• Le casino et les bains de mer

    En 1900, Calais plage

    Au XIXe siècle, les hommes se sentent attirés par les plaisirs de la plage et des bains de mer. Calais et sa belle plage ne pouvaient que susciter des projets d'aménagement.

    Le casino et les bains de mer

    Le 1er établissement de bain en 1869

    Beaucoup connaissent l’existence du Casino de la plage détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce n’était pas le premier établissement de bains qu’ait connu Calais.

    En 1835, quelques Calaisiens se réunirent pour étudier l‘idée de la création d’un établissement de bains (à l’époque on ne disait pas encore casino).

    Le 1er juin 1837, le bâtiment des établissement de mer, conçu sur les plans de  l’Architecte de la ville, M. Vilain fut inauguré.

    Cet édifice élégant, surnommé “Sableville”, était élevé sur un plateau qui dominait la plage au milieu de jardins. Il comprenait : salon, chambre de repos, salles de lecture avec journaux français et étrangers, une salle de billard située dans un bâtiment annexe pour que le bruit des billes ne puisse déranger les personnes venant se reposer, un salon avec piano pour les dames, un buffet...

    Le casino et les bains de mer

     

    Un escalier conduisait à une belle plate—forme qui recouvrait tout l’édifice, des tentes y étaient disposées pour mettre les visiteurs à l’abri du soleil.

    En 1869, un restaurant et un kiosque furent créés, le jardin fut clôturé ce qui entraîna un droit d’entrée de 10 centimes. Concerts, tirs aux pigeons, bals et fêtes de nuit étaient organisés.

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    Pour 1870, on annonçait la construction de chalets mais la guerre franco—prussienne retarda les projets. Après le conflit, l’aspect de la ville et du port évolua considérablement… Le casino fut séparé de la mer par une courtine*, une digue de protection et entre ces deux ouvrages un fossé, de quoi décourager les amateurs de bains !

    C’est à l’occasion d’un voyage à Calais qu’Achille Bresson* se rendit compte du potentiel offert par la plage. 11 souhaitait utiliser la nouvelle digue en promenade et en même temps comme assise à un bâtiment développant ses salles de jeux et ses terrasses parallèlement à la mer. Le large fossé, qui avait causé tant de tort au premier établissement, serait alors utilisé pour des fêtes nautiques ou des régates*.

    En 1892, il se présenta au renouvellement du bail de la société de bains et obtint une concession de 25 ans. Le nouveau casino ne se fit pas attendre et ce grâce à une brillante idée de Bresson. Il acquit un pavillon en bois à un étage qui avait été édifié aux Champs—Elysées pour l’exposition de 1889 et en fit un casino. Dès 1895 l’établissement accueillait ses premiers visiteurs.

     

    * courtine : mur joignant les flancs entre deux bastions

    *Achille Bresson, né en 1856 dans l’Yonne, avait assumé la direction du Kursaal d’Ostende.

    *régate : course de voiliers sur un parcours délimité par des bouées.

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    L'établissement de bains en 1837: ”Sableville”

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    Le music-hall était une élégante construction carrée en fer abritant une vaste salle de spectacle de 500 places pour les concerts et les pièces de théâtre. Le premier étage accueillait un dancing. La toiture était surmontée d’une lyre.

     L’accès au casino n’était pas aisé et ce fut par la construction d’un barrage écluse et des ponts Henri Hénon en 1906 qu’un accès direct entre Calais-Nord et la plage fut réalisé. En 1910, l’ancienne passerelle en bois fut remplacée par un ouvrage en pierre permettant aux tramways d’amener les touristes et les Calaisiens à la plage directement.

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     Achille Bresson organisa des bains populaires pour les Calaisiens défavorisés grâce à l’installation d’une vaste tente avec gardien et où, moyennant 20 centimes au lieu d’un franc pour les cabines individuelles, on pouvait se changer et se sécher.

     Les vêtements dissimulaient le corps le plus possible, décence oblige. Les femmes, par exemple, portaient des pantalons bouffants, des vareuses* fermées jusqu’au cou, des bonnets et même des bas noirs contre les méduses. Les guides—baigneurs gardaient même dans l’eau un pantalon et une veste longue de laine, les guides-baigneuses étaient vêtues d’une longue robe de laine attachée au cou et couvrant entièrement le corps. Hommes et femmes se baignaient dans des zones séparées délimitées par des poteaux plantés en mer.

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     Les bains de mer étaient reconnus pour avoir des vertus médicinales. Il y avait trois façons de se mettre à l’eau : dans le bain à la lame baigneur se jetait lui—mème dans les vagues ou il était saisi et jeté à l’eau par son matelot Le baigneur pouvait rester assis sur les marches de sa cabine pour une immersion totale et se frictionner ou encore ne baigner que certaines parties du corps.

    Au début des années 1900, la baignade tendit plus à devenir une distraction.

     Le bâtiment central, construit en 1896, abritait les services du casino. On y trouvait les comptoirs de pâtisseries, de confiserie. On voyait même un vieux canon trouvé lors des travaux dans le port… La salle de restaurant accueillait jusqu’à 400 convives. Les visiteurs pouvaient prendre place sur la terrasse surélevée qui longeait ce bâtiment, déguster un café à l’abri du soleil sous une marquise* en ferronnerie, et jouir de la vue en écoutant des concerts en après-midi et en soirée.

    Le casino et les bains de mer

     La salle des petits chevaux ouverte de 15 h à 1 h du matin se trouvait dans le pavillon de l’exposition. Sur une sorte de table représentant les pistes d’un hippodrome, un mécanisme faisait avancer des petits chevaux, il fallait parier sur le numéro d’un cheval, le premier qui avait franchi la ligne d’arrivée avait gagné. Ce jeu de paris, très en vogue dans les casinos, & été remplacé par le jeu de la boule.

    À l’étage un salon était ouvert à diverses expositions d’art. Ce bâtiment était coiffé d’un belvédère avec un balcon surplombé par quatre horloges et un dôme.

     Les premiers chalets en bois s’établirent d’abord sur la digue puis, le succès, aidant sur le sable en doubles rangées. Après la Grande Guerre, les chalets continuèrent leur progression et finirent par rejoindre Blériot—Plage. Les enfants s’ébattaient entre les tentes multicolores.

     La digue carrossable avec trottoirs carrelés fut dotée de l’éclairage électrique en 1894. Après 1918, la terrasse fut prolongée vers l’est, des courts de tennis furent créés.

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     Une trentaine de voitures-baignoires tirées par de vieux chevaux conduisait les baigneurs jusqu’aux premières vagues. Chaque voiture était accompagnée d’une matelote pour les dames et d’un marin bon nageur pour les hommes.

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     *vareuse : veste très ample.

    *marquise : auvent vitré protégeant une terrasse.

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     Frédérique Evrard, pour le comité de rédaction des Amis du Vieux Calais. Illustrations : François Brosse.

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