• Rare témoin de notre histoire, l’église Notre-Dame est le plus ancien monument de la ville de Calais. La fin de sa restauration permettra d’apprécier toute l’originalité de son architecture et la grande qualité de son mobilier.

    L'église Notre-Dame

    Griffons - détail de la balustrade à droite du retable.

    L'église Notre-Dame

    Tête d'angelot au toupet.

     

    Jusqu’au XIIe siècle, le Calaisis était une vaste zone marécageuse où l’habitat se limitait à quelques cabanes de paysans de pêcheurs.

    À l’abri de ces nouveaux remparts, la ville se développe très vite sous l’impulsion des Comtes de Boulogne. En 1300, on estime à plus de 14 000 le nombre de ses habitants.

    En 1214, Adrien de Wissant t construire une église dédiée à Notre—Dame et érigée en paroisse en 1224. Cette église devint le transept nord de l’édifice actuel dès lors que furent entrepris les premiers travaux d’agrandissements à la n du XIII° siècle.

    Après la prise de Calais en 1547, Edouard III rattacha Notre—Dame à l’archevêché de Canterbury. La ville ayant été vidée de ses habitants, les Anglais firent appel à des ouvriers flamands, alors alliés, pour construire les parties hautes de la nef, le chœur et le clocher. Les carrières de pierre étant inaccessibles, toute l’église fut montée en briques de sable. Les chapiteaux à motif de choux frisés, les bandes d’arcatures ogivales des murs extérieurs et les tourelles en encorbellement sont la signature des maçons flamands.

    Cependant le clocher à la croisée du transept, le chevet plat, les voûtes lambrissées et surtout les arcs en forme d’anses de panier, du style Tudor, des fenêtres hautes de la nef, donnent à Notre—Dame l’allure d’une cathédrale anglaise.

    Après la reconquête de Calais en 1558, Notre—Dame devint l’église la plus importante de la ville avec la disparition de l’église Saint—Nicolas démolie pour construire la citadelle.

    Au XVIIe siècle, une chapelle axiale vint prolonger l’édifice ; la longueur de Notre—Dame était désormais de 88 m et ses murs pouvaient accueillir plus de 6000 fidèles.

    Pendant la Révolution, Notre—Dame fut transformée en Temple de la raison puis en entrepôt, pour être rendue au culte en 1802. À partir de 1865, l’archi—prêtre de Lencquesaing, doyen de Calais, engagea d’importants travaux de décoration dans le style néogothique : un réseau d’ogives en plâtre recouvrit les anciennes voûtes de bois et l’on reconstruisit le portail principal.

    En 1911 eut heu une grande messe émouvante en hommage aux victimes de la catastrophe du Pluviose et en 1921, en toute intimité, se marièrent dans l’église le jeune capitaine Charles de Gaulle et la calaisienne Yvonne Vendroux.

    L'église Notre-Dame

    Le retable

    À la demande du curé de l’église Notre—Dame, Jacques de la Boufloye et des magistrats de la ville, Adam Lottman, fameux sculpteur du XVIIe siècle, éleva un maître—hôtel de 1624 à 1628.

    Des pierres furent achetées, pour certaines déjà sculptées, à Amsterdam. Une légende qui ne semble pas fondée rapporte qu’Adam Lottman n’aurait fait que remonter un autel confisqué par Louis XIII à un navire génois échoué sur le littoral et offert par le roi à Notre—Dame.

    L’imposant maître—hôtel de Notre—Dame, d’une longueur de 10 mètres pour une hauteur de 19 mètres, est divisé en 3 volets cadrés par des colonnes. Toute l’iconographie glorifie la vierge. Au centre une œuvre majeure du peintre Anversois Gérard Seghers figure 1’assomption de la vierge, de part et d’autre les statues monumentales de Saint—Louis et de Charlemagne surmontées des représentations de la foi et de l’espérance. Au sommet du retable, au—dessus de la statue de Notre—Dame de Calais, un grand Christ en majesté bénit l’assistance. Quatre niches à la base des colonnes abritent les statues des évangélistes.

    La table de l’autel est surmontée d’un tabernacle très orné où deux bas-reliefs représentent les Hébreux recevant la manne et la cène.

    Les nombreuses têtes d’angelots au toupet très marqué participent avec bonheur à cette architecture antiquisante jouant avec les couleurs des matériaux si caractéristiques du baroque flamand. Unique en Europe par son ampleur et son iconographie, le retable de Notre—Dame de Calais attend toujours sa restauration.

    L'église Notre-Dame

    Grilles de clôture de chœur

     Un ancien maire de Calais, le sieur Bridault offrit en 1782 ce remarquable ouvrage de ferronnerie clôturant la partie consacrée de l’église, devant le maître—autel. Les courbes galbées relevées de chutes de feuillages fleuris et les pilastres sommés d’urnes néoclassiques sont d’une qualité comparable aux fameuses grilles de la place Stanislas à Nancy.

    L'église Notre-Dame

    Porte de la Chapelle du Sacré-Cœur ou Porte du Gouverneur de Calais.

    L'église Notre-Dame

    Le clocher

     Cette “tour-lanterne” haute de 58 mètres fut construite à la croisée du transept au XVe siècle. La base carrée est surmontée d’une èche octogonale à deux niveaux donnant à l’ensemble l’allure d’une lorgnette renversée comme l’ecrira Victor Hugo. Le premier étage, où logèrent des guetteurs jusqu’en 1846, abrite 4 cloches dont la plus lourde pèse 2,8 tonnes.

    L'église Notre-Dame

     Reconstitution de l’église Notre-Dame au début du XXe siècle.

    La chapelle du Sacré-Cœur

     Cette chapelle du XVe siècle, indépendante du reste de l’église, est percée de curieuses fenêtres à meneaux de style Tudor. Un escalier percé dans l’épaisseur du mur ouest permettait d’accéder à une tribune privée donnant sur le transept Saint—Jacques. Ginault de Mauléon, seigneur de Gourdan et gouverneur de Calais y fut enterré en 1593.

    Chapelle de la vierge

    Construite de 1651 à 1655, cette chapelle a un plan de forme elliptique.

    Alors que l’extérieur est particulièrement austère, son intérieur est d’autant plus rafné ; de grandes fenêtres et de large oculus inondent de lumière cet espace dont tous les murs et la coupole sont rythmés par de remarquables stucs dans le grand style classique français du XVIIe siècle.

    De petites orgues étaient logées dans les deux niches faisant tribunes de chaque Côté de l’entrée.

    La façade occidentale

    La grande baie gothique, encadrée par de puissants contreforts, fut murée vers 1750 lorsque l’on monta les grandes—orgues à l’intérieur. Après le comblement de la rivière de Guines en 1702, un premier portail principal fut ouvert… Le portail actuel, financé en 1892 grâce aux legs de 40 000 F de la veuve Demotier, est de style néogothique.

    Le transept Saint-Pierre

    Édifié au début du XIIIe siècle, c’est la partie la plus ancienne de l’église. Ces murs, en moellons de pierre boulonnaise ont une épaisseur de 1,60 m. La façade Nord Est est flanquée de deux hautes tours percées de meurtrières attestant du caractère défensif de cette première construction.

    L'église Notre-Dame

    La chaire

    En 1829, l’importante chaire en bois sculpté, de style baroque, fut exécutée par le sieur Cléty de Saint—Omer pour remplacer la petite chaire du XVIIe siècle vendue à l’église de Gravelines.

    L'église Notre-Dame

     

    Le grand-orgue

    Jean—Henri Piette et son, beau—frère Jacques—Joseph Baligant, artisans à Saint—Omer, réalisèrent de 1729 à 1755 la menuiserie et la sculpture de ce remarquable orgue de huit pieds. Les dispositions du buffet de l’église Notre—Dame sont identiques à celles du grand orgue, monté par le même atelier, de la cathédrale de Saint—Omer. Le plan et les lignes harmonieuses de ce buffet, enrichis par l’esprit rocaille des nombreux enroulements végétaux et une statuaire abondante, procèdent d’un effet théâtral très abouti. Pendant la 2e Guerre mondiale, les façades et la tribune furent démontées.

    Toute la tuyauterie d’étain de l’instrument parti, sous l’ordre des autorités allemandes, à la fonte. L’ensemble sauvegardé, classé monument historique en 1971, est actuellement présenté dans l’église Notre— Dame provisoire.

    L'église Notre-Dame

    La citerne

    Élevée en 1691 selon des plans dessinés par Vauban, ingénieur et architecte militaire de Louis XIV, la citerne recevait les eaux de pluie s’écoulant des toitures de l’église. La population et la garnison se servaient en eau aux robinets ouverts sur sa façade Nord.

    La destruction de 1944

    Une semaine avant la Libération de la ville, le 25 septembre 1944, des bombes alliées frappèrent par erreur l’église Notre—Dame ; le clocher s’effondra sur le transept Nord. La chapelle de la vierge, demeurée intacte, accueillit quelques années les fidèles jusqu’à l’ouverture de “Notre—Dame provisoire” en 1950.

     

    Le chantier de restauration débuta dès 1945, il se poursuit toujours. En 2000, les cloches dégagées intactes des ruines, furent remontées dans le clocher reconstruit.

    L'église Notre-Dame

    Etat après les bombardements de la 2e guerre mondiale

     

    Hubert Minet pour le Comité de rédaction des Amis du Vieux Calais et l’association pour la mise en valeur du patrimoine architectural du Calaisis.

    Illustrations : François Brosse.

     

    Mise en volume : Richard Mahoudeaux.

     

     

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  • Dès le XVIe siècle, à la fin de l’occupation anglaise, on trouve les premières mentions de pièces de théâtre alors jouées devant l‘église Notre-Dame. Le premier vrai théâtre calaisien a été construit en 1725, rue du Vieux-Major (aujourd’hui rue de la Mer).

    C’était une place garnie de bancs comportant une estrade et seulement trois toiles peintes en guise de décor. C’est en ce lieu qu’a été jouée la pièce réputée de De Belloy, “Le siège de Calais” (1765). En 1772, Pierre Quilliacq, dit Dessin, propriétaire de l’Hôtel d’Angleterre, propose à la ville d’offrir une salle de spectacles au fond de son jardin.

    En retour, il demande le privilège exclusif de tous les spectacles. En 1825, Calais achète le théâtre Dessin pour la somme de 70 000 francs. Il devient alors théâtre municipal appelé « Théâtre de la rue Leveux ».

