• La batterie « Lindemann » à l'Ouest de Sangatte. Un artilleur pose devant la chambre de tir baptisée « Caesar ».

    Date : Décembre 1943

    Photographe : Engelmann (Luftflotte 3)

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    A Calais, pose d’éléments « Cointet » dit aussi « porte belge » ou encore « élément C ».

    Date : Hiver 1943-44

    Lieu : Calais

    Photographe : Engelmann (Luftflotte 3

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    A Calais, travaux d’aménagement. la défense rapprochée du port est assurée par la batterie de 8,8 cm Flak 18 du Bastion XII défendue par les Schwere Flak-Abteilung.501.

    Date : Hiver 1943-44

    Lieu : Calais

    Photographe : Engelmann (Luftflotte 3)

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  • Après la Libération, hommages aux résistants et aux autres victimes de la guerre.

    Calais pleure ses résistants, soldats et victimes

    Les enterrements avec hommages officiels se multiplient. Après les cinq fusillés de la Citadelle, il y a aussi la centaine du bombardement du 27 février 1945.

    Ils sont morts, fusillés au Mont Valérien, dans la Citadelle d’Arras, au fort de Bondues ou ailleurs, souvent après avoir été sauvagement torturés par l’occupant nazi qui avait découvert leurs activités clandestines. Déjà, le 11 novembre 1944, un certain nombre d’entre eux avait été rapatriés pour être inhumés dans leur ville natale ou de résidence, Calais. En ce début d’année 1945, Nord-Littoral se fait l’écho de moments particulièrement solennels rendant hommage aux résistants lors de funérailles organisées par la municipalité provisoire dirigée par Jacques Vendroux.

    Dans son édition du mardi 6 février 1945, Nord-Littoral raconte la grande cérémonie qui s’est tenue le samedi précédent place Crèvecoeur. Dès le matin, la foule anonyme et les officiels défilent dans le hall du Palais de Justice, où sont exposés les cercueils de sept résistants : William Sharp, Claude Warocquier, Jean Le Bihan, Abel et Henri Beraet, Paul Caron et Henri Queval.

    Un détachement de troupes françaises vêtues de l’uniforme anglais présente les armes tandis que les cercueils sont disposés par des sapeurs-pompiers sur deux chars funèbres qui les conduiront vers leur dernière demeure. « Ils sont morts du fait de l’occupation de notre pays par les Allemands et voici qu’à son tour la « Terre des seigneurs » est envahie. Que n’ont-ils vécu pour voir cela ? » s’interroge le reporter de Nord-Littoral.

    Le 27 février, on apprend qu’un détachement de FFI accompagné d’une délégation de ses anciens camarades du 63° cuirassier a rendu les honneurs à Aimé Lefèvre, Calaisien joueur de basket de l’Amicale Franklin et employé au Crédit du Nord, dans la ville de Tulle, où il a été inhumé après avoir été assassiné par les Allemands. Le même jour, Calais est bombardée par erreur par les Alliés. Cinquante-cinq personnes décèdent sur le coup, le bilan s’alourdissant au fil des jours.

    Le 3 mars, la ville toute entière assiste aux obsèques solennelles des victimes civiles de ce bombardement. La cérémonie commence à nouveau place Crèvecoeur, le service d’ordre étant assuré par la police calaisienne et la Military Police. Jacques Vendroux prononce un discours grave mais tourné vers l’avenir : « De même que nous sommes unis dans la peine, nous resterons unis dans l’effort supplémentaire qu’il nous faut accomplir, d’abord pour venir en aide à nos frères en deuil, aux sinistrés, ensuite pour rendre la prospérité à notre ville. Calais, meurtrie, mutilée, endeuillée, offre une fois de plus ses enfants à la France ; mais demain, c’est son courage, son dynamisme et sa grandeur que Calais donnera à la France». Un long cortège se forme ensuite et se dirige dans un lourd silence vers le cimetière Sud.

     

    Il y a aussi des « revenants »

    Alors qu’il est mort au champ d’honneur moins d’un an auparavant, des Calaisiens et des Ardrésiens se rassemblent le 8 avril 1945 place Crèvecoeur pour parcourir en automobile le chemin emprunté par le commandant Mengin lors de la Libération de Calais, une cérémonie religieuse en l’église Saint-Pierre clôturant la journée. Notes d’optimisme dans cette atmosphère funèbre : Nord-Littoral publie régulièrement au cours de ce printemps 45 les noms des prisonniers et déportés originaires de Calais de retour des camps : les «revenants».

