• La paroisse du Courgain

    La paroisse du Courgain

    Intérieur de l'église Saint-Pierre et Saint-Paul du Courgain, le 5 juin 1938, jour de l'installation de M. le chanoine H. Costenoble

    LA PAROISSE DU COURGAIN

     L'histoire de "LA VIE RELIGIEUS‘E A CALAIS" que monsieur le Chanoine Henni Costenoble publie dans "Les Dossiers de l'histoire calaisienne" se terminera par ”LA PAROISSE du COURGAIN" mais étant donné que ce présent numéro 31 est consacré au Courgain et à la vie de ce quartier, l'auteur a bien voulu nous autoriser à en publier les extraits que nos lesteurs trouveront ci—aprés. Le chapitre intégral de "La Paroisse du Courgain" sera publié dans nos prochaines éditions.

     

    L'EGLISE DU COURGAIN :

     

    " ..... Avec l'accord de l’évêque d'Arras, un décret impérial érigea le Courgain en succursale le 13 avril 1861. Le Ministère de la Marine, quelque temps plus tard, accorda une subvention pour y assurer l'entretien d'un vicaire.

     Restait à construire l'église. Mais sur quel emplacement ? L'intervention de Napoléon III fut, encore une fois, décisive. Sollicité par les Pouvoirs Publics, il décida de libérer les terrains occupés par la muraille et autres ouvrages militaires à l'est du Courgain. Un crédit de 100.000 frs fut accordé pour pour ces travaux qui furent commencés en 1854 et achevés en 1860. La surface habitable du quartier maritime en fut doublée. A l'angle sud-est des anciens remparts une petite butte parut propice à l'emplacement de la future église. Dans sa séance du 20 Août 1860, le Conseil Municipal de Calais attribua ce terrain à la paroisse et décida de prendre à sa charge une partie des frais. Le complément en fut assuré par M. Grébert qui n'hésita pas à parcourir les paroisses du Calaisis et même de Flandre Maritime pour recueillir les fonds nécessaires pour payer l'entrepreneur M. Dubail, chargé de construire l'Eglise et le presbytère attenant.

     La chapelle de la 6° rue ayant été démolie lors des travaux de raccordement entre le Vieux et le nouveau Courgain, les offices furent provisoirement célébrés dans la chapelle des Bénédictines, rue de l'Etoile.

     La pranière pierre fut posée le 10 Avril 1866, bénie par M. de Lencquesieng, archiprétre, en présence de M. Dubout adjoint au Maire, en tête des autorités civiles. Le "Journal de Calais" estima à 10.000 personnes l'affluence des fidèles venus de Calais et de Saint-Pierre.

     Encore inachevée, l'église fut livrée au culte le 16 avril 1867, jour de Pâques. Le clocher ne fut achevé qu'en 1879....

     ...... A gauche du portail principal une chapelle était réservée au souvenir des naufrages. Les murs en furent rapidement couverts de plaques de marbre marqués des noms d'équipages péris en mer ou d'équipages qui voulaient témoigner de leur reconnaissance pour avoir échappé au naufrage ou à la tempête. Aux voutes des bas-côtés des ex-voto furent suspendus : c'étaient des maquettes de voiliers soigneusement reconstitués .Des statues vinrent garnir les chapelles et les bas—côtés. La Vierge à l'autel de gauche, Saint—Antoine a celui de droite, Statues de Sainte—Anne, du Sacré Cœur, etc... Au cours des messes, les matelotes après avoir défilé à l'offrande, allaient allumer des cierges...

    La paroisse du Courgain

    L'ABBE LOUIS GREBERT 

     Né à Saint-Omer en 1816 ordonné en 1860, successivement vicaire à Eperlecques, Aire, puis Audruicq, il est transféré en 1853, à Calais avec la charge d'aumônier de l’Hôpital Militaire qu'il conservera pendant dix ans. Il est aussi chargé du quartier courguinois. C‘est grâce à sa persévérance et à son zèle que le Courgain va devenir paroisse ......