    La salle pouvait contenir 800 spectateurs. En avril 1858, il y avait un déficit de 1400,80 francs, ceci, à répétition, tous les mois, malgré la présence des plus grands acteurs, des plus célèbres et des plus fortunés spectateurs présents grâce au développement de la navigation à vapeur qui a facilité la venue d’étrangers. Le théâtre de la rue Leveux n’était pas si parfait que ça : scène mal disposée ; mauvais, son ; fauteuils inconfortables ; mauvais éclairages... De plus, les Calaisiens étaient intransigeants : ils n’hésitaient pas à huer les acteurs !

    Pourtant, ils étaient très attachés à leur théâtre, unique distraction de l’époque hormis les cafés—concerts.

    En 1885, l’unification de Saint—Pierre et de Calais renouvelle l’idée d’un théâtre municipal pour la “nouvelle” ville. On confie le projet du théâtre Calaisien à l’architecte Malgras—Delmas. L’emplacement choisi est l’ancien cimetière de Saint—Pierre, aujourd’hui place Albert 1er. La première pierre est posée le 9 juillet 1903 par M. Loubet, président de la République française en présence de M. Basset, maire de Calais. Le 1er octobre

    1905, à l’occasion de l’inauguration, un vin d’honneur est organisé pour les 205 musiciens venus exécuter un concert Durant la représentation inaugurale, un bal et un feu d’artifice ont lieu dans le parc Saint—Pierre pour les Calaisiens non—invités. La partie la plus défavorisée de la population calaisienne n’est pas oubliée en ce jour de cérémonie : il y a distribution de pain et de viande.

    Le théâtre à Calais

    Durant la première Guerre mondiale, le théâtre calaisien continue de donner des représentations. Le bâtiment est réquisitionné par les Allemands lors de la seconde guerre mondiale : des spectacles étaient donnés pour leurs troupes. Fort heureusement, le bâtiment a survécu à cette guerre, mais ses façades ont souffert.

    Général

     Quelques chiffres permettent de mieux comprendre le théâtre municipal. La Ville de Calais a payé 946 500 francs la construction de celui-ci. C’est peu comparé à d’autres identiques.

    Le théâtre calaisien contient 1390 places réparties en 4 galeries. Lors de sa construction, on pouvait compter 1300 lampes électriques.

    Il mesure 52 mètres de longueur et 27 mètres de largeur. Il y avait 22 loges, 14 portes extérieures, 4 trappes sur scène. Il est le 3e en France, après l’Opéra-Comique et le Théâtre-Français, à posséder une machinerie de scène en fer dans sa totalité.

    Le théâtre à Calais

     

    1 La scène

     Vous n'entendrez jamais les gens du théâtre dire ”à droite” et ”à gauche” mais ”côté cour” et ”côté jardin”. Ces expressions proviennent du palais des Tuileries à Paris. Lorsqu’on regardait la scène de ce théâtre, à droite se trouvait la cour du Louvre et à gauche, le jardin des Tuileries.

    Le premier projet de rénovation apparaît en 1977, Gérard Frique, architecte de Lille, veut préserver ”sa qualité de regard et d’écoute”. Au printemps 1985, le théâtre calaisien ferme ses portes pour un an et demi. Ce projet a coûté tout de même 1,5 milliard de centimes. La scène a été rénovée : infrastructure technique remise à neuf, conformité des installations, éclairage et sonorisation revus.

     2 Salle

     II est souvent dit qu'il s’agit d'un théâtre à l’italienne par la forme de ”fer à cheval” de la salle.

    Pourtant, chaque niveau est décalé alors que les théâtres italiens ont leurs balcons d’aplomb.

    L'une des qualités de notre théâtre est l’acoustique irréprochable. Peu importe l'endroit où vous vous situez dans la salle, l’entente est parfaite.

    Il faut d’ailleurs se méfier lorsqu’on parle en coulisse !

    La salle a été repeinte pendant la rénovation. Les sièges ont été remplacés, les couloirs et les escaliers ont été restaurés avec de la peinture ”antipoussière”...

     3 Fosse d'orchestre

     La fosse d’orchestre était auparavant basse. On pouvait la recouvrir pour agrandir la scène.

    Aujourd’hui, un mécanisme permet d’abaisser ou d’élever la fosse jusqu’au niveau de la scène, de la salle, ou plus bas encore en fosse.

     4 Coulisses

     Le théâtre contient quatre niveaux de loges pour les artistes, soit un total de onze. La loge la plus importante est la première, niveau scène, côté jardin. Dans les couloirs des coulisses, on trouve de grands miroirs : les artistes doivent être parfaits en entrant sur scène.

     5 Foyer

     Au-dessus du hall d'entrée se situe le foyer. Des répétitions, des bals et les entractes se déroulaient dans cette salle. Elle est aujourd’hui fermée suite à une inondation qui s‘est produite dans le grenier.

     6 Grilles

     Les personnes fortunées pénétraient dans le bâtiment par les portes de la façade principale et rejoignaient leur loge par un escalier. Les gens moins ”riches”, eux, entraient par des portes sur le côté du théâtre. À chaque étage, des grilles permettaient d’éviter ”le mélange” des publics.

     7 Rideau de scène

     Le motif central situé au-dessus du rideau représente la proue d'un navire accompagnée de deux figures allées munies de trompettes. Le théâtre est en effet souvent associé à un navire.

    D’ailleurs, le mot ”corde” est interdit à l’intérieur du bâtiment comme à bord d'un navire. Ce mot évoque les marins qui se sont pendus lors de voyages trop longs à supporter.

    Le théâtre à Calais

     8 Poulailler

     À l’inverse des bourgeois, les personnes les moins riches étaient placées dans le poulailler. Cette appellation familière désigne la partie la plus élevée du théâtre où les places sont bon marché.

    Le théâtre à Calais

     9 Loges

     Le premier balcon était composé de loges fermées à clefs. Le maire, le sous-préfet et les personnes pouvant se le permettre profitaient de ces espaces réservés.

     10 Façade

     La façade principale est de type Louis XIV. Elle comprend 4 groupes de doubles colonnes séparés par des arcades formant des fenêtres à balcons.

     11 Salle de répétition

     12 Passage donnant sur les loges

     13 Escalier menant jusqu’au poulailler

     Légendes

     Le théâtre n’échappe pas aux légendes. Les acteurs ne doivent pas porter de costumes verts : cette couleur est obtenue grâce aux pigments nocifs qui ont causé des décès. Les trois coups donnés par le brigadier en début de représentation sont faits pour chasser les démons. À Calais, une personne affirme avoir vu le fantôme de la Dame Blanche !

     

     

    Rédaction : Romain Chrétien pour le Comité de rédaction des Amis du Vœux Calais.

    Illustrations : Jean-François Binet

    Le théâtre à Calais

    Motif central situé au-dessus du rideau et représentant la proue d’un navire.

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  •  Un paquebot de luxe

    La passion du modéliste naval le porte à étudier, dans les moindres détails, les bateaux qu’il souhaite reproduire. En s’appuyant sur les archives, en particulier les plans, les documents iconographiques et les travaux de la recherche historique, il ne se différencie du chercheur que par son résultat, aussi peut-on l'assimiler, dans une certaine mesure à un ”historien en 3 D”. C’est cette rigueur qui a été mise en œuvre par Émile Herbaut de l’association du Modélisme naval du Calaisis, dans la reconstitution inédite de l’un des deux derniers paquebots à roues, baptisé ”Le Pas—de-Calais”, en service dans notre détroit entre 1899 et 1923.

    Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

    Emile Herbaut a reconstitué la maquette du paquebot à roues ”Le Pas—de-Calais”: un travail de modéliste plus vrai que l’original.

    Imposante sur la maquette, la cheminée du paquebot faisait 17 mètres.

    Le Pas—de—Calais fut mis à l’eau à Saint—Nazaire en novembre 1897 aux Ateliers et chantiers de la Loire, quelques semaines après son jumeau Le Nord. D’une portée en lourd de 1662 tonneaux ces deux navires entamèrent leur carrière sur la ligne Calais—Douvres, entre décembre 1898 et février 1899, pour une longue histoire des traversées quotidiennes du détroit du Pas—de—Calais au service de la Compagnie du Nord, puis après la Grande guerre, pour la SAGA (Société Anonyme de Gérance et d’Armement), simple correspondant maritime du chemin de fer. Une mémoire assombrie par le souvenir tragique de la collision avec le sous—marin Pluviôse, le jeudi 26 mai 1910 à 15h53. Dans ce drame qui endeuilla non seulement les 27 familles de marins mais aussi toute la France, la responsabilité du capitaine du paquebot, Salomon, ne fut néanmoins pas engagée : il avait scrupuleusement suivi les règles de route. La carrière des deux derniers paquebots français à roues de haute mer s’acheva par leur démolition (on utilise le terme de “dépècement”) en 1925 pour Le Pas—de—Calais et en 1925 pour Le Nord.

     ”Paquebot poste"

     Comme son jumeau, Le Pas de—Calais était à la fois un “boat train” et un “paquebot poste”. Comme “Boat train” il assurait pour les voyageurs les correspondances maritimes des grands express internationaux entre Paris et Londres via Calais—Douvres ; comme “Paquebot poste” il transportait pour le compte des administrations françaises et anglaises les colis postaux, sacs de lettres et dépêches diplomatiques entre les deux Etats, mais aussi entre le Royaume-Uni et l’Europe continentale. A ce titre il bénéficiait des subventions du gouvernement français afin de compenser le déficit de son service voyageurs. En effet, le partenaire britannique de la Compagnie du Nord, la South Eastern and Chatham Railway dominait le marché des voyageurs, en grande majorité des Britanniques, et effectuait quatre traversées quotidiennes sur cinq.

     Le chantier de la maquette représente un plan de travail long de 1,20 m. L’échelle au1/87e, appelée HO, a été choisie pour harmoniser le modèle du paquebot avec les trains miniatures qu’il nous faudra lui associer à la Gare maritime, La coque de la maquette de ce navire en fer a été réalisée en plusieurs essences de bois (chêne, acajou ou pitchpin) et elle a reçu un revêtement final en résine de polyester qui lui assurera étanchéité et solidité. La pose des différents profils de formes ou couples se succède : on devine bientôt les formes effilées d’une étrave tranchante protégée par l’âme d‘un brion robuste. Après des ponçages répétés à la main, la coque a été démontée de son chantier et calée sur un berceau pour réaliser son aménagement intérieur.

    Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

     C’est par l’étrave que nous avons commencé la construction et l’aménagement du pont principal, la pose de la mèche du gouvernail avant, commandé du pont par une barre franche, qui était nécessaire aux manœuvres d'accostage et de “débordage” du quai. La machinerie du guindeau, destinée à la manœuvre des ancres, pesant 1,5 tonne chacune, était située en dessous de cet appareil et protégée de l’avant par une cloison étanche appelée “peak d’abordage”. La coque en acier doux riveté divisée en 6 cloisons étanches qui remontait jusqu’au pont principal et devaient assurer au navire une grande flottabilité, même en cas d’envahissement par l’eau des salles des machines et des chaudières. Dans la “cale aux dépêches”, étaient chargés des sacs postaux remplis de journaux, de lettres mais aussi de valises diplomatiques et de la très précieuse “Malle des Indes”.

     Le grand mât en sapin rouge était équipé de glissières destinées à recevoir deux voiles triangulaires, mais elles n’étaient jamais hissées et sans doute réservées à des cas de détresse totale de la machine, qui ne se produisirent jamais. Le mât de misaine était gréé de haubans à enfléchures et pourvu d’un mât de charge à treuil qui pouvait soulever jusqu’à 2 tonnes.

    ”Abordage du Pluviôse”

     Lors de l’abordage avec le Pluviôse, le capitaine disposait d’une excellente visibilité puisque la passerelle principale avait été judicieusement située en avant de l’imposante cheminée et parce qu’un matelot était posté à l’avant du navire en “homme de bossoir” afin de surveiller la progression du navire. C’était Simon Imbert ce jour—là.

     

    Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

    Le navire entrera en collision avec le sous—marin ”Le Pluviôse” le 26 mai 1910.

    L’imposante cheminée de 17 mètres de haut, de forme ovale, blanche et noire, qui reposait sur un vaste caisson de dépoussiérage et de retenue des suies, était flanquée de deux énormes manches à air, reliées à deux puissants ventilateurs. Ils permettaient de massives entrées d’air qui assuraient un tirage forcé des foyers et une excellente combustion du charbon sur les grilles des foyers. Les douze chaudières étaient à l’origine du type multitubulaire, mais souffrant beaucoup d’un emploi trop constant, elles furent remplacées entre 1908 et 1911 par des chaudières de type “Solignac Grille” qui consommaient moins de charbon. Elles ne permettaient d’atteindre que 17 nœuds avec l’action favorable du courant au lieu des 22 qui étaient espérés à la réception des navires. Ainsi Le Pas-de—Calais mettait 1h20 en moyenne par beau temps pour la traversée de quai à quai entre Calais et Douvres.

    La machine “à triple expansion” était ce qu’on faisait de plus moderne à l’époque en s’inspirant d’une invention de l’ingénieur havrais Augustin Normand. C’était une suite de trois cylindres de 1m, 1,50 m et 2 m de diamètre qui réutilisaient la vapeur pour actionner les pistons avec une puissance totale de 7800 chevaux. Les roues dont les pales étaient articulées pouvaient ainsi tourner jusqu’à 50 tours à la minute. Côté maquette, c’est un moteur électrique qui entraîne les roues par la jonction de poulies et d’une courroie crantée à l’arbre des propulseurs.

    La partie centrale du pont, appelée “jardin” atteignait 20 m de large et les deux gigantesques roues à aubes, étaient protégées par des “tambours”. Le capitaine et ses officiers circulaient librement sur les passerelles et vers la salle des cartes qui surmontaient l’aération de la salle des machines.

     Situées juste devant le mât d’artimon, bien protégées des embruns et équipées de banquettes pour le confort des passagers qui préféraient rester à l’air libre, deux descentes menaient vers les salons et cabines des passagers de première classe.

    Une coursive très étroite permettait aux cabines de luxe d’avoir de grandes fenêtres rectangulaires, au lieu des simples hublots. Les cabines étaient équipées avec le raffinement et le confort des trains de cette époque.

     Sur le pourtour de la plage arrière, les bossoirs disposés en couple soutenaient six baleinières de sauvetage jugées bien insuffisantes en 1912 après la catastrophe du Titanic pour recueillir en cas de malheur les 688 personnes susceptibles d’embarquer : 58 membres d’équipage, 590 passagers de première classe et seulement 260 de seconde. Le Pas—de—Calais était vraiment un paquebot de luxe. Christian Borde et Emile Herbaut pour le Modélisme naval du Calaisis.

    Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

    Les cabines de luxe n'avaient pas de hublots mais de grandes fenêtres.

    Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

    Le bateau à roues faisant la liaison transmanche.

    Le Pas-de-Calais, à toute vapeur

    Carte postale du ”Pas-de-Calais” devant la gare maritime et son modèle à l’échelle 1/87ème.

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  • En 1889, Calais inaugure à l’emplacement de la gare actuelle son tout nouvel édifice, une merveille architecturale qui allie la brique ou la pierre, le fer et le verre tout comme de grandes gares parisiennes. Cette gare que nous vous invitons à découvrir fut détruite par les bombardements pendant la seconde guerre mondiale.

    Le chemin de fer à Calais

    C’est une plongée dans l’Histoire de Calais que nous vous proposons d’effectuer. Nous sommes au XIXème siècle et Calais bénéficie déjà d’une position géographique exceptionnelle car elle est située au carrefour de plusieurs pays d’Europe (en particulier l’Angleterre) ; d’où l’importance des gares pour les voyageurs. A cette époque, Calais est également un grand centre manufacturier de la France pour la fabrication des tulles et des dentelles mécaniques. La gare a été construite entre Saint—Pierre et Calais—Nord. Elle relie ces deux villes autrefois distinctes. Ici se retrouve toute la population : les ouvriers de la dentelle et les riches industriels qui entrent côté Saint—Pierre, les pêcheurs et les riches amateurs qui ont une entrée vers Calais—Nord.

    Le chemin de fer à Calais

     La gare maritime

    La première gare maritime de Calais construite en 1849 se trouvait en face du Bassin du Paradis afin de faciliter le transit des voyage… venant d’Angleterre. Le premier train circula le 19 août 1849. Elle fut démolie par une tempête et remplacée par des baraquements. La gare définitive fut mise en service le 21 octobre 1889 et fut l’une des plus belles du réseau des Chemins de Fer du Nord. La majorité des voyageurs utilisaient cet arrêt. Le train déposait les voyageurs directement sur le quai d’embarquement. Comme les autres bâtiments ferroviaires, celui—ci eut beaucoup à souffrir des bombardements de la Seconde guerre mondiale.

    Le chemin de fer à Calais

     La gare centrale

    La gare centrale fut bâtie en 1889 à l’extrémité de l’actuelle avenue Wilson sur les sites libérés par le démantèlement (ou démolition) des fortifications de Calais puisqu’en 1875 la ville possédait encore les restes de son enceinte fortifiée.

    Le chemin de fer à Calais

    * L’architecte Sydney Dunnett, également à l’origine de celles de Douai et de Roubaix, en établit les plans qui furent exécutés par l’entreprise Dangleterre (en même temps que la halte des Fontinettes). La compagnie des Chemins de Fer du Nord avait demandé de construire deux bâtiments identiques, un au nord des voies et l’autre au sud, afin de ne pas vexer les populations de Calais et de Saint—Pierre. En effet, celles—ci avaient du mal à accepter l’union des deux villes réalisée en 1885 : Calais et Saint—Pierre n’en demeuraient pas moins différentes notamment sur le plan économique. Les services étaient dédoublés tels que la vente et le contrôle des billets...

    Cette gare fut inaugurée le 5 juin 1889, par le président de la République Sadi Carnot, alors que seul le bâtiment sud était achevé.

    Le chemin de fer à Calais

    1 La passerelle de la gare centrale

    La Compagnie des Chemins de Fer du Nord racheta la passerelle métallique qui avait servi lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1889 pour la traversée du Pont de l’Alma. En 1891, on assiste au démontage, puis au remontage sur Calais. La passerelle était placée à l’ouest de la gare afin de pouvoir se rendre de Calais Nord (la place de la gare) à Calais Sud en enjambant les voies. Elle était très utile car elle permettait la traversée d’une seule portée de toutes les voies à quai. Les ouvriers qui se rendaient aux usines empruntaient cette passerelle pour aller plus vite et ainsi elle était très appréciée des piétons. Durant la Seconde guerre mondiale, des fers barbelés en condamnaient l’accès. Cette passerelle monumentale échappa aux bombardements contrairement aux bâtiments de la gare centrale mais avec la reconstruction d’une gare à un emplacement différent, elle devint inutile. Cependant, son importance était telle qu’elle a donné son nom à une rue de Calais du côté Saint—Pierre.

     2 Les deux pavillons jumeaux

     L’édifice de la gare centrale se partageait entre deux bâtiments à cheval sur les anciens territoires de Calais et de Saint-Pierre. Dans chaque pavillon se trouvait un buffet, une salle d’attente, des marchands de journaux, les services techniques (guichets). Ce dédoublement causait de nombreux désagréments par exemple lorsque l’on devait se rencontrer à la gare, bien des personnes se trompaient de côté. Les passagers et leurs hôtes ne se retrouvaient pas. De plus, cette gare double imposait aux voyageurs de passer sur les rails si les guichets étaient fermés d’un côté.

    3 Les façades

     On peut cependant ajouter qu’il existait quelques différences entre les deux façades, pratiquement symétriques, de Calais et de Saint—Pierre. Calais possédait deux travées supplémentaires, une de chaque côté du pavillon central. Les façades, édifiées par l’architecte Dunnett *, furent de tendance néoclassique (qui reprend les formes de l’Antiquité redécouvertes à la Renaissance). Au—dessus du premier niveau, on observe une alternance entre frontons triangulaires et courbes, caractéristiques de cette tendance et qui rappelle l’architecture italienne, en particulier celle de Michel-Ange pour la construction de la bibliothèque de Laurent de Médicis à Florence.

    4 La marquise

     Il s’agissait d’un hall vitré, bâti au-dessus des voies et qui réunissait les deux édifices. La verrière était identique à celle de la gare de Lille, composée essentiellement de fonte, de verre et de fer, matériaux caractéristiques de la Révolution industrielle en général et des bâtiments ferroviaires en particulier.

     

    5 L’horloge

     Le temps était déjà un élément essentiel, c’est pourquoi chaque façade possédait une horloge qui indiquait l’heure avec cinq minutes d’avance pour éviter au maximum les retards.

    6 Le Metropol Hôtel

     Parmi les bâtiments qui subsistent de 1926, on voit encore la façade d’origine, comportant les mots Garage et Hôtel. De plus, on peut toujours apercevoir depuis les quais le numéro de téléphone, composé de quatre chiffres.

