• L'incroyable exploit de Blériot

     

     

    Le 24 juillet 1909 Louis Blériot va réussir à traverser la Manche à bord du Blériot Xl devançant son rival Anglais, Latham. 

     

    L'incroyable exploit de Blériot

    Traverser la Manche en avion en 1909 est une gageure incroyable, le brouillard la pluie et le vent y dictent leur loi et rendent toute tentative extrêmement dangereuse. C’est au point le plus étroit, (55 km entre les falaises de Douvres et le cap Gris—Nez au sud—ouest de Calais) qu’une compétition acharnée va opposer Louis Blériot à Hubert Latham. . .

    Le jeune et populaire aviateur anglais a parié 17 000 francs qu‘il réussirait l’impossible exploit avant le 1er août à bord de l’Antoinette IV, son avion au profil d’oiseau. Tout le monde le considère comme le favori.

    Le 19 juillet au matin Latham estime le moment propice à tenter l‘aventure.

    Il ne parcourt qu’une douzaine de kilomètres en mer quand son moteur câle. Après une chute d‘environ 300 mètres et un amerrissage sur le ventre, il attend sain et sauf les secours avec flegme. De retour à Calais, il annonce : “la Manche sera vaincue demain, je recommencerai et je réussirai.”

    De son côté Blériot est dans une situation précaire, il a dépensé toute sa fortune dans la préparation de son vol et doit se faire prêter de l’argent pour continuer l’aventure. Il ne peut néanmoins plus faire marche arrière : « il me faut continuer parce que, comme le joueur, il faut que je me rattrape. Je dois voler »

    Le samedi 24 juillet, vers minuit Latham pense à partir : “le vent paraît se calmer. Si cela continue, me réveiller à 3h30.”

    Or on oublie de le réveiller...

    L’équipe de Blériot ne rate pas le coche, et va le chercher à son hôtel : “Le réveil fût pour moi quelque chose d‘insupportable. Je n’étais, je l’avoue, nullement disposé à partir. Je voyais les choses en noir, et - ne le dites à personne - j’aurais été heureux d‘entendre dire que le vent soufflait si fort qu'aucune tentative n‘était possible.

    Mon ami Alfred Leblanc, l’homme dévoué par excellence me remonta un peu… Il m’emporta dans son auto. J’étais sauvé L’air vif qui me fouetta le visage me réveilla tout à fait. J’eus un peu honte de mon mouvement de faiblesse. J’avais cette fois du courage pour deux.”

    L'incroyable exploit de Blériot

    Le monoplan sort de la tour de la ferme. Malgré l’heure matinale, le village est debout et de minute en minute des autos arrivent.

    Il y a bientôt quelques milliers de personnes. “Cela me gêne un peu. J’aurais si bien voulu être seul.”

    “On fait chauffer le moteur, un chien qui se précipite sur l’hélice est déchiqueté et certains y voient un mauvais présage ?

    Le règlement de la compétition stipule que le vol doit avoir lieu après le lever du soleil, Blériot a du temps :

    “Nous décidons, Leblanc et moi, qu’un essai pré— liminaire va avoir lieu on range la foule tant bien que mal. L’appareil s’élève aisément. La surcharge du cylindre d’air n‘en diminue que faiblement la puissance. J’ai une hélice nouvelle qui tire dans la perfection. Je reste une dizaine de minutes dans les airs, agréablement surpris de constater un petit vent frais qui vient de la terre, un vent de marée qui me poussera vers la Manche »

    Sur la plage des baraques, Leblanc signale finalement le lever du soleil, Blériot peut décoller. Il est 4h41, nous sommes le dimanche 25 juillet 1909 :

    “Une petite émotion s’empare de moi au moment où je prends place dans l’appareil. Que va—t—il arriver ? Irai—je jusqu’à Douvres ?

    Réflexions rapides qui ne durent pas, je ne pense plus qu’à mon appareil, au moteur ; à l’hélice. Tout est en mouvement ; tout vibre.

    Au signal, les ouvriers lâchent l’appareil. Me voilà soulevé.

     

    Je pique droit devant moi, m’élève progressivement de mètre en mètre ; je franchis la dune d’où Leblanc m‘envoie ses souhaits. Je suis à présent au-dessus de la mer ; laissant à ma droite le contre-torpilleur dont la fumée opaque obscurcit le soleil...” 

    L'incroyable exploit de Blériot

    Ce plan ci-dessus a été tracé par Blériot lui-même pour illustrer son périple, on y lit (de droite à gauche) :

    Départ 4h35, les Baraques, Calais, contre torpilleur l’Escopette, calme 5 minutes, 10 minutes sans rien voir ?

    Je distingue la côte anglaise, vent.

    Le vent d’ouest m’empêche de monter au—dessus de la falaise, falaises, Douvres, arrivée à 5h 12.

    L'incroyable exploit de Blériot

    Poste de pilotage

    Le volant à main n’était pas tourné mais poussé, d'avant en arrière et de gauche et à droite.

