• 10 novembre 1914 : un nouveau gouverneur pour Calais

    Ce gouverneur n’était autre que le général Bérard, du cadre de réserve – l’homme était un ancien combattant de la guerre de 1870. A partir d’octobre 1914, confronté à l’afflux d’une partie de l’armée belge en déroute et de milliers de réfugiés civils venant des régions envahies par les Allemands, le général s’efforce de répondre aux instructions de sa hiérarchie, qui lui enjoint de faire évacuer avec diligence tous ces nouveaux arrivants, soit pour leur faire réintégrer le service, soit pour qu’ils soient transférés vers d’autres régions françaises, moins stratégiques.

    Le général Bérard limogé

    Tâche difficile au point de vue logistique et humain. Travailler à l’expulsion sans heurt de certaines familles, notamment celles appartenant aux catégories sociales élevées ou comprenant en leur sein un ou plusieurs officiers, demande habileté et diplomatie. Si le général Bérard a fait du mieux qu’il a pu, ses ordres ont parfois déplu et des plaintes ont été déposées à son encontre à l’état-major, tant et si bien que le 28 octobre, il est suspendu de ses fonctions, un certain colonel Paty devant le remplacer. La situation n’excède pas 24 heures et reste secrète car le général Bérard peut en définitive garder son poste en démontrant l’iniquité de son éviction, dans la mesure où ses ordres sont absolument conformes aux instructions du gouvernement belge lui-même.

     

    Fort de son maintien en tant que gouverneur de Calais, le général Bérard émet le 3 novembre 1914 un ordre particulièrement rigoureux, stipulant que « tous les permis de séjour délivrés depuis moins de trois mois sont annulés. Toute personne sans permis de séjour a trois jours pour quitter le camp retranché ». Cette décision doit aller dans le sens d’une accélération des opérations d’évacuation. Elle va surtout hâter sa propre relégation. En effet, deux jours plus tard, il est définitivement limogé pour céder le pas au général Ditte, qui restera en place jusqu’à la fin de la guerre.

    Albert Chatelle et Gaston Tison nous donnent quelques éléments biographiques concernant ce militaire : sorti de Saint-Cyr un des premiers de la promotion de 1881, il a participé à une mission topographique en Nouvelle-Calédonie avant de prendre part, suite à un stage à l’Ecole de Guerre, à la conquête de Madagascar. Nous sommes en 1895. Il est alors chef d’état-major de la brigade d’infanterie de marine. Il reçoit la Croix de Guerre lors de la prise de Tananarive. Il est ensuite brièvement affecté au ministère de la Guerre avec le grade de lieutenant-colonel mais l’attrait des colonies le reprend.

    En 1905, Albert Ditte est colonel du 3° régiment de tirailleurs tonkinois et chef d’état-major du général Archinard. Il lui faut cinq ans pour acquérir les cinq étoiles de général de brigade dans la coloniale. De 1911 à 1914, il prend part à la conquête du Maroc, où il est promu officier de la Légion d’Honneur à la prise de Fez. Au moment de l’entrée en guerre, il est l’un des adjoints de Lyautey et dirige une brigade de chasseurs marocains aux batailles de l’Ourcq et de l’Aisne. C’est donc un militaire en pleine activité qui arrive à Calais, contrairement au premier gouverneur.

    Les Allemands bloqués

    sur l’Yser

    Dans les journaux locaux, on explique que le général Bérard ne peut plus exercer ses fonctions pour raisons de santé, et on rend hommage à « son calme impassible, sa bonté, sa courtoisie qui l’ont fait aimer de tous ». Pour le général Ditte, la nomination au poste de gouverneur de Calais est auréolée d’un certain prestige, étant donné la position stratégique de la ville dans le mouvement global des troupes sur l’échiquier européen.

    Rappelons que depuis la retraite de l’armée allemande consécutive à la contre-offensive française de la Marne, une "course à la mer" s’est engagée. A partir du mois d’octobre, Calais est devenue une cible prioritaire pour les Allemands, mais qui apparaît comme une piètre solution de rechange tactique pour une armée qui a échoué à s’emparer de Paris. Les Français et les Anglais accusent le Kaiser de vouloir faire un coup de théâtre inutile. Pourtant, la menace a bien été réelle, jusqu’à ce que, grâce à l’inondation de l’Yser début novembre 1914, la route vers Calais et les autres ports français de la Manche et de la mer du Nord soit barrée pour les Allemands.