     

    Magali Domain

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  • Sabotage de l'usine Brampton

    Lors de la mise en bière des jeunes résistants fusillés

    Dans l'entre-deux-guerres, l'usine Brampton (aujourd'hui Schaeffler), qui fabrique depuis 1898 des chaînes pour vélo et automobile, connaît une période d'expansion sans précédent.

    Elle s'étend progressivement sur tous les espaces alentours et le bâtiment primitif, la vieille bâtisse Destombes, est littéralement engloutie par de nouvelles constructions. Elle est devenue en quelques années une usine géante au coeur de la ville. Mais sa croissance est stoppée par la crise des années 1930. La reprise économique, encore timide en 1938, se confirme en 1939 avec la Seconde Guerre mondiale.

     

    Dès le début du conflit, en septembre 1939, Brampton tourne de nouveau à plein régime car elle se met à produire, à la demande du ministère de l'Armement, des millions de coiffes d'obus, des chaînes pour l'aviation, pour les motos de l'armée, et de nombreuses transmissions pour l'équipement des usines de guerre. La demande est telle qu'elle doit constituer des équipes de nuit. Mais en 1940, la " drôle de guerre " prend fin car au mois de mai, les Allemands lancent leur grande offensive sur les ports du nord de la France. Le 23, la bataille de Calais commence. Brampton doit fermer ses portes. De nombreux réfugiés trouvent asile dans ses locaux. Les blessés sont soignés dans l'infirmerie transformée pour l'occasion en poste de secours. Le 26 mai 1940, Calais est aux mains des Allemands. Brampton ne redémarre que deux mois plus tard. L'usine n'a pourtant pas été touchée par les combats mais il faut le temps de réorganiser la direction (qui est confiée à Georges Thomas), les dirigeants britanniques étant rentrés en Angleterre, encore en guerre contre l'Allemagne. Il faut surtout attendre les autorisations de l'occupant qui décide de placer Brampton sous le contrôle d'un officier allemand, directeur de la firme Renold de Berlin. Le 13 août 1940, grâce aux longs efforts de son personnel, l'usine peut se remettre en marche mais elle connaît de nombreux problèmes durant toute l'Occupation.

     

    D'abord, sa production est très fluctuante. S'approvisionner en matières premières n'est pas toujours très facile à cette époque. Ce ne sont quasiment plus que des chaînes de vélo qui sortent de ses ateliers. 20% partiraient vers l'Allemagne. Les informations sont lacunaires et très incertaines mais Brampton semble avoir cessé la production de matériel pour les armées, ce qui peut paraître étonnant en temps de guerre. Cependant, plusieurs indices montrent qu'elle ne représente pas un intérêt stratégique particulièrement important. D'abord, les Allemands ne cherchent pas à la surveiller : ils n'y installent aucun poste de garde contrairement à d'autres établissements calaisiens. De plus, elle n'a jamais été bombardée par les Alliés, comme ont pu l'être certains complexes industriels travaillant pour l'armement allemand.

     

    Passage aux 48 heures

    Autre problème : la main d'oeuvre qui devient moins nombreuse. Il reste des prisonniers de guerre en Allemagne. Il y a aussi le départ des ouvriers vers les usines de la Ruhr où des salaires très élevés sont promis. Cependant, chez Brampton, les départs volontaires sont très peu nombreux. Pour compenser la perte d'une bonne centaine d'ouvriers, la direction négocie avec les délégués du personnel le passage aux 48 heures. Dernier problème de l'Occupation : les bombardements qui se multiplient. L'usine doit interrompre momentanément son activité pendant les alertes. Elle devient le centre de ralliement des équipes d'urgence de la Croix-Rouge, composées en majeure partie de son personnel. Le dévouement de ses équipes, qui se dépensent sans compter, leur vaut l'attribution de la médaille d'or de la Croix-Rouge Française. Malgré tout, la production continue tant bien que mal pendant toutes les années d'occupation. Ce n'est qu'en 1944 qu'elle est interrompue à plusieurs reprises. La première interruption a lieu en août à cause d'un sabotage organisé par la résistance communiste, les Francs Tireurs et Partisans (ou FTP).

