé, alors qu’ils se rassemblaient a l’extrémité de la rue du Cosmorama (rue Monseigneur Piedfort) dans l’attente des camions devant les transporter sur les chantiers de la côte.

     Architecture

     Œuvre de l’architecte Rogé Poyé, l’église Notre- Dame des Armées est marquée du style néo- -roman. L’ensemble est élevé en ciment et béton armé avec quelques remplissages de pierre blanche. L’édifice est couvert d’une toiture à deux versants abritant une nef et deux bas- côtés. L’entrée se fait par un clocher porche dont la base est englobée dans une galerie extérieure évoquant la forme d’un cloître qui déploie deux ailes en retour sur la rue et dégage un parvis pour l’église. A l’origine, le projet ne prévoyait qu’ une aile en retour de la façade pour contrebalancer un presbytère latéral jamais construit.

     La tour du clocher présente en haut-relief un grand Christ de 6 mètres de hauteur sur une croix de 12 mètres. Il fut réalisé par le statuaire Odilon Debert.

     L’ aménagement intérieur est sobre, l’utilisation du béton a cependant permis la construction sous la charpente de fausses voûtes et coupoles en pendentif. Les murs intérieurs des bas- côtés sont agrémentés d’ une frise Art déco.

     La chapelle Sainte- Thérèse abrite de nombreux ex-voto dont beaucoup furent apposés au cours de la Première Guerre mondiale ou peu après.

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  • Eglise Notre-Dame de Consolation

    Paroisse Notre—Dame de Consolation

     Situation

     La fondation de la paroisse Saint—Benoît—Labre isolait une partie du territoire de Saint-Pierre, le Beau-Marais, qui s’étendait au-delà des fortifications jusqu’aux limites de Marck. Le quartier abritait quelque mille personnes, des cultivateurs mais aussi des ouvriers. Le vicaire en charge était l’abbé Louis Flodrops. Celui-ci constata que la situation religieuse des habitants était fort précaire.

    En effet, pour suivre le catéchisme, les enfants devaient aller rue de Chantilly et les fidèles prenaient le train pour se rendre à l’église.

     Historique

     Le premier soin de l’abbé Flodrops fut de réunir les enfants du catéchisme dans leur quartier. Le 20 juillet 1909, il lança un petit journal mensuel «L'Avenir du Beau-Marais >> pour recueillir des fonds en vue de bâtir une église. Contre vents et marées, il entreprit cette oeuvre. En septembre, le terrain pouvait déjà être acheté grâce à un don anonyme de 3000 francs. Les dons, souvent modiques, mais très nombreux affluaient de toute la France mais il fallait réunir près de 55000 francs selon les estimations de l’abbé Flodrops.

     La première pierre fut bénie le dimanche 28 août 1910 à 16h00. La cérémonie fut présidée par le chanoine Bourgain, doyen de Saint-Pierre et le sermon fut prononcé par l’abbé Hu, curé de Saint—Benoît-Joseph-Labre. Mais, la veille de la Toussaint 1910, une violente tempête jeta bas le premier mur achevé. L’abbé se remit à l’ouvrage et réalisa une église entièrement en ciment armé, une véritable révolution pour l’époque.

     Oeuvre de l’architecte A. Nasouski, qui s’était inspiré de l’édifice de Vézelay en Bourgogne, elle mesurait trente mètres de long sur douze mètres de large mais n’avait pas encore de clocher.

    Cette chapelle annexe de Saint—Pierre fut immédiatement dédiée à Notre-Dame de Consolation comme l’avait proposé M. Flodrops à l’évêque d’Arras le 26 septembre 1909, ce vocable répondant à la situation de l’église non loin du cimetière. Mais l’initiative ne fut pas tout de suite approuvée par l’autorité diocésaine, si bien que M. Flodrops fut éloigné de Calais et nommé curé de Haisnes. La population réclama son retour et début juillet 1912, l’Evêché créa la paroisse de Notre-Dame de Consolation et l’en nomma curé.

