• Description de la ville de Calais et ses monuments 1850

    Description de la ville de Calais et ses monuments 1850

    Le joli port de CALAIS, aujourd’hui si fréquenté par les étrangers et peuplé d'environ 12,000 âmes, ne commença à acquérir de la célébrité que sous le règne de Philippe-Auguste. Les travaux qui alors y furent faits, sa proximité de Douvres le rendirent le lieu principal d'embarquement pour l'Angleterre. Ses expéditions maritimes, son commerce, sa population s'accrurent, et, réunie au comté de Boulogne, Calais fut fortifiée et embellie par le comte Philippe de France. Ses fortifications, augmentées en 1805, ne purent cependant l'empêcher d'être prise en 1347; mais ce fut par la famine plutôt que par la force de ses armes que le roi d'Angleterre, Edouard III, parvint à s'en rendre maître après sa victoire à Crécy. Il eut à lutter, pendant un siége de treize mois, contre l'habileté et le courage héroïque de Jean de Vienne, amiral de France, qui se couvrit de gloire dans cette guerre contre les Anglais.

    Froissard rapporte que Calais n'échappa au courroux des vainqueurs irrités par une résistance aussi opiniâtre, que grâce au dévouement patriotique de ses habitants les plus notables. Voici comment, sur le témoignage du célèbre chroniqueur, les historiens ont raconté ce fait, l'un des plus beauxdont l'histoire ait conservé le souvenir:

    Le roi d'Angleterre voulait que les Calaisiens, qui demandaient à capituler, se rendissent à discrétion; mais, vaincu par les sollicitations de ses chevaliers, il promit d'épargner la ville, pourvu que six bourgeois vinssent, la corde au cou et les pieds nus, lui apporter les clefs de la place, et payer de leur sang le salut de leur patrie. Eustache de Saint-Pierre se dévoua le premier; cinq autres généreux citoyen imitèrent son exemple, et ils se rendirent tous ensemble au camp d'Edouard. Déjà leur supplice s'apprêtait, lorsque la reine d'Angleterre se jeta aux pieds de son époux et parvint, à force de larmes et de prières, à fléchir sa colère et à obtenir leur grâce. Plusieurs écrivains modernes, entre autres Voltaire et Hume, ont élevé quelques doutes sur le dévouement d'Eustache de Saint-Pierre; et, dans ces derniers temps, les recherchés laborieuses de Bréquigny paraissent donner un démenti formel au récit de Froissarc! (1).

    (1 (1) Le récit de Froissard à fourni à du Belloy le  sujet de sa tragédie; intitulée le Siège de Calais.

    Eustache ne nous est plus représenté aujourd'hui que comme un homme au moins pusillanime, qui s'opposa de toute son influence à une dernière tentative pour défendre la ville. Il se présenta en effet devant Edouard; mais on ne peut se refuser à croire à ses intelligences avec ce prince, qui le délégua, comme surveillant de ses intérêts, auprès des Calaisiens restés fidèles à la France. « Eustache, dit l'auteur que nous venons de citer, mourut en 1074. Des lettres du 29 juillet de la même année nous apprennent que les biens qu'il avait à Calais furent confisqués par le roi d'Angleterre, parce que ses héritiers étaient demeurés attachés à leur maître légitime. Edouard, en les dépouillant, rendit à leur nom tout l'éclat que ces mêmes biens, reçus par Eustache pour prix de sa trahison, avaient pu lui enlever.» Toutefois, l'ancienne tradition est encore généralement accréditée, puisqu'en 1819, le buste d'Eustache de Saint-Pierre, par Cortot, a été donné à la ville de Calais en mémoire de son prétendu dévouement.

    Edouard III, maître de Calais, en chassa tous tes habitants, répara les fortifications et repeupla la ville d'Anglais, qui en firent le centre d'un commerce considérable. Ceux-ci, se croyant assurés de leur conquête, avaient placé sur une des portes cette inscription : Quand le plomb nagera sur l’eau comme le liége, les Français reprendront Calais. Mais cette place, qui pendant onze mois, avait résisté aux efforts d'une armée victorieuse, commandée par le plus grand capitaine de son temps, et qui ne s'était rendue que pressée par la famine, fut en 1558 reprise en huit jours par François de Guise. A la fin du 16e siècle, assiégée par l'archiduc Albert d'Autriche, Calais retomba de nouveau au pouvoir de l'étranger; mais deux ans après, la paix de Vervins la rendit définitivementà la France, et elle n'a eu depuis à souffrir que de quelques tentatives de bombardementde la part des Anglais.

    Calais est actuellement une place de guerre de première classe. La ville est presque carrée et se trouve couverte du côté de la campagne par une citadelle également carrée; ses remparts étaient jadis hérissés de tours dont quelques-unes existent encore. Le port est protégé par des redoutes, et bordé de môles qui se prolongent fort avant dans l'Océan (1,000 mètres environ); mais le chenal en est étroit peu profond, et chaque jour devientd'un accès plus difficile par les vases qui l'encombrent. D'une des jetées fréquentées par les promeneurs qui viennent y contempler le spectacle imposant de la mer, on distingue, quand le temps est clair, les côtes de l'Angleterre et le château de Douvres, qu'une distance de sept lieues sépare de Calais.

    Parmi les monuments les plus curieux, on admire, près del'Hôtel-de-Ville, sur la place d'Armes, qui est spacieuse, mais irrégulière, la tour de l'horloge ou beffroi. Viennent ensuite plusieurs constructions remarquables ou historiques, telles que la maison d'Eustache de Saint-Pierre, l'ancien palais du duc de Guise, édifice considérable de la fin du 14e siècle, destiné au marché des laines. Henri II en fit présent au libérateur de Calais; son fils, le Balafré, le vendit à la ville. Il a souffert, depuis, plusieurs mutilations; sa porte d'entrée, entourée de deux tours, est surmontée d'écussons et de sculptures. L'église paroissiale, sous l'invocation de Notre-Dame-de-Bon-Secours, est un beau et grand vaisseau élevé par les Anglais; son plan est régulier, sa décoration intérieure est riche. Le maître autel est orné de marbres précieux et de dix-huit statues. Elle forme une croix dominé par un clocher très-haut, qui s'aperçoit de loin en mer et sert de phare. Un phare véritable éclaire le port, où, sur le môle de droite, on a élevé une jolie colonne au lieu où Louis XVIII débarquaen 1814. On voit encore sur le port une inscription en l'honneur des généreux marins qui périrent en cherchant à sauver des naufragés, et, près de la ville, une colonne indiquant la place où le ballon de Blanchard prit terre après avoir traversé la Manche; ce ballon est conservé à l'Hôtel-de-Ville.

     

    La grande porte sur la route de Paris, construite en 1685, est d'une belle architecture,et les remparts, plantés d'arbres, offrent de jolies promenades. Les rues sont, en général, larges, bien alignées et bordées d'élégantes habitations bâties en briques; néanmoins, l'aspect de la ville est peu animé et souvent monotone. Mais sa situation sur la Manche, et la jonction de plusieurs canaux, en font le centre d'un commerce actif. A chaque instant, ce sont des paquebots qui partent ou qui arrivent, et l'on dirait que la moitié de la population se renouvelle du jour au lendemain. L'établissement de la marée a lieu à 11 heures 20 minutes.