• LA DRAGUE SUCEUSE FRANÇAISE "CAP DE LA HAGUE " SE TROUVAIT, A CALAIS

    Vers une augmentation du trafic de sable et gravier ?

    10 octobre 1974

    Voici, à son arrivée hier matin, cette drague mise en service il y a un an.

    (photo “La Voix du Nord”)

    Depuis 1967, notre port connaît un important trafic de sable et gravier assuré par des bâtiments battant pavillon britannique comme le « Pen Avon », le « Bankstone », le « Pen Stour » et, depuis quelques mois. le « Marinex VI », navires effectuant la rotation entre Harwich et Calais.

     Cette fois, c'est un bâtiment français qui est entré avec une cargaison de 2.500 tonnes : le « Cap de le Hague », ayant Dunkerque pour port d’attache et appartement ‘: l’Union Maritime de Dragage (U.M.D.).

     Cette drague suceuse-porteuse est la plus perfectionnée de toutes.

    D'une longueur hors tout de 80 mètres, large de 13.75 mètres. elle a une capacité de 1.250 m3 et une charge utile de 2.500 tonnes.

     Elle possède une élinde souple permettant le dragage au point fixe ou en trainante.

     La tête de l‘élinde (c‘est—à-dire la suceuse) est équipée, soit avec un dispositif de désagrégation par injection d‘eau sous pression dans la crépine afin de broyer le sol, soit d'un hydrojet qui aide l'aspiration et permet d'atteindre une profondeur de dragage de 40 mètres, profondeur qu‘aucune autre drague ne peut atteindre.

     La plus perfectionnée des dragues de travaux publics ne peut en effet travailler au-delà de 33 mètres.

    De plus, un compensateur de houle permet le travail par des creux de 2.50 mètres.

    Le puits (cale) est ouvert avec une cloison longitudinale centrale, et un dispositif d'asséchement est installe à l'avant et à l’arrière permettant ainsi l‘essorage des matériaux dragués.

     Trié sur place

     

    Autre perfectionnement sur ce navire : le matériau dragué peut être, soit chargé directement sans criblage, soit trié.

     Ainsi, il peut à la fois prendre uniquement une cargaison de sable pouvant aller en-dessous de 0.5 m, soit du gravier pouvant atteindre 5/0 mm.

    Le déchargement

     

    Pour le déchargement, deux scrapers avec godets s’enfoncent dans la cale et vident leur contenu sur un transporteur qui permet le déchargement à terre à 22 mètres du bateau, avec un débit horaire de 1.200 tonnes.

    10 octobre 1974

    Deux godets s'enfoncent dans la cale et déposent sable et gravier sur un tapis roulant

    10 octobre 1974

    Un « bras » de 22 mètres permet le déchargement sur le terre-plein des quais.

    Devant Wissant...

     

    Cette drague, lancée en juin dernier, n‘a travaillé jusqu'alors qu'avec le port de Dunkerque.

    Elle puise ses cargaisons sur des bancs face à Wissant.

     Hier, c'est pour le compte de la société S.B.A.R. «Société des ballastières et agglomérés du Rouennais qui exploite ce matériau pour le groupe Létandart de Calais que le “Cap de la Hague” de trouvait en notre port

    La  S.B.A.R., qui travailait avec les bâtiments anglais, pourrait très bien passer marché avec l’U.M.D. puisque cette dernière est capable. avec son seul navire, de tourner a une cadence de 50 à 60.000 tonnes par mois alors que le port de Dunkerque  n'est client actuellement que pour 22.000 tonnes.

    Ainsi, le trafic de sable et gravier pourrait-il être appelé a connaitre une augmentation très importante de son Volume.

     Réception à bord

     

    Pour ce premier voyage, l'Union maritime de dragage avait organisé une réception à bord, M. Gendre, directeur général adjoint de cette société, et ancien ingénieur en chef des Ponts et Chaussées Maritimes de Calais et Boulogne, salua les personnalités  présentes et signala que se “Cap de la Hague” était un cargo norvégien acheté par l'U.M.D. et transformé en drague dans un chantier de Hollande.

     Il en donna les caractéristiques et parla de l'équipage, composé de quinze hommes en deux bordées.

     Il souhaite que l'expérience calaisienne ne fut pas sans lendemain et que, très souvent, l'on put revoir le “Cap de la Hague” dans ce port.

     Un champagne d’honneur mit un terme à cette cérémonie à laquelle nous avons noté la présence de MM. Ravisse, courtier maritime, membre de la Chambre de commerce : Gheerbrant, directeur des services de la Chambre de commerce : Plenat, ingénieur du port : Dieudonné, ingénieur des Ponts et Chaussées maritimes ; Richard, chef d‘exploitation du port ; Jean Mulard, directeur de la Maison Léon Vincent. concessionnaire du navire : Terry Halfacre, directeur de ia West-Munster-Gravel-Calais ; Alain Lhuillier, directeur de la S.B.A.R. ; Guy Lhuillier, directeur général des établissements Lètendart ; Jacques Lhuillier, directeur d'exploitation de la S.B.A.R… etc. ‘

     Ces invités furent reçus par MM. Gendre, Courcin. commandant du navire ; Legrand, chef de production des sablières de la Seine : Bach, administrateur de l'U.M.D. : Mangin. Conseiller maritime ; Sanson. chef du service sables-mer. RS

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  • La drague “ CAP DE LA HAGUE” chavire devant Calais: deux noyé, deux rescapés, onze disparus

    11 octobre 1974

     

    Dramatique sauvetage d’éventuels survivants enfermés dans la coque

    La consternation régnait hier matin dans les ports du Nord lorsqu'on y a appris le drame de la mer qui venait de se produire à l‘aube devant le port de Calais.

     Une drague, le « Cap de la Hague », travaillant au large de Wissant pour l'extraction de graviers destinés au port de Dunkerque, venait de chavirer, entraînant dans la mort des membres de son équipage.

    11 octobre 1974

    la drague, mercredi, dans le bassin Carnot à Calais. On peut noter l’importance de l’infrastructure de ce bâtiment (photo “La Voix du Nord”)

    C’est à 8 h que l‘accident s’est produit.La drague finissait de charger lorsque, selon des survivants, elle prit de la gite. Le commandant aurait alors donné l‘ordre de ballaster pour rétablir son équilibre.

    Mais l'engin continua son mouvement et culbuta sur le côté.

    Une minute plus tard, il flottait quille en l‘air. A bord du car-ferry Free-Enterprise III, l‘équipage avait été témoin de l‘accident survenu dans la zone dite du Nord Quenocs. II y avait alors des vents de nord-est assez forts et des creux de l'ordre de 2,50 m.

    La recherche d'éventuels survivants était  malaisée. Néanmoins à bord d'une baleinière,les marins du car-ferry sauvaient deux hommes qu'ils réconfortaient après leur séjour dans l'eau et qui furent conduits dès l‘arrivée au port à l‘hôpital de Calais.

     Il s'agissait de M.“. Vandermeersch et Bernard Vincent, ouvriers mécaniciens. Ils devaient également trouver un noyé, Pierre Letiec, maitre d'hotel.

     Pendant ce temps, l‘alerte rediffusée par les services de Boulogne-Radio et par le centre de secours du cap Gris-Nez provoquait l'intervention de nombreuses unites. De Calais appareillaient successivement “la Pilotine”, le canot de sauvetage “ Maréchal-Foch “, le remorqueur “ Courageux”.

    De Dunkerque arrivait la corvette 5 du pilotage et d’autres bâtiments.

     A 11 h, l'équipage du car-ferry Free Enterprise VII apercevait un corps flottant à la surface et le repêchait. C’était celui de l’officier mécanicien Alexandre Caubrière, originaire de Honfleur. Autour de l’épave on s’affairait et des hommes-grenouilles des sapeurs-pompiers de Calais et ceux du remorqueur allemand “Hermès” plongeaient au cas où des survivants se seraient manifestés.

    De puissants moyens d‘intervention rassemblés sur la plage de Sangatte

     

    Au départ des opérations de sauvetage, l‘objectif était la zone de l'hoverport du nord-est de Calais, la plus proche pour échouer la drague.

     En raison des courants, ll s'avéra que du temps serait gagné en partant vers le sud-ouest.

     Tirée par les remorqueurs français “Hardi”, “Courageux”, “Triomphante et par l'allemand “Hermès”, l'épave a donc c'te” conduit» vers la plage de Sangatte devant laquelle elle s‘est échouée a 17 h, reposant sur ses superstuctures à environ un kilomètre du rivage.

     Pour tenter l'impossible si des survivants existent, un mini—plan ORSEC a été mis en place. Sur la plage de Sangatte, trois hélicoptères .. un des pompiers de Paris, deux de la protection civile -- se sont posés en fin d‘après-midi.

     A leur bord il y avait une équipe de neuf plongeurs des sapeurs-pompiers de la capitale. Trois autres etaient venus de Dunkerque, deux de Calais.

     Il y avait également les ambulances des sapeurs—pompiers de Dunkerque, Calais, Boulogne, Desvres, des véhicules tous terrains de Berck et du Touquet, un caisson de décompression, les ambulances privées de Calais, les ambulances Dhuime de Boulogne, complétaient les moyen d'intervention.

    Sur les lieus était présent le capitaine Boutmy, directeur adjoint des services départementaux d'lncendie. On annonçait par ailleurs l‘arrivée d'un bateau de recherche hollendais spécialisé dans le découpage des tôles.

     Le lieutenant Raymond Coupe qui avait débarque de la drague la veille de l‘accident et qui connait bien le bateau a embarqué avec les plans de ce dernier afin de conduire les spécialistes dans leur travail de découpage des tôles de la coque.

     Toutefois, l’etal de la marée basse étant à 18 h 30, on s'interrogeait sur les possibilités d'intervention avant le retour de la marée haute à minuit deux, le vent et la mer houleuse compliquant la tâche des sauveteurs.

    11 octobre 1974

    M. Bernard Vincent, 37 ans, ouvrier mécanicien, soutenu par un officier du « Free Enterprise 3 », va prendre place dans l'ambulance.

     

    DEUX HOMMES A LA MER

    Dans le tiroir d’une table qui flottait: une brassière de sauvetage

    Il est 7 h 30. Comme chaque matin, à 6 h, les hommes de quart ont été relevé par

    la bordée de jour. Le jeune Audamarois Bernard Vandermeersch, ouvrier mécanicien, est allé dormir dans sa cabine, sous le pont principal, sur l’arrière. Il a été relevé, à la machine principale, par Bernard Vincent. un marin du sud-ouest établi à Dunkerque, avec qui il a navigué au long cours.

    Bernard Vincent est seul au compartiment machine a l’arrière. Sur l’avant, à la machine du sytème de dragage un matelot et un ouvrier ont pris le quart en même temps. Les mécaniciens sont aux ordres du chef mécanicien Mainsard.

     Le “Cap de la Hague” a fini de faire son plein de ses compartiments de sables et graviers. Avec 2.500 tonnes “dans le ventre”, il a quitté le rivage de Wissant pour mettre cap sur Gravelines où il doit livrer son chargement au chantier du nouveau port.

     L'usine flottante qu‘est la drague de l‘U.M.D., bardée d'énormes tuyauteries, taille sa route dans une mer très houleuse, par vent assez fort de nord. Bernard Vincent s’inquiète le bateau n‘incline sur bâbord et ne se redresse pas. Une partie de la masse de sable a-t-elle ripé ? Le chef mécanicien est descendu à la machine. “Il faudrait sonder le ballast 5”, lui a—t—i1 commandé. Pour corriger la gite, il devient urgent de déballaster sur bâbord. L‘ouvrier monte au pont principal pour sonder. A ce moment, il ressent deux coups de tangage. La gite s'accentue. L'horizon paraît chavirer à ses yeux Le “Cap de la Hague”  se couche sur les flots. Vêtu d'un pantalon de travail et d'une chemise , Bernard Vincent plonge.

    Après avoir plongé, explique B. Vincent, j'ai vu que le bateau se retournait complètement J‘ai nagé tant que j'ai pu pour m’en éloigner. C'est alors que J'ai entendu des appels de Vandermeersch. Il n'avait qu'un slip sur lui. Je pense qu'il a dû avoir le réflexe de sortir de sa cabine et de nager dans l‘eau qui envahissait les coursives. Je me suis porté vers lui. Il s‘est accroché à une table qui flottait. Il a ouvert le tiroir. Dedans il y avait une brassière de sauvetage. Moi je m'accrochai à une barrique et une planche ».

     — « Combien de temps êtes-vous resté à la mer ? .

    — . Je ne sais plus. Peut-être un quart d’heure. Le bateau ne devait pas être loin et a dû voir le naufrage car il est arrivé très vite. Vandermeersch et moi avons été recueillis par une baleinière du “Free Enterprise” .

    L‘angoissante attende des familles

     

    Parmi les quinze hommes de la bordée relevée, tous les quinze jours, par un autre équipage, se trouvaient quatre Grand-Fort-Phihppois.

     On a peine à imaginer l'angoisse qui a étreint les familles apprenant, vers midi que des coups frappés sur le fond du bateau gisant, la quille en l'air, attestaient de plusieurs présences humaines.

     Au 41, rue d‘Alsace, dans le quartier neuf du port de pèche proche de Gravelines, la terrible attente a commencé pour Mme André Lefranc, jeu- ne maman entourée d’un garçon et d‘une fille en bas—âge.

     Nous lui apprenons la mort de l'officier mécanicien. A. Caubrière, un ami de son mari. Les Lefranc l‘avait reçu quelques jours auparavant.

     — “Mon mari ne devait plus être de quart, nous dit—elle. Il devait donc dormir dans sa cabine, près de la timonerie”.

     A-t—il réussi à se dégager ? Se trouve-t-il parmi les hommes, dont la situation évoque celle des sous-mariniers prisonniers d'un cercueil flottant ? personne ne sait.

    André Lefranc devait être relevé mardi prochain.

     Près du port. au 46 de la rue des Fusiliers-Marins, une porte reste entrebâillée. Le moindre bruit dans la rue déserte fait sursauter les vieux parents de Jules Vérove. dragueur.

     — “Nous avons appris l'accident par la radio, nous a confié M. Vérove. Depuis, nous ne savons rien. Notre fils devait ètre relevé mardi.

     Dans une rue voisine,4 rue Leprêtre, M. Bosquelet, père est seul, dans la même angoisse. Son fils André 27 ans, est-il de ceux  qui appellent à l‘aide ?

    Mme Bocquelet est partie à Calais avec ses deux autres fils pour interroger les sauveteurs.

    Le père est un ancien de la grande pèche.