    On lit dans le Phare de Calais du 28 octobre ce texte, au ton très narquois : « Les journaux allemands et hollandais sont remplis des inventions dues à l’imagination de l’état-major allemand qui pense probablement effrayer tout le monde. On n’entend plus parler que de flottilles et d’escadres de zeppelins phénoménaux qui réduiront en bouillie les fortifications les plus solides. Toute la mer du Nord et le détroit du Pas-de-Calais, la Manche vont être encombrés de mines d’une puissance extraordinaire. Des sous-marins en nombre incalculable se promèneront aux abords des côtes anglaises, puis, pénétrant dans les ports, enverront par le fond tous les bateaux de commerce, les croiseurs et les dreadnoughts. Et pour compléter ce formidable armement, les Allemands placeront sur la côte du Blanc-Nez un ou plusieurs énormes canons d’une puissance inconnue jusqu’à présent, dont les projectiles détruiront les forts de Douvres en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire ». 

     

    Certes, l’ennemi n’installera jamais ses canons à Calais. Mais la ville aura bien droit à ses zeppelins, et le détroit à ses sous-marins.

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  • 4 août 1914: Calais devient un camp retranché

    O nze de nos collaborateurs, typographes et rédacteurs, ont été rappelés par l’ordre de mobilisation générale. Nous leur avons dit au revoir la poitrine gonflée de sanglots, car c’est avec de bons et vrais amis beaucoup de nos illusions pacifiques, de nos chères idées qui s’en vont. » Ainsi s’exprime l’équipe de rédaction du Petit Calaisien, journal d’obédience socialiste, au lendemain de l’ordre de mobilisation affiché le 2 août, témoignage parmi d’autres de l’entrée dans une nouvelle ère, celle de la réalité d’une guerre que tous espèrent courte.

    Tout est bouleversé dans l’activité quotidienne de la ville. Un autre journal local, l’Avenir de Calais, annonce le 4 août que, dans la mesure où la moitié de ses travailleurs manuels est mobilisée et que son directeur doit lui-même rejoindre incessamment sa garnison, sa publication est suspendue jusqu’à nouvel ordre, pour la première fois en 46 ans d’existence. A la mairie, des hommes non mobilisables remplacent les nombreux employés municipaux qui ont répondu à l’appel, afin que l’administration ne soit pas complètement désorganisée.

    Arrivée du général Bérard

    De son côté, le Génie militaire recrute 200 ouvriers civils parmi ceux qui sont totalement libérés du service militaire et qui ont des compétences en maçonnerie, menuiserie, charpente, terrassement…

    Tous les Calaisiens disposant de pioches, pelles, bâches, piques, marteaux, haches ainsi que de matériel de transport non classé (brouettes, voitures à bras) sont invités à venir les déposer place Crèvecœur. Il est clair que des travaux vont avoir lieu.

    De fait, le plan national de mobilisation qui s’est enclenché prévoit la transformation de Calais et des 59 communes aux alentours en un « camp retranché » dont le commandement doit être dévolu à un gouverneur militaire aux pouvoirs étendus. Dès le 1er août le général de brigade Bérard est nommé à ce poste, dont il ne prend possession que le 4. Faisant partie du cadre de réserve, l’homme a une longue carrière et a notamment pris part à la guerre de 1870 et au siège de Paris.

    Dans la mesure où l’on sait que les Allemands – qui ont déclaré officiellement la guerre à la France et à la Belgique et commencé à envahir cette dernière le 3 août – vont se lancer dans une « course à la mer » et chercher à s’emparer des ports stratégiques ouvrant la voie vers l’Angleterre, le gouvernement estime indispensable de prendre toutes les précautions possibles pour que ces places puissent résister à un siège éventuel. L’autorité militaire est jugée seule apte à mettre en œuvre les dispositions nécessaires, mais elle doit travailler en étroite collaboration avec l’autorité civile.