     L’année suivante, l’abbé Flodrops dota le Beau—Marais d’écoles privées situées dans les locaux entourant l’église et le presbytère. C’étaient de lourdes charges financières, il lança des souscriptions et répandit largement dans toute la région un bulletin paroissial « La Bonne Souffrance », qui succéda à «L’Avenir du Beau-Marais ». Son talent d’écrivain, son esprit, son humour et surtout l’intérêt qu’il manifestait pour toutes les détresses physiques ou morales donnèrent à cette publication une très large diffusion et de nombreux dons en faveur de la paroisse et de ses écoles affluèrent. Une neuvaine pour les défunts, au début de novembre, attirait les fidèles calaisiens.

     La guerre de 1914-1918 ralentit le rythme des réalisations de M. Flodrops, qui fut mobilisé en 1916 en qualité de caporal infirmier au centre sanitaire de Calais. Ce fut en bleu horizon qu’il passa les épreuves du brevet de capacité afin d’exercer aussi en tant qu’instituteur. Après les hostilités, l’église fut dotée d’un cinéma gratuit et d’une bibliothèque et onze classes gratuites furent créées entre 1921 et 1939.

     La première cloche fut baptisée en mai 1923, elle allait rester de nombreuses années sans clocher, posée sur de simples madriers.

     Nommé chanoine honoraire le 6 février 1932, l’abbé Flodrops devait se préoccuper, avant de quitter le Beau-Marais, de compléter l’église par la tour qu’on lui connaît. Elle fut édifiée en 1937, à l’occasion des noces d’argent de la paroisse, grâce aux dons recueillis. Haute de 30 mètres, elle fut couronnée par une statue de Notre-Dame de Consolation de 3 mètres, sculptée par l’épouse de l’architecte. Deux cloches furent aussi installées pour compléter le carillon, l’une, de 270 kilos, fut baptisée Marie-Victorine-Andrée-Georgette, elle est aussi appelée cloche de la Reconnaissance, l’autre, de 190 kilos, fut nommée Louise—Paule—Germaine— Simone.

    Ce fut l’abbé Georges Orient, succédant au chanoine Flodrops, devenu directeur de l’enseignement primaire privé, qui, le 31 octobre 1937, célébra l’inauguration de la tour de l’église et la bénédiction des cloches et de la statue.

     En 1940, l’abbé Orient fut nommé à Oye-Plage et évacué de Calais-Nord, le chanoine Flodrops revint au Beau-Marais. Aidé des gens du quartier il y ramena tout ce qu’il put sauver de l’église Notre-Dame. Le lundi de Pentecôte, le 29 mai 1944, un terrible bombardement causa d’importants dommages dans le quartier, sans qu’il y eut de victimes à déplorer. Le 28 septembre, 150 pièces d’artillerie canadiennes pilonnèrent Calais, si bien qu’ au sortir de la guerre, il ne restait pratiquement que les murs de l’église.

     Ce fut le troisième curé de Notre-Dame de Consolation, l’abbé Pierre Jénicot, nommé en 1948, qui présida à sa renaissance.

    Les travaux de restauration durèrent de 1951 à 1954 et pendant ces années, le culte fut célébré dans la salle paroissiale.

     -Après vingt ans de pastorat, l’abbé Jénicot fut remplacé par l’abbé Raoult, auquel succédèrent l’abbé Marcel Macquet jusqu’en 1977, l’abbé Raymond Forestier jusqu’en 1983 puis l’abbé Paul Falala, qui est encore aujourd’hui le curé de Notre-Dame de Consolation.

     En 1983, d’importants travaux de réfection furent entrepris. En effet, le ciment armé fait de galets, de grillages et de fers utilisé pour bâtir l’église avait mal supporté l’action du temps et de nombreuses fissures rendaient l’édifice dangereux. Il suffisait d’actionner les cloches pour que la statue placée au sommet vacillât sur son socle. On jugea qu’elle était trop abîmée pour être restaurée et elle tomba sous les coups de burin des démolisseurs, toutefois la tête put être sauvée et fut conservée quelques années. La statue fut remplacée par la grande croix que l’on connaît aujourd’hui.

     Chargé aussi de la mission ouvrière, l’abbé Falala est à l’origine de nombreuses actions auprès de la population. En 1985, lorsque des troubles faisant suite à des rumeurs d’enlèvements d’enfants, agitèrent le quartier, il fut l’un des médiateurs qui permirent le retour au calme. Il est aussi le créateur de la Fête du Jeu qui réunit chaque année des centaines d’enfants du quartier et plus récemment en avril 2001, il a organisé les << chantiers de l’espérance >>. Malgré les travaux effectués au cours de la dernière décennie, il reste encore beaucoup à faire et les cloches ne sonnent plus à cause de la fragilité du clocher.

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  • Eglise Notre-Dame

    Paroisse Notre-Dame

     Situation

     Le Calaisis était, jusqu‘au XIIe siècle une zone marécageuse où la mer pénétrait assez loin. Le plus ancien site habité, mise à part la ville de Marck, se groupait autour de l‘ancienne église Saint—Pierre (dont on connaît l‘existence dès le Xe siècle) et formait un village dénommé « Pétresse ». Le golfe se colmatant peu à peu, le rivage s’avançait vers le nord. Les pêcheurs suivirent et s’installèrent sur les terres qui allaient former le site de Calais.

     Historique et évolution architecturale

    Les origines de l’église Notre-Dame

     Une première église, dédiée à saint Jean—Baptiste, fut édifiée. Peu après, en 1184, un lieu de culte plus vaste, le plus important de Calais pendant près de 400 ans, fut consacré. Il était dédié à saint-Nicolas, patron des marins. Cette importante construction fût démolie de 1560 à 1564 lors de l‘édification de la citadelle (elle se situait au niveau des fossés est, actuellement « place des Fusillés »).

     Une troisième chapelle, placée sous le vocable de sainte Marie, ouverte pour les bateliers venant de Marek et de Pétresse, longeait la rivière de Guînes, à l‘ouest de la ville. Sur l‘emplacement de cette chapelle, Adrien de Wissant décida de construire l'église Notre-Dame. Les travaux débutèrent en 1214, année de la bataille de Bouvines. Notre—Dame fut érigée en église paroissiale en 1224 par Adam de Montreuil, 32e évêque de Thérouanne. Cette première campagne de construction correspond au transept de la future grande église. L‘église d‘Adrien de Wissant était un édifice de plan rectangulaire. Les angles étaient flanqués de deux tours massives au nord et de puissants contreforts au sud. A l‘intérieur de la partie nord, l‘actuel transept Saint-Pierre, des colonnes détachées à chapiteaux à crochets supportaient un réseau de voûtes en ogives alternant pierres et briques. Cette partie de l'église a été anéantie en 1944, seul un chapiteau d'origine a pu être remis en place. Le côté sud, le transept Saint-Jacques, est resté par contre quasiment intact. En 1224, Calais comptait donc deux paroisses, Notre-Dame et Saint—Nicolas, placées comme la paroisse Saint-Pierre de Pétresse sous le patronat de l'abbaye Saint-Bertin de Saint—Omer.

     A partir de 1224, l‘église Notre-Dame connut plusieurs campagnes d‘agrandissement et d‘aménagement. La nef actuelle conserve plusieurs éléments du début du XIVème siècle soubassement et contreforts en grès de la façade occidentale, piliers alternativement ronds et octogonaux supportant de grandes arcades en calcaire. Cinq types de larges feuilles doubles aplaties décorent les chapiteaux de la nef.

     L’église Notre-Dame pendant la période anglaise

     Après la prise de Calais en 1347 par Edouard 111, une bulle du Pape Urbain VI rattacha le territoire calaisien conquis, << le Pale », à l‘archevêché de Canterbury. Les cérémonies du traité de Brétigny-Calais cédant définitivement cette portion de France au royaume d'Angleterre se déroulèrent à l'église Saint-Nicolas en présence des envoyés des deux rois.

     Pendant la présence anglaise, les Flamands, voisins et alliés, fournirent la main-d'œuvre pour la reprise du chantier. Devant la difficulté de trouver de la pierre, les nouvelles dispositions de l'église furent réalisées en briques de sable, matériau de construction privilégié en Flandre.

     La partie haute de la nef fut donc élevée en briques. Les arcs des fenêtres hautes sont en " anse de panier ", forme caractéristique du style anglais dit " Tudor ". Les fermes de la charpente de la nef reposent sur des consoles en pierre calcaire jaune au grain très gros. Ces consoles représentent des anges tenant un écusson. La couverture de la voûte en plein cintre, restituée dans les années 1970, est lambrissée. Les piliers du chœur, cylindriques, furent dotés de chapiteaux à choux frisés, modèle typiquement flamand. Enfin les Anglais édifièrent le clocher et la voûte à la croisée du transept. La base carrée du clocher supportait quatre tourelles et une flèche octogonale en maçonnerie couverte d‘une autre flèche cette fois en ardoise. Le clocher a été anéanti en 1944, son effondrement provoqua la destruction totale du transept nord.