     

    L'attaque est menée par Robert Dérain qui dirige un groupe de neuf hommes dont font partie Fernand Laurence, Paul Queste, Jean Bodechon, Alfred Legros, Roland Le Gall et un certain Lengagne. L'identité des trois autres est incertaine. Deux connaissent bien Brampton : Jean Bodechon y est ouvrier depuis deux ans et Robert Dérain y a travaillé comme apprenti entre 1939 et 1940. Le but réel de leur attaque est plutôt flou : l'objectif est peut-être de paralyser l'usine mais, on l'a vu, elle n'est pas considérée comme très importante par les Allemands. De plus, dans la Résistance, les consignes sont plutôt de sauvegarder l'outil de production car la libération du territoire est en bonne voie et il faut déjà penser à l'après-guerre. Le but est sans doute de créer un climat d'insécurité chez l'occupant. Plus sûrement, il s'agit pour les communistes de s'affirmer face aux autres composantes de la Résistance.

     

    De très jeunes résistants

    L'attaque est très risquée : aucun membre du groupe n'est armé. Les résistants sont très jeunes, une vingtaine d'années. Ils n'ont pas l'expérience pour ce genre d'opération. Ils ne se connaissent pas car chez les FTP, on doit toujours respecter le " triangle " ou " troïka " : on ne connaît le nom que de deux personnes pour limiter ou retarder les arrestations. L'improvisation est totale. C'est seulement quelques instants avant l'attaque que le chef du commando, Robert Dérain, divise le groupe en deux : l'un passe par la rue des Poilus (grâce aux clés " empruntées " par Jean Bodechon), l'autre par l'entrée du boulevard La Fayette. À 20h50, ils passent à l'attaque : ils menacent le gardien de l'usine qui leur ouvre les portes. Ils foncent vers le transformateur électrique, l'endommagent, y mettent le feu et coupent le téléphone pour retarder l'alerte. Ils demandent tout de même au gardien de ne prévenir qu'un quart d'heure plus tard. Ils partent en courant. Dans l'excitation, l'un d'eux perd son foulard. Sur la cour, ils croisent des employés qui, médusés, les regardent partir. Le commando se disperse sur le boulevard La Fayette et ne se reverra jamais.

     

    Le sabotage n'a pas été un franc succès. Les dégâts sont sommaires et les réparations sont rapides. La production ne tarde pas à repartir. Selon le directeur, Georges Thomas, interrogé quelques années plus tard par le journaliste Robert Chaussois, il n'a fallu que « quelques coups de marteau ici et là, des isolateurs à remplacer et, dans un transformateur, des chiffons allumés avec une bougie. Il n'y eut qu'à souffler dessus !

     

    Malgré tout, les Allemands prennent les choses très au sérieux. Une fois prévenus, ils agissent vite. Ils publient le jour même des affiches qui expliquent le sabotage et justifient des mesures de restriction. Ils exagèrent largement l'opération. Selon eux, les résistants seraient une dizaine, armés de pistolets et masqués. Le sabotage a été particulièrement important puisqu'il aurait détruit l'installation électrique du transformateur. Dès le matin du 17 août, ils déclenchent les représailles : ils renforcent la surveillance à proximité des usines calaisiennes, doublent les sentinelles, multiplient les contrôles d'identité et ramènent le couvre-feu à 20 heures, une heure plus tôt.

     

