• Départ de Mlle Pfanner pour la traversée de la Manche

     

    Il existe mille et une façons de traverser la Manche. Dans la première moitié du XXe siècle, un engin semble très en vogue : l’hydrocycle. Cet appareil se présente comme une bicyclette dont les roues sont remplacées par des flotteurs, la mobilité étant assurée grâce à l’énergie déployée par le « coureur » qui actionne une hélice et qui vire à bâbord ou à tribord à l’aide d’un simple guidon. Bref, une sorte de pédalo !

    En 1927, le premier sportif à avoir utilisé l’hydrocycle pour relier Calais à Douvres est René Savard sur sa Nautilette conçue par ses soins et fabriquée par la société Austral. Escorté par un bateau de pêche à moteur, le Français parcourt péniblement l’espace entre les deux ports en un peu plus de six heures et déclare à son arrivée : « J’ai effectué ma tentative pour la gloire et le sport, mais je ne la recommencerai pas pour 100 000 francs » !

    On pourrait imaginer que cet exploit reste sans lendemain tant ce mode de déplacement s’avère à la fois exténuant et très dangereux en mer. Mais le cyclisme en général fait fureur. Le succès de René Savard ayant été relativement bien médiatisé, un rival en quête de gloire, le Parisien Roger Vincent, parvient à surpasser son prédécesseur en traversant leChannel en seulement cinq heures et trente-cinq minutes le 17 avril 1929. Non sans mal ! Devant faire face à des vents contraires, l’hydrocycliste a dû réparer avec « les moyens du bord » la chaîne qui actionne son guidon-gouvernail, car elle s’est brisée alors qu’il était en vue des falaises britanniques.

    Mannequin dans une maison de haute couture

    René Savard n’a toutefois pas dit son dernier mot, mais plutôt que d’enfourcher à nouveau lui-même son vélo des mers, il confie sa Nautilette à la jeune Aimée Pfanner, qui deviendra ainsi la première femme à avoir traversé la Manche en pédalant. Le but est visiblement de faire le maximum de publicité à l’appareil, dans une optique commerciale : la demoiselle de 22 ans est particulièrement photogénique, elle est mannequin dans une maison de haute couture parisienne, et René Savard sait qu’elle sera abondamment photographiée. Il faut montrer la fiabilité de l’hydrocycle et en véhiculer une image attractive, afin de le vendre aux sportifs des deux sexes.

    Mais il y a aussi la recherche de la performance : partie de Calais au matin du 5 mai 1929, Aimée Pfanner doit pendant des heures lutter courageusement contre la houle et le vent sous l’œil de son entraîneur qui a pris place à bord d’un cotre. Insensible au mal de mer, elle atteint la côte anglaise dans le brouillard au bout de neuf heures et dix-neuf minutes… totalement exténuée.

    Grâce à Aimée, les femmes prouvent une nouvelle fois leur capacité d’endurance, se hissant à l’égal des hommes. Trois ans plus tôt, en 1926, Gertrude Ederle inscrivait déjà son nom dans l’Histoire en étant la première femme à avoir réussi la traversée de la Manche à la nage.

    Le triomphe d’Aimée Pfanner fut cependant très éphémère, et les hydrocyclistes, sans doute trop loufoques, tombèrent rapidement dans les oubliettes de l’Histoire du sport.

    MAGALI DOMAIN (CLP)

    Départ de Mlle Pfanner pour la traversée de la Manche

     

    Départ de Mlle Pfanner pour la traversée de la Manche

    Calais, départ de Mlle Pfanner pour la traversée de la Manche en hydrocycle  [photographie de presse]  Agence Meurisse.

    LA MANCHE EN HYDROCYCLE Calais, 4 mai 1929. Mlle Pfanner a quitté Calais. ce matin à 7 heures, sur un hydro-cycle, pour tenter la traversée de la Manche. La mer est calme.( journal "L'Ouest Eclair").

    UNE FRANÇAISE A TRAVERSÉ LA MANCHE EN HYDROCYCLE

    Londres, 5 mai. Partie hier matin de Calais à bord d'un hydrocycle, une française, Mlle Pfanner a réussi à traverser la Manche et a débarqué à Douvres, ce soir un peu après 18 heures.