     La chapelle du Sacré-Cœur, dite aussi chapelle du Gouverneur, en souvenir du Gouverneur de Calais, le Seigneur de Gourdan qui y fut enterré au XVIème siècle, est une curieuse construction de la période anglaise. La chapelle est éclairée par une série de trois fenêtres géminées et un œil de bœuf. Un lavabo de pierre surmonté d'un relief à motif d'arcs en tiers-point est fixé contre le mur sud.

     La plus importante église de Calais

     Après la reconquête de la ville par le duc de Guise, Notre—Dame fut rattachée à l'évêché de Boulogne nouvellement crée par le pape Pie V. L‘église Saint-Nicolas disparut sous les pioches des démolisseurs en 1564. Notre-Dame, devenue la seule paroisse de Calais, avait quasiment son aspect actuel. Seule l'entrée de la nef fut modifiée suite à la construction de la grande citerne en 1691 et au comblement en 1702 de la rivière de Guines : les deux portes latérales furent murées et une entrée principale fut percée dans la façade occidentale.

     Deux réalisations importantes furent effectuées au XVIIème siècle : le retable et la chapelle mariale. Le retable fut construit de 1624 à 1628 par Adam Lottman, sculpteur originaire de Coulogne. L'autel du retable est surmonté d'un tabemacle avec deux bas—reliefs figurant l’un, les Hébreux recueillant la manne, l’autre, les Apôtres lors de la première « Cène ». Des anges ailés tenant des urnes et des chérubins en adoration ponctuent la corniche du tabemacle.Deux grandes niches latérales, entourées chacune de deux hautes colonnes supportant un riche fronton brisé avec les représentations de la Foi et de l‘Espérance, abritent les statues de Charlemagne et de Saint Louis, achevées en 1629. Les statues des quatre évangélistes sont placées à la base des colonnes. La partie centrale du retable est occupée par une grande toile figurant l‘Assomption de la Vierge du peintre flamand Gérard Seghers. Au dessus de la toile, une Vierge revêtue du manteau royal, les étoiles formant sa couronne, tient le sceptre et l‘enfant Jésus bénissant le monde. La Vierge écrase de son talon le roi des Enfers. Le Christ en majesté couronne l‘ensemble. Enfin, il faut remarquer que le style du retable et son ornementation sont plus proche de l‘esthétique de la Renaissance que de l'époque Louis XIII.

    La bénédiction du retable eut lieu le 31 août 1638 en présence de Monseigneur Le Bouthfllîer, troisième évêque de Boulogne. Cette magnifique œuvre est d‘autant plus remarquable que les réalisations de Lottman, dont l‘art fut très apprécié à son époque, ont toutes disparu. Plusieurs têtes de statues furent décapitées par le choc des bombardements de 1944 et le monument eut à souffrir depuis du vandalisme et du vol. Malgré ces aléas, l‘édifice ne demande plus qu'à être restauré.

     La chapelle de la Vierge fut construite de 1631 à 1635 en prolongement du chœur. Les deux oculus du chevet plat anglais furent à cette occasion murés. Cet édifice massif à gros contreforts, construit en brique, a un plan elliptique. La chapelle de la Vierge possédait des petites orgues logées sans doute dans un des balcons.

    En 1813, de nouvelles grilles en fer forgé fermèrent la chapelle. En 1860 la chapelle fut rénovée. Le dôme se vit enrichir d‘un lanternon ajouré et la décoration intérieure a certainement été alors remaniée. A gauche de l‘entrée de la chapelle se trouve un monument funéraire en albâtre du XVIe siècle. Il rappelle le souvenir de Lucrèce de Bernes épouse d'Antoine de Jacomel, maître des requêtes de l'Hôtel du Roy et président—juge de Calais.

