• La fête de Calais

    Le dernier dimanche de juin ou le premier dimanche de juillet, Calais se réveille enfiévrée. Le déjeuner est rapide dans bien des foyers… 
    Il faut être bien placé !

    La fête de Calais

    Musiciens

    Aujourd’hui, dès le tout début d’après-midi, les grandes artères de la ville s’animent. Une foule bon enfant envahit les trottoirs, les quatre boulevards bouchonnent. Marchands de glace, marchands de ballons sillonnent le parcours du défilé, pliants et chaises de camping rappellent la plage sous les pavés, la police s’affaire autour d’automobiles à évacuer. On tend l’oreille… écoutez… 
    Ils arrivent !

    Orchestre d’Harmonie et batterie municipale en tête, voilà les premiers. On admire les costumes, on applaudit les évolutions, on compte les groupes. Sur une tribune installée pour la circonstance, élus, personnalités et invités regardent le cortège passer. Place d’Armes, c’est l’arrivée. Après une dernière parade, il faut se séparer. Les manèges sont maintenant absents des festivités : c’est la Grande Parade et la fête de Calais.  

    La fête de Calais

    Défilé sur le boulevard La Fayette vers 1930, avec les deux géants : Jehan de Calais et Constance du Portugal. Dans les chars des reines de beauté saluent la foule.

    La fête au XVIIe siècle 
    Quelle est l’origine de ces fêtes de juin à Calais ? Voici quelques pistes pour vous éclairer. On trouve trace de cette fête calaisienne au XVIIème siècle. Le style en était alors différent. On processionnait, on chantait, on banquetait … et on buvait plus qu’à l’accoutumée. La Place d’Armes était au centre des animations. Là, on jouait : javelot, tir à l’arc, quilles, fléchettes, chacun s’en donnait à cœur joie.

    Quelques temps après, le raccroc survenait et la fête reprenait. On s’amusait. Parfois, il y eut des excès.

    La fête de Calais

    On pourchasse les chats considérés, au XVIIe siècle, comme des suppôts de satan.

    Les chats de la cité, considérés comme les suppôts du grand Satan, furent pourchassés et malmenés par les fêtards avec l’accord des notables et du clergé. En ces temps-là, l’obscurantisme sévissait. Pierre Antoine de la Place, littérateur calaisien né en 1707, évoquant son père, se souvient de l’avoir souvent entendu raconter une grande procession qui animait Calais le 2 juillet. Il écrit : “dès l’aurore de ce jour solennel, tous les canons de la citadelle et des forts, joints au carillon du beffroi et de toutes les cloches de la ville, annonçaient avec le plus grand éclat la fête. Vers 10 heures du matin, tous les citoyens assemblés ou à l’Hôtel de Ville ou dans les environs en partaient avec le Conseil municipal et l’état-major à leur tête, pour se rendre à l’église paroissiale où le curé les attendait, accompagné de son clergé pour commencer la cérémonie”.  

    La fête de Calais

    Grand défilé au 18e siècle sur la place d’Armes avec, à la tête du cortège le clergé suivi par le corps d’arme, les notables, les fanfares et les saltimbanques.

    Ils se rangeaient en haie autour de l’église d’où, lorsque le clergé était sorti, ils se mettaient en marche à sa suite, au son de tous les instruments que fournissaient le pays. Chacun était en habit de fête, tenait à la main ou des bouquets ou des branches de laurier et chantait dans les intervalles que leur laissaient les fanfares qui les accompagnaient les couplets suivants : 

    Le deuxième du mois de Juillet
    Les Bourguignons vinrent à Calais
    Pour surprendre la ville
    Mais le brave Comte de Charost
    Leur fit bientôt tourner le dos 

    Qu’il faisait beau voir 
    Monsieur le Saint Martin
    Avec son grand sabre à la main
    Un pistolet dans l’autre
    S’écriant : Calaisiens mes amis
    Allons battre les ennemis

    De nos vieux Bourgeois les braves descendants
    Aux Ennemis montrant les dents
    Si bien les chamaillèrent
    Que sans avoir pris la ville, ni fort
    Le fier Bourguignon court encore…

    Prions Jésus-Christ, prions le Rédempteur
    Que nos enfants aient leur valeur
    Garde-clefs de la France
    Toujours braves, qu’ils soient à jamais
    Toujours Chrétiens, toujours Français

    La fête de Calais

    Les vainqueurs des troupes espagnoles rentrent dans Calais sous les acclamations de la population !

    Pierre-Antoine de la Place, qui écrit vers 1760, regrette d’ailleurs vivement que la fête soit alors affadie et réduite à une simple procession. 

    Autre interprétation des faits
    De la Place et la fière chanson guerrière nous amènent à nous retourner un peu plus loin sur le passé. Jusqu’à l’achat de Dunkerque par le Roi Louis XIV (1662), Calais est la forteresse avancée qui garde la frontière nord de la France : sentinelle à l’entrée d’un détroit fréquenté et disputé. Le vieil ennemi espagnol, à l’étroit dans Gravelines, a toujours un œil sur Calais. Il prend d’ailleurs la ville par surprise en 1596. Plus de 900 bourgeois en perdent la vie. C’est la paix de Vervins en 1598 qui rendra la cité au Roi Henri IV. Vient ensuite une toute relative tranquillité, mais, en 1657 (nuit du 1er au 2 juillet), des hommes du grand Condé, rallié à l’Espagne par haine de Mazarin, et des troupes espagnoles soit 1 200 mousquetaires et 4 000 fantassins se dirigent à nouveau vers Calais. La garnison calaisienne a heureusement été prévenue par des gens de Vieille-Eglise et d’Oye. Le Colonel de la milice, Gaspard Mollien a fait appel aux volontaires ce qui lui a permis de disposer 4 compagnies aux endroits stratégiques de la Cité. L’assaillant arrive, il est fort étonné du feu nourri qu’il lui faut essuyer. La défense mise en place est si énergique que les Espagnols se retirent en laissant une centaine de morts derrière eux. Après ce haut fait de bravoure collective, la cité décide que le 2 juillet sera désormais jour de réjouissances. Il y aura Te Deum, revue des troupes et feux de joie… Notre fête communale rappelle-t-elle ce jour-là ?
    Les mots qui s’y trouvent accolés : parade musicale / parade internationale autrefois “cavalcade” fleurent les troupes armées. Un étonnement pourtant ! Actuellement, le jour de la Fête de Calais est fixé le dimanche le plus près de la fête de Pierre et Paul au calendrier. Mais alors, St Pierre St Paul, c’est l’église du Courgain maritime de Calais ? Le questionnement n’est pas terminé. En attendant, allons regarder le défilé !  

     

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