    7 Les wagons

     L’éclairage de l’intérieur du train s’effectuait par des lampes à huile. On pouvait donc apercevoir des employés chargés de burettes d’huile marchant sur les toits des wagons pour remettre les lampes à niveau.

    8 Transport des marchandises

    L’octroi était le droit perçu sur chacune des marchandises telles que la viande, à leur entrée dans Calais. Ce fut pendant longtemps l’une des principales ressources de la ville. Les bureaux se trouvaient à toutes les entrées de la cité comme les portes mais aussi à la gare.

    La perception de cette taxe supposait un travail important car elle s’exerçait aussi bien pour les entreprises et les commerçants que pour les particuliers.

     

    * Sydney Dunnett (1837—1895)

    D'origine anglaise, né à Calais, Sydney Dunnett, chef du service des bâtiments de la compagnie du Nord a consacré sa vie à l'architecture ferroviaire. II a, entre autres, réalisé les gares de Douai, Roubaix, Tourcoing, Arras, la gare maritime de Calais, et conçu l'aménagement de la gare de Lille et de la gare du Nord à Paris, ainsi que de nombreux logements ouvriers (Lens, Coudekerque, le Bourget). La France des gares – guides Gallimard (page 154)

     Réf. ”Le patrimoine de la SNCF et des chemins de fer français" FLOHIC— éditions (page 242)

     

     -Céline Allostéry pour le Comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

     

     

    (Article paru dans Calais—Réalités le Mag n° 169 de mai 2003).

     

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  • En 1900, Calais plage

    Au XIXe siècle, les hommes se sentent attirés par les plaisirs de la plage et des bains de mer. Calais et sa belle plage ne pouvaient que susciter des projets d'aménagement.

    Le casino et les bains de mer

    Le 1er établissement de bain en 1869

    Beaucoup connaissent l’existence du Casino de la plage détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce n’était pas le premier établissement de bains qu’ait connu Calais.

    En 1835, quelques Calaisiens se réunirent pour étudier l‘idée de la création d’un établissement de bains (à l’époque on ne disait pas encore casino).

    Le 1er juin 1837, le bâtiment des établissement de mer, conçu sur les plans de  l’Architecte de la ville, M. Vilain fut inauguré.

    Cet édifice élégant, surnommé “Sableville”, était élevé sur un plateau qui dominait la plage au milieu de jardins. Il comprenait : salon, chambre de repos, salles de lecture avec journaux français et étrangers, une salle de billard située dans un bâtiment annexe pour que le bruit des billes ne puisse déranger les personnes venant se reposer, un salon avec piano pour les dames, un buffet...

    Le casino et les bains de mer

     

    Un escalier conduisait à une belle plate—forme qui recouvrait tout l’édifice, des tentes y étaient disposées pour mettre les visiteurs à l’abri du soleil.

    En 1869, un restaurant et un kiosque furent créés, le jardin fut clôturé ce qui entraîna un droit d’entrée de 10 centimes. Concerts, tirs aux pigeons, bals et fêtes de nuit étaient organisés.

    Le casino et les bains de mer

    Pour 1870, on annonçait la construction de chalets mais la guerre franco—prussienne retarda les projets. Après le conflit, l’aspect de la ville et du port évolua considérablement… Le casino fut séparé de la mer par une courtine*, une digue de protection et entre ces deux ouvrages un fossé, de quoi décourager les amateurs de bains !

    C’est à l’occasion d’un voyage à Calais qu’Achille Bresson* se rendit compte du potentiel offert par la plage. 11 souhaitait utiliser la nouvelle digue en promenade et en même temps comme assise à un bâtiment développant ses salles de jeux et ses terrasses parallèlement à la mer. Le large fossé, qui avait causé tant de tort au premier établissement, serait alors utilisé pour des fêtes nautiques ou des régates*.

    En 1892, il se présenta au renouvellement du bail de la société de bains et obtint une concession de 25 ans. Le nouveau casino ne se fit pas attendre et ce grâce à une brillante idée de Bresson. Il acquit un pavillon en bois à un étage qui avait été édifié aux Champs—Elysées pour l’exposition de 1889 et en fit un casino. Dès 1895 l’établissement accueillait ses premiers visiteurs.

     

    * courtine : mur joignant les flancs entre deux bastions

    *Achille Bresson, né en 1856 dans l’Yonne, avait assumé la direction du Kursaal d’Ostende.

    *régate : course de voiliers sur un parcours délimité par des bouées.

    Le casino et les bains de mer

    L'établissement de bains en 1837: ”Sableville”

    Le casino et les bains de mer

     

    Le music-hall était une élégante construction carrée en fer abritant une vaste salle de spectacle de 500 places pour les concerts et les pièces de théâtre. Le premier étage accueillait un dancing. La toiture était surmontée d’une lyre.

     L’accès au casino n’était pas aisé et ce fut par la construction d’un barrage écluse et des ponts Henri Hénon en 1906 qu’un accès direct entre Calais-Nord et la plage fut réalisé. En 1910, l’ancienne passerelle en bois fut remplacée par un ouvrage en pierre permettant aux tramways d’amener les touristes et les Calaisiens à la plage directement.

    Le casino et les bains de mer

     Achille Bresson organisa des bains populaires pour les Calaisiens défavorisés grâce à l’installation d’une vaste tente avec gardien et où, moyennant 20 centimes au lieu d’un franc pour les cabines individuelles, on pouvait se changer et se sécher.

     Les vêtements dissimulaient le corps le plus possible, décence oblige. Les femmes, par exemple, portaient des pantalons bouffants, des vareuses* fermées jusqu’au cou, des bonnets et même des bas noirs contre les méduses. Les guides—baigneurs gardaient même dans l’eau un pantalon et une veste longue de laine, les guides-baigneuses étaient vêtues d’une longue robe de laine attachée au cou et couvrant entièrement le corps. Hommes et femmes se baignaient dans des zones séparées délimitées par des poteaux plantés en mer.

    Le casino et les bains de mer

     Les bains de mer étaient reconnus pour avoir des vertus médicinales. Il y avait trois façons de se mettre à l’eau : dans le bain à la lame baigneur se jetait lui—mème dans les vagues ou il était saisi et jeté à l’eau par son matelot Le baigneur pouvait rester assis sur les marches de sa cabine pour une immersion totale et se frictionner ou encore ne baigner que certaines parties du corps.

    Au début des années 1900, la baignade tendit plus à devenir une distraction.

     Le bâtiment central, construit en 1896, abritait les services du casino. On y trouvait les comptoirs de pâtisseries, de confiserie. On voyait même un vieux canon trouvé lors des travaux dans le port… La salle de restaurant accueillait jusqu’à 400 convives. Les visiteurs pouvaient prendre place sur la terrasse surélevée qui longeait ce bâtiment, déguster un café à l’abri du soleil sous une marquise* en ferronnerie, et jouir de la vue en écoutant des concerts en après-midi et en soirée.

    Le casino et les bains de mer

     La salle des petits chevaux ouverte de 15 h à 1 h du matin se trouvait dans le pavillon de l’exposition. Sur une sorte de table représentant les pistes d’un hippodrome, un mécanisme faisait avancer des petits chevaux, il fallait parier sur le numéro d’un cheval, le premier qui avait franchi la ligne d’arrivée avait gagné. Ce jeu de paris, très en vogue dans les casinos, & été remplacé par le jeu de la boule.

    À l’étage un salon était ouvert à diverses expositions d’art. Ce bâtiment était coiffé d’un belvédère avec un balcon surplombé par quatre horloges et un dôme.

     Les premiers chalets en bois s’établirent d’abord sur la digue puis, le succès, aidant sur le sable en doubles rangées. Après la Grande Guerre, les chalets continuèrent leur progression et finirent par rejoindre Blériot—Plage. Les enfants s’ébattaient entre les tentes multicolores.

     La digue carrossable avec trottoirs carrelés fut dotée de l’éclairage électrique en 1894. Après 1918, la terrasse fut prolongée vers l’est, des courts de tennis furent créés.

    Le casino et les bains de mer

     Une trentaine de voitures-baignoires tirées par de vieux chevaux conduisait les baigneurs jusqu’aux premières vagues. Chaque voiture était accompagnée d’une matelote pour les dames et d’un marin bon nageur pour les hommes.

    Le casino et les bains de mer

     

     *vareuse : veste très ample.

    *marquise : auvent vitré protégeant une terrasse.

    Le casino et les bains de mer

     

     Frédérique Evrard, pour le comité de rédaction des Amis du Vieux Calais. Illustrations : François Brosse.

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  • L'histoire du nom.

    Lors de la présence anglaise, elle s’appelait Market Place (place du marché). Lorsque Calais fut délivrée en 1558, on lui donna le nom de place d’Armes. Dans les villes où séjourne une garnison, c’est là que se déroulent les cérémonies militaires, comme le passage en revue des troupes. On trouve ainsi de nombreux lieux portant ce nom, par exemple à l’intérieur du fort Nieulay. Cette appellation est toujours restée à Calais, malgré plusieurs tentatives de changement.

     Les marchés.

    Le marché reprit après la reconquête de 1558 grâce à l’autorisation donnée dans la charte de François II. Jusqu’en 1959 et en dehors des périodes de guerre, un marché de grande envergure se tenait le mercredi et le samedi. Ce marché existe encore de nos jours même s’il n’a pas retrouvé son ampleur d’autrefois. Aux mêmes jours se tenait le marché aux herbes sur une petite place au coin sud-est de la place d’Armes. Le remembrement *1 l’a fait disparaître même si un décrochement dans la ligne des bâtiments en est un témoin.

     Les fêtes et les foires.

    La place d’Armes accueillait aussi des foires ; ainsi celle de fin janvier offrait aux Calaisiens théâtre (comme le théâtre Pigis), jeux d’adresse, prestidigitateurs, ventes de pains d’épices, attractions avec marionnettes, lanternes magiques représentant la Passion de Jésus Christ ou encore la tentation de saint Antoine, lutteurs, ours savants, une femme à barbe, une fillette de 70 kg, cuivres et grosses caisses... La fête connaissait un tel succès que la place devint trop petite ; en 1869, elle s’étendait de la rue Royale à la place Richelieu ! La place accueillit aussi le cirque américain “Bello & Myers” qui avait une capacité de 4000 spectateurs. Parfois les cirques en bois étaient revendus à la fin de la saison. Un carnaval avait lieu mais il finit par disparaître, ne rencontrant pas le succès escompté.

     Les boutiques.

    Des boutiques de style hétéroclite aux- quelles se mêlaient de luxueuses demeures bordaient les quatre côtés. La place avait de ce fait un caractère beaucoup plus convivial qu’à notre époque et elle était attractive de jour comme de nuit. Les rues voisines présentaient une architecture assez variée.

