• "Kaleis" au début du XIVe siècle

    Calais était dès le XIIIème siècle une ville forte : 3 000 mètres de remparts, 40 tours et un château construits à la demande du comte de Boulogne, gardés et entretenus par les habitants ou le comte. Sa situation explique son rôle économique mais représente souvent un objet de convoitise, en particulier pendant la guerre de Cent Ans.

    L’administration de la ville
    Jusqu’au XIIIe siècle, Merc-en-Calaisis (Marck aujourd’hui) et Calais semblent être administrées par le même échevinage composé de magistrats représentant le pouvoir comtal. Vers 1181, une charte de coutumes, accordée par Gérard de Gueldre, comte de Boulogne, prévoit le mode d’élection et l’attribution des pouvoirs de certains bourgeois élus conseillers municipaux (les échevins) à la tête desquels se trouve le maire (le mayeur). De plus, il reconnaît Calais comme étant une commune dotée de magistrats appelés « koremans », hommes de la keure1. Depuis 1265, Calais dépendait non plus du comté de Boulogne mais de celui de l’Artois. Certains pouvoirs comme l’exercice de la haute justice, la perception des impôts et amendes étaient exercés par le représentant du comte : le bailli.

    "Kaleis" au début du XIVe siècle

    Pendant le siège, Calais était défendue par une garnison composée d’écuyers à cheval payés par les bourgeois.

    Un pôle commercial
    Les marchandises amenées à Calais par mer et réexpédiées en dehors de la ville étaient une source de revenus pour la cité. De même, le bailli percevait, entre autres, le tonlieu2 aux ponts de Nieulay à l’ouest ou de l’Estade à l’est ; les bourgeois de la ville en étaient exemptés. La place du marché, institué le dimanche puis le samedi, et celle du marché aux grains étaient aussi les lieux d’imposition en espèces ou en nature. Les impôts concernaient les céréales et légumineuses vendues ainsi que les vins achetés en Anjou et Aquitaine, les harengs pêchés au large de Calais, la goudale3 importée d’Angleterre, les fruits méditerranéens, les fromages hollandais, le sel du Poitou… A l’instar des villes voisines de l’Artois et de la Flandre, la vente des draps était importante et le comte comme la ville percevaient des taxes sur le lieu de vente : la halle. Calais était cependant réputée pour être devenue un « nid de corsaires » qui s’abritaient dans le havre et attaquaient les navires anglais croisant dans le “Channel”. 

    "Kaleis" au début du XIVe siècle

    Les habitants du Courgain mais aussi de la ville étaient souvent pêcheurs.

    Le siège
    Il est connu grâce, entre autres ouvrages, aux "Chroniques" de Froissart qui raconte la guerre de Cent Ans. L’attaque anglaise se produit après la victoire de Crécy le 26 août 1346. Edouard III, roi d’Angleterre, prépare un long siège de la ville. En effet, la cité est défendue par les marais mais aussi par des murailles puissantes munies de fossés inondables à chaque marée. Edouard III décide d’affamer la ville en s’installant assez confortablement et sûrement au sud-ouest. Il fait construire, sur le banc de cailloux où se trouvent actuellement les boulevards Lafayette et Gambetta, une véritable ville correctement approvisionnée, « Villeneuve-la-Hardie ». L’armée qui tient le siège serait passée de 32 000 à 100 000 hommes. La population est menacée de famine, Jean de Vienne, bourgeois et gouverneur de Calais, fait renvoyer la partie la plus pauvre de la population pour mieux nourrir la garnison. Ainsi entre 1 700 et 3 000 «bouches inutiles» traversent les portes et les troupes anglaises, semble-t-il sans être inquiétées. 

    "Kaleis" au début du XIVe siècle

    A la bataille de Crécy, en 1346, un nouveau type d’armes utilisant la poudre apparaît : la couleuvrine est l’ancêtre du canon. L’artillerie est née mais il s’agit seulement des prémices

    Après quelques tentatives de sortie vers les terres dès l’hiver 1346-1347, la population encerclée doit se contenter d’approvisionnements par mer : en effet, au sud, les murailles sont attaquées par des trébuchets, des centaines d’archers mais aussi des armes d’un nouveau genre : l’artillerie à poudre. Toutefois ces balbutiements de la guerre moderne ne permettent pas une avancée décisive des Anglais : à partir du mois de février 1347, Edouard III, grâce à 120 navires, entame le blocus du port. 
    En juin, il intercepte une lettre du gouverneur destinée au roi de France, Philippe VI de Valois, présentant l’état de famine et contenant un appel au secours. 

    "Kaleis" au début du XIVe siècle

    "Kaleis" au début du XIVe siècle

     

     La ville était dirigée par des échevins principalement issus de la bourgeoisie : les tenues vestimentaires permettaient de les distinguer du reste de la population.

     

     

     

    Cependant une armée de secours, préparée en mai 1347 et arrivée à la fin du mois de juillet sur les hauteurs de Sangatte et Coquellles, ne peut attaquer les troupes anglaises. Aucun accord entre les deux rois sur une bataille ou un arrêt du siège n’est trouvé. Finalement, le 2 août, l’armée de secours se retire sans combattre. 
    Le lendemain, Jean de Vienne monte à la tour du Guet pour annoncer les conditions de la reddition : le roi d’Angleterre souhaite la capitulation sans condition, le gouverneur demande à épargner la population et la garnison : six bourgeois, Eustache de Saint-Pierre, Jean d’Aire, Jacques et Pierre de Wissant, Andrieu d’Andres et Jean de Fiennes, pieds nus et la corde au cou, acceptent de se sacrifier et de livrer les clefs de la ville à Edouard III. 

    Les bourgeois qui avaient accepté de se sacrifier sont finalement épargnés, à la demande de la reine d’Angleterre, Philippa de Hainaut. Ils furent immortalisés par le sculpteur Auguste Rodin au XIXème siècle. Après un siège de 11 mois, la ville tombe : Edouard III expulse la population et prend possession du château, Calais est aux mains des Anglais qui la conservent jusqu’en 1558.

    Calais pendant le siège des Anglais

    Calais pendant le siège des Anglais (septembre 1346 – août 1347)

                

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