• Calais place de guerre

    De 1879 à 1954 les installations militaires de la place forte de Calais ont subi des déclassements successifs pour la construction du nouveau port, des infrastructures ferroviaires ou des nouveaux bâtiments; il s’est agit de concilier des intérêts toujours contradictoires depuis que l’on construit des remparts, ceux du commerce qui a besoin de larges espaces et d’axes de circulation commodes et les impératifs de la défense qui cherche à multiplier les obstacles. Jusqu’au début du vingtième siècle, l’ennemi est toujours la perfide Albion aussi les défenses sont-elles toujours largement tournées vers la mer. Dans la loi de 1879, Calais est toujours considéré dans la première série des places de guerre. Mais les progrès de l’artillerie ont rendu obsolètes les ouvrages antérieurs du système initié par Vauban et c’est sans doute le souci de la défense qui explique l’empressement de l’Etat à conclure la réunion des communes de Calais et de Saint-Pierre en 1885 afin de mieux les enserrer dans un système moderne de fortification que Villy ne nous montre pas. Ce sont les vieux monuments du passé calaisien que nous retrouvons sur ses photos: la citadelle où des casernes subsistent mais autour de laquelle on se promène sans problème, le fort Risban orné d’un coquet jardin public et le fort Nieulay en ruine. Dès 1886, le Ministère de la Guerre avait entrepris une nouvelle délimitation de la zone des fortifications et des servitudes qui s’y rattachaient. Une loi de 1921 déclasse en principe et raye des places de guerre l’enceinte fortifiée de Calais, mais il y a souvent loin du déclassement au démantèlement et ce n’est qu’en 1925 que l’Etat envisage une suppression éventuelle de la zone des servitudes qui entoure la ville, les remparts est et ouest étant susceptibles d’être déclassés.

    Après les grands travaux de 1889, la plupart des remparts urbains de la place de Calais ont été démolis.

    Ce sont, par conséquent, des défenses obsolètes, mais pas encore des monuments historiques que nous décrit le photographe du boulevard Lafayette. Même si la citadelle demeure avec son immense caserne Vauban, un ouvrage militaire d’importance en cas de guerre, ce n’est plus le cas pour les deux autres places du système de défense calaisien, les forts Nieulay et Risban. Vers 1925 le premier commence à tomber en ruine tandis que le second à l’entrée du port s’orne d’un jardin d’agrément, revanche des civils sur les militaires toujours prêts selon le peintre Louis Francia à déclencher une “guerre d’extermination aux douces fleurs d’été”.

    Calais place de guerre

     

    Calais place de guerre

     Calais, porte de l’arsenal

    Mention manuscrite, en bas et au milieu: Calais, porte de l'Arsenal

    Calais, musée des Beaux-Ans (Inv. 90.41.4)

     Il s’agit peut-être de la porte de l’Arsenal de la citadelle, appelé également “bâtiment S”, construit en 1632, à moins qu‘il ne s’agisse de celle du magasin à poudre construit six ans plus tard au sud de l’esplanade de l’Arsenal et dont la façade de l’est porte les armoiries du gouverneur de la ville.

    Calais place de guerre

    Entrée de la citadelle vue en direction du nord—nord—ouest 1930

    Signé et daté, en bas et à droite : P. ViIly 1930

    Calais, collection particulière

     Cette porte appelée suivant les époques porte de la Ville ou de l’Hermitage est ornée d’un bas-relief représentant Neptune, couché, déversant des flots d’une urne, qui avait été découvert en 1600 dans les déblais des travaux de fortification effectués au nord de la ville. La tradition fait remonter ce bas-relief à l’occupation anglaise. L’éloignement ne permet pas de juger si vers 1930, cette belle pièce archéologique était en aussi mauvais état qu’aujourd’hui.

    Calais place de guerre

    Calais, entrée de la citadelle et fortifications

    Mention manuscrite, en bas et à droite: Calais. Entrée de la citadelle

    et fortifications

    Calais, musée des Beaux—Arts (Inv. 90.41.65)

     Paul Villy photographie à plusieurs reprises, à des saisons ou selon des éclairages divers, le même sujet, comme le montre cette vue identique dans son cadrage à la photographie précédente.

    Calais place de guerre

    Le fort Risban et le square Risban vus dans la direction de Calais 1923-1929

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.21.32)

     Le fort Risban est intégré dans l’espace urbain depuis la construction des ponts Henri Hénon en 1906, puis orné en 1923 d’un jardin et d‘un monument à la gloire d’un courageux calaisien, dont Robert Chaussois rapporte la fin : “Brazy avait été porté disparu alors qu’il participait le 18 juin 1928, aux recherches pour retrouver des rescapés de l’expédition du général italien Umberto Nobile. Le dirigeable Italia envoyé à la conquête du Pôle nord, s’était en effet écrasé sur la banquise" (1). Le cliché montrant le square Risban dépourvu du monument Brazy érigé en 1929, peut être daté entre 1923 et 1929.

    Calais place de guerre

    Le fort bastionné à l’ouest du fort Risban et le monument Brazy 1930

    Signé, en bas et à droite: P. ViIly

     Il existe dans une collection particulière un cliché identique daté de 1929

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.62)

     Le bastion ouest du fort Risban est flanqué d’une sorte de tour semi-circulaire appelée orillon. Comme on le voit le fort Risban était en 1930 en excellente condition de conservation, ce n’est pas le cas par contre de la végétation haute, puis qu’à l’exception de ceux qui sont accrochés à la muraille, les petits arbres subissent les vents d’ouest de plein fouet ce qui explique la forme dissymétrique de leur feuillage asséché à l’ouest par les vents marins. Jules Peumery, directeur du journal local le Phare de Calais fit transplanter deux grands magnolias dont le destin fut tragique: “Je supposais que ces beaux arbres d’ornements, ayant été plantés avec soin, auraient de leurs feuilles et de leurs fleurs blanches, magnifiquement embelli le jardin. Malheureusement, les courants d’air les ont empêchés de pousser: les bourgeons furent brûlés par l’air salin et les jeunes feuilles ne purent supporter le vent incessant de l’an dernier. Et aujourd’hui, bien que ce soient des arbres à feuilles persistantes, ils sont dépouillés de leurs grandes et jolies feuilles”.

    Le monument Brazy fut inauguré le dimanche 28 juillet à l‘occasion des festivités qui marquèrent la commémoration du vingtième anniversaire de la traversée du détroit du Pas-de-Calais en avion par Louis Blériot. Ces fêtes furent promues par Henry Sainsard, aéronaute puis aviateur calaisien (voir infra photographie 83), et supportées par les jour— naux le Matin, le Daily Express de Londres et le Soir de Bruxelles. Un grand meeting aérien eut lieu à l'aérodrome de Saint—Inglevert sur lequel Louis Blériot attérit à bord d‘un bi-moteur Blériot cent vingt sept, tandis que ses ouvriers avaient reconstitué le Blériot Onze sur lequel avait eu lieu l’historique traversée. C’est en présence du Ministre de l’Air, Laurent Eynac, et de la famille du héros que fut inauguré le buste du mécanicien Brazy. A cette occasion, le maire de Calais, Léon Vincent déclama un discours bien senti dont il possédait le secret, déclarant entre autre que Brazy ”synthétise une fois de plus l’héroïsme des petits gars du Nord”.

    Calais place de guerre

    Le fort Nieulay 1926

    Signé et daté, en bas et à droite : P. ,Villy 1926

    Mention manuscrite, en bas et à droite: Le Fort Nieulay

    Calais, collection particulière

     La façade sud du fort Nieulay est la plus connue des calaisiens puisque c’est celle que l’on découvre depuis la route nationale numéro un qui conduit vers Boulogne. Cette route et le pont qui enjambait la rivière de Harnes appelée plus tard Rivière Neuve ou canal des Pierrettes, étaient les deux raisons d’être de ce fort unique en son genre. Le Nieulay était destiné à défendre l’accès ouest de la ville et à contrôler l’inondation du glacis ouest de la citadelle en cas d’attaque. En 1926, les remparts sont encore en bon état par rapport aux dégradations ultérieures, aujourd’hui heureusement réparées. Le watergang qui isole le fort de la route est aujourd’hui busé tandis que le pont de bois a été remplacé par une construction en pierre du plus bel effet.

    Calais place de guerre

    Le fort Nieulay 1926

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1926

    Mention manuscrite, en bas et à droite : Le Fort Nieulay

    Calais, collection particulière

     Tournant son appareil photographique vers le nord, Paul Villy nous fait découvrir la façade ouest du fort avec au premier plan les détails du bastion sud-est, et ceux de la courtine ouest dans laquelle est percée la porte de Calais cachée par le bastion, le bastion nord-ouest et à droite au—delà du fossé la demi—lune qui le protège.

    Calais place de guerre

    La chapelle, les écluses et les casernes du fort Nieulay

    Signé, en bas et à droite : P. Villy

    Calais, collection particulière

     Le photographe s’est juché sur les rem— parts nord du fort millénaire pour nous faire découvrir la chapelle, dont le clocher est encore conservé ce qui daterait le cliché d’avant 1898, le pont de pierre qui enjambe, en biais, le canal éclusé destiné à inonder le pays en quelques jours en cas d’invasion. Le grand bâtiment est l’arsenal qui a complètement disparu aujourd’hui et qui abritait au rez-de-chaussée des forges pour l’artillerie lourde et au premier étage l’artillerie légère. Le rempart sud est formé d’une simple courtine équipée à l’intérieur de trois arches avec des écluses constituant “l‘entrée des eaux”.

     

    1. Chaussois (Robert), “Le buste de Gilbert Brazy fête ses soixante ans au fort Risban“, la Voix du Nord, édition Calais, 29 Juillet 1989.

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