• L‘ECHOUAGE D‘UN LIBERTY-SHIP SUR LA PLAGE DE SANGATTE

    L‘ECHOUAGE D‘UN LIBERTY-SHIP SUR LA PLAGE DE SANGATTE

    L‘ECHOUAGE D‘UN LIBERTY-SHIP SUR LA PLAGE DE SANGATTE

    L‘ECHOUAGE D‘UN LIBERTY-SHIP SUR LA PLAGE DE SANGATTE

    Le "Costas Michalos" avant son échouage

    27 octobre 1962 

     L‘ECHOUAGE D‘UN LIBERTY-SHIP SUR LA PLAGE DE SANGATTE

    Le cargo grec s'est échoué devant Sangatte. Il accuse une certaine gîte.

    Nous relatons par ailleurs le drame maritime survenu sur le littoral calaisien. Mouillé sur rade, alors que tout dormait vraisemblablement à bon bord, le liberly-ship « Costas-Michalos », dérapant sur les ancres, fut drossé par la tempête et jeté à la côte, avant que l'équipage ait pu maîtriser le navire désenparé.

    Les trente officiers et matelots grecs, ramenés à Calais à 2 h. 30 du matin,  étaient encore sous le coup de l’émotion provoquée par l’échouement d’un navire de cette importance. Leur sauvetage avait été opéré par le canot “Maréchal Foch” de la station de Calais ayant à son bord le patron Léon Avron, M. Georges Wiart, president du comité du sauvetage; M. Marcel Goubelle, sous patron; MM. Tellier, radio; André et Georges Goubelle, Ernest Bruxelles, canotiers; Leprince, mécanicien; Georges Butez, sapeur pompier secouriste.

     Un peu plus tard, rentraient les remorqueurs “Courageux” et “Farouche” qui avaient vainement tenté, avec le “Jean-Bart” de renflouer le liberty-ship entre 22 heures et minuit. Ils avaient renounce après avoir brisé les cables de remorque.

     Dés la nouvelle du naufrage, M. Wadoux, chef du sous-quartier de l’administration maritime de Calais, avait reveille Mme. Duquesne, au café le “Triton”, au Courgain Maritime, en lui demandant de preparer des grogs, du café et autres boissons chaudes, à l’intention des rescapés. Ainsi, tout le monde fut réconforté au retour du port.

     

     L’ambulance des pompiers transporta à l’hôpital un matelot grec contusionné aux reins. Un peu plus tard, les marins furent conduits au commissariat central de police où ils passèrent au chaud le restant de la nuit.

    A BORD “FAROUCHE” EN ROUTE VERS LE CARGO

     A 9 h 45, le remorqueur “Farouche”, de la S.R.S.N., commandé par le capitaine Rebillard, quittait Calais pour rejoinder le liberty-ship échoué. Etaient present sur le quai, à son depart : MM. Henry Agneray, commandant du port; Kerjean, officier de port; Louis-Pascal Agneray, president du pilotage; Boudry, directeur local de la S.R.S.N.; Legrand, directeur; Wasselin et Gerne, de la Maison Jokelson & Handtsaem; Wadoux, administrateur de la marine; Dekeyser fils, directeur adjoint de la S.R.S.N. à Dunkerque, etc.

     Le “Farouche” emmenait avec lui l’équipage du “Costa Michalos”; M. Lefebvre, mécanicien d’armement à la S.R.N.S., chargé de la direction des operations de renflouement; le capitaine Jouin et une équipe de matelots charges de prendre en main le liberty-ship avant et après sa remise à flot. Seul de toute la presse, il y avait à bord notre envoyé special Robert Chaussois.

     Voici son carnet de route:

     9 h 50; Nous doublons les jetées de Calais. Un petit grain bouche un peu la visibilité.

     10 heures; Nous approchons du “Costas Michalos”. Il est échoué parallèlement à la côte, l’étrave tournée vers l’ouest. Il est incline de 12 degrés sur tribord. Près de lui stationne le remorqueur n° 27 de la S.R.S.N., le “Jean Bart” commandé par M. Clemenceau.

     10 h 15; Le “Farouche” met à la mer son canot à moteur, qui va conduire au liberty-ship l’équipage grec. Pour le premier voyage, le commandant grec embarque avec son second.

