• Le Courgain Maritime

    Le Courgain Maritime

  • NOTES HISTORIQUES SUR LE COURGAIN (1)

    D'après Henri, Courgain désigne un endroit fort resserré: cour, petit, gain, demeure; on doit pourtant remarquer que plusieurs bourgs des environs ont leur courgain et que ce nom, dans lequel on peut aussi voir le mot français cours et les mots anglais court et gaing (plèbe) ou gang (passage, voie) (2) indique alors un hameau composé de pauvres habitations (3). Notre Courgain, qui, de tous teins, a dû être habité par des pêcheurs, n'était encore, au xvie siècle, qu'un chétif faubourg de Calais, composé de quelques pâtés de

    (1) Ces notes nous ont été communiquées par M. II.-J De Dheims, bibliothécaire-archiviste de la ville.

    (2) La Recepte généralle des Domaines et Finances de Calais en 1605, l'appelle Court Gaing; De Thon écrit Curgium Saburbium, son nomenclateur le nomme fauxborg du Courquel.— Lefebvre, dans son premier volume, page 648, cite un plan de 1645 ,dans lequel se trouve Corvin.— Jollain, graveur du siécle dernier, a publié d'anciens plans sur lesquels on lit aussi Corvin.

     (3) « Nous ne trouvons pas d'où vient ce nom de Courgain et tout ce qu'on en peut conjecturer est qu'autrefois il y avait un endroit ainsi appelé à cause qu'il était habité par des pécheurs qui gagnaient peu de chose; on disait le fauxbourg du Courgain, qui était plus étendu et n'était fermé que de palissades du côté de lamer et qui a été réservé comme il est à présent dans un bastion de la ville, où il y a plusieurs petites rues fort étroites qui contiennent aux environs de 310 familles, toutes de matelots, à la réserve de quelques artisans, en petit nombre. Le contour du Courgain est de 300 toises. II y a dans le Courgain un commandant sous les ordres de celui de la ville, Pierre Tiberge, sieur de Valbrun, cy-devant garde-corps du Roi. » (Bernard, page473).

    maisons défendus par de faibles palissades. Un acte d'Edouard III, portant la date du 24 octobre 1361, nous apprend comment plusieurs de ses habitations étaient rangées lorsqu'il s'empara de la ville. Le terrier anglais de 1556 (1) qui désigne le faubourg St-Pierre par son nom patronymique, mentionne aussi les maisons qui font partie des faubourgs de Calais sur le quai {The fauxborowes os Calleis on the wha.rfe.~Page 78), et l'étendue des terrains From the east jetty near the lyme kiln, four à chaux, at Callice havon— along east the sea cost eastward to Gravelyn havon. Page 6. — Le superbe plan de la ville et du port de Calais, qui correspond au terrier et qui est tiré de la collection Cottonienne (article 57; Augustus I, volume II), indique le Courgain à vol d'oiseau: on y compte 30 habitations avec des jardins considérables, une tour élevée, percée d'ouvertures et surmontée d'une girouette. Le faubourg maritime, long temps connu sous le nom de Cap de Grup, s'y trouve aussi représenté le long du quai, à peu près à la hauteur de la rue de Thonis.

     Non loin de la tour du Courgain, qui se voit dans le Plan of the Harbour of Calais, on remarque une vaste maison ornée d'une croix. C'est dans cet endroit que, à l'époque de la reprise de Calais, était situé l'hôpital, et où, du temps de Marin Bailleul, se  voyait la maison des Trois-Rois. Girault de Mauléon, seigneur de Gourdan, capitaine et gouverneur de Calais pour le roi de France, se détermina à faire détruire cet hôpital avec sa chapelle et les autres bâtiments du côté de la mer, les ennemis pouvant profiter de ces bâtiments pour s'y cacher et surprendre la ville, à la porte de laquelle ils se seraient trouvés.

     Le papier terrier de P. de Miraulmont, dressé en 1584, décrit les maisons étant hors la porte sur le havre, sises au faubourg dudit Calais, au lieu dit le Courgain. Il mentionne d'abord les habitations qui se trouvaient au Courgain, sur le havre et sur le fossé (2), puis celles de la rue des Pêcheurs (3), de la rue des Pêcheurs de Vautre côté (4), de la rue des

    (1) Calais and the marches: a new survey thereof made up. Augmentation office: Londres; et bibliothèque de M.De Rheims.C'est ce même terrier que Lefebvre, tome2, page 353, a faussement indiqué avec la date de 1552. Les papiers de Bréquigny, déposés à la bibliothèque royale, démontrent clairement l'erreur de Lefebvre— Voir carton XV,n° 1,pièce 2,page39.

    (2) Quatre masures et dix maisons y compris celle des Trois-Rois, tenant à la maison des Soeurettes, et par devant sur le grand chemin tendant à la porte du havre.

    (3) Neuf maisons, cinq masures.

     (4) Vingt-une maisons, un jardin, une place vagne, une masure, la forge du roi, la poterie ,le cabasson, le chaufour, probablement le lymekiln des anglais. II y avait dans cette rue une maison tenant d'un côté vers la fausse porte du havre du côté de Waldan,et d'un bout au rempart de la mer.

    Cordiers, dite du Rempart sur la mer (1), de la rue au Charbon (2) des rues des Poissonniers, du Quay, des Mariniers, de celle allant à la muraille. Le cap Grup comptait 1 masure et 12 maisons, v compris celle de laCroix Blanche et la vente du hareng (3). En analysant le Cap Grup leterrier de Miraulmont indique la fausse porte du Cap Grup, la maisonde Nicolas Thomire, qui joignait d'un bout vers le château, et d'autre sur le quai, du grand Paradis, celle de Pierre d'Ingoville, qui tenait au pignon de la mer, celle de P. Leclercq, sur le havre ou le petit paradis, et celle de Antoine Lando, qui tenait aux murailles de Calais. En 1596, lors du siège de Calais par les Espagnols, le faubourg du Cour-

    (1) Deux masures, une pâture, dix-huit maisons. La maison où pendait pour enseigne la Floride se trouvait dans cette rue, que la Recepte de 1623 nomme improprement des Cordeliers.

    (2) Une maison entourée de murailles et avec passage et dont il a été pris une partie pour bâtir et édifier un magasin pour le roi.— Le garde du magasin du havre, ou se serrent les matières qui s'employent au dit lieu,recevait, pour sa charge, une somme de cent livres, annuellement (Voir Recepte généralle de Calais,1623).

    Voici encore ce qu'on lit dans la Recepte généralle du Domaine et Finances de Calais de1623, p.212-213: « Autre recepte cens et rentes deubs au roy par les parties cy-après nommez à cause des baux à eux faicts par ledit sieur  Le Febvre, trésorier en l’année 1590,de certaines places(25maisons)assizes au havre d dit Callais en un lieu vulgairement appelle terre neufve, sur lesquelles places lesdits particuliers ont fait batir et édiffìer maisons qui sont à présent redevables à la dite recepte des dits cens et rentes paiables aux termes de Pasques et Sainct-Remy. Et ce, pour et au lieu et en récompense de certaines autres maisons qu'ils souloient avoir en la rue des pêcheurs audit Callais lesquelles ont esté ruynées, desinolyes et abbatues parle commandement dudit sieur de Gourdan, gouverneur de ladite ville et citadelle de Callais, dés l’année 1588, pour la construction et assiette d'une platte-forme et bastion pour la fortification de ladite ville. Au moien de quoy les dits particuliers, etc. »

     II ne faudrait pas croire, par ce qui précède, que toutes les maisons de la rue des Pécheurs avaient été abattues. Le même registre indique, pages87, 88, 89, un grand nombre d'habitations situées dans cette rue.

    La Recepte 1623 décrit aussi 7 maisons placées hors la faulce porte, sur le quay, et 7 maisons et une place vague sises dans la rue sur le rempart, venant de la porte de la ville.

    (3) On voit par la Recepte généralle de1605 « que Simon Charpentier a fourni du pavé neuf sur le quay et havre dudit Calais et que Mathieu Loyac a fourni des deffenses de chesne pour la conservation de la chaussée du havre dudit Callais, pour empescher que les chartiers ne chariassent sur la chaussée du pavé neuf, allant de la porte à la vente aux harengs » (Fol.90 et 91).

    Pour ce qui concerne la nouvell Keye, les Beekenes, le Wharfs ale cost  du dit port de Caleys et le Paradys ,du tems des anglais, on peut voir: 1° Les lettres d'Edouard III (27 décembre 13Í7)par lesquelles il nomme Jean et Alexandre Lestraunge, sergents d'armes ,pour faire en faseines et autres choses les provisions nécessaires à la réparation du port de Calais;  2° La requête au Roy et au parlement d'Angleterre par le trésorier de Calais,au sujet des réparations nécessaires au port de cette ville, avec la réponse du roy(1398); 3° Les devis des ouvrages à faire àCalais, par ordre d'Henry VIII,royd'Angleterre(1533J etc.,etc.— Bréquigny, tomes 56 à58.

    gain fut abandonné par les Français. L'imprudent gouverneur Bidossan, trop tôt saisi de terreur, crut avoir besoin de tout son monde pour défendre le corps de la place; il ne laissa dans le Courgain, au faubourg du quai, que deux compagnies hollandaises, qui firent quelque résistance ; mais le capitaine Le Gros, ayant été tué avec presque toute sa troupe, le reste mit le feu aux maisons et se retira dans la ville. Par la perte de ce poste, Bidossan se trouva sans ressource du côté de la mer, les Espagnols y ayant mis des forces suffisantes pour en empêcher l'accès. — (Lefebvre, tome 2, page 419 et suivantes.)

    Les plans du siège de 1596, qui se trouvent à la bibliothèque royale, dans l'histoire de Calais et dans la collection de M. Ch- de Rheims, constatent une énorme brèche au Courgain, qui servit de point de mire aux Espagnols pour faire déloger les Français et aux Français pour en chasser à leur tour les Espagnols. Le Courgain, de ce temps, ne devait donc présenter que des ruines.

    Aussitôt que Calais fut définitivement rendu à la France, par le traité de Vervins, on entreprit par adjudication la construction du Courgain, pour les mariniers.