    L'incroyable exploit de Blériot

    Alessandra Anzani devant son moteur : 3 cylindres en étoile, refroidi par air de 22—25 chevaux.

    Le moteur du Blériot XI, conçu par un Italien nommé Alessandro Anzani, est d’une grande simplicité.

    Les cylindres sont en fonte rugueuse, non sablés, le pilote est recouvert par l’huile chaude qui s’en échappe…

    Mais les moteurs Anzani ont une qualité première... leur fiabilité.

    Je me dirige vers cette montagne blanche. Mais le vent et la brume me prennent. Je dois lutter avec mes mains, avec mes yeux. Mon appareil obéit docilement à ma pensée. Je le dirige vers la falaise, cependant que je ne vois plus Douvres. Ah ! diable ! Où, suis—je donc ?

    Trois bateaux s’offrent à ma vue [...] Ils paraissent se diriger vers un port. Je les suis tranquillement. Des marins, des matelots m’envoient des hourras enthousiastes.

    J’ai presque envie de leur demander la route de Douvres. Hélas ! Je ne parle pas anglais.

    Je longe la falaise du nord au sud, mais le vent contre lequel je lutte, reprend de plus belle.

    Une anfractuosité de la côte se présente à ma droite, un peu avant le château de

    Douvres [...]

    Sur le sol un homme agite désespérément un drapeau tricolore.

    L'incroyable exploit de Blériot

    Le Blériot XI :

    - Envergure 7,80 m

     

    - longueur 8 m

    - hauteur 2,59 m

    - surface alaire 13, 93 m2

    - poids au décollage 300 kg

    - vitesse 58 km/h.

    1) Hélice tractive,

     2) Moteur Anzani 25 chevaux

    3) Structure en frêne, bambou et tubes d'acier

    4) 4 trains d’atterrissage

    5) Réservoir à essence principal

    6) Ailes revêtues de toile caoutchoutée

    7) Ailerons élévateurs

     8) Gouvernail

    Je viens vers terre et j ‘aperçois le rédacteur du Matin, le bon Fontaine qui, seul dans la grande plaine, s’égosille. Ah ! le brave garçon !

    Je veux atterrir ; le remous est violent. Dès que j’approche du sol, un tourbillon me soulève. Je ne puis rester plus longtemps dans les airs. Le vol avait duré trente—trois minutes ; c‘était suffisant. Au risque de tout casser, je coupe l’allumage. Et maintenant, au petit bonheur ! Le châssis se reçoit un peu mal, il se casse un peu. Ma foi, tant pis. Je venais de traverser la Manche.”

    Blériot n’était pas très sûr de trouver un endroit où atterrir sur la côte anglaise qu‘il ne connaissait pas.

    La plage de Douvres était trop étroite et la falaise, avec ses 90 mètres, trop haute d'au moins 50 mètres.

    Charles Fontaine, journaliste Français, qui couvrait l’événement pour “le Matin” avait proposé d’explorer le terrain. Il découvrit que la falaise était haute d’à peine 50 mètres à l’est du château de Douvres.

    L’endroit fut marqué d‘une croix sur des cartes postales qu’il envoya à Blériot précisant qu’il l’attendrait en agitant un grand drapeau français.

    Lorsque Blériot descend de l’avion, Fontaine se précipite vers lui, l’embrasse et l’enveloppe dans les plis du drapeau français.

    Il était 5h 13 ; le vol de 38 kilomètres avait prit juste 52 minutes.

    “C’est fait”, dit seulement Blériot

    “Et Latham ?”

    “Latham est encore à Sangatte”, répondit Fontaine.

    Latham, le favori, avait échoué pour la deuxième fois, personne ne l’avait réveillé, si ce n’est le léger ronflement des trois cylindres du Blériot XI...

     

    Texte et Illustrations :

    J. F. Binet

    Récit de Louis Blériot

    Photos du Blériot XI conservé au Musée des arts et métiers à Paris gracieusement offertes par Mr Xavier Cotton

     

    L'incroyable exploit de Blériot

    L'incroyable exploit de Blériot

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    L'incroyable exploit de Blériot

     

    http://www.passionpourlaviation.fr/2009/10/22/le-bleriot-xi-de-la-traversee-de-la-manche-au-musee-des-arts-et-metiers/

    « L'immeuble de la MateloteL’invincible Armada se disloque devant Calais »
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  • Commentaires

    1
    Mardi 7 Mai à 19:20

    Merci pour cet article, pour information le Blériot XI de la traversée de la Manche est conservé au musée des Arts et Métiers à Paris.

    Je peux vous en envoyer une photo si vous le souhaitez.

    Cordialement

    Xavier Cotton

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    2
    Vendredi 10 Mai à 17:38

    Bonjour, merci pour votre commentaire, vous pouvez m'envoyer une photo, merci , cordialement

     

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