• La catastrophe du Pluviôse

    Le 26 mai 1910, un peu avant 14 heures, se produit une terrible catastrophe au large de Calais. Alors qu’il effectue des exercices de plongée en compagnie de son jumeau le Ventôse, le submersible Pluviôse percute accidentellement le paquebot Pas-de-Calais qui accomplit comme chaque jour son service vers Douvres.

    La catastrophe du Pluviôse

    Les raisons de l’accrochage restent partiellement obscures : si le commandant de la malle ignorait tout des évolutions sous-marines des submersibles rattachés à la base de Calais, pourquoi le commandant du Pluviôse, lui, n’a-t-il pas réussi à éviter le Steamer dont l’itinéraire était parfaitement défini ?

    La catastrophe du Pluviôse

     

    La collision

    L’avant de l’appareil émerge quelques minutes, avant d’être englouti par les flots, laissant à la surface de l’eau des nappes de naphte. Les secours s’organisent rapidement : le canot de sauvetage, des remorqueurs, plusieurs contre- torpilleurs et la drague Les Ridens se trouvent bientôt sur le lieu de la catastrophe. On sait pourtant qu’il n’y a plus rien à faire pour les vingt-sept occupants du Pluviôse. En effet, la double coque de l’engin a forcément été éventrée puisque d’elle du mazout s’échappe. D’après les experts de l’époque, les marins ont dû périr dans les minutes qui suivirent la collision par noyade ou par asphyxie.   Les montres qui seront retrouvées sur les corps des victimes confirmeront cette hypothèse : elles étaient toutes arrêtées à 14 heures 10. Trois officiers (le capitaine PRAT, le lieutenant CALLOT et l'enseigne ENGEL) et vingt quatre membres d’équipage sont prisonniers de l’engin. La France entière est bouleversée devant ce qui apparaît comme un nouveau drame national, après le naufrage du submersible Farfadet survenu en 1905 et celui du Lutin en 1906 (les deux bâtiments ont sombré dans le lac de Bizerte). Les témoignages de douloureuse sympathie affluent de nombreux pays étrangers.

    La catastrophe du Pluviôse

     

    Les travaux de relevage

    Le navire repose par 17 mètres de fond. En raison de mauvaises conditions climatiques mais surtout des puissants courants qui traversent le détroit, les scaphandriers éprouvent les plus grandes difficultés à attacher des chaînes aux huit boucles de relevage dont le submersible est équipé. Le 30 mai, une seule a été fixée !

    La catastrophe du Pluviôse

     

    Un scaphandrier

    Les travaux de relevage, supervisés par le préfet maritime et le capitaine de vaisseau Amet, s’avèrent d’une lenteur désespérante. Ce n’est que le 3 juin que le Pluviôse peut enfin décoller de sa souille sous l’action de la marée montante, grâce à la traction de chalands reliés à des remorqueurs. Le bâtiment progresse étape par étape vers le port, mais il n’y est pas encore rentré. Dans la matinée du 5 juin, sous l’effet d’une forte houle, le chaland DP 42 qui soutient l’arrière du sous-marin vient en heurter la superstructure et s’y défoncer. Une des chaînes qui le reliaient à l’engin se brise : tout est à recommencer ! Il faut attendre le 8 juin pour que les dégâts soient réparés. Mais le sort s’acharne sur le Pluviôse et des chaînes se rompent à nouveau le lendemain. Le public s’impatiente, des critiques sont émises à propos de la façon dont la marine gère l’affaire. C’est seulement le 11 juin que le submersible est enfin ramené au port.

    La manœuvre, très délicate, est menée à bien par le pilote calaisien Eugène Rivet ; son expérience est décisive, la moindre erreur de direction pourrait provoquer un nouvel échouage qui bloquerait tout trafic ! 

    La catastrophe du Pluviôse

     

    Les travaux de relevage

     

     

     

    La catastrophe du Pluviôse

    Le pilote Eugène Rivet à la barre 

    La catastrophe du Pluviôse

    Nombreux badeaux venus assister aux opérations

    La catastrophe du Pluviôse

     

    Échouage du sous-marin dans le port

    Quinze jours se sont déjà écoulés depuis la catastrophe. Dix jours supplémentaires seront nécessaires pour extraire les corps du sous-marin. Le premier cadavre récupéré est celui du timonier qui se trouvait dans le kiosque. Pour les autres, il faut pénétrer à l’intérieur d’un engin empli de vase et de relents de putréfaction, et qui, de surcroît n’est accessible qu’à marée basse. La coque doit, par endroits, être découpée au chalumeau. Les corps sont déposés au hangar aux sucres , aménagé en chapelle ardente. Le transfert s’effectue à l’abri de deux palissades recouvertes de bâches qui forment une sorte de tunnel. L’identification n’est possible que grâce aux effets personnels

    La catastrophe du Pluviôse

    Ouverture du kiosque 

    La catastrophe du Pluviôse

    Le hangar aux sucres transformé en chapelle

       Victimes du devoir, les marins du Pluviôse ont droit à des funérailles nationales. Celles-ci sont célébrées le 22 juin en présence du président de la République Armand Fallières et de nombreuses personnalités, françaises et étrangères. Un cortège funèbre long d’environ un kilomètre parcourt Calais depuis l’hôtel de ville (place Crèvecoeur) jusqu’au port, en passant par l’église Notre-Dame. Les cercueils sont disposés sur des affûts de canons. Toute la cité est en deuil. Les défunts sont par la suite enterrés dans leur ville natale. Parmi eux, deux Calaisiens : les quartiers-maîtres mécaniciens Auguste Delpierre et Abel Henry. Au rond-point de la plage, une sculpture allégorique d’Emile Guillaume, inaugurée en 1913, rappelle la catastrophe. Une femme ailée personnifiant la Gloire plonge un bras à l’intérieur du Pluviôse qui émerge des flots, comme si elle voulait apporter un réconfort aux malheureux marins restés prisonniers du submersible. Les noms des victimes sont gravés sur le socle du monument, ainsi que celui d’Eugène Rivet. Le navire, quant à lui, après avoir subi des réparations à l’arsenal de Cherbourg et repris du service, sera démantelé en 1925.

    La catastrophe du Pluviôse

    Le cortège des funérailles

    « Rodin et les Six BourgeoisCalais pendant la Seconde Guerre mondiale »
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