     ..... Quel jugement l'Abbé Grébert porte-t-il sur l'état religieux du quartier dont il est chargé ?

     "Les marins écrit-il, sont très religieux au moment du danger et fidèles à remplir les vœux et les promesses qu'ils ne manquent pas de faire en pareil cas. Ils se contentent , par ailleurs, de faire célébrer des messes où ils viennent sans respect humain baiser l'offrande, ils assistent aux offices lors des fêtes majeures.

    Les femmes pratiquent un peu plus. Mais si les courguinois respectent, en général, les engagements du mariage, beaucoup d'unions n'ont pas été consacrées par le sacrement. Les garçons qui s'embarquent comme mousses dès six ans, les filles qui vont travailler de bonne heure à Saint Pierre dans l'industrie de la dentelle, ne reçoivent que peu d'instruction religieuse. Beaucoup de mourants ne réclamait pas ce que l'on commence à appeler "les derniers sacrements"

    L'Abbé Grébert déplore aussi le taux élevé de la mortalité infantile. En 1856-58, il enterre 124 enfants dont 92 âgés de moins de deux ans. Dans le même temps, il enterre 64 adultes. Sur 43 services, 71 ont lieu à 7 h.30, 31 à 8 h. et 4 seulement à 10 heures....

     Il y avait beaucoup à faire pour ranimer la vie religieuse au Courgain, M. Grébert s'y employa de tout son zèle... Quand épuisé par la lourde tâche qu'il avait assumée il s'éteignit au début de l'année 1880, la fabrique fit chanter pour lui, le 12 janvier, un service solennel à 11 heures. Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres assurèrent une large distribution de pain en donnant aux pauvres des cartes de pain qu'ils pouvaient présenter aux boulangers du quartier. Non seulement le Courgain mais toute la ville de Calais prit part à ce deuil .....

     

    La paroisse du Courgain

     

    M. l'abbé Eugène Bourgeois

    L'ABBE EUGENE BOURGOIS :

     A Monsieur Berthelot succéda, le 26 Juillet 1897, l'Abbé Eugène Bourgois. né le 30 Octobre 1856 à

    Wally-Beaucamp, successivement curé de Bailleulmont, Douriez, Silles. D'origine rurale, le nouveau pasteur arrivait inconnu dans un milieu qu'il ne connaissait pas. Il a raconté lui-même dans son journal paroissial, les déboires de ses débuts. On se moquait de son allure timide, de sa petite taille, on l'affubla de surnoms. Les enfants du catéchisme, peu disciplinés, lui jouèrent des tours pendables, échangeant, par exemple, leurs livrets de famille de sorte que d'une séance à l'autre, le pauvre curé ne retrouvait pas les mêmes visages sous les mêmes noms.

     Mais la patience et la ténacité de M. Bourgois étaient inlassables et sa générosité inépuisable.

    Il acquit peu à peu la sympathie et la confiance de ses ouailles. C'est qu'il ne bornait pas son activité aux tâches proprement sacerdotales. Il s'intéressa à toute la vie du quartier, aux problèmes économiques et sociaux que posait en ces premières années du XX‘ siècle, le déclin de la pèche artisanale. Il partageait la douleur des familles lors des sinistres maritimes encore trop fréquents. Il encourageait la construction de bateaux plus solides (bientôt dotés d'un moteur).

     M. Bourgois ne tarda pas à se lier avec les jeunes vicaires calaisiens si actifs dans ce début du siècle, soucieux d'adapter l'apostolat aux besoins des populations ouvrières. fondateurs d’œuvres, créateurs de paroisses nouvelles. Sa réputation ne tarda pas à dépasser les limites de sa paroisse.

     Il était de bon conseil, on venait le consulter. Il trouvait en ville des concours précieux. Il continuait ainsi le ministère de l'Abbé Grébert, malgré les difficultés créées par la lutte anticléricale et la loi de Séparation .......