    La première démarche accomplie par le général Bérard le matin du 4 août est donc de rencontrer Charles Morieux, le maire de Calais. Celui-ci affirme d’emblée la volonté de la municipalité de coopérer pleinement avec le gouverneur en vue d’assurer l’ordre à Calais et la défense de la place. Fort de ce soutien, le général Bérard fait placarder sur tous les murs de la ville une déclaration à destination des habitants.

    Premières mesures pour sécuriser la ville

    « Appelé par la confiance du Gouvernement de la République au grand honneur de gouverner Calais pendant la durée de guerre, je prends dès aujourd’hui possession de mon commandement. Je compte sur l’excellent esprit et le patriotisme des habitants de Calais pour me faciliter la tâche. Si le temps des épreuves survenait, les Calaisiens se rappelleraient leurs ancêtres : groupés autour de leur gouverneur, ils ajouteraient une belle page à la glorieuse histoire de leur cité » : par cette allusion au sacrifice des Six Bourgeois, le général Bérard entend galvaniser le moral de chacun en vue d’un possible siège mené cette fois non par les Anglais mais par les Allemands !

    Le nouveau gouverneur s’installe au rez-de-chaussée du musée de la place d’Armes : les œuvres d’art laissent la place à des bureaux équipés d’un central téléphonique et télégraphique. Le général Bérard met en œuvre deux types de mesures pour défendre Calais. Tout d’abord, il organise la garde de toutes les portes de la ville : les territoriaux improvisent barricades et guérites avec des moyens de fortune et ne laissent passer aucun individu s’il n’est pas muni d’un laissez-passer ou d’un sauf-conduit délivré par la municipalité ou l’autorité militaire.

    En second lieu, à partir de 12 août, une grande partie des 7 000 hommes de la garnison sont employés à creuser des tranchées sécurisant la ville, entre les Noires-Mottes et le Fort Vert. Le camp retranché proprement dit englobe, dans un vaste arc de cercle allant de Oye-Plage à Audresselles, des communes comme Saint-Folquin, Audruicq, Tournehem, Licques, Marquise, Bazinghem. Derrière les premiers ouvrages fortifiés, l’édification d’une deuxième ligne de résistance est prévue.

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  • Le 19 décembre 2014

     

    Début octobre 1914, les premiers exilés entrent dans Calais. Ils sont bientôt suivis par d’interminables cortèges de réfugiés fuyant les zones de combat du Nord, du Pas-de-Calais et de Belgique.

    Les instructions ministérielles prescrivent d’évacuer les réfugiés sur des paquebots (les voies ferrées étant réservées au transport de troupes). Mais les navires arrivent plus ou moins rapidement et les rues regorgent de fugitifs.

    Les hangars de la Chambre de commerce sont réquisitionnés pour les loger ; et l’intendance militaire met à la disposition du maire des rations de pain, de viande en conserve et de lait condensé.

    Mais toutes ces entreprises semblent dérisoires face à l’afflux continuel. C’est sans compter l’immense élan de solidarité qui se met bientôt en place : des centaines de Calaisiens ouvrent leurs portes aux fugitifs et les accueillent chez eux.

    La vie à Calais

    Depuis bientôt deux mois, Calais vit sous la menace des armées allemandes. On ne s’en douterait pas. Tout ici respire la tranquillité et chacun s’y sent en sécurité.

    L’activité industrielle persiste, ralentie certes, assez marquée encore pour alimenter de quelques salaires les ouvriers tullistes que la mobilisation n’a pas pris.

    Dès le début des hostilités, les Allemands, assez nombreux, sont partis, peu pour l’Allemagne, presque tous dans les camps de concentration. Et lorsque l’ennemi dirigea son effort d’invasion vers le littoral, l’autorité militaire pria même les naturalisés d’origine allemande de s’éloigner temporairement de la zone des opérations. Ils comprirent que cette mesure était prise dans leur intérêt propre en les libérant de toute suspicion et quittèrent Calais.

    Force morale

    Le sort de leur ville préoccupe les Calaisiens à un moindre degré que la marche générale des opérations. À la vérité, ils savent que leur coin de territoire est difficilement accessible et qu’il est solidement organisé.

