• Chapitre 1: Les inoublis

    LES INOUBLIS

     Tout commence en 1998. Trois étudiants préparent chacun une thèse sur le Beau-Marais. L‘un sur l'imagerie et la vidéo, le second sur l‘architecture, et le troisième sur l‘histoire. Pour se faire aider, ils décident de contacter des habitants résidant depuis longtemps au Beau Marais et désireux de connaître l‘histoire de leur quartier.

    Jacqueline et Alain acceptent. Pendant une année ils vont collaborer aux recherches avec d‘autres.

     Un an plus tard, en février 1999, ce groupe d'hommes et de femmes se retrouvent "Au Contrat de Ville“ pour conduire un projet intitulé “Un quartier pour mémoire“ et vont se donner un nom : “Les lnoublis". Leur premier objectif sera de participer en septembre 1999 aux Journées du Patrimoine et à cette occasion vont éditer un premier livret souvenir : Mémoire d‘un quartier en marche.

     Par la suite, l‘association participe :

     -aux “Chantiers de l'Espérance“, sur l'initiative du prêtre de l‘époque Paul Falala et dirigés par Véronique Barré avec la sortie d‘un livret souvenir en 2003,

     -aux Fêtes de 'Ouartier Libre et $afidaire‘du Centre Culturel Gérard Philipe (CCG Pl,

     -aux ateliers d‘écriture, “Mes Mots Arts‘de la MJC, conduits parla Compagnie “les Anonymes”,

     -aux Etats Généraux de la Santé,

     -au Forum des Associations,

     -au Groupe Culture et Rénovation Urbaine...

     Prémisse du projet Castor

     Le 17 septembre 2005, Jacqueline et Alain sont invités aux noces d'or d'un couple d'amis. Cet anniversaire fait réaliser à Jacqueline que sa maison achetée en 1962, un Castor parmi tant d'autres, a été construite 50 ans auparavant par des habitants qui ignorent tout de la construction.

    Leur maison fait partie des '52' rue Greuze rebaptisée des années plus tard rue Guillaumet En face et autour, il n 'y avait que des terrains vagues, des bois, des jardins, se souvient Jacqueline. La ZUP n‘existait pas encore. En 1962, les voisins, encore imprégnés de la solidarité et du collectivisme qui s‘étaient créés à cette époque, viennent les conseiller et leur prêter des plans pour faire un garage.

    Lancement du projet

     Lors d‘une réunion du CA (Conseil d’Administration), l'idée de fêter le cinquantenaire de ces constructions et par-là même, rendre hommage aux hommes qui s‘étaient attelés à cette rude tâche fut évoquée. Le CA accepte cette brillante idée. Une fête aura lieu en septembre lors des Journées du Patrimoine, puis l'écriture d'un livret souvenir où sera consignée la mémoire des habitants Castors, contribueront à se remémorer la difficulté de se loger après la seconde guerre mondiale.

     Quant à la naissance de ce projet, il résulte d'une initiative choisie, définie et élaborée uniquement par les membres de l'association.

     En effet, qui connaît encore l'histoire de ces hommes, devenus constructeurs parla force des choses, et de leurs maisons qui, un demi siècle plus tard, sont toujours là, bien solides sur leurs fondations.

     Pour mener à bien cette action, les membres du CA se répartissent les tâches à effectuer. Monique adepte de la généalogie est chargée de rechercher aux archives les noms des auto—constructeurs. Des tracts sont distribués dans les boîtes aux lettres, les journaux locaux et Radio 6 sont avertis par courrier.Très intéressés, ils publient largement l'information et Radio 6 invite Alain pour en parler dans une émission en direct: ”Portes Ouvertes“. Jacqueline, Alain, Véronique et Francine font du porte à porte pour mobiliser les habitants et interviewent les personnes qui acceptent de parler de cette épopée. Les autres membres du CA interviennent au fur et à mesure des besoins.

     La première à se manifester à 8 heures du matin après avoir lu le journal et contenu son impatience par politesse lut Madame Lefébvre heureuse de sa voir que la mémoire de son défunt mari ainsi que celle des autres constructeurs seront mises a‘ l'honneur et au grand jour. Elle se mit immédiatement à notre disposition ainsi que Madame Gressier de Coulogne qui nous prête la photo ci—dessous..