     - “Il est le seul de mes fils à naviguer, nous dit-il. Pourtant je ne voulais pas qu'il fasse ce métier. J’ai ai trop vu”.

    Au 1. bd F. Levèque, on veut encore espérer dans la famille du marin martiniquais Alex Dolmy, 28 ans, marié, père d'un petit garçon de quatre ans.

     A Malo-les-Bains, près de la plage, une épouse vit dans une affreuse incertitude, la très jeune femme de Jean-Marie Bouland, 23 ans, le cuisinier du Bord, un marin de la région caennaise qui s’est établi à Malo depuis peu.

    COURSE CONTRE LA MARÉE…

     18 h. 30, on commence à découper l’épave sous la protection de deux car-ferries en brise-lames

     

    A 18 h 30, les plongeurs dunkerquois du remorqueur “Triomphant” se trouvaient sur la coque avec des chalumeaux et commençaient le découpage de la tôle, opération très délicate étant donné que l‘ouverture doit être effectuée au bon endroit, la où il n‘y a pas double paroi ou des réservoirs de carburant.

     Pour diminuer l‘action des lames, les car—ferries “Horsa” et “Free Enterprise VII” ont fait barrière en se maintenant a peu de distance de l'epave.

    Son bordé arraché se frottant sur l'épave, le “Triomphant” a quitté les lieux. relayé par un ponton-bigue hollandais dont la spécialistes continuaient l'ouvrage à l‘aide de chalumeaux ” à arcs, plus puissants. L'espoir renaissait qu‘ils pourraient gagner de vitesse la remontée de la marée.

    Les remorqueurs “Hardi” et “Courageux” - évoluaient à peu de distance, prêts à intervenir.

    Une demande d‘enquête de la Marine Marchande

     A la suite du naufrage de la drague “Cap de la Hague”, la fédération nationale des syndicats de marins et officiers C.F.D.T. a demandé un secrétaire général de la marine marchande la création d'une commission d‘enquête pour donner toutes les explication nécessaires sur les causes de l'accident.

    Sur les lieux était présent le capitaine Boutmy, directeur adjoint des services départementaux d'incendie. On annonçait par ailleurs l'arrivée d'un bateau de recherche hollandais spécialisé dans le découpage des tôles.

    Le lieutenant Raymond Coupe qui avait débarque de la drague la veille de l'accident et qui connait bien le bateau a embarque avec les plans de ce dernier afin de conduire les spécialistes dans leur travail de découpage des tôles de la coque.

     Toutefois, l’etal de la marée basse étant à 18 h 30, on s‘interrogeait sur les possibilités d'intervention avant le retour de la marée haute à minuit deux, le vent et la mer houleuse compliquait la tâche des sauveteurs.

    C'est en juin dernier qu'a été mise en service la drague suceuse “Cap de la Hague”, appartenant à l'Union maritime de drague dont le siège est à Nanterre.

     Ce puissant engin est un cargo norvégien transformé en drague dans un chantier de Hollande. Long de 80 mètres, d‘un tirant d‘eau de 5.88 m, il a une capacité de stockage des matériaux de 1.250 m3, ce qui représente un chargement utile de 2.500 tonnes.

    La drague pompe les matériaux du fond jusqu'à une profondeur de 40 mètres. Par aspiration et hydro-jet, ces matériaux son remontés jusqu'au navire par une élinde de 80 centimètres de diamètre et un compensateur de houle lui permet de travailler avec une houle de 2.50 m.

     Toute une installation mécanique permet de cribler le matériau pour séparer le sable jusqu'à 0/5 mm et le gruvier 5/80 mm.

     La drague aspire en marche. En route libre, elle peut atteindre la vitesse de 12.75 nœuds gràce à un moteur de 2.100 CV.

    Pour alimenter ses diverses installations, pompe, criblage, puissance électrique, etc, des moteurs auxilliaires fournissent 2769 CV.

     En fait, ce bateau est une véritable usine flottante de très grande valeur, considérée comme la plus perfectionnée du moment.

     Pour le compte de la Société de ballastières et, agglomérés du Rouennais, la drague avait été mise en service au large de Wissant afin d'approvisionner en matériaux à béton 1e chantier du nouveau port de Dunkerque.

     L’equipage est de quinze hommes travaillant en deux bordées. La veille de l‘accident une réception avait eu lieu à bord pour la première escale de la drague au port de Calais

    Les invités avaient été accueillis par le commandant Courcin et M. Gendre, ancien ingénieur en chef des Ponts et chaussée maritime du Pas-de-Calais et présentement directeur adjoint de l’U.M.D Qui Aurait pu prévoir ?

    11 octobre 1974

    Le second rescapé M. Vandermeersch

    Au bureau du port de Calais véritable P.C. d'intervention, de nombreuses autorités maritimes continuaient à s‘activer au milieu de la nuit afin de mobiliser tous les moyens qui pouvaient l'être encore, cela en vue de la prochaine opération qui consistera à la marée basse de ce matin (7 heures)à percer à nouveau la coque.

     A 23 h, soit à une heure de la pleine mer. les remorqueurs n’avaient pas encore réussi dans leur tentative de remonter un peu plus haut sur le sable une épave sur laquelle, en fin d‘après-midi,les plongeurs soudeurs étaient régulièrement jetés à l’eau par les vagues.

     Cet essai avait échoué à 23 h 30 en raison d’un fort courant qui se mit à entraîner l’épave vers l’est au point que la décision fut prise de laisser aller le “Cap de la Hague” de la sorte, faiblement retenu par les remorqueurs. On se demande d’ailleurs si le “convoi” ne va pas doubler les jetées du port pour se retrouver à l‘est de celui—ci.

    Tout est prêt cependant pour l’opération qui sera à nouveau engagée à marée basse ce matin : 4 postes soudures et du matériel spécialisé hollandais qui devait arriver à Calais vers 4 h.

    La propriété de l’épave

    Après son chavirage,  le “Cap de la Hague” était devenu une épave. Le remorqueur de sauvetage allemand “Hermès” fut le premier à poser un marin sur sa coque et à passer une élingue sur l'avant. Son commandant ne consentit à céder ce droit de propriété que lorsqu'il apprit que des marins vivaient encore dans le bateau et que, de ce fait, il n’était pas légalement abandonné.

    Les dragues, engins fragiles

     En raison des superstructures imposées par le train de dragage ou, comme pour le “Cap de Hague”, par les installations de criblage, les dragues sont plus fragiles à la mer que les autres navires.

     On l‘a vu à Dunkerque, lors de lu dernière tempête  de septembre, lorsque la drague “Tranontane” travaillant au creusement du nouveau port de Dunkerque et n’a du qu’à l’épaulement d’un banc de sable de ne pas chavirer complètement.

     D‘autres dangers menacent les dragues, à commencer par  les engins de guerre qu’elles remontent du fond.

     Le 31 juillet 1952, l'explosion d'une torpille dans l‘un de ses godets, fit chavirer la drague “Pas-de-Calais II” en rade de Boulogne. L‘accident fit neuf morts et de nombreux blessés.

    La composition de l’équipage

     L’équipage se composait de 15 officiers et marins:

     

    -Alexandre Mainsard, chef mécanicien, 40 ans, habitant à Rouen;

     -Alexandre Caubrière, officier mécanicien, habitant à Honfleur;

     -André Lefranc, lieutenant, 37 ans, habitant à Grand-Fort-Philippe;

     -André Bocquelet, 27 ans, officier mécanicien, habitant à Grand-Fort-Philippe;

     -Lionel Girard, ouvrier mécanicien, habitant à La Baule-les-Pins;

     -Bernard Vincent, ouvrier mécanicien, 36 ans, habitant à Dunkerque;

     -Bernard Vandermeersch, ouvrier mécanicien, habitant à Saint-Omer;

     -Pierre Letiec, maitre d’hôtel, habitant à Sotteville-Lez-Rouen;

     -Jules Vérove, chef-dragueur, 48 ans, habitant à Grand-Fort-Philippe;

     -Raymond Dujardin, dragueur, habitant  à Les Loges, près de Fécamp;

     -Henri Bechet, matelot, habitant à Cany-Darville (Seine-Maritime);

     -Jean-Marie Bouland, 23 ans, cuisinier, habitant à Malo-les-Bains;

     -Alex Dolmy, 28 ans, matelot, habitant à Grand-Fort-Philippe;

     -Daniel Yon, ouvrier mécanicien, habitant à Honfleur.

    11 octobre 1974

    Les plongeurs ont pris pied sur l’épave.

    Hier à quinze heures, la mer s’est refermée sur la drague “ Cap de la Hague” et ses occupants Un très léger espoir : les plongeurs poursuivent leurs recherches

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  • Avec quinze hommes à bord

    la drague “Cap de la Hague" coule au large de Calais

    Deux rescapés, deux noyés, onze disparus 

     

    12 octobre 1974

    Deux plongeurs éprouvent bien des difficultés à se hisser sur la coque.  (ph V.D.N.)

    Basculant sur le côté, hier à 15 h, après s’être progressivement enfoncée au cours de la nuit et de la matinée, la drague « Cap de la Hague » a disparu sous la mer et, à marée basse, elle repose sous un mètre cinquante d'eau.

     Tout espoir semblait alors absolument perdu, l'eau paraissant avoir envahi la totalité des compartiments. Toutefois, à 17 h, on apprenait que deux plongeurs des sapeurs-pompiers de Paris, opérant autour de l'épave, auraient encore perçu

    des coups frappés sur la coque. En conséquence, les travaux ont repris et on envisageait d’amener de Cherbourg par avion une cloche de plongée afin de tenter l’impossible.

     L’espoir est bien mince cependant mais les sauveteurs n’abandonneront que lorsque tout ce qu’il est humainement possible de faire aura été fait, nous a-t-on déclaré hier à Calais.

    Au fil des heures, l‘espoir de sauver des survivants s’est amenuisé

    Au cours de la nuit de Jeudi à vendredl, les sauveteurs qui opéraient autour de la drague “Cap de la Hague” coulée devant Calais, ont surtout lutté pour éviter qu’elle ne ce déplace et chavire sur le côté, ce qui aurait fait perdre tout espoir de sauver d'éventuels survivants.

     Avant l'aube, les plongeurs de la marine de Cherbourg, arrivés bord de la vedette Margareth des Ponts et Chaussée de Boulogne, devaient tenter, mais sans succès, de passer sousla coque.

     Une  heure plus tard, les sauveteurs entendaient des coups à l’intèrieur du batenu renversé.

    Etaient-ils produit par des hommes ou était-ce du pièces métalliques agissant sous des tensions internes due aux déformation du bateau ? On ne le Saura peut-etre jamais.

     Quatre plongeurs des sapeurs pompiers de Paris se joignaient alors à ceux de la Marine nationale.

     A 8 h, le pontoon-bigue hollandaise “beuer” intervenait à son tour et, à l'aide d'un puissant compresseur, envoyait de l'air à l'intérieur de la coque renversée pour maintenir sa flottaison.

     Elle accusait, en effet, une gite de plus en plus sensible et les marins avaient des difficulties à tenir sur le plan incliné de la quille.

     On redoutait alors, au cas où des survivants seraient trouvés, les effets d'une brutale décompression dans les poches d'air subsistantes. La pression devait être importante sous l‘effet du poids du bâtiment.

     Un médecin, le commandant Grimault des sapeurs-pompiers d‘Hénin—Beaumont. arrivait sur le “bever”- où l’on débarquait peu apres un caisson de decompression.

     Au retour de la marée montante, le puissant remorqueur allemand “Hermès”, tentait de tirer plus près de la côte l‘épave du “Cap de la Hague”, mais sans résultats apparents.

     Au fil des minutes. l‘espolr de sauver d‘éventuels survivants s’amenuisait et ce d‘autant que la drague s'enfonçait lentement.

     Tout alentour du chantier de sauvetage, d'autres bateaux s‘apprêtait à intervenir.

     Aux car-ferries qui, la veille et la nuit, avaient fait officede brise-lames surcédaient le - Charles-Bellevllle - et un cargo anglais.

     Le - Hardi - se tenait prêt à intervenir, de même que les canots de sauvetage des ports de Boulogne et Calais qui un relayaient avec le garde-pèche -Garance-.

     

    Par ailleurs, des hélicoptères étaient prêts à décoller en permanence pour conduire d'éventuels rescapés jusqu'à l'hôpital de Dunkerque qui possède plusieurs caissons de décompression.

    Un télégramme de M. Dupuch, préfet de la région Nord-Pas-de-Calais

     Voici le texte d'un télégramme expédié, le 11 octobre, par M. Dupuch. préfet de la  région Nord - Pas—de-Calais, au sous-préfet de Calais.

     “ J’ai appris avec peine la catastrophe maritime survenue près de Calais à l‘occasion du naufrage de la drague.

    Vous prie d'étre l‘interprète de mes condoléances et de mes sentiments de douloureuse sympathie auprès des familles éprouvées”.

    Sur la mer, le temps s'était apaisé et, sous la très belle lumière d'un matin d'octobre, la visibilité s’étendait parlaitement jusqu'aux côtes anglaises.

     Les conditions atmosphérique étaient redevenuu favorables, mais hélas, trop tardivement.

     Au port de Calais, sur le quai de la Colonne, des familles angoissées ayant veillé toute la nuit attendaient, au retour de chaque bateau venant de l’épave, qu’on leur apporte du nouvelles bonnes ou mauvaises.

     M. Turon. préfet du Pas-de-Calais, accompagné de M. Abrial, sous-préfet avait, en hélicoplère, survolé le chnntier de sauvetage.

     A son retour, Il s‘est adressé aux familles pour leur affirmer que, sur place, les remorqueurs s‘employaient à repousser la drague vers la côle et que l'activité continuait à l‘intérieur de la coque pour découvrir des survivants.

     “Tout le monde, a-t-il ajouté, participe au sauvetage. Il n'y a pas, en I‘occurrence, de compétition nalionale, nous avons fait appel à tous les moyens possibles”.

    15 h : deux énormes bulles d'air apparaissent puis la drague chavire et coule

     

    En fin de matinée, on attendait de nouveaux moyens d‘intervention. Le colonel Becq, inspecteur départemental de la protection civile, son adjoint le

    commandant Impines étaient arrivés ainsi que M. Courouble, directeur départemental de la Protection civile.

     Sur les lieux étaient également présents MM. Sclisson, chef du quartier de Dunkerque ; l‘administrateur principal Mallejac et M. Wadoux.

     A l'aéroport de Calais-Marck venant de Cherhourg, était arrivé un avion militaire avec un nouvenu groupe de plongeurs et un médecin.

