• APERÇU de l‘HISTOIRE de CALAIS

     Calais, Clef de la France, fait face au port anglais de Douvres dont elle n’est séparée que par un détroit de 28 kilomètres environ. Cité héroique à plus d’un titre, elle doit à sa position géographique le rôle important qu’elle a joué dans l’Histoire.

     Le territoire de Calais forme l’extrémité occidentale de la grande plaine maritime flamande, aboutissant au pied des collines du Boulonnais dont le littoral a été gagné sur la mer, au cours des siècles, par une lutte incessante contre les flots.

     Des silex taillés ou polis et les tombes d’hommes primitifs trouvés sur les hauteurs du Calaisis montrent que cette partie du continent fut habitée dès les temps préhistoriques. L‘origine du nom de Calais est toutefois des plus obscures. Certains le font dériver du celtique «Kal» ou du saxon «Keel»; signifiant baie ou embouchure ; suivant d’autres, les «Calètes» ou «Cauchois», venus, selon les commentaires de César, aider les Morins (habitants des mers ou des marais) à s’opposer à l’invasion romaine, se seraient établis sur ce point peu peuplé, y fondèrent une colonie à laquelle ils donnèrent leur nom : celui-ci se transforma graduellement pour devenir Calais.

     L’INVASION DE LA GAULE

     L’invasion de la Gaule par les Romains donna au Calaisis une grande importance. Etant le point le plus rapproché de l’Angleterre, il fut naturellement la base de départ de plusieurs tentatives de débarquement en Grande—Bretagne. C’est ainsi que Jules César y rassembla une flotte de 800 à 1.000 voiles qui, avec cinq légions et 2.000 chevaux,se lancèrent à la conquête de l’Angleterre.

     Longtemps simple village de pêcheurs, Calais ne fut aménagé qu’en 997 par le Comte de Flandre, Bauduin IV. Mais ce fut Philippe de France, fils de Philippe—Auguste, devenu Comte de Boulogne par son mariage avec Mahaut, héritière du Comté, qui comprit l’importance de ce port, en raison de sa situation face à l’Angleterre. Il l’entoure! de murailles flanquées de tours, fit creuser de larges fossés extérieurs afin de mettre la Ville à l’abri de toute surprise.

     Vers 1181, Gérard de Gueldre, Comte de Boulogne, octroya à «son bon peuple de Kaleeis» une charte lui accordant un échevinage. Sous la suzeraineté successive des Comtes de Flandre, de Boulogne et d’Artois, le port s’améliora et abrite bientôt un nid de corsaires chassant continuellement les bateaux britanniques qui s’aventuraient dans ses eaux.

     

    LA GUERRE DE CENT ANS

    LE SIEGE DE CALAIS ET LE DEVOUEMENT DES 6 BOURGEOIS

    Le Roi Charles IV étant mort sans descendance, la couronne de France fut attribuée à son cousin Philippe de Valois qui prit le nom de Philippe VI. Edouard III, roi d’Angleterre et petit fils-de Philippe le Bel par sa mère revendiqua alors la couronne de France et résolut de la conquérir par les armes.

     La victoire remportée à Crécy le 26 Août 1346 sur le Roi de France, Philippe de Valois, ouvrait à Edouard III, Roi d’Angleterre, la route vers le Nord.

     Il donne quelque repos à ses troupes, puis se dirige vers Calais et commence le siège de cette place forte dont la prise sera pour lui le résultat le plus important de son heureuse campagne.

     Il a compris, en effet, que pour faire triompher ses prétentions à la couronne de France, il lui faudra conquérir, dans la France septentrionale, un territoire sur lequel il pourra débarquer ses armées en toute sécurité, pour faire ensuite la conquête du pays qu’il convoite et où, en cas de revers, elles trouveront un refuge certain.

     Calais, qui est située en vue des côtes anglaises, possède un bon port et de solides murailles, convient à merveille pour l’établissement d’un camp retranché tel que le désire le Roi Edouard 111, c’est bien, suivant l’expression d’un de ses successeurs : «La Serrure et la Clef de la France».

     Le 4 Septembre 1346, après avoir ravagé sur son passage le Ponthieu et le Boulonnais, brûlé les faubourgs de Montreuil, Etaples et Wissant, Edouard III apparaît sous les murs de Calais. Il somme immédiatement le gouverneur Jean de Vienne de lui rendre la Ville.

     Edouard III est bien résolu à s’emparer coûte que coûte de cette place d’Armes, que les Chroniqueurs sont unanimes à considérer comme l’une des plus puissantes forteresses. Mais se rendant compte qu’il a peu de chance de réussir par un coup de force, il décide de prendre la Ville par la famine.

     En prévision d’un long siège, Édouard III bâtit entre Calais et les rivières de Guines et de Hames et le pont du Nieulay, une véritable ville qu’il appelle «Villeneuve la Hardie», amplement approvisionnée. Son armée, forte de 32.000 hommes à son départ d’Angleterre, comptera à un certain moment 100.000 hommes de troupe.

     Jean de Vienne voit les préparatifs anglais et se rend compte qu’il sera bientôt contraint par la famine de se rendre. Il décide donc de faire sortir toutes les bouches inutiles, Des centaines de pauvres dépourvus de biens et de provisions sont ainsi chassés. Certains chroniqueurs affirment qu’Edouard III autourisa ces malheureux à traverser les lignes de son armée ; d’autres, par contre, racontent qu’Edouard III les repousse et qu’ils moururent de froid et de faim entre la ville et le camp anglais.

     Les premiers temps du siège sont supportables pour les Calaisiens qui se ravitaillent encore par la.

     Les opérations du côté de la terre se réduisent à peu de chose au cours de l’hiver 1346-1347, à quelques sorties des assiégés et à des escarmouches engagées par les garnisons françaises des petites forteresses de l’Artois et du Boulonnais.

     Le Roi d’Angleterre utilise sans grand résultat une vingtaine de canons pour abattre les murailles.

