• Eglise Notre-Dame

    Paroisse Notre-Dame

     Situation

     Le Calaisis était, jusqu‘au XIIe siècle une zone marécageuse où la mer pénétrait assez loin. Le plus ancien site habité, mise à part la ville de Marck, se groupait autour de l‘ancienne église Saint—Pierre (dont on connaît l‘existence dès le Xe siècle) et formait un village dénommé « Pétresse ». Le golfe se colmatant peu à peu, le rivage s’avançait vers le nord. Les pêcheurs suivirent et s’installèrent sur les terres qui allaient former le site de Calais.

     Historique et évolution architecturale

    Les origines de l’église Notre-Dame

     Une première église, dédiée à saint Jean—Baptiste, fut édifiée. Peu après, en 1184, un lieu de culte plus vaste, le plus important de Calais pendant près de 400 ans, fut consacré. Il était dédié à saint-Nicolas, patron des marins. Cette importante construction fût démolie de 1560 à 1564 lors de l‘édification de la citadelle (elle se situait au niveau des fossés est, actuellement « place des Fusillés »).

     Une troisième chapelle, placée sous le vocable de sainte Marie, ouverte pour les bateliers venant de Marek et de Pétresse, longeait la rivière de Guînes, à l‘ouest de la ville. Sur l‘emplacement de cette chapelle, Adrien de Wissant décida de construire l'église Notre-Dame. Les travaux débutèrent en 1214, année de la bataille de Bouvines. Notre—Dame fut érigée en église paroissiale en 1224 par Adam de Montreuil, 32e évêque de Thérouanne. Cette première campagne de construction correspond au transept de la future grande église. L‘église d‘Adrien de Wissant était un édifice de plan rectangulaire. Les angles étaient flanqués de deux tours massives au nord et de puissants contreforts au sud. A l‘intérieur de la partie nord, l‘actuel transept Saint-Pierre, des colonnes détachées à chapiteaux à crochets supportaient un réseau de voûtes en ogives alternant pierres et briques. Cette partie de l'église a été anéantie en 1944, seul un chapiteau d'origine a pu être remis en place. Le côté sud, le transept Saint-Jacques, est resté par contre quasiment intact. En 1224, Calais comptait donc deux paroisses, Notre-Dame et Saint—Nicolas, placées comme la paroisse Saint-Pierre de Pétresse sous le patronat de l'abbaye Saint-Bertin de Saint—Omer.

     A partir de 1224, l‘église Notre-Dame connut plusieurs campagnes d‘agrandissement et d‘aménagement. La nef actuelle conserve plusieurs éléments du début du XIVème siècle soubassement et contreforts en grès de la façade occidentale, piliers alternativement ronds et octogonaux supportant de grandes arcades en calcaire. Cinq types de larges feuilles doubles aplaties décorent les chapiteaux de la nef.

     L’église Notre-Dame pendant la période anglaise

     Après la prise de Calais en 1347 par Edouard 111, une bulle du Pape Urbain VI rattacha le territoire calaisien conquis, << le Pale », à l‘archevêché de Canterbury. Les cérémonies du traité de Brétigny-Calais cédant définitivement cette portion de France au royaume d'Angleterre se déroulèrent à l'église Saint-Nicolas en présence des envoyés des deux rois.

     Pendant la présence anglaise, les Flamands, voisins et alliés, fournirent la main-d'œuvre pour la reprise du chantier. Devant la difficulté de trouver de la pierre, les nouvelles dispositions de l'église furent réalisées en briques de sable, matériau de construction privilégié en Flandre.

     La partie haute de la nef fut donc élevée en briques. Les arcs des fenêtres hautes sont en " anse de panier ", forme caractéristique du style anglais dit " Tudor ". Les fermes de la charpente de la nef reposent sur des consoles en pierre calcaire jaune au grain très gros. Ces consoles représentent des anges tenant un écusson. La couverture de la voûte en plein cintre, restituée dans les années 1970, est lambrissée. Les piliers du chœur, cylindriques, furent dotés de chapiteaux à choux frisés, modèle typiquement flamand. Enfin les Anglais édifièrent le clocher et la voûte à la croisée du transept. La base carrée du clocher supportait quatre tourelles et une flèche octogonale en maçonnerie couverte d‘une autre flèche cette fois en ardoise. Le clocher a été anéanti en 1944, son effondrement provoqua la destruction totale du transept nord.

