• La gare maritime

    L’appui du chemin de fer influe fortement sur le développement du port de Calais. L’arrivée en 1848 du premier train de la ligne Paris—Calais provoqua la nécessité d’une gare pouvant accueillir les voyageurs candidats au voyage transmanche.

     Au début du XIXe siècle, les relations maritimes franco-britanniques se stabilisèrent de sorte qu’en 1815 une dizaine de bateaux français et autant de britanniques étaient utilisés dans le Détroit.

    Vers 1820, le port de Calais n’était que sommairement installé et ne pouvait accueillir que quelques bâtiments de faible tonnage.

    La gare maritime

     1.       A Calais , la voie ferrée fut prolongée en 1849 jusqu’au port d’échouage près duquel fut construite cette première gare maritime ouverte au public an août 1849. Le bâtiment, surnommé la gare du « Paradis », éclairé au gaz, était construit en bois avec une toiture en zinc. 11 comportait un hall de 20 mètres de large et de 100 mètres de long, un buffet, des salons d’attente, des bureaux... A proximité, on installa les services du  télégraphe électrique. Cet emplacement présentait un inconvénient : les navires à aubes ne pouvaient accoster le long des quais à marée haute, ce qui les obligeait à adapter les horaires. L’afflux constant des voyageurs aggrava la situation. On prolongea donc la voie ferrée jusqu’au quai de marée. Les passagers étaient ramenés par le train jusqu’à la gare du “Paradis” et dès lors le service des bateaux put fonctionner à heure fixe.

    2. En dépit de ces aménagements, le port ne pouvait satisfaire le flux de voyageurs. Le projet d’un nouveau port fut lancé en 1877. Pendant les travaux on construisit une gare provisoire en 1882 sur l’emplacement du quai de marée. Ce baraquement offrait tous les services : salle d’attente, fumoir, salle de lecture, bibliothèque, bar et buffet.

    3. Sept ans plus tard, le 3 juin 1889, le nouveau port et la nouvelle gare maritime furent inaugurés en grande pompe par le Président de la République, Sadi Carnot.

    La gare maritime

    4. L’évolution du port était étroitement liée à celle des bateaux. Les navires prirent de plus en plus d’ampleur, en 1854 certains faisaient la traversée en 1 heure et 30 minutes. Les compagnies maritimes se préoccupaient du confort de leurs passagers. De nouveaux bateaux apparurent, notamment le Nord et le Pas—de-Calais en 1898, long de 103 mètres, larges de 10 mètres 66 ; ils filaient à 21 nœuds. Ils étaient dotés de 2 salons, de quelques cabines de luxe, d’un fumoir et d’un bar. Ils devaient être les derniers paquebots à aubes du détroit, ils naviguèrent jusqu’en 1923.

    La gare maritime

    5. Le port de Calais accueillait également des navires de croisière. Le premier fut le “Stella Polaris”. Long de 120 mètres, il comprenait des cabines de luxe avec salle de bains, 2 salons de lecture, un auditorium, un fumoir, une vaste salle à manger, un gymnase, des salons de coiffure, un cabinet médical et un laboratoire photographique. L’équipage s’occupait des 200 passagers privilégiés qui effectuaient des voyages d’agrément en mer Baltique. Arrivé en 1933, il revint chaque été jusqu’en 1939.

    La gare maritime

    6. Calais accueillit aussi le premier service de transport d’automobiles, activité toujours très présente autour du port. La gare s’étendait sur une longueur de 275 mètres. Le bâtiment des voyageurs comprenait des installations dédiées au trafic ferroviaire, un grand nombre de bureaux, sept logements et d’importants dégagements pour le flux des voyageurs.