     Malgré une santé chétive qui l'obligea plusieurs fois au repos (par exemple en 1925, l'Abbé Albert Chanson le suppléa quelque temps), M. Bourgois poursuivit son ministère au Courgain pendant quarante ans. Il fut élevé, le 13 Juillet 1931, a la dignité de chanoine honoraire. La maladie l'emporta le 18 Février 1938.

     Tous les groupements paroissiaux, de nombreux fidèles du Courgain et de Calais, tout le clergé local escortèrent son cercueil du presbytère à l'église où la messe de Requiem fut célébrée par Mon sir le Chanoine Queval, archiprétre. Il fut inhumé au pied du Calvaire du cimetière nord dans le caveau des prêtres calaisiens que les bombardements ont complètement dispersé au cours de la guerre 1939—45.

     

    Une plaque de marbre apposée aux côtés du nouveau Calvaire rappelle son souvenir.

     

    La paroisse du Courgain

    M. le Chanoine Henri Costenoble

    LE CHANOINE HENRi COSTENOBLE

     

    Monsieur le Chanoine Henri Costenoble fut le dernier curé du Courgain avant sa destruction en Mai 1940, il raconte comme suit son ministère dans cette paroisse:

     Le 5 Juin 1938, jour de la Pentecôte, je pris possession de la paroisse. L'église était magnifiquement décorée de filets de pêche. Je fus accueilli au portail par Monsieur Alphonse Byl, président du Conseil paroissial, et installé par M. le Chanoine Queval.

     Ce ministère devait être bref car il fut interrompu par la mobilisation générale du 2 septembre 1939. Des quinze mois écoulés entre temps, je puis affirmer que j'ai gardé un excellent souvenir. "Vous êtes un éfant du pays" me disaient les matelotes.

     Les faits marquants de cette courte période furent d'abord l'accueil de la Vierge de Boulogne, en Juillet 1938, et la vente populaire des petits cœurs dorés. C'était en vue de la célébration du Congrès Marial de Boulogne-sur-Mer auquel je participai avec une délégation de paroissiens pour le Renouvellement du Voeu de Louis XIII. Ce fut encore la réparation du toit de l'église avec la collaboration généreuse du quartier, la reconstruction de la salle paroissiale voisine du presbytère, boulevard des Alliés.

     Mobilisé dans la région de Bailleul, je pus revenir au Courgain pour la fête de Noël. Le ministère quotidien et dominical était assuré par des prêtres soldats, en particulier par le bénédictin Dom Doyère, mobilisé comme officier de marine et Gouverneur militaire de Calais.

     Ma dernière permission me ramene au Courgain le 8 Mai 1940 pour la retraite et la cérémonie de Communion solennelle. Déjà les bombardements faisaient des victimes et dès le 10 Mai les alertes et les tirs anti-aériens étaient fréquents.

     Le 16 Mai, je quittai le Courgain pour rejoindre mon régiment en Belgique. Je ne devais retrouver après 62 mois de captivité, qu'une église en ruines. Le quartier maritime avait été complétement rasé par l'armée allemande.

     LE PORTAIL

     

    L'histoire de la paroisse du Courgain s'achève sur l'immense désolation d'une église éventrée, d'un quart disparu. Cette vue à inspiré à l'auteur, Monsieur le chanoine Henri Costenoble , le sonnet ci-après:

    La nef n'a plus de toit, le choeur n'a plus d'autel

    Ils ont brisé la chaire et descellé les stalles

    Seuls, demeurant debout, les murs criblés de balles

    Froids, dans leur nudité sinistre, sous le ciel.

    Chaque saison sévit. La chaleur ou le gel

    L'effritent tour à tour de leurs rigueurs fatales

    L'église que blesse la fureur des vandales

    Achève de périr dans l'abandon cruel

    Mais le portail survit et regarde inmobile

    Le désert silencieux qui reste d‘une ville

    Devant sa tour carrée aux puissants contreforts.

     Aussi lorsque du large, un remous de tempête

    Se déchaîne le vent sur l'église dévasté

    Le fidèle clocher tinte le glas des morts.

     

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