• 4 août 1914: Calais devient un camp retranché

    4 août 1914: Calais devient un camp retranché

    O nze de nos collaborateurs, typographes et rédacteurs, ont été rappelés par l’ordre de mobilisation générale. Nous leur avons dit au revoir la poitrine gonflée de sanglots, car c’est avec de bons et vrais amis beaucoup de nos illusions pacifiques, de nos chères idées qui s’en vont. » Ainsi s’exprime l’équipe de rédaction du Petit Calaisien, journal d’obédience socialiste, au lendemain de l’ordre de mobilisation affiché le 2 août, témoignage parmi d’autres de l’entrée dans une nouvelle ère, celle de la réalité d’une guerre que tous espèrent courte.

    Tout est bouleversé dans l’activité quotidienne de la ville. Un autre journal local, l’Avenir de Calais, annonce le 4 août que, dans la mesure où la moitié de ses travailleurs manuels est mobilisée et que son directeur doit lui-même rejoindre incessamment sa garnison, sa publication est suspendue jusqu’à nouvel ordre, pour la première fois en 46 ans d’existence. A la mairie, des hommes non mobilisables remplacent les nombreux employés municipaux qui ont répondu à l’appel, afin que l’administration ne soit pas complètement désorganisée.

    Arrivée du général Bérard

    De son côté, le Génie militaire recrute 200 ouvriers civils parmi ceux qui sont totalement libérés du service militaire et qui ont des compétences en maçonnerie, menuiserie, charpente, terrassement…

    Tous les Calaisiens disposant de pioches, pelles, bâches, piques, marteaux, haches ainsi que de matériel de transport non classé (brouettes, voitures à bras) sont invités à venir les déposer place Crèvecœur. Il est clair que des travaux vont avoir lieu.

    De fait, le plan national de mobilisation qui s’est enclenché prévoit la transformation de Calais et des 59 communes aux alentours en un « camp retranché » dont le commandement doit être dévolu à un gouverneur militaire aux pouvoirs étendus. Dès le 1er août le général de brigade Bérard est nommé à ce poste, dont il ne prend possession que le 4. Faisant partie du cadre de réserve, l’homme a une longue carrière et a notamment pris part à la guerre de 1870 et au siège de Paris.

    Dans la mesure où l’on sait que les Allemands – qui ont déclaré officiellement la guerre à la France et à la Belgique et commencé à envahir cette dernière le 3 août – vont se lancer dans une « course à la mer » et chercher à s’emparer des ports stratégiques ouvrant la voie vers l’Angleterre, le gouvernement estime indispensable de prendre toutes les précautions possibles pour que ces places puissent résister à un siège éventuel. L’autorité militaire est jugée seule apte à mettre en œuvre les dispositions nécessaires, mais elle doit travailler en étroite collaboration avec l’autorité civile.

    La première démarche accomplie par le général Bérard le matin du 4 août est donc de rencontrer Charles Morieux, le maire de Calais. Celui-ci affirme d’emblée la volonté de la municipalité de coopérer pleinement avec le gouverneur en vue d’assurer l’ordre à Calais et la défense de la place. Fort de ce soutien, le général Bérard fait placarder sur tous les murs de la ville une déclaration à destination des habitants.

    Premières mesures pour sécuriser la ville

    « Appelé par la confiance du Gouvernement de la République au grand honneur de gouverner Calais pendant la durée de guerre, je prends dès aujourd’hui possession de mon commandement. Je compte sur l’excellent esprit et le patriotisme des habitants de Calais pour me faciliter la tâche. Si le temps des épreuves survenait, les Calaisiens se rappelleraient leurs ancêtres : groupés autour de leur gouverneur, ils ajouteraient une belle page à la glorieuse histoire de leur cité » : par cette allusion au sacrifice des Six Bourgeois, le général Bérard entend galvaniser le moral de chacun en vue d’un possible siège mené cette fois non par les Anglais mais par les Allemands !

    Le nouveau gouverneur s’installe au rez-de-chaussée du musée de la place d’Armes : les œuvres d’art laissent la place à des bureaux équipés d’un central téléphonique et télégraphique. Le général Bérard met en œuvre deux types de mesures pour défendre Calais. Tout d’abord, il organise la garde de toutes les portes de la ville : les territoriaux improvisent barricades et guérites avec des moyens de fortune et ne laissent passer aucun individu s’il n’est pas muni d’un laissez-passer ou d’un sauf-conduit délivré par la municipalité ou l’autorité militaire.

    En second lieu, à partir de 12 août, une grande partie des 7 000 hommes de la garnison sont employés à creuser des tranchées sécurisant la ville, entre les Noires-Mottes et le Fort Vert. Le camp retranché proprement dit englobe, dans un vaste arc de cercle allant de Oye-Plage à Audresselles, des communes comme Saint-Folquin, Audruicq, Tournehem, Licques, Marquise, Bazinghem. Derrière les premiers ouvrages fortifiés, l’édification d’une deuxième ligne de résistance est prévue.

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