    Des arrestations 

    Les personnes circulant au-delà sont emprisonnées et relâchées après une lourde amende. Ils procèdent à des arrestations dont celle du chef de l'expédition : Robert Dérain, caché dans l'hôpital grâce à la complicité des religieuses. Selon lui, la rapidité de son arrestation est le fruit du hasard ou d'une dénonciation (même s'il avoue ne jamais en avoir eu la preuve). Il est jeté en prison, celle de la rue du Pont-Lottin, pour y être interrogé mais il ne parle pas et maintient sa version : couché à 20 heures, il n'a pas quitté son lit. Les Allemands interrogent les personnes se trouvant à l'usine au moment des faits mais elles donnent des versions contradictoires. Le 19 août 1944, devant le manque de résultats, l'affaire est alors confiée aux services de sécurité de la Kriegsmarine dirigés par le lieutenant Pruss qui donne carte blanche à un officier connu pour ses méthodes expéditives, l'adjudant-chef Herzog, surnommé " le rouquin ". Il interroge de nouveau Dérain qui ne veut toujours pas avouer malgré les coups et l'isolement dans un réduit où il doit rester accroupi. On vient même lui raser les cheveux pour lui faire croire à son exécution prochaine. Croyant ses dernières heures venues, il est alors prêt à tout pour s'échapper. Lors d'un passage aux toilettes, il trouve par hasard un fil de fer. Revenu dans sa cellule, il attend la nuit, réussit à crocheter la serrure, profite de la somnolence de ses gardiens pour passer par une fenêtre. Il entre dans une maison rue Francia où, malgré son état, il trouve un couple, M. et Mme Playe, qui l'aide à se débarrasser de ses menottes. Il part rue Michel-Ange retrouver son chef Henri Sablons. Grâce à la complicité des religieuses et du directeur de l'hôpital, il trouve finalement refuge pour un moment dans la maternité rue Verte, alors en construction. Mais Herzog continue l'enquête : il interroge les différents témoins, les malmène et obtient des noms, beaucoup de noms. Très vite, les perquisitions et les arrestations se succèdent en quelques jours : Jean Bodechon, Roland Le Gal, Alfred Legros mais aussi deux jeunes n'ayant pas participé au sabotage, Fernand Gouverneur et Alfred Véron. Cependant, les armes retrouvées à leur domicile suffisent à justifier leur appartenance à la Résistance. Ils sont interrogés, puis emmenés à la Citadelle où ils sont fusillés le 3 septembre 1944. Leurs corps ne sont découverts que deux ans plus tard, en 1947, après de longues recherches. Ils ont le droit à des funérailles solennelles. 

    L'usine ravagée par un incendie

     

     L'affaire Brampton est oubliée pour un moment car, à partir de septembre 1944, les troupes alliées s'approchent de Calais. Le 25 septembre, la seconde bataille de Calais commence. L'électricité, le gaz et l'eau sont coupés : Brampton doit fermer ses portes. Pendant six jours, sous des bombardements constants, les cantines de l'usine servent près de 3 000 repas par jour à la population calaisienne, privée de ravitaillement. Mais le samedi 30 septembre 1944, les bâtiments de Brampton, qui n'ont pas été touchés jusqu'à cette date, sont bombardés et ravagés par un incendie. C'est grâce au veilleur de nuit et à un forgeron, qui luttent courageusement contre les flammes jusqu'à l'aube, que le reste de l'usine est épargné. En revanche, d'autres ateliers de production sont sérieusement endommagés par la pluie de bombes qui s'est abattue sur Calais. Quand s'achève la bataille de Calais, le 1er octobre 1944, on relève trente points de chute sur l'usine mais, par chance, les machines ont relativement peu souffert, laissant espérer un redémarrage rapide de son activité.

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  • Mai 1940, la vie des Calaisiens bascule

    Des soldats allemands, presque chez eux, dans une rue Royale déblayée des gravats.

     

    Des Stukas en piqué sur la Citadelle, le Fort Risban, le port mais aussi sur les zones habitées de Calais-Nord et du Courgain maritime : c’est un véritable cauchemar qui a été vécu fin mai 1940 par la population calaisienne et les troupes alliées, 3 000 Britanniques appartenant pour l’essentiel à la 30e brigade, et 800 Français qui s’étaient retrouvés là un peu par hasard. Sans intervention des pompiers, les flammes se propageaient d’immeuble en immeuble. Les incendies détruiront plus encore que les impacts directs des bombes.

    Ces notes sont extraites du premier bulletin municipal publié le 13 juin 1940, seul organe d’information paru après l’invasion : « Les premiers éléments de l’armée allemande ont pénétré dans Calais intra-muros le samedi 25 mai vers 5 h du matin. Ils ont occupé l’hôtel de ville vers 6 h et, à partir de ce moment, a commencé la bataille entre la section de Calais-Nord, où était retranchée la garnison alliée, et celle de Calais – Saint-Pierre, où l’Armée allemande avait pénétré. La lutte a continué jusqu’au dimanche 26 mai vers 15 h, c’est-à-dire jusqu’au moment où la garnison de la Citadelle s’est rendue. »

    Le 31 mai 1940, les militaires allemands avaient ordonné l’évacuation totale de Calais-Nord. La municipalité obtenait alors l’autorisation pour les habitants de ce quartier sinistré de retourner chez eux le dimanche 2, le lundi 3 et le mardi 4 juin. Des coups de feu auraient alors été tirés contre des officiers et gendarmes allemands par des tireurs isolés, Calaisiens, ou militaires cachés dans les caves.