    La gare maritime

    1) Le pavillon central de la gare maritime était occupé par le Terminus Hôtel, il accueillait les voyageurs dans des chambres confortables à prix modique. Un des salons était dit “Du Prince de Galles”. Le roi d’Angleterre Edouard VII avait coutume de s’y arrêter, ainsi que les familles royales et les célébrités du moment. La salle du buffet, vaste et largement éclairée, s’étendait le long du magnifique hall de la gare décoré et fleuri. Les dimensions de cette salle permettaient d’y faire de grands banquets ofciels. Certains jours, le grand hall de la gare lui même, spécialement décoré et aménagé, servait de cadre à des réceptions solennelles, ou bien d’immenses tables s’y alignaient, où prenaient place des centaines d’excursionnistes qu’amenaient des bateaux spéciaux. Le bâtiment central était surmonté d’une horloge visible sur les quatre faces

     La gare maritime accueillit des hôtes de marque. En 1906, elle vit passer le roi Edouard VII, le roi et la reine, Norvège, la reine de Serbie, le prince et la princesse Adolphe de Suède, et les rois de Grèce, Espagne, Portugal... ce qui valut à notre ville le surnom “d’Auberge des Rois”.

     2) Les trains à leur arrivée s’arrêtaient sur les voies entre la façade et le quai ; au départ ils stationnaient sous la marquise intérieure et les voyageurs y accédaient en franchissant la salle des pas perdus longue de 110 mètres. Grâce à de gigantesques travaux de creusements, les quais étaient toujours à 5 mètres au—dessous de la basse mer, ce qui permettait aux steamers de pouvoir y entrer à n’importe quelle heure. Les premiers travaux commencèrent en 1877 sous la direction des ingénieurs Stoecklin et Vétillard. Le coût total des ouvrages portuaires s’éleva à 45 millions de francs de l’époque. La gare fut inaugurée en 1889, soit 12 ans de travaux.

     3) Derrière le train de voyageurs, existaient des petits bâtiments annexes séparés de la gare où on trouvait le local de la station de radio qui permettait de communiquer avec les navires, ainsi que divers bureaux. Une chaudière fournissait du chauffage central de la gare et des annexes ainsi que le chauffage des trains en stationnements car ils n’étaient pas dans ce cas attelés à la locomotive à vapeur. La gare possédait une centrale électrique autonome produisant du courant continu qui alimentait l’éclairage de tous les services de la gare ainsi que les moteurs des grues.

     4) Une grue électrique équipait le nouveau port. Elle avait un palan avec crochet et à l’arrière de la cabine un énorme contrepoids rectangulaire à l’allure de gouvernail. Le quai, long de 560 mètres, permettait l’accostage simultané de 5 paquebots ou de 2 paquebots et un car—ferry. Il n’était pas formé d’une muraille continue mais comportait des chambres appelées également retraites dans lesquelles étaient établis deux par deux des appontements à étages formés de charpentes métalliques et disposés de manière à permettre l’embarquement et le débarquement des voyageurs et de leurs colis quelle que soit la hauteur de la marée.

     5) Les paquebots de la Compagnie du Nord ou la Compagnie du London Chatham accompagnaient la traversée, de jetée à jetée, en moins d’une heure. Un service régulier de 3 voyages chaque jour à heures précises (matin, après-midi, nuit) dans chaque sens, permettait un trajet de Paris a Londres en 7 heures quel que soit l’état de la mer. Le nouveau port assurait les services de paquebots, des trains internationaux assurant la correspondance des navires. Ces trains reliaient Bâle, Berlin, Bruxelles, Brindisi, Constantinople, Varsovie, sans oublier le célèbre Orient—Express. La gare accueillait également le service postal entre la France et l’Angleterre dont la Malle des Indes qui faisait transiter par Calais le courrier venant des Indes. Une grande effervescence régnait sur le quai à l’arrivée des trains et des paquebots : voyageurs de pays divers, interprètes, douaniers, porteurs…

    Ces derniers portaient d’ailleurs une casquette agrémentée d’une plaque de cuivre numérotée afin de montrer leur appartenance à l’administration. Le train Calais Paris Nice Express créé en 1883 était connue sous le nom de train bleu. En dehors des services ordinaires, les paquebots servaient aussi à transporter une nouvelle catégorie de voyageurs apportés par le chemin de fer : les excursionnistes. Dès 1848, des billets à prix réduits furent proposés pour faire la traversée et passer quelques heures à terre.

     

     

    Frédérique Evrard pour le Comité de rédaction des Amis du Vieux Calais.

    Dessins de Jean-François Binet.

    Paru dans Calais-Réalités le mag n°174

    « Rodin et les Six BourgeoisLa place d'Armes »
    Pin It

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :