• Le Courgain d’autrefois, le vrai

    Quartier marin disparu, dont on parle encore avec nostalgie. C’était un faubourg maritime semblable à bien d’autres situés notamment sur les côtes de la Manche et de la mer du Nord, mais – particularité sans doute unique - il était enclos dans un emplacement militaire déclassé autrefois répertorié "Bastion n° 10", ouvrage triangulaire à la pointe tournée vers la mer et dont la base était appuyée sur la vieille muraille anglaise médiévale.

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    Par la suite, un nouveau lotissement permis par Napoléon III en 1855, vint s’y ajouter, qu’on surnomma par ironie : "Le Courgain des petits-bois-blancs" ou encore "des blancs-rideaux" et qu’occupèrent surtout des armateurs, des négociants et des pilotes. C’est l’ensemble de ces deux aspects que les plus anciens d’entre nous ont connu avec sa muraille, ses "bancs miteux", sa fontaine Wallace, son linge à sécher en travers des rues étroites du Courgain de la 1e à la 7e rues, le "chien de mer" pendu au soleil, et les plus belles façades de l’autre partie du Courgain. En 1980, alors qu’il était le Conservateur du "Musée des Beaux- Arts de Calais", L.M. Gohel posa une question apparemment insolite : Le Courgain a-t-il existé ? Il répondit lui-même : "oui… et l’on doit ajouter qu’il y en a eu même deux". Il voulait faire comprendre par là qu’il y avait le Courgain de la vie active, et celui du folklore… La vie active, c’était la pêche et les travaux et occupations s’y rapportant. Elle se pratiquait à bord de voiliers du genre flobart ou du lougre. Il existait quatre formes de pêche : La pêche aux filets dérivants : très longs filets dont les mailles étaient de 25 à 30 mm, de sorte que le hareng y ayant engagé la tête ne pouvait en ressortir, pris par les ouïes. Ces filets étaient soutenus par de petits barils et des bouées à drapeau. Ils étaient maintenus à 15/20 mètres sous la surface de l’eau. La pêche au plateau : On croyait généralement que le hareng fréquentait les couches supérieures de la mer. Vers la fin du XIXème siècle, ayant découvert qu’ il nageait aussi vers les parties plus profondes et que sa

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    taillene le retenait pas prisonnier, on réduisit la largeur des mailles, puis des pêcheurs calaisiens adoptèrent un système allemand dit "des 3 plateaux", lui-même issu de la "drège" utilisée longtemps auparavant. La pêche à la traille : Spécifique des ports de Boulogne, Calais, Gravelines et Dunkerque, elle consistait en une vaste poche maintenue ouverte par des flotteurs de liège. Une longue perche (20 à 30 pieds) assurait l’écartement des côtés. Elle était tenue debout au courant, étant mouillé sur une ancre. Les pêcheurs le relevaient à la marée. La pêche aux cordes : Ce type, moins coûteux financièrement du fait qu’il exigeait peu de matériel, utilisait des "lignes" de 80 à 100 mètres de long, de force différente selon le poisson à capturer et garnies toutes les brasses (1 m 60) d’hameçons appâtés (10 à 15 000). Quand à la ligne principale, on attachait des lignes secondaires, on parlait de "palangre". La pêche à pied : Elle constitue une 5ème sorte de pêche, mais à part, car n’utilisant pas de bateau. Très courante sur les côtes de Calais et des environs, elle se pratiquait au XIXème siècle de façon artisanale, de même qu’aujourd’hui. L’un des procédés est le "parc à la côte" : un filet de 3 à 4 pieds de haut, tendu verticalement audessus du sable de la plage et solidement fiché grâce à des "ralingues". Un autre système consiste dans l’usage de lignes de fond tendues sur la grève, armées de petits hameçons appâtés de vers, de hénons, de crabes mollets… A ces 5 façons de pêcher, s’ajoutent des activités annexes. La sautrière : 

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    Armée d’un lourd filet triangulaire monté sur un manche (le rousset), elle avançait dans l'eau. Parfois jusqu’au cou, pour draguer la surface de la grève, et attraper des "sauterelles" (crevettes) dont les plus petites serviront à "hacquer" les hameçons des lignes et les plus grosses vendues crues ou cuites. Les ravindeuses et les ravindeurs  : C’est le nom local de celles et ceux qui réparent les filets au retour de la pêche; métier souvent opéré par les pêcheurs eux-mêmes ou leur épouse. Mais il fallait vendre tout ce poisson : Dès que le bateauarrivait à quai,il était déchargé par caisses et transporté au "Minck" (mot d’origine flamande voulant dire "à moi"). Ce transport se faisait à l’aide des charrettes à bras gérées par un homme appelé "boîte-à-candelles" (les surnoms au Courgain étaient des signes de reconnaissance) . Là, les caisses remplies de poissons étaient vendues à la criée, mais "à l’envers", c’est-à-dire que le préposé proposait

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    Un ravindeur

    un prix de départ et descendait jusqu’à ce qu’il y ait preneur. Tout l’art consistait pour l’acheteur à être le premier à crier "minck !", tout en laissant descendre le prix le plus bas possible… Et cela ne se passait pas sans force invectives des plus… locales. Ensuite les "rouleuses ed’pichons" allaientvendre leurs lots dans les rues de la basse ville de Saint-Pierre, soit en les poussant dans des landaus d’enfants, soit en les portant dans une grande manne assujettie sur le dos, et couverte d’un panier plat. Selon la saison, on y trouvait les poissons de côte classiques : hareng, merlan, limande, tacaud, carrelet, vive, roussette… Cependant, connu comme port de pêche depuis le XIIème siècle, Calais ne l’avait jamais été de manière importante. Au XIXème siècle déjà, des cris d’alarme se faisaient entendre. On a parlé de plus de 100 unités de pêche à l’époque, mais il faut savoir que 80 d’entre elles appartenaient aux ports voisins.

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    Les causes du déclin sont connues :
    - Lorsqu’on se mit à la vapeur, la force énergétique était trop puissante pour les petits voiliers calaisiens déjà bien usagés… et l’argent manquait pour en acheter de plus modernes. 
    - Les métiers portuaires étaient plus stables, l’emploi régulier et mieux payé. 
    - Et surtout le travail dans les usines à tulle et dentelle : les salaires y étaient de 4 à 5 fois plus élevés que sur les bateaux de pêche. On y travaillait selon des horaires bien définis, et l’on rentrait chez soi le soir… Les jeunes courguinoises -qui elles-mêmes se mirent à travailler en usine- préféraient épouser un homme qui ne risquait pas de disparaître en mer… En mai 1940, le Courgain Maritime disparut dans un déluge de fer et de feu. Pendant 4 ans, comme tout Calais-Nord, il fut zone interdite. Après la libération, seule l’église était encore debout, mais il fallut l’abattre. Et l’on reconstruisit un ensemble moderne dont la façade tournée vers la mer est d’un aspect agréable . Un mur percé d’une porte d’aspect militaire rappelle l’ancienne muraille et la porte dite de la mer. Un ministre de la Reconstruction n’a pas apprécié l’immeuble qu’il a qualifié avec dédain de "maisons de poupée". Aujourd’hui, ce quartier, reconstruit mais non ressuscité, n’est plus un faubourg de pêcheurs. A peine quelques petits chalutiers appartenant à des artisanspêcheurs, dont le nombre se compte sur les doigts de la main s’amarrent encore au quai Auguste Delpierre, pour vendre sur place le poisson de côte fraîchement péché. Calais n’est plus un port de pêche.

     

     

     

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