    Par lettres du Roi du 4 août 1599 (I), le sieur de Vic, gouverneur, et le président de Calais, le sieur Boyer, furent nommés commissaires pour bailler à cens, au profit du Roi, les places du havre dudit Calais, au Courgain, « à la charge d'y bâtir des demeures pour les mariniers dans quatre » mois; les maisons qui y étaient autrefois bâties ayant été démolies par les » Espagnols, durant qu'ils ont occupé Calais, pour en faire une place » d'armes.

    » En 1623 (2), sous le gouvernement de Claude de Harville, marquis de Palaiseau, conseiller d'Etat, capitaine de 50 hommes d'armes, le Courgain, dont l'étendue était beaucoup plus considérable qu'elle ne l'est aujourd'hui, fut resserré et renfermé dans des murailles. La plupart des maisons, quoiqu'elles n'eussent qu'une vingtaine d'années d'existence, furent rétablies de nouveau sur des rues fort étroites, afin de ménager le terrain et pour y

    (1) Voir: Rapport sur le mémoire de M.Dufaitelle, intitulé: Mémoires pour l’histoire de Picardie, extrait des Registres aux chartres du bureau des finances d'Amiens (JournaldeCalaisdu23février 18Ì2.

    (2) 1620. « Cette année se fit l’établissement des religieuses hospitalières II y avait eu hors de la porte, dans le Courgain,vers les palissades qui le renfermait du côté de la mer, une chapelle avec quelques appartements qui servaient d'hôpital, rétabli parla reine Marie, d'Angleterre, après la destruction d'un autre qui était dans la ville vers le château, du temps de Henri VIII. Le tout fut démoli avec plusieurs maisons voisines parce que le Courgain n'était alors fermé que de palissades et non pas de murs. » (Registre des baptêmes et sépultures de l'église royale et paroissiale, de St-Nicolas de la citadelle de Calais, pour les années 1609, 1610 et1611. Voir aussi Lefebvre, tome2, pages 329 et 330.)

    loger les innombrables familles qui s'y trouvent (Bernard, p. 389). Ce grand changement se fit sous le ministère du célèbre Richelieu.

     « Ce bastion fameux, qui domine également sur la mer et sur l'entrée » du canal, est, dit Lefebvre, un des plus beaux morceaux qu'il y ait en cette » espèce, par la hauteur de ses murs, dont les boulevards peuvent servir de » plate-forme pour y ranger une formidable artillerie; il est aussi dans son » intérieur tellement vaste, que l'on a pu y aligner une quantité d'habitations  pour servir de retraite à tout le peuple marin de ce port, qui se retirait » dans des baraques le long du quai. Le grand nombre d'habitants qui se  présentèrent dans ce temps mit dans la nécessité d'en resserrer fort les  bâtiments, et d'en tenir les rues aussi étroites qu'on les voit maintenant. Ce  grand ouvrage fut exécuté sous les yeux du magistrat intelligent (Gabriel de  Lattaignant, mayeur de Calais en 1620, 1621, 1625, 1633,) qui était à la  tête du corps de ville, et qui avait un talent supérieur pour les constructions dont l'objet était de mettre la place en sûreté et de l'orner; quant à  l'intérieur de la ville, il était, par rapport aux édifices et à la disposition  des quartiers, à peu près semblable à ce qui s'y remarque présentement. » (Tome 2, page 492.)

    De 1627 à 1631, le marquis de Valençai, chargé du gouvernement de Calais, fit perfectionner l'intérieur du Courgain, en alignant la principale rue (Bernard, page 392), qui conduit de la porte du Port jusqu'à celle des Garennes, que l'on a murée depuis (I).

     En 1687, sous le majorât de Charles Charpentier, Jacques Porquet étant juge-consul, on songea à faire réparer le port, qui se comblait de sable, et les jetées qui étaient dégradées. On changea aussi l'ouvrage fait depuis longtemps devant l'ancienne porte du Courgain, du côté de Gravelines, et qui consistait en un bastion, mais trop petit pour embrasser toute la défense de cette partie du faubourg. On le détruisit et on le remplaça par un autre, dont les laces, les gorges eurent plus d'étendue, et on enferma les autres ouvrages en élevant un mur à créneaux depuis ce nouveau bastion jusqu'à l’Estran. Ce fut M. de Vauban qui donna et fit exécuter le plan de cette nouvelle fortification (Lefebvre, tome 2, pages 637, 638, 666; Rernard, page 468).

    En 1689, de peur que la navigation ne fût gênée, le Roi ôta au capitaine commandant du Courgain (le sieur Gervais, capitaine d'infanterie, qui n'était pas commissionné de la cour, mais qui avait été nommé lieutenant de roi.