     10 h 30; Le canot à moteur du “Jean Bart” vient se ranger le long du “Farouche” et embarque les dix hommes de la S.R.S.N. qui vont prendre occupation du cargo. Le transbordement est rendu difficile par la mer houleuse, mais après quelques instants d’émotion, tout se termine bien. Le vent soufflé de Nord-Nord-Ouest.

     ARMADA DE REMORQUEURS ET DE CANOTS AUTOUR DU LIBERTY-SHIP

     10 h 45; Le remorqueur numéro 33 de la S.R.S.N., le “Hardi” de Dunkerque, apparait à l’est, tandis qu”à l’ouest du Gris-Nez, debouche le numéro 31, l’”Intrépide”, de Boulogne. Tous deux ont le cap sur Sangatte et viennent nous rejoinder. Il y a maintenant une petite armada de remorqueurs autour du grand navire blessé.

     10 h 55; Le canot conduit quatre marins grecs à leur bord.

     11 heures; La pilotine “Tom Souville” de Calais arrive sur les lieux. Le pilote calaisien Adrien Magniez embarque sur le “Costas Michalos”. Le “Hardi” se place devant le liberty-ship et passe la permière remorque. Le cargo est collé au rivage et ne bouge pas d’un pouce.

     11 h 15; Le canot conduit quatre autres marins grecs à leur bord.

     11 h 25; Le canot conduit cinq marins du liberty-ship, le capitaine Jouin signale de légères infiltrations d’eau dans les cales. Il n’est pas possible de sonder, la pontée de rondins, en se déplaçant par la gite, ayant bouché les ouvertures.

     11 h 30; Le “Jean Bart” établit à son tour une amarre. Le soleil éclair maintenant la scène.

     11 h 40; Le car-ferri “Free-Enterprise” faisait route de Douvres sur Calais passé très près du lieu de l’échouage. Tous les passagers, des matelots et des serveurs en veste blanche sont massés sur le pont.

     11 h 45; Le capitaine Jouin signale que le liberty-ship commence à “Jouer”. Il a pris un ou deux degrés de plus. Sur le pont, une equipe prepare les chalumeaux pour couper la chaine d’encre dés que le “Costas Michalos” commencera à bouger. Le navire a, en effet, mouillé son ancre de babord, clle de tribord étant remontée près de l’écubier. L’”Intrépide” s’attelle au “Jean Bart” pour l’assister dans sa traction.

     LES REMORQUEURS TIRENT

     11 h 58; l’avion de la “Voix du Nord” viens decrire des cercles autours de notre theatre d’opérations. Les trois remorqueurs tirent de toute leur puissance, c’est à dire le “Jean Bart” 3000 CV, le “Hardi” 2100 CV,l’”Intrépide” 1000 CV. Du “Farouche”, conserve an reserve en cas de coup dur, M. Lefebvre dirige la manoeuvre.

     12 heures; Le “Jean Bart” fait de grande embardées sous l’effet de traction qu’il opere.

     12 h 03; L’amarre du “Jean Bart” se rompt et le “Hardi” reste seul à tirer. Le liberty-ship signale que sa chaîne d‘ancre se raidit dangereusement.

     12 h 07; M. Lefebvre donne l'ordre de couper au chalumeau la chaine d‘anrre. De toute facon, il reste une ancre de secours à bord du liberty—ship.

     12 h 25; Une nouvelle manoeuvre va étre tentée, bien que la pleine mer soit a présent dépassée de quelques munutes. Le « Jean-Bart » est occupé en rétablir son amarre. Le “Farouche” vient se placer sur babord avant du liberty-ship, son étrave contre le flanc du cargo. L‘ “Intrépide” se place de la même façon, sur babord arrière.

      Les deux sister—ships do la S.R.S.N. vont travailler conjointement à repousser le cargo vers le large, tandis que ces deux autres remorqueurs le tireront vers l’avant

     NOUVEL ESSAI

     12 h 40, Les quatre navires sont en action, totalisant un effort de traction de 91 tonnes 500, soit: “Jean Bart” 32 t 500, “Hardi” 14 t 500, “Farouche” et “Intrépide”, chacun 14 t 500.

     12 h 45;  Sur les dunes de Sangatte on aperçoit de nombreux curieux qui suivent la manoeuvre.

