• Le bassin du Paradis

    Le bassin du Paradis

    46. Le bassin du Paradis et matelotes du Courgain. 1892 ou 1900

    La forêt de mâts des bateaux pavoisés témoigne des derniers moments de prospérité de la pêche calaisienne. Par ce beau jour de fête, les courguinoises prennent le soleil assises sur un espar déposé sur le pavé rude du quai orné de superbes canons transformés en bittes d’amarrage. Les matelottes ont l’habitude d’y “rouler” le poisson ou d’attendre avec inquiétude leurs hommes par les jours de tempête ou de brouillard. Leur rôle dans l’économie de la pêche est fondamental puisqu’elles reçoivent la paie de l’armateur, gèrent le ménage et préparent les appâts pour la pêche aux cordes. Le travail du tulle et des dentelles est un second métier qui tend à les détourner de l’activité maritime faisant naître la célèbre coiffe en “Valenciennes” appelée “soleil” que portent ici les plus jeunes d’entre elles.

     La datation de Paul Villy est encore une fois très confuse, nous pensons qu’il s’agit des fêtes de 1900 qui eurent un faste tout particulier au Courgain et non celles de 1892 qui furent surtout brillantes à Saint—Pierre. Le numéro matricule visible est celui d’un bateau construit en 1893 ce qui pourrait infirmer la date de 1892 de toute manière peu fiable.

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    47. Vue générale du bassin du Paradis. Vers 1925

    La photographie est prise probablement depuis l’étage du café du port appartenant à la veuve Gorré à l’angle de la rue du Havre et du boulevard International, aujourd’hui boulevard des Alliés.

     La statue du Sauveteur qui tourne le dos à Calais nord est connue des Calaisiens sous le surnom de “cuverville”.

     Paul Villy nous fait découvrir une des perspectives les plus attachantes du paysage urbain de Calais nord : les restes du sévère mur du Courgain avec ses maisons agglutinées donnant sur le quai de la Colonne dont le tracé sinueux témoigne encore des formes anciennes de l’avant-port, la façade hautaine de la gare de la Compagnie du Nord et la masse imposante des paquebots.

     La plaque de destination du tram de la ligne numéro 8 a toujours été un sujet de préoccupation pour les commerçants calaisiens qui y voyaient un motif de déprime pour leurs clients touristes, “Place d’Armes-cimetière” et “Casino-cimetière” furent longtemps un motif de grogne mais on s’y fit et les noms des lignes de la plage devinrent un sujet de plaisanterie.

     La charrette du marchand de sable qui vient approvisionner les maisons du Courgain en précieux abrasif de plancher, donne à Paul Villy l‘occasion d‘un beau flou artistique.

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    48. Le bassin du Paradis à marée basse. Vers 1925

    Le bassin est complètement à sec ce qui oblige les bateaux pêcheurs à un échouage d’autant moins fatiguant pour leurs coques que le fond de vase est épais et moelleux. On distingue très bien les dispositifs d’amarrage des dundees don’t Sainte-Vierge-Marie de Gustave Agneray, impeccablement échoué sur le fond

    du bassin. A sa gauche se trouve le gril de carénage destiné aux réparations et à l’entretien des bateaux pêcheurs. Au premier plan gît un bachot destiné à la pêche à la sardine dans le port, le délice de certains retraités de la marine calaisienne qui y trouvent en même temps un complément à leur maigre pension.

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    49. Le bassin du Paradis à marée basse vu depuis le gril de carénage. 1925

    Villy n’a pas hésité à poser les pieds dans la vase noirâtre du petit bassin pour nous faire admirer les belles formes du petit cotte Notre-Dame de-la-Mer d’Emile Dutertre.

     Au fond du bassin gît Cécile—Marie qui devait se perdre en 1935 au large du Blanc-Nez. Ce petit canot monté par le patron Alphonse Mulard et le matelot Emile Beaugrand partit un matin pour son travail habituel au large du Blanc-Nez. La capture du requin taupe (lamna nasus). Le lendemain le canot de sauvetage Maréchal—Foch repêchait à la derive un panier contenant des lignes et des hameçons que la malheureuse épouse du patron reconnut comme appartenant à son époux. La frêle embarcation ne reparut jamais au bassin du Paradis victime d‘un mauvais coup de mer ou de la fureur du requin. Devant Cécile-Marie se trouve un petit flobart à clins de Wissant ou de Waldam dont on devine la dérive centrale relevée.

