• Calais... centre mondiale pour la fabrication des dentelles mécaniques

    Calais... centre mondiale pour la fabrication des dentelles mécaniques

     Un ouvrier anglais. dénommé Heathcoat, fut en 1809, le véritable créateur du métier à tulle. L‘année suivante, un perfectionnement était apporté à sa découverte par Leavers, dont le nom reste attaché aux métiers existant actuellement. Selon un historien de l'époque, c’est un autre anglais, Robert Webster qui réussissant en 1816 à tromper la vigilance de la douane britannique, introduisit à Calais les métiers « Warp et Straight » Ils furent à l‘origine de notre industrie. Robert Webster fut le premier a travailler à Calais sur un métier à tulle, mais craignant qu‘on ne lui prit son secret de fabrication, il ferma ses ateliers à tous les yeux. Cependant. une nouvelle loi exigeant des étrangers des titres pour avoir le droit de demeurer en France, il sollicita et obtint par ordonnance royale du 25 février 1825. l'autorisation de rester à Calais. C’est au  n° 659, quai du Commerce que le premier métier à tulle fit entendre son chant d‘espérance pour l‘avenir de Saint-Pierre—les-Calais.

     Pourquoi l’industrie des tuiles s‘est—elle implantée à Saint-Pierre plutôt que dans un autre pays ? La réponse nous est donnée par un Vieil historien calaisien. Jules Bertrand.

     C‘est que dès l‘origine, les Anglais qui, les premiers sont venus s’installer, ont vu et jugé que la population Saint—Pierroise possédait la première des vertus humaines, celle de l‘amour du travail. : « On n‘improvise pas une industrie, on la crée, on la suit avec sollicitude, on la voit grandir, on s’y attache, on l’aime; de là le perfectionnement. » « On n’improvise pas un ouvrier, on le forme alors qu‘il est jeune, on le fortifie dans une collaboration bien raisonnée, l‘intelligence et la persévérance font le reste. »

    Fergusson réalisa l’adaptation du Jacquard au métier à tulle en 1833. Cependant, les Calaisiens n‘avaient pas attendu la découverte de Fergusson pour faire connaître la qualité et la beauté de leurs dentelles qui étaient confectionnées à la main sur le tulle mécanique. Les industries de la scierie et de la dentelle mécanique doivent leur prospérité à Joseph Jacquard. Son invention a permis d‘exécuter des dessins à l'infini dans le tissage et la dentelle.

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    Elle devait mettre à la portée de toutes les bourses cet indispensable accessoire de la parure féminine.

     Entièrement concentrée dans Calais—Sud, l‘industrie dentellière calaisienne comprend 150 entreprises (dentelles, tulles, broderies), représentant 1400 métiers et occupant 8000 personnes. Le métier à dentelle est une machine de haute précision qui exécute des modèles infiniment variés, car la mode capricieuse exige un renouvellement constant. Ces modèles sont l‘œuvre de l‘esquisse… que le dessinateur exprime de façon définitive pour l’adaptation au métier. Pour la fabrication de la dentelle qui demande une main—d‘œuvre spécialisée et qualifiée, on utilise les filés de coton en provenance des filatures françaises et anglaises, la soie naturelle importée d‘Italie, le nylon, la rayonne, le métal qui sont de production française.

     L‘industrie calaisienne produit une grande variété de dentelles, tant pour la lingerie que pour la couture. Plus de 80 % de sa production est dirigée vers les pays du monde entier.

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    La plus grande partie est exportée par l’intermédiaire des maisons de commission. Le principal client est l'Amérique (U.S.A.) dont les achats pour 1957 ont représenté environ 40 % du montant des exportations. Viennent ensuite l’Allemagne 16 %, l‘Espagne 9 %, l’Australie 7 %, l‘Italie 6 %. Le total des ventes à l’exportation portant sur les tulles unis, dentelles mécaniques, dentelles aux fuseaux mécaniques, broderies mécaniques, voiles et voilettes confectionnés, s‘est élevé en 1957, à 5847 millions pour un chiffre d‘affaires total de 10104 mil- lions. Pour les neuf premiers mois de 1958, les chiffres donnent pour l‘exportation la somme de 3 372 millions.