     

    Le major allemand Steinberg interdisait formellement aux civils de pénétrer dans ce quartier sous la menace d’être fusillés sur-le-champ. Calais-Nord, zone militaire, sera désormais interdit aux civils. Un mur dressé rue Mollien en interdira l’accès.

     

    Mai 1940, la vie des Calaisiens bascule

     

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  • L’opération Undergo permettait la libération de Calais

    Ce sont des soldats canadiens qui ont libéré Calais.

     

    Ce sont les Canadiens qui, sous le commandement du général Spry, doivent chasser les Allemands de la cité des Six Bourgeois. Le nom de code de cette opération militaire ? « Undergo ».

    Calais encerclée

    Durant la première semaine du mois de septembre, plusieurs communes du Calaisis telles Guînes, Ardres, Audruicq, tombent aux mains des Canadiens. Des forces issues de la résistance française sont également arrivées. On note ainsi la présence d’un certain commandant Roger Mengin, membre des FFL, et chargé de la liaison entre les différentes armées alliées. L’officier a déjà participé à la libération du Havre. Il sera bientôt rejoint par le beau-frère du général de Gaulle, Jacques Vendroux, qui a le grade de capitaine.

    La ville de Calais, où les journaux ne paraissent plus et qui ne reçoit d’échos de l’extérieur que par l’intermédiaire de la BBC, est placée en raison des circonstances en état de siège par le capitaine allemand Bottcher, qui invite ses habitants à l’évacuer afin « d’éviter des pertes inutiles parmi la population ». Le 6 septembre, tous ceux qui vivent au sud de l’axe Egalité-La Fayette-Gambetta doivent quitter leur domicile soit par la route de Boulogne, soit par celle de Saint-Omer.

    Sur plus de 20 000 résidents, seule une cinquantaine de personnes obtempère… mais se voit refoulée aux portes de la ville par des sentinelles allemandes ! Le capitaine Bottcher préfère finalement limiter à deux heures par jour (entre 11h et 13h) les allées et venues des civils dans la ville ainsi que l’ouverture des magasins d’alimentation et des banques. Cette limitation de la circulation sur la voie publique est assortie d’une interdiction de se rendre visible sur le pas de sa porte ou aux fenêtres de son habitation, sous peine d’exécution immédiate.

    Le maire de Calais, Georges François, nommé par les Allemands en juillet 1940, proteste au départ contre ces décrets, mais finit par les relayer en faisant placarder dans la ville les 10 et 16 septembre des affiches incitant ses administrés à s’éloigner d’un lieu voué à se transformer d’un jour à l’autre en champ de bataille. Ces appels restent vains, les Calaisiens faisant preuve d’une sorte de résistance passive. Certains d’entre eux sortent de la ville pour passer derrière les lignes canadiennes en vue de prêter main-forte aux Alliés, ou parfois simplement de se ravitailler en cigarettes.

    Les Canadiens à l’attaque

    Le capitaine Bottcher, longuement interviewé par Robert Chaussois dans les années 1970, explique qu’il avait été dépêché à Calais par ses supérieurs pour que la ville résiste le plus longtemps possible : il n’était pas question pour lui d’accepter une reddition alors que la ville était encerclée. Le 22 septembre, les Canadiens entrent dans Boulogne-sur-mer. Le 25, avec le bombardement de Calais, l’opération Undergo s’enclenche. Elle comporte deux volets : l’attaque sur Calais et la prise des batteries lourdes des caps Blanc-Nez et Gris-Nez.

    Ce sont essentiellement les 7e et 8e brigades d’infanterie de l’armée canadienne qui prennent part aux combats qui s’étalent jusqu’au 1er octobre. La première perd 190 soldats dans les secteurs fortifiés du vieux Coquelles, du Fort-Nieulay, de la crête de Belle-Vue et de Sangatte. Pour la seconde, le tribut est moins lourd : engagée dans la reprise de la batterie Lindemann, elle enregistre tout de même 29 pertes – on entend par « pertes » l’ensemble des soldats mis hors d’état de combattre, donc décédés ou seulement blessés. Au total, 64 morts seront à déplorer dont 42 pour la 7e brigade.

    Suite à l’intense bombardement qui a mis à mal le secteur portuaire de la ville, alors que la citadelle et la commune de Marck sont reconquises, le lieutenant-colonel Schroeder, commandant de la garnison allemande de Calais, accepte le 28 septembre le principe d’un cessez-le-feu devant permettre l’évacuation des milliers de civils qui sont demeurés sur place. La rumeur court qu’un millier d’avions alliés s’apprêtent à écraser la ville sous des tonnes de bombes. Les destructions sont déjà énormes.

