• 25 décembre 1914 : un peu de la chaleur de Noël pour les blessés

    Comment Calais a-t-elle vécu son premier Noël de la Grande Guerre ? le Phare de Calais du 25 décembre explique les efforts de chacun pour amener un peu de chaleur à l’hôpital.

    25 décembre 1914 : un peu de la chaleur de Noël pour les blessés

    Des infirmières s’affairent à décorer de houx et de gui une salle de l’hôpital militaire de Calais à la Noël 1914.

    Comment Calais a-t-elle vécu son premier Noël de la Grande Guerre ? Cette fête évoque en premier lieu la joie des enfants recevant des cadeaux. Dans le Phare de Calais du 25 décembre, on explique : « Les vitrines de nos bazars calaisiens s’illustrent des nouveautés de l’année. Les étalages regorgent de jouets étincelants. Il y en a pour tous les goûts, pour tous les âges, pour toutes les bourses. Il y en a de pacifiques et de guerriers, mais beaucoup plus de ceux-ci que de ceux-là ».

     

    Une atmosphère particulière

    On sait que les enfants ont été, entre 1914 et 1918, imprégnés d’une véritable  culture de guerre  par le biais de leurs amusements : « Les gamins joueront aux tranchées, manieront un minuscule et inoffensif 75, une mitrailleuse automatique, un cuirassé démontable, alors que les gamines habilleront et déshabilleront une infirmière ou conduiront un défilé de poupées costumées en ambulancières de la Croix-Rouge ». Le patriotisme des parents qui achètent des cadeaux de Noël dans les magasins de Calais en 1914 n’est pas en péril car « tous les jouets sont, cette année, de fabrication bien française » ! 

    La fête de Noël et son réveillon évoquent également la chaleur d’un foyer où tous les membres de la famille sont réunis au grand complet. Or, dans presque tous les logis, au moins un père ou un fils, un frère, un époux est absent car mobilisé pour défendre son pays face à l’invasion ennemie. C’est la raison pour laquelle le 25 décembre 1914 revêtit, selon le Petit Calaisien, l’allure d’ « une journée de calme et de recueillement. Les tristesses de l’heure présente avaient enlevé l’entrain coutumier. L’âpre bise qui souffla toute la journée donna même, l’après-midi, à nos boulevards, moins d’animation qu’un dimanche ordinaire ».

    Décidément, le 25 décembre 1914 ne pouvait pas être un Noël comme les autres. Le maire de Calais, Charles Morieux, demanda à ses concitoyens de n’envoyer aucune carte de vœux ou de visite à l’occasion des fêtes de fin d’année en raison de la surcharge de travail que cela occasionnerait aux services postaux, prioritairement mobilisés pour les correspondances militaires. Cette demande faisait suite à une décision du conseil municipal interdisant aux guichets de l’administration des Postes d’accepter tout courrier timbré à moins de 0,05 franc entre le 15 décembre 1914 et le 15 janvier 1915.

     

    Réconforter les soldats blessés

    Un aspect de la fête chrétienne de Noël que l’on oublie parfois aujourd’hui, c’est la solidarité envers ceux qui sont dans la souffrance. Cette dimension, plus que toute autre, a sans doute été présente dans l’esprit de la population calaisienne, alors que des milliers de soldats, essentiellement belges et britanniques mais aussi français sont soignés, loin de chez eux, dans les très nombreux hôpitaux militaires qui ont vu le jour dans la cité. Tout va être mis en œuvre pour communiquer un peu de l’atmosphère féérique de Noël à ces malheureux qui ont été blessés, souvent gravement, au front, où l’on enregistre au même moment quelques brefs cessez-le-feu.

    Avec l’appui de la Croix-Rouge, des arbres de Noël, aux branches desquels ont été accrochés de menus présents, ont été dressés dans les hôpitaux militaires. « Chacun recevra son petit cadeau consistant en un objet utile : blague, porte-monnaie, porte-crayon, briquet, etc. et aussi un petit paquet de tabac, lequel est remplacé par des bonbons pour ceux qui ne fument pas » lit-on dans le Phare de Calais. « Parmi les petits objets accrochés aux branches, se trouvent des poupées, des ours, des trompettes, des martinets... Sur l’un de ces arbres, nous avons même vu un face-à-main. Et tous nos blessés, nous disait une brave infirmière, devant notre surprise, s’amuseront avec ces petites fantaisies comme de grands enfants ».

    Des concerts donnés par des artistes confirmés ou reposant sur l’exécution d’hymnes nationaux et de doux chants rappelant le pays lointain précèdent souvent la distribution des cadeaux, qui s’accompagne d’un repas amélioré où l’on trinque à la victoire des Alliés et à l’écrasement de l’Allemagne. A l’hôpital Lamarck, situé 3 rue de la Rivière et qui accueille uniquement des blessés de nationalité belge, le réveillon a connu un éclat particulier grâce au concours des femmes britanniques volontaires de la First Aid Nursing Yeomanry (FANY).

    Toutes les salles de cet hôpital, qui était il y a encore quelques semaines une école primaire, sont décorées de fleurs multicolores. Les patients capables de marcher accompagnés de leurs infirmiers se pressent autour d’un grand sapin surchargé de cadeaux. Les hommes atteints de fièvre typhoïde - les cas se sont multipliés de façon inquiétante sur le front depuis quelques semaines – ne sont pas oubliés, mais se voient remettre un présent directement dans la salle qu’ils occupent.Tous reçoivent un paquet de vêtements chauds.

    Les demoiselles du FANY virevoltent de l’un à l’autre pour servir du thé, gâteaux et confiseries circulent : « La joie rayonne sur toutes les figures et plus d’un brave soldat souffrant, une heure auparavant, oublie momentanément la douleur » rapporte le journaliste du Phare de Calais, ajoutant que « dans les autres ambulances de la ville, chacun rivalisa de bonté pour apporter aux blessés et aux convalescents un reflet de la joie du foyer abandonné ». 

    Magali Domain

     

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