    Départ de Mlle Pfanner pour la traversée de la Manche

    Journal "le matin"

    Cette traversée s'est effectuée en 9 heures 19 minutes et a été particulièrement difficile par suite d'un vent debout qui soufflait avec rage au large de la côte anglaise.

    Mlle Pfanner est arrivée à destination dans un état d'épuisement. Le Parisien qui avait effectué le même trajet à bord d'un hydrocycle, fi y a deux ans, se trouvait à bord du chalutier qui accompagnait Mlle Pfanner au cours de sa traversée. Les impressions de Mlle Pfanner Douvres, 5 mai. Mlle Pfanner, qui vient de traverser la Manche en hydrocycle, a déclaré que, pendant les quatre premiers milles de sa traversée. elle avait eu un temps favorable, mais que, par la suite, la mer avait commencé à se faire très houleuse. Elle n'en avait pas moins continué sa route, encouragée par le pilote du bateau de pêche qui l'accompagnait, et malgré l'insistance d'autres personnes à bord qui la suppliaient d'abandonner. Vers 16 heures, la côte anglaise est apparue à travers le brouillard, ce qui lui a donné un renouveau de courage et lui a fait paraître le reste du parcours plus facile.

    Départ de Mlle Pfanner pour la traversée de la Manche

    Journal "La revue Limousine"

    Départ de Mlle Pfanner pour la traversée de la Manche

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  • Latham à Calais

    Monoplan Antoinette, pilote Latham. Constructeur, Levasseur, poids 540 kgr., 50 HP. Reims (2ème prix) 154 kilomètres en 2 h 18, altitude (1er prix) 155 m.;

    Latham à Calais

     Latham après son débarquement 1909 [photographie de presse]  Agence Meurisse

    Latham à Calais

      Latham dans sa nacelle  1909[photographie de presse]  Agence Meurisse

    Latham à Calais

     Latham et Lavavasseur  1909[photographie de presse]  Agence Meurisse

    Latham à Calais

      Latham et Levavasseur  1909[photographie de presse]  Agence Meurisse

     II. Expériences d'aviation

    — 1909, 13 Juillet.  L'aviateur Latham s'élève d'une falaise près de Calais et brise son appareil.

    — 19 Juillet. Voyage aérien Douai Arras. — L'aviateur Paulhan, parti de l'aérodrome de La Brayelle, près de Douai, à 5 heures et demie du matin, atterrit à Saint-Nicolas-lèsArras (2), après un vol de vingt-deux minutes. Il repart pour Douai à 7 h. 30, mais est rabattu sur le sol par un remous d'air, à 3 kilomètres d'Arras.

    — 19 Juillet. — Latham, parti de Sangatte (3) à 6 h. 47 du matin pour tenter la traversée de la Manche, tombe en mer après un vol de 5 kilomètres.

    — 27 Juillet. — Latham, parti de Sangatte pour tenter de nouveau la traversée de la Manche, tombe en mer en vue de Douvres et est recueilli par la vedette d'un cuirassé anglais.

    Latham à Calais

     

    L'Antoinette en plein vol au dessus de la Manche

    Latham à Calais

     

    Début juillet 1913, l’aviateur français Hubert Latham arrive à Calais. Il est accompagné de son aéroplane à moteur huit cylindres nommé l’Antoinette, calfeutré dans un hangar situé non loin du Blanc-Nez. Tout à la fois dandy et aventurier, Latham est le premier à répondre à l’offre du Daily Mail qui propose un prix de mille livres sterling à l’aviateur réussissant à traverser la Manche en avion.

    6 h 45, lundi 19 juillet 1909. Le soleil est levé. Pas un souffle de vent. La brume se dissipe. Suivi par une horde de photographes et d’une poignée de spectateurs en délire, Hubert Latham va s’élancer au-dessus de la Manche sur son monoplan. Après avoir coiffé son casque à lunettes de chauffeur, il décolle du Blanc-Nez. Il n’a effectué qu’un seul vol d’essai le 13 juillet.

    L’aéroplane, qui atteint rapidement une altitude de 60 m, se dirige d’abord, à une allure d’environ 60 km/h, vers Sangatte. Puis le grand oiseau mécanique vire et fait cap vers la mer. Semblant glisser sur l’air, il prend encore de l’altitude et de la vitesse. La durée du raid est estimée à vingt-cinq minutes.

    Le contre-torpilleur Le Harpon, à bord duquel a pris place le constructeur de l’aéroplane, Léon Levavasseur, lui sert d’escorte. Le rédacteur sportif du Petit Calaisien, A. Lemaire, qui naviguait à bord du second bateau convoyeur, le remorqueur Calaisien, raconte : « Nous avancions lentement dans la direction de Douvres, lorsque soudain notre attention fut attirée par deux coups de sifflet stridents, jetés par la sirène du contre-torpilleur. Nous nous retournâmes : à deux ou trois milles environ à notre arrière, l’Antoinette apparaissait dans les airs, superbe et majestueux. [Il] planait, se rapprochait doucement de la surface des flots. Il tombait. Son moteur avait eu une panne. Lorsque [Le Harpon] arriva près de l’Antoinette, Latham était tranquillement assis dans son baquet, fumant une cigarette. Il avait de l’eau à peine jusqu’aux chevilles. On le tira de sa position à l’aide d’un canot ».

    Amerrissage triomphal

    À l’aide d’amarres, l’Antoinette aux ailes brisées et à l’hélice tordue est hissée contre le bordage du remorqueur, et ramenée au port de Calais. Une foule énorme a déjà envahi les jetées et les ponts pour accueillir Latham. Le flegmatique aviateur est littéralement ovationné sur le quai de la gare maritime. Il confirme aux reporters que c’est une panne de moteur qui l’a fait chuter à 10 milles de la côte.

    Derrière son sourire éclatant, l’aviateur est probablement très dépité. Il repart vers Paris. Certes, il n’a pas dit son dernier mot. Mais il faudra compter plusieurs jours avant de pouvoir disposer d’un autre appareil. Et le 19 au soir, un nouveau concurrent se déclare : un certain Louis Blériot… On connaît la suite de l’histoire. Reste que c’est au « malchanceux de la Manche », et non à celui qui a accompli l’exploit, que l’Aéroclub de France érigera par la suite une belle statue au Blanc-Nez. Magali DOMAIN (CLP)

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  • Le 1er septembre 1715, il y a exactement 300 ans, le Roi Soleil s’éteignait à Versailles, quatre jours avant de fêter ses 77 ans, un âge remarquable pour l’époque. Louis XIV régnait sur le royaume de France depuis le 14 mai 1643 – il n’avait pas encore 5 ans. On a beaucoup parlé de ses guerres, de son Versailles, de son mécénat culturel (Molière, Racine, Lully, etc.), de son absolutisme ; on sait aussi presque tout de ses ennuis de santé.

    Louis XIV a frôlé la mort à Calais en 1658

    La liste des maladies contractées durant ses 72 ans 3 mois et 18 jours de règne est très longue, d’une petite vérole à 9 ans au paludisme à 48 en passant par les indigestions, le ver solitaire, les problèmes cutanés. Mais le plus gros pépin de santé de Louis le Grand, un épisode marquant de sa vie,est lié à Calais !
    En 1658, le jeune Louis XIV – il a presque 20 ans – est en guerre contre les Pays-Bas espagnols, il assiège Dunkerque et Bergues mais le 30 juin «  à cause des incommodités du lieu, de la corruption de l’air, de l’infection des eaux, du grand nombre de malades, de plusieurs corps morts sur la place, et de mille autres circonstances, il contracta petit à petit un venin caché » selon son médecin Antoine Vallot. Sans doute un typhus exanthématique. Le 1er juillet 1658, entre dix et onze heures du soir, Louis XIV arrive à Calais. Il a de la fièvre, il délire, il a perdu l’appétit… Durant quelques jours, son médecin multiplie les saignées et les lavements, lui donne du julep une préparation pharmaceutique à base d'eau distillée, d'eau de fleur d'oranger, de sirop, de gomme arabique, etc. Le médecin tente tout ce qu’il peut, mais visiblement désarmé devant l’état de Sa Majesté, il appelle des collègues en renfort le 5 juillet dont Guénaut et Daquin.
    Le Roi a du mal à respirer, il est couvert de taches rouges. Impuissants, les médecins se querellent mais avec l’assentiment du cardinal Mazarin, ils optent le 8 juillet pour« un coup de maître » : le vin émétique, vomitif contenant de l’antimoine, remède dont le maniement était très risqué. Le vin a un effet immédiat, Louis XIV vomit et sa santé s’améliore. Vallot continue ses saignées, lavements et purgations. Le Roi, une force de la nature, se remet peu à peu, mettant du temps à retrouver ses forces et il ne peut marcher avec une canne que le 22 juillet. Grâce à l’émétique ? Mazarin crie au miracle !
    La convalescence se poursuit à Boulogne puis à Compiègne. Le roi retrouve son appétit et son apparence normale sauf qu’il a perdu ses cheveux, à cause de la fièvre. Chauve, Louis XIV commence à porter des perruques ; elles deviennent à la mode à partir de cet été 1658. 1658 c’est aussi la date de naissance, à Calais justement, de Georges Mareschal, futur premier chirurgien du Roi Soleil et fondateur de l’Académie royale de chirurgie. Un chirurgien dont l’habileté ne permit pas de vaincre la maladie gangréneuse qui fut fatale à Louis XIV le 1er septembre 1715.

