• Elu maire en 1925, Léon Vincent dirige Calais pendant près d'une décennie

    Elu maire en 1925, Léon Vincent dirige Calais pendant près d'une décennie

    Léon Vincent, au centre, pose entouré de ses adjoints en 1927. Archives Municipales de Calais, cote 1F1, tous droits réservés

     

    A l'occasion des élections municipales, retour sur quelques épisodes marquants de la vie politique calaisienne. Après une période d'immédiat après-guerre où le personnel politique de la Belle Epoque reprend temporairement les rênes de la ville, Léon Vincent est élu maire en 1925 après une suite d'habiles manoeuvres électorales Nous avons déjà croisé Léon Vincent lors du précédent épisode : il était l'un des adjoints les plus en vue de Duquenoy-Martel. Né en 1875, il a été élu pour la première fois en 1900 au conseil municipal. La même année, il a créé le comité des Fêtes du Courgain, et un groupe de matelotes qui s'attache à faire revivre le folklore du quartier, les Dames de la Halle, n'est plus désigné que comme « l'escouade à Léon ».


    Ralliement au camp adverse 
    L'homme vit dans une certaine aisance, ayant su faire prospérer l'entreprise maritime paternelle. « Léon Vincent est un homme né coiffé, jeune d'une éternelle jeunesse, à qui tout sourit. Bon garçon, il cultive avec succès sa popularité. Organiser et présider des fêtes, faire preuve de libéralité et de générosité, se confiner dans les fonctions de pompe et de magnificence, passer délicatement la main sur la crinière du lion populaire, et, en échange, recevoir des acclamations et des ovations, marcher dans une ambiance d'affectueuse sympathie », voilà ce qui lui plaît, affirme L'Avenir de Calais à la veille des élections municipales de mai 1925.
    Alors qu'il s'apprête à fêter ses cinquante ans, Léon Vincent démissionne en avril 1925 de la Ligue Républicaine Démocratique sous l'égide de laquelle il a bâti toute sa carrière politique. Il est suivi par six conseillers municipaux : Émile Lesage, Jules Lefèvre, Henri Laporte, Gustave Liébaert, Charles Bricout et César Deleplace.
    Du côté conservateur on crie à la trahison. Guidé par son ambition, Léon Vincent choisit en effet de se rallier au camp adverse, surfant sur la vague du Cartel des gauches, coalition électorale de radicaux, radicaux-socialistes, républicains-socialistes et SFIO, qui a emporté les législatives l'année précédente, et porté Édouard Herriot à la présidence du Conseil. Il sait qu'il peut compter sur les voix des électeurs du Courgain, dont il est "l'enfant chéri" mais aussi d'une large fraction des Calaisiens avides de changement.

    Dans le sillage du Cartel des Gauches 
    Prudent, le bourgeois Léon Vincent dépose néanmoins sa liste sous l'étiquette de "Concentration Républicaine, Laïque et d'Intérêt Local" afin de ne pas effaroucher ceux qui ont gardé de mauvais souvenirs de l'époque durant laquelle Calais était gouvernée par feu le socialiste Salembier et les "collectivistes" - mot s'éclipsant dans les années 1920 au profit de "bolchéviques". Mais le fait que Le Petit Calaisien lui apporte tout son soutien le classe clairement à gauche de l'échiquier politique.
    « Léon Vincent, par ambition, s'est allié à la Deuxième Internationale, aux adversaires impénitents de la famille, de la propriété et de l'héritage. Croit-il qu'une étiquette postiche suffise à masquer le Cartel des Gauches, dont il a accepté de devenir l'agent ? », fustige L'Avenir de Calais. Les enjeux nationaux sont donc très présents lors de ces élections qui se soldent par un raz-de-marée pour la gauche : Apeness, Deroide, Noyon et autres conservateurs sont balayés.
    Le dimanche 17 mai, le beau Léon est élu maire de Calais par 34 voix sur 35, lui-même ayant voté pour son colistier Georges Hembert, finalement élu adjoint de même que Louis Melle, Lucien Vadez et Charles Duriez. C'est la première fois dans l'histoire de la ville que l'élection du maire et de ses adjoints a lieu au premier tour et à l'unanimité moins une voix, celle de l'élu lui-même ! Léon Vincent devient également député en 1928, réélu en 1932.
    Les Calaisiens lui renouvellent leur confiance en 1929. Durant son second mandat, Calais subit de plein fouet la crise économique. Pour faire entendre la voix de l'industrie de la dentelle en souffrance au plan national, Léon Vincent démissionne avec tout son conseil municipal en juillet 1933, pour être réélu triomphalement trois mois plus tard face à une liste communiste qui n'obtient que quelques centaines de suffrages. Pendant ce court intérim, Victor Mussel occupe les fonctions majorales.
    Léon Vincent aura donc marqué durant près d'une décennie la vie municipale calaisienne de son empreinte. Un buste signé Buisseret, inauguré en 1962, rend hommage à cette forte personnalité sur la place qui porte son nom, au Courgain maritime.

    « Le boulevard International et la chambre de commerceEn 1888, Georges Wintrebert propulsé maire de Calais, sans l'avoir cherché »
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