• Août 1914: visite chez les territoriaux cantonnés à Calais

    Août 1914: visite chez les territoriaux cantonnés à Calais

    Au moment de la mobilisation début août 1914, un grand chassé-croisé s’est déroulé : alors que la majeure partie des Calaisiens rejoignait en train une garnison quelque part sur le territoire français, des bataillons des 5e et 7e territoriaux d’infanterie étaient affectés dans notre ville, où stationnent également, sur ordre de l’armée, certains soldats calaisiens.

    « On ne s’aperçoit guère en se promenant dans les rues de Calais, du départ de plusieurs de nos concitoyens tant l’animation est grande. Elle est due en grande en partie aux allées et venues des territoriaux qui profitent de leurs heures de liberté les uns pour visiter la ville, les autres pour goûter, en uniforme, les joies de la famille », raconte Le Petit Calaisien du 8 août.

    Grande animation

    dans la ville

    Les tramways sont bondés de soldats, dont l’allure martiale est vantée avec un ton patriotique, forcément de mise : « Les premiers jours de la mobilisation, nos braves vétérans paraissaient bien un peu engoncés dans leurs uniformes tout neufs. Mais quel changement depuis ! Ce ne sont plus de vieux bleus. On reconnaît même le coup de l’ancien dans la façon dont les plis de la capote sont tirés sous le ceinturon ».

    Ces soldats s’entraînent particulièrement au maniement du fusil. A lire le reporter du Petit Calaisien, leur volonté d’en découdre avec l’ennemi est remarquable : « Pas de carottes, pas de tireurs-au-flanc sur toute la quantité de territoriaux qui sont en ce moment dans notre ville. Il ne s’en est présenté à la visite qu’un nombre restreint. Et croirait-on que pas un n’a invoqué de lui-même un motif de réforme ? »

    Le gouverneur militaire de la ville, le général Bérard, les passe en revue une première fois le dimanche 9 août, sur la Place Crèvecœur et sur l’esplanade du hangar Paul Devot. La présentation des drapeaux déchaîne l’enthousiasme des Calaisiens venus nombreux assister au spectacle. Où logent ces 4 000 hommes ?

    Ils cantonnent au Théâtre des Arts, au théâtre municipal, à la Justice de Paix, à la mairie, place Crèvecœur, dans les écoles communales, dans des usines réquisitionnées. Après le départ du 8º RI de la Citadelle, ils occupent également ce lieu. C’est sans doute là qu’est effectué un reportage du Phare de Calais en date du 12 août qui commence ainsi : «Comme nous arrivions aux cantonnements, une compagnie rentre de marche. Allègrement et bien au pas, nos pioupious vont former les faisceaux et quitter le sac pour se rendre aussitôt au rapport. Le cercle formé, tandis qu’ils écoutent attentivement, derrière eux la corvée de patates dépose la ration de pommes de terre que chacun se met en devoir d’éplucher ».

    Le journaliste observe la distribution du courrier, très attendue puisque ces soldats sont séparés de leur famille. L’un d’eux s’écrie : « Décidément, la bourgeoise m’oublie, elle ne pense plus à mi ». L’atmosphère est très gaie dans toutes les compagnies : nous sommes encore au tout début de la guerre, les mauvaises nouvelles en provenance du front sont pour demain.

    Quelques saynètes sont relevées : là, c’est un lieutenant qui explique paternellement à ses hommes la différence entre le salut et rendre les honneurs ; ailleurs, ce sont des soldats qui repartent avec leur gamelle pleine de soupe au lard et leurs 750 grammes de pain. L’aménagement des cuisines est rudimentaire : une bâche soutenue par des pieux fichés en terre, une marmite posée sur deux tronçons de rails reposant sur un tas de briques, une table constituée d’une planche fixée sur des poteaux. « Dame ! A la guerre comme à la guerre ! » s’écrie complaisamment le reporter. Des gosses traînent aux alentours en quête d’un reliquat de soupe.

    Une haine affichée

    contre le Kaiser

    Les locaux où stationnent les soldats sont décrits comme très propres, avec leurs paillasses impeccablement alignées les unes à côté des autres. Ces dortoirs sont décorés de dessins satiriques, où Guillaume II est ridiculisé. On voit sur un mur le Kaiser mû par une ficelle en train de tomber dans une marmite bouillante : « C’est du singe ! » lance le cuisinier. Ailleurs, l’empereur allemand est représenté avec, juché sur son casque, un coq qui s’exclame : «Hardi les coqs! Nous tenons la ficelle ! »

    Dans une autre pièce, un écriteau invite à entrer : « Visitez la 15e. » Les soldats ont recouvert un cercueil d’un drap noir et d’une épitaphe disant : « Ci-gît le dernier des Hohenzollern ». Une chandelle fixée au goulot d’une bouteille a été placée du côté de la tête avec cette petite explication : « Plutôt mourir que de brûler pour lui ! »

    Au-dessus du lit de chaque sous-officier, un attribut dessiné de façon cocasse indique la profession de chacun dans le civil. L’un d’eux, professeur d’allemand, a dressé un tableau des mots les plus utilisés dans la langue de Goethe, cela peut toujours servir. Sur la porte d’un cantonnement, il est bien écrit : « Salle d’attente pour Berlin, 2e et 3e classe, départ… quand on voudra ».

    « Beaucoup, trouvant pesante l’inactivité, voudraient courir à la frontière sus à l’ennemi » conclut le journaliste qui claironne : « avec des gars aussi décidés, aussi confiants, aussi résolus que le sont nos territoriaux, comment voulez-vous que la France ne connaisse pas la victoire ! »

    « 15 novembre 1914 : Calais fête le roi des Belges, Albert 1erLe camp retranché de Calais, maillon essentiel de l’arrière-front »
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