     On attendait par ailleurs le dragueur “Myosotis” et une équipe de spécialiste parmi lesquels un ingénieur de la construction navale, spécialiste des dragues.

     On espérait donc que, à la marée basse du soir, une nouvelle tentative de percement de la coque pourrait être tentée et ce d'autant que, vers midi, on croyait avoir perçu du coups.

     Et puis, à 15 h, ce fut la fin.

     Les hommes du ponton—mature hollandais et les plongeurs sous-marins virent apparaître sur le côté de la drague, deux grosses bulles d'air à un moment d'intervalle et la drague commença à basculer sur le flanc,

     Dix minutes plus tard, on ne voyait plus rien à la surface de la mer, la drague était couchée sur le fond, tout espoir semblait perdu.

     Des scaphandriers sont déscendus pour voir s'll était possible de pénétrer dans l‘épave et bateaux et hélicoptères ont patrouillé au cas où des corps seraient remontés un peu à la surface.

     Un peu plus tard, on a vu arriver, au port de Calais, la vedette Margareth.

     A son bord, des hommes épuisés par trente heures de veille et de travail. A leur tête, M. Gendre, directeur adjoint de l’Union Maritime de dragage.

     Il ne pouvait qu’annoncer la tragique nouvelle.

    Déploiement de moyens et générosité

     La solidarité est une réalité journalière entre gens de mer et elle ne s‘est pas départie avec le naufrage du “Cap de la Hague”.

     Si les officiers et marins du “Free Enterprise III” , furent les premiers à intervenir(deux hommes de la drague leur doivent la vie), il y a tous ceux qui partirent aussitôt sur les lieux, hélicoptère des Coast Guard, pilotes des ports de Calais et Dunkerque, remorqueurs, canots de sauvetage, équipages français, anglais, allemands, hollandais et de la marine nationale.

    A la dirction des Affaires maritimes de Dunkerque, dans les capitaineries de port, au centre du CROSSMA, à Boulogne-Radio, lea veilles ont été incessantes.

     La mobilisation des services de pompiers, de la protection civile et des ambulanciers, l'action des spécialistes du remorquage et des plongeurs sous-marins, tout devait contribuer à sauver des rescapés dans les plus courts délais posibles.

     Tout ce qui a été possible de tenter l'a été, y compris la mobilisation de car—ferries pour servir de brise Lames afin que les sauveteurs puissent agir.

    L’interminable et douloureuse attente sur le quai

     

     Depuis jeudi matin, dès l‘annonce du naufrage, le quai de la Colonne aura vu défiler des centaines et des centaines de calaisiens qu'il fallut d'ailleurs éloigner derrière des barrières car un espace suffisamment grand devant être réservé à l’intention des hélicoptères.

     Bien vite, on remarqua des voitures immatriculées dans le Nord : celles de familles de marins, prisonniers des flots, de Grand-Fort-Philippe ou de Dunkerque.

     Une même communion étreignait tout le monde au milieu du vacarme incessant des hélicoptères effectuant la navette entre le port, l'épave et l'aéroport de Calais-Marck où s‘effec- tuait le ravitaillement en kérosène.

     Tantôt la radio d‘un remorqueur revenu à quai ou celle qui émanait d'un véhicule de police, de gendarme ou de pompiers, qui mettait à grésiller.

    On dressait alors l'oreille pour saisir une bribe de phrase.

     Puis, c'était la sirène d'un motard de la route qui retentissait ouvrant la voie a une voiture dans laquelle arrivait une nouvelle personnalité ou un spécialiste du sauvetage

     A l'entrée des barrières, la foule s'écartait un bref instant, le cercle se refermant aussitôt.

     Les familles des marins pour qui était engagée une insupportable course contre la montre et contre la mort avaient été accueillies, dès leur arrivée, dans le bureau du commandant du port. La plupart ne le quittèrent que bien peu d‘instants et une longue veille commença pour la première nuit.

     Le jour vint et, avec lui, un nouvel espoir. Mais la marée basse de 7 h ne permis point, une nouvelle fois, la délivrance. Et les heures ne succédèrent encore.

     Dans une voiture, l'avant dirigé vers le port, l'épouse d‘un marin enferme dans la coque fixait l'eau du large. Derrière, la maman ne quittait pas non plus du regard l'axe des jetée; Visages marqués par tant d'heures sans sommeil que l'on retrouvait aussi, ici et là, parmi la foule.

     Mais chacun se raccrochait encore à un faible espoir.

     A midi, c‘est certain un appel des sauveteurs martelant la coque d'un objet métallique avait trouvé un autre écho que le sien propre. Et puis un tel déploiement de moyens à terre, que l'on n'avait pas cessé de constater, semblait ne au pouvoir s‘avérer vain.

     Certes, les Calaisiens avaient encore en mémoire la catastrophe du soun-marin “Pluviôse”. eperonné prr un transmanche , alors qu‘il était en train de faire mrface, juste à la sortie des jetées par un bel après—midi de printemps, le 26 mai 1910

     Rempli d'eau par l'extremité, il émergea à 30 degrés et resta assez longtemp dans cette position pour qu'un marin, l‘ayant approché dans une barque, puisse heurter la coque avec son aviron... sans obtenu de reponse.

     Or, la réponse était venue du “Cap de La Hague” , et l‘on voulait chasser de son esprit ce drame vieux de 83 ans qui fit 27 victimes, à une époque où l'on ne disposait pas de matériel aussi spécialisé..

    12 octobre 1974

    Cette photo donne l'échelle de l’épave avec, sur son flanc, le canot de sauvetage de Calais qui sera assisté un peu plus tard de celui de Boulogne.

    Un plongeur à l‘intérieur du navire à 22 h 15

    A 19 heures, les nombreux plongeurs spécialisés qui operent sur l'épave de la drague ont du stopper momentanément leur activité et ce, En raison de la puissance du courant. Ils devaient la reprendre un peu plus tard.

    Au cours de la soirée, ils cherchaient à progresser à l'interieut du navire pour gagner les compartiments où l'on suppose que des homes sont toujours prisonniers.

     A 20h30, les travaux de decoupage reprenaient.

    ll s'agissalt de percer, pour 21h, un orifice dans le flanc afin de profiter du renversement de courant coincident avec le changement de mare, car un faible espoir subsistait de pouvoir dégager des survivants qui se manfestaient

    toujours en frappant dans la coque, à deux endroits different, semblait-il.

     Les responsables des affaires maritimes attendaient dans la nuit une cloche de plongée. Non pas celle demandée par le  canal de la marine de Cherbourg mais une qui viendrait d'Angleterre. Il semble du reste que l'on attende encore beaucoup d‘un tel équipement puisque cinq cloches sont attendues. En plus de celles de Douvres et de Cherbourg (celle-ci appartenant d‘ailleurs au G.E.R.S. de Toulon), d'autres devraient arriver de Southampton, d‘Ostende et de Bruxelles.

     Depuis que l‘eau a recou- vert l‘épave, on ne trouve en effet devant les mêmes problème qu'avec un sous-marin.

     Par ailleurs, si nous avons parlé à plusieurs reprises de fort courant, génant les sauveteurs, il faut signaler que nous nous trouvons actuellement en période de vive eau, c'est-à-dire de grande: marées.

     Indiquons encore que deux hélicoptères de la gendarmerie nationale sont également arrive, avec un personnel médical du C.H.R. d'Amiens.

     A 22h15 on apprenait que la découpe de la coque sur sa partie avant qui effleurait l'eau était terminée

     Un plongeur pénétrait à l‘intérieur de la coque pour venir contre le compartiment étanche où était supposé se trouver les rescapés. Ceux—ci, une fois de plus, répondirent aux appels des sauveteurs.

     Toutefois, il était Impossible de tenter l‘opération de cette façon, l'eau pénétrant par l'ouverture.

     Il faut attendre la cloche de plongée

     

    Un grand pas venait d‘être franchi, mais il fallait attendre encore pour dégager éventuellement les survivants, l‘arrivée de la cloche de plongée, arrivée prévue à 4 heures ce matin.

     Dès l‘arrivée de cet appareil, il sera fixé sur l’orifice et, après en avoir fait le vide, les sauveteurs pourront alors découper la cloison étanche pour tenter de sortir ceux qui auront lutté avec espoir durant plus de 40 heures.

    LES SAUVETEURS DEVANT l'ÉPAVE RENVERSÉE

    12 octobre 1974

    DESSIN APPROXIMATIF DU BATEAU RENVERSE :

     

    1 - La timonerie;

     2 - Salle de commandes du dragage;

     3 — Cabines du capitaine et du chef-mécanicien;

     4 — Cabines officiers et carré;

     5 — Cabines du personnel d'exécution;

     6 — Compartiment machines—navigation;

     7 — Magasin;

     8 — Puits pour les sables et graviers;

     9 — Compartiment machines-dragage;

     10 — Peak avant séparé par la cloison d’abordage.

     

     La flèche indique l‘endroit d‘une possible percée par les sauveteurs.

     Le trait supérieur gras, jusqu’au peak avant non compris, Indique le compartiment à combustibles.

     En grisé, en dessous du pont principal, le fardage de tuyauteries et autre matériel.

     Echoué, le bateau reposait sur ses superstructures arrière et son mât avant.

    On comprend et partage la très vive émotion qu‘ont ressentie tous les gens de mer en apprenant le naufrage de la drague « Cap de la Hague » avec onze des leurs à bord.

     On comprend le souci qu‘ils ont de savoir comment le chavirement de cette usine flottante a pu se produire.

     On peut relever le fardage important dont le pont était chargé, la conception hybride du bateau, l'état de la mer, etc. Il reste qu‘aucune hypothèse solide ne peut être avancée et qu'il convient d'attendre les résultats de l‘enquête approfondie du l‘administration compétente pour se faire une opinion.

     Au sujet de l'hypothèse d'un déplacement de la masse de tables et graviers qui remplissait le puits, on fait remarquer que la forme en losange de ce puits le rend peu vraisemblable.

     D’où venaient les appels ?

     Durant vingt-quatre heure d'une attente mortelle, les bruits les plus contradictoires ont couru sur le nombre d'hommes encore en vie dans le cercueil d'acier, sur l'en- droit où ils se trouvaient, etc.

     Hier matin encore, toutes les informations faisaient mention de six hommes dont on entendait les appels sonores. On ne voit pas comment il était possible de dénombrer les hommes encore en vie et de localiser leur refuge.

     Notre plan très approximatif du bateau dans sa position renversée,la quille en l‘air, permet de situer les lieux mais n'apporte pas de réponses à ces questions.

     Dans la partie arrière (à gauche)se trouvaient au moment du chavirenent:

     - Au moins trois hommes de quart à la timonerie (l).

     — Plusieurs officiers dans leurs cabines aux ponts indiqués en 3 (cabines du capitaine et du chef mécanicien) et 4 (cabines d'officiers et carré). Au point indiqué en 2 se situe la salle de commandes du dragage.

     -Plusieurs membres du personnel d’éxécution dans leurs cabi nes ou point indiqué en 5 à la hauteur du pont principal. C'était le cas du matelot Vandermeersch, l‘un des rescapés, éjecté par un hublot.

    — Enfin, de quart dans le compartiment machine-navigation, le matelot Bernard Vincent qui, montant au pont principal, a pu sauver.

     Dans la partie avant, deux hommes étaient de quart ou compartinant-machines du dragage.

     Entre l'arrière et l'avant, aucune communication possible dan la tragique situation du bateau.

     Si les appels venaient de l'avant, ils ne pouvaient donc provenir que de deux hommes du quart, mais il n’est pas exclu que d'autres membres de l‘équipage se soient trouvés là avant la catastrophe.

     Si les bruits venaient de l‘arrière, peut-être émanaient-ils des hommes qui se trouvaient au pont inférieur et qui auraient pu descendre (ou plutôt “monter” après cap size) ou compartiment machine.

     Les hommes qui se trouvaient aux ponts supérieurs avaient, apparemment, beaucoup moins de chances de pouvoir gagner les Hauts du bateau renversé.

    Le probleme des sauveteurs

     

    Ce dessin résume aussi le probleme devant lequel les sauveteurs se sont trouvés.

     Dans le fond de la coque sur toute la longueur de la quille, s‘étend un compartiment à combustibles.

     La question était de savoir s'il existait une partie vide dans ce compartiment afin de percer un passage.

     Une possibilité pour les sauveteurs : percer à l'extrème-avant, sous le peak-avant (10) dont les fonds ne contiennent pas de combustible et que la cloison d'abordage sépare du compartiment-machine du dragage.

     Si, d‘autre part, certaines parties des fonds constituaient des poches d'air, il s'agisse“ de savoir si, vidée de cet air, l’épave n'allait pas couler.

     Ce sont à des difficultés sans nombre que les sauveteurs se sont courageusement attaqués en prenant tous les risques dans une mer agitée jusqu'ici.

     Leurs efforts ont été vains, mais la solidarité des gens de la mer n’a pas été un vain mot.

    Les quatre Grand—Fort—Philippois naufragés du ” Cap de la Hague”

    Voici la liste des naufragés de Grand-Fort-Philippe :

    12 octobre 1974

     ANDRE BOCQUELET : Né en 1946 à Grand-Fort-Philippe, officier mécanicien.

     Il débuta à la pêche sur les chalutiers de Grand-Fort-Philippe en 1964, notamment sur le “Paladin”.

     En 1967, il entrait au “commerce” comme lieutenant sur le pinardier “Dahra” puis servit sur plusieurs longs courriers des Messageries maritimes en 1971-1972. Il y a quelques semaines, le 19 septembre, il passa à l’U.M.D. sur le “Cap de la Hague”.

    12 octobre 1974

     ANDRE LEFRANC : Lieutenant, née en l936 à Grand-Fort-Philippe.

      Dans les années 1966-1968, il navigua sur les navires SAGA du transmanche puis sur COA. En 1968-1970, il passait à l’armement pétrolier. Il renouait alors avec le transmanche “Chantilly, Côte d’Azur”, avant d’embarquer sur le “Cap de la Hague”, le 17 avril 1973. Marié, père de deux enfants.

    12 octobre 1974

     JULES VBEROVE : Chef dragueur, né en 1925 à Dunkerque. Il débuta au dragage à Dunkerque en 1965 comme second-capitaine.

      Cinq ans plus tard, il embarquait comme chef dragueur à l’U.M.D. d’abord sur le “Cap d’Antifer” puis sur le “Cap Frehel” qui devait participer aux chantiers de Fos. Il fut affecté à l’équipage du “Cap de la Hague” le 1 avril 1973.

    12 octobre 1974

    ALEX MOLMY : Matelot, né en 1945 à la Martinique. Inscrit maritime à Fort-de-France. Marié, père d’un enfant.

