• 26 août 14: les soldats belges en déroute entrent dans Calais

    26 août 14: les soldats belges en déroute entrent dans Calais

    Conformément au plan Schlieffen, les troupes allemandes envahissent la Belgique le 4 août 1914. Si l’armée belge remporte quelques succès ponctuels comme à Haelen le 12 août, elle doit organiser une difficile résistance en se concentrant d’abord à Liège (qui tombe le 16 août), à Dinant (qui tombe le 23 août), à Namur (qui tombe à son tour le 24 août) avant de tenter de défendre Anvers.

    C’est dans ce contexte de recul inexorable de l’armée belge que Calais voit arriver les premiers soldats de ses régiments en déroute le 26 août. Le Petit Calaisien raconte comment les habitants du quartier de la rue Van Grutten et de la rue Colbert accueillent à bras ouverts un groupe de soldats belges stationnant à l’intérieur des barrières de Calais-Triage et dont certains se sont aventurés à escalader les clôtures.

     

    Accueil chaleureux des Calaisiens

    Revenant de Liège, on les presse d’expliquer ce qu’ils ont vécu. On leur sert à manger et à boire, on leur bourre les poches de pain, de conserves, et de menues douceurs. « Je ne sais comment vous remercier, sais-tu, de ce que tu m’as fait » disent maladroitement ces soldats qui remettent aux Calaisiens en guise de reconnaissance quelques trophées pris aux Allemands : casques, sabres, morceaux de manteaux de uhlans, boussoles, médaillons, voire coup-de-poing américain !

    Au sifflet de départ du train, toute cette petite troupe s’éparpille bien vite. Le 27 au matin, ce sont 63 soldats belges des 2e, 7e, 13e régiments d’infanterie, du génie, des grenadiers et des chasseurs à pied appartenant au 4e corps de volontaires qui font leur entrée dans Calais. Ils sont conduits Place d’Armes où ils attirent une foule compacte, tenue à distancepar le poste de garde, baïonnette au canon, pendant que le personnel sous les ordres du gouverneur remplit les formalités pour leur embarquement.

    Un reporter du Phare de Calais en profite pour interviewer un soldat d’infanterie, blessé au pied d’un coup de crosse allemande lors d’un tout récent combat d’avant-garde. Se faisant un peu prier, le militaire explique qu’il faisait partie d’un groupe de 100 hommes envoyés en reconnaissance qui repoussèrent une attaque en tuant au fusil et à la baïonnette 130 Allemands et en faisant 70 prisonniers !

    « Et vous, combien en avez-vous descendu ? » demande le journaliste. « Je ne sais pas,répond-il. Vous savez, quand on tue, on voit bien les hommes tomber, mais on ignore lequel d’entre nous a tapé juste ». Son voisin le force à avouer qu’il en a tué sept et à montrer« son petit coupe-chou tout rouge encore du sang allemand ». Est-ce comme souvenir qu’il le conserve ainsi ? « Quand mon pied sera guéri, et ça ne sera pas long j’espère, je repartirai au feu et c’est dans le corps du huitième Prussien que je dégringolerai que je laverai ma baïonnette », rétorque le jeune Belge !

    Départ pour Folkestone

    Un tel succès militaire – un peu trop beau  pour être vrai - conjugué à une telle fureur de combattre est tellement dans l’esprit va-t-en-guerre du temps qu’on peut subodorer que le journaliste fait ici plus œuvre de propagande que d’information. Il est très vraisemblable en revanche que le départ de ces soldats ait effectivement donné lieu à une  manifestation patriotique franco-belge  comme le dit le titre de l’article.

    Un piquet d’infanterie doit être mis en place à la Gare Maritime pour écarter les Calaisiens et les maintenir à distance du bord. Sous les ovations d’une foule criant « Vive la Belgique ! Vive la France ! », les soldats s’embarquent sur Le Nord  à destination de Folkestone. Le général Bérard, gouverneur de Calais, s’est également déplacé pour les saluer.  Un remorqueur voisin hisse le drapeau belge et actionne sa sirène.

    Tous les Calaisiens ne partagent cependant pas cet enthousiasme. On lit dans le Phare de Calais du 28 août : « Il paraît à chaque détour de rue un soldat belge isolé. On a fait fête à un groupe de braves qui ont pris le paquebot. C’était justice. La mine, la tenue de ces hommes disaient qu’ils avaient été au feu, tout en eux proclamait les souffrances endurées et les dangers courus. Mais que dire des autres, de ceux qui individuellement parcourent la ville sinon que, pour une partie au moins, ce sont des fuyards. J’en ai vu dont l’uniforme était aussi frais qu’à la parade, dont les chaussures étaient impeccables. Ceux-là n’ont point combattu ; ceux-là ont lâché pied et préféré se promener dans une région moins dangereuse »

    Cet extrait témoigne à la fois d’une méfiance envers ceux qui sont identifiés comme de potentiels déserteurs, et de l’atmosphère étrange régnant dans la ville, où l’on peut croiser au hasard un soldat belge en errance. La réalité de la débâcle en train de se dérouler outre-Quiévrain n’est pas dévoilée dans la presse locale, laquelle, à l’instar du Petit Calaisien, ne cesse de faire ses gros titres sur les victoires françaises et les pertes énormes de l’ennemi. La présence de ces hommes faisant retraite face aux Allemands en dit bien plus long aux habitants que toutes les "nouvelles télégraphiées" destinées à les informer !

    Magali Domain 

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