     

     

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    50. B 1245 échoué à l'entrée du bassin du Paradis. Vers 1900

    Un vieux chalutier de Boulogne ou d’Etaples gît un peu en retrait de l’entrée du bassin du Paradis; son matricule suggère qu’il était en activité vers 1900 et sûrement plus en 1928. Paul Villy a certainement utilisé un cliché ancien du début du siècle pour y ajouter en surimposition ce joli effet de nuages moutonnants datant peut—être de 1928 ce que justifierait la date indiquée.

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    51. La chambre de commerce de Calais vue depuis l'entrée du bassin du Paradis. Entre 1919 et 1933

    La solennité toute provinciale de l’immeuble de la Chambre de Commerce de Calais contraste avec la simplicité des maisons du Courgain maritime blotties derrière le rempart. Les grands—pères du “banc des minteux” sont fidèles au rendez-vous au pied du café de la Manche.

     Le petit cotre Marie-Louise fut construit en 1919 pour Jean-Baptiste-Victor Agneray et vendu à Grand—Fort-Philippe en 1933, ce qui permet de dater la photographie entre ces deux dates.

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    52. La course des lamaneurs. Vers 1898

    La course des “canettes” des lamaneurs est un des moments forts des fêtes du Courgain qui deviendront régulières à partir de 1900 sous l’impulsion du conseiller municipal Léon Vincent.

     Le plus souvent les lamaneurs sont des marins retraités qui trouvent dans cette activité un complément de ressources à leurs “invalides”. Les grands-pères de la marine calaisienne embarqués sur les “bateaux d’aide” de la Chambre de Commerce n’en tirent pas moins dur sur le bois mort : le numéro 5 est en tête talonné par le numéro 2 alors que le 3 et le 4 viennent sans doute de s’aborder. La foule des courguinois et des Saint—Pierrois en goguette se presse sur le quai devant le minck.

     Les jeunes intrépides sont aux premières loges, juchés jusque dans les replis du “ris de chasse” de la grand-voile du dundée Dieu—protège-Jeanne-et—Michelau patron Michel Goré. Ce grand chalutier, construit à Calais en 1888 ayant été dépecé à Wissant en 1898, on peut dater la photographie de cette date extrême.

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    53. Marée haute. 1928

    Un bateau de pêche à moteur, grand-mât abattu, rentre au Paradis par très forte marée et forte brise du nord—ouest. Il s’agit du Jean-René, patron Jean-Baptiste Malfoy. Cette embarcation de neuf tonneaux, construite par Noël Delpierre à Calais en 1926, est une unité typique de la petite flotte côtière de Calais à la veille de la crise des années trente.

     On aperçoit les restes de la porte construite en 1897 pour protéger les bateaux du ressac à la gauche de l’entrée du bassin. La perspective urbaine de Calais nord qui sert de décor à cette scène d’un haut intérêt maritime, disparut dans la tourmente de 1940. On distingue la statue du monument à Gavet et Maréchal, aujourd’hui située quai de la Colonne.

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    54. Travaux du bord au bassin du Paradis. 1930

    Lorsqu’il photographie les bateaux de pêche, Paul Villy parvient toujours à nous montrer les plans de pont. Quatre matelots travaillent sur un petit chalutier identique au 149 qui est d’ailleurs accosté au quai d’Angoulême. On distingue à l’avant le dispositif d’abattage du mât, les panneaux de la cale aux poissons, la “miche”, pièce de bois sur laquelle repose la vergue de la grand-voile et qui peut également recevoir le grand-mât, le panneau du moteur à pétrole et un cabestan sur babord qui permet de relever le chalut que les hommes sont en train de ramender. Sur le coté tribord du chalutier sont amarrés la grande perche appelée “baton” et les patins en fer les “meulettes” qui permettent l’ouverture du chalut au fond de la mer. On distingue une série de grandes perches du même genre sur le quai d’Angoulême qui ferment le bassin du Paradis au nord. Le petit canot baptisé Saint—Jacques porte à l’arrière deux “boques" sortes de bouées en bois cerclé destinées à marquer par un petit pavillon l’emplacement des filets dérivants.

     Au second plan on distingue le petit canot pour la pêche au carreau dans le port baptisé Marie-Louise.

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    55. Coucher de soleil sur le bassin du Paradis. 1920

    Magnifié par les derniers rayons du soleil, le bassin du Paradis devient un vaste plan d’eau miroitant où se balancent quelques embarcations qui disent bien par leur rareté et leur fragilité la décadence de la pêche calaisienne, au premier plan le petit cotre Célina-Rosalie d‘Henri Lelong d‘à peine quatre tonneaux.

     

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