• Georges Andrique

    Le nom de Georges Andrique, qui a été donné à une école primaire du Beau-Marais et à une rue de ce quartier, résonne familièrement aux oreilles de tous les Calaisiens. Beaucoup se souviennent encore du peintre qu’il fut, mais rares sont ceux véritablement à même de mesurer l’étendue et la portée de son œuvre picturale, qui n’a fait l’objet à ce jour d’aucune monographie. On a en revanche souvent oublié que ce brillant touche-à-tout fut aussi revuiste de talent, poète reconnu et un décorateur de théâtre.

    Georges Andrique

    Photographie de Georges Andrique, dans les années 1950 (collection particulière de l'auteur)

    Georges Andrique

    Œuvre majeure de Georges Andrique, Le quai de Ia Colonne représente les pêcheurs du Courgain au travail et donne un aperçu de la configuration du quartier avant les bombardements.(collection particulière de l'auteur).

    Georges Andrique est né le 2 novembre 1874 à Calais—Nord, rue de Guise, Où ses parents tenaient une boulangerie. Il travailla toute sa vie comme agent d’assurances et épousa en 1911 Marguerite Deguînes, en compagnie de laquelle il fêta officiellement ses noces d’or cinquante ans plus tard. Le couple n’eut qu’un fils, Henri, né en 1919. Ce dernier n’eut pas le temps d’achever ses études de médecine : atteint de tuberculose, il succomba à la maladie à l’âge de 18 ans, laissant dans le cœur de ses parents un chagrin ineffaçable.

    Pourtant, tout au long de sa vie, Georges Andrique afficha une jovialité et un optimisme sans faille. Ceux qui l’ont connu aiment à évoquer son tempérament extraverti, son goût pour la plaisanterie et la gaieté qu’il mettait dans tout ce qu’il entreprenait. Cigare aux lèvres, chapeau gris à bords roulés, canne l’âge venant... L’artiste s’était forgé une silhouette typique, reconnue de tous les passants qui l’apercevaient assis devant son chevalet sur le quai du Paradis, en train de représenter un coin du Vieux Courgain, quartier dont il sut si bien saisir l’atmosphère pittoresque.

    Très jeune, alors qu’il était élève au collège municipal de la rue Leveux, Georges Andrique commença à dessiner sous la houlette de son professeur, M. Guilmet. Il reçut ensuite les conseils du peintre anglais Abel Prior, qui était établi à Calais, avant de parfaire son art en suivant des cours à l’académie de dessin de la ville. Malgré cette for- mation relativement sommaire, il obtint en 1927 une mention honorable au Salon des Artistes Français de Paris, auquel il participa pendant trente ans. Très prolifique, il fut l’auteur d’innombrables tableaux représentant des paysages du Calaisis mais aussi de la côte d’Azur, où il aimait passer ses vacances. La Compagnie des Chemins de Fer du Nord fit aussi appel à son talent pour réaliser quelques affiches colorées, qui ornèrent les gares des grandes villes de France. Il avait pris l’habitude de signer ses œuvres “Géo” Andrique. Son héritage est revendiqué par certains peintres contemporains, comme Alain Dimpre ou Gérard Hugue.

    Les talents de Georges Andrique furent aussi littéraires. Loin de mépriser le registre populaire, il composa avec son ami d’enfance, Léon Vincent, quelques revues locales à succès comme Le Tour de Calais en 80 minutes, Tout Calais y passera. En 1910, il mit sur pied avec Emile Camys, directeur de l’école de musique, la revue locale Calais en lî4ir retraçant avec humour l’épopée des pionniers de l’aviation, et le fameux monologue intitulé L’Armonteur. Seul, il écrivit Le livret de Lisette, une opérette en un acte, et celui des Fleurs jalouses.

    Il ne dédaigna pas non plus la pure poésie et connut la consécration en 1957 avec la remise de la Rose d’Or par les Rosati du Calaisis.

    Georges Andrique

    Une vue d’une rue de Calais-Nord avant la Seconde Guerre mondiale, signée Géo Andrique. A l'arrière-plan, la Tour du Guet et l'ancien beffroi.

    Georges Andrique

    Une affiche célèbre signée Géo Andrique. Encore une fois, le monde de la pêche et le Courgain maritime sont mis en valeur.

    Georges Andrique

    Ce charmant dessin a été réalisé en quelques minutes par Georges Andrique un jour de banquet, au dos d'un menu cartonné. (collection particulière de l'auteur)

    Une fois député-maire, Léon Vincent nomma Georges Andrique conservateur des décors du théâtre municipal. Il créa ainsi le décor pour Le pays du Sourire lors de sa première représentation à Calais et forma alors un fameux tandem avec André Culié. Son engagement dans la vie culturelle de la cité ne s’arrêta pas là : vice—président d’une délégation spéciale créée par la municipalité à partir de 1955, il œuvra par exemple à l’organisation d’un Salon annuel des Beaux-arts à Calais, manifestation dont la réputation ne tarda pas à dépasser le cadre régional.

    La longue vie de Georges Andrique — il décéda à 90 ans — fut émaillée d’épisodes difficiles, comme en 1940, lorsque, fuyant avec son épouse sa maison de l’avenue Wilson en feu il fut blessé par une balle allemande et vit la totalité des tableaux qu’il conservait réduits en cendres par l’incendie. La remise de la croix de chevalier de la Légion d’Honneur en 1962 des mains de Jacques Vendroux représenta à l’inverse un moment de vrai bonheur dans l’existence d’un artiste dévoué qui déclara à cette occasion : “Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait par amour pour Calais. J’ai cherché à servir ma ville natale”.

     

    Texte Magali Domain Pour le comité de lecture des Amis Du Vieux Calais

    « Calais, l'auberge des roisKaléis au début du XIVe siècle »
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