• Chapitre 2:Témoignages des habitants

    Quartier du Beau — Marais

     

    Témoignages des habitants

    Deux chantiers : d'un côté les ouvriers des Pâtes à Papier, l'autre est lié avec le chantier de la rue de Verdun.

     Des hommes qui ne sont pas du bâtiment, s'inscrivent à la fédération et deviennent des Castors. Sur le chantier, les conditions de travail sont difficiles car les auto-constructeurs s'y rendent après leur journée passée dans leur entreprise, mais également les jours de fêtes, les jours de congés et les dimanches.

    Personne ne travaille pour lui-même, mais pour l'ensemble des Castors. Des chantiers qui vont durer. ..

     Monsieur VERSCHAFFEL.

     En décembre 2005, Raymond Verschaffel nous reçoit avec beaucoup d‘émotion et de confiance. Il possède encore sa carte de membre actif de l‘association et son petit carnet où il consignait ses heures. Il nous les montre fièrement et nous raconte son histoire:

     Originaire d'Audruicq, je me suis marié avec une calaisienne pendant la guerre et nous avons vécu chez ses parents. Des enfants sont venus agrandir la famille et la maison est de venue vraiment trop petite. A cette époque, je travaille aux Pâtes à Papier. Une assistante sociale évoque la possibilité de construire une maison Castor, car à Calais cette idée commence a se répandre parmi la population.

     L‘aventure débute en 1951. Après leur travail, certains constructeurs se relayent pour fabriquer les parpaings (destinés aux 11 maisons) et les stocker dans un coin de leur entreprise. Par la suite. l‘arrivée d'une machine, une "Pondeuse", leur est d'un grand secours. Pendant ce temps, d'autres font les menuiseries le soir à l'atelier du MRU.

     

    Témoignages des habitants

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    Ensuite. ces hommes courageux s‘attaquent à la construction. Faire les fondations, monter les murs, installer les escaliers. etc... Bret, sortir ces maisons de terre n‘est vraiment pas un travail de tout repos. mais les hommes tiennent bon et après un travail acharné. les premiers Castors emménagent en 1952. les derniers le feront en 1954.

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     Je n‘avais jamais travaillé dans le bâtian Comme mes compagnons j‘ai appris sur le tas. Quatre heures tous les jours plus les deux jours de repos hebdomadaire, cela représente des milliers d'heures sur le chantier. J‘ai commencé a payer mon loyer en 1952 et durant 10 ans.

     

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    Raymond est décédé subitement le 14 octobre 2006 dans sa 85e année. Il a été heureux et fier de participer a notre manifestation. Il nous laisse son sourire.

    Témoignages des habitants

    Au début, il n'y avait rien ici, que du sable et pas de route. On était a 1metre 20 de dénivellation par rapport a la route Nationale. Les camions américains GMC, qui apportaient du remblai, étaient les bienvenus.

     Ces remblais provenaient de divers endroits comme de la destruction de Calais Nord et aussi, un jour le camion s‘est amené avec des pieux du mur de l'Atlantique 5 mètres de long, 20 centimètres d 'épaisseur et 50 de large. Par la suite quand on a fait les travaux pour le tout à l‘égout, j'avais peur de tomber dessus, mais cela a été.

     Il y avait un compteur au début et a‘ la fin du chemin, c‘était courant qu'il n'y ait pas de lumière au milieu. Heureusement pour les travaux de maçonnerie il y avait de l'eau, derrière, dans un blockhaus.

     On faisait les parpaings au MRU avec une "parpineuse" qui permettait d'en faire 20 a la lois.

     Ici les poutres de soutènement sont en bois. Le plancher dans les chambres a été refait en 1976, car le bois des Landes (prévu pour les caisses à munitions) n‘était pas résistant. Le bois d'Alsace des menuiseries lui, l‘était, mais pas sec, il s'est déformé.

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     Monsieur Deldrève était coordinateur et se chargeait de l'achat des marchandises.

     Il y avait un petit mousse sur le chantier, c'était un gamin qui partait avec la brouette pour acheter: vin, bière, cigarettes. . . . C‘était comme cela. ! Même sur d'autres chantiers.

     Mme Julien se souvient : Au début, je n'étais pas très rassurée. Nous habitions le premier étage en attendant que les travaux se terminent au rez—de-chaussée.

    J 'étais parfois seule.

    Pendant trois ans nous n‘avons jamais assiste aux fêtes de famille ce fut trois ans de galère!

     Par la suite M. Julien travaillera 5 ans à Paris pour se renflouer.