    Aussi la ville n’a-t-elle pas connu un instant de défaillance durant le long siège à distance dont elle est l’objet. Et elle y eut quelque mérite.

    Les heures pénibles qu’elle a vécues, les tristes spectacles qu’elle a vus, les effrayants récits qu’elle a entendus, auraient justifié et excusé bien des alarmes. Songez qu’à travers ses rues ont passé, en masse, d’abord les évacués de Lille, de Roubaix, de Tourcoing, d’Armentières, du bassin houiller, tous mobilisables, qui, suivant les conseils de l’autorité militaire, quittèrent leurs foyers pour se soustraire à l’emprise de l’ennemi et demeurer au service de la patrie.

    Puis ce fut le tour des réfugiés femmes, enfants et vieillards fuyant l’envahisseur. Tous vinrent échouer à Calais en lamentables cohortes. Pendant de longues journées les trains se succédèrent et déversèrent dans la ville une foule marquée d’épouvante et dénuée de tout.

    Plus nombreuses encore furent les caravanes de malheureux venus, à pénibles étapes par la route, du pays minier et des centres industriels de la région du Nord vers la mer où leur apparaissait le salut.

    Enfin les Belges des Flandres envahies, après la prise d’Anvers, apportèrent le spectacle de leur détresse et de leur désolation.

    Deux cent mille exilés

    Je vous laisse à penser quelles terrifiantes nouvelles tous ces nouveaux arrivants semèrent successivement autour d’eux. Les Calaisiens cependant y demeurèrent insensibles. Rien ne réussit à troubler leur courage et leur confiance en l’inviolabilité de la cité. Les en louer serait leur faire injure.

    Parlerai-je des embarras, d’apparence presque insurmontable, résultant de ces afflux subits d’une énorme population affamée et harassée. À certains jours, plus de deux cent mille exilés vinrent demander à cette ville de 70 000 habitants un gîte ou du pain. 
    Il fallut tout improviser et vite. L’active ingéniosité de la municipalité sut faire face aux besoins les plus urgents. L’initiative privée ne fut pas en reste. Tous furent secourus. Tous purent manger, presque tous trouvèrent un abri en attendant d’être évacués vers le centre et le midi de la France.

    Ce furent des jours douloureux pour Calais et ce fut le mérite du très sympathique maire de la ville, M. Morieux, d’avoir surmonté toutes les difficultés par son esprit de méthode, son dévouement et son intelligente activité.

    Le maire, comme tout le monde, est mobilisé. Il est 2e canonnier-servant. L’autorité militaire, bien inspirée, a laissé l’artilleur à ses fonctions municipales et elle a trouvé en lui un auxiliaire très précieux. L’accord est entier, cordial, entre le général-gouverneur et le soldat-maire. Entre eux nul formalisme hiérarchique. Le seul souci du bien commun dirige leur incessante collaboration.

    Tout est prévu et réalisé pour assurer à la ville sa vie normale. De fait, si n’étaient les convois militaires, autos des armées alliées et ambulances, voire même les colonnes d’artillerie qui roulent par les rues du matin au soir et du soir au matin, à peine se croirait-on à la guerre.

    Pour empêcher les hausses injustifiées des denrées de première nécessité, la viande, le pain et la farine sont taxés par arrêtés préfectoraux. La question des transports est quant à elle résolue grâce à l’intervention de la Chambre de commerce, qui crée un service hebdomadaire pour les marchandises. Les municipalités sont, en revanche, impuissantes pour réglementer la vente des autres denrées.

    À la rareté des marchandises entrant dans la ville s’ajoute la difficulté de les y acheminer ; en 1917, les premières cartes de ravitaillement font leur apparition. De la même manière, un magasin municipal de ravitaillement est créé le 21 décembre 1916. Il fonctionnera jusqu’au 31 août 1921.

    Les approvisionnements

    Les approvisionnements, que les passages successifs des évacués avaient épuisés, sont de nouveau au complet. Par de sages mesures, avec une rapide décision, le maire sut ravitailler sa ville avant que la population eut le temps de s’inquiéter. Le charbon, grâce à lui, est en abondance. En ce qui concerne le pain et la viande, il prit à temps des arrêtés de taxe, fixant à 0 fr. 33 le kil. de pain et à 1 fr. 40 le kil. de viande de bœuf (le choix excepté).

