• Saviez-vous que le Calaisis dispose aujourd’hui de l’un des plus importants pôles hôteliers de la région ? Une présence qui s’inscrit dans une longue tradition puisque, nombreux furent les hôtels construits pour héberger les milliers de voyageurs, célèbres ou anonymes, qui se rendaient en France ou en Angleterre. C’était au temps des diligences avant que le chemin de fer n’arrive à Calais...

    Calais, l'auberge des rois

    Jusqu’en 1848 et l'arrivée du chemin de fer à Calais, les déplacements, réservés à une élite se faisaient au rythme du cheval.

    Fondé sur la route de deux grandes capitales, Londres et Paris, Calais fut par vocation une étape de repos presque obligée pour les voyageurs. Au temps lent des déplacements à cheval, quand il fallait deux jours de diligence pour joindre Calais à la capitale, de nombreux établissements de toute nature y virent le jour. Il ne s’agissait pas seulement d’auberges où dormir et se restaurer, mais aussi “d’agences de location” ou de vente de chevaux, de voitures, parfois même d’atelier de réparation. Par mauvais temps, les voyageurs y restaient bloqués plusieurs jours Talleyrand y soupira ainsi quatre nuits, aussi fallait-il les distraire par une bibliothèque, un théâtre anglais de proximité ou mieux encore une bonne table....

    Dans la première moitié du XIX° siècle, aux voyageurs fortunés, Calais offrait ainsi plusieurs établissements de grande classe, dont un au moins jouissait d’une réputation européenne.

    Calais, l'auberge des rois

     

    Jusqu’en 1821 et l’arrivée du premier vapeur, la plupart des traversées se faisaient encore sur de petits navires à voile que les Anglais appellent tout de même ”Packet”, paquebot en Français. Du voyage, le débarquement n’était pas le moins périlleux.

     

    Calais, l'auberge des rois

     

    Depuis les années 1760 est ouvert, rue Royale, l’hôtel Dessin, qui mérite bien sa réputation : “l’auberge des rois et la reine des auberges”. Il faut dire que s’y sont présentés les rois de Danemark, de Prusse, d’Angleterre (George IV), de France (Louis XVIII et Louis—Philippe), que les deux Napoléon y sont descendus, ainsi que le tsar Alexandre. C’est la résidence calaisienne des Lords, des Pairs et des diplomates (Talleyrand). Si son architecture est modeste, il n’en va pas de même de l’intérieur, réputé pour son luxe, et il offre, en centre-ville, un jardin à l’anglaise, débouchant sur le théâtre de Calais.

    Plus modeste dans ses fréquentations, se dresse, rue Neuve, l’imposant bâtiment du Lion d’Argent — trente fenêtres en façade — ouvert vers 1705 et tenu au XIX° siècle par Auguste Quillacq, cousin de Léon Dessin. Ici logent les banquiers de passage, en particulier les Rothschild, mais aussi Lord Palmerston ou le compositeur Félix Mendelssohn.

    A l’angle de la rue de Thermes et de la rue Eustache de Saint—Pierre, Antoine Rignolle tient l’hôtel Bourbon pendant une trentaine d’années après Waterloo. Sa clientèle est aussi huppée que celle des deux précédents : Arago, le comte Grey (celui du thé Earl’s Grey), les peintres Delaroche, Garneray et Lami, ou les inventeurs de la photographie Daguerre et Niepce.

    L’hôtel Royal se vante d’être le seul d’où l’on puisse voir la mer par dessus les remparts et, à l’occasion, les côtes anglaises. Il s’agit de l’ancienne résidence de la duchesse de Kingston, sur l’emplacement de l’actuelle Chambre de Commerce.

    Calais, l'auberge des rois

    La façade de l‘ancien hôtel Meurice donnait sur la rue du Duc de Guise.

    Calais, l'auberge des rois

    Tout voyageur débarquant à Calais se voyait retirer son passeport aux douanes. Une fois enregistré, il était déposé en mairie où son titulaire venait le réclamer. Certains hôtels calaisiens employaient un commissionnaire d’hôtel pour éviter ces fastidieuses démarche à leurs clients.