    (1   1627. « Cette année, le duc de Rohan, l'un des principaux chefs des Huguenots, fit faire la plus grande rue du Courgain vers la porte, en-deçà » (Registre des baptêmes et sépultures de l’église royale et paroissiale de Saint-Nicolas de la citadelle de Calais ,pour les années 1609, 1610et 1611).— C'est vers la porte des Garennes que se trouvait le cimetière dont parle Lefebvre, tome2,page330. Le paragraphe auquel  nous renvoyons mentionne, dès 1560, un matelot du nom de Dandaine , nom qui s'est, si honorablement et pendant tant d'années, perpétué dans le Courgain.

     au Courgain, par le gouverneur, ainsi que cela se pratiquait, avec un titre et des appointements de commandant de 900 livres, plus huit mesures de pré qui valaient cent livres de rente et 80 livres de logement, que la ville lui payait) et à celui du Risbanc, le droit de 20 sols qu'ils prenaient sur chaque vaisseau qui entrait dans le port, et qui servait à entretenir les fanaux que l'on allumait la nuit dans ces forteresses. Sa majesté déchargea, en conséquence, ces officiers de cet entretien, et ordonna que ce droit serait payé dorénavant au capitaine du quai, qui serait chargé d'allumer ces feux (Lefebvre, tome 2, page 671).

     C'est en 1705 qu'il a été établi une école au Courgain.

     En 1715 on fit la maçonnerie autour du paradis ou du port.

     En 1717 on continua la maçonnerie du quai, depuis le port allant vers le cap Gris.

     En 1717 et en 1718, on fit la muraille du fossé du Courgain, opposé à la muraille de la ville, à commencer depuis le moulin à eau- (Lefebvre, tome 2.)

                   POUR COPIE CONFORME: Le Maire de Calais, LEGROS-DEVOT.


    votre commentaire
  • A la suite de l'article "Je me souviens....“ paru dans le N° 29, d'octobre 1979, Madame Evrard, née Marie Germe, nous apporte de très intéressantes précisions sur la vie au Courgain Maritime avant la guerre de 1939:1945, '

     J'appartiens, nous a—t—elle dit, à une famille originaire du Courgain, déjà ma mère Rosa Germe était comptable au Minck, et ma belle—sœur, Thérèse Germe y était “crieuse”. J'avais, pour mon compte, repris en 1938, un commerce d'épicerie tenu jusqu’à cette date par Madame Paolo, à l'angle de la 1e rue, la rue Gavet et de la Placette.

     Le quartier du Courgain était très commerçant. Les petits commerces y travaillaient bien. Dans presque chaque rue il y avait une épicerie, à l'exception, je crois me souvenir, de la rue Benoit.

     Les boulangeries étaient aussi nombreuses. Mme Lalouette, dans la 2° rue, rue Maréchal, avait la spécialité des "douillons" chauds, sorte de petits pains fourrés aux pommes, qui faisaient nos délices. Ii y avait aussi Mme Mascot, dans 1a 4e rue, et Mme Beaugrand dans la 5e rue, rue Magret, qui bénéficiait d‘une seconde entrée, rue Reine, en passant par un couloir.

     La rue Pierre Mulard comptait a elle seule plusieurs épiceries, trois coiffeurs : MM Leroy, Leprince et Lesage, une marchande de frites, Mme Paolo, installée sur le trottoir, un débit de tabac,M. Catty, un boucher, M. Bart et une boucherie chevaline, M. Delaplace. Pour ces derniers, la concurrence était sévère avec le poisson que les Courguinois consommaient en grande quantité.

     Les cafés étaient aussi nombreux et, singulièrement, la plupart d'entre eux bénéficiaient de deux entrées ce qui arrangeait beaucoup de clients attardés que des épouses impatientes venaient chercher.

    A propos du Courgain

    Les marchandes de poisson partant en tournée

    Si les commerces étaient nombreux, les achats étaient par contre, 1e p1us souvent, très modestes et les habitudes des clientes particulières au quartier : le matin avant de partir au travail, les Courguinoises venaient acquérir un "quart" de sucre ou de beurre, ou de café et autres denrées nécessaires pour la journée en très petites quantités. Elles ne payaient pas tout de suite, mais dans la soirée et lorsque, pour les marchandes de poisson, la "marée" — c'est à dire la vente - avait été bonne, l'ordinaire s’améliorait d'autant car, dans ce quartier, on vivait au jour le jour.

     On ne connaissait pas, tout au moins en ce qui me concernait, la vente a crédit avec le "livre"  ou l'on inscrivait les commissions que 1'on payait à la semaine ou à la quinzaine, et je puis témoigner de l'exemplaire honnêteté de mes clientes, aucune ne m'a laissé "d'ardoise" durant les deux années que j'ai tenu mon magasin. 

     Cette habitude de payer plus tard on la retrouvait chez les marchandes de poisson qui s'approvisionnaient le matin au Minck, à la criée, et ne payaient qu'après leur vente faite, le lendemain, à la Maison Byl ou "a la forge", rue Constant Dupont.

     Pour décharger leurs bateaux, les pêcheurs louaient un chariot a la Maison Avron. ils s'en servaient pour transporter les "baskets“ (paniers) remplis de poisson. Ces mêmes baskets étaient utilisés  au départ par les matelots pour emporter les victuailles nécessaires durant la pèche.

     Certaines marchandes allaient vendre leur poisson en ville de porte en porte en dans une large manne qu elles installaient sur leur dos avec un épais cordage, mais la plupart une petite voiture montée sur deux roues. En rentrant, leur journée finie, elles la faisaient laver à grande eau par des enfants toujours volontaires pour ce travail payé dix sous.