     12 h 52; M. Lefebvre décide d‘arrêter la tentative de renflouement, la marée baissante réduisant l'efficacité des efforts. Seul, le “Jean-Bart” restera en permanence à proximité, paré à toute eventualité. Les trois remorqueurs vont regagner leurs ports respectifs. La prochaine tentative sera effectuée dimanche. à partir de 10 h 30. On renonce à faire une tentative de nuit, l'obscurite génant les déplacements simultanés des quatre remorqueurs.

     13 heures; M. Lefebvre monte à bord du liberty-ship, par l'échelle de corde des pilotes qui pend le long de la coque. Je l’accompagne.

     Les quatre derniers marins grecs restés sur le “Farouche” en profitent pour embarquer.

     Sur le pont, les  matelots grecs se restaurant. Le capitaine fait de brèves apparitions. On signale la présence d‘eau dans les cales. En même temps qu'il amènera du ravitaillement pour les hommes de la S.R.S.N, restant à bord, le remorqueur de Calais transportera des vide—caves et du matériel d'épuisement pour assécher les salles des machines envahies par l‘eau.

     13 h 15; Le bateau-pilote de Calais vient décrire un demi-cercle devant notre armada. On aperçoit à bord un cameraman de la R.T.F. et le radio-reporter, M.Laplaud. Nous regagnons le « Farouche », après avoir serré la main du commandant grec, que toute cette affaire semble ennuyer souverainement.

     13 h 20; Le “Farouche” remet le cap sur Calais où il arrive à 13 h 45 après avoir attendu la sortie du car-ferry “Free-Enterprise”. Le deuxième acte était joué. Le troisième le sera ce matin. Sera-ce l’épilogue ?

     ROBERT CHAUSSOIS

     Ajoutons qu’à la côte opérations de déséchouage du « Costas Michalos » ont été suivies par MM. Dekeyser, de Dunkerque; Potaillon, de Boulogne, et Boudry, de Calais, qui appartiennent aux directions des ports de la Sté de Remorquage et de Sauvetage du Nord.

    L‘ECHOUAGE D‘UN LIBERTY-SHIP SUR LA PLAGE DE SANGATTE

    Le commandant du navire (à gauche) interroge l'un de ses marins.

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    Cette vue exclusive prise à bord du liberly-ship grec « Costas-Michalos », montre, depuis la passerelle, la pontée de rondins du cargo échoué, tandis que le remorqueur « Hardi », attelé à 'l'avant, tente de le déplacer.

    L‘ECHOUAGE D‘UN LIBERTY-SHIP SUR LA PLAGE DE SANGATTE

    On se réconforte, sauveteurs français et marins grecs. On reconnaît, à droite,M. Georges Wiart, président du Comité de Sauvetage de Calais, et quelques membres de l'équipage du canot “Maréchal Foch”. (photos “La Voix du Nord”)

    30 octobre 1962

    Durant la nuit de dimanche à lundi, alors que la radio égrenait les résultat du référendum, un “suspense” avait lieu au large de Sangatte, où l’on éprouvait les plus sérieuse craintes sur le sort du liberty ship “Costas Michalos”.

     L’on dut prendre des mesures en vue d’une évacuation rapide des cinqantes hommes se trouvant à bord.

     Des craquements s’étaient fait entendre. La coque avait commencé à se déformer, sous l’effet de la mer, agitée par un vent de nord-ouest de trente noeuds qui soufflait avec des rafales de quarante noeuds. Au port de Calais, où les écluses du bassin Carnot restèrent fermées par sécurité, volets bloqués, on a relevé à marée haute un apport d’eau supplémentaire de 70 centimètres, sur la hauteur de la marée prévue. Sans arrêt, la mer passait par dessus les portes d’écluse.

     

     Les quais de l’avant port, détrempés par les vagues, étaient presque à ras de la mer.

    L‘ECHOUAGE D‘UN LIBERTY-SHIP SUR LA PLAGE DE SANGATTE

    Des milliérs de visiteurs se sont rendus dimanche sur la côle. Voici le spectacle qu'ils eurent sous les yeux, à marée haute: quatre remorqueurs tentant l'impossible renflouement du « Costas—Michalos ». De gauche à droite, le « Hardi », le « Jean—Bart »,et appuyés au “liberly-ship”, l’”Intrépide” et le « Farouche ». (photo « La Voix du Nord »).