     Aussi, Edouard III décide-t'il le 15 février 1347 de mobiliser une flotte de 120 vaisseaux qui, en permanence devant Calais, en interdit rigoureusement l’accès. Une seule escadre française de 30 vaisseaux réussit le 10 avril, en dépit de la vigilance de la flotte ennemie, malgré les fortifications élevées par les assiégeants et les obstacles de toutes natures à l’entrée du chenal, à pénétrer dans le port. Mais les autres tentatives échouent lamentablement, les navires tombèrent aux mains des Anglais.

     Dès lors, Calais n’eut plus d’espoir que dans un secours venant du côté de la terre.

    Le 26 juin, Jean de Vienne adresse une lettre au Roi de France. Les Anglais s’en emparent et Édouard III se rend ainsi compte que la famine est à son comble dans la ville. Dans cet émouvant appel à Philippe de Valois, il est écrit notamment :

     «Sachez qu’il n’y a rien qui ne soit tout mangé, et les chiens et les chats et les chevaux ; et de vivres nous ne pouvons plus trouver si nous ne mangeons chair de gens, si nous n‘avons pas un bref secours».

     Un chroniqueur anglais place à cette époque l’exode de centaines de Calaisiens qui auraient péri sous les murs de la ville, le Roi leur ayant refusé la traversée de son camp.

     Cependant, Philippe de Valois comprend la nécessité de tenter un grand effort pour secourir et conserver une place de premier ordre qui résiste héroi‘quement. Depuis le 24 mai 1347, il concentre à Arras une armée considérable. Après avoir vainement demandé aux Flamands leur concours, il dirige ses troupes vers Hesdin, Fauquembergues, Lumbres, Nordausques, Tournehem et Guines. Ce 27 Juillet, l’armée française forte de plus de 100.000 fantassins et de 35.000 chevaliers parait enfin sur les hauteurs de Sangatte, à la grande joie des Calaisiens qui pensent que la bataille va s’engager rapidement.

     Le Roi de France fait aussitôt reconnaître le terrain et rechercher les points d’attaques les plus favorables. L’examen des positions de l’armée ennemie lui révèle que la nature du terrain et les précautions prises par le Roi d'Angleterre rendent toute attaque impossible.

     Philippe de Valois propose alors à Edouard III le combat en rase campagne. Ce dernier refuse le défi, sachant que Calais est à sa merci.

     Cependant, le 29 juillet, les légats pontificaux apportent des propositions.de médiation du Pape Clément VI. Durant trois jours, les propositions sont transmises d’un camp à l’autre. Bien que les Français offrent le duché de Guyenne et le Comté de Ponthieu pour la délivrance de Calais, les négociateurs se séparent

    sans avoir pu s ’.entendre C’est que le désaccord est trop profond entre Edouard III dont on connait les prétentions au trône de France et Philippe VI roi effectif.

     Pendant ce temps, les malheureux Calaisiens, que la faim torture, que seule soutient l’espérance d’être secourus, multiplient les signaux de détresse et leurs cris vers le Roi de France, accompagnés de bruits de trompettes et de feu durant trois nuits consécutives.

     Malgré ces appels désespérés, Philippe VI ne se décide pas à risquer une attaque, la jugeant impossible. Dans la nuit du mercredi 1er au jeudi 2 août 1347, il donne l’ordre de battre en retraite.

     On devine aisément le découragement des Calaisiens qui, voyant le Roi s’éloigner, perdent tout espoir d’être délivrés.

     Aussi, le lendemain du départ des troupes françaises, le 3 août 1347, Jean de Vienne, sentant l’impossibilité de continuer la résistance, après avoir tenu conseil avec ses compagnons d’armes et les bourgeois restés dans la ville, vient-il aux créneaux demander à parlementer .

     Edouard III envoie aussitôt Gautier de Mauny et quelques chevaliers à qui Jean de Vienne fait connaître son intention de rendre la Ville à la condition d’accorder la vie sauve à la garnison et à la population.

     Le Roi d’Angleterre, très irrité de la longue résistance des Calaisiens et de la perte de beaucoup d’hommes et d’argent, exige une capitulation sans condition. Gautier de Mauny promet à Jean de Vienne d’essayer de fléchir la rigueur du Roi.

     En présence du Roi, Gautier de Mauny répète la conversation qu’il a eue avec le Gouverneur de Calais.

     Edouard III persiste dans son intention, Gautier de Mauny, bravant la colère de son Roi, lui montre la rigueur de sa décision.

     Tous les barons présents comprennent qu’en somme, le seul crime des Calaisiens était de combattre pour leur Roi. Aussi, se joignent-fis à Gautier ; Edouard III, ébranlé, dit enfin sa sentence :

     "Seigneurs, je ne veux pas être tout seul contre vous tous. Gautier, vous irez vers ceux de Calais et direz au Capitaine que la plus grande grâce qu’ils pourront trouver et avoir en moi, c’est qu‘il parte de la Ville six des. plus notables Bourgeois, pieds nus, la corde au cou et les clefs de la Ville et du Château en leurs mains et d’eux je ferai ma volonté et le reste j'en prendrai pitié"

    Gautier revient en hâte auprès de Jean de Vienne qui l’attend sur les remparts et l’informe de la décision de son maître. Jean de Vienne le remercie et lui demande de demeurer le temps de communiquer son message aux Calaisiens.

     Il fait aussitôt sonner les cloches et assembler la population sur la place du marché et fait connaitre les conditions imposées par le vainqueur.

     Des cris, des gémissements, des pleurs répondent à ses paroles et lui—même est fort ému. Un moment après, le plus riche Bourgeois de la Ville, Eustache de St-Pierre, se lève et dit :

     «Seigneur, il serait grand malheur de laisser un tel peuple mourir ici de famine quand on peut trouver un autre moyen. J’ai si grande espérance de trouver grâce et pardon envers notre Seigneur si je meurs pour sauver ce peuple, que je veux être le premier : je me mettrai volontiers en chemise, nue tête, la corde au cou, à la merci du Roi d ’Angleterre».

     Chacun s’approche de lui et le remercie, des hommes et des femmes se jettent à ses pieds en pleurant.

     Devant cet héroïque exemple, un autre très honnête et riche bourgeois, Jean d’Aire, se lève et déclare sa volonté de partager le sort de son compère. Un troisième, Jacques de Wissant, dit vouloir faire compagnie à ses deux cousins. Puis ce sont Pierre de Wissant, son frère, Jean de Fienne et Andrieux d’Andres.