    Par exemple, la rue de la Citadelle possédait les seules maisons antérieures au XVIIe siècle, appelées “maisons espagnoles” car construites pendant la présence des Espagnols à Calais entre 1596 et 1598, dans un style ressemblant aux habitations à encorbellements de Canterbury.

     Un pôle dans la vie de la cité.

    L‘ancien Calais, avant sa fusion avec Saint—Pierre en 1885, correspondait globalement au Calais—Nord actuel ; la place d’Armes en était le centre politique, économique et culturel.

    Au Moyen âge, on exposait à la foule les bandits, malandrins et autres criminels, pieds et mains attachés à un poteau appelé pilori.

    Un arbre de la liberté fut installé à la Révolution française. Jusqu’au milieu du XIXème siècle, on disposa par intermittence une guillotine pour les exécutions capitales même si elle ne servit pas pendant la Révolution.

    On y célébrait les fêtes, comme la bataille des fleurs en 1906, mais aussi les catastrophes. Le 26 mai 1910, on rendit hommage aux marins victimes du drame du Pluviôse en y faisant passer le cortège long d’un kilomètre, vers l’église Notre—Dame.

     La Seconde Guerre mondiale et la reconstruction.

    Le quartier, notamment l’ancien hôtel de ville, s’embrasa lors des bombardements de 1940 et l’on reconstruisit au rabais, avec force ciment, afin de reloger rapidement le plus de monde possible. Les avis divergent donc quant à l’esthétique de ces bâtiments. Seule la tour du Guet survécut miraculeusement aux flammes.

    Si la place d’Armes n’est plus le théâtre de toute la vie de la cité, la tour du Guet reste néanmoins le témoin attachant d’une époque rythmée par le marché et les défilés militaires.

    La place d'Armes

     

    Le marché

    La place d'Armes

    Vendeuses du marché aux herbes

    La place d'Armes

    A : imprimerie.

    B : pharmacie.

    C : meubles.

    D : ”Café de l'industriel” (nom d'un journal).

    E : « A l’omnibus » (frères) restaurant.

    F : « Café du globe » hôtel restaurant.

    G : « Déballage roubaisien ».

    H : charcuterie.  

    | : "Au faisan gris”

    J : « le petit Journal ».

    K : mercerie.

    La place d'Armes

    L : tapisserie (Delecourt ls), ameublement, location de literies, pose de papiers.

    M : « Chez Jules » café — restaurant / maisons avec arcades.

    N : ”La ruche" fruits et légumes.

    0 : vins, épicerie, liqueurs (angle ouest : denrées coloniales, conserves

    alimentaires, vins et liqueurs .

    2)  Le marché aux herbes.

          Il n’était pas fréquenté par tous les commerçants mais exclusivement réservé aux maraîchers même si les marchands de poisson pouvaient aussi s’y installer. On y vendait, entre autres, cresson, cerfeuil et pourpier, d’où le nom de “marché aux herbes”.

      3) Le kiosque à musique et le réseau de tramways.

          Le kiosque offrait aux passants des concerts entre deux airs de carillon.Les tramways de la ligne place d’Armes — cimetière sud, arrivant par la rue du Havre font demi—tour par le boulevard International avant de regagner la place par la rue la Mer. Ils ont été électrifiés en 1908, auparavant ils étaient tires par des chevaux.

    4) La statuaire.

          La place d’Armes a abrité, à partir de 1924, la statue de Rodin, “Les Six Bourgeois de Calais”. Jusqu’en 1940, il y avait également, face au musée, des bustes : l’un du ”Balafré”, ou Duc de Guise (même s’il s’agissait en réalité du portrait de son fils !), le libérateur de la ville en 1558 ; l’autre du Cardinal de Richelieu ; et celui d’Eustache de Saint—Pierre sur la balustrade de la terrasse.

       6) La tour du Guet.

          Sa construction, qui daterait du milieu ou de la fin du XIIIème siècle, en fait le plus ancien vestige de la place d’Armes. Elle servait à surveiller les vaisseaux en mer et à avertir de l’approche d’ennemis. Un des deux guetteurs signalait aussi les foyers d’incendies. Enfin, la vigie devait avertir de l’ouverture des portes de la ville par cinq coups de cloche. Ils donnaient trois coups toutes les trois heures et appelaient les habitants à la retraite. Le moindre défaut de la part des observateurs pouvait leur valoir la prison.

    La face nord accueillait également un jacquemart 2* qui, lors des heures, demies et quarts d’heure symbolisait un combat équestre dont on disait qu’il s’agissait de François Ier et Henry VIII. La tour servit aussi de relais télégraphique, avec l’installation d’un appareil “Système Chappe” en 1816. A son pied, on a déposé l’ancienne cloche datant de 1770 qui sonnait le tocsin 3* et les heures.

        7) L'hôtel de ville devenu ensuite musée.

          Il avait été édifié pendant la période anglaise et possédait un beffroi modifié en 1609. Celui—ci symbolisait la liberté de la ville, les privilèges et les pouvoirs de la commune contenus dans la charte de coutumes. Plus il était haut, plus la symbolique était forte : il s’agissait de la volonté de montrer le pouvoir de la ville par rapport à tous les autres pouvoirs. Pendant la période anglaise, le beffroi servait aux directeurs de l’étape des laines qui y tenaient leurs assemblées. L’hôtel de ville tenait lieu de palais de justice, de tribunal ou encore de chambre de commerce.

    L’ensemble avait été reconstruit en 1740 et comportait quatre niveaux dont un beffroi octogonal de trois niveaux. Deux de ses côtés (vers la place depuis 1821 et vers la rue de la Citadelle à partir de 1863) étaient pourvus d’une horloge. 11 contenait l’unique exemplaire des anciens carillons de la Flandre française qui, de 1775 à 1834, jouait chaque heure l’air de “Gentille Annette” de Boieldieu.

    Trois ans après la fusion des deux villes, on décide la construction d’un hôtel de ville central sur la plaine dite du Sahara. Le 10 février 1892, on choisit de transformer l’ancien hôtel de ville, demeuré sans affectation précise depuis 1885, en musée. On construisit alors une verrière sur le toit du bâtiment.

     

    Les collections qu’il abritait étaient précieuses et l’origine de certaines pièces remonterait à l’Egypte antique ! Celles—ci, qui avaient été préservées lors de la Première Guerre mondiale, n’échappèrent pas à la Seconde. L’hôtel de ville possédait aussi une bibliothèque au deuxième étage. Au lendemain de la Libération, il ne restait donc que les ruines du musée. Son classement en tant que monument historique fut refusé par l’Etat et il fut rasé.

     

    La crypte du bâtiment se trouverait actuellement sous la route…

    La place d'Armes

    P : ”Au bon marché" nouveautés — blanc lingerie - soieries - confections - toiles - tapis - rideaux - draperies - fourrures.

    Q : café.

    R : épicerie.

    S : « A la centrale » grande épicerie.

    T : commerce.

    U : « Café Boulonnais » restaurant.

    V : « Au méridien » restaurant.

    La place d'Armes

    R : épicerie.

    S : « A la centrale » grande épicerie.

    T : commerce.

    U : « Café Boulonnais » restaurant.

    V : « Au méridien » restaurant.

    W : « Café Bellevue ».

    X : Fleurs naturelles (enseigne sur le toit : money exchanged).

    Y : « Aux deux villes » chemiserie - bonneterie - linoléums.

    Z : coquillages - souvenirs de Calais – articles de fantaisie.

     A1 : chaussures "A la botte d'or" - dentiste.

    B1 : "A la glaneuse bonneterie - ganterie - parapluies- mercerie.

                                                                                                    1)  Le grand marché.

          On trouvait sur le grand marché les produits de saison que venaient vendre les fermiers des alentours : légumes, beurre, œufs, contures ou encore fleurs, poulets, canards, oies, pigeons, lapins vendus vivants pour preuve de leur fraîcheur..

    1* Remembrement : Réorganisation des parcelles ou ilots fonciers, généralement pour une simplification.

    2* Jacquemart : Automate en forme de personnage qui frappe les heures avec un marteau sur la cloche d'une horloge.

    3* Tocsin : Sonnerie à coups répétés pour donner l'alarme.

     

    Textes : Suzanne STEMMER et Céline ALLOSTERY pour le Comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Dessins de J. François Binet.

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  • L’appui du chemin de fer influe fortement sur le développement du port de Calais. L’arrivée en 1848 du premier train de la ligne Paris—Calais provoqua la nécessité d’une gare pouvant accueillir les voyageurs candidats au voyage transmanche.

     Au début du XIXe siècle, les relations maritimes franco-britanniques se stabilisèrent de sorte qu’en 1815 une dizaine de bateaux français et autant de britanniques étaient utilisés dans le Détroit.

    Vers 1820, le port de Calais n’était que sommairement installé et ne pouvait accueillir que quelques bâtiments de faible tonnage.

    La gare maritime

     1.       A Calais , la voie ferrée fut prolongée en 1849 jusqu’au port d’échouage près duquel fut construite cette première gare maritime ouverte au public an août 1849. Le bâtiment, surnommé la gare du « Paradis », éclairé au gaz, était construit en bois avec une toiture en zinc. 11 comportait un hall de 20 mètres de large et de 100 mètres de long, un buffet, des salons d’attente, des bureaux... A proximité, on installa les services du  télégraphe électrique. Cet emplacement présentait un inconvénient : les navires à aubes ne pouvaient accoster le long des quais à marée haute, ce qui les obligeait à adapter les horaires. L’afflux constant des voyageurs aggrava la situation. On prolongea donc la voie ferrée jusqu’au quai de marée. Les passagers étaient ramenés par le train jusqu’à la gare du “Paradis” et dès lors le service des bateaux put fonctionner à heure fixe.

    2. En dépit de ces aménagements, le port ne pouvait satisfaire le flux de voyageurs. Le projet d’un nouveau port fut lancé en 1877. Pendant les travaux on construisit une gare provisoire en 1882 sur l’emplacement du quai de marée. Ce baraquement offrait tous les services : salle d’attente, fumoir, salle de lecture, bibliothèque, bar et buffet.

    3. Sept ans plus tard, le 3 juin 1889, le nouveau port et la nouvelle gare maritime furent inaugurés en grande pompe par le Président de la République, Sadi Carnot.