     

    Ici sont venus l’aquarelliste Bonington et Las Cases, au retour de Sainte-Hélène. Dernière enseigne recherchée, l’hôtel Meurice porte le nom de son fondateur depuis 1760 (son ls créera l’hôtel Meurice de Paris). La clientèle est moins fortunée ici que dans les établissements précédents, mais elle n’est pas moins prestigieuse puisqu’il est le rendez—vous des artistes et des négociants spécialisés dans le luxe. Ici descendent la Malibran, Clementi, Rossini, Viotti, Odilon Barrot, Prosper Mérimée, messieurs Moët et Chandon, les Martel] et les Hennessy de Cognac, ou le maître de la gastronomie française Antonin Carême.

    L’arrivée du chemin de fer en 1848 sifflera la n pour la plupart de ces établissements. Alors qu’il ne faut plus qu’une journée pour se rendre de Londres à Paris, il n’est plus nécessaire de faire étape à Calais, d’y louer une voiture. C’est ainsi que de tous ces beaux hôtels, qui firent longtemps la réputation de Calais, seul le Meurice maintient son enseigne aujourd‘hui.

    Calais, l'auberge des rois

    Dans la grande cour intérieure du ”Kingston Hotel” régnait toujours une intense activité au moment du départ de la diligence pour Paris.

     

    Philippe CASSEZ, pour le comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Illustrations: Thomas Fieffé

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  • Zeppelins sur Calais

     Depuis son invention au XVIII" siècle, le ballon dirigeable enthousiasme toujours petits et grands. C’est oublier que durant la première guerre mondiale, l’un des plus grands fabricants allemands, Zeppelin, en fit aussi une arme de guerre, moins pour bombarder que pour terroriser les populations civiles. Calais, bien qu’éloignée du front ne pouvait y échapper...

    Après la déclaration de guerre du 2 aout 1914 les populations doutent de l’utilisation de l’arme aérienne. Les avions « Taubes » et les dirigeables du comte Zeppelin semblent des menaces bien incertaines.

    Les événements confirment cette impression car seulement deux avions allemands viendront survoler la ville : l’un en septembre 1914, l’autre en décembre. Cependant des Zeppelins bombardent l’Angleterre le 20 janvier 1915 puis le 22 Dunkerque est attaquée par des avions.

    Le 25 février 1915 à 4h20 une dizaine d’explosions réveillent les Calaisiens qui, curieux, se précipitent dans les rues. Le silence revient mais soudain des moteurs puissants se font entendre. C’est dans leur grondement que le premier Zeppelin ayant attaqué Calais s’enfuit vers la mer. La nuit était très sombre mais quelques personnes ont aperçu un “gros cigare” dans le ciel. C’est un monstre aérien qui nous & survolé : le ZX mesure 158 m de long, son plus gros diamètre est de 15 m, son volume atteint 22 470 m5, le gaz utilisé est de l’hydrogène contenu dans de nombreux ballons indépendants. Une structure métallique donne sa forme à l’engin. Dessous se trouve une nacelle où se situent trois moteurs développant 650 ch, pouvant lui permettre d’atteindre les 80 km/h, son rayon d’action est de 2200 km.

    L’équipage comprend une dizaine d’hommes et il est possible de transporter jusqu’à dix tonnes de bombes. La gare des Fontinettes et les voies de chemin de fer étaient visées, elles ne subissent que des dégâts mineurs vite réparés.

    Mais au numéro 8 de la rue Dognin, il y a cinq morts. Ce sont les premières victimes civiles de Calais. Plus loin on trouve une longue banderole à laquelle est accrochée un message : “Nous reviendrons”. Notre ville est la première en France à avoir subi une attaque par dirigeable.

    Le gouverneur militaire décide que désormais les lumières de la ville devront être éteintes (c’est le couvre feu) et que l’artillerie antiaérienne devra entrer en action à la moindre alerte. Afin que son approche soit silencieuse le Zeppelin s’était laissé porter par le vent et son bombardement achevé s’était enfui à l’aide de ses moteurs poussés à fond.

    Un autre raid a lieu le 18 mars 1915 mais, pour faciliter son approche l’équipage avait fait fonctionner ses moteurs. Le Zeppelin est signalé, on l’attend.

    Il survole le Fort—Nieulay, jette ses bombes sur le quartier puis atteint les voies de chemin de fer et le boulevard Gambetta. Il vire et frappe Notre Dame, les vitraux sont pulvérisés. D’autres bombes tombent sur Calais-Nord et le port puis l’appareil s’enfuit vers la mer, poursuivi par notre artillerie. Celle—ci est peu précise mais ses tirs rassurent la population qui compte encore des victimes. Le dirigeable qui nous a attaqué est le ZXII encore plus volumineux que son prédécesseur.