     Les six bourgeois se dévêtent, tous nus en leurs chemises, mettent la corde au cou et prennent les clefs de la Ville et du Château chacun en tenant une poignée.

     Quand ils sont prêts, Jean de Vienne se met devant eux et prend le chemin de la Porte, accompagné des hommes, femmes et enfants qui pleurent, se tordent les mains et crient à haute voix. La scène est poignante.

     Au delà de la Porte, Jean de Vienne dit à Gautier qui l’attend :

     «Je vous livre comme Capitaine de Calais, avec le consentement du peuple de cette Ville, ces Six Bourgeois, et je vous jure qu’ils sont et ont toujours été les plus honorables ...... »

     Et ils s’en vont vers leur destin au camp des Anglais. A leur arrivée, le Roi Edouard vient sur la place en face de son Palais ayant à ses côtés la Reine, Philippine de Hainaut (qui était enceinte) et les Seigneurs de sa cour.

     En présence du Roi, les Six Bourgeois se mettent à genoux et disent en joignant leurs mains :

     «Gentil Sire et Gentil Roi, voyez nous les Six, qui avons été d‘anciens bourgeois et grands marchands de Calais ; nous vous apportons les clefs de la Ville et du Château ; nous nous mettons en votre pure volonté pour sauver le «demeurant» du peuple de Calais qui a souffert beaucoup de privations. Veuillez avoir de nous pitié et merci par votre très haute noblesse».

     Les Seigneurs, Chevaliers et hommes vaillants présents, ne peuvent s’empêcher de les prendre en pitié et ont grand’peine à parler.

     Le Roi les regarde très en colère car il avait le coeur si dur et si épris d’un grand courroux qu’il ne peut parler.

     Quand il peut enfin le faire, il commande qu’on leur coupe la tête.

     Tous les barons et chevaliers présents et Messire Gautier de Mauny prient le Roi de les prendre en pitié, mais en vain.

     Alors, la Reine d‘Angleterre qui pleurait-tant qu’elle ne pouvait se retenir, se jette aux pieds du Roi et dit :

     «Ah ! Gentil Sire, depuis que je repassai la mer en grand péril comme vous le savez, je ne vous ai rien demandé ; or, je vous prie humblement et requiers à mains jointes que pour l’amour du fils de Sainte—Marie et pour l’amour de moi, vous veuillez avoir pitié de ces hommes merci».

    Le Roi attend un moment avant de parler. Il regarde la Reine, sa femme, qui pleure à genoux tendrement, ce qui lui émeut le cœur, car il ne veut pas lui faire de peine au point où elle est et dit:

     «Ah, Madame, j’aimerais mieux que vous fussiez autre part qu’ici, vous me priez si tendrement que je n’ose vous éconduire malgré que j’en aie envie. Tenez, je vous les donne, faites-en votre plaisir».

     Alors la Reine, joyeuse, se lève, fait lever les Six Bourgeois, leur enlève les cordes qu’ils avaient au cou et les emmène avec elle dans sa chambre, les fait vêtir, leur fait servir à dîner, leur fait remettre à chacun six nobles d’or et les fait conduire hors du camp en sûreté. Ils s’en vont demeurer dans plusieurs villes de la Picardie.

     Le lendemain 4 août 1347, Calais est occupée et Gautier de Mauny prend possession de la Ville et du Château. Son premier soin est d‘ordonner de mettre Jean de Vienne et ses Chevaliers en prison courtoise, en attendant leur transfert en Angleterrejusqu’—à ce qu’ils aient payé leurs rançons. Les simples hommes de troupe sont rassemblés dans la halle pour y déposer leurs armes, puis renvoyés. Il fait amener dans la Ville des charrettes de vivres qui sont distribués aux habitants. Cette distribution a des résultats désastreux car plus de 300 succombent pour avoir absorbé trop vite de la nouriture. Ceux qui survivent sont expulsés, car Edouard III a résolu de repeupler la Ville de sujets Anglais.

     Seuls un prêtre et quelques personnes âgées restent à Calais pour fournir les renseignements relatifs aux anciennes coutumes de la Ville.

     Telle est, d’après les «Chroniques» de Froissart, la version la plus généralement admise de la reddition et du dévouement des Six Bourgeois. En 1895, l’illustre Rodin a figé dans l’immortalité du bronze la sublime nudité de nos héros.

     Le traité de Brétigny, en 1360, confirma aux Anglais la possession de Calais qui devint dès lors et pendant 210 ans une Ville Anglaise en France jalousement gardée. Elle devint une base militaire d’où partaient à chaque instant des incursions qui ravageaient les villages environnants restés français. Aussi, la haine de l’Anglais éclatait-elle partout.

     Les Français essayèrent bien plusieurs coups de main pour la reprendre mais ces tentatives échouérent. Charles V offrit alors à Edouard III, en 1377, diverses compensations, la Guyenne notamment, mais ce dernier refusa dédaigneusement, tant il tenait à cette Ville. D’autres tentatives d’échanges eurent le même sort.

     Tant que les Anglais occuperont Calais, la guerre ne finira pas, déclarait le Roi de France en 1451.

    De ces deux siècles d’occupation, les Anglais ont laissé toutefois à Calais des souvenirs durables :

     - les fortifications améliorées et augmentées ,

     - l'asséchement du territoire du Bas-Calaisîs par le système de watergangs ;

     - la construction du beffroi (détruit au cours des bombardements de mai 1940) ;

    - l’achèvement de l‘Eglise Notre—Dame où se révèle le style Tudor ;

     - l'élévation de l’important édifice connu sous le nom d’Hôtel de Guise (dont les derniers vestiges ont aussi disparu en mai 1940), où les Anglais avaient réuni les Services de l’Etape aux Laines, sorte de bourse où les commerçants étaient obligés d’apporter leurs marchandises de toutes sortes : laines, draps, plomb, etc…

     Calais était le seul port de France réservé à l’importation des laines anglaises ; il connut, à cet égard, une importance considérable due à l‘activité de la puissante corporation des marchands qui avait son Mayeur et ses armoiries et rivalisa avec le florissant commerce des villes flamandes.

