• Calais attaqué une deuxième fois par un zeppelin

    Calais attaqué une deuxième fois par un zeppelin

    « La ville reposait tranquillement. La nuit était opaque, pas de lune ; au ciel, des nuages noirs roulaient et un brouillard pas trop intense, une forte brume plutôt, ombrait les maisons et les monuments. Le vent était faible. C’était donc un temps tout propice pour commettre un attentat. Une vraie nuit de crime et d’attaques sournoises » : c’est ainsi que débute un article du Phare de Calais en date du 20 mars 1915, titré « Une grêle de bombes sur Calais ». 

    Nouvelle attaque nocturne

    Nous sommes au cœur de la nuit du 17 au 18 mars 1915. Il est environ minuit et quart lorsque le vrombissement d’un moteur, probablement de dirigeable, se fait entendre. Le bruit provient de la mer. Mais, à travers l’opacité des ténèbres et alors qu’aucune lumière artificielle ou presque ne vient éclairer la nuit, il est impossible de distinguer quoique ce soit dans le ciel. Cependant, les sentinelles, sur leurs gardes après que la ville ait fait l’objet d’une première attaque nocturne par zeppelin le 22 février précédent, n’hésitent pas à donner l’alarme.

    Les artilleurs, qui sont à leurs postes, font feu sans discontinuer, au jugé, mais en espérant que leurs tirs obligeront l’aéronef à prendre de la hauteur. Le crépitement des mitrailleuses et le son des canons se mêlent. Les réflecteurs ont beau fouiller la nuit, le dirigeable reste invisible. C’est le fracas des bombes qu’il largue qui permet enfin de le repérer au niveau du Fort-Nieulay. Quelques bombes explosives tombent sur des terrains agricoles, ne causant aucun dégât. Mais plusieurs bombes incendiaires touchent des habitations.

     

    La première chute sur le rebord d’un toit puis s’écrase sur le perron donnant sur le jardin, créant un trou d’un mètre de diamètre, déchiquetant des arbres et réduisant à néant une partie du mobilier du logement. Dans un périmètre de près de cent mètres alentour, toutes les vitres volent en éclat. Une autre bombe explose cour Marchant, impactant une petite maison habitée par un sexagénaire, sauvé d’une mort très probable par hasard : le lit dans lequel il dormait s’effondre dans l’excavation produite par le projectile tandis qu’une épaisse poutre du plafond vient s’abattre sur les bois du lit formant une sorte de bouclier.

    L’église du Fort-Nieulay est également touchée : son toit est percé de part en part, plusieurs de ses vitraux sont fracassés. Une bombe tombe dans la cour Depledt, endommageant sept logis, d’autres chutent dans un terrain situé près du canal des Pierrettes, derrière la ferme Landrin, et dans la cour même de cette ferme. Pour l’instant, les dégâts à déplorer ne sont que matériels. Continuant sa route pour se diriger vers la gare de Calais-Triage, le zeppelin sème cette fois la terreur en provoquant la mort de plusieurs personnes.

    Sept morts, plusieurs blessés

    Une première bombe incendiaire endommage le mur de clôture du dépôt de charbon de la gare ; une deuxième projectile cause un trou d’environ deux mètres de diamètre sur un mètre de profondeur dans un tas de charbon; trois autres explosent non loin d’une guérite de planton ; la sixième finit sa course sur un wagon de seconde classe immatriculé B-1927, dans lequel dorment des chauffeurs et des mécaniciens de la Compagnie du Nord, employés au dépôt de Calais.

    Le wagon prend feu instantanément, l’incendie se communiquant très vite au véhicule voisin. Attirés par la détonation, deux réservistes originaires des Landes, qui gardaient les voies, accourent et sont fauchés net par un septième projectile qui éclate à leurs pieds. D’autres soldats qui les accompagnaient sont blessés par des fragments de cette bombe. Les pompiers, rapidement sur place, parviennent à stopper les flammes mais ne retirent que cinq corps carbonisés du wagon qui s’était embrasé.

    Les cheminots décédés, âgés d’une trentaine d’années, étaient originaires d’Hazebrouck, d’Hellemmes, de Fives-Lille. Au poignet de l’un d’entre eux, on retrouve une montre en acier, noircie de charbon, sans verre et dont les aiguilles marquent 12h 43, chose étrange car, d’après les dires de l’époque, la durée du raid du zeppelin n’aurait pas excédé un quart d’heure. Trois autres cheminots, grièvement blessés, sont extraits du wagon B-300 qui était stationné à côté du B-1927. Ils sont l’objet de soins intensifs. En tout, sept morts sont donc à déplorer.

    Après son attaque visant la gare de Calais-Triage, le dirigeable allemand poursuit sa route vers la gare centrale puis survole Calais-Nord pour prendre ensuite la direction de Dunkerque, non sans avoir ponctuellement lâché d’autres bombes, notamment sur l’église Notre-Dame, déserte à cette heure. Le reporter du Petit Calaisien relève ironiquement qu’un projectile s’est écrasé en face de l’ancien logement de la mère de l’ex vice-consul d’Allemagne à Calais, Paul-Henry Stavenhagen.

    L’avant-port est aussi touché, mais une bombe est engloutie dans un bassin, les autres ne causant que des dégâts mineurs. On le voit, le zeppelin n’a pas vraiment choisi ses cibles : s’il vise sans doute prioritairement les nœuds de communication que sont les gares ou le port, il cherche aussi à provoquer la panique chez les civils. Dans l’obscurité, les pilotes auraient de toute façon les pires difficultés pour être précis dans leurs largages.

    Ceux qui survolaient Calais dans la nuit du 17 au 18 mars 1915 ne l’ont sans doute pas voulu, mais ils ont indirectement touché l’hôpital Lamarck, situé rue de la Rivière. Des infirmières et des blessés ont été sévèrement atteints par des morceaux de verre provenant de fenêtres brisées par le souffle d’une explosion. Ce fait, particulièrement choquant, permet aux journaux locaux et nationaux de dénoncer une nouvelle fois la « barbarie teutonne » et d’attiser davantage la haine dans les esprits. 

    « Calais : à l’extrémité de la place Richelieu, une rue Royale étroiteAvril 1966 : Charles et Yvonne De Gaulle sont de retour à Notre-Dame »
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