    Chapitre 1

    A la suite de ces publicités, l'idée rencontre un réel succès. D‘autres habitants se font connaître et acceptent de raconter leur aventure. Certains, encore en possession de documents de l'époque proposent de nous les prêter. Des élus calaisiens et des associations du Beau-Marais s‘y intéressent également. Ainsi, François Van Heems, animateur au CCGP, y collabore avec un groupe de jeunes et d‘adultes par le biais de la photographie. Ces photos d'art seront visibles lors de l'exposition.

     Au début, une centaine de maisons Castors est répertoriée sur Calais, mais aprés les recherches et les témoignages, ce chiffre passe a plus de son…

     Rue Henri Guillaumet (ancien prolongement de la rue Greuze). rue Jean-Baptiste Corot. rue Domont Breton. avenue (ex rue) de Verdun, rue Plaute, rue Virgile, rue Horace, Quai de la Loire, rue Duguay-Ïrouin, Grande rue du Petit Courgain, boulevard Curie, rue d’Oran, Orléansville, Mogador, rue d’Alger, rue Léonard de Vinci, rue Michel Ange, rue Gilbert Brazy, route de Gravelines... ont vu s'ériger des maisons Castors. Cette liste n‘est pas exhaustive. il en existe encore... Une ville voisine, Coulogne a eu aussi ses constructeurs, ainsi que Marek, Peuplingues. Fréthun, Hames—Broucres, Surques, Audresselles. Ambleteuse. Wissant, Marquise...

     Mais pourquoi et comment cette aventure humaine des maisons 'Cestors' e—t—elle commencée en France ?

     La réponse est toute simple :

    Un besoin urgent de se loger après la seconde guerre mondiale

     LE LOGEMENT APRES LA GUERRE

     L‘après-guerre

    4 millions de logements sont à construire au à reconstruire.

     Les arrêtés de péril se multiplient, à cause de l'état de vétusté et de dégradation du parc d'avant-guerre. Il faut tenir compte que les autorités ne prenaient ces dispositions qu’à la dernière extrémité parce qu’ils entraînaient automatiquement une interdiction d'habiter et qu‘il fallait donc reloger les occupants expulsés, ce qui se révélait impossible.

    Les loyers

     Mais il existe également une autre forme des plus spectaculaires de la crise du logement, amplement dénoncée dans la presse. C'est celle liée au phénomène des hôtels meublés. Les chambres sont louées a la journée. sur la population desquelles les propriétaires régnant en maître absolu, multipliant les mesures vexatoires : interdiction d'utiliser la ISF, taxe sur l'utilisation de tout appareil personnel. Les loyers sont exorbitants et malgré cela. à la libération, 35 % des familles d‘ouvriers et d‘employés sont ainsi logées. En l$2, les hôtels meublés constituent encore 10 % des résidences principales. Le déficit de constructions neuves, dénoncé entre 1945 et 1950 n‘est pas nouveau puisqu‘il est lisible dés 1930.

     Le déplacement des populations

     La crise du logement se caractérise donc par sa spectaculaire insuffisance face à la demande qui s‘exprime au lendemain de la deuxième guerre mondiale. mais aussi par un ensemble de facteurs : l‘exode rural, le baby-boom, la croissance économique et le recours à l‘immigration.

     Logement et Habitat: un probléme social et politique.

     La priorité du gouvernement

     Le secteur industriel se développe. Les usines s'installent prés des grandes villes.

    Ce ne sera qu‘une fois l‘effort de reconstruction des infrastructures et du patrimoine industriel que le gouvernement accorde la priorité au logement

     Les années 1950/1960: Les solutions apportées par l'Etat Français

     A partir de 1950 les villes enregistrent une forte croissance de population qui accentue ce déficit. Pour soulager les grandes villes, les pouvoirs publics développent l‘urbanisation des banlieues en construisant à la va-vite de grands ensembles sans chercher à humaniser ces nouveaux espaces de vie.