     Le port fut toujours le grand souci des Anglais ; étant le seul point de la Côte de la Manche accessible aux vaisseaux, le chenal fut approfondi, des jetées construites ; le bassin du paradis fut creusé pour servir d’abri aux embarcations, tous ces ouvrages maritimes étaient défendus par le Fort Risban qui subsiste encore et se trouve à l’entrée actuelle de l’Avenue de la Plage.

     Point stratégique de premier ordre, le Port était le lieu de passage des troupes anglaises qui venaient combattre en France, et des somptueux équipages qui participaient aux fêtes royales.

     C’est dans la cour de l’Etape aux Laines qu’Henri VIII, Roi d’Angleterre, à la veille de son divorce, reçut François 1er, Roi de France en 1532, et y rencontra également Anne de Boleyn.

     A cette occasion, il donna de grandes festivités et, particulièrement, un combat entre des ours, des chiens et un taureau.

     On connait la fin malheureuse de cette pauvre Reine, Anne de Boleyn, qui, quatre ans plus tard, eut la tête tranchée par le bourreau de Calais à la Tour de Londres.

    LE CAMP DU DRAP D’ OR

     A quelques kilomètres de Calais, entre Ardres et Guines, se déroula en 1520 l’Entrevue du Camp du Drap d’Or, entre les Rois de France et d’Angleterre. Ce ne furent, pendant un mois, que festins, tournois, bals et fêtes, auxquels participèrent 9 à 10.000 personnes.

     Le Cardinal de Wolsey en avait été l’organisateur ; les personnages anglais et français y déployèrent tant de richesse et d’élégance que la plupart furent ruinés.

     LA REPRISE DE CALAIS PAR LE DUC DE GUISE EN 1558

     L’occupation anglaise prit fin en 1558. A la suite d’une campagne audacieuse mais bien préparée et qui ne dura que huit jours, le Duc François de Guise parvint à reconquérir Calais.

     Cet événement jeta autant de consternation chez nos voisins qu’il causa de joie chez nous.

     En voici la relation :

     Le Duc de Guise parait devant Calais, le samedi 1er janvier 1558, à la tête d’une armée formidable.

    Il s’empare dès son arrivée du Fort Nieulay et de Sangatte. Le lendemain dimanche, le canon du Fort Nieulay se fait entendre, et l’attaque de Calais commence. Les Anglais se défendent courageusement ; l’artillerie les aide à repousser l’armée française dans le Fort Nieulay. Le soir, le Duc de Guise tient conseil, et on décide qu’il faut attaquer le Fort Risban.

     Le Duc de Guise, accompagné du Duc d’Aumale, des maréchaux de Thermes et de Strossy, du Baron d’Estrées, de Saussac, de Tarannè, de Sénarpont et plusieurs autres, va reconnaître ce fort, en passant par la dune, à marée base. Le jeune d’Aligre est envoyé pour sonder le port. Le lendemain matin, les batteries d’artillerie placées en face de ce port ont bientôt commencé l’attaque. La prise des Forts Nieulay et Risban enhardit les assiégeants. 

     Le mardi, quatre batteries sont disposées en face de la porte du Havre qui est aussitôt renversée, ainsi que les tours environnantes. Le Duc de Guise ne voyant pas la brèche assez considérable pour pénétrer dans la place, ordonne une nouvelle attaque pour le lendemain. Il va se poster en face du Château avec trente trois pièces de canon. Ces batteries font une brèche qui permet de voir le Château à découvert. Le soir de cette attaque, d’Andelot, à la tête de quinze cents arquebusiers, passe le courant et vient s’emparer du quai.

    Le jeudi 6, jour des rois, les batteries recommencent un nouveau feu ; le Duc vient donner courage à son infanterie, et le soir, vers neuf heures, toutes les troupes sont en bataille. Le maréchal de Strossy soutient la division du baron de Grammont, et après un combat vif et opinià‘tre, l’armée française force les Anglais à abandonner le Château pour se réfugier dans la Ville.

     Mylord Dunford, Gouverneur de la Ville, ne croit pas la perte du Château irréparable, ayant sous ses ordres une garnison très forte et un grand nombre d’habitants bien armés. Il décide de reprendre le Château ; mais les Ducs d’Aumale et d’Elbeuf, frères du Duc de Guise, s’y sont enfermés avec d’Andelot, et les Anglais abandonnent leur tentative et rentrent dans la Ville. Le Duc de Guise fait le lendemain une descente dans Calais et force à son tour les Anglais à capituler.

    Mylord Dunfort envoie au Duc de Guise ses propositions de capitulation. Le Duc les refuse et, par la même estafette, il renvoie ses conditions qui sont acceptées sans mot dire. Les voici :

     «Que les Anglais auraient la vie sauve, sans qu’il [eut fût fait aucun tort, ny a l’honneur des femmes et des filles. Que les habitants se pourraient retirer ou bon leur semblerait, en France, en Angleterre ou en Flandre, avec bon et suffisant pasport, sauf cinquante, tels qu’il plairait au Duc de retenir, le Gouverneur y compris. Que la garnison se retirait en Angleterre, sans armes ni drapeaux, laissant toute l’artillerie avec les munitions et les vivres, sans rien rompre ny gaster, brusler, cacher ou empirer, et ne serait fait aucun dommage aux maisons et autres places, non pas même en arracher un clou, ny d’effouir hors de terre.

    Que quant à leurs meubles, or et argent monnoyé, marchandises, chevaux et autres bestiaux, le tout demeurait & la disposition du Duc, pour en disposer selon son bon plaisir».

     Cette capitulation, ainsi réglée, est exécutée le 7 janvier ; les Français entrent dans la Ville et les Anglais en sortent, à l’exception du Gouverneur et des cinquante habitants que le Duc s’est réservé.

     Le lendemain, le Duc de Guise fait son entrée dans Calais, et y établit l’ordre qu’il veut faire observer, en attendant que le Roi en dispose autrement.

     Les Français trouvent sur la porte du Château une pierre sur laquelle sont gravés ces vers :

     «Les Français à Calais viendront planter le siège

    Quand le fer et le plomb nageront comme le liège.