    La gare maritime

    4. L’évolution du port était étroitement liée à celle des bateaux. Les navires prirent de plus en plus d’ampleur, en 1854 certains faisaient la traversée en 1 heure et 30 minutes. Les compagnies maritimes se préoccupaient du confort de leurs passagers. De nouveaux bateaux apparurent, notamment le Nord et le Pas—de-Calais en 1898, long de 103 mètres, larges de 10 mètres 66 ; ils filaient à 21 nœuds. Ils étaient dotés de 2 salons, de quelques cabines de luxe, d’un fumoir et d’un bar. Ils devaient être les derniers paquebots à aubes du détroit, ils naviguèrent jusqu’en 1923.

    La gare maritime

    5. Le port de Calais accueillait également des navires de croisière. Le premier fut le “Stella Polaris”. Long de 120 mètres, il comprenait des cabines de luxe avec salle de bains, 2 salons de lecture, un auditorium, un fumoir, une vaste salle à manger, un gymnase, des salons de coiffure, un cabinet médical et un laboratoire photographique. L’équipage s’occupait des 200 passagers privilégiés qui effectuaient des voyages d’agrément en mer Baltique. Arrivé en 1933, il revint chaque été jusqu’en 1939.

    La gare maritime

    6. Calais accueillit aussi le premier service de transport d’automobiles, activité toujours très présente autour du port. La gare s’étendait sur une longueur de 275 mètres. Le bâtiment des voyageurs comprenait des installations dédiées au trafic ferroviaire, un grand nombre de bureaux, sept logements et d’importants dégagements pour le flux des voyageurs.

    La gare maritime

    1) Le pavillon central de la gare maritime était occupé par le Terminus Hôtel, il accueillait les voyageurs dans des chambres confortables à prix modique. Un des salons était dit “Du Prince de Galles”. Le roi d’Angleterre Edouard VII avait coutume de s’y arrêter, ainsi que les familles royales et les célébrités du moment. La salle du buffet, vaste et largement éclairée, s’étendait le long du magnifique hall de la gare décoré et fleuri. Les dimensions de cette salle permettaient d’y faire de grands banquets ofciels. Certains jours, le grand hall de la gare lui même, spécialement décoré et aménagé, servait de cadre à des réceptions solennelles, ou bien d’immenses tables s’y alignaient, où prenaient place des centaines d’excursionnistes qu’amenaient des bateaux spéciaux. Le bâtiment central était surmonté d’une horloge visible sur les quatre faces

     La gare maritime accueillit des hôtes de marque. En 1906, elle vit passer le roi Edouard VII, le roi et la reine, Norvège, la reine de Serbie, le prince et la princesse Adolphe de Suède, et les rois de Grèce, Espagne, Portugal... ce qui valut à notre ville le surnom “d’Auberge des Rois”.

     2) Les trains à leur arrivée s’arrêtaient sur les voies entre la façade et le quai ; au départ ils stationnaient sous la marquise intérieure et les voyageurs y accédaient en franchissant la salle des pas perdus longue de 110 mètres. Grâce à de gigantesques travaux de creusements, les quais étaient toujours à 5 mètres au—dessous de la basse mer, ce qui permettait aux steamers de pouvoir y entrer à n’importe quelle heure. Les premiers travaux commencèrent en 1877 sous la direction des ingénieurs Stoecklin et Vétillard. Le coût total des ouvrages portuaires s’éleva à 45 millions de francs de l’époque. La gare fut inaugurée en 1889, soit 12 ans de travaux.

     3) Derrière le train de voyageurs, existaient des petits bâtiments annexes séparés de la gare où on trouvait le local de la station de radio qui permettait de communiquer avec les navires, ainsi que divers bureaux. Une chaudière fournissait du chauffage central de la gare et des annexes ainsi que le chauffage des trains en stationnements car ils n’étaient pas dans ce cas attelés à la locomotive à vapeur. La gare possédait une centrale électrique autonome produisant du courant continu qui alimentait l’éclairage de tous les services de la gare ainsi que les moteurs des grues.

     4) Une grue électrique équipait le nouveau port. Elle avait un palan avec crochet et à l’arrière de la cabine un énorme contrepoids rectangulaire à l’allure de gouvernail. Le quai, long de 560 mètres, permettait l’accostage simultané de 5 paquebots ou de 2 paquebots et un car—ferry. Il n’était pas formé d’une muraille continue mais comportait des chambres appelées également retraites dans lesquelles étaient établis deux par deux des appontements à étages formés de charpentes métalliques et disposés de manière à permettre l’embarquement et le débarquement des voyageurs et de leurs colis quelle que soit la hauteur de la marée.

     5) Les paquebots de la Compagnie du Nord ou la Compagnie du London Chatham accompagnaient la traversée, de jetée à jetée, en moins d’une heure. Un service régulier de 3 voyages chaque jour à heures précises (matin, après-midi, nuit) dans chaque sens, permettait un trajet de Paris a Londres en 7 heures quel que soit l’état de la mer. Le nouveau port assurait les services de paquebots, des trains internationaux assurant la correspondance des navires. Ces trains reliaient Bâle, Berlin, Bruxelles, Brindisi, Constantinople, Varsovie, sans oublier le célèbre Orient—Express. La gare accueillait également le service postal entre la France et l’Angleterre dont la Malle des Indes qui faisait transiter par Calais le courrier venant des Indes. Une grande effervescence régnait sur le quai à l’arrivée des trains et des paquebots : voyageurs de pays divers, interprètes, douaniers, porteurs…

    Ces derniers portaient d’ailleurs une casquette agrémentée d’une plaque de cuivre numérotée afin de montrer leur appartenance à l’administration. Le train Calais Paris Nice Express créé en 1883 était connue sous le nom de train bleu. En dehors des services ordinaires, les paquebots servaient aussi à transporter une nouvelle catégorie de voyageurs apportés par le chemin de fer : les excursionnistes. Dès 1848, des billets à prix réduits furent proposés pour faire la traversée et passer quelques heures à terre.

     

     

    Frédérique Evrard pour le Comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Dessins de Jean-François Binet.

    Paru dans Calais-Réalités le mag n°174

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  • Calais et les Six Bourgeois...Calais, « cite des Six Bourgeois ». Le chef—d'œuvre de Rodin qui trône devant l'Hôtel de Ville est devenu le symbole de notre ville : qui pouvait imaginer que ce monument attendu pendant douze ans deviendrait si réputé?

    Rodin et les Six Bourgeois

    1347 : après un siège de près d’un an mené par le Roi d’Angleterre, Edouard III, Calais cède et six bourgeois doivent apporter les clefs de la Cité qui devient anglaise pour plus de deux cents ans. Cinq siècles s’écoulent avant de penser ériger un monument rappelant cet épisode. La municipalité dirigée par Omer Dewavrin 1* reprend l’idée de représenter les bourgeois. En effet, en 1884, Calais est prête à fusionner avec la commune voisine, Saint—Pierre, et le maire souhaite graver dans les mémoires le passé glorieux du “Vieux—Calais”. Le 24 septembre 1884, Dewavrin propose « d’élever un monument à Eustache de Saint—Pierre et ses compagnons, à l’aide d’une souscription nationale ».

     Séduit par la demande

     Auguste Rodin est alors un artiste reconnu dans les expositions mais pas encore en province. P.A. Isaac, Calaisien fréquentant les salons parisiens, ami du sculpteur, le recommande auprès du maire qui visite en octobre 1884 l’atelier parisien de Rodin au 182 rue de l’Université. Rodin est séduit par la demande et se lance dans la lecture des Chroniques de Froissart 2*.

    Dès lors, une correspondance abondante et passionnante lie Dewavrin et Rodin : au total cent cinquante-neuf lettres échangées entre 1884 et 1903.

    Rodin écrit le 5 novembre 1884 : “ J’ai eu la chance de rencontrer une idée qui me plaît et dont l’exécution serait originale” ; six personnages reliés par une corde mais individualisés, représentés de façon dramatique. En quelques jours il modèle une esquisse en terre, moulée en plâtre puis en bronze 3* et envoyée au Comité de souscription. Le 24 janvier 1885, Dewavrin répond que le comité, sans examiner les cinq autres propositions, décide de confier la réalisation du projet à Rodin pour 15 000 F.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Le 26 juillet 1885, Rodin présente lui—mème à Calais une nouvelle maquette en bronze dite au tiers : le Comité commence à douter des talents de Rodin. Le monument n’a pas une forme pyramidale et grandiose mais prend l’aspect d’un cube disgracieux. Rodin exprime la souffrance et la douleur avec des personnages accablés, perçus comme faibles : est—ce ainsi que l’on représente les héros de Calais ?

    Mais Rodin ne renonce pas à ses conceptions : animé par la passion et malgré la faillite de la banque où se trouvait l’argent de la souscription, il continue de modeler les Bourgeois en dépit de l’opposition du Comité.

    Rodin travaille dans plusieurs ateliers 4* pour réaliser de façon indépendante les modèles de chacune des six statues du monument qu’il réunit ensuite :

    — Eustache de Saint—Pierre représenté avec une barbe pointue, les mains pendantes, accablé par le poids de la corde qui s’enroule autour de son cou ; un aspect qui était jugé navrant par le Comité.

    — Jean de Fiennes représenté dans une attitude d’acceptation du sort qui lui est réservé.

    — Pierre de Wîssant caractérisé par le modelé mouvementé de la partie supérieure de la bouche mais aussi la torsion de sa silhouette : l’élan du bras et le rejet de la tête pathétiques.

    — Jacques de Wissant au profil accentué par un front chauve, des yeux creusés, un nez et un menton forts.

    — Jean d’Aire qui apporte les clefs de la ville.

    — Andrieus d’Andres qui fut la seule statue modelée habillée dès l’origine.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Rodin débute par l’étude du nu. Il modèle séparément les parties du corps : la tête bien sûr mais aussi les mains (Eustache de Saint—Pierre, Pierre et Jacques de Wissant), les pieds. Il ne s’appuie pas sur les règles de l’académisme 5* ou des stéréotypes mais choisit une morphologie qui serait propre à la région d’origine des personnages. Ainsi, il demande à son ami, le peintre Jean-Charles Cazin, né dans notre département, de poser pour le buste d’Eustache de Saint—Pierre. Les têtes peuvent être travaillées grâce à des esquisses deux fois plus grandes que la statue finale afin d’obtenir des expressions plus marquées.

    Chaque élément est d’abord esquissé, modelé à coups de pouce dans la terre crue puis cuite, suivent ensuite plusieurs épreuves en plâtre pour obtenir ensuite d’autres fontes en bronze. Les statues sont photographiées tout au long de leur élaboration (huit cents clichés ont été conservés) afin de permettre à Rodin de retravailler les détails, de modifier les postures. Il annote les photos, les transforme en croquis, reprend les musculatures.