    A propos du Courgain

    Le métier de pêcheuse de crevettes était rude

    Pour faire leur tournée, les marchandes portaient le costume traditionnel : un caraco (corsage) froncé à la taille, un large jupon, le "cotron" sous lequel elles installaient deux larges poches en toile, retenues à la taille par un cordon. Dans ces poches elles mettaient leurs "prises“ de tabac dont beaucoup usaient encore, et leur argent. Un large tablier de toile bleue noué à la taille les protégeait sur lequel elles s'essuyaient les mains, le constellant d‘écailles de poisson.

     Elles se couvraient la tête d'un fichu mais quelques unes portaient encore une sorte de mantille de chenille noire. Le bonnet “soleil” et le châle de cachemire étaient réservés pour les Jours de fête. Elles mettaient alors leurs lourds bijoux d'or : grappes de raisin aux oreilles, chaines supportant le “baril”, Sous le bonnet soleil, elles se coiffaient avec de petites écailles qu'elles plaquaient d'une brillantine largement parfumée aux senteurs de violette.

     La vie était très dure pour tous au Courgain, plus facile peut—être pour ceux, hommes ou femmes qui travaillaient en usine, mais beaucoup d'hommes encore étaient dockers ou pêcheurs. Les femmes étaient extrêmement courageuses, les plus éprouvées étaient certainement les pêcheuses de crevettes.

    Elles revenaient ruisselantes de leur pêche qui les obligeait à s'enfoncer profondément dans l'eau de mer et, sans prendre le temps d'endosser des vêtements secs, elles s'installaient à la porte du Minck pour vendre leurs “sauterelles”, les premières arrivées ayant des chances de vendre plus cher.

    Quant aux marchandes de poisson, il leur fallait souvent parcourir longtemps la ville avant de vendre leur “marée,

    A propos du Courgain

    Une épicerie au coin de la rue Reine

    On a souvent dit que le Courgain était très bruyant. Certes, on y entendait souvent des disputes, et le langage était vert, les enfants turbulents, mais il faut tenir compte des conditions de vie dans cet ancien bastion surpeuplé.

     Le quartier avait toujours rassemblé les familles de pêcheurs. Peu d'étrangers venaient s'y établir. On s'y connaissait depuis toujours, Les relations entre voisins étaient très famillères, sinon familiales, les mariages se faisaient entre jeunes du quartier et, d’une maison à l'autre, les mêmes noms revenaient : Agneray, Avron, Germe, Evrard, Mascot, Mulard, etc.., si bien que pour distinguer les habitants, l'habitude était enracinée de les désigner par un surnom, quelquefois cocasse mais, en général, bien accepté par les intéressés : Biplan, Casse-pavé, Maître sévère, Explique-toi, Tit pote, Bigras, Fleur de Thé, etc....

     La plupart des Courguinois étaient propriétaire de leur logement. Les appartements, aménagés dans , chaque partie d'immeuble, de la cave au grenier, avaient été achetés séparément et ils étaient, la plupart du temps, si exigus qu'ils obligeaient les habitants à vivre toutes portes ouvertes.(l)

     De là était née une sorte de vie communautaire présentant des avantages et facilitant l'entraide entre voisins mais recelant aussi des inconvénients lorsque s'élevaient des différends régies par des "coups de gueule" vite montés mais heureusement vite apaisés.

     C'est dans ce particularisme qu'il faut rechercher l'attachement des Courguinois pour leur quartier et la nostalgie très vivace qu'ils en ont conservé.

    1- Pour loger toute sa famille, Mme Evrand avait dû, pour sa part, avoir deux Logements, son épicerie sur la placette et deux chambres dans la 7e rue, rue Gavet. 

    A propos du Courgain

    Mme Paolo, marchande de frites rue P.Mulard

     

    Pin It

    votre commentaire
  • Les sauveteurs calaisiens

                                          LES SAUVETEURS CALAISIENS

     Ce montage photographique qui rassemble quelques uns des sauveteurs calaisiens, avait été réalisé par Monsieur Henri Mulard, président de l'Amicale des Anciens Élèves du Courgain Maritime.

     Jusqu'en 1834, le sauvetage en mer n'était pas organisé, ce n'est qu'à cette date que la Société Humaine fut créée en notre port sous les auspices du Prince de Joinville. Le premier président en fut Tom Souville et te premier patron du canot de sauvetage fut Eléonore Mulard. La Société Humaine de Calais s'intégra en 1867 à la Société Centrale de Sauvetage des Naufragés, créée en 1865. L'actuelle Société Nationale de Sauvetage en Mer (S.N.S.M.) a été fondée en 1967. (Collection M. Ch. S...)

     

     

    Les sauveteurs calaisiens

    Le canot de sauvetage Maréchal Foch fut lancé en 1930

     

    Pin It

    votre commentaire
  •                LES ANCIENS METIERS DU COURGAIN

                         LES HALEURS DU COURGAlN-MARITIME

     

    Au mois de Novembre 1960, Monsieur Roberd Chaussois publiait

    dans ”La Voix du Nord", une série d’articles sur "Les remorqueurs

    d'hier et d'aujourd'hui". De cette étude nous avons extrait le

    chapitre ci-après sur "les haleurs du Courgain Maritime" qui, avant 1875, assistaient les navires en opération au port.