     Henri II, Roi de France, pour témoigner sa satisfaction à ceux qui ont le plus puissamrnent contribué à la reprise de Calais, donne au Duc de Guise l’hôtel de ce nom, connu précédemment sous le nom d'Etape des Laines ; à Jean de Monchy de Sénarpont, trois corps de ferme, dont une à Sangatte (la Caille-Motte), une autre à Coquelles (la Rouge-Cambre), et la troisième à Saint-Tricat, contenant ensemble 1. 958 mesures de terre, outre un hôtel dans la rue Royale à Calais. François de Coligny, Seigneur d’Andelot, est gratifié de l’hôtel du Gouverneur, situé dans la rue Comtenvaux.

     A la suite de la reprise de Calais, Henri il accorde à la Ville des armoiries composées comme suit : d’azur au croissant d’argent, surmonté d’une fleur de lys d’or, œuronné de même d’une couronne royale ; l’écusson accoté de deux croix de Lorraine, à cause du Duc de Guise, de la maison de Lorraine, qui a fait la conquête de cette place ; et, à la pointe un écusson d’argent à la croix alaisée d’or, cantonnée de quatre croisettes de même.

     La Reine Marie Tudor, qui n’avait pas assez veillé à la sécurité de Calais, ne se consola jamais de la perte «du plus beau fleuron de la couronne d’Angleterre». Elle avait refusé l’aide de son époux Philippe II d’Espagne ; elle se sentait responsable de cette perte incalculable. Le chagrin hâta sa mort’qui survint cette même année 1558. Elle disait encore en mourant : «Si l’on ouvrait mon cœur, on y trouverait gravé le nom de Calais».

     Les Français revinrent en foule s’étabiir dans la cité reconquise qui prospéra rapidement.

    L’ OCCUPATION ESPAGNOLE 1596 - 1598

     En moins d’un demi—siècle, s’y accumulèrent des richesses immenses qui tentèrent la cupidité et devinrent la proie de l’Armée de l’Archiduc Albert, quand ce Prince s’empara de Calais par surprise en 1596.

     Soumise alors pendant deux ans aux Espagnols, Calais ne redevint française qu’en 1598, au traité de Vervins, sous le règne d’Henri IV. Ce Roi en augmenta les fortifications, que compléta à son tour le Cardinal de Richelieu par la construction de la Citadelle et, plus tard, Vauban, par de nouveaux travaux défensifs.

     PENDANT LE XVIIème SIECLE

     Pendant tout le 17ème siècle, Calais, inviolée, demeura œnvoitée à la fois par les Espagnols et les Anglais qui ne surent, heureusement, concilier leurs efforts et leurs intérêts. Notre Ville, toujours en alerte, retentit ainsi d’un branle—bas de combat continue.

     En 1628, une entreprise espagnole échoua lamentablement bien qu’aidée par la traîtrise de Du Parc. En 1657, une nouvelle attaque amena encore les Espagnols jusqu’aux portes de Calai où ils plantèrent leur drapeau en criant «Ville gagnée», mais ils reculèrent aussi vite sans la ruée de nos Bourgeois ; ils eurent à peine le temps d‘emporter trois chariots de leurs blessés. A la fin du siècle, ce furent les Anglais et les Hollandais qui, en 1694, 1695 et 1696, conduisirent l’assaut par la mer ; ces bombardements ne causèrent pas de grands dégâts et n’émurent pas outre mesure la population. Mais le commerce calaisien fut ruiné par ces guerres et les prises de nos corsaires étaient une insuffisante compensation aux pertes subies.

     En 1658, Louis XIV, malade, fut soigné à Calais par Du Saussoy, un médecin d‘Abbeville, qui le sauva avec le fameux vin émétique.

    LE XVIIIême SIECLE

     Le début du 18ème siècle ne s'ouvrait pas non plus sous de meilleurs auspices ; la flotte anglaise continuait à croiser, menaçante, en vue des côtes, et nos corsaires, livrés à eux-mêmes pour défendre les eaux territoriales, se payaient d’audace pour suppléer à leur infériorité numérique.

     La situation devint si critique, en 1706, que Vauban songea au projet héroique de répandre l’inondation sur le pays pour le sauver de l’invasion. Pour comble de malheur, les Hollandais se joignirent aux Anglais; il ne restait aux Calaisiens que la ressource de composer avec les ennemis, en payant aux Hollandais une sauvegarde de 40.000 écus sur leurs ressources.

     La «Guerre de Course» se poursuivit néanmoins jusqu’à la Révolution et même après. En la seule année 1757 , nos hardis marins amenerent 500 prises dans les ports de Calais et Boulogne.

     Calais fut embellie sous chaque règne. Pierre le Grand y débarqua en 1717, quand il vint visiter la France.

     Au cours de ce siècle, la Ville fut profondément soulevée par la querelle religieuse janséniste, la population étant pour l’Evêque de Boulogne, et le Clergé pour la Bulle «Unigénitus».

     LA REVOLUTION ET L’ EMPIRE

     La Révolution ne troubla guère la Ville de Calais. La misère y fut grande cependant et la guerre avec l’Angleterre l'accentua encore.

     En 1789, le Calaisis comptait 15,000 habitants dont 6.000 seulement pour Calais.

     Les prêtres ayant été invités à se conformer à la loi et à prêter serment, des insurrections eurent lieu le 16 août 1791 ; mais l'ordre put être rétabli grâce au tact et à la fermeté du Maire, Jacques Leveux. Lors de la réunion des Etats Généraux, Calais devint chef—lieu d’un district, mais elle passa, en 1800, sous la dépendance de la Sous-Préfecture de Boulogne.

     Le Premier Consul, Napoléon Bonaparte, visita Calais le 10 mars 1803 et le 30 mai 1804.

     Le 27 septembre 1803, les Anglais, une fois de plus, bombardèrent la Ville, mais sans succès militaire. On parla longtemps de cette dernière tentative ; en 1825, les habitants n’avaient pas encore obtenu le remboursement de leurs dommages de guerre.

     En 1805, Napoléon Ier fit au camp de Boulogne des préparatifs importants en vue d’envahir l‘Angleterre et 6.000 hommes étaient campés à Saint—Pierre-les-Calais, aux abords de Calais.

