• Le camp retranché de Calais, maillon essentiel de l’arrière-front

    Durant la Grande Guerre, le Calaisis a constitué une base logistique de premier ordre au service des Alliés. Jean-Henri Gardy a détaillé ce pan d’histoire lors d’une conférence.

     

    Cet aspect assez méconnu de cette période de l’Histoire, particulièrement d’actualité en raison des commémorations du Centenaire, a été exploré en détail par Jean-Henri Gardy qui s’est servi d’une très riche iconographie pour illustrer son propos lors d’une conférence organisée par les Amis du Vieux Calais, dans l’auditorium du musée des Beaux-Arts.

    Le camp retranché de Calais, maillon essentiel de l’arrière-front

    Un Calaisis très cosmopolite

    Ce qui était désigné comme le « camp retranché de Calais » comprend dès le début de la Première Guerre mondiale de nombreuses communes. En milieu urbain, les établissements scolaires, industriels et les bâtiments publics sont réquisitionnés pour loger des milliers de soldats dans l’urgence, tandis qu’en milieu rural on utilise les granges, les hangars. Les Belges sont très nombreux dans la zone suite à leur repli face à l’avancée allemande. Les Britanniques affluent également.

    Les premiers arrivés de nos alliés occupent les sites les plus sûrs : d’abord la place forte de Calais, puis les villages aux alentours. Le gouverneur général de Calais occupe d’abord tout le rez-de-chaussée du musée de la Place d’Armes, vidé de ses œuvres d’art, et réside avenue de la gare (aujourd’hui avenue Wilson) ; l’état-major déménagera ensuite rue de la Harpe. Pour les Français, la zone constitue aussi un lieu de cantonnement, notamment au niveau de la Citadelle.

    La dispersion des établissements est très importante. Ce qu’on a coutume d’appeler le « camp belge » revient en fait à une multitude de petites organisations comprenant des lieux d’hébergement ou de soins coordonnés par l’armée belge. Sur le parvis de l’hôtel de ville, nos voisins d’outre-Quiévrain ont installé une cinquantaine de baraquements abritant des services divers, mais ils sont aussi implantés du côté du canal aux Crabes, route de Gravelines, ou non loin de la Citadelle…

     

    Le caractère éclaté des installations est également vrai pour le « camp anglais ». Il existera à Calais vers la fin de la guerre un modeste et unique « camp américain » vers le Fort Vert. Une foule très cosmopolite de soldats et de travailleurs marque le paysage de la ville pendant ces années de guerre. En effet, des personnes issues des colonies sont visibles à chaque coin de rue. La présence de Noirs – appelés alors communément « nègres » – venus du Congo belge est accueillie très positivement par la population.

     

    Jean-Henri Gardy explique que les Calaisiens, comme la plupart des Français de l’époque, voient au contraire d’un mauvais œil les Maghrébins, considérés comme de possibles traîtres en raison du souvenir laissé par les difficultés rencontrées par l’armée dans les colonies d’Afrique du Nord. On vient contempler en famille ceux qu’on désigne comme des « Papous », stationnés près de l’actuel pont Curie, qui entreposent dans leur abondante chevelure couteaux, cuillers, et autres menus objets. Un soldat originaire des îles Fidji est enterré au cimetière des Baraques.

     

    Les Chinois, recrutés par les Britanniques pour effectuer des tâches de manutention ou d’entretien, ont été, quant à eux, l’objet d’une profonde hostilité. A Audruicq, où ils étaient particulièrement nombreux, on leur attribue vols, viols voire meurtres. Vivant repliés sur eux-mêmes, ne pouvant pas communiquer avec les locaux en raison de l’absence d’interprète, on se moque de leur allure : ils circulent en effet avec de multiples manteaux et chapeaux superposés sur eux. A Ruminghem, on trouve un cimetière dédié aux membres du Chinese Labour Corps.

     

    Importance des voies de communication

     

    Parmi les trois ports de la Côte d’Opale, c’est essentiellement Boulogne-sur-Mer qui sert au transport des troupes venues d’outre-Manche, tandis que Calais et Dunkerque deviennent des plaques tournantes pour l’acheminement de matériel vers le front. Là encore, des lieux de stockage importants sont requis. Dans cette perspective, le choix de Calais apparaît particulièrement pertinent en raison de la densité des voies de communication qui relient la ville aux autres régions. Les Britanniques généralisent le ferry-boat pour éviter les ruptures de charge.

     

    Face à l’intensification des trafics au fil de la guerre, on entreprend de mettre en place des voies ferrées supplémentaires dotées de multiples dérivations, comme par exemple à Coulogne, où le canal revêt aussi une grande importance logistique, et où sont implantés les « camps Vendroux » qui abritent des munitions et une impressionnante montagne de produits pharmaceutiques. Lors d’une nuit de juillet 1916, l’immense camp d’Audruicq, où étaient entreposés munitions et matériel ferroviaire, est bombardé par des avions allemands, causant un énorme incendie.

     

    Beaucoup de femmes sont employées dans ces camps, et pas seulement celles de la WAAC (Women Auxiliary Army Corps). En effet, les femmes du Calaisis peuvent gagner un salaire et de l’autonomie en se mettant au service des Alliés pour des travaux de rangement, de tri, d’emballage, de réparation de casques abîmés… ou encore de fabrication d’armes. L’usine De Laire a produit par exemple des obus contenant du gaz asphyxiant : nul doute que des « munitionnettes » locales ont œuvré à leur montage.

    Le démantèlement des camps, par nature provisoires, durera au moins jusqu’en 1920. Le matériel militaire est lentement évacué, les autres éléments pouvant être récupérés comme les vêtements sont vendus aux enchères. Le temps limité de la conférence n’a pas permis d’assouvir complètement la curiosité d’un public dense, demandeur de précisions quant aux traces qu’ont pu laisser toutes ces installations, à la fois dans le sol et dans les mémoires. 

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