    Il restait à pourvoir à l’existence ou du moins à l’assistance des familles nécessiteuses, toujours nombreuses dans un centre industriel où, par la force des choses, l’activité a quelque peu diminué. M. Morieux imagina d’utiliser, dans ce but, les "abats" – autrement dit la triperie – de la boucherie militaire après entente avec l’intendance. Dans les chaudrons d’une huilerie en chômage, ces "abats" sont accommodés en tripes "à la mode de Caen" ou presque. Et 400 à 500 kilos sont distribués chaque jour aux ayants-droit.

    L’enseignement souffre également des dérangements causés par la surpopulation. Presque toutes les écoles on été réquisitionnées par les formations militaires ou sanitaires des armées françaises et alliées, et sont ainsi fermées. Pour ne pas laisser les enfants oisifs, le maire Charles Morieux leur propose le théâtre des Arts, vaste salle chauffée et éclairée, dont il est propriétaire. Élèves et enseignants s’y installent le 26 octobre 1914, avec une unique classe de 1 500 élèves au matin et autant l’après-midi.

    En avril 1915, la situation s’améliore. Quatorze classes maternelles sur trente fonctionnent et 65 classes élémentaires sur 153. À la rentrée d’octobre 1915, treize écoles sont rendues à l’enseignement par l’autorité militaire.

    Les écoles

    Un autre geste de M. Morieux : les écoles, transformées en ambulances, laissaient les enfants dans les familles et… à la rue. Il mit à la disposition de l’autorité académique un grand local, ancien cirque transformé en théâtre, dont il est le propriétaire.

    Et la classe se fait à tous les enfants des écoles réunis dans la vaste salle. La matinée est réservée aux fillettes, l’après-midi aux garçons. Sur la scène, devant un tableau noir, un des maîtres fait le cours, procède aux interrogations, tandis que, dans la salle, ses collègues surveillent sans difficulté les deux mille enfants silencieux et attentifs au spectacle.

    Ainsi vit Calais, dans ces jours de guerre, sous les menaces d’occupation de l’ennemi, calme et plein de foi dans la victoire finale, à laquelle chacun ici voudrait contribuer, à telle enseigne que, lors des récents appels des classes 1914 et 1915, les seules démarches faites auprès du maire eurent pour objet de le prier de solliciter la bienveillance du conseil de révision en faveur de jeunes gens qui redoutaient de n’être pas déclarés bons pour le service.

    La France du Nord, samedi 19 décembre 1914. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG16/91.


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  • Calais, première ville française bombardée par un zeppelin

    Permiers aérostats

    Le procédé du ballon dirigeable a été inventé en France en 1852 avec les premières tentatives de motorisation d’un aérostat. En 1900, c'est en Allemagne qu’a lieu le premier vol du dirigeable rigide Zeppelin, le LZ-1, sur le lac de Constance.

    L’essor du dirigeable rigide a commencé dès la Première Guerre mondiale avec les firmes allemandes Zeppelin, Lind Er Schtrümpf et Schütte-Lanz, qui ont construit au total 118 aérostats. Ces dirigeables pouvant atteindre jusqu’à 200 mètres de longueur ont effectué sur les quatre années 1 189 vols de reconnaissance et 231 attaques à la bombe, avec pour cible privilégiée Londres. Grâce à ces monstres du ciel, l’Allemagne peut effectuer des missions de reconnaissanceet procéder aisément à la destruction des forces aériennes alliées, tant sur terre que sur mer. Aucun autre pays du monde ne dispose d’une flotte de dirigeables égale à la sienne.

    Calais, cible privilégiée

    Au cours de la Grande Guerre, Calais comme d’autres villes de la Côte d’Opale fait partie de la zone tampon stratégique située entre la France et l’Angleterre. De là, on peut acheminer les troupes et le ravitaillement au front. La ville voit également affluer dans ses nombreux hôpitaux militaires des milliers de blessés.