     Cette entreprise ne put être menée à bien ; aussi, pour ruiner l‘Angleterre, Napoléon décréta, en 1807, le Blocus Continental. Pour s’y conformer, le 3 décembre 1810, les Calaisiens durent brûler, sur le port, une grande quantité de marchandises prohibées.

    LA RESTAURATION

     Le 24 avril 1814, le Roi de France Louis XVIII rentrant d’exil débarqua à Calais pour prendre possession de son trône. Une colonne commémore cet événement.

     La Restauration fut pour Calais une période de prospérité. Elle fut le signal d’une véritable invasion anglaise, mais toute pacifique, cette fois, et dont depuis plus d’un siècle, le flot n’a cessé de s’accroitre jusqu’à nos jours.

     C’est sous la Restauration que des Anglais de Nottingham introduisirent en contrebande les m‘étiers qui furent à l’origine de l’industrie de la dentelle qui devait prendre tant d’extension et rendre Calais célèbre dans le monde entier.

     En même temps, de grandes transformations firent de Calais un port moderne. En 1842, le Bassin Ouest fut inauguré. La ligne de chemin de fer Paris—Calais fut mise en service en 1848. Ces équipements joints au développement énorme de l’industrie de la dentelle mécanique provoquèrent une augmentation importante de la population.

     En janvier 1885, les deux agglomérations de Saint-Pierre et de Calais fusionnèrent pour ne plus former qu’une ville unique qui prit le nom de Calais.

     En 1889, un bassin à flot fut inauguré par le Président Carnot dans le port qui fut pourvu d’un outillage perfectionné.

     De vastes hangars, une gare centrale et une nouvelle gare maritime furent bâtis.

     La Ville nouvelle, doublée en étendue, avait besoin de nouveaux édifices (théâtre, hôpital, hôtel de ville, etc ...) Les travaux furent entrepris et ne furent arrêtés que par la guerre.

     LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

     Pendant la guerre de 1914-1918, la Ville fut très éprouvée. Elle était ardemment convoitée par les envahisseurs et les Anglais ne pouvaient imaginer les Allemands installés à Calais. Ils défendirent donc leur base de débarquement et d’opérations sur le continent qui était en même temps le grand entrepôt d‘approvisionnement des armées britanniques et belges.

     Malgré leurs efforts, les Allemands ne purent jamais approcher de Calais, le front des Flandres sur l'Yser et les fronts d’Artois et de la Somme tinrent fermement à distance les envahisseurs.

     L’ ennemi tenta d’ empêcher les mouvements entre la France et l’Angleterre ainsi que l’approvisionnement des troupes par de nombreux bombardements aériens qui, jusqu’ à la veille de l' Armistice, ont ouvert en nos murs des trouées sanglantes sans toutefois . miner le moral des Calaisiens.

    La paix signée, Calais reçut le 25 août 1919 la récompense de son attitude héroïque ; la Croix de Guerre avec citation à l’ordre de l’Armée:

    «Ville héroïque dont l‘ennemi fit, durant plus de quatre ans, l’objet de ses efforts. Exposée l’une des premières aux bombardements aériens qu’elle eut à subir presque sans arrêt, a maintenu intacte, malgré les dangers et les pertes, toute son activité. A témoigné ainsi d’une fermeté d’âme digne de son glorieux passé et offert le plus pur exemple de patriotisme énergique».

     Les ruines des 71 bombardements furent réparées. Les 28 millions de dégâts causés à la propriété furent oubliés, mais la Ville meurtrie garda toujours le souvenir de ses 228 tués civils et de plus de 2.200 de ses enfants glorieusement tombés sur les champs de bataille.

     L ’ ENTRE-DEUX GUERRES

     Calais reprit sa vie très active de port de transit et rétablit ses relations rapides entre la France et l’Angleterre. Port marchand, il traitait en partie les produits qu’il recevait tout en restant un actif port de pêche et le premier centre mondial de la dentelle mécanique, imitation de Valenciennes, Chantilly, Malines, etc......

     La prospérité de son commerce et de ses industries attira un afflux de la population. Celle-ci était de 47.000 âmes en 1885 à la réunion de Calais et de Saint-Pierre ; en 1939, elle était de 68.000 habitants et Calais était alors la 41ème Ville de France.

     LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE

     En septembre 1939, lors de la déclaration de guerre, Calais devint à nouveau la principale base anglaise de débarquement avec tous ses dépôts d’approvisionnements.

     Calais fut naturellement l’objectif premier des Allemands qui, cette fois,tirant la leçon de la bataille de la Marne, ne recommencèrent pas leur erreur de 1914.

     Dès septembre 1939, les bombardements du port et de la ville reprirent, en raison des débarquements journaliers de troupes anglaises.

     Puis ce fut l'offensive allemande du 10 mai 1940, la débacle, l’exode des Belges et des populations du Nord qui déferlaient sur les routes de Dunkerque, Saint-Omer, Calais, Paris constamment bombardées.

     Le 20 mai 1940, les routes traversant la Somme étaient coupées par les Allemands et, dès lors, le long cortège d’évacués dut s’arrêter et trouver asile.

    Dans le ciel calaisien apparurent de nombreuses vagues d’avions allemands qui bombardèrent le port et le 21, sous un déluge de bombes, le dernier bateau anglais emmenait les ressortissants britanniques.

    Durant les jours qui suivirent, l’étreinte ennemie autour de Calais se resserra progressivement ; des troupes étaient signalées d’abord à l’Ouest, puis au Sud et enfin à l’Est, tandis que les bombardements par avions continuaient à intervalles irréguliers.

     Le 23 mai, des chars d’assaut allemands étaient à Guines et à Ardres, à dix kilomètres de Calais.

     L ’ OCCUPATION

     Le samedi 25 mai, vers 5 heures du matin, les premiers éléments de l’Infanterie allemande entraient en ville et vers 6 heures, occupaient l’Hôtel de Ville. A patir de ce moment, commença la bataille entre la section du vieux Calais, où était retranchée la garnison alliée, et celle de Calais—Saint—Pierre, où l’armée allemande avait pénétré.

     A 11 heures, un avion survola la Ville et la Citadelle et y jeta des tracts sommant la garnison de se rendre.