     L'organisation du premier service de remorquage au port de Ca1ais remonte à 1875. On utilisait alors des bateaux à vapeur à cheminées jumelles, munis de roues à aubes ! Désuets de nos jours, ils apparaissaient alors comme le dernier cri du progrès.

     Avant eux, il n'existait aucun service officiel, que ce soit pour venir en assistance aux navires, presque tous à voiles, entrant ou sortant du port. ou pour apporter une aide aux bateaux désemparés dans le détroit ou encore à ceux qui connaissaient la malchance de s'échouer sur le littoral. Une cinquantaine d'accidents de mer dans l'année, pour les parages de Calais, n'était pas un chiffre déraisonnable sous le Royauté ou l'Empire !

     Livrés à eux-mêmes, les bateaux ne comptaient en cas de coup dur que sur l'extraordinaire solidarité qui anime les capitaines de toutes les marines du monde. Dans les ports, tout au plus pouvaient-ils solliciter une aide des "haleurs", un métier aujourd'hui disparu du Bottin des professions.

     LES HALEURS :

     Quand les vents n'étaient pas favorables et qu'un navire signalait son arrivée, on annonçait à son de cloche, dans le quartier du Courgain Maritime, que l'on avait besoin de trente, quarante ou cinquante haleurs, suivant le tirant d'eau du bateau..et la force du vent. Hommes et femmes se rendaient au bout de la jetée, avec le cordage ou la remorque nécessaire que l'on passait au navire.

     "C'était curieux,alors, de voir défiler sur la jetée, avec des mouvements de lézard, la file des “haleurs traînant un navire", narre un chroniqueur de l'époque.

     Le dernier chef haleur fut Jean Levavasseur, mort en 1900, à l'âge de 81 ans. Le chef—haleur était chargé de trouver les haleurs que le pilote sollicitait. La rémunération variait suivant la distance; ainsi de l'entrée du port au quai de marée, ou à l'écluse de chasse, elle était fixée à 50 centimes, de même pour les halages à l'intérieur du bassin. Aux marées de nuit, les haleurs étaient payés moitié en sus. Le personnel commandé et non employé recevait la moitié des prix en vigueur.

    Le chef-haleur prélevait sur chacun des hommes et des femmes qu'il avait recrutés, une dime fixée à deux, trois ou quatre centimes, suivant l'importance du salaire payé. La coutume était que le chef-haleur, en compensation de la retenue ainsi opérée, donne à chacun un "croquant" en guise de dédommagement.

     Ce système de halage n'était pas sans présenter de nombreux inconvénients que les autorités maritimes cherchèrent a éliminer.

     LE "TOUAGE"

     La Chambre de Commerce créée par ordonnance royale en 1828, se préoccupa, dès l'année suivante, de venir en aide aux armateurs, consignataires, ou capitaines de bateaux. Elle mit à leur disposition les cordages et appareils nécessaires pour l'entrée ou la sortie des navires, et pour relever ceux que la tempête ou d'autres incidents de navigation avaient jeté à la côte.

     Elle leur louait des cordages, des poulies, des cabestans, etc... C'était le "touage". Le "touage" se distingue du remorquage en ce sens qu'il a lieu à l'aide de points fixes et de machines fixes.

     Des cabestans fixes, mus par une force quelconque, hommes, chevaux ou vapeur, étaient placés de distance en distance. Les bateaux s'attachaient à un cable qui venait s‘enrouler autour de l'arbre de la machine, les faisant se déplacer. Il y avait des cabestans à la jetée de l'Est et à celle de l'ouest qui étaient différentes par leur structure et leur emplacement des jetées actuelles. Les bateaux avaient sur leur pont un ou plusieurs cabestans..

     La Chambre de Commerce louait 1 frs, 25 centimes un cordage de 5 centimètres d'épaisseur, long de 200 mètres. Un cordage de même longueur mais trois fois et demi plus gros, était loué 13 frs, 15. Chaque cabestan des jetées était loué 3 francs. Enfin les capitaines étrangers payaient moitié plus cher.

    Le tarif était doublé si le matériel était utilisé pour un renflouement.

                                                                                         Robert CHAUSSOIS


    votre commentaire
  • La jetée de Calais au début du 19me siècle

    LA JETÉE DE CALAIS AU DÉBUT DU 19me SIÈCLE

     

    Dans une étude signée N. Martin, et publiée dans le "Journal de Calais" en 1873, l'auteur décrit comme suit l'attente du retour des bateaux de pêche et leur remorquage par les femmes du Courgain : "Il est curieux de voir cette vive population de femmes se répandre sur la jetée à l'heure où la marée ramène les bateaux partis pour la pêche : les unes braquent sur l’horizon brumeux la longue vue que leur prête un vieux loup de mer, les autres allaitent leurs nourrissons, d’autres apportent des filets dont elles raccommodent les mailles, d'autres tricotent, et nulle ne reste oisive - même pas Les langues - en attendant le moment ou l'arrivé et le déchargement des bateaux les occuperont bien plus activement encore.

    Si le temps est mauvais et la lame lourde, elles s'attellent toutes au câble que l’embarcation impuissante contre les vents contraires à faire parvenir à l'ouverture de la jetée. Un chant monotone aidant, elles traînent alors le bateau jusqu'au "PARADIS", c'est à dire jusqu'au bassin spécial ainsi nommé, affecté aux pêcheurs; et je vous laisse penser si, après un tel purgatoire, on se montre joyeux, bruyamment joyeux, d'arriver au Paradis !"