    Lors du 3e raid (17/05/1915) la réaction de notre artillerie munie de projecteurs est plus rapide. Le Zeppelin s’enfuit lâchant ses bombes sur le quartier du Fort—Nieulay en causant des morts. 11 est cependant atteint puis se trouve poursuivit par des avions ; il regagnera péniblement sa base de Maubeuge.

    Le 28 juillet 1915 l’embouchure de la Tamise est visée mais ce raid massif de dix Zeppelins échoue. L’un se rabat sur Calais, il lâche quelques bombes heureusement inefficaces et s’enfuit.

    Zeppelins sur Calais

    Un habitacle minuscule sous l’énorme masse du dirigeable.

    Zeppelins sur Calais

    Une menace qu'il fallait prendre au sérieux

    Zeppelins sur Calais

    Trajectoire des différents raids sur Calais

    Zeppelins sur Calais

    Des raids toujours nocturnes

    Le 22 septembre 1916 Calais se trouve être, encore une fois un objectif secondaire. Quelques bombes sont lâchées heureusement sans conséquences. La dernière intervention a lieu le 17 février 1917. Elle vise les câbles sous—marins reliant la France à l’Angleterre à leur aboutissement à Sangatte. Les bombes se perdent dans les pâtures, les dunes et sur la plage.

    Ainsi, d’un raid à l’autre, les Zeppelins se montrent de moins en moins dangereux. Notre artillerie a beau jeu de s’attaquer à des cibles si volumineuses et somme toute peu rapides. De telles masses étaient difficilement maniables et ne pouvaient être utilisées que par vent faible.

    Des bombardements par avions et navires frapperont également notre ville durant cette guerre de 14-18.

    Zeppelins sur Calais

    De nuit les objectifs visés sont rarement atteints et les bombes frappent au hasard

    Jean—Henri Gardy, pour le comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Illustrations : Thomas Fieffé.

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  • Tom Souville

     Corsaire Calaisien

     Notre ville compte un grand capitaine corsaire : Tom Souville. Sa vie fut, comme dans les plus beaux films d'aventure hollywoodiens, pleine de panache, tumultueuse et colorée. Abordages, combats, évasions, actes d’héroïsme et grand vent de l'aventure souffleront toute sa vie durant.

     Tom Souville est né à Calais le 24 février 1777. Son père est officier de santé en chef à l’hôpital de la ville, sa mère, originaire de Gravelines, s’occupe de ses quatre enfants, deux garçons et deux filles. Le petit Tom est, de loin, le plus indépendant et le plus téméraire des Souville. Enfant, il aime se promener seul au bord de l’eau et rêve de voyage en regardant partir en mer les bateaux.

     Aventurier en herbe

     Il a juste 10 ans quand il annonce à ses parents qu’il ne se destine pas à une vie tranquille et bourgeoise, mais veut être marin. Papa et maman savent qu’ils ne pourront pas aller contre ce garçon frondeur et déterminé. Ils le font s’embarquer comme mousse sur un navire voguant pour l’Espagne. Le garçon a du tempérament, et après quinze jours à laver la vaisselle, il jette les assiettes sales par—dessus bord et cri haut et fort qu’il est là pour faire un travail de marin.

    À 15 ans, il embarque comme timonier dans un vaisseau de ligne à Brest. Un an plus tard, Tom gagne la confiance du capitaine par ses qualités de marin, mais à 15 ans, il embarque comme timonier dans un vaisseau de ligne à Brest. Un an plus tard, Tom gagne la confiance du capitaine par ses qualités de marin, mais aussi son courage face au danger et devient aspirant de navire de guerre sur “l’Entreprenant”.

    A 10 ans, le jeune mousse est lassé de faire la vaisselle. II la jette par dessus bord et dit haut et fort qu'il veut être marin.

    Ce vaisseau est affecté à l’escorte d’un convoi de farine venant des Amériques. Les Anglais, ennemis implacables de la France, les attaquent Et, dès sa première épreuve du feu, Tom fait preuve de bravoure.

    Durant les combats il est affecté à la transmission des signaux de commandement. Ce travail s’effectuait à l’aide de fanions de couleurs différentes. Il fallait de ce fait être très visible et exposé aux balles et boulets de canon de l’ennemi. Dès le début de la bataille, Tom est blessé au genou gauche. Il ne quittera son poste qu’après que l’Anglais ait abandonné la partie.