    12 octobre 1974

    Le premier sur l’épave, sorte de baleine touchée à mort, un matelot du remorqueur allemand “Hermès”, le premier sur les lieux

    12 octobre 1974

    Des sauveteurs récupèrent un canot de sauvetage endommagé provenant probablement du « Cap de la Hague ».(photo “La Voix du Nord”

    12 octobre 1974

    Dans la grisaille on distingue faiblement le profil de la côte permettant de situer l’épave par rapport au Blanc-Nez.

    12 octobre 1974

    Le remorqueur “Hardi” passe un câble sur l‘arrière du “Cap de la Hague” dont l'hélice et le gouvernail sont hors de l'eau.

    12 octobre 1974

    Quai de la Colonne : la foule attend des nouvelles. Sur l‘espace libre, en bordure du quai : deux hélicoptères. Dans le fond, à droite, le bureau du port. le P.C. de l'opération de sauvetage. Et dominant la foule, premier plan, le monument du Sauveteur.

    12 octobre 1974

     Hier, vers 11 h, un hélicoptère vient se rendre compte de l’état de l’épave, presque disparue sous l’eau.

    Au long des minutes

     

    -6h45 : les opérations de sauvetage vont reprendre à marée basse avec la participation des plongeurs de la marine de Cherbourg. Leur but : tenter de passer sous la coque. Ils n’y parviendront pas.

     -7h30 : L’espoir renait car les sauveteurs ont entendu crier sous la coque et frapper à plusieurs reprises.

     -8h : Qutre plongeurs des pompiers de Paris se rendent sur l’épave et sont déposé sur le bateau-ponton hollandais “Bever” qui commence l’opération de découpage.

     -9h : Un docteur est demandé. Le médecin commandant Grimault, des sapeur pompier d’Hénin-Beaumont, part à bord du remorqueur “Trapu” sur lequel est hissé un caisson de décompression des pompier de Dunkerque.

     -9h30 : Le canot de sauvetage “Maréchal Foch” qui était rentré à 2h30, prend la mer à nouveau pour relayer son collègue de Boulogne. Le patron Michel Agneray, est à la barre avec M. Wiart, président.

     -10h : La coque est trouée à l’aide de chalumeaux et, l’on y insuffle de l’air pour rendre un peu plus flottabilité à l’épave qui s’était enfoncée.

     -10h10 : Le préfet, accompagné de M. Abrial, sous-préfet, prend place dans l’hélicoptère des pompiers de Paris, pour se rendre sur les lieux du naufrage.

     -10h40 : MM. Turo et Abrial sont de retour. Le préfet fera une courte déclaration.

     -11h20 : L’espoir diminue, le bateau s’enfonce encore. Seul l’avant est encore visible.

     -13h45 : Deux autres caissons de décompression arrivés de Cherbourg par un avion qui se posa à Calais-Marck, sont embarqués sur le “Margaret” de Boulogne.

     Deux médecins militaires, également arrivés de Cherbourg, partent également sur place.

     -14h : Le “Myosotis”, dragueur des plongeurs de la Marine Cherbourg, fait route sur Calais.

     -15h30 : M. Gendre, P.D.G. adjoint de l’Union maritime de dragage, qui se trouvait sur la vedette de la douane, rentre au port. On apprend que l’épave coule et quelle se trouve maintenant immergée sous 1 m50 d’eau. Tout semble perdu.

     -16h : Les familles, don’t certaines ont appris le naufrage par la presse, sont emmenées au cercle maritime où on leur offrit des boissons chaudes.

     -16h30 : M. Vincent, sous-préfet de Dunkerque, et M. Sclisson, chef du quartier maritime de Dunkerque, annoncent que les plongeurs continuent leur travail et que des hommes sont toujours sous la coque.

     -16h30 : Un plongeur remonte un peu le moral des familles : “Je reviens du naufrage. Des hommes sont toujours bruyants. Ils frappent avec un marteau ou une barre de fer dans la coque”.

     -17h : Une cloche de plongée venant de Cherbourg est attendue.

     -18h : Deux compresseurs et  deux scaphandriers lourds de Dunkerque font leur apparition sur le quai.

     -19h : Les plongeurs arrêtent en raison du courant.

    Les moyens de sauvetage en mer

     

    Voici les différents bateaux qui ont participé aux opérations

     Les car—ferries "Free Enterprise III et VII" ; les canots de sauvetage de Calais

    et Boulogne ; les remorqueurs "Courageux", "Hardi", "Trapu"; la vedette de la Gendarmerie de Dunkerque; le remorqueur allemand "'Hermes"; le navire—ponton hollandais "Bever", le garde-pèche de Boulogne " La Garance', le "Myosotis". dragueur de la Marine nationale ; le "Margaret", vedette des Ponts et Chaussées de Boulogne et les deux pllotines au port de Calais.

     Il faut également noter la présence de deux hélicoptères des pompiers de Paris, d‘un autre de la police parisienne et d'un quatrième de la Protection civile britannique.

    Un service religieux à St-Pierre et St—Paul pour les marins de la drague

     

    A l‘intention des deux défunts de la drague « Cap de La Hague », un service religieux sera célébré aujourd‘hui samedi à 16 h en l‘èglise Saint-Pierre et Saint—Paul au Courgain maritime.

    De nombreuses personnalités

     

    En plus des personnalités calaisiennes que nous avons citées hier nous avons remarqué aujourd'hui, MM. Turon,préfet du Pas—de-Calais ; Vincent sous—prèfet de Dunkerque, Abrial, sous-préfet de Calais; Sclisson, chef du quartier maritime de Dunkerque; Wadoux, officier principal des affaires maritimes de Dunkerque ; Mallejac, administrateur ; le colonel Bec, des sapeurs-pompîers, inspecteur départemental des services de sécurité et d'incendie ; le commandant Gautier, de Dunkerque ; le capitaine Impines, chef de corps à Boulogne; le capitaine Dauchel, chef du corps à Calais, tous deux inspecteurs départementaux adjoints ; Courouble, directeur de la protection civile, etc.

    L’attente des familles

     

    Pour les familles de ces marins prisonniers du navire, elles vécurent sur les quais des heures interminables.

     Lorsque les autorités les invitèrent à venir se reposer quelque temps au cercle maritime, certaines finirent par accepter, tandis que d'autres restèrent sur le quai, le regard fixé vers les jetées dans l’espoir de voir revenir l’être cher.

    12 octobre 1974

    M. Gendre, ancien directeur des ports de Calais et Boulogne, P.D.G. adjoint de I'Union maritime de dragage à qui appartient le navire, descend de la vedette des douanes. après s'être rendu sur les lieux où il vit s'enfoncer l'épave.

    12 octobre 1974

    Le caisson étanche des sapeurs-pompiers de Dunkerque est descendu sur l'un des remorqueurs pour être acheminé sur les lieux du naufrage.

    12 octobre 1974

    Pour quelques membres des familles, sur le quai, c‘est l‘attente insupportable près d‘un sauveteur, relié en permanence par radio.

    12 octobre 1974

    A sa descente d'hélicoptère, M. Turon, préfet du Pns-de-Calais (2e en parlant de la gauche), qui était accompagné de M. Abrial,sous-préfet (à gauche), s’entretint avec M. Puissesseau, président, de la Chambre de commerce et le capitaine Dauchel.

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  • “CAP de la Hague” : au troisième jour d'un sauvetage particulièrement difficile, l’espoir demeurait

    Quelque soixante heures après le naufrage du « Cap de la Hague » au large de Calais —— don’t la moitié du temps totalement sous l‘eau — la vie subsistait à l‘intérieur de l'épave. Une réponse nette et indiscutable, sous forme de coups donnés contre la coque parvenait en effet aux plongeurs quand ils la sollicitaient en frappant avec un objet métallique à proximité de l’un des compartiments, à l‘avant du navire.

     Cette troisième journée, au cours de laquelle on a encore assisté à une multiplication des moyens, avait remis beaucoup d'espoir au cœur des sauveteurs et des plongeurs, plus particulièrement eux qui soulèvent l‘admiration pour la somme de courage que représentent ces descentes dans une eau glacée par une température encore plus basse que celle de la veille.

     Inlassablement, les équipes se relaient, pre nant parfois de sérieux risques aux instants de la journée où ils luttent jusqu‘au bout de leurs forces lorsque les courants, liés à l‘alternance des marées, finissent par venir à bout de leur résistance. Il leur fallait alors attendre un autre moment plus favorable, ce qui explique les interruptions successives laissant croire, parfois, que les marins engloutis étaient abandonnés.

     Dans la matinée, c’est de la Grande-Bretagne que l‘espoir est venu avec cette cloche de plongée tant attendue qui, finalement, s‘avère inutile. Jamais, en effet, elle ne put être fixée contre la paroi en raison de la gite du navire et, le plus souvent, les courants la faisaient tourner sur elle—même telle une toupie.

    13 octobre 1974

    La cloche de plongée britannique arrivant, vers 8 h 30, sur les lieux du drame. (photo “La Voix du Nord”)

     Pendant ce temps—là, une autre cloche géante celle-là, dix fois plus lourde que la précédente avec ses quelque 90 tonnes était partie d’Anvers dans la nuit. Mais elle était “en pièces détachées”, sur plusieurs plates—formes d’un convoi exceptionnel qui ne franchit un pont, à Gravelines, qu’au prix de travaux sur place. Elle arriva Calais à 14 h seulement où son montage commença.

     De Dunkerque, un ponton-grue devait arriver afin d‘en assurer le transport jusqu'à proximité de l'épave. Mais, ce ponton, tiré par un remorqueur, ne prit la mer que vers 11 h en raison des prévisions météo qui annonçaient des coups de vent successifs. Il fallut attendre une relative accalmie en milieu de journée. Aussi le ponton n'arriva-t-il qu‘en début de soirée, alors que la cloche n'était pas encore montée.

     Mais revenons à ce début de journée marqué par une premiere conférence de presse.

    Schéma d’un incroyable sauvetage

    13 octobre 1974

     

    A 22 h 45, les plongeurs pénètrent à l’intérieur de la drague

     

    Les plongeurs participant aux secours ont pénétré, vers 22 h 45, à l'intérieur de la drague “Cap de la Hague”.

     Pour parvenir à cette opération les sauveteurs ont agrandi l‘orifice qu’ils avaient obtenu cet après-midi en faisant sauter des explosifs à charge creuse.

     Les plongeurs agrandissent actuellement le passage qui leur permettra de rejoindre la salle des pompes où un ou plusieurs rescapés sont isolés.

     Ces travaux se poursuivent actuellement et tout coutact radio est interrompu avec la capitainerie du port  de Calais, de sorte que  “les hommes à terre attendent avec impatience une nouvelle imminente des sauveteurs”.

    LA CONFERENCE DE PRESSE DE L'ESPOIR

     

    Dans un local du bureau du port, qui s’avéra rapidement trop exigu, les journalistes furent conviés, à une première et véritable conférence de presse depuis le chavirement du navire.

     Autour de MM. Turon, préfet du Pas de Calais et Abrial, sous-préfet de Calais, il y avait là les plus hauts responsables des opérations en court.

     Tous les visages étaient tendu, creusés par la fatigue de deux nuits de veille. Mais l’espoir éclairait encore tous les regards.

     Il était 8 h 30 en effet quand M. Turon s'adressa aux journalistes.

     Or, une demi—heure plus tôt, alors que les plongeurs venaient de réparer une cassure de la tubulure permettant une insufflation d‘air à l'intérieur de la prison d'acier à leurs coups répétés sur la coque, ils récurrent, une réponse identique beaucoup plus appuyée que les fois précédentes.

     La vie était donc toujours possible à l’intèrieur.

     

    M. Turon : « Un drame de dimension nationale .»

     

    Le préfet, avant de céder la parole aux specialists, rappela tout d‘abord de quelle manière avait été rassemblé le maximum de soutien logistique à l’opération grâce aux concours les plus divers.

     D'ailleurs,  ils ne cessèrent de se multiplier au fil des heures, à la mesure de  “ce drame de dimension nationale”.

     

     Et de citer l’administration des Affaires maritimes à tous ses niveaux (Calais, Dunkerque, Le Havre jusqu’au ministère de la marine marchande, le CROSSMA (Centre Régionnal Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage en MAnche), noeud du réseau de liaisons, le préfet maritime de Cherbourg, qui envoya à Calais un ingénieur principal à titre de conseiller technique, les services de protection civile, les sapeurs-pompiers de la region et ceux de Paris avec leurs helicopters, leurs plongeurs, la marine nationnale et ses médecins, ses plongeurs démineurs, les specialists hollandaise de decoupage du navire, les anglais qui firent le maximum pour dépêcher sur les lieux une première cloche de plongée et un important personnel. etc.

     M. Turon, en rendant hommage aux uns et aux autres, avait voulu, par une telle enumeration, qu'il qualifie lui-mème d'incomplète, illustrer toute l'ampleur des concours et des moyens mis en œuvre.

     

    “Quille en l‘air” : un  naufrage extrêmement rare

     

    C'est d'administrateur principal des Affaires maritime Quéré, chef du CROSSMA à Cherbourg, qui fit le point du sauvetage, reprenant les principaux épisodes depuis l'appel envoyé par le “Free Enterprise”,  jeudi à 8 h 15, “Free Enterprise” qui venait de repérer la drague, ventre en l’air.

     Il fit immédiatement une sorte de m1se au point à propos du remorqueur allemand “Hermès”, le premier sur l’èpave et au sujet duquel une polémique s'était fait jour dans les milieux maritimes.

     Le “Hermès”, en effet était prêt à tenter de tirer sur le champ le “Cap de la Hague”, auquel i1 avait réussi à passer une élingue. Ceci afin de le remonter un peu plus vers la côte au moment où la mare montait.

     Pour M. Quérèe, les Allemands ayant fait savoir qu’ils avaient entendu des coups provenant de l’interieur, ordre lui fut donné de ne rien tenter afin que la drague, en raison d'une gite possible, ne bascule pas sur le flanc, ce qui, à ses yeux, aurait mis en peril immédiat la vie des naufragés.

     Ce fut alors la déjà longue histoire de ces heures et ces heures d‘efforts qu‘il fallut adapter, chaque fois, à de nouvelle circonstances dont toutes étaient loin d'être prévisible.

    Ce renversement complet d‘un navire d‘une telle dimension. - quille en l'air – pour employer le langage des marins alors que ce navire est justement dépourvu de quille ! est un cas rarissime, tous les spécialistes en conviennent.

     Ses causes ? M. Quéré affirme qu'on les ignore pour l'instant et qu‘une enquete les determinera.