     Au XVIIIème siècle, l'église Notre-Dame fut dotée d'un magnifique orgue. L'instrument et le buffet furent réalisé de 1729 à 1735 par le facteur d'orgues Jean Jacques, le sculpteur Jacques-Joseph Baligant et le menuisier Jean-Henri Piette. Les dispositions de l'orgue reprenaient celles du buffet de la cathédrale Notre-Dame de Saint-Omer, également œuvre des mêmes artisans originaires de Saint-Omer. Mais à Calais, l'élévation à trois étages dut se loger dans une nef plus large et moins haute qu'à Saint-Omer. L'illusion de profondeur est à Calais moins probante. La même richesse décorative, presque baroque, ornait l'orgue de Calais : Les tambours du buffet supportaient les statues d'anges musiciens, du roi David, de sainte Cécile et de l‘enfant Jésus. Entre 1940 et 1945, l'orgue souffrit d'éclats d'obus passés à travers la toiture de la nef. Mais ce fut surtout le pillage de la tuyauterie d'étain qui saccagea l'instrument.

    Les statues de la tribune disparurent, seules celles de l'entablement supérieur purent être déposées ainsi que toutes les boiseries sculptées et les tambours. La structure même fut utilisée en grande partie comme bois de chauffage. Les statues du roi David, de sainte Cécile, de l'enfant Jésus et des deux anges trompettistes décorent de nos jours les murs de Notre-Dame provisoire, nombres d'éléments sculptés sont toujours entreposés dans les caves de la Bourse du Travail.

     De belles grilles de fer forgé, clôturant le chœur et les fonts baptismaux, furent réalisées au XVIIIème siècle. Le dallage de l'église, pendant cette période, fut entièrement refait et rehaussé.

     Notre-Dame pendant l’ère industrielle

     En 1802, l'église Notre-Dame fut rendue au culte. L'édifice avait été transformé en Temple de La Raison en 1793 puis réquisitionné par l'intendance pour servir d'entrepôt en 1794. Le vandalisme révolutionnaire avait épargné l'église. Seuls les objets précieux étaient partis à la Monnaie de Paris ou avaient été volés.

    Une seule cloche restait en place, les autres, comme le plomb des toitures, avaient été fondues. Dans la chapelle de la Vierge, les armes de France, du cardinal Richelieu et de son beau-frère, le gouverneur de Calais, Urbain de Maillé, avaient disparu..

     En 1829, la chapelle de l'Ascension, démolie pendant la Révolution, fut reconstruite. Elle était placée sous le vocable de saint-Charles Borromée et abritait les statues en bois polychrome de saint Nicolas et de saint Bain, évêque de Thérouanne, missionnaire de la Morinie et premier apôtre du Calaisis. Cette chapelle, située dans l'angle extérieur est du transept Saint-Pierre, n'a pas été reconstruite après guerre. La statue de saint Nicolas et celle, de même facture, de saint Alphonse de Ligori ont été récemment placées dans le hall d'entrée de Notre-Dame provisoire. Cette même année 1829, le sieur Cléty de Saint-Omer exécuta le banc d'œuvre et la chaire. L‘ancienne chaire, plus petite, du XVIIème siècle, fut alors vendue à l'église de Gravelines où elle est encore en place.

     Les orgues furent rénovées et l'on installa de nouveaux confessionnaux. En 1851, le Gouvernement offrit une copie du tableau de Picot « La reprise de Calais en 1558 >>.

     Les plus importants travaux réalisés pendant cette période furent entrepris à l'initiative de l'archiprêtre de Lencquesaing. Ce dernier, né à Saint-Omer, avait été successivement vicaire à la cathédrale d'Arras, curé de Saint-Gery à Arras, doyen de Calais en 1863 et nommé archiprêtre en 1887. Il décéda en 1902 en laissant une église << embellie >>, au caractère néo-gothique encore plus affirmé. En 1872, un legs de 10 000 F de M. François permit de réaliser les grandes verrières des croisillons nord et sud ainsi que six autres baies. Un bombardement de la Première Guerre mondiale souffla beaucoup de ces vitraux. En 1892, le testament de la veuve de Charles Demotier offrit à la fabrique de Notre-Dame une somme de 40 000 F.

    L'architecte Vilain édifia alors, avec une partie de la somme, un nouveau portail monumental néo-gothique sur la façade occidentale. Achevé en 1894, il portait une épitaphe à Madame Demotier. Le legs permit également l’acquisition de deux anges- bénitiers en marbre blanc. Ces derniers ont été placés dans le hall d'entrée de Notre-Dame provisoire. Les quatre cloches du clocher dataient du XIXème siècle ; La Marie—Caroline fut offerte en 1821, la Françoise en 1838. La petite cloche, dédiée à la Vierge, datait de 1872 et enfin le bourdon, de 2887 kg, placé sous le vocable de la Trinité, avait été béni en 1872.