     A 21 h 35, dimanche, le “Farouche” (capitaine Rebillard) était parti à toute vitesse vers le navire, suivi, trois minutes plus tard, par le canot de sauvetage “Maréchal-Foch” que la mer démontée n’effrayait point.

     Ces unités rejoignirent d’autres remorqueurs, stationnés devant Sangatte, projecteurs braqués sur le liberty-ship.

     Il fallut attendre que la marée monte d’avantage pour pouvoir accoster. A 23h 35, le “Maréchal-Foch” prenait à son bord 27 hommes, tous de l’équipage grec. Mais il restait sur les lieux, prêt à intervenir pour récupérer les autres en cas de pèril.

     Attelés à l’avant du “Costas Michalos”, qui bougeait dans sa souille, le “Jean-Bart” et le “Hardi”, les deux plus forts remorqueurs de la S.R.N.S., tentèrent un renflouement problématique, mais leur efforts furent vains, le navire resta cloué au sol.

     A 3 heures du matin, le commandant, le second et le chef d’équipage du “Costas Michalos” quittèrent à leur tour le cargo pour prendre place sur le “Maréchal Foch”, qui ramena les trentre grecs au port de Calais. A 3 h 45.

     Le car de la police transporta alors les marins vers l’hôtel Pacific, ou des chambres leur étaient réservées.

     

     Sur le navire échoué, restaient une quinzaine d’hommes de l’équipage de renflouement de la S.R.N.S., commandés par le capitaine Jouin. Aguerris à cette sorte de situation, ces marins disposaient de moyens d’évacuation rapides, tels que canots pneumatiques du types bombard.

    La coque est déformée

     A la marée basse, lundi matin on apercevait nettement la déformation de la coque qui s’est produite à la hauteur de la salle des machines. Leurs tôles forment un creux vertical, dans lequel on pourrait loger un homme sans difficulté.Une nappe de mazout entoure le navire, ce qui laisse présumer qu’il y a une fuite dans les réserves de carburant.

     Cette nouvelle situation a incité les dirigeants de la S.R.S.N à surseaoir jusqu’a nouvel ordre à toute nouvelle tentative de renflouement. Ainsi fut décommandée la tentative qui devait être entreprise à la marée de midi par six remorqueurs. On attendait alors l’avis des armateurs pour savoir s’il convenait de poursuivre les efforts en vue d'une remise à flot de plus en plus aléatoire.

     LE LIBERTY-SHIP ETAIT UN NAVIBE D‘URGENCE

     Le “Costas-Michalos”, liberty-ship, a été lancé en 1945, quand les U.S.A. construisaient des navires, en des délais-records, afin de compenser les pertes navales des flottes alliées provoquées par les sous—marins, les avions et les mines ennemies, voire les bâtiments de surface. Ce type de navire n’a

    évidemment pas le fini des bateaux du temps de paix. La France n'on possède plus que quelques-uns. Tous ceux qui lui avaient été confiés a la Libération, ont été

    revenndus, soit à la ferraille, soit à des armements étrangers pour faire place à une flotte moderne et mieux adaptée aux exigences de la navigation actuelle.

     Le cargo grec victime de l‘accident de Sangatte arrivant de Russie, du port d'Archangel, sur la Dvina. ll amenait 2 246 fathoms de rondins de papeterie destinés aux papeteries de Corbehem où il devaient être expédiés par la voie ferrée.

     Le bateau mesure 135 mètres de longueur et 17 m. 80 de largeur. Sa jauge brute est de 7.176 tx et sa jauge nette de 4.380 tx. Il appartient à la Compagnie “Michalinos Maritime et Commercial C° Ltd” du Pirée.

     L'autre 11berty-ship grec qui s‘est perdu samed1 sur la côte bretonne. Le ”Xenophon”, appartient à un autre armement.

     Par contre, un second cargo de la Compagnie M1chalinos est attendu au port de Calais : c'est le “Antonios-Michalos”, amenant de Finlande 1.200 fathoms de rondins de papeterie, destinée cette fois à 1’usine calaisienne de la Socièté

    des Pâtes à Papier. Il s’agit d'un cargo de dimensions plus réduites, puisque, lancé en 1943 (donc encore de la fabrication du temps de guerre). 11 a une jauge brute de 2937 tx et une jauge nette de 1.697 tx. 11 devrait arriver à Calais, dans la premiére quinzaine de novembre.

