• A propos du Courgain

    A la suite de l'article "Je me souviens....“ paru dans le N° 29, d'octobre 1979, Madame Evrard, née Marie Germe, nous apporte de très intéressantes précisions sur la vie au Courgain Maritime avant la guerre de 1939:1945, '

     J'appartiens, nous a—t—elle dit, à une famille originaire du Courgain, déjà ma mère Rosa Germe était comptable au Minck, et ma belle—sœur, Thérèse Germe y était “crieuse”. J'avais, pour mon compte, repris en 1938, un commerce d'épicerie tenu jusqu’à cette date par Madame Paolo, à l'angle de la 1e rue, la rue Gavet et de la Placette.

     Le quartier du Courgain était très commerçant. Les petits commerces y travaillaient bien. Dans presque chaque rue il y avait une épicerie, à l'exception, je crois me souvenir, de la rue Benoit.

     Les boulangeries étaient aussi nombreuses. Mme Lalouette, dans la 2° rue, rue Maréchal, avait la spécialité des "douillons" chauds, sorte de petits pains fourrés aux pommes, qui faisaient nos délices. Ii y avait aussi Mme Mascot, dans 1a 4e rue, et Mme Beaugrand dans la 5e rue, rue Magret, qui bénéficiait d‘une seconde entrée, rue Reine, en passant par un couloir.

     La rue Pierre Mulard comptait a elle seule plusieurs épiceries, trois coiffeurs : MM Leroy, Leprince et Lesage, une marchande de frites, Mme Paolo, installée sur le trottoir, un débit de tabac,M. Catty, un boucher, M. Bart et une boucherie chevaline, M. Delaplace. Pour ces derniers, la concurrence était sévère avec le poisson que les Courguinois consommaient en grande quantité.

     Les cafés étaient aussi nombreux et, singulièrement, la plupart d'entre eux bénéficiaient de deux entrées ce qui arrangeait beaucoup de clients attardés que des épouses impatientes venaient chercher.

    A propos du Courgain

    Les marchandes de poisson partant en tournée

    Si les commerces étaient nombreux, les achats étaient par contre, 1e p1us souvent, très modestes et les habitudes des clientes particulières au quartier : le matin avant de partir au travail, les Courguinoises venaient acquérir un "quart" de sucre ou de beurre, ou de café et autres denrées nécessaires pour la journée en très petites quantités. Elles ne payaient pas tout de suite, mais dans la soirée et lorsque, pour les marchandes de poisson, la "marée" — c'est à dire la vente - avait été bonne, l'ordinaire s’améliorait d'autant car, dans ce quartier, on vivait au jour le jour.

     On ne connaissait pas, tout au moins en ce qui me concernait, la vente a crédit avec le "livre"  ou l'on inscrivait les commissions que 1'on payait à la semaine ou à la quinzaine, et je puis témoigner de l'exemplaire honnêteté de mes clientes, aucune ne m'a laissé "d'ardoise" durant les deux années que j'ai tenu mon magasin. 

     Cette habitude de payer plus tard on la retrouvait chez les marchandes de poisson qui s'approvisionnaient le matin au Minck, à la criée, et ne payaient qu'après leur vente faite, le lendemain, à la Maison Byl ou "a la forge", rue Constant Dupont.

     Pour décharger leurs bateaux, les pêcheurs louaient un chariot a la Maison Avron. ils s'en servaient pour transporter les "baskets“ (paniers) remplis de poisson. Ces mêmes baskets étaient utilisés  au départ par les matelots pour emporter les victuailles nécessaires durant la pèche.

     Certaines marchandes allaient vendre leur poisson en ville de porte en porte en dans une large manne qu elles installaient sur leur dos avec un épais cordage, mais la plupart une petite voiture montée sur deux roues. En rentrant, leur journée finie, elles la faisaient laver à grande eau par des enfants toujours volontaires pour ce travail payé dix sous.

    A propos du Courgain

    Le métier de pêcheuse de crevettes était rude

    Pour faire leur tournée, les marchandes portaient le costume traditionnel : un caraco (corsage) froncé à la taille, un large jupon, le "cotron" sous lequel elles installaient deux larges poches en toile, retenues à la taille par un cordon. Dans ces poches elles mettaient leurs "prises“ de tabac dont beaucoup usaient encore, et leur argent. Un large tablier de toile bleue noué à la taille les protégeait sur lequel elles s'essuyaient les mains, le constellant d‘écailles de poisson.

     Elles se couvraient la tête d'un fichu mais quelques unes portaient encore une sorte de mantille de chenille noire. Le bonnet “soleil” et le châle de cachemire étaient réservés pour les Jours de fête. Elles mettaient alors leurs lourds bijoux d'or : grappes de raisin aux oreilles, chaines supportant le “baril”, Sous le bonnet soleil, elles se coiffaient avec de petites écailles qu'elles plaquaient d'une brillantine largement parfumée aux senteurs de violette.

     La vie était très dure pour tous au Courgain, plus facile peut—être pour ceux, hommes ou femmes qui travaillaient en usine, mais beaucoup d'hommes encore étaient dockers ou pêcheurs. Les femmes étaient extrêmement courageuses, les plus éprouvées étaient certainement les pêcheuses de crevettes.

    Elles revenaient ruisselantes de leur pêche qui les obligeait à s'enfoncer profondément dans l'eau de mer et, sans prendre le temps d'endosser des vêtements secs, elles s'installaient à la porte du Minck pour vendre leurs “sauterelles”, les premières arrivées ayant des chances de vendre plus cher.

    Quant aux marchandes de poisson, il leur fallait souvent parcourir longtemps la ville avant de vendre leur “marée,

    A propos du Courgain

    Une épicerie au coin de la rue Reine

    On a souvent dit que le Courgain était très bruyant. Certes, on y entendait souvent des disputes, et le langage était vert, les enfants turbulents, mais il faut tenir compte des conditions de vie dans cet ancien bastion surpeuplé.

     Le quartier avait toujours rassemblé les familles de pêcheurs. Peu d'étrangers venaient s'y établir. On s'y connaissait depuis toujours, Les relations entre voisins étaient très famillères, sinon familiales, les mariages se faisaient entre jeunes du quartier et, d’une maison à l'autre, les mêmes noms revenaient : Agneray, Avron, Germe, Evrard, Mascot, Mulard, etc.., si bien que pour distinguer les habitants, l'habitude était enracinée de les désigner par un surnom, quelquefois cocasse mais, en général, bien accepté par les intéressés : Biplan, Casse-pavé, Maître sévère, Explique-toi, Tit pote, Bigras, Fleur de Thé, etc....

     La plupart des Courguinois étaient propriétaire de leur logement. Les appartements, aménagés dans , chaque partie d'immeuble, de la cave au grenier, avaient été achetés séparément et ils étaient, la plupart du temps, si exigus qu'ils obligeaient les habitants à vivre toutes portes ouvertes.(l)

     De là était née une sorte de vie communautaire présentant des avantages et facilitant l'entraide entre voisins mais recelant aussi des inconvénients lorsque s'élevaient des différends régies par des "coups de gueule" vite montés mais heureusement vite apaisés.

     C'est dans ce particularisme qu'il faut rechercher l'attachement des Courguinois pour leur quartier et la nostalgie très vivace qu'ils en ont conservé.

    1- Pour loger toute sa famille, Mme Evrand avait dû, pour sa part, avoir deux Logements, son épicerie sur la placette et deux chambres dans la 7e rue, rue Gavet. 

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    Mme Paolo, marchande de frites rue P.Mulard

     

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