• L'église Notre-Dame

    Rare témoin de notre histoire, l’église Notre-Dame est le plus ancien monument de la ville de Calais. La fin de sa restauration permettra d’apprécier toute l’originalité de son architecture et la grande qualité de son mobilier.

    L'église Notre-Dame

    Griffons - détail de la balustrade à droite du retable.

    L'église Notre-Dame

    Tête d'angelot au toupet.

     

    Jusqu’au XIIe siècle, le Calaisis était une vaste zone marécageuse où l’habitat se limitait à quelques cabanes de paysans de pêcheurs.

    À l’abri de ces nouveaux remparts, la ville se développe très vite sous l’impulsion des Comtes de Boulogne. En 1300, on estime à plus de 14 000 le nombre de ses habitants.

    En 1214, Adrien de Wissant t construire une église dédiée à Notre—Dame et érigée en paroisse en 1224. Cette église devint le transept nord de l’édifice actuel dès lors que furent entrepris les premiers travaux d’agrandissements à la n du XIII° siècle.

    Après la prise de Calais en 1547, Edouard III rattacha Notre—Dame à l’archevêché de Canterbury. La ville ayant été vidée de ses habitants, les Anglais firent appel à des ouvriers flamands, alors alliés, pour construire les parties hautes de la nef, le chœur et le clocher. Les carrières de pierre étant inaccessibles, toute l’église fut montée en briques de sable. Les chapiteaux à motif de choux frisés, les bandes d’arcatures ogivales des murs extérieurs et les tourelles en encorbellement sont la signature des maçons flamands.

    Cependant le clocher à la croisée du transept, le chevet plat, les voûtes lambrissées et surtout les arcs en forme d’anses de panier, du style Tudor, des fenêtres hautes de la nef, donnent à Notre—Dame l’allure d’une cathédrale anglaise.

    Après la reconquête de Calais en 1558, Notre—Dame devint l’église la plus importante de la ville avec la disparition de l’église Saint—Nicolas démolie pour construire la citadelle.

    Au XVIIe siècle, une chapelle axiale vint prolonger l’édifice ; la longueur de Notre—Dame était désormais de 88 m et ses murs pouvaient accueillir plus de 6000 fidèles.

    Pendant la Révolution, Notre—Dame fut transformée en Temple de la raison puis en entrepôt, pour être rendue au culte en 1802. À partir de 1865, l’archi—prêtre de Lencquesaing, doyen de Calais, engagea d’importants travaux de décoration dans le style néogothique : un réseau d’ogives en plâtre recouvrit les anciennes voûtes de bois et l’on reconstruisit le portail principal.

    En 1911 eut heu une grande messe émouvante en hommage aux victimes de la catastrophe du Pluviose et en 1921, en toute intimité, se marièrent dans l’église le jeune capitaine Charles de Gaulle et la calaisienne Yvonne Vendroux.

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    Le retable

    À la demande du curé de l’église Notre—Dame, Jacques de la Boufloye et des magistrats de la ville, Adam Lottman, fameux sculpteur du XVIIe siècle, éleva un maître—hôtel de 1624 à 1628.

    Des pierres furent achetées, pour certaines déjà sculptées, à Amsterdam. Une légende qui ne semble pas fondée rapporte qu’Adam Lottman n’aurait fait que remonter un autel confisqué par Louis XIII à un navire génois échoué sur le littoral et offert par le roi à Notre—Dame.

    L’imposant maître—hôtel de Notre—Dame, d’une longueur de 10 mètres pour une hauteur de 19 mètres, est divisé en 3 volets cadrés par des colonnes. Toute l’iconographie glorifie la vierge. Au centre une œuvre majeure du peintre Anversois Gérard Seghers figure 1’assomption de la vierge, de part et d’autre les statues monumentales de Saint—Louis et de Charlemagne surmontées des représentations de la foi et de l’espérance. Au sommet du retable, au—dessus de la statue de Notre—Dame de Calais, un grand Christ en majesté bénit l’assistance. Quatre niches à la base des colonnes abritent les statues des évangélistes.

    La table de l’autel est surmontée d’un tabernacle très orné où deux bas-reliefs représentent les Hébreux recevant la manne et la cène.

    Les nombreuses têtes d’angelots au toupet très marqué participent avec bonheur à cette architecture antiquisante jouant avec les couleurs des matériaux si caractéristiques du baroque flamand. Unique en Europe par son ampleur et son iconographie, le retable de Notre—Dame de Calais attend toujours sa restauration.

    L'église Notre-Dame

    Grilles de clôture de chœur

     Un ancien maire de Calais, le sieur Bridault offrit en 1782 ce remarquable ouvrage de ferronnerie clôturant la partie consacrée de l’église, devant le maître—autel. Les courbes galbées relevées de chutes de feuillages fleuris et les pilastres sommés d’urnes néoclassiques sont d’une qualité comparable aux fameuses grilles de la place Stanislas à Nancy.