     Enfin, ajoutons que le “Costas-Michalos” en était à son premier voyage sur Calais. Il n’aura pas l’occasion de connaitre ce port car, même en cas de renflouement, il lui sera conseillé d'aller ailleurs, les autorités ne pouvant courir le risque de le voir se casser en deux , au moment ou i1 franchira la passe entre les jetées !

     

                        Robert CHAUSSOIS.

    Nouvelle sortie du “Maréchal Foch”

      Hier à 11 h 30, le canot de sauvetage du “Maréchal Foch” a pris la mer pour la troisième fois en trois jours afin d’aller récupérer l’équipe de marins de la S.R.S.N. se trouvant à bord du “Costas Michalos”.

     A la barre se trouvait le patron Léon Avron. L’équipage était composé de MM. Marcel Goubelle, sous-patron; Leprince, mécanicien; Roland Tellier, radio;Geoges, André, Lucien Goubelle et Ernest Bruxelles, canotiers.

     Il a ainsi ramené une quinzaine de personnes; les douze du capitaine Jouan, de la S.R.S.N.; le commandant du “Costas Michalos”, le délégué de la “Salvage-Insurance” de Londres et M. Lefebvre, mécanicien d’armement de la S.R.S.N. à qui était confiée depuis samedi la direction des tentatives de renflouement.

    31 octobre 1962

    Siuation inchangée pour le liberty-ship grec “Costas-Michalos”, échoué sur la plage de Sangatte. Le navire reste soudé au sable, approfondissant la souille qui le relient prisonnier. Il a perdu une partie de sa réserve de mazout qui s’en est allée engluer le rivage, entre les rondins rejetés par la mer.

     Mardi, la mer était trop agitée pour permettre à un remorqueur d‘accoster l'épave afin que les matelots grecs puissent monter à bord pour y récupérer leurs affaires personnelles. Le vent soufflait d'ouest avec du rafales de trente nœuds.

     Une tentative d'approche sera effectuee aujourd'hui, peut-être par la

    plage. Il faudra un canot pour franchir le petit lac qui se forme à chaque marée basse dans la fosse où le liberty-ship est planté, et des échelles pour se rendre sur le pont, les échelles de corde pendant de la passerelle étant hors de portée.

     Aucune décision n'a encore été prise par les armateurs sur le sort du navire, dont une prochaine tempête pourrait bien régler le sort, d‘irrémédiable facon.

    1er novembre 1962

    L'accalmie de la tempête qui régnait au début de la semaine a contribué à m’apporter aucune aggravation de la situation, mercredi, pour le liberty-ship grec “Costas-Michalos”, échoué entre Blériot-Plage et Sangatte. Mais le mal dont a souffert le navire est grave. Le commandant grec a d'ailleurs pu le constater, mercredi matin, à marée basse. Il le signale dans son rapport de mer.

     LE RAPPORT DE MER DU CAPITAINE GREC

     Mercredi, à 11 h 50, le rapport de mer du capitaine du cargo grec “Costas-Michalos”, échoué sur la plage de Sangatte a été déposé au greffe du tribunal de commerce de Calais. Ce rapport fut reçu par M. Claude Foissey, juge au tribunal, remplissant les fonctions de président par empêchement du titulaire, assisté de Me José Gros, greffier du tribunal.

     Le commandant Herculès-Demetrios Costalas, du S.S. “Costas-Michalos” du port du Pirée, a donné sa version de l’échouement de son navire, version confirmée sous la foi du serment par deux matemots du navire : Demetrios Moscoutis, 39 ans, demeurant à Sifné et Michael Sarantides, 52 ans de Matylène, M. Henti Ravisse, courtier maritime, conseiller municipal, remplissait les fonctions d’interprete, juré de la langue anglaise.

     Voici les principaux passages du rapport de mer du commandant Costalas:

    “Moi, Herculès-Démétrios Costalas, commandant du SS “Costas Michalos”, déclare que le 14 octobre 1962, j’ai quitté Archangel (Russie) chargé de 2246 fathoms de rondins, dont 206 fathoms chargés sur le pont. Le navire était en bon état de navigabilité et paré pour le voyage de Calais, le chargement était bien arrimé.