     

    « Le boulevard Victor Hugo connut ce jour-là une affluence qu’il ne connaîtra sans doute plus jamais : en fait, plus de 10 000 Calaisiens le parcoururent durant cette après-midi inoubliable » raconte un acteur de l’époque, Georges Dauchard, qui a été journaliste. « Aux portes de la ville, les Allemands de garde contemplaient sans sourire cet interminable défilé : l’un d’eux, que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam, m’adressa un grave « au revoir Monsieur » qui voulait être aimable » poursuit-il. La trêve dure 24 heures. Le sort de Calais se dénouera les 29 et 30 septembre lors d’une nouvelle série de combats.

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  • 30 septembre 1944 : les Canadiens libèrent Calais

    Alors que la libération du territoire français progresse rapidement, la ville de Calais, pourtant encerclée de façon de plus en plus resserrée par les Alliés, demeure aux mains des Allemands durant tout le mois de septembre 1944. L’opération Undergo, déclenchée par les Canadiens le 25, ne trouve son dénouement que cinq jours plus tard.

    Le 28 septembre, une entrevue a lieu à la Kommandantur du boulevard Lafayette entre les Allemands occupants et les Alliés assiégeants représentés par Georges Alloo des FFI. Rendez-vous est fixé entre les deux parties pour une réelle négociation le lendemain dans la matinée à Pont d’Ardres. Beaucoup de Calaisiens croient que la reddition est actée : en réalité, rien n’est terminé.

    Refus de reddition

    C’est le capitaine Böttcher qui mène les discussions côté allemand le 29. Il propose que Calais soit déclaré « ville ouverte ». Face à lui, le général Spry, qui a sous ses ordres les régiments canadiens encerclant la cité, ne se satisfait pas de cette solution et exige la reddition complète de la garnison allemande. Il menace de raser la ville pour parvenir à ses fins.

    Pour surmonter le blocage, les pourparlers se poursuivent à la Kommandantur, en présence du supérieur de Böttcher, Ludwig Schroeder, du commandant Mengin des FFL, du maire Georges François et de quelques officiers allemands et canadiens. Jacques Vendroux, beau-frère du général de Gaulle, s’abstient de participer à cette rencontre car, dans le cas où la situation tournerait mal, il constituerait un otage de choix aux mains de l’occupant.

     

    Malgré les menaces de pilonnage intensif de la ville, les Allemands ne cèdent pas. Il faut donc envisager l’évacuation des Calaisiens, lesquels renâclent à quitter leur ville depuis trois semaines. Des milliers de vies sont pourtant en jeu. Le général Spry accorde pour cette opération un délai de 24 heures, qui doit donc expirer le 30 septembre à 13h. C’est à ce moment que l’action du commandant Mengin se révèle déterminante.

    Discours de Mengin

    « J’ai déjà une certaine expérience des évacuations, je me suis déjà occupé de celles du Havre et de Boulogne. Si j’arrive à parler à la population, je suis sûr que celle-ci quittera la ville » déclare-t-il. En accord avec Böttcher, et en présence de celui-ci, le commandant Mengin décide de s’adresser à la foule sur la place Crèvecoeur. N’oublions pas que Calais-Nord a été désertée d’une grande partie de ses habitants depuis mai 1940, et que c’est dans l’ancienne partie « Saint-Pierre » de la ville que résident la plupart des civils.

    L’allocution de Roger Mengin, revêtu de son uniforme gris-bleu de l’armée de l’air et d’une casquette à visière, juché sur les marches du Palais de Justice, entre dans les annales de l’histoire calaisienne. Devant lui, trois à quatre cents Calaisiens, qui le saluent aux cris de « Vive la France !» et chantent avec ardeur « La Marseillaise ». L’enthousiasme est tel que l’officier a du mal à s’extraire de la rue d’Orléans, qui aujourd’hui porte son nom. Le maire de Calais fait de son côté placarder une affiche demandant aux civils de quitter la ville « par ordre des troupes alliées ». Des milliers de personnes, munies d’un petit bagage, se dirigent dans le calme vers les Attaques et Ardres en passant par le boulevard Victor Hugo. Dans la soirée du 29, Calais est déjà en grande partie vidée de ses habitants.