     Il n'en dira pas advantage de toute manière en invoquant le secret de l‘instruction.

     Toutefois l'hypothèse paraissant la plus plausible – sans qu'elle fut évoquée au cours de la conférence de presse, répétons -le — est la suivante :

     Une lame plus violente que d'autres a du prendre le navire par le travers provoquant un déplacement du chargement de sable et gravier d’un meme coté, les hautes et lourdes superstructures de ce navire, d’un type bien spécial, ayant alors accentué le mouvement de balancier en raison de leur poids.

     Mais, il s'agit là d'une hypothèse sur laquelle il serait vain de s'étendre pour l’instant et qu'il convient de ne retenir qu‘à titre de supposition

     

    Encore des coups dans la coque : ils vivent

     

    Et les survivants ? Combien sont—ils ? On ne le sait pas.

     D’où provenaient leurs appels, leurs coups dans la coque permettant d’affirmer qu’il ne s’agissait pas d’objets touchant les tôles au gré  des vagues. Aux trois coups  des plongeurs sur le métal répondaient en effet trois coups qui n’étaient nullement dus au hasard. Où étaient donc ces malheureux dans leur prison sans issue et sans lumière ? Probablement les compartiments de l‘avant ou de l'arrière.

     Et comment fallait-il percer la coque ? Ce navire possède un double fond, sois deux  étages de tôles, ce qui rend plus aigu le probléme. Quel était le compartiment noyé ou celui qui ne l'était pas ? En percent à tel endroit plutôt

    qu‘à tel autre n'était-ce pu courir le risque de voir s‘échapper dans un cas l'air nécessaire à la survie des marins bénéficiant encore, dans un compartiment étanche, d'une certain potentiel d'oxygène ; dans l'autre cas, n’allait—on pas les noyer.

     Autre difficulté dans le percement des tôles, sous l'eau :

     

    Le fonctionnement des chalumaux entraine un dégagement de gaz.

     

    Si une grande partie est absorbée par l‘eau, il n'empêche qu’il pénètre également a l'intérieur, dans une atmosphère déjà raréfièe.

    On peut toujours craindre dans une semblable éventualité une explosion à l’intérieur, la—mème où l’on espère trouver des survivants.

     

    Les plongeurs prennent de gros risques

     

    Le travail des plongeurs fut également évoqué.

     Sur la coque, ils étaient constamment rejetés à l'eau par les vagues.

     Sous la ligne de flottaison, quand ils durent trouer la coque, les Courant violents leur arrachèrent leur masque. 11 prirent de gros risques et durent parfois battre en retraite.

     Toutes ces explications. M. Quérè tint à les donner pour répondre aux reproches que certains émettent en raison d'une apparente lenteur pour ceux qui ne comprennent pas que les survivants n‘aient pas pu être sortis depuis longtemps.

     L‘administrateur principal, dans le même ordre d'idée, expliqua l'instant de désolation qui s‘empara des sauveteurs au moment où, vendredi vers 15 heures 15, le long “cigare” d‘acier disparu sous les flots le château arrière s'étant écrasé.

     L'émotion nous a alors les gorges tant elle était profondément ressentie par ceux qui se trouvaient, depuis tant d eau déjà, confrontés aussi directement à la tragédie.

     Si le désarroi toucha les cœurs, il ne désarma pas les esprits.

     Les plongeurs descendirent pour la énième fois.Il auscultèrent l‘acier… et de l’acier ne demeura pas silencieux. A l‘intérieur, on frappait encore et toujours. Il subsistait  donc de l’air. Des vies restait à sauver

     

    Un veritable poumon artificiel

     

    De l'air, il en fallait à tout prix.

     Toute la nuit, au milieu des moteurs de navires croisant à proximité des quelques bouées marquant l‘emplacement de l‘épave, ronronnait aussi celui d'un compresseur, véritable poumon artificiel insufflant de l'air grâce à la prise effectuée au bon endroit.

     Mais. dan: la nuit, a quatre reprises, la canalization, petit tube dérisoire, se rompit. Les equips de plongeurs se relayèrent. Ils purent brancher et rebrancher ce cordon ombilical, après une heure d’interruption. La dernière fois vers 7 h, l’oreille plaque sur la coque, ils recevaient la réponse tant attendee.

     Dans le meme temps, d’autres plongeurs poursuivaient leurs investigations.

     A 22 h, on estimait que l’épave s’était totalement stabilisée malgré la gite quelle consevait (45 degré environ). Ils approchèrent des portes hélas bloquées et constatèrent l’affaissement du château arrière.

     A 23 h, on devait alors se contenter de surveiller la canalization d’air, rien ne semblant plus possible avant l’arrivée de la cloche de plongée qui, dans le meme temps, cheminait sur les routes anglaises en direction de Douvres.

     Pourquoi n’avait-on pas fait à cette cloche bien avant ?

      M. Quéré est catégorique:

     Nous pensions réellement que le “Cap de la Hague” ne s’engloutirait pas et nous avions l’espoir de sortir les survivants par un autre moyen.

     Cette cloche, nous avons dit hier de quelle manière elle servirait de sas pour recupérer les naufrages - a sec – sans que l'on soit obligé de les équiper d'un système de respiration sous-marine pour les faire passer dans l'eau, avant qu‘ils ne retrouvent la surface.

    La règle d‘écolier : Un puissant explosif “charge creuse”

     

    Enfin, la conférence de presse prit encore un tour dramatique lorsque M. Quéré sortit  une sorte de règle d'écolier avec laquelle nous pensions qu'il allait indiquer quelque partie du navire sur le plan étalé sur une table.

     Or, c‘était d'un puissant  explosif à “charge creuse” arrivé dans la nuit, par un avion militaire, venant des services pyrotechniques de la marine nationale à Toulon.

    Un spécialiste expliqua alors que ce procédé avait la parucularité de ne pas transmettre l‘énergie de choc aux compartiments voisins.

     Mais les autorités ont bien insisté :

    “Tous les autres moyen devront être épuisés et nous n’utiliserons celui-là qu’en toute extrémité pour essayer de passer quand même”

     Le médecin commandant Héraut, du service Département de la protection civile, apprécia enfin les chances de survie de ceux qui ne cessaient de manifester ainsi leur espoir de délivrance.

     S'ils se trouvent en surpression, les caissons de décompression son prêts à les accueillir et, le dispositif sanitaire est également a la mesure de ce que l'on attend de lui avec quatre médecins du la marine nationale, des pompiers de Paris, un médecin reanimateur et des infirmiers.

     Leur évacuation à terre serait alors rapide par hélicoptère.

     Le médecin commandant dit aussi qu'il comprenait les réactions de ceux qui prétendaient – que ça traînait -, réaction de l‘homme qui n'accepte plus son  impuissance à un siècle où nous sommes si habitués aux plus grandes prouesses Techniques.

    La première charge sauté à 15 heures

     

    En début d'apres-midi, les autorités ne voyant plus aucune issue possible à l'insolubie problème qui leur était posé pour sauver ceux qui étaient encore en vie, la decision fut prise :  on utiliserait  ces explosifs à charge creuse qui nous avait été présenté le matin.

     Les médecins avaient été consultès également qui savaient mieux que personne que la résistance humaine a des limites quand a priori il semblait que les mrvivants n‘aient rien pu boire ni manger.

     Un hélicoptère partit avec deux charges, deux de ces règles fines paraissant si inoffensives.

     Les plongeurs-démineurs placèrent la première charge entre les compartiments 9 et 10 comme le montre notre dessin. Ils la firent sauter vers 15 h, petite explosion qui avez été dosée! ainsi que l‘expliqua hier soir M. Quéré, au cours d'une seconde conférence de presse tenue en présence du préfet, et de M. Antoune, administrateur général des Affaires maritimes pour la région Normandie - mer du Nord.

     Une brèche triangulaire de 15 centimètres avait ainsi été ménagée, mais elle était beaucoup trop étroite.

     Une demi-heure plus tard, une seconde explosion permettait un_élargissement,  mais, le trou n'etait pas encore suffisant pour laisser le passage a un plongeur.

     C‘est alors que les courants se manifestèrent une nouvelle fois : les plongeurs durent battre en retraite. Mais un espoir était permis, puisque le ou les survivants se firent entendu après chacune des explosions.

     Il fallait donc attendre le renversement de courants. Vers 21 h pour augmenter encore l’échancrure par un troisième pétard.

    Des boissons chaudes et des lampes électriques flottantes

     

    En attendant, la situation dans le compartiment ainsi ouvert par en dessous (notre dessin) devait permettre l'envoi de boissons chaudes dans des sacs en plastique, placés par un plongeur au bord de l‘orifice pour qu’ils remontent aussitot à la surface, à l'intérieur du compartiment.

     Dans celul—ci, en effet. Depuis qu'un trou a été pratiqué, le niveau de l'eau a monté, mais il subsiste une importante poche d‘air qui continue d‘alleurs d‘être alimentée par l'apport extérieur grace à la canalisation mise en place, ainsi que nous l’avons dit plus haut.

     Il était également prévu de joindre des lampes électriques flottantes pour éclairer la  piéce et rendre ainsi quelque lumière aux emmurés, afin de faciliter la phase suivante, celle— de la dernière chance, avec l'entrée des plongeurs dans ce compartiment.

     Un double équipement sous—marin pour sortir les naufragés

     

    En effet, des que la troisième charge explosive aura sauté, on pense que les plongeurs pouront passer.

     Il emmèneront avec eux un équipement double en masque et une bouteille d'air.

     Après être ainsi descendus d‘une bonne dizaine de metres sous l‘un pour franchir l’orifice, ils remonteront jusqu'à la poche d‘air, équiperont le naufragè d’un masque et l‘aitrainerons donc dans l'eau avec eux pour descendre d'abord jusqu‘au trou et remonter alors a l'extérieur de la coque.

     Là, ils seront hissé à bord du remorqueur “Trapu” formé en véritable hôpital flottant avec de nombreux médecins à bord.

     Tel était le schéma de cet incroyable sauvetage.

    13 octobre 1974

    Pendant la conférence de presse, un spécialiste des services pyrotechniques de Toulon montre une sorte de règle anodine. ll s'agit de l'explosif à “charge creuse” , qui ne devait être employé qu’en dernière minute.

    13 octobre 1974

    Au centre M. Turon s'entretient avec M. Cendre, P. D. G. adjoint de l’Union maritime de dragage. A gauche: M. Abrial, sous-préfet. A droite: M. Lasserre, commissaire principal.

    13 octobre 1974

     Le navire britannique spécialisé dont l‘avant est équipé pour suspendre et mettre la cloche à l'eau

    13 octobre 1974

    Au-dessus de l’épave - qui a totalement disparu sous l'eau - une équipe de plongeurs va vérifier la conduite d'insufflation d‘air.

    13 octobre 1974

    Cette photo permet d‘apprécier les dimensions de la cloche par rapport au bâtiment qui la transporte.

    13 octobre 1974

     

    Les rotations des hélicoptères continuent toujours à la même cadence.

    13 octobre 1974

    Le convoi exceptionnel amenant la grosse cloche de plongée d‘Anvers (70 tonnes ) arrivant en plusieurs parties devant le bureau du port à 14 h.

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  •  

    “ Cap de la Hague ” :

     Après le sauvetage miraculeux de Lionel Girard  plus d’espoir de trouver des survivants 

     

    15 octobre 1974

    Allongé sur une civière, Lionel Girard est remonté sur le quai du port de Calais, dimanche, à 4 h 40 du matin (photo “La Voix du Nord”)

    L'écho d'une voix

     

    SAMEDI, 23 heures — Dans le court laps de temps, toléré par le jeu des courants, les plongeurs se ruent par l’ouverture et pénètrent à l‘intérieur de la drague. De façon assez nette, ils entendent une voix poussant quelques appels. La violence des courants devient telle qu‘il ne leur est pas possible de poursuivre leur mission et les plongeurs doivent remonter.

     23h 45. —— M. Turon, préfet du Pas-de—Calais, explique aux journalistes que les opèrations de sauvetage du rescapé (ou des rescapés car, à ce moment, on ignore le nombre de survivants) reprendront dès les courants faibliront, c’est à dire vers 4 h du matin.

     L'administrateur principal Joel Quéré, chef de CrossMa (centre régional opérationnel d‘organisation des secours en Manche) indique que la pénétration dans le compartiment d‘où proviennent les coups sera la dernière opération en ce qui concerne la partie avant du navire. La suivante intéressera la partie arrière. Les familles des disparus sont informées de cette situation. Elles continuent d'être hébergées au Cercle maritime, boulevard des Alliés et dans divers hôtels de Calais-Nord

    Le rescapé fait surface:

    « Bon sang! Que l’eau était froide... »

     

    DIMANCHE : 3h 30. —-—- Les courants faiblissants, les plongeurs décident de descendre sans plusattendre.

     4 heures. -— Lionel Girard, isolé sur sonéchelle, dans le compartiment de la salle de pompage, où subsiste une poche d’air, alimentée par le compresseur du «Trapu», voit émerger les têtes des plongeurs ! Son interminable calvaire prend fin. Sans perdre un instant, un masque de plongée sous—marine lui est passé, relié à un tuyau alimenté directement de la surface sur une embarcation. Guidé par le lieutenant de vaisseau Maréchal, du Groupement des plongeurs-démineurs de Brest. Lionel Girard effectue sous l'eau un voyage de plusieurs mètres.

     4 heures 15. - Tous ceux qui se trouvent à bord du remorqueur ”Trapu" transformé en navire—hôpital, voient émerger le survivant, soutenu par le L.V. Maréchal. Des mains se tendent. Girard est hissé à bord. « Bon sang: Que l‘eau était froide...» s'exclame-t-il, ce qui fait naître les sourires.

     Bref moment de détente après 68 heures de suspense. Girard tient à se rendre seul à pied dans la cabine, où les docteurs l'examinent immédiatement. Apparemment, Il est bien portant et... moins fatigué que ceux qui travaullent depuis des heures et des heures à son sauvetage. Il mange quelques sandwichs

    mais il a surtout soif. Il boit près de deux litres d'eau. Il confesse avoir bu un peu d'eau de mer, au début de son long emprisonnement, mais cette eau était mazoutée. C'est dire avec quelle satisfaction il vit apparaître les vivres, lancées en fin d'après-midi, samedi, par l'ouverture creusée par les plongeurs ainsi que la lampe flottante et le message l'assurant qu'il serait bientôt tiré d‘affaire.