     A la fin du chantier les maisons étaient accessibles par une voie privée qui ensuite est devenue la rue Corot. Ici on était extra-muros, ni Calaisiens, ni Marckois. Le bus s'arrêtait au cimetière. On ne payait pas d‘impôt. mais un jour le panneau «Calais" a été repoussé... et on a payé nos impôts comme tout le monde.

     Dans cette rue, une disparition... la Castor n° 13 qui a été exproprié pour faire place a la rue du Capitaine Ferber.

     M. Julien est le dernier Castor survivant de ce lotissement

     Nota :A l‘angle des rues Greuze et Demont Breton, 4 Castors du même style ont été construits

    Rue Greuze (actuelle rue Henri Guillaumet)

     Dans le même temps dans la rue Greuze, un autre chantier de Castors voit le jour. Là aussi, des hommes coulent les parpaings, montent les murs. Cette fois, ce sont des cheminots, des ouvriers, des policiers, des électriciens etc...qui construisent leurs maisons, 52 au total.

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    Mme Lefébvre, si elle fut la première a nous contacter, fut aussi la première a nous recevoir. Très émue,elle évoque cette période où elle venait voir son mari au travail. Elle mettait ses enfants dans une 'cariole‘ pour faire la route. Elle passait ainsi l‘après-midi pendant que les gosses jouaient dans le futur jardin.

     Elle nous prête le précieux petit carnet où son époux notait toutes les heures passées au chantier, et aussi celles effectuées par un parent qui l'a remplacé lorsqu‘il a été malade. Des heures qu'il a du rémunérer.

     De telles pratiques ne seraient plus légalement possible de nos jours et dans ces conditions...

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     Monsieur et Madame VEREECQUE

     Après la guerre. André travaille aux Chemins de Fer, au dépôt de Calais.

     Des cheminots comme moi, commençaient à construire rue de Verdun avec l‘association des Castors.

     Je me suis décidé d‘en faire autant car nous habitions avec mon épouse atlas trois enfants, dans un baraquement du côté de la Porte de Lille et c‘était de venu vraiment trop petit. J ‘ai donc adhéré à l'asso pour construire sur les anciens terrains de la ferme municipale. Au début, dans la pâture derrière, on pouvait voir les vaches paître.

     Nous faisions les ‘briques' a la Citadelle. Une fois sèches, elles étaient amenées sur le chantier. Pour les décharger du camion, nous ne prenions plus la peine de les manipuler une a la fois, elles étaient jetées à terre. C‘était du solide, pas comme aujourd'hui. Je faisais des semaines de 48 heures, plus 24 heures pour les maisons. Une fois la confection des parpaings terminé e, j‘ai fait l‘électricité avec Lucian Richard et un autre copain. Pas évident tous les jours ces installations; faire passer les gaines à travers le béton des murs et plafonds... !

    Je n 'ai pas monté les murs. ni posé les carrelages et les fenêtres, c‘était plus simple pour ceux qui avaient cette formation. Les hommes avaient du mérite car il n 'y avait pas toujours l‘outillage approprié. En règle générale, les ouvriers finissaient deux blocs de deux misons en même temps.

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     Nous sommes rentrés en 55 et nous avons rembourse les prêts pendant 20 ans avant que la maison soit complètement à nous.

    Tous les voisins se connaissaient. certains sont partis trop tôt, surtout quand les tours se sont élevées au bout des jardins...Nous avons décidé de rester quand même.. Dans ce Beau-Marais devenu une ZUP...

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     Ils habitaient chez la mère de Ginette (pas d‘argent a cette époque Ginette attendait un heureux événement. et comme dit Marcel : “voilà qu'elle en fait deux“. Alors tous les soirs j'allais embêter le monde pour être inscrit 'castor‘ ou prendre une 'reprise' sa ténacité a fini par payer. Il a repris un abandon et a dû "rattraper" les 120h qui n‘avaient pas été fournies.

    M. Macquart (Prof au LPA ) était responsable sur ce lotissement. Heureusement qu 'il était là, c‘était un gars très qualifié.

     Nous avons fait des milliers de parpaings au MRU en attendant que les dalles soient coulées et tout le monde a mis la main a la pâte même si nous avions des spécialités.

    Ensuite ceux qui étaient du métier ont commencé les angles et nous ont montré comment monter les murs avec un 'cordeau' et vogue la galère...

     Il n 'y avait qu ‘un seul point d 'eau. Nous avons installé des rails sur lesquels nous poussions un wagonnet rempli d'eau car c 'était de plus en plus loin.

     Pour ma part, j‘étais plombier, il a donc fallu attendre la fin du gros oeuvre avant de passer à l'action. J 'ai fait les plans pour ce travail et commande tout le nécessaire (j‘allais à Boulogne en moto pour choisir les sanitaires). Les constructeurs avaient le choix entre douche ou baignoire.