    Il y a urgence à construire en milieu urbain vers lequel des déplacements de population sont importants. Ce furent des programmes locatifs réalisés par les organismes HBM (habitation bon marché). Les appartements en immeubles collectifs sont beaucoup plus nombreux que les maisons individuelles mais les décisions gouvernementales s‘orientent également vers l‘accession sociale à la propriété. C‘est le début des créations de lotissements, d‘initiatives municipales le plus souvent, mais aussi de groupes tels que sont les Castors.

     l‘accès à la propriété

     l'habitat n‘est pas l'objet d'une politique claire de la part des pouvoirs publics. Il n‘existe que le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme qui doit compter avec les autres ministères, les collectivités locales et les associations (locataires, entrepreneurs, familles) le MRU hésite. financement public ou privé“.

     La construction et le plan Courant

     La politique gouvernementale mise en place eut un label : Logements Economiques et Familiaux. Le ministre de la construction Pierre Courant, 1953/1954, donne son nom à ces nouvelles orientations du logement social.

     Ce plan se caractérise, d’une part, par son financement original — prime de l‘état et prêt particulièrement avantageux — d‘autre part. par la procédure des projets types qui doit respecter des normes de surfaces réduites, des caractéristiques techniques minimales et un prix plafond bas.

     La même année, il crée la contribution obligatoire des entreprises à l‘effort de construction (1% de la masse des salaires pour les entreprises de plus de 10 salariés et introduit des ressources supplémentaires pour la réalisation de logements sociaux.

     Mouvements de masse

     Malgré cela, des habitants peu enclins à attendre les décisions gouvernementales et à patienter durant des mois pour obtenir un logement vont se mobiliser et créer deux mouvements : d’une part 'les Squatters", d'autre part ”les Castors“. Si leurs méthodes différent pour se loger, leur point commun est le même : indignation contre la crise du logement et le peu d’intérêt du pouvoir politique.

    Les squatters

     Le mouvement Squatter démarre à Marseille et s‘étend à d‘ autres villes. Sur l‘ensemble du territoire 5000 familles environ sont relogées. Si ce chiffre semble faible, il a néanmoins créé un fort impact sur l‘opinion publique et servit à ouvrir les yeux sur la réalité de la crise du logement La Presse qualifie le mouvement Squatter de solution anarchiste et de nombreux leaders sont menés devant la justice. Néanmoins, ces procès sont l‘occasion d‘une mobilisation médiatique qui contribua d‘une certaine manière à la constitution politique de la question du logement.

     LE MOUVEMENT ”CASTOR”

     Le castor est un animal qui construit sa propre maison. De ce constat simple, il est possible à des chefs de famille courageux et décidés. de construire leur propre maison tout comme le castor.

     Le mouvement ”Castor‘ (groupement de personnes construisant en commun leurs maisons) débute en Suéde en l927. L‘idée est importée en France en l928 par Monsieur Loucheur, à l'époque, ministre de la construction qui laisse son nom a une loi favorisant ce domaine. Elle alloue des aides publiques substantielles à la construction de lotissements, même si celles—ci vont plus vers des immeubles collectifs que vers des maisons individuelles.

     Le mouvement Castor ne débute réellement en France qu‘à la suite de cette grave crise. au lendemain de la seconde guerre mondiale.

     Le système est simple. Des habitants mal logés mais courageux et décidés à se doter d‘un logement convenable se regroupent en coopérative ou en association. Le candidat adhère, soit individuellement, soit collectivement grâce a un intermédiaire, s‘acquitte d‘une cotisation modeste et devient Castor. L‘adhésion à un groupe permet de planifier les travaux à effectuer, rassembler les achats de matériaux. et ainsi. en construisant en série, réduire au maximum le coût de la construction.

     Le premier groupe de “Chefs Castors“ se forme a Lyon avec cette devise : 'Pour vous loger, devenez auto-constructeurs‘. A Bourges, Montreuil, Calais et dans bien d‘autres villes de France des groupements ouvriers achètent des terrains et chacun contribue a la construction de sa maison et celle de ses voisins.

    Une telle entreprise suppose une solidarité et un esprit d'équipe accomplis de la part de tous les participants. Chaque chef de famille assure sur les chantiers, les travaux qui sont à sa portée. Cette volonté n‘est teintée d'aucune considération idéologique, mais basée sur un programme essentiellement concret et humain : ”Construire des logements“. fous participent. pendant leurs loisirs, leurs congés payés. les jours de fête, les week-ends, à la construction des maisons en assurant personnellement le maximum de main-d'œuvre non spécialisée. C'est une expérience à la fois sociale, technique et humaine.

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