     Son tirant d’eau au départ était de 26 pieds avant et arrière dans l’eau douce, ce qui équivaut a un tirant d’eau de 25 pieds 5 pouces en eau salée. J’ai rencontré du mauvais temps durant le voyage.

     A 13 h 25, le 24 octobre, je suis arrivé sur rade de Calais et j’ai ancré mon navire à 14 h 43 sur les instructions du pilote. Le tirant d’eau du navire était de 25 pieds, avant et arrière, avec 3 degrés de gite à babord.

     Le temps se déteriora continuellement jusqu’à ce qu’il atteigne la force 9, du N.E…, à 19 h, le 26 octobre. A ce moment l’ancre commença à déraper, malgré l’usage de la machine principale.

     Tous les moyens furent employés pour empecher l’échouement du navire. L’assistance des remorqueurs fut demandée, mais le temps continua à se déteriorer, provoquant l’échouement du navire, sur la position 55 degrés 37 Nord, 1 degré 43’ Est dans des conditions exceptionnelles de tempête”.

    “Le navire souffrit de sévères dommages, nécessitant la mise à bas des feux. Pour la sécurité de l’équipage, j’ordonnai d’abandonner temporairement le navire que nous quittames à 2 h 15 le 27 octobre, à bord du canot de sauvetage de Calais. Nous retournames à bord à 10 h 10 lorsque le temps s’ameliora.

     Le sauvetage a été traité sue la forme du “ Llyod Salvage Agreement” avec la société de remorquge et de sauvetage du Nord qui mit tout en oeuvre pour sauver le navire, mais sans succès. Au cours de cette opération, une partie de la pontée arrière fut jetée à la mer. La S.R.S.N. abandonna ses efforts le 29 octobre lorsque le navire se fendit en son milieu, l’eau noyant la salle des machines et causant d’autres dégats étendus.

     J’ordonnai finalement d’abandonner le navire après consultation avec mes officiers à 2 h 40, le 29 octobre.

     Ce jour, le 31 octobre, j’ai inspecté le navire à basse mer et j’ai vu que la craqure verticale par le travers de la salle des machines, à l’endroit même des bouchains

     Il y avait également de nouvelles avaries sérieuses par le travers de la cale n° 3 où la torsion était plus forte, de la ligne de flottaison à la liaision des bouchains”

     L’INGENIEUR-EXPERT REVIENT AUJOURD’HUI

     M. Cubitt, ingènieur-expert du “Salvage Insurance” de Londres, qui a examiné le liberty—ship, lundi, sera de retour aujourd‘hui à Calais. Il vient de se rendre sur la côte bretonne pour examiner un deuxième liberthy ship grec jeté à la cote, le “Xenophon”, qui appartient à une autre compagnie hellénique.

     M. Cubitt retournera ce matin auprès du “Costas-Michalos” avant de prendre place, vraisemblablement, sur le paquebot en partance pour Douvres, dans le courant de l’après-midi. Il deposera ses rapports sur la situation du “Xenophon” et du “Costas-Michalos”.

     LES MATELOTS GRECS SONT RETOUNES A BORD POUR QUELQUES INSTANTS

     Mercredi, profitant de la marée haute et de l’état relativement calme de la mer, six matelots grecs, délégués par l’équipage, se sont rendus à bord, pour récupérer les affaires personnelles laissées dans leurs cabines par les marins de commerce. Ils étaient accompagnés par M. Raymond Wadoux, chef du sous-quartier de l’inscription maritime de Calais. Ils utilisèrent le bateau de pêche “Cass-Paves”, du patron Lelong, de Calais, pour se rendre à bord du liberty-ship. Ils accostèrent à marée haute et purent utiliser les échelles de pilote pendant le long de la coque. A 15 heures 15, le “Cass-Paves” était de retour au port.

      Les trente marins grecs sont toujours logés à l’hôtel Pacific, en attendant qu’une décision soit prise par l’armateur du liberty-ship au sujet de leur rapatriement.   ROBERT CHAUSSOIS

    18 novembre 1962

    Toujours échoué sur la plage de Sangatte ou il a terminé sa carrière, le liberty-ship grec  Costas-Michalos » s'ouvre de plus en plus. En s'ensouillant, le cargo voit s'élargir la fissure la hauteur de la passerelle, au point que tout l’avant du navire est plus enfoncé que la partie arrière, mieux assise. Par la brèche, on aperçoit l'entassement des rondins de papeterie constituant la cargaison en provenance de Russie.