     Les bombardements par avions du vieux Calais s’étaient intensifiés, en même temps que l’artillerie allemande pilonnait ce quartier, ce qui provoqua de nombreux incendies.

     M. André Gerschel, faisant fonctions de Maire, envoyé en parlementaire au Commandant de la Place pour obtenir la reddition de la garnison, se vit opposer un refus formel et retenir à la Citadelle.

     Pendant 36 heures, la bataille fit rage, et le dimanche 26 mai, à 17 heures, la garnison de la Cita- delle fut contrainte à la reddition ayant épuisé ses munitions et subi un bombardement terrible de plusieurs centaines d’avions provoquant des pertes considérables.

     Le vieux Calais et tout le secteur de Calais-Nord n’étaient que ruines fumantes, et les habitants, réfugiés dans les caves, s’enfuyaient abandonnant leurs foyers et leurs biens. Les Allemands condamnèrent cette partie de la Ville et en firent une base formidable contre l’Angleterre. La population n‘en eut plus l’accès. 

     Durant quatre années, cette «zone allemande» et la partie Sud de la Ville, où s’étaient réfugiés les habitants du vieux Calais historique, furent presque journellement bombardées, tant par air et par mer que par les batteries côtières anglaises installées de l’autre côté du détroit près de Douvres. La population calaisienne n’en conserva pas moins un calme et un moral dignes de ses ancêtres. La violence des bombardements fut telle, au début de 1944, qu’en février 15.000 enfants et vieillards durent être évacués dans la Mayenne, la Nièvre et la Marne. Sur les 70.000 habitants que comptait la Ville, il n’en resta plus que 25.000.

     Vint le débarquement allié de juin 1944 avec l’espoir d’une proche délivrance. Hélas, il fallut attendre encore de longs mois au cours desquels la vie était intenable en raison de la violence accrue des bombardements alliés, ce qui provoqua quelques départs volontaires. Toutefois, la plupart des partants allaient se fixer dans les communes de la campagne environnante.

     Pendant ce temps, les Allemands ne restaient pas inactifs et des travaux de défense furent effectués de tous côtés ; minage des routes et des terrains. Puis, par mesure défensive et pour empêcher les troupes alliées d’atteindre Calais, et sans s’inquiéter du ravitaillement de la population, ils exécutèrent un plan, longuement étudié, d’inondation par eau de mer des communes du Calaisis et du Bas—Boulonnais jusqu’à Saint-Omer et Dunkerque, renouvelant en cela les plans conçus d’abord par Edouard Vl, Roi d’Angleterre en 1551, puis au temps de Marie Tudor, de 1553 à 1558.

     Mais l’avance des Alliés s’accentuait. La 3ème Division canadienne, commandée par le Major Général Spry, était signalée le 2 septembre 1944 à Gaines. L’attaque de la Ville était imminente. La circulation publique fut interdite à partir de 18 heures 30.

    LE SIÈGE ET LA LIBÉRATION

     Le 6 septembre, le Lieutenant-Colonel Schroeder, Commandant Allemand de la Forteresse de Calais, prescrivit l’évacuation de certains quartiers de la Ville, menaçant les récalcitrants des peines les plus sévères. Mais les Calaisiens n’exécutèrent pas l’ordre. Le Commandant Allemand proclama l’état de siège, les habitants n’étant autorisés à circuler que de onze à treize heures pour se ravitailler. L’évacuation de la moitié au moins de la population resta prescrite.

     Le ravitaillement commençait à devenir très difficile ; il n’y avait plus ni gaz, ni électricité : par suite de la rupture des canalisations, l’eau manquait.

     A partir du 13 septembre, il fallut organiser des cuisines collectives, toujours entre 11 et 13 heures, pour les 20.000 Calaisiens qui n’avaient pas voulu quitter leur Ville.

     Celle—ci était bombardée jour et nuit par artillerie et aviation. Les habitants restaient terrés dans les caves.

     Le 28 septembre, un officier Allemand de la Kommandantur laissa entendre au Commissaire Central de Police que les Allemands proposaient de négocier avec les Canadiens. Les alliés acceptèrent d’ouvrir les négociations.

     Le 29 septembre, le Commandant Mengin, un officier Canadien et un officier Anglais, en présence du Maire, exigèrent la reddition de la Ville, ce que refusa le Commandant Allemand.

     Dans ces conditions, l’évacuation totale fut décidée et devait être terminée dans les 24 heures, après quoi commencerait le bombardement destructeur devant amener la capitulation de la garnison Allemande.

     Le Commandant Mengin harangua les Calaisiens du balcon du Palais de Justice, leur expliquant la nécessité de l’évacuation qu’ils avaient refusé aux Allemands dans le plus bref délai. La foule entonna la «Marseillaise» devant les Allemands stupéfaits. Alors commença aussitôt le défilé lamentable des Calaisiens qui s’en allèrent par la route, à pied, à bicyclette, en voiture, en camion, vers Ardres, à dix-sept kilomètres de Calais.

     Le 30 septembre, à midi, heure limite fixée, les batteries Canadiennes tirêrent sur Calais, et la forteresse défendue par les Allemands capitulait à 17 heures 30.

     Le pénible siège avait duré un mois. L’occupation Allemande était terminée. Les Calaisiens repliés dans la région d’Ardres, Guines, etc...revinrent aussitôt dans la Ville. Leur premier geste fut de sortir de leur cachette les drapeaux Américains, Canadiens, Anglais et Français, confectionnés pendant le siège, et de les arborent sur les ruines fumantes.

     RUINES , DEUILS ...... ET ESPOIR

     Calais dénombra alors les pertes parmi la population qui s’élevaient à :

     - plus de 400 militaires morts au Champ d’Honneur ;

    - 38 fusillés et morts en déportation ;

     

    - 583 victimes civiles.

    En outre, 541 Calaisiens avaient été déportés dans les geôles nazies. Plusieurs milliers d’autres furent également arrêtés et emprisonnés. 34.153 personnes avaient été sinistrées.

     Calais était sinistrée à 73 %. Le quartier de Calais—Nord, qui comptait avant guerre 11.600 habitants, était complètement anéanti. D’autres quartiers, tels que ceux des Cailloux, des Fontinettes, du Beau-Marais, du Petit-Courgain, avaient également beaucoup souffert.