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    Le 3 août 1347, après un siège de onze mois, la ville de Calais capitule devant les troupes anglaises. Celles-ci avaient vaincu à Crécy-en-Ponthieu l'armée du roi de France Philippe VI de Valois.

    Plus tard appelé guerre de Cent Ans, le conflit était né dix ans plus tôt d'une revendication du roi Édouard III Plantagenêt sur le trône de France en sa qualité de petit-fils de Philippe le Bel. 

    3 août 1347-Capitulation de Calais

     

    Résistance bourgeoise

    Fort de sa victoire à Crécy, Édouard III veut s'emparer de Calais, porte d'entrée de la France. Mais quand sa flotte approche du port, à l'été 1346, les habitants se mettent aussitôt en situation de résister sous le commandement d'un capitaine bourguignon, Jean de Vienne.

    Le siège commence mais les Calaisiens trouvent moyen de se faire ravitailler de nuit par de discrètes barques à fond plat. S'en étant aperçu, les Anglais plantent des estacades dans les bas-fonds pour éventrer les coques des barques picardes.

    Comme la faim gagne la ville, le roi consent à laisser sortir deux mille bouches inutiles. En avril 1347, après un hiver épuisant, Jean de Vienne en appelle au roi de France mais les Anglais interceptent son courrier : «Si n'avons en bref secours, nous issirons hors de la ville tous à champs, pour combattre, pour vivre ou pour mourir. Car nous aimons mieux mourir aux champs honorablement que manger l'un l'autre» !

    Le roi Philippe VI de Valois, ayant reconstitué son armée, tente de venir au secours des assiégés mais, apercevant les solides retranchements des Anglais, juge plus judicieux de se tenir en retrait. Perdant espoir, Jean de Vienne sort de la ville le 3 août pour négocier la reddition avec le héraut d'Angleterre Gautier de Masny.

    Royale vengeance

    Le roi Édouard III Plantagenêt, dont la patience a été épuisée par le siège, s'apprête à passer la population au fil de l'épée : «Ma volonté est telle que tous y mourront». Puis il se ravise et, pour ne pas prolonger le siège, prétend n'exécuter que six otages. Le sort désigne Eustache de Saint-Pierre, Jean d'Aire, Pierre et Jacques de Wissant, Jean de Fiennes et Andrieu d'Ardes.

    Le lendemain, les condamnés se présentent avec les clés de la ville, «nu-pieds et nu-chefs, en leurs linges draps tant seulement, les harts[cordes] au col». Selon la chronique, la reine Philippa de Hainaut, fille du comte Guillaume II le Bon, enceinte de huit mois, se jette aux pieds de son mari : «Ah ! très cher sire ! Depuis que j'ai passé la mer en grand péril, comme vous savez, je ne vous ai requis ni don demandé. Or vous prié-je humblement et requiers en don propre que, pour le Fils à sainte Marie et pour l'amour de moi, vous veuillez avoir de ces six hommes merci».