     4 heures 50. — Le “Trapu” accoste à Calais où le quai  Paul-Devot est à peu près dèsert, personne ne s'attendant à un si rapide résultat puisque le travail ne devait reprendre qu'à 4 heures. Enveloppé d‘un peignoir blanc, Girard monte sur le pont du remorqueur et s'allonge sur la civière que lui tendent les pompiers. Il est hissé sur le quai et conduit  à la capitainerie  du port où un centre médical a été établi au rez-de—chaussée, dans un local des Ponts et Chaussées maritimes.

     

    Un instant de bonheur

     

    5h 15. — Mme Girard est admise quelques instants au centre médical où elle embrasse son mari. Tous deux

    ont le visage baigné de larmes de bonheur. Les médecins soumettent Lionel Girard à divers tests pour jauger sa résistance physique et déceler toute anomalie dans son état de santé, notamment au point de vue de la décompression.

    Apparemment, sa robustesse (il a 24 ans), lui a permis de bien supporter l'épreuve. Des précautions sont prises pour lui protéger la vie, car il a vécu dans l'obscurité pendant 68 heures et une trop forte lumière risque de le blesser.

     6 heures. — Les journalistes, photographes et cameraman de télévision, accourus en nombre à la porte du centre médical, sont informés qu’ils ne devront pas utiliser de flashes électroniques, ni de projecteurs pour ne pas abîmer les yeux du survivant.

     6 heures 30. — Allongé sur une civière, Lionel Girard est sorti du centre médical devant la porte duquel a reculé une ambulance. Gardiens de la paix et agents motocyclistes repoussent avec vigueur ceux des journalistes qui utilisent quand même des flashes, l'obscurité ne leur permettant pas de travailler autrement.

     L‘ambulance parcourt environ 50 mètres et stoppe auprès de l'hélicoptère des pompiers de Paris. Nouvelle bousculade entre photographes et agents de police, les premiers entendant faire leur métier. les seconds obéir aux ordres.

    L'hélicoptère décolle en direction du centre hospitalier de Lille.

    Les recherches continuent

     

      7 heures. — Sur ordre de l‘administrateur général des affaires maritimes, les batiments participant au sauvetage demeurent sur place et les recherches continuent.

     Après investigation complète du compartiment où a été découvert Lionel Girard, les recherches se tourneront vers la partie arrière de la "Cap de la Hague”. Si besoin est, on aura recours à l'explosif comme pour la partie avant.

    Il y a en effet, possibilité de poche d'air, ou survivraient des rescapés.

     M. Turon, préfet du Pas—de-Calais, assure que le travail sera poursuivi jusqu‘à ce que l'on ait la certitude qu'il n‘y a plus âme qui vive à bord.

     8 heures. -— Parmi les bateaux qui sont toujours auprès de la drague chavirée.

    un pointage donne les unités suivantes : la drague ”Pacifique" de 1'U.M.D.; le dragueur ”Myosotis" de la Marine nationale; les remorqueurs "Trapu" et "Subtil" de la S.R.S.N. ; le garde—pêche " La Garance" ; le remorqueur allemand " Hermes".

    9 heures. — L'administrateur général Autoune, direc- teur régional des Affaires maritimes du Havre et l’administrateur principal Wadoux, présent au titre du

    quartier de Dunkerque, entretiennent le contact, d’une part avec les sauveteurs, au large, d‘autre part avec les familles des disparus, aux quelles la découverte de Lionel Girard a redonné espoir.

     Le quai de la Colonne commence à voir affiner une foule considérable, que la police doit maintenir derrière les barrières de sécurité.

     Des personnalités se rendent aussi au PC. opérationnel. On remarque Mme Langlet et M. Charles Beaugrand. conseillers généraux de Calais; Denvers, président du Conseil général du Nord, le médecin-colonel Gros, des sapeurs—pompiers de Paris; Pierre Puissesseau président de la Chambre de Commerce et d‘lndustrie ; Henri Ravisse, secrétaire-membre ; Pierre Gheerbrant, directeur des services ; des commandants de Transmanche; Jean Lasserre, commissaire central; Carrière, commissaire, chef de Suretè; Pauly, commissaire de la police de l'air et des frontières ; Jean-Claude Bulle, officier de paix, adjomt au commandant du corps urbain de police; le lieutenant Maufroy, commandant la compagnie de gendarmerie; Joseph Kerjean, commandant du port et les officiers de la capitainerie; le capitaine Albert Dauchel, commandant le corps des sapeurs-pompiers; Piénat, ingénieur du port : Mille, directeur de l'outillage. etc.

     Après le départ de M. Turon, M. Pierre-Marie Abrial, sous-prèfet, assure la liaison avec les familles des disparus.

     ll heures. — Les plongeurs font savoir qu'après de longues reconnaissances, autour de la drague, ils n‘ont reçu aucune réponse à leurs coups frappés sur la coque. Lespoir s’amenuise. Il reste cependant la possibilité que des survivants. trop faibles, blessès ou inconscients ne puissent répondre. Aussi, les recherches sont-elles continuées.

     11h30. — Quai de la Colonne, l’un des deux survivants du premier jour, Bernard Vincent, présent sur le quai de la Colonne, où il est venu aux nouvelles, répond aux multiples questions que lui posent les familles des victimes et les curieux. Il estime que si des survivants doivent encore être découverts, c'est vers l'arrière du navire qu‘il convient de les rechercher, ce qui est précisément effectué.

     13 heures.— Le lieutenant Coupé, de léquipage de la drague ‘Cap de la Hague”à terre au moment du naufrage, est présent au PC. opérationnel apportant les explications techniques réclamées atout moment par les sauveteurs. Selon lui, Lionel Girard doit la vie à une circonstance accessoire qui l’a conduit dans la salle de pompage où, en réalité, personne ne devait plus se trouver, puisque le pompage était terminé et que la drague faisait retour sur Calais au moment du drame. Il s'y était sans doute rendu pour prendre quelque chose.

     16 heures. -— Les plongeurs font savoir qu‘une nouvelle prospection de l’épave s’est avérée négative. Aucun coup ne répond plus à leurs appels.

    L‘espoir diminue de plus en plus.

     

     17 heures. — On apprend que les corps des deux premières victimes retrouvées jeudi près des lieux du naufrage quitteront Calais lundi vers 8 heures ; celui de M. Pierre Letiec, maître d'hôtel, à destination de Sotteville-lez—Rouen (Seine - Maritime) et celui de M. Jean-Pierre Caubrière, officier — mécanicien, pour Honfleur.

    « le silence rend mince l’espoir de sauver des survivants »

     

    19 heures. — Une conférence de presse réunit les journalistes au PC. opérationnel. M. Pierre—Marie Abrial fait savoir que la prospection de l'épave n'a pas permis de constater la présence actuelle d‘une vie humaine. Les recherches reprendront lundi matin, d‘une façon directe dit le sous-préfet de Calais.

     L'administrateur principal Quérè, chef du CrossMa, déclare : “Le silence rend mince l'espoir de sauver encore des survivants. Nos prochaines investigations vont porter sur le compartiment arrière, où il est susceptible d'être demeurée une masse d'air. Il y a un tout petit espoir d'y trouver encore un vivant. Ce sera fait lundi matin, avec les moyens les plus rapides, en utilisant les mines explosifs que la première fois”.

     Ainsi se terminait, sur une note plutôt pessimistec cette journée dominicale. Plus de 80 heures s‘étaient écoulées depuis le dramatique chavirement de la "Cap de la Hague". Nous renonçons à décrire le désespoir des familles informées du peu de chances qui subsistafient de retrouver des survivants.

     Bien sûr, il restait un petit espoir, mais si mince... A partir du moment où aucun coup n'était plus frappé de l‘inté- rieur de la drague, il manquait un objectif précis aux recherches et l‘investigation devait prendre un caractère général qui ralentissait évidemment la progression. Dans la nuit de dimanche à lundi, les plongeurs continuèrent à guetter un choc provenant de la drague. En vain.

    La recherche des corps

     

    Lundi matin, au P.C. opérationnel, dépouillé de l’atmosphère enfiévrée et des allées et venues continuelles des quatre jours précédents, on indiquait que les opérations entraient dans leur deuxième phase. Après la recherche des survivants, il fallait entreprendre celle des victimes afin que les dépouilles puissent être rendues aux familles.

     Des équipes d‘intervention urgente regagnaient, les unes après les autres, leur quartier général, afin d’être aptes à répondre à toute autre demande car, hélas, les drames maritimes ne sont pas chose exceptionnelle et ces équipes doivent couvrir un très grand rayon d’action.

     Dans la matinée, arrivait à la capitainerie du port, un nouveau chef désigné pour commander cette deuxième phase des opérations : le capitaine de frégate Bertrand, commandant la deuxième escadrille de dragage de la Manche.

     Au large, le dragueur ”Myosotis" et ”La Garance” demeuraient sur les lieux. Une nouvelle équipe de plongeurs était arrivé de Brest et on attendait aussi un navire hollandais, avec une autre équipe de plongeurs.

     La pluie qui s’était tube à tomber accentuait encore l'atmosphère de tristesse, dans laquelle étaient plongés l'avant-port et le Courgain Maritime. Au mât des édifices et des unités de surface, les drapeaux en berne illustraient quel drame connaissait le monde maritime. Le plus grave qu‘ait connu le Calaisis, depuis la catastrophe du " Pluviôse" il y a 63 ans,en dehors des naufrages provoqués par les événements de la première et de la seconde guerre mondiale.

    Des remous autour de l'épave

     

     Lundi 15 heures. — Les plongeurs du corps de sapeurs—pompiers de Paris sont partis. Reste un hélicoptère pour assurer les liaisons terre-mer. A plusieurs reprises, l’appareil assure des conduites de personnel au large, les officiers ou le personnel etant descendus par treuillage. La mer est calme et le temps légèrement brumeux. Sur les lieux demeurent le "Myosotis". "La Garance" et l'”Hermès". Le pilote de l‘hélicoptère nous déclare : “L’épave est totalement invisible, mais son emplacement est repérable  par les remous que provoquent les courants autour du navire immergé”.

    Un corps à la dérive

     

     15h 15. — Des personnalités arrivent au PC. opérationnel : MM. Abrial, sous—préfet; l'administrateur général Antoune, l'administrateur principal Quéré, le capitaine de frégate Bertrand, l'administrateur principal Sclisson et son adjoint M. Wadoux ; Lasserre, commissaire central ; le lieutenant Mauffroy. M.Pierre Gheerbrant. etc. On apprend la raison de ce subit remue-ménage. Un bateau de pêche a recueilli le corps d'un homme flottant à la dérive dans le détroit. Le chalutier fait route sur Calais.

     15h30. — Pavillon en berne, le chalutier "Petite fleur de Lisieux" B. 2889 de Boulogne, accoste au quai de la Colonne. Les pompiers approchent un fourgon. Une civière est descendue sur laquelle est déposé le corps d'un homme, gisant sur le pont, le cadavre est dévètu. Au poignet, une montre—bracelet est arrêtée à 7h45. Le corps est conduit au P.C. médical.

     15h 50. — Départ du convoi exceptionnel belge avec les éléments de la cloche de plongée d'Anvers qui n’a pas pu être utilisée. Des gendarmes motocyclistes assurent son escorte.

     16 h — Le patron du chalutier ”Petite fleur de Lisieux ” M. Roland Sailly, d'Etaples, nous déclare : “J'avais quitté Boulogne à 10h20, pour les lieux de pèche, près du banc des Quenocs, au large du Blac-Nez. Depuis environ deux heures, le chalut était à la mer quand. en le remontant, l‘équipage aperçut à l‘intérieur, le corps d'un homme. C’était à environ 700 mètres de la bouée des Quenocs, à deux milles et demi du rivage, pas très loin de l'endroit où la drague a chaviré. Je me trouvé d’ailleurs à proximité de la drague, le jour où elle fit naufrage et je n‘ai quitté cet endroit qu‘un quart d’heure avant le drame”.

     l6h10. — Un photographe de l'identité judiciaire pénètre au PC. médical où a eté déposée la dépouille repéchée en mer. Peu après arrive le docteur Peumery, pour le constat officiel. Le corps portait une trace de blessure à la tête, mais elle peut être postérieure à la mort.

     On apprend que ce corps est celui de l'ouvrier-mécanicien Daniel Yon, 21 ans. Marié, demeurant 7. rue Haute, à Honfleur. Il était récemment rentré du service militaire. Son épouse, qui était venue à Calais, puis repartie chez elle, fut immédiatement prévenue et on l‘attendait à Calais, hier soir. Le fourgon des pompiers transporta le corps de M. Yon à la morgue du cimetière Nord. L‘absence de vêtements laisse penser qu’il était de repos, sur sa couchette, au moment du drame.

     Robert Chaussois

    15 octobre 1974

    Dimanche, l’avant-port de Calais continué de connaître une animation exceptionnelle, maritime, aérienne et automobile, ainsi qu’en témoigne cette photo prise de la terrasse de la capitainerie du port où était installé le P.C. opérationnel.

    15 octobre 1974

    L’un des rescapés du premier jour, M. Bernard Vincent (au centre) présent sur le quai de la Colonne, dimanche matin, répond aux nombreuses questions qui lui sont posées.

     

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  • Arrivée d'un escorteur côtier

     Dans La nuit de lundi à mardi, est arrivé au port de Calais, l’escorteur côtier "Fougeux"qui s‘amarra en couple de la gabare " La Fidèle", également de la Marine natiotionale.

     Le " Fougueux" venait prendre la relève de " La Fidèle", dont on annonçait le retour à Cherbourg.

    Dans la soirée de lundi, était également arrivé un navire hollandais, le "Dolfun” venant prendre la relève du "Bever”.

     L‘hélicoptère des sapeurs-pompiers de Paris, basé au quai de la Colonne. est toujours sur place. Son équipage sera relevé ce matin, mais l'appareil restera un certain temps à Calais afin d’être prêt à intervenir dans le cadre de la sécurité des plongeurs, occupés à la prospection de l'épave. Hier, il a effectué plusieurs sorties.

     A 17h. il s'envolait encore pour  conduire un officier à  bord du dragueur "Myosotis à côté de l'épave.

    16 octobre 1974

    L‘hélicoptère « Alouette III » des sapeurs-pompiers de Paris, qui assura la plupart des liaisons terre-mer pour le transport de personnel et de matériel, a effectué hier de nouvelles missions entre le quai de la Colonne d’ou il décollait ( notre photo) et les lieux du naufrage. Cet appareil doit regagner sa base aujourd’hui.

