• Calais : Ces merveilleux fous du volant dans leurs drôles de machines

    Samedi 21 et dimanche 22 septembre, s'est déroulé à Calais le premier rallye international de light hovercrafts (aéroglisseurs légers). Vingt—six concurrents y participaient : 21 Britanniques, 3 Français, un Néerlandais et un Allemand.

    Ces 2 journées organisées par le Club Français des Aéroglisseurs et la Fédération Internationale des Hoverclubs avaient pour but de promouvoir un sport nouveau et encore peu connu : le moto-glissage, c'est-à-dire le motonautisme sur coussin d'air.

    Le chemin est long qui mène une invention de sa conception première, de son idée de départ, aussi fruste soit-elle, à sa mise en forme au stade expérimental, avant d'arriver à son exploitation commerciale, voire à son orientation sportive. L'aéroglisseur n'échappe pas à cette règle.

    C'est en 1880, déjà, que le Français Girard eut l'idée de construire un train glissant sur coussin d'air. Cet engin parcourut 1400 km avec des passagers durant l'exposition universelle de 1889, à Paris.

    En 1916, l’Autrichien Dagobert Muller Von Thomanhul réalisa un véritable bateau lance-torpilles à coussin d'air qui atteignit la vitesse, considérable pour l'époque, de 40 nœuds, sans toutefois pouvoir dépasser le stade expérimental.

     On était encore loin de s'imaginer les prodigieux développements d'une technique aussi audacieuse, pour ne pas dire révolutionnaire.

    Le principe fondamental fut mis au point simultanément dans les années 50 par l’Anglais Christophe Lockerel et le Français Jean Bertin : éliminer le frottement en faisant glisser le véhicule sur un coussin d’air. La fabrication des aéroglisseurs allait suivre dès lors assez rapidement.

    Calais : Ces merveilleux fous du volant dans leurs drôles de machines

     Au départ : prêt à glisser...

     

    Le 29 juillet 1959, jour commémoratif de la traversée de la Manche par Louis Blériot, un prototype britannique, le SNR1, franchissait pour la première fois le « Channel ».

    Aujourd'hui, l’hovercraft est devenu un mode de transport à part entière. Pour le seul Hoverport de Calais, le plus important d'Europe, plus de 4 millions de personnes ont traversé à ce jour le détroit sur coussin d'air.

     Qu’est-ce qu'un aéroglisseur ?

     Mais, au fond, l'aéroglisseur, qu'est—ce au juste ? Une synthèse de techniques aéronautiques et maritimes utilisant un nouveau support : le coussin d'air.

     Une hélice horizontale aspire l’air, le refoule avec force sous le véhicule, entre les parois souples d'une jupe latérale où il tourbillonne. L’appareil s’appuie sur ces tourbillons et glisse, indifférent à la nature du terrain.

    Aucun obstacle n’arrête l'aéroglisseur, conçu pour circuler aussi bien sur eau que sur n'importe quelle qualité de sol.

    Mais il n’en demeure pas moins que ce véhicule amphibie est plus à l’aise et plus rapide en mer que sur terre.

    Moyen de transport rapide — le plus gros hovercraft du monde, le SNR4 Britannique, atteint des vitesses de pointe de 130 km/h — et sûr — les appareils commerciaux sont très maniables et supportent, en mer, des creux de 3 mètres —, l'aéroglisseur était destiné à suivre le cheminement logique de tous les modes de locomotion jusqu’au stade de la compétition, en se découvrant une vocation sportive.

     En 1964, l'Hoverclub de Grande-Bretagne voyait le jour. Deux ans plus tard, il comptait une centaine d’adhérents. Au Canada, aux Etats-Unis, en Italie, des compétitions mettaient aux prises quelques dizaines d'aéroglisseurs construits par des amateurs.

    Calais : Ces merveilleux fous du volant dans leurs drôles de machines

    Mille—neuf-cent-soixante-huit marque l'année de la naissance de l'hoverclub français qui s’enorgueillit aujourd'hui de près de 400 adhésions. La Fédération

    Internationale des Hoverclubs regroupe 8 associations, plusieurs milliers d'adeptes et au moins 1500 appareils, constituant autant de prototypes différents les uns des autres, mais fondés sur la même technique, le même principe global.

     Trois appareils français

     La France, à cet égard, reste encore très en retard par rapport à nos voisins Britanniques. Seuls 3 appareils ont été fabriqués par des particuliers, à l’esprit de pionniers, l' « Hoverchild », le « Beach » et le « Booster », et 3 autres sont en cours de fabrication.

     L' « Hoverchild » a été construit par M. Faure. C'est une petite plateforme de 3,80 m de long sur 1,80 m de large, à jupes à labyrinthe, propulsée par 2 moteurs de 2,7 CV alimentant 2 turbines de 500 mm de diamètre et sustantée par un troisième moteur et une troisième turbine. Son poids total est de 150 kilos.

     Le « Beach » est l'œuvre de MM. Beaudequin, président du club français des aéroglisseurs, et Vernier. C'est un triplace de 4,70 m sur 2,45 m avec jupes gonflables, propulsé par un moteur Citroën de 3 CV, avec une hélice de 1,40 m de diamètre et sustenté par un moteur de 2 CV agissant sur une turbine de 620 mm de diamètre. Son poids est de 550 kilos. 

    Le « Booster » a été conçu par M. Grognu. D’une longueur de 4 mètres pour une largeur de 2,23 m avec jupes à labyrinthe, il est propulsé par un moteur de 16 CV agissant sur une turbine de 6 pales de 840 mm de diamètre. Sa sustentation provient d’un moteur de 6 CV alimentent une turbine de 560 mm de diamètre. Son poids est de 230 kilos.

     Un sport perfectible

     Jusqu'à présent, seules des rencontres limitées avaient été organisées sur le continent. Pour la première fois, une vingtaine de pilotes se sont donnés rendez-vous à Calais pour s'affronter durant 2 jours en plusieurs épreuves : relais, handicap, vitesse, maniabilité sur un circuit aménagé pour la circonstance aux abords de l'hoverport, magnifique étendue de sable.

     En fait, il s’agissait plus encore d'une démonstration que d’une véritable compétition à l'image des Six Heures de Paris motonautiques, des Vingt Quatre Heures du Mans ou du Bol d'Or motocycliste. Le motoglissage est peu connu du public, sa pratique est très limitée et force est de reconnaître que les appareils ne sont pas encore au point.

    Les « light hovercrafts » font davantage impression par l'originalité de leur conception et le vrombissement des moteurs que par leur vitesse ou leur tenue de route. Au cours des courses de Calais, les aéroglisseurs tombérent fréquemment en panne, et furent, de plus, constamment déportés par le vent, qui soufflait en rafales sur la Manche, tels des voitures dérapant sur une plaque de verglas. Les pilotes s'efforçaient continuellement de remettre leur engin dans la bonne trajectoire et plusieurs accidents se produisirent dont fut notamment victime le « Beach » qui eut sa jupe en caoutchouc crevée.

     Divertissement sympathique, le motoglissage n'en est qu’à sa « préhistoire ». On saluera avec d'autant plus de respect le courage et la ténacité de ses pionniers qui, avec enthousiasme, se donnent pour objectif de développer ce sport promis, sans doute, malgré ses imperfections actuelles, à un très bel avenir.

    Calais : Ces merveilleux fous du volant dans leurs drôles de machines

     

    Alain DORI. Tirée du magazine Cols Bleus du 5 oct 1974