    Une attaque inutile ?

    Coup de théâtre le lendemain, en fin de matinée : les Allemands annoncent officiellement leur capitulation ! La nouvelle se répand rapidement dans la joie… jusqu’à ce que, vers 13 heures, on entende le bruit de bombardements. Des panaches de fumée s’élèvent depuis Calais. Pourquoi cette attaque inutile ? Selon certains, les Canadiens auraient voulu faire une démonstration de force dans une opération de toute façon planifiée depuis la veille. Toujours est-il que Calais, déjà bien meurtrie depuis le début des hostilités, se retrouve à nouveau sous un déluge d’acier et de feu.

    Le commandant Mengin trouve la mort lors de ce samedi 30 septembre, qu’il a pourtant qualifié de «plus beau jour de [sa] vie » : la colonne blindée dans laquelle il a pris place et qui s’avance vers les Attaques, suite à un arrêt inopiné, est soumise à un tir de barrage canadien. Le commandant, allongé sur un bas-côté, est touché à la poitrine par un éclat d’obus (aujourd’hui exposé au musée Mémoire). Il décède quelques heures plus tard.

    Durant la nuit du 30, les Canadiens s’emploient à réduire les dernières poches de résistance qui subsistent dans Calais, dont ils prennent possession. Les derniers combats cessent définitivement dans la matinée du dimanche 1er octobre. Des incendies rougeoient dans certains quartiers, notamment celui du boulevard La Fayette. La cité, débarrassée de ses occupants allemands, est sinistrée à 73%. Une nouvelle page s’ouvrira alors : celle de la reconstruction.

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  •  Calais a connu l’un des épisodes les plus tragiques de son histoire, avec le bombardement, par l’aviation alliée, du quartier Saint-Pierre. Bilan : 97 civils tués. Retour sur ce drame, retracé par une exposition photographique organisée à l’hôtel de ville.

     

    27 février 1945 : Calais libéré, mais Calais bombardé

    Le ciel est couvert en cette fin d’après-midi du 27 février 1945. À Calais, dans le quartier Saint-Pierre, les enfants sortent des écoles, les employés des bureaux ou des usines. La ville est libérée depuis le 30 septembre 1944. En cinq mois, la ville s’est repeuplée : 35 000 Calaisiens ont retrouvé leur foyer.

    Le ciel est très couvert en cette fin d’après-midi. La Royal Air Force a programmé un raid vers Dunkerque, dernière ville encore tenue par l’ennemi allemand. Trente-six bombardiers décollent du terrain d’aviation de Vitry-en-Artois, près d’Arras. Ils appartiennent à trois escadrilles différentes (la 88e, la 226e et la 342e), et sont chacun lestés de huit bombes de 226 kilos chacune. Dans la purée de pois que constitue le ciel de la côte, les équipages de la 88e et de la 342e font demi-tour. Ceux de la 226e poursuivent leur route, en deux formations distinctes. Six avions survolent Dunkerque, larguent leurs bombes et retournent à Vitry-en-Artois. Six autres B-25 Mitchell ont passé Boulogne et survolent la Manche vers Dunkerque. Le sous-lieutenant Mason, qui commande cette deuxième formation, aperçoit par une trouée de nuages, des toits et des rues, et ordonne le largage des bombes. Il croit « arroser » Dunkerque mais c’est Calais qu’il survole : les trente-six engins tombent entre les rues Thiers (aujourd’hui rue de la Commune-de-Paris), de Valenciennes, Gaillard et Hermant, semant la mort et la désolation. 97 morts et 150 blessés sont retirés des décombres. Les opérations de sauvetage durent plusieurs jours.

    Des regrets laconiques

    Les obsèques ont lieu le 3 mars (photo ci-dessous), place Crèvecœur, avant que les cercueils soient transférés au cimetière Sud sur des camions escortés par des soldats anglais. Ce n’est que le lendemain que l’erreur de la RAF à l’origine du drame est annoncée officiellement, via un communiqué laconique, exprimant les « regrets du Quartier général suprême des forces alliées, pour le bombardement de Calais effectué par erreur par des bombardiers volant par temps couvert et ayant pris Calais pour Dunkerque. » Le maire Jacques Vendroux fait ensuite part de son étonnement, « de la façon silencieuse et digne dont les Calaisiens prirent conscience de cette effarante révélation. »

    27 février 1945 : Calais libéré, mais Calais bombardé

     

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