    A chaque marée, aussi, des rondins choisissent la liberté et vont atterrir sur la grève. Sans doute pour éviter des récupérations improvisées, des barbelés ont été tendus en bordure de la route Nationale, mais il est possible d'accéder aux dunes pour voir, de loin le navire blessé à mort. 

    18 novembre 1962

    Sur notre cliché, deux motards  ont abandonné un moment leurs machines pour venir regarder le

     « Costas-Michalos « à marée basse. (Ph. La Voix du Nord)

    18 novembre 1962

    Les deux parties du "COSTAS-MICHALOS" sont restées échouées devant Sanqatte

    A la suite de la rupture de la coque, qui a divisé en deux parties, éloignées l'une de "autre de soixante mètres, le liberty-ship grec • Costas-Michalos, on aurait pu craindre que la mer n'accentue la séparation ou emporte la partie la moins lourdement enfoncée dans la souille. Il n'en a rien été.

    Mardi soir, nous l'avions signalé, le remorqueur de haute mer • Jean-Bart • de la S.R.S.N. s'était rendu auprès de la parue avant du cargo, à la demande des Ponts et Chaussées Maritimes, pour tenter de mouiller l'ancre tribord subsistant par mesure de sécurité, afin d'éviter que cette épave ne parte à la dérive et ne devienne un danger pour la navigation très intense dans le détroit du pas de Calais comme chacun sait. Cette opération ne fut pas entièrement concluante. En effet, il est apparu que l'ancre est bien descendue, mats la chaine s'est coincée dans I ‘écubier, en raison de la présence d'obstacles accidentels, manilles et filins.

    On ignore donc combien de mailions ont été mouillés et si l'épave est réellement retenue par l'ancre.

    LA CARGAISON EST DEVENUE INUTILISABLE

    De l’avis de spécialistes, la cargaison de bols soviétique, sous forme de rondins de papeterie est devenue impropre à son utilisation initiale, à savoir la transformation en pate aux usines de Corbehem, pour devenir du papier journal.

    Les rondins ont été trempes par l'eau de mer ce qui est incompatible avec le traitement qu'Ils doivent subir en usine. Quant aux rondins arraches à la pontée, jetés par-dessus bord ou échappes de la cale

    ON ENVISAGE, A PRÉSENT, DE SABORDER LE « COSTAS – MICHALOS « 

    Alors que l'on avait envisagé de fixer l'épave du liberty-ship grec "Costas-Michalos " à la côte, au moyen d'un long filin d'acier, passé autour d'un des blockhaus du " Mur de l'Atlantique" bordant la plage de Sangatte, pour éviter qu'elle ne parte à la dérive dans le détroit, il est apparu que ce système n'offrirait pas de sécurité suffisante, en cas de forte tempête. Aussi solide qu'il puisse être, le filin ne pourrait résister aux formidables tractions que les coups de boutoir endurés par les deux parties du navire lui feraient subir.

    Lors d'une conférence qui a réuni les autorités intéressées, autour de M. Barbier, administrateur en chef de la Marine à Dunkerque ; MM. Peyronnet, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées maritimes à Boulogne : Plenat, ingénieur du port de Calais ; Wadoux, chef de sous-quartier de Maritime, Dieudonné, ingénieur T.P.E. : Deloison, Ingénieur divisionnaire, etc... divers problèmes se rapportant à la gestion de l'épave, furent envisagés.

    Les uns et les autres exprimèrent leur point de vue. L'ensemble des renseignements obtenus au cours de ce colloque, va être rassemblé en un rapport qui sera transmis au Ministère de la Marine Marchande, à Paris, lequel est pour prendre une décision sur le sort de l'épave, eu égard à la sécurité de la navigation, actuellement menacée par la présence des deux moitiés du Costas-Michalos que rien n'empêche de partir à la dérive.

    La solution préconisée pourrait être le sabordage du liberty-ship grec, c'est-à-dire que les deux parties soient coulées sur place. Ainsi serait écarté tout risque de les voir reprendre la mer, lors d'une violente tempête, comme décembre nous en réserve sans doute quelques-unes

    LA QUESTION DES RONDINS ECHOUES AU RIVAGE

    Pour l’heure, un autre problème doit être réglé. Celui de la récupération des rondins qui jonchent par milliers les plages du littoral, tant à Sangatte, Blériot-Plage et Calais, qu'au-delà des jetées du port, plus à l'Est, vers Waldan et les Hemmes-de-Marck.