    Le roi se laisse apitoyer et les six bourgeois sont déportés en Angleterre de même que Jean de Vienne et ses chevaliers. Ils seront finalement libérés contre rançon.

    Édouard III peut alors signer une trêve d'un an avec Philippe VI de Valois. Quelques mois plus tard, Calais, comme le reste de l'Europe occidentale, est frappée par la Peste noire. Celle-ci décime la population de la ville qui est alors repeuplée... d'Anglais ! La trêve entre Anglais et Français est prolongée de quelques années du fait de l'épidémie mais les hostilités reprendront moins de dix ans plus tard avec une violence accrue...

    Calais longtemps disputée

    Fortifiée, Calais va devenir un grand port commercial pour le commerce de la laine entre l'Angleterre et la Flandre. Elle sera reconquise par la France deux siècles plus tard, en 1558, par le duc François de Guise, ce qui vaut à celui-ci et à sa famille une immense popularité parmi les catholiques français. Le roi Henri II règne alors à Paris et Mary 1ère à Londres.

    Cette reine d'Angleterre est la première fille de Henri VIII Tudor et de Catherine d'Aragon. On lui prête les mots suivants : « Si on ouvrait mon coeur, on y trouverait gravé le nom de Calais ! » Mais la reine, que les protestants anglais surnomment«Bloody Mary» (Marie la Sanglante) en raison de son fanatisme catholique, ne tarde pas à rendre l'âme. Et c'est à sa demi-soeur, Élisabeth 1ère, qu'il reviendra de reconnaître la perte définitive de Calais. Le traité de Cateau-Cambrésis rendra la ville à la France le 3 avril 1559, en contrepartie d'un versement de 500.000 écus. Les Espagnols s'en empareront peu après et la rendront à Henri IV par le traité de Vervins.

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  • Septembre 1959 : gloire au président de la nouvelle République !

    Alors que leurs silhouettes font maintenant partie du paysage de Calais-Nord, retour sur les moments forts que Charles de Gaulle et Yvonne Vendroux ont vécus à Calais. Quatrième épisode : De Gaulle, président de la Ve République, prend un bain de foule dans la cité des Six Bourgeois La deuxième visite officielle effectuée par De Gaulle à Calais, en date du 24 septembre 1959, s'inscrit dans un " circuit présidentiel des routes du Nord ". Elle est représentative du nouveau tournant de la carrière politique du général : après une longue " traversée du désert ", les troubles en Algérie ont permis son retour au sommet de l'Etat. En octobre 1958, les Français ont approuvé par référendum la constitution de la Ve République. Alors que s'écrit une nouvelle page de l'Histoire de France, De Gaulle reçoit l'onction populaire des Calaisiens.
    Ils sont cette fois environ 60 000 à l'attendre, massés essentiellement devant l'Hôtel de Ville et sur les trottoirs du boulevard Jacquard où s'arrête la voiture présidentielle. Yvonne, la Calaisienne, en descend en même temps que son époux, mais reste ostensiblement en retrait. Elle est d'un naturel discret, voire distant disent certains. C'est le général, et lui seul, qui se livre à ces bains de foule si célèbres qui plongeaient dans l'angoisse ses services d'ordre. Les cris de « Vive de Gaulle ! » fusent entre les bravos, tandis que les cloches de la ville tintent à toute volée.
    On a ressorti les "arcs de triomphe" pour l'occasion ! Au pied de chacun d'eux se tient le premier magistrat de la commune dont le nom est inscrit sur le panonceau. Le torse ceint de l'écharpe tricolore, les maires tendent respectueusement la main au général de Gaulle qui échange avec eux des paroles amicales. Les cris et les applaudissements des spectateurs 
    sont ininterrompus.