     C’est ainsi que 20 ponts, 54 bâtiments publics parmi lesquels trois gares, la Chambre de Commerce, le Musée, l’ancien Palais de Justice, orphelinat, le Casino, l’Abattoir, des Eglises, la Caserne des Pompiers, l’Hôtel des P.T.T., l’Institut de la Dentelle, des Etablissements scolaires, etc... furent entièrement détruits.

     Le Port avait subi de tels dégâts qu’il, était inutilisable à la Libération, ainsi d’ailleurs que la cale de radoub, les écluses, les grues, les portiques et les deux jetées de l’avant port.

     Enfin, sur les 17.700 immeubles existant avant-guerre, 2.035 étaient sinistrés à 100 %, 2.725 à 75 %, 2.700 à 50 %, 9.380 à 25 %, 860 seulement sont restés intacts.

     Calais, une fois encore, s’est relevée avec courage et s’est employée à rebâtir ses quartiers détruits ou gravement endommagés.

     En raison de son attitude héroïque, Calais est titulaire de :

     - la Croix de Guerre 1914-1918, avec citation à l’Ordre de l’Armée (décision du 25.8.1919) ;

    -la Croix de la Légion d’Honneur (décision du 10.7.1947) ;

    -la croix de guerre 1939-1945 avec palmes (décision du 11-11-1948)

    ARMOIRIES DE LA VILLE DE CALAIS

     Les armoiries de la Ville de Calais portent :

     «De gueules, à l’écusson en abyme d‘azur chargé d’une fleur de lys d’or, soutenue d’un croissant d’argent. Ledit écusson sommé d’une couronne royale d’ or accosté de deux croix de lorraine d’ argent et accompagné en pointe d’ un écusson arrondi d’ argent chargé d’ une noix alaisée d’ or, cantonnée de quatre noisettes du même».

     Le blason est surmonté d’une «couronne murale d’or, maçonnée de sable à cinq tours aux baies de sable.

     Accordées en 1558 par Henri II à la reprise de Calais, les Armoiries furent confirmées par lettres patentes de Louis XVIII, le 19 avril 1817.

     L’azur du champ, la fleur de lys et la couronne témoignent de la satisfaction qu’éprouva le souverain à recouvrer notre cité. Le croissant est supposé représenter le passage dans notre Ville de croisés Français et Anglais : Henri Plantagenet, Richard Coeur de Lion, etc... Le besant figureŸoccupation Anglaise (de 1347 à 1558). Les croix de Lorraine soulignent que la reconquête de Calais est l’oeuvre du valeureux François de Lorraine, Duc de Guise. La couronne murale à cinq tours de face, c’est-à-dire une en coeur, une au flanc dextre, une au flanc senestre, une demi-tour à dextre et une demi-tour à senestre, surmontant le blason des armoiries, représente les tours de défense de la Ville.

     La Ville de Calais a reçu la Légion d’Honneur et les Croix de Guerre 1914—1918 et 1939-1945, décorations qui doivent figurer en ornements extérieurs.

    DRAPEAU DE CALAIS

     Le drapeau Calaisien, reconstitué sur les données historiques, est celui qui flotta sur l‘ancien beffroi, à la tête des milices bourgeoises et au mât des vaisseaux de ses hardis corsaires.

     Son existence remonte à la fin du XVIème siècle ; il figure dans l’ouvrage : «Pavillons que l’on arbore dans toutes les parties du monde connu concernant la Marine», publié à Amsterdam par Cornélis Danckerts, au début du XVIIème siècle ; il est encore cité dans «l’Extrait des Planches pour la nouvelle édition du Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers», publié à Genève en 1779, et reproduit dans les «Pavillons maritimes de toutes les Nations» publié à Londres par W. Heather en 1811.

     Suivant les ordonnances royales, les pavillons des villes maritimes, Dunkerque, Calais, Boulogne, Le Havre, Saint-Malo, sont rectangulaires et sans franges. Les dimensions en sont prévues ; deux parties de guindant (hauteur) pour trois de battant (largeur).

     Le pavillon Calaisien est bleu à la croix blanche. Les branches de la croix prennent le cinquième de la hauteur. La branche verticale, plus rapprochée de la hampe que du flottant, se trouve au tiers du pavillon du côté de la hampe, comme dans les drapeaux scandinaves.

     La croix blanche n’a aucune signification religieuse. Elle constitue le signe de reconnaissance des régiments d’infanterie du Roi et de la Marine, que certaines Villes comme Calais, Saint-Malo, Le Havre ont adopté en propre.

     La hampe est terminée par un fer de pique.

     

    LES VITRAUX DE L ’HOTEL DE VILLE

     Les vitraux d’art de l’Hôtel de Ville ont été réalisés par l'atelier Dagrant de Bordeaux.

     Escalier d‘Honneur : La première travée représente le départ des Anglais après la reprise de Calais en 1558 par le Duc de Guise. On lit sur les banderoles :

     «Anglais se retrayent de Calais»

    «Desesperant d ’oncques y retorner»

     «Les Français à Calais viendront»

    «planter le siège»

    «Quand le fer et le plomb»

    «Comme liège»

    «Nageront».

     (c’est l‘inscription même trouvée sur une des portes de la Citadelle après le départ des Anglais).

    La travée médiane représente François de Lorraine, Duc de Guise.

     La troisième : «Les gens de Calais offrent dons et présents à leur libérateur». On lit cette inscription :

     «Le vent est nom;

     «Talbot est mort»

     «Calais est aux Anglais»

    «Il sera aux François»

    «Avant qu’il soit les Rois»

     On sait que cette spirituelle inscription en réponse à celles des Anglais se réalisa et que Calais revint aux mains des Français avant le 6 janvier 1558.

     La partie basse des vitraux reproduit trois sceaux :

    - Sceau de Bailliage de Calais en 1310 ;

    - Sceau de Robert d’Artois, suzerain de Calais en 1270 ;

    - Contre-sceau de Mahaut, Comtesse d’Artois, suzeraine de Calais en 1328.

     

    Pin It

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique