• Quartier marin disparu, dont on parle encore avec nostalgie. C’était un faubourg maritime semblable à bien d’autres situés notamment sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord, mais – particularité sans doute unique - il était enclos dans un emplacement militaire déclassé autrefois répertorié "Bastion n° 10", ouvrage triangulaire à la pointe tournée vers la mer et dont la base était appuyée sur la vieille muraille anglaise médiévale.

    Le Courgain d’autrefois, le vrai

    Par la suite, un nouveau lotissement permis par Napoléon III en 1855, vint s’y ajouter, qu’on surnomma par ironie : "Le Courgain des petits-bois-blancs" ou encore "des blancs-rideaux" et qu’occupèrent surtout des armateurs, des négociants et des pilotes. C’est l’ensemble de ces deux aspects que les plus anciens d’entre nous ont connu avec sa muraille, ses "bancs miteux", sa fontaine Wallace, son linge à sécher en travers des rues étroites du Courgain de la 1e à la 7e rues, le "chien de mer" pendu au soleil, et les plus belles façades de l’autre partie du Courgain. En 1980, alors qu’il était le Conservateur du "Musée des Beaux- Arts de Calais", L.M. Gohel posa une question apparemment insolite : Le Courgain a-t-il existé ? Il répondit lui-même : "oui… et l’on doit ajouter qu’il y en a eu même deux". Il voulait faire comprendre par là qu’il y avait le Courgain de la vie active, et celui du folklore… La vie active, c’était la pêche et les travaux et occupations s’y rapportant. Elle se pratiquait à bord de voiliers du genre flobart ou du lougre. Il existait quatre formes de pêche : La pêche aux filets dérivants : très longs filets dont les mailles étaient de 25 à 30 mm, de sorte que le hareng y ayant engagé la tête ne pouvait en ressortir, pris par les ouïes. Ces filets étaient soutenus par de petits barils et des bouées à drapeau. Ils étaient maintenus à 15/20 mètres sous la surface de l’eau. La pêche au plateau : On croyait généralement que le hareng fréquentait les couches supérieures de la mer. Vers la fin du XIXème siècle, ayant découvert qu’ il nageait aussi vers les parties plus profondes et que sa

    Le Courgain d’autrefois, le vrai

    taillene le retenait pas prisonnier, on réduisit la largeur des mailles, puis des pêcheurs calaisiens adoptèrent un système allemand dit "des 3 plateaux", lui-même issu de la "drège" utilisée longtemps auparavant. La pêche à la traille : Spécifique des ports de Boulogne, Calais, Gravelines et Dunkerque, elle consistait en une vaste poche maintenue ouverte par des flotteurs de liège. Une longue perche (20 à 30 pieds) assurait l’écartement des côtés. Elle était tenue debout au courant, étant mouillé sur une ancre. Les pêcheurs le relevaient à la marée. La pêche aux cordes : Ce type, moins coûteux financièrement du fait qu’il exigeait peu de matériel, utilisait des "lignes" de 80 à 100 mètres de long, de force différente selon le poisson à capturer et garnies toutes les brasses (1 m 60) d’hameçons appâtés (10 à 15 000). Quand à la ligne principale, on attachait des lignes secondaires, on parlait de "palangre". La pêche à pied : Elle constitue une 5ème sorte de pêche, mais à part, car n’utilisant pas de bateau. Très courante sur les côtes de Calais et des environs, elle se pratiquait au XIXème siècle de façon artisanale, de même qu’aujourd’hui. L’un des procédés est le "parc à la côte" : un filet de 3 à 4 pieds de haut, tendu verticalement audessus du sable de la plage et solidement fiché grâce à des "ralingues". Un autre système consiste dans l’usage de lignes de fond tendues sur la grève, armées de petits hameçons appâtés de vers, de hénons, de crabes mollets… A ces 5 façons de pêcher, s’ajoutent des activités annexes. La sautrière : 

    Le Courgain d’autrefois, le vrai

    Armée d’un lourd filet triangulaire monté sur un manche (le rousset), elle avançait dans l'eau. Parfois jusqu’au cou, pour draguer la surface de la grève, et attraper des "sauterelles" (crevettes) dont les plus petites serviront à "hacquer" les hameçons des lignes et les plus grosses vendues crues ou cuites. Les ravindeuses et les ravindeurs  : C’est le nom local de celles et ceux qui réparent les filets au retour de la pêche; métier souvent opéré par les pêcheurs eux-mêmes ou leur épouse. Mais il fallait vendre tout ce poisson : Dès que le bateauarrivait à quai,il était déchargé par caisses et transporté au "Minck" (mot d’origine flamande voulant dire "à moi"). Ce transport se faisait à l’aide des charrettes à bras gérées par un homme appelé "boîte-à-candelles" (les surnoms au Courgain étaient des signes de reconnaissance) . Là, les caisses remplies de poissons étaient vendues à la criée, mais "à l’envers", c’est-à-dire que le préposé proposait

    Le Courgain d’autrefois, le vrai

     

    Un ravindeur

    un prix de départ et descendait jusqu’à ce qu’il y ait preneur. Tout l’art consistait pour l’acheteur à être le premier à crier "minck !", tout en laissant descendre le prix le plus bas possible… Et cela ne se passait pas sans force invectives des plus… locales. Ensuite les "rouleuses ed’pichons" allaientvendre leurs lots dans les rues de la basse ville de Saint-Pierre, soit en les poussant dans des landaus d’enfants, soit en les portant dans une grande manne assujettie sur le dos, et couverte d’un panier plat. Selon la saison, on y trouvait les poissons de côte classiques : hareng, merlan, limande, tacaud, carrelet, vive, roussette… Cependant, connu comme port de pêche depuis le XIIème siècle, Calais ne l’avait jamais été de manière importante. Au XIXème siècle déjà, des cris d’alarme se faisaient entendre. On a parlé de plus de 100 unités de pêche à l’époque, mais il faut savoir que 80 d’entre elles appartenaient aux ports voisins.

    Le Courgain d’autrefois, le vrai

    Les causes du déclin sont connues :
    - Lorsqu’on se mit à la vapeur, la force énergétique était trop puissante pour les petits voiliers calaisiens déjà bien usagés… et l’argent manquait pour en acheter de plus modernes. 
    - Les métiers portuaires étaient plus stables, l’emploi régulier et mieux payé. 
    - Et surtout le travail dans les usines à tulle et dentelle : les salaires y étaient de 4 à 5 fois plus élevés que sur les bateaux de pêche. On y travaillait selon des horaires bien définis, et l’on rentrait chez soi le soir… Les jeunes courguinoises -qui elles-mêmes se mirent à travailler en usine- préféraient épouser un homme qui ne risquait pas de disparaître en mer… En mai 1940, le Courgain Maritime disparut dans un déluge de fer et de feu. Pendant 4 ans, comme tout Calais-Nord, il fut zone interdite. Après la libération, seule l’église était encore debout, mais il fallut l’abattre. Et l’on reconstruisit un ensemble moderne dont la façade tournée vers la mer est d’un aspect agréable . Un mur percé d’une porte d’aspect militaire rappelle l’ancienne muraille et la porte dite de la mer. Un ministre de la Reconstruction n’a pas apprécié l’immeuble qu’il a qualifié avec dédain de "maisons de poupée". Aujourd’hui, ce quartier, reconstruit mais non ressuscité, n’est plus un faubourg de pêcheurs. A peine quelques petits chalutiers appartenant à des artisanspêcheurs, dont le nombre se compte sur les doigts de la main s’amarrent encore au quai Auguste Delpierre, pour vendre sur place le poisson de côte fraîchement péché. Calais n’est plus un port de pêche.

     

     

     

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  • Le Courgain est un quartier de l’ancien Calais. En effet, jusqu’en 1885 lorsque Calais et Saint-Pierre s’unissent pour ne former qu’une ville,  Calais  correspond  à  ce  qu’on   appelle aujourd’hui Calais-Nord. Dans cette ville issue du village médiéval de pêcheurs de harengs, un quartier occupe une place de choix : c’est le Courgain que nous vous proposons de découvrir tel qu’il était avant la destruction des fortifications.

    Le Courgain

    Chaque année, le quartier élit la “Reine du Courgain” et ses dauphines. La fête prévoit un défilé de jeunes filles en calèches fleuries. A cette occasion, les Courguinoises revêtaient leur habit de fête :  jupons,  jupe,  tablier,  châle  et la fameuse coiffe : le soleil. Femmes et adolescentes portaient alors de beaux bijoux en or. On organisait des jeux aquatiques, un mât de cocagne, des courses à pied. C’est aussi l’occasion de rendre hommage aux naufragés voire à leurs sauveteurs disparus. Léon Vincent, jeune conseiller municipal puis député-maire de Calais donna dès le début du XXe siècle, un caractère très prestigieux à ces réjouissances.

    L’origine même du nom reste obscure ou tout au moins controversée : on peut retenir celle qui fait référence aux habitants de ce quartier, des pêcheurs le plus souvent, qui n’ont que peu de moyens : “un gain court”. Mais aussi celle qui rappelle que partout en France existent des “Courgains” : fermes établies sur une butte en terrain inondable.
    Le Courgain était spécialisé dans la pêche, enfermé dans un bastion, isolé de la ville par un fossé et la muraille médiévale de la période anglaise. Il possédait une identité très affirmée avec ses traditions mais également ses commerces, ses écoles et son église. Le tissu urbain était serré, les rues étroites étaient sales, peu sécurisantes et difficiles d’accès mais faisaient l’objet de la venue de nombreux photographes.
    La population est décrite par les habitants de “l’autre côté” des fortifications comme querelleuse et impie. Les Courguinois vivent alors au Courgain comme dans un village : tous se connaissent sans pour autant s’apprécier et les disputes sont nombreuses. Il est de coutume de s’attribuer des sobriquets parfois difficilement compréhensibles car inspirés du patois propre au Courgain : Tite Marie la vérotière1, Tit Maurice... 

    Il existe une forte solidarité entre les membres de la communauté sujette aux catastrophes de la mer : les naufrages touchent des familles entières mais les sauveteurs tels Gavet et Maréchal sont honorés pour leur action. 
    En réalité, l’importance de l’activité de la pêche serait à nuancer mais il s’agit réellement d’un quartier tourné vers la mer : que ce soit dans sa localisation comme dans ses préoccupations. Les métiers exercés par les Courguinois le prouvent : pêcheuses à la côte, pilotes, lamaneurs, ouvriers du port, contrebandiers, mousses (marins de 12 à 15 ans). Les vêtements sont caractéristiques : costume et coiffe des Courguinoises, pantalon et maillot des hommes : on reconnaît les habitants du Courgain lorsqu’ils en sortent !  

    Le Courgain

    A l’arrière, les maisons du “Vieux Courgain” dominent le port, de même que l’actuel immeuble de la Matelote construit, au même emplacement, lui aussi en hauteur. Il y avait une rampe conduisant au sommet de la muraille.

    En 1900, il y avait environ 80 bateaux : des voiliers utilisés pour la pêche côtière qui sont “immatriculés” par les lettres “CAL”, correspondant au port de Calais, suivies d’un numéro. Cette activité était la source de revenus d’environ 500 marins et de leur famille. Mais, en dehors de “Calais-Nord”, dans l’ancien Saint-Pierre, une nouvelle activité, la dentelle, attire peu à peu la population féminine et jeune : malgré des conditions pénibles, elle est mieux rétribuée et moins sale. Le quartier a connu un déclin de l’activité portuaire dès le début du XXe siècle et fut totalement détruit lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale.  

    Le Courgain

    Cette rue est révélatrice du tissu urbain du Courgain : ruelles étroites, moins de trois mètres, sans trottoirs, très peuplées. Les Courguinoises tendaient des fils à linge de part et d’autre des habitations. Au milieu du pavage, une petite rigole appelée “eul’dallot” permettait l’écoulement des eaux usées.

    Le Courgain

    Vue d'ensemble commentée du Courgain

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  • En 1889, Calais inaugure à l’emplacement de la gare actuelle son tout nouvel édifice, une merveille architecturale qui allie la brique ou la pierre, le fer et le verre tout comme de grandes gares parisiennes. Cette gare que nous vous invitons à découvrir fut détruite par les bombardements pendant la seconde guerre mondiale.

    Le chemin de fer à Calais

     

    La gare maritime
    La première gare maritime de Calais construite en 1849 se trouvait en face du Bassin du Paradis afin de faciliter le transit des voyageurs venant d’Angleterre. Le premier train circula le 19 août 1849. Elle fut démolie par une tempête et remplacée par des baraquements. La gare définitive fut mise en service le 21 octobre 1889 et fut l’une des plus belles du réseau des Chemins de Fer du Nord. La majorité des voyageurs utilisaient cet arrêt. Le train déposait les voyageurs directement sur le quai d’embarquement. Comme les autres bâtiments ferroviaires, celui-ci eut beaucoup à souffrir des bombardements de la Seconde guerre mondiale.

     

    C’est une plongée  dans l’Histoire de Calais que nous vous proposons d’effectuer. Nous sommes au XIXème siècle et Calais bénéficie déjà d’une position géographique exceptionnelle car elle est située au carrefour de plusieurs pays d’Europe (en particulier l’Angleterre) ; d’où l’importance des gares pour les voyageurs. A cette époque, Calais est également un grand centre manufacturier de la France pour la fabrication des tulles et des dentelles mécaniques. La gare a été construite entre Saint-Pierre et Calais-Nord. Elle relie ces deux villes autrefois distinctes. Ici se retrouve toute la population : les ouvriers de la dentelle et les riches industriels qui entrent côté Saint-Pierre, les pêcheurs et les riches armateurs qui ont une entrée vers Calais-Nord. 

    Le chemin de fer à Calais

    Le chemin de fer à Calais

    La gare centrale
    La gare centrale fut bâtie en 1889 à l’extrémité de l’actuelle avenue Wilson sur les sites libérés par le démantèlement (ou démolition) des fortifications de Calais puisqu’en 1875 la ville possédait encore les restes de son enceinte fortifiée. 
    * L’architecte Sydney Dunnett, également à l’origine de celles de Douai et de Roubaix, en établit les plans qui furent exécutés par l’entreprise Dangleterre (en même temps que la halte des Fontinettes).

    Le chemin de fer à Calais

    La compagnie des Chemins de Fer du Nord avait demandé de construire deux bâtiments identiques, un au nord des voies et l’autre au sud, afin de ne pas vexer les populations de Calais et de Saint-Pierre. En effet, celles-ci avaient du mal à accepter l’union des deux villes réalisée en 1885 : Calais et Saint-Pierre n’en demeuraient pas moins différentes notamment sur le plan économique. Les services étaient dédoublés tels que la vente et le contrôle des billets... 
    Cette gare fut inaugurée le 3 juin 1889, par le président de la République Sadi Carnot, alors que seul le bâtiment sud était achevé.

    Le chemin de fer à Calais

     

     

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  • L’appui du chemin de fer influa fortement sur le développement du port de Calais. L’arrivée en 1848 du premier train de la ligne Paris-Calais provoqua la nécessité d’une gare pouvant accueillir les voyageurs candidats au voyage transmanche.
     
    Au début du XIXe siècle, les relations maritimes franco-britanniques se stabilisèrent de sorte qu’en 1815 une dizaine de bateaux français et autant de britanniques étaient utilisés dans le Détroit. Vers 1820, le port de Calais n’était que sommairement installé et ne pouvait accueillir que quelques bâtiments de faible tonnage. 
     

    La gare maritime

    1.

    A Calais, la voie ferrée fut prolongée en 1849 jusqu’au port d’échouage près duquel fut construite cette première gare maritime ouverte au public en août 1849. Le bâtiment, surnommé la gare du “Paradis”, éclairé au gaz, était construit en bois avec une toiture en zinc. Il comportait un hall de 20 mètres de large et de 100 mètres de long, un buffet, des salons d’attente, des bureaux… A proximité, on installa les services du télégraphe électrique.

    Cet emplacement présentait un inconvénient : les navires à aubes ne pouvaient accoster le long des quais à marée haute, ce qui les obligeait à adapter les horaires. L’afflux constant des voyageurs aggrava la situation. On prolongea donc la voie ferrée jusqu’au quai de marée. Les passagers étaient ramenés par le train jusqu’à la gare du “Paradis” et dès lors le service des bateaux put fonctionner à heure fixe. 

    2.
    En dépit de ces aménagements, le port ne pouvait satisfaire le flux de voyageurs. Le projet d’un nouveau port fut lancé en 1877. Pendant les travaux on construisit une gare provisoire en 1882 sur l’emplacement du quai de marée. Ce baraquement offrait tous les services: salle d’attente, fumoir, salle de lecture, bibliothèque, bar et buffet. 

    3.
    Sept ans plus tard, le 3 juin 1889, le nouveau port et la nouvelle gare maritime furent inaugurés en grande pompe par le Président de la République, Sadi Carnot. 

    La gare maritime

    4.

    L’évolution du port était étroitement liée à celle des bateaux. Les navires prirent de plus en plus d’ampleur, en 1854 certains faisaient la traversée en 1 heure et 30 minutes . Les compagnies maritimes se préoccupaient du confort de leurs passagers. De nouveaux bateaux apparurent, notamment le Nord et le Pas-de-Calais en 1898, long de 103 mètres, larges de 10 mètres 66 ; ils filaient à 21 nœuds. Ils étaient dotés de 2 salons, de quelques cabines de luxe, d’un fumoir et d’un bar. Ils devaient être les derniers paquebots à aubes du détroit, ils naviguèrent jusqu’en 1923. 

    La gare maritime

    5.

    Le port de Calais accueillait également des navires de croisière. Le premier fut le “Stella Polaris”. Long de 120 mètres, il comprenait des cabines de luxe avec salle de bains, 2 salons de lecture, un auditorium, un fumoir, une vaste salle à manger, un gymnase, des salons de coiffure, un cabinet médical et un

    laboratoire photographique. L’équipage s’occupait des 200 passagers privilégiés qui effectuaient des voyages d’agrément en mer Baltique. Arrivé en 1933, il revint chaque été jusqu’en 1939.

    La gare maritime

    6.

    Calais accueillit aussi le premier service de transport d’automobiles, activité toujours très présente autour du port.

    La gare s’étendait sur une longueur de 275 mètres. Le bâtiment des voyageurs comprenait des installations dédiées au trafic ferroviaire, un grand nombre de bureaux, sept logements et d’importants dégagements pour le flux des voyageurs.
    Le pavillon central de la gare maritime était occupé par le Terminus Hôtel, il accueillait les voyageurs dans des chambres confortables à prix modique. Un des salons était dit “Du Prince de Galles”. Le roi d’Angleterre Edouard VII avait coutume de s’y arrêter, ainsi que les familles royales et les célébrités du moment. La salle du buffet, vaste et largement éclairée, s’étendait le long du magnifique hall de la gare décoré 
    et fleuri. Les dimensions de cette salle permettaient d’y faire de grands banquets officiels. Certains jours, le grand hall de la gare lui-même, spécialement décoré et aménagé, servait de cadre à des réceptions solennelles, ou bien d’immenses tables s’y alignaient, où prenaient place des centaines d’excursionnistes qu’amenaient des bateaux spéciaux.Le bâtiment central était surmonté d’une horloge visible sur les quatre faces.
    La gare maritime accueillit des hôtes de marque. En 1906, elle vit passer le roi Edouard VII, le roi et la reine de Norvège, la reine de Serbie, le prince et la princesse Adolphe de Suède, et les rois de Grèce, Espagne, Portugal... ce qui valut à notre ville le surnom “d’Auberge des Rois”.
    Les trains à leur arrivée s’arrêtaient sur les voies entre la façade et le quai ; au départ ils stationnaient sous la marquise intérieure et les voyageurs y accédaient en franchissant la salle des pas perdus longue de 110 mètres.
    Grâce à de gigantesques travaux de creusements, les quais étaient toujours à 5 mètres au-dessous de la basse mer, ce qui permettait aux steamers de pouvoir y entrer à n’importe quelle heure. Les premiers travaux commencèrent en 1877 sous la direction des ingénieurs Stoecklin et Vétillard. Le coût total des ouvrages portuaires s’éleva à 45 millions de francs de l’époque. La gare fut inaugurée en 1889, soit 12 ans de travaux.
    Derrière le train de voyageurs, existaient des petits bâtiments annexes séparés de la gare où on trouvait le local de la station de radio qui permettait de communiquer avec les navires, ainsi que divers bureaux. Une chaudière fournissait la vapeur du chauffage central de la gare et des annexes ainsi que le chauffage des trains en stationnements car ils n’étaient pas dans ce cas attelés à la locomotive à vapeur.
    La gare possédait une centrale électrique autonome produisant du courant continu qui alimentait l’éclairage de tous les services de la gare ainsi que les moteurs des grues.
    Une grue électrique équipait le nouveau port. Elle avait un palan avec crochet et à l’arrière de la cabine un énorme contrepoids rectangulaire à l’allure de gouvernail. 
    Le quai, long de 560 mètres, permettait l’accostage simultané de 3 paquebots ou de 2 paquebots et un car-ferry. Il n’était pas formé d’une muraille continue mais comportait des chambres appelées également retraites dans lesquelles étaient établis deux par deux des appontements à étages formés de charpentes métalliques et disposés de manière à permettre l’embarquement et le débarquement des voyageurs et de leurs colis quelle que soit la hauteur de la marée.
    Les paquebots de la Compagnie du Nord ou la Compagnie du London Chatham accomplissaient la traversée, de jetée à jetée, en moins d’une heure. Un service régulier de 3 voyages chaque jour à heures précises (matin, après-midi, nuit) dans chaque sens, permettait un trajet de Paris à Londres en 7 heures quel que soit l’état de la mer. Le nouveau port assurait les services de paquebots, des trains internationaux assurant la correspondance des navires. Ces trains reliaient Bâle, Berlin, Bruxelles, Brindisi, Constantinople, Varsovie, sans oublier le célèbre Orient-Express. La gare accueillait également le service postal entre la France et l’Angleterre dont la Malle des Indes qui faisait transiter par Calais le courrier venant des Indes. Une grande effervescence régnait sur le quai à l’arrivée des trains et des paquebots : voyageurs de pays divers, interprètes, douaniers, porteurs… Ces derniers portaient d’ailleurs une casquette agrémentée d’une plaque de cuivre numérotée afin de montrer leur appartenance à l’administration. Le train Calais Paris Nice Express créé en 1883 était connue sous le nom de train bleu. En dehors des services ordinaires, les paquebots servaient aussi à transporter une nouvelle catégorie de voyageurs apportés par le chemin de fer : les excursionnistes. Dès 1848, des billets à prix réduits furent proposés pour faire la traversée et passer quelques heures à terre. 

    La gare maritime

    Vue aérienne de la gare maritime

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  • Lors de la présence anglaise, elle s’appelait Market Place (place du marché). Lorsque Calais fut délivrée en 1558, on lui donna le nom de place d’Armes. Dans les villes où séjourne une garnison, c’est là que se déroulent les cérémonies militaires, comme le passage en revue des troupes. On trouve ainsi de nombreux lieux portant ce nom, par exemple à l’intérieur du fort Nieulay. Cette appellation est toujours restée à Calais, malgré plusieurs tentatives de changement.

    La Place d’Armes

    Deux vendeuses du traditionnel marché de la place d’Armes

    Les marchés.
    Le marché repris après la reconquête de 1558 grâce à l’autorisation donnée dans la charte de François II. Jusqu’en 1939 et en dehors des périodes de guerre, un marché de grande envergure se tenait le mercredi et le samedi Ce marché existe encore de nos jours même s’il n’a retrouvé son ampleur d’autrefois. Aux mêmes jours se tenait le Marché aux Herbes sur une petite place au coin sud-est de la place d’Armes. Le remembrement l’a fait disparaître même si un décrochement dans la ligne des bâtiments en est un témoin. 

    Les fêtes et les foires.
    La place d’Armes accueillait aussi des foires ; ainsi celle de fin janvier offrait aux Calaisiens théâtre (comme le théâtre Pigis), jeux d’adresse, prestidigitateurs, ventes de pains d’épices, attractions avec marionnettes, lanternes magiques représentant la passion de Jésus Christ ou encore la tentation de saint Antoine, lutteurs, ours savants, une femme à barbe, une fillette de 70 kg, cuivres et grosses caisses, ... La fête connaissait un tel succès que la place devint trop petite ; en 1869, elle s’étendait de la rue Royale à la place Richelieu ! La place accueillit aussi le cirque américain " Bello & Myers " qui avait une capacité de 4000 spectateurs. Parfois les cirques en bois étaient revendus à la fin de la saison. Un carnaval avait lieu mais il finit par disparaître, ne rencontrant pas le succès escompté 

    Les boutiques.
    Des boutiques de style hétéroclite auxquelles se mêlaient de luxueuses demeures bordaient les quatre côtés. La place avait de ce fait un caractère beaucoup plus convivial qu’à notre époque et elle était attractive de jour comme de nuit. Les rues voisines présentaient une architecture assez variée. Par exemple, la rue de la Citadelle possédait les seules maisons antérieures au XVIIème siècle, appelées "maisons espagnoles" car construites pendant la présence des Espagnols à Calais entre 1596 et 1598, dans un style ressemblant aux habitations à encorbellements de Canterbury. 

    Un pôle dans la vie de la cité. 
    L’ancien Calais, avant sa fusion avec Saint-Pierre en 1885, correspondait en gros au Calais-Nord actuel ; la  place d’Armes en était le centre politique, économique et culturel. Au Moyen �ge, on exposait à la foule les bandits, malandrins et autres criminels, pieds et mains attachés à un poteau appelé pilori. Un arbre de la liberté fut installé à la Révolution française et l’on y fêta "l’Être suprême." Jusqu’au milieu du XIXème siècle, on disposa par intermittence une guillotine pour les exécutions capitales même si elle ne servit pas pendant la Révolution. On y célébrait les fêtes, comme la bataille des fleurs en 1906, mais aussi les catastrophes. Le 26 mai 1910, on rendit hommage aux marins victimes du drame du Pluviôse en y faisant passer le cortège long d’un kilomètre, vers l’église Notre-Dame.

    La Place d’Armes

    La place d’Armes un jour de marché

    La Seconde Guerre mondiale et la reconstruction.
    Le quartier, notamment l’ancien hôtel de ville, s’embrasa lors des bombardements de 1940 et l’on reconstruisit au rabais avec force ciment, afin de reloger rapidement le plus de monde possible. Les avis divergent donc quant à l’esthétique de ces bâtiments. Seule la tour du guet survécut miraculeusement aux flammes. Elle témoigne d’une richesse architecturale aujourd’hui presque disparue. Si la place d’Armes n’est plus le théâtre de toute la vie de la cité, la tour du Guet reste néanmoins le témoin attachant d’une époque rythmée par le marché et les défilés militaires. 

    Le Poids de la Dame.
    Il s’agissait d’une halle aux marchands édifiée en 1196, contre la tour du Guet, et qui s’étendait jusqu’à la place du marché aux herbes. Elle fut détruite en 1658. 

    1.

    Le grand marché.  (cf. illustration ci-dessous)
    On trouvait sur le grand marché les produits de saison que venaient vendre les fermiers des alentours : légumes, beurre, oeufs, confitures ou encore fleurs, poulets, canards, oies, pigeons, lapins vendus vivants pour preuve de leur fraîcheur, ... 

    2.

    Le marché aux herbes.  (cf. illustration ci-dessous)
    Il n’était pas fréquenté par tous les commerçants mais exclusivement réservé aux maraîchers même si les marchands de poisson pouvaient aussi s’y installer. On y vendait, entre autres, cresson, cerfeuil et pourpier, d’où le nom de "Marché aux Herbes". 

    3.

    Le kiosque à musique et réseau de tramways.  (cf. illustration ci-dessous)
    Le kiosque offrait aux passants des concerts entre deux airs de carillon. Les tramways de la ligne place d’Armes – cimetière sud, arrivant par la rue du Havre, font demi-tour par le boulevard International avant de regagner la place par la rue de la mer. Ils ont été électrifiés en 1908, auparavant, ils étaient tirés par des chevaux. 

    La Place d’Armes

    4.

    Les commerces.  (cf. illustration ci-dessus)
    Déjà à l’époque, les Anglais venaient nombreux à Calais, c’est pourquoi beaucoup de commerces étaient tournés vers le tourisme. On trouvait donc nombre de magasins de souvenirs et de change, mais aussi cafetiers, bouchers, bijoutiers, coiffeurs, épiciers, restaurateurs, charcutiers, pharmaciens, merciers, boutiques de fruits et légumes, marchands de meubles, facteurs de pianos et bien d’autres encore, qui assuraient aux Calaisiens tout ce dont ils avaient besoin. (Voir les légendes sur l’image agrandie) 

    5.

    La tour du Guet.  (cf. illustration ci-dessus)
    Sa construction, qui daterait du milieu ou de la fin du XIIIème siècle, en fait le plus ancien vestige de la place d’Armes. Elle servait à surveiller les vaisseaux en mer et à avertir de l’approche d’ennemis. Un des deux guetteurs signalait aussi les foyers d’incendies. A la vue du feu, il descendait prévenir le corps de garde, sonnait le tocsin et annonçait dans un porte-voix l’endroit d’où les flammes s’élevaient. Enfin, la vigie devait avertir de l’ouverture des portes de la ville par cinq coups de cloche. Ils donnaient trois coups toutes les trois heures et appelaient les habitants à la retraite. Le moindre défaut de la part des observateurs pouvait leur valoir la prison. La face nord accueillait également un jacquemart qui, lors des heures, demies et quarts d’heure symbolisait un combat équestre dont on disait qu’il s’agissait de François Ier et Henry VIII. La tour servit aussi de relais télégraphique, avec l’installation d’un appareil "Système Chappe" en 1816. A son pied, on a déposé l’ancienne cloche datant de 1770 qui sonnait le tocsin et les heures. 

    6.

    L’hôtel de ville devenu ensuite musée.  (cf. illustration ci-dessus)
    Il avait été édifié pendant la période anglaise et possédait un beffroi modifié en 1609. Celuici symbolisait la liberté de la ville, les privilèges et les pouvoirs de la commune contenus dans la charte de coutumes. Plus il était haut, plus la symbolique était forte : il s’agissait de la volonté de montrer le pouvoir de la ville par rapport à tous les autres pouvoirs. Pendant la période anglaise, le beffroi servait aux directeurs de l’étape des laines qui y tenaient leurs assemblées. L’hôtel de ville tenait lieu de palais de justice, de tribunal ou encore de chambre de commerce. L’ensemble avait été reconstruit en 1740 et comportait quatre niveaux dont un beffroi octogonal de trois niveaux. Deux de ses côtés (vers la place depuis 1821 et vers la rue de la Citadelle à partir de 1863) étaient pourvus d’une horloge. Il contenait l’unique exemplaire des anciens carillons de la Flandre française qui, de 1775 à 1834, jouait chaque heure l’air de "Gentille Annette" de Boieldieu. Trois ans après la fusion des deux villes, on décide la construction d’un hôtel de ville central sur la plaine dite du Sahara. Le 10 février 1892, on choisit de transformer l’ancien hôtel de ville, demeuré sans affectation précise depuis 1885, en musée. On construisit alors une verrière sur le toit du bâtiment. Les collections qu’il abritait étaient précieuses et l’origine de certaines pièces remonterait à l’Egypte antique ! Celles-ci, qui avaient été préservées lors de la Première Guerre mondiale, n’échappèrent pas à la Seconde. L’hôtel de ville possédait aussi une bibliothèque au deuxième étage. Mais considérée comme "trop haute" et pas assez pratique pour attraper les ouvrages, elle était peu fréquentée. Au lendemain de la Libération, il ne restait donc que les ruines du musée. Son classement en tant que monument historique fut refusé par l’État et il fut rasé. Des recherches géophysiques récentes de M. Frosche et M. Camerlynck ont été réalisées à la demande de l’Association pour la Mise en Valeur du Patrimoine Architectural du Calaisis. Elles ont confirmé que l’ancien hôtel de ville se situait à l‘ouest de la place, vers la fromagerie, à cheval sur le trottoir et la route. La crypte du bâtiment se trouverait actuellement sous la route…

     

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  • Sous le regard de nos six Bourgeois, s’offre notre hôtel de Ville. Ce bâtiment public à l’histoire forte et à l’architecture particulière a été récemment inscrit à l’inventaire des Monuments Historiques notamment pour ses façades, toitures, escalier d’honneur   ou   bien   encore   son beffroi. Avec nos Bourgeois, l’église Notre-Dame, la Tour du Guet, le théâtre, et bien d’autres, l’hôtel de Ville est l’un des symboles majeurs de notre patrimoine local.

    L’hôtel de Ville

    La place centrale, dite du Sahara, avant la construction de l'actuel hôtel de ville

    Calais et Saint-Pierre, leur hôtel de Ville respectif
    Le premier hôtel de Ville de Saint-Pierre était situé quai du Commerce, à côté de l’église St-Jean, aujourd’hui disparue. Mais devenu trop petit, un nouveau est construit entre 1857 et 1861 sur la place Crèvecœur. Après avoir hébergé un hospice civil, la première bâtisse est détruite en 1880. Quant à Calais, les services municipaux siègent près de la Tour du Guet, dans un bâtiment datant de l’occupation anglaise surmonté d’un beffroi. En 1885, date de l’unification de Saint-Pierre et Calais, la municipalité calaisienne s’installe dans l’hôtel de Ville situé place Crèvecœur. Celui de Calais-Nord est transformé en musée. Il ne résiste malheureusement pas aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale. 

    L’hôtel de Ville

    Un nouvel hôtel de Ville, une technique innovante
    Dès 1885, dans le décret unissant les deux cités, il est prévu la construction d’un hôtel de ville digne du Grand Calais dont la population ne cesse de croître. La première étape est le choix du lieu. La Place centrale, dite du Sahara en raison du sable qui la couvre, s’impose car elle est le centre même de la ville, aussi proche de la place Crèvecœur que de la place d’Armes où se trouvent les précédentes mairies. En 1888, près de 95 projets sont enregistrés. C’est l’idée de l’architecte dunkerquois Louis Debrouwer qui est retenue. Il souhaite utiliser des matériaux régionaux, briques et pierres de Marquise, et le béton armé, grande nouveauté à l’époque. De plus, le monument évoque l’architecture gothique ainsi que les hôtels de Ville flamands à beffroi, représentatifs de la région et du pouvoir des villes du Moyen-Âge face à celui de l’Église. La “Maison commune” commence à voir le jour en 1911. 

    L’hôtel de Ville

     

    L’ancien Hôtel de Ville place d’Armes, détruit lors d’un bombardement durant la Seconde Guerre Mondiale.

    Une construction mouvementée
    Émile Salembier, maire de la ville, avait promis que la première pierre de l’édifice serait posée en 1909. Les travaux sont dès le début retardés. Le sol instable oblige à creuser et à bétonner les fondations en profondeur. Survient alors la Première Guerre mondiale qui interrompt le chantier. Le beffroi est touché par un bombardement qui laisse un trou au sommet et qui provoque l’effondrement d’un clocheton. Notons que la structure en béton a résisté aux déflagrations. Le conseil municipal ne facilite pas l’avancée des travaux. Par exemple, le plan de la porte principale réalisé en 1912 n’est adopté que 10 ans plus tard ! En mars 1918, les services municipaux s’installent dans les locaux non terminés. De ce fait, l’hôtel de Ville de Saint-Pierre est tranformé en palais de justice en 1929. Le 12 avril 1925, c’est finalement l’inauguration du nouvel hôtel de Ville de Calais par le général Alvin, représentant le Ministre de la Guerre, et le maire Hans Apeness.

    1.

    La façade  (cf. vue éclatée ci-dessous)
    La façade est orientée vers l’Ouest. elle est de style néo-flamand. deux statues sont présentes : la première à l’angle Nord représente le commerce maritime ; la seconde à l’angle Sud, l’industrie de la dentelle. On les doit à Jules Desbois, ami de Rodin. Il y a sept fenêtres à meneaux. 36 personnages appelés “marmousets” sont répartis sur les différentes façades. A travers ceux-ci, c’est la figure du philosophe, poète, musicien... que l’on retrouve. Le large escalier est en granit ; la magnifique porte en fer forgé. Il y a également au Sud une tourelle carrée surmontée d’un clocheton. 

    2.

    Le beffroi  (cf. vue éclatée ci-dessous)
    Notre beffroi, l’un des plus beaux au nord de la France, est le plus haut point dans le ciel calaisien, à près de 75 mètres de hauteur. Il fait par ailleurs parti d’un dossier global pour le classement au patrimoine mondial de l’UNESCO avec 15 autres beffrois de la région. Au départ, Debrouwer souhaitait un beffroi totalement détaché du bâtiment principal. La municipalité a refusé. Cette haute tour est creuse. On trouve quatre chevaliers dorés qui fixent les points cardinaux. Sur la face nord se trouve une allégorie du Commerce et de l’Industrie. Une horloge à quatre cadrans domine le sommet. Il y a également un carillon qui joue “la gentille Annette” de Boieldieu. Aujourd’hui, il n’y a plus de cloches. 

     

    3.

    Le cabinet d’apparat  (cf. vue éclatée ci-dessous)
    Le salon du maire se situe dans le beffroi, en continuité du couloir du premier étage. C’est ici qu’ont lieu les réceptions officielles des personnalités. La forme de cette salle est octogonale. Les chartes de jumelage avec Douvres, Riga, Duisbourg... sont accrochées aux murs. On retrouve les armoiries de Calais et de Saint-Pierre aux fenêtres. 

    4.

    Le grand salon d’honneur  (cf. vue éclatée ci-dessous)
    Le grand salon d’honneur, est la plus grande pièce de l’hôtel de Ville. Elle occupe toute la longueur de la façade. A chaque extrémité se trouve une cheminée, l’une avec les armes de Calais, l’autre avec celles de Saint-Pierre. Celles-ci fonctionnent et se prolongent haut au-dessus du toit. Les portes et les lustres sont également en fer forgé. Les 18 vitraux rappellent les 18 communes du Calaisis en 1558. On trouve 72 armoiries de notables parmi lesquels François de Lorraine, Duc de Guise, et plusieurs commandants, mayeurs, gouverneurs. C’est ici qu’avaient lieu les bals après la Seconde Guerre mondiale.  

    L’hôtel de Ville

     

    5.

    La salle du conseil municipal  (cf. vue éclatée ci-dessus)
    Cette salle est la plus représentative du style flamand même si une majorité du décor est en stuc1. Au fond, on observe le tableau de Jeanne Thil de 1925, “Le dévouement des Bourgeois de Calais”, où Philippe de Hainaut intervient auprès d’Édouard III pour sauver les Bourgeois. Un vitrail est consacré à Paul de la Barthe, premier commandant de Calais après la reprise en 1558 et un second à Dominique de Vic, gouverneur de Calais de 1598 à 1610. 

    6.

    La salle des mariages  (cf. vue éclatée ci-dessus)
    Cette salle est en quelque sorte le symbole de l’amour. C’est ici que de nombreux couples calaisiens s’unissent pour la vie. Face à eux se présente un tableau allégorique du printemps, Jeunesse de la Vie, de 1925 par Adrienne Ball-Demont-Breton. Les lustres et les portes sont en fer forgé. Les vitraux sont consacrés à diverses personnalités de Calais (maires, gouverneurs...). Au fond à gauche est dissimulée dans le décor la porte par laquelle le maire fait son entrée. 

    7.

    L’escalier d’honneur et le vitrail  (cf. vue éclatée ci-dessus)
    Le grand escalier est en marbre blanc. Szabo, artiste hongrois, a réalisé toutes les pièces ferronière de l’édifice, dont la rampe de cet escalier. A son pied, on trouve une copie du tableau de Picot représentant le Duc de Guise sous les murs de Calais en 1558. L’original se trouve à Versailles. L’ensemble des vitraux a été conçu par l’atelier Dagrant de Bordeaux comme celui qui surplombe l’escalier d’honneur. Ce dernier se découpe en trois travées illustrant la reprise de Calais en 1558 par le Duc de Guise. On y observe le départ des Anglais, le portrait du Duc puis les Calaisiens qui offrent des présents à leur libérateur. Ce vitrail a été restauré en 1947. 

    8.

    L’ossature en béton armé  (cf. vue éclatée ci-dessus)
    C’est en tant que précurseur que Debrouwer utilise le béton armé de système Hennebique, du nom de son inventeur, François Hennebique. Ce béton est constitué de sable, gravillons et ciment. Ses avantages, sont un coût réduit et une facilité de décoration. Avec un devis de 320 000 francs, c’est l’entrepreneur Bongiraud qui est chargé du chantier pour le béton armé. 

    9.

    Les plafonds  (cf. vue éclatée ci-dessus)
    Les boiseries sont en chêne alors que les parties supérieures des murs et les plafonds sont en stuc et non en bois.

     

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  • Dès le XVIe siècle, à la fin de l’occupation anglaise, on trouve les premières mentions de pièces de théâtre alors jouées devant l’église Notre-Dame. Le premier vrai théâtre calaisien a été construit en 1725, rue du Vieux Major (aujourd’hui rue de la Mer).

    Le théâtre à Calais

     

    Le balcon gauche

     

    C’était une place garnie de bancs comportant une estrade et seulement trois toiles peintes en guise de décors. C’est en ce lieu qu ’a été jouée la  pièce réputée de De Belloy, “ Le siège de Calais ” (1765). En 1772, Pierre Quilliacq, dit Dessin, propriétaire de l’Hôtel d’Angleterre, propose à la ville d’offrir une salle de spectacles au fond de son jardin. En retour, il demande le privilège exclusif de tous les spectacles. En 1825 Calais achète le théâtre Dessin pour la somme de 70 000 francs. Il devient alors théâtre municipal appelé “Théâtre de la rue Leveux”. La salle pouvait contenir 800 spectateurs. En avril 1838, il y avait un déficit de 1400,80 francs , ceci à répétition tous les mois malgré la présence des plus grands acteurs, des plus célèbres et des plus fortunés spectateurs présents grâce au développement de la navigation à vapeur qui a falicité la venue d’étrangers. Le théâtre de la rue Leveux n’était pas si parfait que ça : scène mal disposée, mauvais son, fauteuils inconfortables, mauvais éclairages... 

    De plus, les Calaisiens étaient intransigeants : ils n’hésitaient pas à huer les acteurs ! Pourtant, ils étaient très attachés à leur théâtre, unique distraction de l’époque hormis les cafés-concert

    Le théâtre à Calais

     

    Le balcon droit

    Le théâtre à Calais

    Le bal dans la grande salle du foyer

    En 1885, l’unification de Saint-Pierre et de Calais renouvelle l’idée d’un théâtre municipal pour la “nouvelle” ville. On confie le projet du théâtre calaisien à l’architecte Malgras-Delmas. L’emplacement choisi est l’ancien cimetière de Saint-Pierre, aujourd’hui place Albert 1er. La première pierre est posée le 9 juillet 1903 par M. Loubet, président de la République française en présence de M. basset, maire de Calais. Le 1er octobre 1905, à l’occasion de l’inauguration, un vin d’honneur est organisé pour les 205 musiciens venus exécuter un concert. Durant la représentation inaugurale, un bal et un feu d’artifice ont lieu dans le parc Saint-Pierre pour les Calaisiens non-invités. La partie la plus défavorisée de la population calaisienne n’est pas oubliée en ce jour de cérémonie : il y a distribution de pain et de viande.
    Durant la première Guerre mondiale, le théâtre calaisien continue de donner des représentations. Le bâtiment est réquisitionné par les Allemands lors de la seconde guerre mondiale : des spectacles étaient donnés pour leurs troupes. Fort heureusement, le bâtiment a survécu à cette guerre mais ses façades ont souffert. 

    Général
    Quelques chiffres permettent de mieux comprendre le théâtre municipal. La Ville de Calais a payé 946 500 francs la construction de celui-ci. C’est peu comparé à d’autres identiques. Le théâtre calaisien contient 1390 places réparties en 4 galeries. Lors de sa construction, on pouvait compter 1300 lampes électriques. Il mesure 52 mètres de longueur et 27 mètres de largeur. Il y avait 22 loges, 14 portes extérieures, 4 trappes sur scène. Il est le 3e en France, après l’Opéra-Comique et le Théâtre-Français, à posséder une machinerie de scène en fer dans sa totalité.  

    Le théâtre à Calais

    Le théâtre en détail

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  • Calais était dès le XIIIème siècle une ville forte : 3 000 mètres de remparts, 40 tours et un château construits à la demande du comte de Boulogne, gardés et entretenus par les habitants ou le comte. Sa situation explique son rôle économique mais représente souvent un objet de convoitise, en particulier pendant la guerre de Cent Ans.

    L’administration de la ville
    Jusqu’au XIIIe siècle, Merc-en-Calaisis (Marck aujourd’hui) et Calais semblent être administrées par le même échevinage composé de magistrats représentant le pouvoir comtal. Vers 1181, une charte de coutumes, accordée par Gérard de Gueldre, comte de Boulogne, prévoit le mode d’élection et l’attribution des pouvoirs de certains bourgeois élus conseillers municipaux (les échevins) à la tête desquels se trouve le maire (le mayeur). De plus, il reconnaît Calais comme étant une commune dotée de magistrats appelés « koremans », hommes de la keure1. Depuis 1265, Calais dépendait non plus du comté de Boulogne mais de celui de l’Artois. Certains pouvoirs comme l’exercice de la haute justice, la perception des impôts et amendes étaient exercés par le représentant du comte : le bailli.

    "Kaleis" au début du XIVe siècle

    Pendant le siège, Calais était défendue par une garnison composée d’écuyers à cheval payés par les bourgeois.

    Un pôle commercial
    Les marchandises amenées à Calais par mer et réexpédiées en dehors de la ville étaient une source de revenus pour la cité. De même, le bailli percevait, entre autres, le tonlieu2 aux ponts de Nieulay à l’ouest ou de l’Estade à l’est ; les bourgeois de la ville en étaient exemptés. La place du marché, institué le dimanche puis le samedi, et celle du marché aux grains étaient aussi les lieux d’imposition en espèces ou en nature. Les impôts concernaient les céréales et légumineuses vendues ainsi que les vins achetés en Anjou et Aquitaine, les harengs pêchés au large de Calais, la goudale3 importée d’Angleterre, les fruits méditerranéens, les fromages hollandais, le sel du Poitou… A l’instar des villes voisines de l’Artois et de la Flandre, la vente des draps était importante et le comte comme la ville percevaient des taxes sur le lieu de vente : la halle. Calais était cependant réputée pour être devenue un « nid de corsaires » qui s’abritaient dans le havre et attaquaient les navires anglais croisant dans le “Channel”. 

    "Kaleis" au début du XIVe siècle

    Les habitants du Courgain mais aussi de la ville étaient souvent pêcheurs.

    Le siège
    Il est connu grâce, entre autres ouvrages, aux "Chroniques" de Froissart qui raconte la guerre de Cent Ans. L’attaque anglaise se produit après la victoire de Crécy le 26 août 1346. Edouard III, roi d’Angleterre, prépare un long siège de la ville. En effet, la cité est défendue par les marais mais aussi par des murailles puissantes munies de fossés inondables à chaque marée. Edouard III décide d’affamer la ville en s’installant assez confortablement et sûrement au sud-ouest. Il fait construire, sur le banc de cailloux où se trouvent actuellement les boulevards Lafayette et Gambetta, une véritable ville correctement approvisionnée, « Villeneuve-la-Hardie ». L’armée qui tient le siège serait passée de 32 000 à 100 000 hommes. La population est menacée de famine, Jean de Vienne, bourgeois et gouverneur de Calais, fait renvoyer la partie la plus pauvre de la population pour mieux nourrir la garnison. Ainsi entre 1 700 et 3 000 «bouches inutiles» traversent les portes et les troupes anglaises, semble-t-il sans être inquiétées. 

    "Kaleis" au début du XIVe siècle

    A la bataille de Crécy, en 1346, un nouveau type d’armes utilisant la poudre apparaît : la couleuvrine est l’ancêtre du canon. L’artillerie est née mais il s’agit seulement des prémices

    Après quelques tentatives de sortie vers les terres dès l’hiver 1346-1347, la population encerclée doit se contenter d’approvisionnements par mer : en effet, au sud, les murailles sont attaquées par des trébuchets, des centaines d’archers mais aussi des armes d’un nouveau genre : l’artillerie à poudre. Toutefois ces balbutiements de la guerre moderne ne permettent pas une avancée décisive des Anglais : à partir du mois de février 1347, Edouard III, grâce à 120 navires, entame le blocus du port. 
    En juin, il intercepte une lettre du gouverneur destinée au roi de France, Philippe VI de Valois, présentant l’état de famine et contenant un appel au secours. 

    "Kaleis" au début du XIVe siècle

    "Kaleis" au début du XIVe siècle

     

     La ville était dirigée par des échevins principalement issus de la bourgeoisie : les tenues vestimentaires permettaient de les distinguer du reste de la population.

     

     

     

    Cependant une armée de secours, préparée en mai 1347 et arrivée à la fin du mois de juillet sur les hauteurs de Sangatte et Coquellles, ne peut attaquer les troupes anglaises. Aucun accord entre les deux rois sur une bataille ou un arrêt du siège n’est trouvé. Finalement, le 2 août, l’armée de secours se retire sans combattre. 
    Le lendemain, Jean de Vienne monte à la tour du Guet pour annoncer les conditions de la reddition : le roi d’Angleterre souhaite la capitulation sans condition, le gouverneur demande à épargner la population et la garnison : six bourgeois, Eustache de Saint-Pierre, Jean d’Aire, Jacques et Pierre de Wissant, Andrieu d’Andres et Jean de Fiennes, pieds nus et la corde au cou, acceptent de se sacrifier et de livrer les clefs de la ville à Edouard III. 

    Les bourgeois qui avaient accepté de se sacrifier sont finalement épargnés, à la demande de la reine d’Angleterre, Philippa de Hainaut. Ils furent immortalisés par le sculpteur Auguste Rodin au XIXème siècle. Après un siège de 11 mois, la ville tombe : Edouard III expulse la population et prend possession du château, Calais est aux mains des Anglais qui la conservent jusqu’en 1558.

    Calais pendant le siège des Anglais

    Calais pendant le siège des Anglais (septembre 1346 – août 1347)

                

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  • De par sa situation géographique, Calais occupa une place stratégique dans la défense de la France. Au fil des siècles de nombreuses fortifications furent ainsi édifiées, certaines subsistent aujourd’hui mais les forts en bois comme le Fort Rouge ont depuis longtemps disparu.

    Pendant la guerre de la Ligue d’Augsbourg (ligue regroupant l’Empire, les États allemands, l’Angleterre, la Hollande et la Savoie contre la France) de 1686 à 1697, Calais dut subir de nombreuses attaques anglaises restant aux yeux de tous une clef pour le royaume de France. 
    Ainsi en septembre 1694, des navires anglais viennent bombarder la ville. Ce n’est pas moins de 16 vaisseaux de lignes, 21 frégates, 8 galiotes à bombes qui se présentent devant Calais. Les Anglais avaient alors profité de vents favorables et de la marée basse pour longer la côte jusqu’au port d’où ils jetèrent plus de 160 bombes.
    Cette attaque révéla une faille dans la défense de Calais. Mais ce n’est qu’en 1695 que les travaux commencent sous le regard attentif de l’ingénieur Clément. Même si le fort pouvait accueillir une cinquantaine d’hommes, la garnison se limitait à une quinzaine d’hommes en temps de paix. Il fallait venir les ravitailler, chose parfois difficile par tempête. Quand ils revenaient sur terre, les soldats étaient fatigués par le peu de sommeil. Ils restaient quelques jours avant de repartir sur le fort. Les vents et marées causèrent souvent des dommages au fort et à ses pilotis mais les réparations étaient immédiates compte-tenu de sa place stratégique et malgré les difficultés en approvisionnement et du temps peu propice. En 1772 on y établit sur décision du conseil du Roi un pavillon le jour et un fanal  pour la nuit. Deux gardiens se relayaient et chaque navire était mis à contribution pour les payer. Le 9 décembre 1804, une nouvelle fois en guerre contre la France, les Anglais dirigèrent un sloop  plein d’explosifs sur le fort. 