    Une bouée marque l'épave

     

    Hier matin, le navire-baliseur " Emile—Allard " de Dunkerque, a mouillé une bouée lumineuse, à feu spécia, à l'emplacement de l‘épave de la “Cap de la Hague“ pour remplacer les bouées flottantes, mises en place dès le début du naufrage, car il se confirme que l'épave constitue un danger pour la navigation . Il ne fait pas de doute que le relèvement de la drague écartera un risque d' accident qui n'est que trop éviddent, surtout si l‘on se souvient d'un certain précédent, survenu le long de la côte anglaise ou un navire fit naufrage après avoir heurté l‘épave d'un autre cargo coulé la veille !

    Un chalutier boulonnais repêche un quatrième corps

     

    Un quatrième corps a été repêché, hier, en mer, cette fois par le chalutier boulonnais “Sainte-Marie-Madeleine” (patron Jean Decharles). En opération de pêche depuis lundi, les marins aperçurent vers 15h. un corps lors de la remontée de leur filet, à 7.5 milles au n.-o. de Calais, non loin des riddens de Calais, c‘est-‘a—dire légèrement plus à l’est par rapport au lieu de la découverte du corps de Daniel Yon, la veille.

     Ils alertèrent Calais par V.H.F. et firent immédiatement route sur ce port, où ils accostèrent à 15h40, au quai de la Colonne.

     Le corps était vêtu d’un pantalon bleu et d'un tablier blanc, ce qui laissait présumer que c‘était celui du cuistot.

     Les pompiers, montés à bord du chalutier, l'enveloppèrent d'un drap et le transporterent au PC. médical de la capitainerie.

    Un rescapé du premier jour, M. Bernard Vincent et un autre membre de l’équipage de la drague, le lieutenant Couppé, permirent son identification. Il s‘agissant effectivement du cuisinier, M.Jean—Marie Bouland, 23 ans.

    Célibataire, premier fils d‘une famille de douze enfants, de Berville—sur-Mer (Eure), résidant à Malo-les—Bains, 55.rue de Bir—Hakeim.

    Parmi les autorités sur place, on reconnaissait l’administrateur général, Antoune du Havre ; l'administrateur Sclisson, chef du quartier de Dunkerque des affaires maritimes et son adjoint l'administrateur Raymond Wadoux, le capitaine de frégate Bertrand, chef des opérations de sauvetage; Carrièr,. commmsaire de police; Joseph Kerjean, commandant du port; Henri Ravisse, président de la commission du port de la Chambre de commerce et d’industrie et Pierre CheerBrant, directeur des services de la C.C.I. ; Deligny, syndic des gens de mer à la station de Calais des affaires maritimes ; Guy Feat, pilote du port etc.

    Apres identification et constat médical dressé par le docteur J. J. Peumery, la depouille de M. J.-M. Bouland a été transportée à la morgue du cimetière Nord.

    Les familles des disparus ont été officiellement prêvenues

     

    Aucun espoir n'existant plus désormais de retrouver des survivants, l‘administration des Affaires maritimes a décidé d‘informer offic1ellement les familles de la disparition des membres d‘équipage du “Cap de la Hague".

     Cette  pénible mission fut effectuée pour ce qui concerne  les quatre disparus de la région. MM. André Lefranc, André Bocquolet, Jules Verove et Alex Dolmy de Grand-Fort—Philippe, par les administrateurs Sclisson et Wadoux, qu'accompagnaient M. Pleuvret, maire de Grand-Fort-Philippe et une assistante sociale .Cette visite administrative se place dans un cadre traditionnel dans les coutumes de la Marine. Elle équivaut pratiquement à un constat de décès.

    La mer agitée gêne le travail

     

    Hier, en fin d‘après-midi, le vent est monté sur le détroit. La météo annonçait une mer agitée à forte, avec des vents de nord — nord—est de 25 à 35 nœuds, pour la nuit de mardi à mercredi, et une visibilité réduite par les averses. De ce fait, la drague suceuse "Belleville" a préféré gagner l'abri, a Boulogne tandis que la vedette "Margaret " entrait au bassin Carnot.

     Hier. vers 19 h, le dragueur " Myosotis " est rentré au port de Calais pour y faire de l'eau et prendre du ravitaillement.

     Quant au navire—atelier «La Fidèle», de la Marine nationale, venu de Cherbourg. Sa présence ne s'est plus révélée utile, toutes les missions envisageables n’étant pas à sa dimension. Son retour à Cherbourg a été décidé et le navire devait appareiller la nuit dernière.

     L'escorteur " Fougueux restera sur place pour le transport du matériel et du ravitaillement à bord du "Myosotis”, auquel il servira accessoirement de petite base arrière. Le garde-pèche ”‘La Garance " reste également sur les lieux du naufrage.

    Trois ou quatre corps (au maximum) resteraient dans l'épave

     

     Hier, à 19h, une conférence de presse a été tenue au PC. Opérationnel, en présence des officiers et personnalités, deja présents à celle de lundi soir.

    M. Pierre-Marie Abrial, sous-préfet déclara : «Actuellement, aucune personne vivante ne se trouve plus à bord de l‘épave. En conséquence, les investigations pour retrouver d'éventuels survivants ont été arrêtées depuis aujourd'hui à midi. La recherche des corps continue.

     Après enquête auprès des rescapés, il s'avère qu‘au maximum, trois ou quatre corps seulement (sur huit disparus) sont susceptibles d‘être encore à l‘intérieur de l‘épave.

     L'administrateur général Antoune a indiqué, de son côte : “ Les familles des disparus ont été avises des mesures de cessation des recherches de vies humaines. Nous leur avons fait savoir qu'il n'y avait plus d'espoir. Le secrétaire général de la Marine marchande a établi un communiqué (que nous reproduisons par ailleurs) qui résume les opérations entreprises depuis la première journée. Il répond par avance au texte de la demande (annulée par le comité de soutien”.

     Il a encore été précisé que l'armateur de la drague doit envoyer du personnel et du matériel hollandais, pour travailler sur l'épave, en liaison avec la Marine nationale, qui maintient sur place ses plongeurs du “Myosotis".

     A propos d'une rumeur qui avait circulé, concernant la découverte d‘un corps le long de la côte anglaise, M. l‘administrateur général Antoune a tenu à la démentit. Les services de sauvetage britanniques n'ont eu connaissance d’aucune découverte de corps.

    Une commission d’enquete se met à l’ouvrage

     

    A notre question de savoir si une commission d'enquête était nommée pour établir les causes du naufrage, M. l’administrateur général Antoune a répondu par l'afirmation ajoutant que c'était une chose absolument normale après tout naufrage, quel qu'il soit et qu‘un officier d'administration maritime avait commencé à recueillir les dépositions des rescapés.

     Des affaires personnelles du capitaine Cousin ont été retrouvées

     

    En prospectant les compartiments à l'arrière de la drague immergée, les plongeurs ont retrouvé, hier, un sac de voyage appartenant au capitaine au long cours Alain Coursin, commandant du "Cap de la Hague”. Cette mallette contenait des papiers et diverses affaires personnelles qui seront remis à la famille du commandant.

    16 octobre 1974

    Une partie de l‘équipage du chalutier boulonnais  “Sainte-Marie-Madeleine”, qui vient de ramener le corps, à son arrivée au port hier, vers 16 h. Les marins relatent déjà aux personnalités sur le quai les conditions dans lesquelles ils ont retrouvé le cadavre.

    16 octobre 1974

    L‘escoteur cotier  “Fougueux”, de la Marine Nationale (à gauche) s‘est amarré en couple de la gabare “La Fidèle”, et servira aux liaisons entre Calais et les navires occupés autour de l‘épave de la drague. Au premier plan, le bateau hollandais “Dolfun”arrivé avec une nouvelle équipe de plongeurs.

    Tout espoir étant perdu de retrouver des survivants dans l’épave de la drague « Cap de la Hague », les recherches portent dorénavant sur la remontée des corps des victimes. Du fait qu’elles se passent assez loin au large, on n’en a que des échos au port de Calais.

     Mais — nous l’avons dit — la fouille systématique de l’épave sera une opération longue et difficile, voire dangereuse, et on n‘en attend pas de grands résultats dans un délai court.

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  • Les recherches, interrompues par le mauvais temps, seront reprises par une société spécialisée

     Le mauvais temps qui a régné, mardi soir, sur le détroit du pas de Calais, a continué hier toute la journée, interrompant les recherches des plongeurs de la Marine nationale, à bord de l’épave de la drague, pour tenter de retrouver des corps de disparus. Les prospections effectuées la veille avaient permis d’établir qu’il était peu probable que l’on découvre des corps dans les compartiments en dessous du pont principal.

     Les seuls corps susceptibles d'être encore dans l’épave se trouvent dans le compartiment écrasé de la passerelle et leur extraction sera, de ce fait, une opération difficile.

    LE CORPS D‘UN MATELOT A ETE RETROUVE, HIER, SUR LA PLAGE DE SANGATTE

    Hier vers 19h 30, un pêcheur à pied circulant le long de la prève, entre Blériot—Plage et Sangatte, à proximité des débris du « Costas-Michalos .. a découvert le corps d‘un homme rejeté par la mer au cours de la nuit

    Se doutant qu'il s'agissait de l’un des disparus de la drague il en informa aussitôt le PC. opérationnel de la capitainerie du port de Calais.

     Un fourgon des sapeurs-pompiers et de la police se rendirent sur place. Le corps étant dévètu comme celui de Daniel Yon, repêché lundi, il s‘agissait donc de l'un des hommes se reposant dans sa cabine. La dépouille fut ramenée au PC. mèdical du quai Paul—Devot, où son identification fut faite par deux membres du second équipage de la drague, le capitaine Gérard Le Soueff et le lieutenant Raymond Couppé, en presence du capitaine de frégate Bertrand, chef des opérations de sauvetage et du syndic des gens de mer Deligny, de la station des affaires maritimes de Calais.

     Il s'agissait du corps de M. Henri Bechet, matelot, de Saint-Martin-aux-Buneaux, par Cany- Barville (Seine-Maritime) qui aurait eu 44 ans ce 17 octobre.

    Il était marié et père de plusieurs enfants. Après la toilette funèbre, la dépouille de M. Bechet a été transportée à la morgue du cimetière nord.

     Un service religieux sera dit à sa mémoire aujourd‘hui, a 14 h en l’églîse du Courgain-Maritime.

     Après la découverte de ce cinquième corps, le bilan s'étabîit ainsi : sur quinze hommes d'équipage : trois rescapés, cinq morts, sept disparus.

    Reconnaissance en hélicoptère le long de la côte

     

     A la suite de la découverte du corps du matelot Henri Bechet sur la plage de Sangatte, l’hélicoptère des sapeurs pompiers de Paris a effectué une reconnaissance le long de la côte, dans la journée d’hier, de 12h30 à 18h30 entre Oye-Plage et le Cap Gris-Nez. M. Joseph Kerjean, commandant du port et M. Michel Agneray, officier de port, avaient pris place à bord de l’alouette III. Au cours du survol des plages, ils constatèrent seulement la présence de traces de mazout et d’épaves diverses, notamment ce qui semble être un escalier, dans les creux du découpage de la côte, vers Sangatte et Escalles.

     

    Une épave dangereuse pour la navigation

     

    L’épave du “Cap de la Hague” constitue un sujet d’inquiétude pour les milieux maritimes. Bien sûr, une bouée a été mouillée pour en indiquer l‘emplacement.

     Cette bouée biconique rouge, avec réflecteur radar, et feu rouge à quatre éclats groupés en douze secondes a été mise en place à 150 mètres à l‘ouest de l‘épave, dont l‘emplacement exact : 50 degrés 58° 39" nord et 01 degré 46‘ 08" est, a été signalé aux navigateurs par un “ avurnav”.

     Mais qu'arrivera-t—il, si cette bouée se décroche ou est déplacee par la tempète ? Le fait n‘a rien d‘impossible si l’on considère qu‘hier une autre bouée d'épave, mouillée au nord-ouest du banc des Quenocs a été s‘agnalée par le “Compiègne”, comme- s'étant déplacée d‘un mille et demi !

     D'autre; risque sont envisageable, la bouée peut s'éteindre par exemple. Enfin, rien n'exclut que l’épave se déplace elle-mème, sous l'effet d’une mer agitée et de courants violent dans les fortes marées.

     Déjà, mardi soir, à la sortie du port de Calais, le car-ferry “Horsa” a signalé par radio avoir failli heurter l‘épave, ne s‘étant rendu compte que très tard de la présence de la bouée.

     Il est certain que cette épave constitue un problème dont le reglement n‘interviendra qu‘à long terme, le renflouement constituant une opération d'une envergure très importante.

    la mer, très agitée, a interrompu, hier, les recherches

     

    L ‘état agité de la mer, dans la nuit de mardi à mercredi, et encore hier toute la journée, a oblige les autorités à suspender les recherché effectuées dans l’épave, pour retrouver les corps des disparus, celles-ci risquant d’etre trop dangereuses pour les plongeurs, don’t le travail aurait d’ailleurs été inéficace, en raison des conditions atmosphériques.

     Le dragueur côtier “Myosotis”, avec les plongeurs de la Marine nationale, revenu dans l'avant-port, mardi soir, pour refaire son plein d‘eau, y est resté à l‘amarre, hier, ainsi que l’escorteur côtier “Fougueux”.

     Quant au garde pèche “La Garance”, il avait appareillé mardi, peu après 21h, pour porter assistance au chalutier « Venus », en difficulté à six milles dans l’ouest du phare du Touquet.

     

    Le navire hollandaise “Dolfun”, dont les plongeurs doivent travailler en liaison avec ceux de la Marine nationale, a tenté de se rendre quand même sur les lieux, hier matin.

     Sortie à 9 h 10, il est revenue vers 10h, la mer, décidément trop houleuse, l’ayant constraint à faire demi-tour.

    La Marine nationale a terminé l'examen de l'épave

     

    Hier, à 18h M. Pierre-Marie Abrial, sous-préfet, a reuni la presse à la capitainerie du port de Calais, presence du capitaine de frigate Bertrand, directeur des operations, et de diverses personnalités, pour faire le point de la situation.

     M. Abrial a déclaré : “je suis à présent en mesure de vous fournir le rapport d'activité des plongeur.— de la Marine nationale— pour la journée d‘hier. Mardi jusqu'à la nuit, leurs investigations ont permis d‘explorer, par les hublots et les abords, l‘intérieur des cabines de la partie arrière de la drague. Quelque—menus objets personnels, don’t un poste à transistors, ont été retrouvés.   Aujourd‘hui, l'état de la mer n’a pas permis les plongées, effectuées mardi jusqu'à la limite de la sécurité. Outre un survol de la côte par l'hélicoptère (ce dont nous rendons compte par ailleurs), le garde-pèche « La Garance » a longé la côte à l’ouest de Calais, mais n‘a pas retrouvé de corps.