     C'est dire, la place que le centre dentellier de Calais occupe dans l’économie nationale.

     

    Par Louis Caron, président de la chambre syndicale des fabricants de tulles et dentelles de Calais

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    Le charme et la richesse du costume folklorique de Calais avec son soleil de dentelle

    IL existait en 1939, un gentil faubourg maritime, plein de pittoresque avec ses rues étroites, ses coutumes ancestrales. On y vivait en famille, on s‘aimait, on s’entraidait, mais la guerre dévastatrice a fait de ce hameau un désert, seul le folklore et son costume ont résisté à la tourmente.

     A une certaine époque, vers 1830—1840, les pêcheuses du littoral de Boulogne à Calais, portaient un costume très simple et même assez pauvre comportant : jupe rayée, casaque, tablier, foulard ou cornette, claquettes aux pieds. 

     A partir de 1850, le casaquin était ouvert sur la poitrine, le châle en cachemire était au cou et sous cette tunique, laquelle était dénommée « carmagnole » pour les enfants et casaque - pour les jeunes filles et dames. Par la suite et jusqu’à cette époque, une tenue d'apparat fut créée et n‘est plus portée actuellement que par Boulogne et Calais. celle—ci d‘une richesse inégalable tant admirée par les étrangers et estivants et que la matelote porte avec une certaine élégance.

     Qu‘on en. juge par cette description :

     Robe soie ou satin broché (bleue-noire—gris foncé, vert foncé, nègre) serrée à la taille, jupe foncée par derrière, cinq à six mètres sont nécessaires pour la confection, queue et trotteuse. Col droit officier garni de dentelle blanche (de Calais) ainsi que le bord des manches. Châle soie naturelle à franges bleu-blanc- rose-mauve—gris, avec fleurs et broderies (souvent rapporté des Indes ou d‘Espagne par des marins courguinois faisant leur service militaire, à leurs épouses ou mères).

     Pour le deuil, châle noir avec franges ou chenilles. Tablier foncé en soie noire ou satin (à Boulogne. il est plissé à plat) perlé ou brodé sur le devant et à la taille, large ruban en moire ou soie (6 à 7 cm) tombant avec un nœud sur le devant, ce ruban descend jusqu’aux genoux. Bonnet ou coiffe de dentelle blanche, potelé de tuyauté prenant la forme d’une auréole ou soleil (15 cm à 18 cm), nous verrons plus loin comment il se confectionne; ce « couvre—chef - demande également un serre—tête en shirting blanc qui sera sous celui—ci et le maintiendra, également un ruban de 3 à 4 cm, prenant derrière ce soleil et passant sous le menton (il est blanc pour les fêtes et noir pour le deuil).

     Les matelotes calaisiennes portent aux mains des mitaines noires et quelquefois blanches en soie ou fil (les matelotes boulonnaises portent surtout des gants blancs).

     Avant 1914, les Calaisiennes aisées avaient le mantelet avec large capuchon (identique à celui des religieuses) en drap mérinos avec collet et bord en velours noir ou en loutre, avec agrafes et chaînette en or ou en argent.

     Les bijoux de la matelote se composent d'une longue chaîne ou sautoir en or, ayant jusqu’à 3 m et même davantage avec croix ciselée (qui serait. paraît—il, d‘origine égyptienne), un barillet de différentes couleurs, ce barillet semble symboliser en réduction le tonnelet d‘eau potable ou le flotteur servant au maintien des filets de pêche.

    Les pendants d‘oreilles sont appelés branches ou grappes de raisins, mesurant 11 cm à 13 cm de longueur, également en or et proviennent souvent des ancêtres (ils seraient d‘origine gitane); il y a également des camées, glands, boules, grains de café, milano, monstres (blanc-rouge-noir) et bagues à mille têtes, serpent, bouée, nœud d‘amour et chevalière gravée.