    Ce serait là une excellente affaire pour un marchand de bois de chauffage, un grossiste. Ayant récupéré ce bois sur le rivage de la mer, il deviendrait le « sauveteur « 

    Remettant le bois aux autorités, en l’occurrence à l'Inscription Maritime, il pourrait en devenir l’acheteur et ne paierait que les trois-quarts du prix de vente, lors de l’adjudication, puisqu'un quart de cette vente lui reviendrait en sa qualité de « sauveteur « 

    Aucune déclaration de trouvaille de rondins n'est encore parvenue à l'Inscription Maritime. Ce qui ne veut pas dire évidemment qu’aucun rondin jeté à la côte n’a été récupéré...

    Mais, attention, toucher du bois ne porte pas forcement bonheur...  R. Ch.

    Le « Titan IV » a commencé le déchargement des rondins du « Costas-Michalos »

    L'arrière du navire continue à s'enfoncer dans le sable

    Les opérations de déchargement de la cargaison du cargo grec Costas-Michalos » ont commencé.

    Dans la journée d’hier, le bateau spécial « Titan IV » s'est rendu pour la troisième fois auprès de l’épave et a rapporté au port de Calais une certaine quantité de rondins prélevés dans les cales du navire échoué devant Sangatte.

    Certes, cette opération n'est en rien comparable aux manipulations normales telles qu'elles se pratiquent à quai. Les rondins récupérés par le « Titan IV » sont disposés sur le pont du bateau. Celui-ci, rentré au port, s’est amarré à l'extrémité nord du quai Paul-Devot et est déchargé à l’aide d'une grue de la Chambre de Commerce. Les élingues sont déposées sur terre-plein, ou un emplacement a été prévu pour stocker les rondins à concurrence de 150 stères.

    Les quantités déchargées doivent être évacuées au fur et à mesure entre le bureau du port et le hangar Paul-Devot.

    La compagnie anversoise qui arme « Titan IV » a été amenée à prendre cette mesure pour le déchargement du bateau, compte tenu de deux facteurs : d'une part la nécessité de procéder au dégagement de la cargaison avant de tenter la récupération des éléments de l’épave, d'autre part la constatation faite lors des précédentes visites sur place, que le navire a tendance à s’enfoncer encore par l'arrière.

    18 novembre 1962

    Du pont du «"Titan IV ", les rondins sont déchargés sur le terre-plein du quai Paul-Devot, en face de la capitainerie du port. (Photo La VOIX du Nord)

    Nous avons signalé hier que le « Titan IV » avait commencé à amener jeudi à Calais une partie de la cargaison de rondins prélevée dans les cales du « Costas-Michalos »

    Hier vers 8 h. 30, le « Titan IV » a repris la mer pour se rendre nouveau près de repave, mais il ralliait le port dans le courant de la matinée sans avoir renouvelé l'opération qu’il avait effectué la veille.

    Le stockage sur le quai Paul-Devot s'est donc limité à la quantité apportée jeudi et déchargée sur le terre-plein, situé en face du bureau du port. Notons que le « Titan IV » appartient à la même compagnie anversoise que le « Salvor » unité spécialisée dans le relevage des épaves et qui opéra longtemps dans les eaux de Calais au lendemam de la guerre.

    Le « Salvor » a terminé sa carrière et une partie de son équipage se trouve sur le «  Titan IV » . Aussi Mr. Léon Avron, conseiller municipal, patron du canot de sauvetage qui s'est rendu bord, a-t-il retrouvé des marins qu'il avait connus autrefois sur le « Salvor » quand celui-ci était en mission à Calais.

    18 novembre 1962

    Sur cette vue prise à marée basse? on aperçoit nettement la fissure qui s‘est produite dans la coque du liberty-ship grec. A droite de la cassure, on distingue d‘autres déformations des tôles. (Photo “La Voix du Nord”). La fissure du "Costas-Michalos" s'agrandit davantage chaque jour.

    L‘ECHOUAGE D‘UN LIBERTY-SHIP SUR LA PLAGE DE SANGATTE

    L'épave du "Costas Michalos" se casse en deus et sera vendue à la ferraille

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