• Grande Guerre: Calais évacue plus de 80 000 réfugiés belges

    Grande Guerre: Calais évacue plus de 80 000 réfugiés belges

    Plus de 80 000 : c’est le chiffre qu’Albert Chatelle et Gaston Tison avancent dans leur livre "Calais pendant la Grande Guerre". On peut raisonnablement les suivre dans cette évaluation, même si elle est forcément grossière. D’après eux, entre la mi-octobre et le début du mois de novembre 1914, ce n’est pas moins de 30 000 civils belges qui ont été évacués de Calais par chemin de fer, et 52 000 par voie maritime. En plus de l’afflux concomitant de milliers de militaires blessés, on imagine aisément à quel point le visage de la ville dut être métamorphosé durant ces terribles semaines.

    Une mère sans ses enfants

    La population fait tout ce qu’elle peut pour réconforter ces réfugiés, mais se trouve souvent impuissante, comme devant cette mère de famille de 33 ans (photo), originaire de Nip-Emmixten, près d’Anvers, hébergée temporairement 125 rue Martyn. Elle fait cette déposition au commissariat de Calais courant octobre 1914 : « Il y a trois jours, fuyant l’ennemi, je passais à Adinkerque avec mes 5 enfants, lorsque l’un d’eux, me quittant la main, s’approcha d’un groupe de soldats qui défilaient sur la route, afin de leur demander quelques biscuits. 

    Je m’élançais après lui, laissant sur le chemin trois autres enfants (Maris 15 ans, Sophie 10 ans, Marie-Joseph 9 ans) ainsi qu’un quatrième, un petit garçon de 5 ans, Franciscos, qui se trouvait sur une petite voiture que traînait un paysan. Lorsque je revins, quelques instants plus tard, mes enfants avaient disparu. Ils n’avaient fort probablement pas aperçu mon départ et avaient continué leur route. Toutes les recherches que je fis en cours de chemin pour les retrouver sont restées infructueuses". 

     

    L’appel est lancé : si quelqu’un rencontre les enfants de Mme de Pauw, il doit contacter le commissariat de Calais. Les journaux locaux se couvrent de petites annonces indiquant qu’un tel, originaire de Belgique, est maintenant à Calais ou dans le Calaisis, et qu’il cherche à avoir des nouvelles de ses proches. Mais la place étant un camp retranché sous la menace d’une attaque, le gouverneur de Calais prend toutes les dispositions nécessaires pour que les civils belges qui s’y trouvent n’y soient qu’en transit.

    Evacuation impérative

    « Les habitants de Calais ont rempli complètement leur devoir, en accordant une hospitalité temporaire aux malheureuses familles belges, réfugiées dans la place. Il importe maintenant, afin de conserver le plus possible de ressources aux armées à ravitailler, que l’évacuation de ces fa milles ait lieu, à bref délai, sur le territoire que la France a organisé pour les recevoir. Le Gouverneur prie, en conséquence, les Calaisiens qui auraient encore chez eux des réfugiés belges, de vouloir bien les inviter à se rendre au port de commerce, pour y être embarqués » proclame le général Bérard le 21 octobre.

    L’évacuation ne se déroule cependant pas sans difficulté. Certains réfugiés souhaitent demeurer à Calais, où ils reçoivent tout ce dont ils ont besoin pour vivre correctement, en attendant un retour au pays qu’ils espèrent rapide. Les autres préfèrent pour la plupart quitter la ville en direction du sud par train. Mais les transports ferroviaires sont prioritairement réservés aux besoins de l’armée... et ne sont pas sans risque, comme en témoigne la collision qui s’est produite le 18 octobre entre un train transportant 2 000 réfugiés vers Rouen et un convoi de ravitaillement entre Marquise et Wacquinghem. Bilan : 50 morts (certains sont décédés de leurs blessures à l’infirmerie de Calais-Triage, plusieurs n’ont jamais été identifiés) et 200 blessés, ventilés dans les hôpitaux de Calais, déjà surchargés.

    Un bateau torpillé

    La voie maritime n’est pas beaucoup plus sûre. On sait que la rade de Calais est sillonnée par des sous-marins allemands. Le 26 octobre, 2 200 réfugiés belges (dont 200 enfants en bas âge) ont pris place sur le cargo Amiral Ganteaume qui doit les amener à La Pallice. A 16h20, alors que le bateau se trouve non loin du Gris-Nez, une énorme explosion le déstabilise à l’avant et fait pénétrer 3 000 m3 d’eau dans ses soutes.

    Présentant une brèche de dix mètres de long sur cinq mètres de hauteur, l’amiral Ganteaume a bel et bien été torpillé. Mais les lecteurs du Phare de Calais n’apprendront la vérité que 6 jours plus tard. Dans son édition du 27 octobre, le journal se veut rassurant : "Le capitaine, voyant son navire sur le point de sombrer, arbora les signaux de secours, et toutes les unités qui se trouvaient dans les parages répondirent aussitôt en venant prêter assistance au cargo-boat. C’est ainsi que la malle qui était en vue des jetées, rebroussa chemin pour aller coopérer au sauvetage. Les secours, promptement organisés, et activement menés, furent couronnés de succès, puisque tous les passagers purent être recueillis par les navires présents. Seuls périrent en mer une dizaine de réfugiés qui, effrayés du danger, s’étaient jetés à la mer". 

    Alors que le bruit a couru dans Calais que le navire avait coulé avec tous ses passagers, le bilan humain est effectivement réduit à une dizaine de victimes, qui ont été la proie d’un mouvement de panique. Les autres personnes à bord ont regagné saines et sauves le port de Boulogne-sur-Mer puis ont poursuivi leur chemin. Le bateau fut rapidement réparé. Face à tant de dangers, ceux et celles qui s’obstinent à rester chez l’habitant exposent leur hôte à l’amende : le 2 novembre, le Petit Calaisien rapporte qu’un tulliste de la rue Neuve s’est vu infliger une contravention pour avoir hébergé des réfugiés sans les avoir déclarés à la police.

     

     

    « Le camp retranché de Calais, maillon essentiel de l’arrière-frontCalais : au nord, la rue Royale s’ouvrait sur la place d’Armes »
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