• En 1888, Georges Wintrebert propulsé maire de Calais, sans l'avoir cherché

    En 1888, Georges Wintrebert propulsé maire de Calais, sans l'avoir cherché

    L'hôtel de ville de la place Crèvecoeur, un jour d'élection. Il servira jusqu'au moment de l'inauguration de l'hôtel de ville actuel.

     

    À l'occasion des prochaines élections municipales, retour sur quelques scrutins marquants de la vie politique de notre ville. Voici comment un jeune avocat de 34 ans est devenu, alors qu'il ne l'avait pas cherché, premier magistrat de Calais en mai 1888.
    Paul Van Grutten, élu premier magistrat du Grand Calais en 1885, arrive au terme de son mandat trois ans plus tard. Les nouvelles élections municipales qui se profilent se jouent toujours sur fond de clivage politique entre vieux Calais et Saint-Pierre, agglomérations unifiées depuis peu, même si ces étiquettes géographiques ne sont plus mises spontanément au premier plan comme auparavant.

    Deux ligues opposées
    Afin d'assurer la victoire de son camp, le maire sortant met en place une liste étiquetée "Ligue Républicaine "qui s'affiche résolument progressiste face au conservatisme bourgeois qu'incarneraient toujours les représentants du « vieux Calais ». Cette Ligue Républicaine fait alliance avec la Ligue Radicale dans une optique dite « anti-réactionnaire ». Du côté opposé, une liste dite «  d'affaires et d'intérêt local » se présente sous le signe de la conciliation et de l'indépendance, en adoptant ce slogan : «  Notre République est la République des gens raisonnants et raisonnables, et nous faisons appel à toutes les bonnes volontés. » C'est sur cette liste que figurent l'ancien maire de Calais Omer Dewavrin, Charles Ravisse et quelques hommes d'affaires comme les fabricants de tulle Cadart et Darquer ou le négociant-armateur Hans Apeness : « Pour Calais-Nord, gardons les anciens qui se représentent. Ils ont été à la peine depuis la fusion, toujours ils ont vaillamment défendu nos droits, les intérêts du vieux Calais. Soyons-leur reconnaissants et montrons-le en les renvoyant siéger à la Mairie », lit-on dans Le Journal de Calais du 5 mai 1888.
    Les Calais-Nordais font porter leurs principales critiques sur le projet de construction d'une « mairie centrale » commune aux deux parties de la cité : « Nous ajournerons la construction de l'hôtel de ville qui entraînerait une dépense immédiate de 800 000  francs en principe, mais qui en fait sera de beaucoup supérieure. Nous estimons que cette somme peut être employée d'une façon plus utile au service de la voirie et aux travaux d'aménagement indispensables à l'ouverture de notre port. » D'un point de vue pratique, on peut comprendre que les gens de Calais-Nord préféreraient investir dans le développement du port, dont les retombées économiques leur bénéficieraient au premier chef. Mais, d'un point de vue symbolique, le fait que le bâtiment faisant office de maison communale soit alors l'hôtel de ville de la place Crévecoeur - donc celui qui servait à l'administration de Saint-Pierre avant la fusion - ne pouvait manquer de leur déplaire fortement. Ce qui prévaut en réalité, c'est la peur face aux énormes dépenses à venir, sachant qu'il faudra également doter la cité d'un nouveau théâtre... 


    Ballotage et victoire de la Ligue Républicaine 
    Le premier tour de scrutin (6 mai) ne tourne pas en la totale défaveur de la liste « d'intérêt local » puisque quelques anciens conseillers municipaux sont réélus : « Calais-Nord, ce vieux Calais que nos voisins voudraient voir disparaître de la carte, a nommé cinq conseillers et des meilleurs. Il ne suffit pas, et le clan St-Pierrois l'a bien vu, de crier à tue-tête que l'on est républicain, modéré, radical, gaucher ou opportuniste. Le peuple, qui se compose en grande partie de boutiquiers, a montré qu'il ne voulait pas de ces grands faiseurs de mots, de ces polichinelles à tout crin », lit-on dans le Journal de Calais.
    Il y a toutefois ballottage pour l'élection de rien moins que 29 conseillers répartis en trois sections de vote (Nord, Sud-Est et Sud-Ouest). Lors du second tour, le 13 mai, la liste républicaine l'emporte haut la main. Signalons que la liste socialiste menée par Émile Salembier n'a aucun élu mais qu'elle a fait beaucoup parler d'elle.

    Van Grutten se retire
    de la vie politique 

    Le 20 mai, les conseillers procèdent à l'élection du maire. Par deux reprises, les suffrages se portent à l'unanimité sur Paul Van Grutten, qui décline à chaque fois l'offre, invoquant des raisons personnelles. Au troisième tour, les bulletins désignent Pierre Lavoine qui, à son tour, refuse le poste en alléguant son grand âge.
    Ce n'est qu'au 4e tour que Georges Winterbert, jeune avocat de 34 ans, est désigné : assez déconcerté, l'édile accepte de ceindre une écharpe majorale qu'il n'avait pas briguée. Il a travaillé aux côtés de Van Grutten et il est entouré de trois adjoints (Paclot, Delsart et Bruyère) qui doivent lui faciliter la tâche.
    En réalité, celle-ci sera bien plus difficile qu'escompté, notamment avec l'arrivée rapide au sein du conseil municipal des socialistes Salembier et Delcluze à la faveur d'une élection partielle en décembre 1888. Les séances deviennent de plus en plus houleuses, et Georges Wintrebert, qui s'attendait à devoir gérer une assemblée de calmes notables, se sent vite dépassé. Au bout de quatorze mois, il démissionne : son premier adjoint Émile Paclot est désigné pour lui succéder jusqu'en 1892.

    « Elu maire en 1925, Léon Vincent dirige Calais pendant près d'une décennie »
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