     Revenons à la coiffe si seyante et si admirée, avant 1914, on portait au Courgain maritime des bonnets en dentelle blanche aux bords ondulés et tuyautés à deux et trois "pots". avec attache sous le menton.

     Les vieilles personnes portaient la cornette en shirting blanc fortement empesé, appelée à "galeuse " ou à pompier; ou le serre-tête avec bords festonnés également en shirting, dénommé: « couche—toi là ., il n‘était porté que rarement d'ailleurs.

     Le soleil : a pris à différentes périodes des formes diverses, tout en conservant la forme auréolée — penché sur le devant, sur le derrière; grand, petit, mais toutes ces transformations ont trouvé leurs admirateurs.

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    La calaisienne dite "Courguinoise"

     La confection qui demande plusieurs heures de travail, nécessite 2 m de Valenciennes (de Calais), 2 m de mousseline, 0,50 m de fond, cordons. Actuellement, c‘est Mlle Gabrielle Rivet, âgée de 72 ans, fille du courageux pilote qui ramena le sous—marin « Pluviose, » coulé en 1910, au port de Calais, qui le confectionne.

     Quant au « tuyautage » ou « potelage », il est procédé à l‘amidonnage cuit, après un repos de 24 heures, on amidonne cru, seule une spécialiste expérimentée est susceptible de mener à bien un tel travail d'art, actuellement, c’est Mme Marie Francq, 83 ans, seule survivante des artisans de ce genre de travail, qui perpétue cette mode.

     Qu‘adviendra-t-il quand ces spécialistes âgées ne seront plus de ce monde ?

     Le coût actuel d'un « accoutrement » folklorique ou « mise » comme on le dénomme chez nous. serait de 200 à 250000 francs, bijoux compris, minimum.

     Calais et Boulogne, avons—nous dit, portent le même costume, avec quelques détails différentiels qui ne sauraient échapper à un œil connaisseur. 

     Laquelle de ces deux villes en a été la promotrice ? Nous n’en savons rien. Il serait souhaitable que des femmes animées du désir de la continuité des coutumes, reprennent le flambeau de ces mains usées et défaillantes et s‘efforcent d’apprendre ce petit travail artisanal.

     L‘étranger apprécie et admire les beaux atours de nos grand-mères; aussi pour perpétuer ce charmant costume, l’amicale des anciens du Courgain maritime a-t-elle voulu, au moyen d‘une souscription ouverte, faire ériger une petite statue de 1,55 m. Celle-ci actuellement dans une niche (malheureusement trop haute) sur un immeuble nouveau face au port, se dresse fière de son passé, semblant dédaigner les embruns, les yeux fixés sur son compagnon Gavet, dur et courageux sauveteur, qui fit le sacrifice de sa vie pour sauver celle des autres, ce monument de bronze est l’œuvre de Cornier. Quant à la matelote, elle est due au ciseau du sculpteur calaisien. L. Buisseret, prix de Rome.

     Nous ne dirons pas que le costume a fait le tour du monde, néanmoins, des délégations se sont produites à Paris, Bruxelles, Londres, Lyon, Lille, Tourcoing, Abbeville, Boulogne, etc.

     Les plus de « soixante ans » doivent avoir conservé le souvenir de la sensation que suscita à Paris, en 1906, le défilé des tapissières à chevaux sur lesquelles avaient pris place nos matelotes du Courgain, invitées par le comité des fêtes de Paris et conduites par M. Léon Vincent, président des fêtes maritimes. lequel fut député-maire, conseiller général de Calais, tout au long du parcours des carrés de dentelle de Calais furent jetés à la" foule en délire.

     Tant de jolis costumes sont allés rejoindre les vieilles lunes et les neiges d’antan, qu‘il semble utile de faire tout ce qui est possible, pour essayer de sauver d‘une disparition totale la « mise » et la coiffe de nos Dames de la Halle, nos aïeules, si chères à nos cœurs, et c‘est le désir le plus cher du signataire de cet article. originaire de ce coin des pêcheurs.

    Par Maurice Brygo, conservateur du folklore calaisien

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