• 30 septembre 1944 : les Canadiens libèrent Calais

    30 septembre 1944 : les Canadiens libèrent Calais

    Alors que la libération du territoire français progresse rapidement, la ville de Calais, pourtant encerclée de façon de plus en plus resserrée par les Alliés, demeure aux mains des Allemands durant tout le mois de septembre 1944. L’opération Undergo, déclenchée par les Canadiens le 25, ne trouve son dénouement que cinq jours plus tard.

    Le 28 septembre, une entrevue a lieu à la Kommandantur du boulevard Lafayette entre les Allemands occupants et les Alliés assiégeants représentés par Georges Alloo des FFI. Rendez-vous est fixé entre les deux parties pour une réelle négociation le lendemain dans la matinée à Pont d’Ardres. Beaucoup de Calaisiens croient que la reddition est actée : en réalité, rien n’est terminé.

     

    Refus de reddition

    C’est le capitaine Böttcher qui mène les discussions côté allemand le 29. Il propose que Calais soit déclaré « ville ouverte ». Face à lui, le général Spry, qui a sous ses ordres les régiments canadiens encerclant la cité, ne se satisfait pas de cette solution et exige la reddition complète de la garnison allemande. Il menace de raser la ville pour parvenir à ses fins.

    Pour surmonter le blocage, les pourparlers se poursuivent à la Kommandantur, en présence du supérieur de Böttcher, Ludwig Schroeder, du commandant Mengin des FFL, du maire Georges François et de quelques officiers allemands et canadiens. Jacques Vendroux, beau-frère du général de Gaulle, s’abstient de participer à cette rencontre car, dans le cas où la situation tournerait mal, il constituerait un otage de choix aux mains de l’occupant.

     

    Malgré les menaces de pilonnage intensif de la ville, les Allemands ne cèdent pas. Il faut donc envisager l’évacuation des Calaisiens, lesquels renâclent à quitter leur ville depuis trois semaines. Des milliers de vies sont pourtant en jeu. Le général Spry accorde pour cette opération un délai de 24 heures, qui doit donc expirer le 30 septembre à 13h. C’est à ce moment que l’action du commandant Mengin se révèle déterminante.

     

    Discours de Mengin

    « J’ai déjà une certaine expérience des évacuations, je me suis déjà occupé de celles du Havre et de Boulogne. Si j’arrive à parler à la population, je suis sûr que celle-ci quittera la ville » déclare-t-il. En accord avec Böttcher, et en présence de celui-ci, le commandant Mengin décide de s’adresser à la foule sur la place Crèvecoeur. N’oublions pas que Calais-Nord a été désertée d’une grande partie de ses habitants depuis mai 1940, et que c’est dans l’ancienne partie « Saint-Pierre » de la ville que résident la plupart des civils.

    L’allocution de Roger Mengin, revêtu de son uniforme gris-bleu de l’armée de l’air et d’une casquette à visière, juché sur les marches du Palais de Justice, entre dans les annales de l’histoire calaisienne. Devant lui, trois à quatre cents Calaisiens, qui le saluent aux cris de « Vive la France !» et chantent avec ardeur « La Marseillaise ». L’enthousiasme est tel que l’officier a du mal à s’extraire de la rue d’Orléans, qui aujourd’hui porte son nom. Le maire de Calais fait de son côté placarder une affiche demandant aux civils de quitter la ville « par ordre des troupes alliées ». Des milliers de personnes, munies d’un petit bagage, se dirigent dans le calme vers les Attaques et Ardres en passant par le boulevard Victor Hugo. Dans la soirée du 29, Calais est déjà en grande partie vidée de ses habitants.

     

    Une attaque inutile ?

    Coup de théâtre le lendemain, en fin de matinée : les Allemands annoncent officiellement leur capitulation ! La nouvelle se répand rapidement dans la joie… jusqu’à ce que, vers 13 heures, on entende le bruit de bombardements. Des panaches de fumée s’élèvent depuis Calais. Pourquoi cette attaque inutile ? Selon certains, les Canadiens auraient voulu faire une démonstration de force dans une opération de toute façon planifiée depuis la veille. Toujours est-il que Calais, déjà bien meurtrie depuis le début des hostilités, se retrouve à nouveau sous un déluge d’acier et de feu.

    Le commandant Mengin trouve la mort lors de ce samedi 30 septembre, qu’il a pourtant qualifié de «plus beau jour de [sa] vie » : la colonne blindée dans laquelle il a pris place et qui s’avance vers les Attaques, suite à un arrêt inopiné, est soumise à un tir de barrage canadien. Le commandant, allongé sur un bas-côté, est touché à la poitrine par un éclat d’obus (aujourd’hui exposé au musée Mémoire). Il décède quelques heures plus tard.

    Durant la nuit du 30, les Canadiens s’emploient à réduire les dernières poches de résistance qui subsistent dans Calais, dont ils prennent possession. Les derniers combats cessent définitivement dans la matinée du dimanche 1er octobre. Des incendies rougeoient dans certains quartiers, notamment celui du boulevard La Fayette. La cité, débarrassée de ses occupants allemands, est sinistrée à 73%. Une nouvelle page s’ouvrira alors : celle de la reconstruction.

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