     Le vingtième siècle, destruction et renaissance de l’église.

     Jusqu‘en 1940, Notre-Dame ne connut pas de transformations notables. L'ensemble de l'édifice avait été classé au titre des monuments historique en 1913. Les travaux et aménagements devaient dès lors avoir l‘aval de l‘administration des Monuments Historiques. Une statue en chêne du XVème siècle de saint Jean- Baptiste, provenant vraisemblablement de l‘ancienne église Saint-Nicolas, fut classée en 1934. Elle est conservée au musée des Beaux-Arts.

     René Bertrand, antiquaire à Calais et membre de la commission départementale des Monuments Historiques, s’investit fortement dans la mise en valeur et la protection de l‘église Notre-Dame. Suite à ses démarches, l'escalier de l'ancien jubé fut dégagé en 1936 et, pendant la guerre, celui-ci contribua largement à sauver les œuvres d'art de l'église. En effet, après la prise de Calais par les forces allemandes en 1940, seule l‘église et la Tour du Guet se dressaient parmi les ruines.

     Déjà en 1939, les objets classés avaient été évacués. Un mur de sacs de sable, élevé sous les directives de l‘architecte en chef des Monuments Historiques, M. Kopp, protégeait le retable. Le service des Monuments Historiques déposa la toile de Seghers du retable.

    Elle est d'ailleurs toujours conservée dans les réserves de cette administration à Champs—sur—Marne. Seule la toiture de la nef fut endommagée par deux obus. Avec l'autorisation de la Kommandantur, R. Bertrand fit de nombreuses inspections entre 1940 et 1944. Ces rapports aboutirent à l'évacuation d'autres éléments : vêtements sacerdotaux, linge liturgique, objets du culte, sculptures de l'orgue et de la chaire, plusieurs statues et peintures.

    Tout cela fut dispersé entre les caves de l'Hôtel de ville et de la Bourse du travail, l'église Saint-Pierre, le Beau-Marais et Bouvelinghen. Les grilles de fer forgé et beaucoup de pierres ou bois sculptés restèrent dans l'église. Des vols d'œuvres d'art eurent lieu (statues d'anges musiciens de la tribune de l’orgue). L'étain de l'orgue et le plomb des toitures, arrachés, partirent à la fonte.

     Une semaine avant la libération de la ville, le 26 septembre 1944, des bombes alliées abattirent le clocher. Ce fut le désastre : le transept nord, la chapelle de l'Ascension, la première travée du chœur étaient anéantis. La chute du clocher provoqua l‘effondrement de presque toutes les toitures. Les têtes du Christ, de Saint Louis et de Charlemagne furent décapitées sous le choc mais heureusement récupérées et déposées au musée des Beaux-Arts.

     Le 30 septembre 1945, Monseigneur Evrard célébra, sur les amas du transept Saint-Pierre, devant une foule au cœur meurtri, une messe solennelle. Par la suite, des messes furent célébrées tous les dimanches dans la chapelle de la Vierge.

     Le chantier de restauration de l‘édifice débuta le 24 août 1945. La tâche était énorme. Les services des Monuments Historiques décidèrent de reconstruire d'abord le clocher et les toitures de la nef et du transept Saint-Jacques. On remonta ensuite le transept Saint—Pierre. Le parti de la restauration était de restituer l'église dans son aspect médiéval. Les voûtes du transept et de la nef furent donc lambrissées. Le niveau du sol fut abaissé pour retrouver la base des piliers. Le dallage de marbre, nouvellement posé, reprend le motif d’avant-guerre, lui-même copié sur le sol de la chapelle du King's College de Cambridge.

     En l’an 2000, l'église Notre-Dame a retrouvé ses cloches ; la nef et le transept étaient en voie d'achèvement. Le chantier à venir s'attachera, nous le souhaitons vivement, au chœur et à la chapelle de la Vierge. Le merveilleux retable pourra à nouveau être admiré et le mobilier dispersé réintégrera un cadre qui lui est digne.

    Eglise Notre-Dame

     

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