    En quatre ans, Calais est en conséquence victime 68 fois des bombardements allemands, 6 fois par zeppelins, une fois par mer, le reste par avions : 278 personnes sont tués, dont 108 civils. Les habitants, proches d’objectifs militaires, sont d’ailleurs les premières victimes.

     

    Blog de alorsraconte :CALAIS, 22 février 1915 (parti 1)

    Au petit matin du 22 février 1915, un zeppelin bombarde Calais

    "Un zeppelin est venu, la nuit, survoler Calais et jeter des bombes sur une ville endormie", raconte le Phare de Calais

    Au fil de la guerre

    Alors que le front, en 1915, s'est stabilisé à peu près à la frontière belge, Calais, qui se croyait à l'abri des combats, est bombardée par un dirigeable ennemi.

    "Au mépris du droit des gens, l'Allemagne vient de commettre un forfait de plus. Lâchement, traîtreusement, un zeppelin est venu, la nuit, survoler Calais est jeter des bombes sur une ville endormie. Le lâche attentat commis, il a pu s'enfuir comme il était venu, grâce à la ferveur de la nuit, si propice aux vandales." c''est ainsi que le Phare de Calais commence à relater l'épisode tragique qui frappe la cité des 6 Bourgeois le 22 février 1915 à 4h15 du matin.

    Le zeppelin, un redoutable dirigeable

    C'est au comte allemand Ferdinand Von Zeppelin que l'on doit, en 1899, la fabrication du premier dirigeable à coque rigide qui portera son nom. Les premiers succès de cet aérostat encouragent l'industriel à développer ce type de production dans son usine de Friedrichshafen. A partir de 1909, les ballons dirigeables "zeppelin" sont utilisés dans l'aviation civile. Très vite, l'armée allemande à l'idée de se servir de ces "plus légers que l'air" pour les transformer en bombardiers.

    En 1914, malgré les réticences du comte von Zeppelin qui doute de leur fiabilité mais sous pression des militaires, une nouvelle génération de zeppelins voit le jour. Elle est marquée par un gigantisme impressionnant : les engins atteignent en effet des longueurs de 150 à 160 mètres et des volumes de 22000 à 25000 m³, et peuvent transporter jusqu'à 9 tonnes de matériel. Leur autonomie de vol est environ d'une journée et ils sont capables de voler à une vitesse de 80 km/h. De leur côté, les alliés disposent également de plusieurs dirigeables, mais ne leur accordent que peu d'importance : ces coûteuses et encombrantes machines sont utilisées uniquement pour des vols de reconnaissances. L'état-major du Kaiser a au contraire misé sue ses zeppelins dont le rayon d'action est extrêmement large et qui peuvent donc semer la terreur partout.

    L'impact psychologique provoqué sur les populations civiles par l'entrée en action des mastodontes allemands sera colossal, sans aucune mesure avec les dégâts humains et matériels qu'ils sont en réalité en mesure de causer.

    Les événement qui se déroulent à Calais au petit matin du 22 février 1915 le confirment. La presse locale s"était déjà fait l'écho des premiers raids aériens menés par des zeppelins en Belgique puis sur la toute proche Angleterre. La relation des ces attaques a suscité à chaque fois chez les lecteurs une réprobation unanime mêlée d'effroi : ce sont les cibles des bombes larguées par les dirigeables. L'un des objectifs des allemands, qui est de saper le moral de l'ennemi, semble en bonne voie de réussir.