     La chapelle du Sacré-Cœur, dite aussi chapelle du Gouverneur, en souvenir du Gouverneur de Calais, le Seigneur de Gourdan qui y fut enterré au XVIème siècle, est une curieuse construction de la période anglaise. La chapelle est éclairée par une série de trois fenêtres géminées et un œil de bœuf. Un lavabo de pierre surmonté d'un relief à motif d'arcs en tiers-point est fixé contre le mur sud.

     La plus importante église de Calais

     Après la reconquête de la ville par le duc de Guise, Notre—Dame fut rattachée à l'évêché de Boulogne nouvellement crée par le pape Pie V. L‘église Saint-Nicolas disparut sous les pioches des démolisseurs en 1564. Notre-Dame, devenue la seule paroisse de Calais, avait quasiment son aspect actuel. Seule l'entrée de la nef fut modifiée suite à la construction de la grande citerne en 1691 et au comblement en 1702 de la rivière de Guines : les deux portes latérales furent murées et une entrée principale fut percée dans la façade occidentale.

     Deux réalisations importantes furent effectuées au XVIIème siècle : le retable et la chapelle mariale. Le retable fut construit de 1624 à 1628 par Adam Lottman, sculpteur originaire de Coulogne. L'autel du retable est surmonté d'un tabemacle avec deux bas—reliefs figurant l’un, les Hébreux recueillant la manne, l’autre, les Apôtres lors de la première « Cène ». Des anges ailés tenant des urnes et des chérubins en adoration ponctuent la corniche du tabemacle.Deux grandes niches latérales, entourées chacune de deux hautes colonnes supportant un riche fronton brisé avec les représentations de la Foi et de l‘Espérance, abritent les statues de Charlemagne et de Saint Louis, achevées en 1629. Les statues des quatre évangélistes sont placées à la base des colonnes. La partie centrale du retable est occupée par une grande toile figurant l‘Assomption de la Vierge du peintre flamand Gérard Seghers. Au dessus de la toile, une Vierge revêtue du manteau royal, les étoiles formant sa couronne, tient le sceptre et l‘enfant Jésus bénissant le monde. La Vierge écrase de son talon le roi des Enfers. Le Christ en majesté couronne l‘ensemble. Enfin, il faut remarquer que le style du retable et son ornementation sont plus proche de l‘esthétique de la Renaissance que de l'époque Louis XIII.

    La bénédiction du retable eut lieu le 31 août 1638 en présence de Monseigneur Le Bouthfllîer, troisième évêque de Boulogne. Cette magnifique œuvre est d‘autant plus remarquable que les réalisations de Lottman, dont l‘art fut très apprécié à son époque, ont toutes disparu. Plusieurs têtes de statues furent décapitées par le choc des bombardements de 1944 et le monument eut à souffrir depuis du vandalisme et du vol. Malgré ces aléas, l‘édifice ne demande plus qu'à être restauré.

     La chapelle de la Vierge fut construite de 1631 à 1635 en prolongement du chœur. Les deux oculus du chevet plat anglais furent à cette occasion murés. Cet édifice massif à gros contreforts, construit en brique, a un plan elliptique. La chapelle de la Vierge possédait des petites orgues logées sans doute dans un des balcons.

    En 1813, de nouvelles grilles en fer forgé fermèrent la chapelle. En 1860 la chapelle fut rénovée. Le dôme se vit enrichir d‘un lanternon ajouré et la décoration intérieure a certainement été alors remaniée. A gauche de l‘entrée de la chapelle se trouve un monument funéraire en albâtre du XVIe siècle. Il rappelle le souvenir de Lucrèce de Bernes épouse d'Antoine de Jacomel, maître des requêtes de l'Hôtel du Roy et président—juge de Calais.