    A rebours du parcours qu'il effectua en 1945, le général, accompagné par son beau-frère, Jacques Vendroux, devenu alors député-maire, remonte le boulevard Jacquard vers la mairie. Avant de pénétrer dans celle-ci, une visite du port et de Calais-Nord permet de mesurer l'étendue des reconstructions. Si la place d'Armes a été totalement rebâtie, suivant des critères d'architecture très modernes qui n'ont rien à voir avec le style d'antan, l'église Notre-Dame reste en ruines.
    Après un moment de recueillement devant le monument du Souvenir, le général rencontre quelques officiels dans le grand Salon de l'Hôtel de Ville, puis en sort pour se placer devant une tribune érigée sur le perron. Durant une dizaine de minutes, il brosse un tableau complet de la situation politique nationale, sans note ni prompteur !
    Contemplant d'abord la foule assemblée devant lui, portée par un élan unanime, le général y voit la preuve de «l'unité française qui dépasse infiniment tout ce qu'il peut y avoir de divergences, de petites histoires entre Français, et qui nous rejoint tous sur une volonté commune »: les querelles partisanes de la IVe République sont terminées, Calais en serait le reflet !
    Puis le problème algérien : il doit être résolu «par le libre choix des habitants de l'Algérie ». Quelques jours plus tôt, annonce avait été faite de la mise en oeuvre du processus d'autodétermination du peuple algérien, question propice à moult déchirements ultérieurs... Il faut plutôt penser au développement économique de la France, les progrès du pays devant être associés à un «progrès social » dont tout le monde doit profiter. Enfin, De Gaulle affirme l'autonomie de la France par rapport aux deux blocs de la guerre froide, puis termine en chantant la Marseillaise en choeur avec la foule.
    Après un turbot sauce champagne dégusté à l'hôtel Meurice, le général trouve quelques minutes à consacrer à l'art d'être grand'oncle. Ses dix petits-neveux et petites-nièces se plaignent en effet :«Nous le voyons plus souvent dans les manuels d'histoire de France qu'à la maison. Surtout depuis qu'il est président de la République !» Etienne Legrand (12 ans), Philippe Legrand (11 ans), Elisabeth Legrand (10 ans), Christine Legrand (8 ans), Jean-Bernard Legrand (4 ans), Alain de Martignac (10 ans), Jacques-Philippe Vendroux (11 ans), Jean-Philippe Vendroux (11 ans), Jean-François Vendroux (9 ans), Isabelle Vendroux (9 ans) et Laurence Vendroux (6 ans) veulent absolument être photographiés aux côtés de l'oncle Charles et de tante Yvonne !
    Le général fait ensuite route vers Arras.
    En marge du protocole, Yvonne consacre l'après-midi à la visite de la nouvelle maternité de la rue Verte puis de l'asile des Petites Soeurs des Pauvres, affichant ainsi son attachement aux valeurs chrétiennes de la famille et de la charité. Lors de la visite du port, elle avait pu serrer chaleureusement la main de quelques Courguinoises revêtues de la tenue de matelote, montrant ainsi une image de femme proche du peuple. Il faudra attendre sept ans pour que le couple honore à nouveau de sa présence officielle la cité des Six Bourgeois.

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  • Avril 1966 : Charles et Yvonne De Gaulle sont de retour à Notre-Dame

    Fin de la série : La troisième et dernière visite officielle de De Gaulle à Calais date du 26 avril 1966. Le général est au début de son second septennat, pour lequel il a été réélu seulement au deuxième tour, signe d'un relatif affaiblissement de sa popularité. Ce déplacement présidentiel prend place dans le cadre d'un marathon de quatre jours menant le Président des villes du bassin minier à Lille en passant par les grands ports du littoral. Principal objectif : mettre en lumière le développement économique du pays.

    Une visite éclair 
    En vérité, il s'agit à Calais d'une visite-éclair : arrivé en hélicoptère à 11 heures, de Gaulle repart pour la capitale des Flandres trois heures plus tard par le même moyen de transport, sans avoir tenu l'un de ses discours qui avaient marqué ses deux précédentes venues. Sur ce laps de temps, une heure et demie est consacrée à un repas chez le couple Vendroux où, avec quelques jours de retard, il célèbre dans l'intimité ses noces de vermeil (45 ans de vie commune !). Yvonne est donc présente, mais elle est arrivée, elle, par la route.
    La "course contre la montre" commence par une visite du Stade du Souvenir, totalement rénové. Il félicite l'architecte, admire les fortifications qui enserrent les installations sportives. Toutes les personnalités calaisiennes sont là. Il donne une centaine de poignées de mains, avant de remonter en voiture pour aller jusqu'à la piscine municipale, autre ensemble moderne qui contient alors l'un des plus beaux bassins couverts de tout le département.

