• Janvier 1915 : la présence de milliers de Belges change la vie à Calais

    A la mi-octobre 1914, le maire doit rassurer les commerçants de la cité des Six Bourgeois hésitant à se faire payer en billets de banque ou en monnaie de nickel belges.

    Janvier 1915 : la présence de milliers de Belges change la vie à Calais

    Réfugiés belges embarquant sur un paquebot à la Gare Maritime (Archives municipales 43Fi45).

    L a Banque de France acceptera de leur faire l’échange au pair, sans aucune difficulté, de toute la monnaie belge reçue en paiement de marchandises ». De plus, « la Banque de France se tient à la disposition des personnes de passage à Calais qui désireraient échanger leur monnaie belge contre de la monnaie française ». 

    Des bâtiments entiers sont réquisitionnés pour accueillir les militaires en provenance de Belgique qui doivent organiser leur séjour tout en restant sur le pied de guerre. C’est ainsi que le Grand Théâtre est mis à la disposition du Quartier Général belge. Plusieurs soldats y sont solennellement jugés en Conseil de Guerre. Rappelons que les communes aux alentours de Calais ainsi que Dunkerque et sa région sont également concernées par l’accueil d’une grande partie de l’armée belge qui a dû se replier face à l’avancée allemande.

    Au départ, les choses se font forcément dans l’urgence. On met par exemple en dépôt des dizaines de locomotives belges à Calais afin d’éviter que l’ennemi ne s’en empare. Mais les machines, laissées sans surveillance sur les voies de triage de la Gare Maritime et des Baraques, deviennent le terrain de jeu de gamins imprudents, risquant de se blesser - mais surtout, craint-on à l’époque, d’endommager le matériel ! « Sans compter, lit-on dans le Phare de Calais, « que les cuivres et les parties métalliques démontables pourraient bien prendre quelque jour le chemin du brocanteur ». 

     

    Vols et recels

    Les services de l’intendance belge s’implantent dans les hangars Paul Devot. D’autres magasins belges s’installent soit à bord des navires, soit dans les locaux de la Chambre de Commerce ou des gares. Les marchandises ainsi entreposées sont très vite « mises en coupe réglée par des civils et militaires » comme le dénonce la presse locale qui rapporte des «vols importants de chemises, boîtes de sardines, sacs de café, brownings, munitions »aboutissant à l’arrestation de dix individus en décembre 1914. Parmi eux, un couple d’aubergistes calaisiens de la rue du Roule, faisant office de receleurs.

    C’est ce couple qui a mis la police sur la piste, car, pour tirer un profit immédiat des vols, il avait laissé en dépôt des lots de chemises dans différents magasins de Calais, afin de faciliter leur vente rapide. Le procès en correctionnelle a lieu début janvier 1915. Dans sa plaidoirie, l’avocat des aubergistes explique qu’ils ont « accompli des prodiges de dévouement pour les réfugiés et qu’ils avaient même adopté puis élevé deux petits Français qui combattent aujourd’hui les Allemands ». L’homme écope de 40 jours de prison ferme, sa femme de la même peine avec sursis. Quant à leurs complices, ce sont des soldats belges qui se voient infliger des peines allant jusqu’à 8 mois d’incarcération.

    Des larcins se multiplient et sont rapportés dans la presse. Le 18 janvier 1915, un soldat au parc automobile belge prénommé Prosper et âgé de 34 ans, venu à vélo à la Chambre de Commerce, porte plainte au commissariat place d’Armes car il s’est fait voler sa bicyclette. Le lendemain, un gendarme belge surprend dans un wagon stationné dans la zone portuaire le jeune Achille, 18 ans, habitant au Fort-Nieulay, en train de dérober un pain de munition. Procès-verbal pour tentative de vol est dressé. On dénonce des adolescents subtilisant des journaux dans les boîtes que la municipalité a fait placer aux principaux carrefours pour recueillir les publications dont les Calaisiens n’ont plus usage, afin de les remettre normalement aux soldats soignés dans les nombreux hôpitaux de la ville.

     

    Esprit de solidarité

    Mais l’esprit de solidarité prévaut toujours. Au cours du mois de janvier 1915, le Petit Calaisien se fait l’écho de collectes régulières destinées à réunir de l’argent pour aider précisément tous ces blessés. Les sommes réunies sont souvent modestes, mais proviennent de milieux très divers : 5, 30 fr ont été réunis par les employés au Matériel du Dépôt central du Génie belge de Calais ; 3, 15 fr par un cafetier-coiffeur sis au 41 rue Cambronne ayant organisé une quête dans son établissement; 3,30 fr sont versés par un télégraphiste du génie belge qui a touché le cœur de plusieurs personnes après avoir chanté en public. L’institutrice de l’école mixte Waldan met en place une souscription auprès de ses élèves qui permet de réunir 29, 35 fr.

    La présence de militaires belges sur le sol de Calais peut aussi s’avérer salutaire dans les situations difficiles. Le 11 janvier, Joseph Eschweiler, du corps des mitrailleurs, sauve de la noyade une jeune femme de 36 ans dans le canal près du pont Mollien. Mais rien n’a pu sauver le petit Jules Wasselynck, 10 mois, tombé dans les eaux de l’avant-port le 13 janvier 1915. Le bébé et son père, réfugiés belges, embarquaient à bord du Malte pour être évacués loin de Calais.

    Qu’est-il arrivé ? Suite à un remous, la passerelle permettant d’accéder au bateau se retire brusquement alors que Louise Callewaert, 53 ans, porte le bébé dans ses bras. Un douanier, un sous-brigadier et l’équipe des lamaneurs justement présente sur place parviennent à repêcher la femme avant qu’elle n’expire. Mais ce n’est plus qu’un pauvre petit cadavre qui est extrait de la mer : « la douleur du père faisait peine à voir » lit-on dans le Phare de Calais. Ce drame jette la lumière sur la situation encore chaotique qui règne à Calais, où civils en partance et militaires prenant leurs marques se côtoient au milieu d’une population qui n’est elle-même pas exempte de privations.

    Magali Domain

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