     

    Pin It

    votre commentaire
  • Une reine du Courgain Maritime

    UNE REINE DU COURGAIN MARITIME

     Au centre de la carte postale ci-dessus, les bras chargés de fleurs, on peut voir Mademoiselle Lucie Lannoy, qui venait, le 15 Août 1907, d'être élue Reine du Courgain, aux applaudissements de la foule réunie Place de la Colonne. Elle est entourée de ses deux demoiselles d‘honneur, Mesdemoiselles Marie Drollet et Jeanne Mulard.

     Mademoiselle Lucie Lannoy, ici âgée de 17 ans, et alors marchande de poissons, devait quelque temps après, épouser Monsieur Péron qui sera tué pendant la guerre de 1914-1918, la laissant veuve à 26 ans. avec un fils.

     Madame Peron-Lannoy était très connue au Courgain sous le pseudonyme de "Lucie, mon Oncle“. Elle avait tenu jusqu‘en mai 1940, un magasin d'alimentation à l'angle de le rue Reine et de la rue Pierre Mulard.

    Après l'anéantissement du Courgain, elle reprit son commerce Boulevard Lafayette, près des Etablissements Brampton.

     A cette époque. la Reine du Courqain était désignée lors de la ducasse du quartier, le 15 Août. cette élection faisait partie des nombreuses festivités organisées durant ces trois jours de fête : braderie, hais, retraite aux flambeaux, fête foraine, etc... Ces jours là, le Bal Dupuis que l'on aperçoit ici à l'angle gauche de la carte (à l'angle de la rue de l'Ancre, plus tard rue Eugène Rivet), et qui était l‘un des centres d'amusement du Courçain, était très fréquenté.

    Une reine du Courgain Maritime

    Mme Péron à 80 ans, en 1968.

     

    Pin It

    votre commentaire
  • LES SOBRIGUETS DU COURGAIN

     Dans ses "Souvenirs inédits" recueillis par Robert Lassus et publiés dans le "Nord Littoral" des mois de Mars et Avril 1962, Monsieur Maurice Brygo avait dressé la liste des surnoms donnés aux habitants du Courgain, nos lecteurs y retrouveront peut—être d'anciennes connaissances :

     Famille M... : La Riche Fortune, Explique-toi, Chicon, Ploum-Bout, Tit Capiau, Mardi Gras, Fêtes et Diminces, Thomasse, Napoléon, Crimée, Pointu, Gueule à z'oeufs, Colabri, Tit Tien, Tambour, Mackensy, Fend l'Air, Cat Gris, Parapluie fermé, Coyot, Fifine.

     Famille D... : Tit Cul, Cafarin, Mouton, l'Architèque, Tit Pouce, Marguat, Bouggeur, Madroule. Marchand d'drap, Gant Vert, Bel Oeuil, Parisien, l'Etouffé, Grande Tirette, D'Artagnan, Père Jouan, Gros Nou, Vert de Gris, L'chasseur, Bonnes z'idêes, Gueule Rouge, Gros Pieds, Grande Cocotte.

     Famille B... : Tobi, Crinqu'un, L'Piôote, Toto, Flaneî, Longs Bras, Cacieux, Tite Bodel.

    Famille D.. : Bouton d'Or, la Reine, Moëlleux, Bégonia.

     Famille A... : Boite à Candelles, Bibi Ballon, l'Amiral, l'Perruquier, Boite à Cats.

    Famille B.. : Mêdor, l'Infirmiëre

     Famille V... :.Ma loupe, Monette, La Tempête, Tit Catez, Crève la dalle

     Famille B.. ' Flingueur

     ou encore : Boullu, Musi, Maqueux d'hommes, l'Electric, La Sourde, Poilu, l'Arpasseuse, Tit Nénôn, Tit Zouave, Baraquette, Minquin, Tite Tuine,Tite Platine, Biscuit, Tit Bonnet, Bêlot, la Bretonne, Armoire à Glace, Cinq Complets, Café au Fùu Tout le monde su l'Pont, Gros Cou, Tite Cayelle, Tit Duc, Miniou,Canari, La Furieuse, Bijoux, Têt' eud'Bidet, Charlemagne, Tutute Inglaise, Fifi Yonyon, Bon Bouillon, Minou, Quintou, le Nègre, Biplan, Cambronne, Pouilleux, Peau Rouge, Tit Chef, la Polka. Mal Contint, Fil à Voile, Tit Sauteur, l‘Aviateur, Tape Dur, Henri IV, Grande Paillasse, Queucoeur, Mont Blanc, Gambe eud'bois, La Risée, Casse-Pavé, la Belle Dame, Malakoff, Fleur de Thé, Craquelot, le Légionnaire, Tit Bâton, Chopin, Henriette Cocotte, Criminel, Douillon, Cul de Fer Blanc, Jaunet, Bocal, Torpilleur, Mome au Grand Charlot, Boitot, la Terreur, Sans Niflette, Grisard Raison, Tit Cachet, Nana, Grenadier Bonaparte, l'embarrateur, l'Amphibie, Carotte mes Gambes, Cartouche, Louis d'Or, Port' eud'cave, Ziux verts, ...... et bien d'autres encore.


    votre commentaire
  • La tempête du 19 novembre 1893

    LA TEMPÊTE DU 19 NOVEMBRE 1893

     

    Dans son édition du 9 Décembre 1893, ”Le Petit Journal", suplément illustré - donnait le compte-rendu de naufrages provoqués le 19 Novembre précédent, par une tempête "d'une intensité tout à fait inusitée". De chaque côté du Détroit les dégâts avaient été considérables et, concernant plus particulierement Calais, le chroniqueur écrivait.