    Pèlerinage sentimental à Notre-Dame 
    A la piscine Ranson, inaugurée en 1963 par le Secrétaire d'Etat à la Jeunesse et aux Sports Maurice Herzog, le chef de l'Etat ne fait pas une halte plus prolongée. Après avoir assisté à quelques évolutions de nageurs calaisiens, il ressort du bâtiment, acclamé par la foule. Le cortège reprend sa course dans Calais-Nord, partie entièrement reconstruite de la ville. Le général se lève de temps à autre pour adresser son célèbre salut des deux mains au public. Des applaudissements nourris ponctuent la tournée, mais l'enthousiasme populaire n'est plus aussi délirant qu'autrefois.
    Quand le cortège arrive à hauteur de l'église Notre-Dame, aux alentours de treize heures, ce sont toujours des ruines qui s'offrent au regard du couple présidentiel ! Quelques jours auparavant, les abords de l'édifice ont été déblayés...mais rien ne peut cacher le fait que les travaux de reconstruction, pourtant commencés depuis longtemps, traînent de façon extravagante. Seuls le toit et le clocher ont été restaurés.
    Les journalistes remarquent que le général et son épouse ne laissent percer aucune émotion. A leurs côtés se trouve Mgr Evrard, ancien archiprêtre de Calais, qui fut aussi compagnon d'armes du chef de l'Etat. Le groupe parcourt la nef encombrée de gravats, où gît une grosse cloche de bronze. Le président de la République écoute les explications de l'architecte chargé de la reconstruction et laisse échapper:«Elle revient de loin !» Jacques Vendroux glisse à l'oreille de son beau-frère qu'André Malraux, ministre responsable du patrimoine, pourrait se montrer plus généreux pour l'église de Calais ! Devant l'église, deux à trois cents personnes font une belle ovation à de Gaulle mais aussi à " tante Yvonne " ! Reste que ce petit pèlerinage qualifié de "sentimental" par la presse apporte une touche quelque peu assombrie au tableau rutilant d'une France moderne, résolument tournée vers l'avenir.

    Une ballade en hovercraft 
    Une fois son repas pris en famille au domicile de Jacques Vendroux et de son épouse situé boulevard Lafayette terminé, le chef de l'Etat accomplit une visite au collège d'enseignement technique de l'avenue Louis Blériot puis prend la direction de la plage où, sur le sable, sont posés deux aéroglisseurs. Le général de Gaulle doit se baisser pour pénétrer dans l'un d'eux. "L'autobus des mers" se lève sur son coussin d'air et file vers les vagues pour une virée de six minutes, suivi par un second hovercraft qui a fait le plein de journalistes. Cette sortie en mer s'accomplit sur un plan d'eau calme. A sa descente, le général de Gaulle confie, dans la langue de Shakespeare, au représentant de la compagnie anglo-suédoise qui en assure l'exploitation : «Je vous félicite, c'est intéressant, merci, bonne chance ».
    Il est 15h30 quand de Gaulle prend son envol pour Saint-Omer. Yvonne reste sur place pour visiter la crèche municipale de la rue de Chantilly: une nouvelle fois, en marge du protocole, l'épouse du général montre son intérêt pour les valeurs de la famille mais de manière non ostentatoire. Le couple ne reviendra plus à Calais en visite officielle. Mais leur souvenir restera à jamais vivace, surtout aux alentours de Notre-Dame...
     

     

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  • Parmi les événements qui ont fait date à Calais à la Belle Epoque, on compte malheureusement deux catastrophes liées au progrès, celle du pétrolier VILLE-DE—CALAIS et celle du sous—marin PLUVIOSE.

     En 1886 le port de Calais a été ouvert au trafic pétrolier et la Maison Paul Paix et Cie, de Courchelettes, près de Douai, a été autorisée à installer deux réservoirs d’une capacité de 27 000 hectolitres. Pour assurer ses importations régulières de pétrole américain, cette société a fait construire un pétrolier en acier le VlLLE—DE-CALAIS, comprenant seize compartiments contenant le précieux liquide qu’on décharge en trois jours à l’aide d’une pompe à gaz.