    Le 1er octobre 1794, Tom Souville part pour d’autres aventures en s’embarquant sur “le Formidable” du capitaine Lefrancq, vaisseau de 74 canons, en tant qu’aspirant provisoire. À chaque combat, Tom prend part à la bataille avec détermination, son sens des responsabilités et de la justice.

    22 juin 1795, le bateau de Tom est attaqué par deux vaisseaux anglais. Les volées d’artillerie anglaise démâtent le navire et fauchent de nombreux marins. Tom s’empare alors du drapeau français qui gisait sur le pont et le fixe sur ce qui restait du mât d’artimon.

    Face à ce geste, les marins français se ressaisissent et se battent vaillamment, mais Tom est blessé à la cuisse et à l’épaule.

     

     Tom prisonnier

     Son navire est malheureusement coulé, et il sera prisonnier des Anglais jusqu’à la fin de l’année 1795. De retour dans son pays, il est enseigne de vaisseau à 19 ans.

     Cependant la guerre contre l’Angleterre se poursuit. Et, de plus en plus, on en vient à attaquer les convois maritimes de commerce de l’ennemi avec la bénédiction du gouvernement français.

     À 19 ans, il & l’assurance que lui sera délivrée une Lettre de Marque* lui permettant de faire la Course. Comprenez qu’il va pouvoir être corsaire et vivre son rêve.

    *Lettre de Marque ; document écrit et signé donné par un représentant de l’Etat autorisant une personne à armer un bâtiment pour pratiquer la chasse aux navires avec lesquels la France est en guerre.

     À Calais, Tom a le soutien et la confiance des banquiers, les Renards Frères. Il faut savoir que les corsaires pouvaient être source de bons revenus. Le gain pour un navire capturé se répartissait ainsi : un tiers à l’armateur, un tiers au Capitaine et le tiers restant à l’équipage.

    À 15 ans, durant un combat, Tom Souville est affecté à la transmission des signaux. Blessé au genou, il ne quittera pas son poste. Son courage devient légendaire.

     Tout le Courgain aux côtés de son héros

     25 septembre 1796, vers minuit, le Courgain grouille de monde, un joli cotre, “l’Actif” armé de huit canons et monté de ses quarante marins quitte le port. À sa barre, Tom Souville. Le temps est épouvantable. Vers cinq heures du matin, “l’Actif” fond sur ses premières proies : deux bricks anglais. Ce seront ses premières prises. Beaucoup d’autres suivront. Au fil des ans sa notoriété grandie dans la région, en France et chez les Anglais, où il est redouté. Il s’attaque le plus souvent aux prises de choix que sont les vaisseaux anglais venant des Indes chargés d’indigo, de soie et de thé.

     À chaque fois le combat se déroule sur le même schéma. Souville fond sur sa proie, ordonne au navire pourchassé de se rendre avant de tirer une bordée de canon et de lancer l’abordage. Tom sera blessé à plusieurs reprises et deux fois prisonnier des Anglais. Il s’évadera toujours.

     Au Courgain, où il recrute tous ses hommes, on le vénère. On apprécie autant ses grandes qualités de marin que l’homme généreux et courageux qu’il est. Ses matelots mènent grande vie, l’argent coule à flot. Tom est un capitaine aimé de toute la ville rendant de grands services à la nation. Il sera pendant toutes ces années la bête noire des Anglais.

     La paix rétablie avec les Anglais, il mena une vie rangée des voilures. On ne sait que peu de chose de son court mariage avec une demoiselle Fayolle, mais son engagement et son action pour Calais sont restés. Il sera à l’origine du “premier phare de Calais, créera le canots de sauvetage aura des responsabilités à l’hospice en tant qu’administrateur et s’engagera dans la vie politique locale en étant conseiller municipal. Ses exploits lui vaudront, entre autres, la légion d’honneur et le titre de chevalier.

     Tom Souville est mort le 51 décembre 1859 à l’âge de 62 ans. Vous pouvez voir sa tombe au cimetière de Calais Nord.

     

     Texte d'après le livre de Henri Chevalier ”Vie et Aventures de Tom Souville”, avec la collaboration de l’association Histoire et Tradition. Illustrations : Tom Souville d’après Jean Solé.

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