    Rodin réalise ensuite des modèles drapés : il ajoute une lourde chasuble, dont il transforme les plis au moyen de la photographie qui lui permet également de réaliser des essais de mise en situation et en lumière.

    Rodin expose à plusieurs reprises l’ensemble du monument ou certains éléments seuls :

    - mai 1887 à la galerie Georges Petit, trois Bourgeois sont présentés

    - 1889 à la même galerie, le modèle complet en plâtre à l’occasion de l’exposition Monet—Rodin.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Rodin modèle séparément les parties du corps : la tête bien sûr mais aussi les mains.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Il demande à son ami, le peintre Jean-Charles Cazin, né dans notre département, de poser pour le buste d'Eustache de Saint-Pierre.

    En 1889, les Six—Bourgeois sont achevés mais les difficultés financières persistent.

    En 1895, le Comité se reconstitue et des subventions sont accordées par l’Etat et le Conseil général. Il ne reste qu’à couler le bronze, fabriquer un socle et choisir un emplacement : les oppositions surgissent.

    Alors que Rodin voyait son œuvre sur la Place d’Armes, Dewavrin choisit d’autorité l’entrée du jardin du front sud (à la place des anciennes fortifications, l’actuel jardin Richelieu). Le monument doit être placé sur un piédestal de deux mètres de hauteur pour être mieux vu. Rodin avait essayé cette disposition dans les jardins de sa villa en plaçant les Bourgeois sur un socle en bois mais il avait aussi songé à faire sceller les personnages les uns derrière les autres à même le sol.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Rodin réalise ensuite des modèles drapés : il ajoute une lourde chasuble, dont il transforme les plis au moyen de la photographie.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Rodin et les Six Bourgeois

    En 1898 à Bruxelles, Rodin présente seulement les torses des Bourgeois en plâtre, drapés, sans bras, en deux rangs serrés, sur une estrade basse que les visiteurs dominent.

    L’inauguration de la statue donna lieu à trois jours de fêtes : les 1er, 2 et 5 juin 1895 en présence de Rodin et d’un ministre. A ce moment, l’œuvre dérange car n’est pas conventionnelle puis elle devient familière et même indispensable: Calais s’identifie à ce symbole mais lorsque la Première Guerre mondiale éclate, on attend l’année 1918 pour abriter le monument En 1919, le monument est placé sur la Place d’Armes qu’il quitte pour revenir devant le Jardin pendant cinq ans avant d’être à nouveau installé Place d’Armes. Après un séjour dans les caves de l’hôtel de ville et en Seine—et—Marne pendant la Seconde Guerre mondiale, il occupe la Place du Soldat Inconnu à partir de 1945 et jusqu’à aujourd’hui hormis un séjour de plusieurs mois en 2001 à Rome pour restauration. Il existe aujourd’hui douze moulages des Six-Bourgeois, le dernier datant de 1995. 11 sont exposés dans des musées, des jardins ou au siège d’une entreprise à Séoul.

     1*. Omer Dewavrin, dernier maire de Calais avant l’union avec Saint-Pierre (1882-1885) puis de 1892 à 1896 acheva la démolition des fortifications et fut l'artisan de la commande du monument. Rodin a réalisé son buste visible au Musée des Beaux—Arts de Calais.

    2*. Froissart a raconté les épisodes de la Guerre de Cent Ans (dont le siège de Calais) dans l'ordre chronologique.

    3*. Présentée au Musée des Beaux-Arts de Calais.

    4*. 117 Boulevard de Vaugirard et 17 faubourg Saint-Jacques à Paris, Villa des Brillants à Meudon.

    5*. Académisme : imitation sans originalité de règles et de modèles traditionnels.

    Rodin et les Six Bourgeois

    Rodin avait essayé, dans les jardins de sa villa, de placer le monument sur un piédestal de deux mètres de hauteur pour être mieux vu.

    Rodin et les Six Bourgeois

    L’inauguration de la statue donna lieu à trois jours de fête, les 1er, 2 et 3 juin 1895 en présence de Rodin et d'un Ministre.

     

    Marie-Laure Fourmanoir, pour le Comité de rédaction des Amis du Vieux Calais…

    Dessins : M. Jean-François Binet

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  • Calais était dès le XIIIe siècle une ville forte : 3000 mètres de remparts, 40 tours et un château construit à la demande du comte de Boulogne, gardés et entretenus par les habitants ou le comte. Sa situation explique son rôle économique mais représente Souvent un objet de convoitise, en particulier pendant la guerre de Cent Ans.

    Kaléis au début du XIVe siècle

    Pendant le siège, Calais était défendue par une garnison composée d’écuyers à cheval payés par les bourgeois.

    L'administration de la ville

    Jusqu’au XIIIe siècle, Merc-en— Calaisis (Marck aujourd’hui) et Calais semblent être administrées par le même échevinage composé de magistrats représentant le pouvoir comtal. Vers 1181, une charte de coutumes, accordée par Gérard de Gueldre, comte de Boulogne, prévoit le mode d’élection et l’attribution des pouvoirs de certains bourgeois élus conseillers municipaux (les échevins) à la tête desquels se trouve le maire (le mayeur). De plus, il reconnaît Calais comme étant une commune dotée de magistrats appelés “koremans”, hommes de la keure 1*.

     

    Depuis 1265, Calais dépendait non plus du comté de Boulogne mais de celui de l’Artois. Certains pouvoirs comme l’exercice de la haute justice, la perception des impôts et amendes étaient exercés par le représentant du comte : le bailli.

     Un pôle commercial

     

    Les marchandises amenées à Calais par mer et réexpédiées en dehors de la ville étaient une source de revenus pour la cité.

    De même, le bailli percevait, entre autres, le tonlieu 2* aux ponts de Nieulay à l’ouest ou de l’Estade à l’est ; les bourgeois de la ville en étaient exemptés. La place du marché, institué le dimanche puis le samedi, et celle du marché aux grains étaient aussi les lieux d’imposition en espèces ou en nature. Les impôts concernaient les céréales et légumineuses vendues ainsi que les vins achetés en Anjou et Aquitaine, les harengs péchés au large de Calais, la goudale 3* importée d’Angleterre, les fruits méditerranéens, les fromages hollandais, le sel du Poitou, … A l’instar des villes voisines de l’Artois et de la Flandre, la vente des draps était importante et le comte comme la ville percevaient des taxes sur le lieu de vente : la halle. Calais était cependant réputée pour être devenue un “nid de corsaires” qui s’abritaient dans le havre et attaquaient les navires anglais croisant dans le “Channel”.

     

     Le siège

     

    Il est connu grâce, entre autres ouvrages, aux “Chroniques” de Froissart qui raconte la guerre de Cent Ans. L’attaque anglaise se produit après la victoire de Crécy le 26 août 1346. Edouard III, roi d’Angleterre, prépare un long siège de la ville. En effet, la cité est défendue par les marais mais aussi par des murailles puissantes munies de fossés inondables à chaque marée. Edouard III 4* décide d’affamer la ville en s’installent assez confortablement et sûrement au sud-ouest. Il fait construire, sur le banc de cailloux où se trouvent actuellement les boulevards Lafayette et Gambetta, une véritable ville correctement approvisionnée, “Villeneuve—la-Hardie”. L’armée qui tient le siège serait passée de 32 000 à 100 000 hommes.

    La population est menacée de famine, Jean de Vienne, bourgeois et gouverneur de Calais, fait renvoyer la partie la plus pauvre de la population pour mieux nourrir la garnison. Ainsi entre 1 700 et 3 000 “bouches inutiles” traversent les portes et les troupes anglaises, semble-t—il sans être inquiétées.

    Après quelques tentatives de sortie vers les terres dès l’hiver 1346—1347, la population encerclée doit se contenter d’approvisionnements par mer : en effet, au sud, les murailles sont attaquées par des trébuchets, des centaines d’archers mais aussi des armes d’un nouveau genre : l’artillerie à poudre. Toutefois ces balbutiements de la guerre moderne ne permettent pas une avancée décisive des Anglais : à partir du mois de février 1547, Edouard III, grâce à 120 navires, entame le blocus du port. En juin, il intercepte une lettre du gouverneur destinée au roi de France,

    Philippe VI de Valois“, présentant l’état de famine et contenant un appel au secours. Cependant une armée de secours, préparée en mai 1547 et arrivée à la fin du mois de juillet sur les hauteurs de Sangatte et Coquellles, ne peut attaquer les troupes anglaises. Aucun accord entre les deux mis sur une bataille ou un arrêt du siège n’est trouvé.

    Finalement, le 2 août, l’armée de secours se retire sans combattre. Le lendemain, Jean de Vienne monte à la tour du Guet pour annoncer les conditions de la reddition : le roi d’Angleterre souhaite la capitulation sans condition, le gouverneur demande à épargner la population et la garnison : six bourgeois, Eustache de Saint—Pierre, Jean d’Aire, Jacques et Pierre de Wissant, Andrieu d’Andres et Jean de Fiennes, pieds nus et la corde au cou, acceptent de se sacrifier et de livrer les clefs de la ville à Edouard III. Les bourgeois qui avaient accepté de se sacrifier sont finalement épargnés, à la demande de la reine d’Angleterre, Philippa de Hainaut. Ils furent immortalisés par le sculpteur Auguste Rodin au XIXème siècle. Après un siège de 11 mois, la ville tombe : Edouard III expulse la population et prend possession du château, Calais est aux mains des Anglais qui la conservent jusqu’en 1558.

     

     1* Keure : constitution attribuant aux habitants d’une commune ainsi reconnue des pouvoirs privilégiés mais contrôlés au sein de la ville)

     2* Tonlieu : droit à payer au passage d'un pont pour des marchandises très variées comme le cuir, le hareng, le blé, le vin, la viande.

     3* Goudale : bière ambrée dont le nom vient de l'expression "Good ale".                                                                                                                 4* Edouard III d’Angleterre se présentait lui aussi 

    Kaléis au début du XIVe siècle

    Les habitants du Courgain mais aussi de la ville étaient souvent pêcheurs.

    Kaléis au début du XIVe siècleKaléis au début du XIVe siècle

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    La ville était dirigée par des échevins principalement issus de la bourgeoisie : les tenues vestimentaires permettaient de les distinguer du reste de la population.

     

     

    Kaléis au début du XIVe siècle

    A la bataille de Crécy, en 1346, un nouveau type d'armes utilisant la poudre apparaît : la couleuvrine est l’ancêtre du canon. L’artillerie est née mais il s’agit seulement des prémices.