    L'église Notre-Dame

    Porte de la Chapelle du Sacré-Cœur ou Porte du Gouverneur de Calais.

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    Le clocher

     Cette “tour-lanterne” haute de 58 mètres fut construite à la croisée du transept au XVe siècle. La base carrée est surmontée d’une èche octogonale à deux niveaux donnant à l’ensemble l’allure d’une lorgnette renversée comme l’ecrira Victor Hugo. Le premier étage, où logèrent des guetteurs jusqu’en 1846, abrite 4 cloches dont la plus lourde pèse 2,8 tonnes.

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     Reconstitution de l’église Notre-Dame au début du XXe siècle.

    La chapelle du Sacré-Cœur

     Cette chapelle du XVe siècle, indépendante du reste de l’église, est percée de curieuses fenêtres à meneaux de style Tudor. Un escalier percé dans l’épaisseur du mur ouest permettait d’accéder à une tribune privée donnant sur le transept Saint—Jacques. Ginault de Mauléon, seigneur de Gourdan et gouverneur de Calais y fut enterré en 1593.

    Chapelle de la vierge

    Construite de 1651 à 1655, cette chapelle a un plan de forme elliptique.

    Alors que l’extérieur est particulièrement austère, son intérieur est d’autant plus rafné ; de grandes fenêtres et de large oculus inondent de lumière cet espace dont tous les murs et la coupole sont rythmés par de remarquables stucs dans le grand style classique français du XVIIe siècle.

    De petites orgues étaient logées dans les deux niches faisant tribunes de chaque Côté de l’entrée.

    La façade occidentale

    La grande baie gothique, encadrée par de puissants contreforts, fut murée vers 1750 lorsque l’on monta les grandes—orgues à l’intérieur. Après le comblement de la rivière de Guines en 1702, un premier portail principal fut ouvert… Le portail actuel, financé en 1892 grâce aux legs de 40 000 F de la veuve Demotier, est de style néogothique.

    Le transept Saint-Pierre

    Édifié au début du XIIIe siècle, c’est la partie la plus ancienne de l’église. Ces murs, en moellons de pierre boulonnaise ont une épaisseur de 1,60 m. La façade Nord Est est flanquée de deux hautes tours percées de meurtrières attestant du caractère défensif de cette première construction.

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    La chaire

    En 1829, l’importante chaire en bois sculpté, de style baroque, fut exécutée par le sieur Cléty de Saint—Omer pour remplacer la petite chaire du XVIIe siècle vendue à l’église de Gravelines.

    L'église Notre-Dame

     

    Le grand-orgue

    Jean—Henri Piette et son, beau—frère Jacques—Joseph Baligant, artisans à Saint—Omer, réalisèrent de 1729 à 1755 la menuiserie et la sculpture de ce remarquable orgue de huit pieds. Les dispositions du buffet de l’église Notre—Dame sont identiques à celles du grand orgue, monté par le même atelier, de la cathédrale de Saint—Omer. Le plan et les lignes harmonieuses de ce buffet, enrichis par l’esprit rocaille des nombreux enroulements végétaux et une statuaire abondante, procèdent d’un effet théâtral très abouti. Pendant la 2e Guerre mondiale, les façades et la tribune furent démontées.

    Toute la tuyauterie d’étain de l’instrument parti, sous l’ordre des autorités allemandes, à la fonte. L’ensemble sauvegardé, classé monument historique en 1971, est actuellement présenté dans l’église Notre— Dame provisoire.

    L'église Notre-Dame

    La citerne

    Élevée en 1691 selon des plans dessinés par Vauban, ingénieur et architecte militaire de Louis XIV, la citerne recevait les eaux de pluie s’écoulant des toitures de l’église. La population et la garnison se servaient en eau aux robinets ouverts sur sa façade Nord.

    La destruction de 1944

    Une semaine avant la Libération de la ville, le 25 septembre 1944, des bombes alliées frappèrent par erreur l’église Notre—Dame ; le clocher s’effondra sur le transept Nord. La chapelle de la vierge, demeurée intacte, accueillit quelques années les fidèles jusqu’à l’ouverture de “Notre—Dame provisoire” en 1950.

     

    Le chantier de restauration débuta dès 1945, il se poursuit toujours. En 2000, les cloches dégagées intactes des ruines, furent remontées dans le clocher reconstruit.

    L'église Notre-Dame

    Etat après les bombardements de la 2e guerre mondiale

     

    Hubert Minet pour le Comité de rédaction des Amis du Vieux Calais et l’association pour la mise en valeur du patrimoine architectural du Calaisis.

    Illustrations : François Brosse.

     

    Mise en volume : Richard Mahoudeaux.

     

     

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