     Le trafic pétrolier entre Philadelphie et Calais s’effectue sans incident jusqu’au 16 octobre 1888 à 21 heures lorsque le VILLE—DE—CALAIS vient d‘achever la livraison de sa septième cargaison au bassin Ouest.

     A cette heure précise le pétrolier est tout a coup secoué par une formidable explosion. La déflagration est si forte qu’à Calais— Nord d’ innombrables carreaux volent en éclats, les portes s’ouvrent seules des tuiles voltigent un peu partout et le gaz s’éteint.

    16 octobre 1888

     

    Le "Ville-de-Calais" après l'explosion qui ébranla Calais

    En quelques instants toute la population est dehors s’interrogeant sur la cause de ce branle—bas de fin du monde. On est vite fixé par la puissante lueur rougeoyante qui émerge du bassin ouest: le VILLE—DE-CALAIS a sauté, et brûle à son appontement.

     La nouvelle se répand en ville comme une traînée de poudre et une ruée inimaginable déferle vers le lieu du sinistre.

     Le spectacle est à la fois tragique et grandiose. Le pétrolier en feu a été coupé en deux par l’explosion. L’avant a volé en éclats tandis que la partie arrière est demeurée intacte. Une quantité de débris et de tôles a été projetée à la ronde sur les toits des maisons ou sur les autres navires amarrés au port.

     Tandis que la foule commente la catastrophe, les secours s’organisent: pompiers, police, fantassins, artilleurs, personnel du port, représentants de la Marine, sont rapidement à pied d’œuvre. On craint en effet que le terrible accident n’ait provoqué de nombreuses victimes.

     

    Heureusement, il n’en est rien. En ce dernier jour d’escale, le Commandant Gombert a donné quartier libre à la majeure partie de l’équipage composé de 29 marins. Cependant on déplore la mort de trois d’entre eux: un lieutenant, un matelot et le troisième mécanicien.

    On compte également quelques blessés: un pioupiou du 8e de Ligne en patrouille sur le quai a eu une jambe brisée par un morceau de tôle, le chauffeur du navire a aussi les jambes broyées.

     Plus heureux, les quelques marins regroupés dans la partie arrière du navire, comme le commandant ou le mousse, s’en sortent indemnes.

     Le lendemain, au jour, on peut constater l’étendue des dégâts: un navire norvégien proche du pétrolier a eu son mât brisé et est très endommagé, le remorqueur HERCULE a subi de nombreuses avaries, une rame d’une soixantaine de wagons en stationnement sur le quai est fortement endommagée, sans compter les nombreux dégâts subis par les maisons de Calais-Nord et notamment du quartier de la Citadelle. Partout dans les environs du bassin Ouest on retrouvera des débris du navire. Une plaque d’acier longue de 13 mètres et pesant une tonne a survolé tout le bassin pour aller se ficher dans le sol de l’autre côté.

     L’enquête ne parviendra pas à établir les causes exactes de l’explosion. On pense que le gaz contenu dans les cales au lieu d’être évacué par la tuyauterie spéciale a pu se répandre sur le pont par un panneau étanche et il n’aurait fallu qu’une poussière incandescente pour provoquer la terrible déflagration.

     Les cadavres affreusement mutilés des deux victimes — le troisième corps ne sera retrouvé que quinze jours plus tard — sont transportés à la morgue et l’enterrement a lieu le 19 octobre au milieu d‘une foule estimée à 8 000 personnes.

     La partie arrière du VILLE—DE—CALAIS demeurée intacte sera remise à flot grâce à une cloison étanche pour être prise en charge par des remorqueurs anglais et être conduite à Newcastle où elle devait être assemblée à l’avant d’un pétrolier en chantier. Malheureusement une tempête empêchera ce morceau du VlLLE-DE-CALAIS d’arriver à bon port et le navire fera cinq victimes supplémentaires au cours de son naufrage.

     Pour remplacer la perte de son navire—citerne, la Société Paul Paix fera l’acquisition, deux ans plus tard, d’un nouveau navire baptisé VlLLE-DE-DOUAI lequel aura une carrière heureuse au cours de laquelle il effectuera 106 voyages entre les USA. et Calais.

       

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