    Le Fort Rouge

    Le 27 septembre 1694, après avoir longé la côte depuis Sangatte, le chevalier Shovel 
    lance 8 galiotes à bombes vers le port. 160 projectiles tombèrent sur la ville.

    Le Fort Rouge

    Le 26 août 1695, le comte de Relingue fort de 18 chaloupes donne la chasse aux Anglais qui voulaient 
    brûler le Fort Rouge à l’aide de barques remplies de combustibles. Ils furent repoussés à l’est.

    Le Fort Rouge

    Le 9 décembre 1804, vers 3 heures du matin un énorme brûlot réveille en sursaut les Calaisiens. 
    Le sloop envoyé par les Anglais sur le Fort venait d’atteindre le musoir de la jetée.

    Mais c’est le musoir de la jetée qui fut atteint, seul le toit du corps de garde fut endommagé. On envisagea alors de construire une estacade en maçonnerie devant le fort pour le protéger mais faute de finances suffisantes, elle ne verra pas le jour. Un autre projet prévoyait même de reconstruire le fort en pierre...
    Mais peu à peu le Fort Rouge va perdre de son importance militaire. La garde du fort sera confiée à des vétérans et les bâtiments menacent ruine. Le 30 juin 1806 on décide la construction d’une tourelle avec lanterne : le fort a désormais un rôle de phare. Il est démilitarisé en août 1856 et on transporte à l’arsenal de la citadelle les douze canons. Six seront conservés et les six plus anciens seront envoyés à Cherbourg pour être fondus. En 1857, on transfère sur le jetée ouest les feux de marée et mât de signaux.
    En 1864 sa destruction est annoncée. On récupère 500 mètres cubes de bois et 1500 kilos de ferrures. Pendant plus de 150 ans, ce fort avait bravé marées, tempêtes et ennemis pour remplir sa mission : protéger Calais.  

    Le Fort Rouge

    La lanterne
    Après 1846, le réverbère sidéral est remplacé par une lanterne. Placée sur l’extrémité orientale du fort, une lanterne octogonale de 1,40 mètre guidaient les marins. Elle surmontait une charpente de base hexagonale de 2,66 m sur 2,60 m.

    Le Fort Rouge

    Emplacement fort vert - fort rouge
    Jumeaux, ces deux forts placés de part et d’autre de Calais avaient pour mission d’éloigner les navires ennemis afin de rendre leurs canons inoffensifs pour la ville. 

    Le Fort Rouge

    Les accès au Fort 
    Les accès au Fort se faisaient par une trappe. Les embarcations venaient s’arrimer aux pilotis du fort et les hommes et marchandises devaient monter par une échelle située en-dessous du fort et qui arrivait sur la plate-forme.
    En temps de guerre, cette trappe était verrouillée.

    Le Fort Rouge

    Le Fort en détail

     

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  • Par sa position stratégique, Calais fut de tout temps l’objet des préoccupations du pouvoir royal et fut dotée d’un puissant système de fortifications à l’image du fort Nieulay, fort-écluses, principale œuvre de Vauban dans notre ville.

    A l’origine le Calaisis était un vaste golfe où seul le banc des Pierrettes, cordon de dunes et de galets émergeait. Par la suite ces terres devinrent marécageuses. Des cours d’eau comme le Houlet ou la rivière de Marck se jetaient dans la mer grâce à une brèche dans le banc des Pierrettes, à l’anse de Neuna, futur site du fort. Calais n’était alors accessible que par un pont construit à cet endroit même. Ce dernier présentait alors un double intérêt : financier avec la perception d’un droit de tonlieu (impôt payé sur les marchandises) et stratégique car de sa possession dépendait la prise de Calais.

    Le fort que nous connaissons aujourd’hui est en fait le quatrième fort Nieulay : lors du siège de Calais, les Anglais avaient édifié à l’est du pont une première forteresse. Elle était de forme carrée avec une tour entre chaque courtine afin de protéger les écluses permettant d’inonder le pays. La garnison d’une vingtaine d’hommes pouvait atteindre 200 en cas d’attaque.
    Lors de leur occupation de 1596 à 1598, les Espagnols édifièrent un second fort, bastionné entourant la construction anglaise. En 1627, sous Louis XIII, Richelieu remania l’ensemble et le relia à un ouvrage à cornes. Le pont écluse se trouve alors à portée de canon du fort. La garnison s’élevait à 80 hommes. 

    Suite à ses visites avec Louis XIV à Calais, Vauban rappela l’importance du Nieulay pour pouvoir inonder le pays et secourir Calais et que “la pensée de bâtir ce fort où il est, est admirable, on ne peut pas en avoir une plus juste ni plus nécessaire, attendu qu’il divise les assiégeants, les empêche de se pouvoir communiquer….” Mais il décida de raser l’ancien fort et de le reconstruire plus à l’ouest, à cheval sur la rivière afin de mieux assurer la défense du pont. Les travaux qui durèrent de 1677 à 1679 permirent de mettre à l’abri les trois écluses permettant d’inonder le Calaisis en introduisant l’eau de mer et en empêchant l’écoulement des eaux du pays. Ce fort est de dimension supérieure au précédent (170 toises sur 88 contre 130 sur 60).

    Le Fort Nieulay

     

    Le fort anglais en 1525

     

    Le Fort Nieulay

     

    Le fort sous Richelieu en 1637

    On pouvait rentrer par deux portes ; 
    celle de Calais ou porte royale et celle de Boulogne ou porte Dauphine. Le chemin d’accès décrivait des chicanes, on entrait en biais par la face de la demi-lune. Un couloir voûté traversait l’épaisseur du rempart et était obstrué par deux battants ferrés et par des “orgues” constituées d’une herse dont les pieux verticaux étaient indépendants. A l’intérieur furent construits des casernes, un arsenal, une chapelle, des magasins et une citerne derrière les casernes pouvant contenir 1900 hectolitres d’eau. Les eaux étaient filtrées par des tonneaux remplis de sable. Au-dessus de la porte de Calais se trouvait le logement du major. 

    Le Fort Nieulay

    Le fort de Vauban en 1677

    Mais dès la fin du XVIIIe siècle le fort perd de son importance et tombe en ruines très rapidement et devient la cible des pillards au siècle suivant. Déclassé en 1903, il est loué à des agriculteurs pour mettre leur bétail. En mai 1940, bien qu’en grande partie en ruine, le fort abrita une poche de résistance visant à ralentir l’avancée allemande vers Calais. C’est pourquoi il subit de lourds dommages sous les obus des Panzers et de l’artillerie. Les Allemands y édifièrent un blockhaus et des batteries anti-aériennes. Les Canadiens les délogèrent en septembre 1944 à l’aide de lance-flammes. 
    Après la guerre, les propriétaires en exploitèrent le sous-sol pour extraire des galets ce qui provoqua des effondrements comme le nez du bastion sud-est mais depuis les années 80, la ville réhabilite ce fort, désormais rouvert au public. 

    Le Fort Nieulay

    En temps de paix les écluses étaient ouvertes pour permettre l’écoulement des eaux des rivières vers la mer mais à marée montante elles étaient fermées pour empêcher la mer d’inonder l’arrière pays. 

    Le Fort Nieulay

     

    En cas d’attaque, on fermait les écluses qui retiennent les eaux de l’arrière pays afin de créer une inondation importante en moins de vingt-quatre heures.

    Le Fort Nieulay

     

    A marée montante, on les ouvrait pour renforcer l’inondation et rendre le siège de Calais impossible. Vauban a donc su se servir de l’environnement pour assurer au mieux la défense de Calais.

    Le Fort Nieulay

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