     Sur notre équipe de douze, cinq ont abandonné pour raison de santé (il fallait tenir le coup) C‘était pénible. L 'hiver, le froid, on devait balayer la neige pour continuer, et l‘été il faisait très chaud. J'ai dû m'arrêter une période car mes bras gonflaient. Le médecin m‘a dit: “t'es fou tu veux qu'on te coupe les bras"... Bien entendu, j'ai rattrapé ces heures là.

     Mais a part cela, on passait de bons moments ; je me souviens d'un maçon qui embêtait toujours le monde. Un jour nous l'avons jeté dans le wagonnet rempli d'eau, nous avons bien rigolé. Il est resté tranquille par la suite.

     Un faisait aussi des farces a un copain (qui aimait bien boire un petit coup) on lui disait "Eugène, voila Alice..." alors il s'empressait de cacher sa bouteille.

     Pendant ce temps Ginette m'encourageait sur le chantier et faisait des projets d'aménagement: comme cette cuisinière/gazinière Franco-Belge qu 'elle avait retenue et pour laquelle elle économisait.

     Je m'inquiétais assure t- elle! allait-on rentrer pour l'hiver ?

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     Ils ont emménagé en 1955. C‘était le paradis ! La campagne, qu‘elle faisait découvrir à ses oncle et tante qui venaient de Paris “On allait boire le café, derrière dans la pâture avec les vaches. .. qu'est-ce qu'on était bien...!"

    Monsieur Maurice BEAUVOIS

     Son histoire est un vrai roman qui a plutôt mal commencé. Tout juste marié, la guerre éclate. Il est fait prisonnier. tentera plusieurs fois de s‘évader (il nous en raconte les péripéties)... Il rentrera comme tant d'autres en 1945.

     A mon retour, je m‘installe avec mon épouse rue Chateaubriand en face de mes parents C‘est très petit, mais c'est en attendent... Avec mon copain Givaudan, qui était maçon et un bon maçon, l‘envie de construire notre maison nous prend.

    Nous étions inscrits à l‘asso des Castors, nous voulions construire en indépendant sur un terrain appartenant à mon père, mais il n'a jamais voulu nous en céder une partie.

    Du coup nous nous sommes lancés sur les chantiers, lui “Corot” et moi pour les "52 de Greuze".

     A cette époque Maurice travaille aux Câbles de Lyon pour la remise en état de l'usine endommagée pendant la guerre. Très vite son directeur lui propose de passer un CAP en vue de devenir contremaître.

     Le temps que je passais sur le chantier en plus de mon tra vail ne m'en a pas laissé la possibilité. J ‘aurais été gagnant, je le regrette encore aujourdhui j‘ai ou quand même des responsabilités, j‘ai fini chef d‘équipe.

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     Il nous raconte que les WC étaient prévus à l‘extérieur. c‘était comme cela a l‘époque, mais de nouvelles normes sont arrivées. Les fosses étaient déjà coulées, alors nous avons modifié nos plans pour bénéficier d‘une prime à la construction plus importante et nous les avons donc eus a‘ l'intérieur Ce qui représentait un véritable progrès

     Je maniais très bien la truelle. Avec René Charitas ”un maçon comme ça”, il nous a été proposé de faire les carrelages, et Eugène Capon nous a appris son métier. Après on savait même faire de très beaux joints.

    Entre-deux explique t—il : on allait donner un coup de moins à “Verdun' (premier chantier Castors)

     Pendant ce temps André Vereecque s'occupait des parpaings Les moules avaient été confectionnés aux Chemins de Fer. Il nous dit grand bien de son ami.

    Livrés par un camion GMC, les parpaings étaient décharges un a un. Un jour que j'étais seul et que le temps était compté, le chauffeur m'a dit "Maurice je vais les baller" "tu ne vas pas faire ça ils vont tous casser !" A mon grand étonnement seul une dizaine s‘est brisée et a été utilisée là où il fallait des demis. C'était vraiment du solide.

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     Maurice soupire. .. J‘étais fort a cette époque, je soulevais les sacs de ciment de 50kgs et les jetais sur mon épaule... maintenant 5kgs... !!!

     Une amitié solide s‘est nouée entre les hommes et aussi entre leurs épouses qui venaient régulièrement les voir sur le chantier les samedis et dimanches. Nous étions tellement bien ensemble que nous ne voulions pas être séparés et c'est ainsi que nous n‘avons pas “monté'les murs de séparation des jardins.

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    Ils sont restés comme cela, même encore aujourd'hui.

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