     La Marine nationale ayant achevé l'examen de l'épave, dans la limite de ces moyens, l’Union maritime de dragage est entrée en contact, avec une société privée disposant de moyens puissants et adéquats, notamment pour la dislocation des parois de l'épave, ce qui permettra la découverte des corps susceptibles de s‘y trouver. Le préfet du Pas-de-Calais est intervenue auprès de l'U.M.D. pour que ces travaux soient entreprise le plus rapidement possible -.

     De son côté, le capitaine de frégate Bertrand a indique que si des corps devaient être retrouvés dans l’épave, ce serait à l’intèrieur de la passerelle, qui est écrasées.

     Nos plongeurs ont pénétré dans les cabines soit par les hublots reposent sur le sable. A l'aide de projecteurs  donnant une visibilité de deux mètres dans les meilleures condition, ils ont pu s'assurer qu'il n'y avait aucun corps dans les compartiments.

     Toutes les chambres ont été visitées, ainsi que la cuisine, une partie de la salle à manger et la chambre, dite - hôpital -. L‘on peut dire, à soixante-dix pour cent, qu'aucun de ces locaux ne contenait de corps. Dans les endroits où la visibilité était réduite à cinquante centimètres, la prospection fut uniquement manuelle.

     “Des courants violents, atteignant 4 à 5 nœuds, balaient les coursives.

     “Il est vraisemblable que ce sont eux qui ont emporté les corps de MM. Bouland et Béchet, retrouvés hier et aujourd’hui, puisque l’enquête a établi que ces deux disparus se trouvaient au niveau du pont principal”.

     A notre question de savoir si la Marine nationale se retirait complètement le capitaine de frégate Bertrand a répondu qu‘il n’en était pas question dans l’immédiat. Elle laisse sur place du personnel qualifié pour assurer la liason avec la société, commandée par l’U.M.D., la mettre au courant de toutes les données techniques des recherché et lui éviter de démmarer à zero.

     Un représentant de l’U.M.D. a tenu à ajouter que sa société fera le maximum pour que les corps susceptible de se trouver dans l’épave soient rendus le plus vite possible aux familles.

                                                    Robert Chaussois.

    17 octobre 1974

    Sur un quai de l‘avant—port de Calais demeure un vestige du drame : la paroi fracassée d'une embarcation de sauvetage du “Cap de la Hague”, portant les indications suivantes : pour 18 personnes, longueur 6 m, largeur 2.02 m, tirant d'eau 0.85 m. Elle fut repéchée non loin de l‘épave. «Ph. « La. Voix du Nord ».

    17 octobre 1974

    Une unité très utile pour les liaisons inter-navires et entre le port et les lieux du naufrage fut la vedette de servitude « Margaret », des services de dragage des Ponts et Chaussées maritimes. Elle a joué un rôle qui ne fut pas négligeable dans les heures dramatiques qui suivirent le naufrage.

    17 octobre 1974

    Le corps du matelot Henri Bechet, vient d‘être ramené au port. Le commandant Le Soueff et le lieutenant Coupè (à droite) qui s‘entretiennent avec le capitaine de frégate Bertrand (de dos), viennent d‘identifier le corps. (Ph. “La Voix du Nord”)

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  • Sur ce plan du navire, nous avons hachuré  les parties qui ont été prospectées par les plongeurs sans que soient découverts de corps. La partie supérieure de la passerelle est maintenant totalement écrasée et celle en dessous et celle en dessous est déformée. A l'avant, au niveau de la position de l'élinde, la brèche qui permit d’extraire Lionel Girard de sa prisons située un peu plus vers la proue. Il faut tenir compte également que l'épave est désormais couchée sur le flanc babord à 120 degres.

     

    18 octobre 1974

     1) Passerelle supérieure qui est maintenant écrasée par le poids du navire qui s'est retourné.

     2) La partie en dessous est déformée.

     3) Les compartiments de cette partie ont tous été visités par les  plongeurs. A 70%, Il n'y reste personne.

     4) Les cabines également vititées par les plongeurs.

     5) La brèche creusée dans la paroi du navire pour extraire Lionel Girard.

     6) Le compartiment ou Lionel Girard resta emprisonné 68 heures.

     7) Magasin vide de personnel.

                             (ph. “La Voix du Nord”)

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  • LA CATASTROPHE DU "CAP DE LA HAGUE"

     Deux corps ont été retrouvés, dimanche, à Ostende et à Loon-Plage

     Il reste cinq disparus. Le travail se poursuit sur l’épave

     

    Une fois de plus le mauvais temps a empêché, en partie, aux plongeurs de poursuivre leur tâche dans la recherche des corps qui pourraient encore se trouver à bord de la drague « Cap de la Hague ». C‘est ainsi que dimanche le petit navire atelier « Dolfun » dut rester au port. Par contre, la mer a rejeté  deux nouveaux corps : l‘un sur la plage d'Ostende, le chef drague Jules Vérove, l‘autre au « Clipon », à LoonPlage, celui de M. André Bocquelet, officier mécanicien, tous deux de Grand-Fort-Philippe.

    En effet. Dimanche, deux Corps furent retrouvés. Il était 11 h 30 environ lorsque, sur une petite plage près d'Ostende, un pêcheur découvraît sur le sable un corps que la mer venait de rejeter. La police belge, s‘apercevant qu'il devait s’agir d'un marin, alertait imédiatement le PC. de la Capitainerie du port de Calais.

    A Ostende, le corps de M. Jules Vérove

     

    Le commandant Lesouef, du “Cap de la Hague” et M. Wadoux, officier principal des Affaires maritimes de Dunkerque, se rendaient à la morgue d'Ostende et pouvaient  identifier le corps comme étant celui de M. Jules Vérove, chef dragueur, né le 18 mai 1925, à Dunkerque, et demeurant 46. rue des Fusillés Marins à Grand-Fort-Philippe. C'est en 1965 que M. Vérove débuta son service de dragage à Dunkerque comme second capitaine. Cinq ans plus tard, il embarquait comme chef dragueur, d'abord sur le “Cap d'Antifer”, puis sur le “Cap Frehel” qui devait participer aux chantiers de Fos. C’est le 17 avril dernier qu'il fut affecté à l‘équipage du “Cap de la HaGue”.

    22 octobre 1974

    Mr Jules Vérove

    Embarqué depuis trois semaines M. André Bocquelet

     

     Le second corps fut découvert à 13 h 30 au lieu dit “Le Clipon”, à Loon-Plage, là aussi sur le sable. Il s‘agissait de l‘officier mécanicien André Boquelet, né le 30 juillet 1946 à Grand—Fort-Philippe, commune où il habitait toujours au 4 de la rue Francis Leprêtre. Célibataire M. Bocquelet débuta à la pêche sur des chalutiers de Grand—Fort—Philippe en 1964. notamment sur le “Paladin”.

     En 1967. il entrait au “Commerce” comme lieutenant sur le pînardîer “Dahra” puis servit sur plusieurs long-courriers des Messageries Maritimes, en 1971-72. Le 19 décembre, il passa à l'Union Maritime de Dragage comme officier mécanicien sur le “Cap de la Hague”. Il y avait donc trois semaines qu'il était à bond lorsque se produisit le naufrage. Son corps a été déposé à la morgue de Dunkerque.

    22 octobre 1974

    Mr André Bocquelet

    Encore cinq disparus

     

    Après la découverte de ces deux corps, ce qui donne au total trois rescapés et sept morts, il reste donc cinq disparus : le commandant Alain Coursin, le lieutenant André Lefranc, le chef mécanicien Alexandre Mainsard, le dragueur Raymond Dujardin et le matelot Alex Dolmy.

    Le travail a repris lundi

     

    Lundi matin, 1a météo étant plus favorable, les quatre plongeurs de la “Sogetram” accompagnés de deux plongeurs de la Marine nationale, sont retournés sur l'épave. Partis à 8 h, ils durent toutefois abandonner leur travail en raison de la houle et rentrèrent au port à 14 h 30.

    Cette fois, ils visitèrent les différents ponts qui n'ont pas trop souffert du retournement de la drague, sans trouver de corps. Petit à petit. l‘hypothèse s‘amenuise d‘en retrouver dans l‘épave. En effet. il ne reste que quelques endroits à visiter : deux cabines, l'une au pont principal et l'autre au pont d’embarcation. toutes deux très difficiles d'accès, et la salle des machines. Pour pénétrer dans ces endroits, il faudra avoir recours au chulumeau.

    Or, hier, il fut impossible aux scaphandriers de s‘en servir. Aujourd'hui, si le temps le permet, ils poursuivront leur tâche, mais cette fois sans le concours des deux plongeurs de la Marine nationale qui regagneront leur base.

     

    On pense que cette journée permettra de visiter toute l‘épave.

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  •  Une garde d'honneur était assurée par la Marine nationale et le corps de sapeurs-pompiers. On remarquait également les Scouts Marins et Mousses de la "1re Calais”, et des membres du groupe folklorique du Courgain Maritime.

     De nombreuses couronnes et grebes de fleurs avaient été offertes, notamment par la division de dragage de Boulogne, le pilotage de Calais, l'Union Maritime de dragage, le personnel du siège de l'U.M.D.; la ville de Calais, le conseil municipal de Dunkerque, le président du Conseil général du Pas—de—Calaia, le préfet du Pas-de-Calais, etc... Après l‘office, elles l‘furent prises sur la pilotine pour êtres jetées en mer sur les lieux du naufrage.

    Plus de dix prêtres concélébraient la messe. Parmi eux. citons Mgr Huyghe, évêque d'Arras ; Mgr Evrard, ancien évêque de Meaux, qui fut archiprêtre de Calais : les abbés Wasselynk archidiacre des Flandres, représentant Mgr Gand, évêque de Lille; Vamberghe, archidiacre pour la partie littorale du docèse d’Arras : André Delepoule, archiprètre de Dunkerque ; Michel Boulard, curé de St-Pierre ; Henri Costenoble, ancien curé du Courgain-Maritime ; Thuillier, doyen de gravelines : Bernard Gometz, curé de Grand-Fort—Philippe : Bernard Aye, le Père François Schneider, les aumôniers de la Marine de Dunkerque et Boulogne. etc.

     Le cérémoniaire était l‘abbé René Hameau, directeur des classes primaires de l'institution Saint-Pierre, tandis que l'abbé Pierre Musy, responsable de la pastorale pour la paroisse Notre-Dame, dirigeait les prières et chants de l'assemblée.

     Avant que ne commence l'offire, un laic appartenant aux milieux maritimes. rappela comment la solidarité des gens de mer s'est manifestée pendant la longue attente qui suivit le naufrage de la drague “Cap de la Hague”

     “C’est, dit-il, cette même solidarité qui se manifestait au cours de cet hommage à des hommes qui nous ont enseigné le sens de la vie humaine”.

     

     

         Mgr Huyghe

    « La vie de l'homme est au-delè de tout prix »

     

     Au début de son homélie, Mgr Huyghe releva que la mort tragique de ces hommes

    a blessé beaucoup de cœur, a fait couler bien des larmes. Puis, il expliqua pourquoi avait été choisie l'église du Courgain, malgré son exiguité : c'est celle des marins. Après ces propos l'évêque d'Arras commenta les deux passages d'Evangile qui venaient d'être lus. “Jésus, dit-il, a voulu travailler, souffrir et mourir comme un homme, ressusciter comme ressusciteront tous les hommes... En se faisant homme, Dieu a voulu nous montrer la valeur de la vie d‘homme,qui est au-delà de tout prix” .

     La deuxième lecture biblique étant celle annonçant le "jugement dernier". Mgr Huyghe souligna : «Tous ceux qui aiment leurs frères rencontrent un jour ou l‘ame Jésus sur leur route… Ce qui nous unit, c‘est notre volonté de servir nos frères». Et Il conclut : “Les corps peuvent mourir, l'amour ne meurt pas et c'est pourquoi il y a place pour une immense espérance”.

     A l‘issue de l‘office suivi avec émotion par des centaines de personnes. les condoléances furent présentées aux familles des disparus. «La Voix du Nord- y joint les siennes.

    24 octobre 1974

    Il y avait foule sur la place de l'Eglise St-Pierre-St-Paul pour assister au service religieux en la mémoire des victimes.

    A l’extérieur de l’église du Courgain Maritime

    Calais a participé avec émotion et ferveur

     au service religieux en la mémoire des onze disparus

    24 octobre 1974

     

    Les personnalités.

    24 octobre 1974

     

    Les familles des victimes à l'intérieur de l’église.

    24 octobre 1974

     

    La haie d'honneur avec les marins de « L'Infatigable » et les scouts marins.

    24 octobre 1974

     

    De nombreuses fleurs qui furent jetées après le service religieux sur les lieux du naufrage.

    (Ph. “La Voix du Nord”) .

    24 octobre 1974

     

     A gauche, très approximativement reconstituées, les dispositions des lieux au pont des cabines de marins, indiqué en (5) sur le plan de l’arrière en couge apres chavirement.

     (1)-B. Vandermeersch s’évade par un hublot. Dans la même cabine, Daniel Yon, qui passera sans doute à son tour, mais qui sera retrouvé noyé.

     (2)-La cabine qu‘occupait le marin audomarois.

     (3)-La cabine de Daniel Yon.

     (4)-La cabine de H. Bechet.

     (6)-Le compartiment étanche du moteur de guindeau donnant acces au compartiment machine par la desrente indiquee en (8).

     (7)-Dans la coursive, que l'eau envahit dans le sens de la flèche, M. Bechet est tombe au pied de l’escalier donnant accès au pont des officiers

     (9)-Le cuisinier, J.M. Bouland, gît inanimé dans le compartiment frigo.

     (10)-Le compartiment étanche du puits à chaines  sur l’arrière.

    « Il fallait que le lieu où nous sommes parle au cœur des marins... On aime être chez soi pour pleurer ». Mieux que toute autre explication, ces citations de l’allocution prononcée par Mgr Gérard Huyghe, évêque d’Arras, feront bien comprendre pourquoi l'église Saint-Pierre et Saint-Paul, du Courgain Maritime, avait été choisie pour abriter les personnes désirant prendre part au service solennel célébré, hier mercredi, à 10 h, à la mémoire des péris et disparus en mer de l’équipage du ” Cap de la Hague ”.

     

     En réalité, l’autel étant dressé sous le porche de l’église, seuls les familles des défunts, les représentants de l’armement et les personnalités officielles prirent place dans l‘édifice religieux, la plus grande partie de l’assemblée étant sur la place qui porte le nom du chanoine Bourgois, un ancien curé du Courgain.

     

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