    Kaléis au début du XIVe siècle

    Kaléis au début du XIVe siècle

    Kaléis au début du XIVe siècle

    Kaléis au début du XIVe siècle

     

    1 L’église Saint—Pîerre du village de Pétresse (ou Saint—Pierre) dont les parties basses dataient du IXe siècle s’élevait approximativement à l’emplacement de l’actuel hôpital.

     2 Les Anglais, craignant l’arrivée de troupes de renfort pour aider la place de Calais, avaient installé une ligne de défense dirigée vers le sud.

     3 Une autre ligne était tournée vers la Ville.

     4 La tour du Prince.

     5 Le jardin se trouvait à l’emplacement de l’hôtel de Guise construit par la suite et préservé jusqu’au début du XX° siècle.

     

    6 Le couvent des Minimes : cette communauté religieuse était présente dès le début du XIV" siècle. Il y avait bien d’autres ordres représentés tels les Carmes qui furent chassés par le roi d’Angleterre.

     7 L’église Saint—Nicolas, première paroisse de Calais. Ce lieu de culte daterait du milieu du XIe siècle. Il fut détruit au XVIe siècle après la reprise de la ville aux Anglais, en raison de la construction de la Citadelle où l’on érigea, en souvenir, une chapelle Saint—Nicolas.

     8 La porte de Boulogne.

     9 Afin de mener le siège, Edouard III construisit une véritable ville pour plus de 40 000 hommes : Villeneuve-la—Hardie, placée au sud—ouest de la ville.

     10 Ce village était complété d’un fort.

     11 Le puits dit “de Boulogne” complété par un four à chaux : les maisons étaient faites de bois, de briques mais aussi de mortier, un mélange de sable et de chaux.

     12 Le chemin des Pierrettes. Il s’agissait d’un banc de dunes et de galets au milieu des terres marécageuses.

     13 Ce pont était le seul qui traversait la rivière de Neuna, permettant ainsi de lier Calais et Boulogne. A l’ouest, les Anglais construisirent par la suite le premier fort Nieulay.

     14 Au milieu du XVI“ siècle, cette rue correspond à la limite entre la ville de Calais, à l’est, et, à l’ouest, les terrains qui ont été récupérés afin d’édifier la citadelle.

     15 Le château construit à la demande de Philippe Hurepel, comte de Boulogne. On y accédait par un pont—levis passant au dessus du fossé relié à la rivière du Nieulay. A partir de 1558, les travaux sont effectués afin de préparer l’attaque anglaise : on augmente les munitions et l’armement, on rehausse les murs par de la brique et on entretient l’ensemble des fortifications avec grand soin.

     16 Les moulins à vent servent à moudre les grains mais aussi à presser l’huile.

     17 La chapelle Saint—Jean—Baptiste.

     18 Le marché aux grains.

     19 La tour de l’officier de douane.

     20 La porte d’eau.

     21 Les joutes avaient régulièrement lieu sur les places de la ville : elles opposaient des chevaliers sur des montures magnifiquement caparaçonnées.

     22 Sur un banc de sable, le premier fort “Rysbank” fut construit en bois. En effet, Edouard III voulait bloquer tout secours pouvant venir de la mer aux Calaisiens.

     23 La porte du Havre (c’est—à—dire du port) permettait aux charrettes et piétons d’entrer en ville. Elle s’appelait également porte de la lanterne en raison de la présence d’une lumière signalant la position de la ville.

     24 Juste à côté de la porte se trouvait une écluse qui barrait la rivière de Guines. Celle—ci traversait Pétresse puis Calais avant de se jeter dans la mer.

     25 Sur la place du Marché, qui fut appelée ensuite place d’Armes, se trouvait la maison du mayeur et des échevins. C’est également dans cette bâtisse que fut installée, pendant la période anglaise, l’“Etaple” des laines : les importations de laines anglaises passaient obligatoirement par Calais pour être taxées.

     26 Il s ’agit ici de l’un des hôpitaux de la ville, situé extra—muros. On trouvait en effet, dès 1264, un autre hôpital à proximité de l’église Saint—Nicolas. Aujourd’hui vers la place des fusillés.

     27 La tour du Guet et la maison de la ville.

     28 Hors des murs se trouvait le quartier des pêcheurs, appelé le Courgain.

     29 l’église Notre—Dame est devenue paroisse en 1224.

     30 A partir de 1228, la ville, à la demande de Philippe Hurepel, était entourée de hautes murailles complétées vers l’extérieur de fossés en eau, voire simplement inondables.

     31 A l’est, un enclos servant de pâtures longe le côté extérieur du fossé est

     32 Le cimetière.

     33 La porte du lait ou du moulin. Il est impossible de déchiffrer le plan ancien : « milk gate » ou « mill gate ».

    Textes Marie—Laure FOURMANOIR et David DUMONT pour le comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Illustrations : François Brosse.

    Pour compléter votre lecture.

     

    Fernand LENNEL. Calais des origines à la domination anglaise.

     

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  • Le nom de Georges Andrique, qui a été donné à une école primaire du Beau-Marais et à une rue de ce quartier, résonne familièrement aux oreilles de tous les Calaisiens. Beaucoup se souviennent encore du peintre qu’il fut, mais rares sont ceux véritablement à même de mesurer l’étendue et la portée de son œuvre picturale, qui n’a fait l’objet à ce jour d’aucune monographie. On a en revanche souvent oublié que ce brillant touche-à-tout fut aussi revuiste de talent, poète reconnu et un décorateur de théâtre.

    Georges Andrique

    Photographie de Georges Andrique, dans les années 1950 (collection particulière de l'auteur)

    Georges Andrique

    Œuvre majeure de Georges Andrique, Le quai de Ia Colonne représente les pêcheurs du Courgain au travail et donne un aperçu de la configuration du quartier avant les bombardements.(collection particulière de l'auteur).

    Georges Andrique est né le 2 novembre 1874 à Calais—Nord, rue de Guise, Où ses parents tenaient une boulangerie. Il travailla toute sa vie comme agent d’assurances et épousa en 1911 Marguerite Deguînes, en compagnie de laquelle il fêta officiellement ses noces d’or cinquante ans plus tard. Le couple n’eut qu’un fils, Henri, né en 1919. Ce dernier n’eut pas le temps d’achever ses études de médecine : atteint de tuberculose, il succomba à la maladie à l’âge de 18 ans, laissant dans le cœur de ses parents un chagrin ineffaçable.

    Pourtant, tout au long de sa vie, Georges Andrique afficha une jovialité et un optimisme sans faille. Ceux qui l’ont connu aiment à évoquer son tempérament extraverti, son goût pour la plaisanterie et la gaieté qu’il mettait dans tout ce qu’il entreprenait. Cigare aux lèvres, chapeau gris à bords roulés, canne l’âge venant... L’artiste s’était forgé une silhouette typique, reconnue de tous les passants qui l’apercevaient assis devant son chevalet sur le quai du Paradis, en train de représenter un coin du Vieux Courgain, quartier dont il sut si bien saisir l’atmosphère pittoresque.

    Très jeune, alors qu’il était élève au collège municipal de la rue Leveux, Georges Andrique commença à dessiner sous la houlette de son professeur, M. Guilmet. Il reçut ensuite les conseils du peintre anglais Abel Prior, qui était établi à Calais, avant de parfaire son art en suivant des cours à l’académie de dessin de la ville. Malgré cette for- mation relativement sommaire, il obtint en 1927 une mention honorable au Salon des Artistes Français de Paris, auquel il participa pendant trente ans. Très prolifique, il fut l’auteur d’innombrables tableaux représentant des paysages du Calaisis mais aussi de la côte d’Azur, où il aimait passer ses vacances. La Compagnie des Chemins de Fer du Nord fit aussi appel à son talent pour réaliser quelques affiches colorées, qui ornèrent les gares des grandes villes de France. Il avait pris l’habitude de signer ses œuvres “Géo” Andrique. Son héritage est revendiqué par certains peintres contemporains, comme Alain Dimpre ou Gérard Hugue.

    Les talents de Georges Andrique furent aussi littéraires. Loin de mépriser le registre populaire, il composa avec son ami d’enfance, Léon Vincent, quelques revues locales à succès comme Le Tour de Calais en 80 minutes, Tout Calais y passera. En 1910, il mit sur pied avec Emile Camys, directeur de l’école de musique, la revue locale Calais en lî4ir retraçant avec humour l’épopée des pionniers de l’aviation, et le fameux monologue intitulé L’Armonteur. Seul, il écrivit Le livret de Lisette, une opérette en un acte, et celui des Fleurs jalouses.

    Il ne dédaigna pas non plus la pure poésie et connut la consécration en 1957 avec la remise de la Rose d’Or par les Rosati du Calaisis.

    Georges Andrique

    Une vue d’une rue de Calais-Nord avant la Seconde Guerre mondiale, signée Géo Andrique. A l'arrière-plan, la Tour du Guet et l'ancien beffroi.

    Georges Andrique

    Une affiche célèbre signée Géo Andrique. Encore une fois, le monde de la pêche et le Courgain maritime sont mis en valeur.

    Georges Andrique

    Ce charmant dessin a été réalisé en quelques minutes par Georges Andrique un jour de banquet, au dos d'un menu cartonné. (collection particulière de l'auteur)

    Une fois député-maire, Léon Vincent nomma Georges Andrique conservateur des décors du théâtre municipal. Il créa ainsi le décor pour Le pays du Sourire lors de sa première représentation à Calais et forma alors un fameux tandem avec André Culié. Son engagement dans la vie culturelle de la cité ne s’arrêta pas là : vice—président d’une délégation spéciale créée par la municipalité à partir de 1955, il œuvra par exemple à l’organisation d’un Salon annuel des Beaux-arts à Calais, manifestation dont la réputation ne tarda pas à dépasser le cadre régional.

    La longue vie de Georges Andrique — il décéda à 90 ans — fut émaillée d’épisodes difficiles, comme en 1940, lorsque, fuyant avec son épouse sa maison de l’avenue Wilson en feu il fut blessé par une balle allemande et vit la totalité des tableaux qu’il conservait réduits en cendres par l’incendie. La remise de la croix de chevalier de la Légion d’Honneur en 1962 des mains de Jacques Vendroux représenta à l’inverse un moment de vrai bonheur dans l’existence d’un artiste dévoué qui déclara à cette occasion : “Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par amour pour Calais. J’ai cherché à servir ma ville natale”.

     

    Texte Magali Domain Pour le comité de lecture des Amis Du Vieux Calais

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