                        Source Nord Littoral Magali Domain

    Blog de alorsraconte :CALAIS, 22 février 1915 (parti 2) Un raid meurtrier

    Si les Calaisiens se croyaient à l'abri de ce type d'attaque, c'était à tort. Alors que la ville est profondément endormie et qu'elle est uniquement éclairée d'un rayon de lune, tous les becs de gaz étant éteints, un fort vrombissement de moteur se fait entendre un peu après quatre heures du matin, le 22 février 1915. C'est un zeppelin venant de la mer, qui vient sans doute de longer la côte un peu à l'ouest, qui survole la ville à une hauteur de 300 mètres environ. Les Allemands ont appris qu'il fallait attaquer de nuit, sinon leur dirigeable était visuellement trop vite repéré.
    Le zeppelin parcoure quatre kms sans lâcher le moindre projectile et se dirige droit vers le quartier des Fontinettes. Arrivé là, se positionnant au-dessus de la passerelle de la gare, l'aérostat largue plusieurs bombes visant les voies de chemin de fer. L'une d'elles traverse la passerelle et éclate sur la voie Calais-Dunkerque qui est rendue impraticable sur une longueur de vingt mètres; le ballast , projeté avec une grande violence , mitraille les habitations sur 200 mètres à la ronde et occasionne de nombreux bris de glaces. D'autres bombes creusent des excavations de 2 à 3 mètres de profondeur sur 10 à 12 mètres de diamètre.
    En de déplaçant le zeppelin cible des zones habitées, Rue des Fontinettes, la maison n° 215, derrière le "Bar des Fontinettes", est demi-détruite et les pompiers doivent venir évacuer les locataires car la cage d'escalier s'est effondrée. Une bombe éclate dans la cour d'un immeuble proche, détruisant un hangar : les habitants peuvent s'enfuir sans  souffrir d'aucune blessure.

    22 février 1915

    Calais. Bar des Fontinettes, 215, rue des Fontinettes. Cuisine et appartement privés après le bombardement du 22 février 1915. Photographie. Archives départementales du Pas-de-Calais, 43 Fi 237.

    En revanche on déplore plusieurs victimes rue Dognin, où les immeubles n° 8 et 10 sont réduits à l'état de décombres. En tout, une cinquantaine de maisons du quartier ont subi de graves dommages. Le dirigeable achève sa mission destructible en semant des bombes incendiaires sur d'autres zones habitées de la ville. C'est ainsi qu'une série de logement situés à l'angle de la rue de Malines et de la rue des fleurs, de la rue des communes, du boulevard Lafayette, du quai de la gendarmerie sont touchées. Des dégâts sont aussi à déplorer au niveau de la cale de Raboud et du bassin Carnot.

    22 février 1915

    Calais. Rue Dognin, n° 9, maison Gressier, bombardement du 22 février 1915. Archives départementales du Pas-de-Calais, 43 Fi 232.

    Les secours retrouvent sur le toit d'une maison voisine de la maison n° 8 de la rue Dognin, qui a été litteralement pulvérisée, une longue flamme de guerre aux couleurs allemandes, supportant à son extrémité un sac rempli de sable renfermant une lettre dont le message laconique est très clair "We'll come back", " Nous reviendrons", un capitaine de gendarmerie se charge de tranmettre l'objet au gouverneur de Calais, le général Ditte, qui doit désormais faire face à un nouveau danger menaçant la ville.

    Source Nord littoral Magali Domain

    22 février 1915

    La France du Nord, jeudi 25 février 1915. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG16/91.

    Funérailles des victimes du Zeppelin

    L’abondance des matières ne nous a pas permis hier de compléter ce compte rendu en publiant les quelques paroles prononcées par M. le général Ditte, gouverneur de Calais, après que M. Petit se fut fait, en sa qualité de président, l’interprète de la société l’Union des travailleurs.

    M. le général Ditte s’est exprimé en ces termes :

    Messieurs,

    Je ne veux ajouter qu’un mot aux paroles que viennent de prononcer M. le Maire de Calais et M. Petit, président de l’Union des travailleurs.
    C’est pour dire combien de tout cœur je m’associe avec l’armée à la profonde douleur des familles frappées dans leurs plus chères affections par la brutalité allemande.
    La présence, ici, de nombreux soldats belges, anglais et français, témoigne de la solidarité qui nous unit dans une commune pensée. Ce sont tous des braves disposés à offrir leur vie dans la lutte contre la barbarie teutonne.
    En leur nom, j’apporte aux victimes et à leurs familles, l’hommage de notre bien vive et sincère sympathie.

    La France du Nord, samedi 27 février 1915. Archives départementales du Pas-de-Calais, PG16/91.

    22 février 1915

    Monsieur Morieux, maire de Calais, prononçant un discours au cimetière, aux victimes du bombardement du 22 février 1915. Photographie. Archives départementales du Pas-de-Calais, 43 Fi 243.

     

     

     

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