     Au XVIIIème siècle, l'église Notre-Dame fut dotée d'un magnifique orgue. L'instrument et le buffet furent réalisé de 1729 à 1735 par le facteur d'orgues Jean Jacques, le sculpteur Jacques-Joseph Baligant et le menuisier Jean-Henri Piette. Les dispositions de l'orgue reprenaient celles du buffet de la cathédrale Notre-Dame de Saint-Omer, également œuvre des mêmes artisans originaires de Saint-Omer. Mais à Calais, l'élévation à trois étages dut se loger dans une nef plus large et moins haute qu'à Saint-Omer. L'illusion de profondeur est à Calais moins probante. La même richesse décorative, presque baroque, ornait l'orgue de Calais : Les tambours du buffet supportaient les statues d'anges musiciens, du roi David, de sainte Cécile et de l‘enfant Jésus. Entre 1940 et 1945, l'orgue souffrit d'éclats d'obus passés à travers la toiture de la nef. Mais ce fut surtout le pillage de la tuyauterie d'étain qui saccagea l'instrument.

    Les statues de la tribune disparurent, seules celles de l'entablement supérieur purent être déposées ainsi que toutes les boiseries sculptées et les tambours. La structure même fut utilisée en grande partie comme bois de chauffage. Les statues du roi David, de sainte Cécile, de l'enfant Jésus et des deux anges trompettistes décorent de nos jours les murs de Notre-Dame provisoire, nombres d'éléments sculptés sont toujours entreposés dans les caves de la Bourse du Travail.

     De belles grilles de fer forgé, clôturant le chœur et les fonts baptismaux, furent réalisées au XVIIIème siècle. Le dallage de l'église, pendant cette période, fut entièrement refait et rehaussé.

     Notre-Dame pendant l’ère industrielle

     En 1802, l'église Notre-Dame fut rendue au culte. L'édifice avait été transformé en Temple de La Raison en 1793 puis réquisitionné par l'intendance pour servir d'entrepôt en 1794. Le vandalisme révolutionnaire avait épargné l'église. Seuls les objets précieux étaient partis à la Monnaie de Paris ou avaient été volés.

    Une seule cloche restait en place, les autres, comme le plomb des toitures, avaient été fondues. Dans la chapelle de la Vierge, les armes de France, du cardinal Richelieu et de son beau-frère, le gouverneur de Calais, Urbain de Maillé, avaient disparu..

     En 1829, la chapelle de l'Ascension, démolie pendant la Révolution, fut reconstruite. Elle était placée sous le vocable de saint-Charles Borromée et abritait les statues en bois polychrome de saint Nicolas et de saint Bain, évêque de Thérouanne, missionnaire de la Morinie et premier apôtre du Calaisis. Cette chapelle, située dans l'angle extérieur est du transept Saint-Pierre, n'a pas été reconstruite après guerre. La statue de saint Nicolas et celle, de même facture, de saint Alphonse de Ligori ont été récemment placées dans le hall d'entrée de Notre-Dame provisoire. Cette même année 1829, le sieur Cléty de Saint-Omer exécuta le banc d'œuvre et la chaire. L‘ancienne chaire, plus petite, du XVIIème siècle, fut alors vendue à l'église de Gravelines où elle est encore en place.

     Les orgues furent rénovées et l'on installa de nouveaux confessionnaux. En 1851, le Gouvernement offrit une copie du tableau de Picot « La reprise de Calais en 1558 >>.

     Les plus importants travaux réalisés pendant cette période furent entrepris à l'initiative de l'archiprêtre de Lencquesaing. Ce dernier, né à Saint-Omer, avait été successivement vicaire à la cathédrale d'Arras, curé de Saint-Gery à Arras, doyen de Calais en 1863 et nommé archiprêtre en 1887. Il décéda en 1902 en laissant une église << embellie >>, au caractère néo-gothique encore plus affirmé. En 1872, un legs de 10 000 F de M. François permit de réaliser les grandes verrières des croisillons nord et sud ainsi que six autres baies. Un bombardement de la Première Guerre mondiale souffla beaucoup de ces vitraux. En 1892, le testament de la veuve de Charles Demotier offrit à la fabrique de Notre-Dame une somme de 40 000 F.

    L'architecte Vilain édifia alors, avec une partie de la somme, un nouveau portail monumental néo-gothique sur la façade occidentale. Achevé en 1894, il portait une épitaphe à Madame Demotier. Le legs permit également l’acquisition de deux anges- bénitiers en marbre blanc. Ces derniers ont été placés dans le hall d'entrée de Notre-Dame provisoire. Les quatre cloches du clocher dataient du XIXème siècle ; La Marie—Caroline fut offerte en 1821, la Françoise en 1838. La petite cloche, dédiée à la Vierge, datait de 1872 et enfin le bourdon, de 2887 kg, placé sous le vocable de la Trinité, avait été béni en 1872.

     Le vingtième siècle, destruction et renaissance de l’église.

     Jusqu‘en 1940, Notre-Dame ne connut pas de transformations notables. L'ensemble de l'édifice avait été classé au titre des monuments historique en 1913. Les travaux et aménagements devaient dès lors avoir l‘aval de l‘administration des Monuments Historiques. Une statue en chêne du XVème siècle de saint Jean- Baptiste, provenant vraisemblablement de l‘ancienne église Saint-Nicolas, fut classée en 1934. Elle est conservée au musée des Beaux-Arts.

     René Bertrand, antiquaire à Calais et membre de la commission départementale des Monuments Historiques, s’investit fortement dans la mise en valeur et la protection de l‘église Notre-Dame. Suite à ses démarches, l'escalier de l'ancien jubé fut dégagé en 1936 et, pendant la guerre, celui-ci contribua largement à sauver les œuvres d'art de l'église. En effet, après la prise de Calais par les forces allemandes en 1940, seule l‘église et la Tour du Guet se dressaient parmi les ruines.

     Déjà en 1939, les objets classés avaient été évacués. Un mur de sacs de sable, élevé sous les directives de l‘architecte en chef des Monuments Historiques, M. Kopp, protégeait le retable. Le service des Monuments Historiques déposa la toile de Seghers du retable.

    Elle est d'ailleurs toujours conservée dans les réserves de cette administration à Champs—sur—Marne. Seule la toiture de la nef fut endommagée par deux obus. Avec l'autorisation de la Kommandantur, R. Bertrand fit de nombreuses inspections entre 1940 et 1944. Ces rapports aboutirent à l'évacuation d'autres éléments : vêtements sacerdotaux, linge liturgique, objets du culte, sculptures de l'orgue et de la chaire, plusieurs statues et peintures.

    Tout cela fut dispersé entre les caves de l'Hôtel de ville et de la Bourse du travail, l'église Saint-Pierre, le Beau-Marais et Bouvelinghen. Les grilles de fer forgé et beaucoup de pierres ou bois sculptés restèrent dans l'église. Des vols d'œuvres d'art eurent lieu (statues d'anges musiciens de la tribune de l’orgue). L'étain de l'orgue et le plomb des toitures, arrachés, partirent à la fonte.

     Une semaine avant la libération de la ville, le 26 septembre 1944, des bombes alliées abattirent le clocher. Ce fut le désastre : le transept nord, la chapelle de l'Ascension, la première travée du chœur étaient anéantis. La chute du clocher provoqua l‘effondrement de presque toutes les toitures. Les têtes du Christ, de Saint Louis et de Charlemagne furent décapitées sous le choc mais heureusement récupérées et déposées au musée des Beaux-Arts.

     Le 30 septembre 1945, Monseigneur Evrard célébra, sur les amas du transept Saint-Pierre, devant une foule au cœur meurtri, une messe solennelle. Par la suite, des messes furent célébrées tous les dimanches dans la chapelle de la Vierge.

     Le chantier de restauration de l‘édifice débuta le 24 août 1945. La tâche était énorme. Les services des Monuments Historiques décidèrent de reconstruire d'abord le clocher et les toitures de la nef et du transept Saint-Jacques. On remonta ensuite le transept Saint—Pierre. Le parti de la restauration était de restituer l'église dans son aspect médiéval. Les voûtes du transept et de la nef furent donc lambrissées. Le niveau du sol fut abaissé pour retrouver la base des piliers. Le dallage de marbre, nouvellement posé, reprend le motif d’avant-guerre, lui-même copié sur le sol de la chapelle du King's College de Cambridge.

     En l’an 2000, l'église Notre-Dame a retrouvé ses cloches ; la nef et le transept étaient en voie d'achèvement. Le chantier à venir s'attachera, nous le souhaitons vivement, au chœur et à la chapelle de la Vierge. Le merveilleux retable pourra à nouveau être admiré et le mobilier dispersé réintégrera un cadre qui lui est digne.

    Eglise Notre-Dame

     

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