     “... Une des villes les plus éprouvées est Calais : nous donnons un aspect de la désolation de la malheureuse plage. Pour commentaire à notre dessin, voici ce qu'écrit le Commissaire de l'inscription maritime à Calais :

     "La tempête du 19 Novembre a fait de nombreuses victimes parmi nos malheureux pêcheurs. Surpris dans le détroit par un vent de N.E. d‘une violence inouïe, 22 bateaux se sont mis à 1a côte.

     “Deux de ces bateaux, le N° 105 de Calais et le n° 1793 de Boulogne ont perdu complétement leurs équipages, a l'exception du patron du 105 et d'un matelot du 1793. Deux autres bateaux ont subi des pertes partielles.

     “Dix familles sont plus ou moins cruellement frappées. J'appelle toute votre bienveillance sur ces familles infortunées qui, privées de leurs membres les plus utiles, vont se trouver dans une misère d'autant plus grande qu'elles ont en même temps perdu, du moins en grande partie, leur matériel de pêche. "

     Suit la funèbre nomenclature :

     Le "Saint-Louis" N° 105 a perdu cinq hommes : quatre matelots et un mousse. Un seul homme est célibataire, unique soutien de sa mère. Parmi les autres familles atteintes, l'une perd d‘un seul coup son chef et un enfant de onze ans. La femme reste veuve avec trois enfants, sa vieille mère et son vieux père. La note ajoute laconiquement : "misère absolue".

     Un autre matelot laisse six enfants, dont l'un a été blessé pendant le naufrage et dort deux autres sont en bas-âge.

     Le dernier laisse six enfants, il était le seul et unique soutien de ces malheureux....."

     

    Pin It

    votre commentaire
  • Léon Vincent et son escouade

    LEON VINCENT ET SON ESCOUADE 

     

    Sur cette carte postale réalisée lors des fêtes du 15 Août 1908, au Courgain, on peut voir M.Léon Vincent (au centre), qui n'était pas encore député-maire de Calais, entouré d'accortes Courguinoises en costume de fête et des habitants du quartier maritime.

     Né en 1874, Léon Vincent, fils d'un entrepreneur maritime, avait été élu en 1900 conseiller municipal de Calais - le plus jeune de France à l'époque - Le 5 Août 1900, avec MM. Pierre Mulard, Pierre Avron, Pierredon, Lalouette, père et fils, Delannoy, J.P. Levavasseur. il avait fondé le Comité des Fêtes du Courgain.

     On doit à ce Comité, l'organisation de très nombreuses fêtes, dont les fêtes de la Mer, en 1924, qui laissérent un souvenir durable dans la vie calaisienne. Dans le cadre de l'activité de ce Comité en 1920-1921, un groupe de matelotes se constitua qui prit le titre de "Dames de la Halle" et que l'on appelait familièrement "L'Escouade à Léon". Il était formé de huit membres : MMmes Sala-Noiret, Bryggo-Barents, Marie Louchet-Barents, Charlotte Randou, Marie Rauch—Stevenard, Fanny Robbe-Deuez. Louise Dufeutrelle. Il représentait le folklore courguinois lors des manifestations et une chanson avait été composée à son intention dont M. Ch. S.. nous rappelle le refrain :

     C'est l'escouade, c‘est l'escouade de Léon

    Tous en chœur et toujours en avant,

     C'est l'escouade, c’est l'escouade à Léon

     

    C'est l'escouade à Léon Vincent.

    Léon Vincent et son escouade

    Né en 1874, à Calais, Léon Vincent était un entrepreneur maritime avisé et un habile administrateur. Il avait été élu en 1900, le plus jeune candidat municipal de France, et fut longtemps Député-Maire de Calais. Il jouissait au Courgain d'une popularité énorme et fut réellement le roi de ce quartier

     

     

     

     

    Pin It

    votre commentaire
  • LE PHARE NOUS CONTE SES SOUVENIRS

     Voici plus de cent trente ans que mes rayons éclairent chaque nuit le ciel de notre cité.

     La vieille Tour du Guet ayant perdu sa tête à la dernière guerre et la vénérable église Notre—Dame n'ayant pas encore retrouvé son chœur, je me crois en droit de prétendre au titre de Doyen des Calaisiens en activité.

     Loin de moi de vouloir revendiquer, à l'aube du premier jour de l'année, la visite majorale d'usage. Après une nuit de Saint-Sylvestre, l'ascension de mes 271 marches constituerait une pénible épreuve sportive !

     Cette situation élevée m'a permis de suivre, tout au long de leur existence, plusieurs générations de Calaisiens et d'être témoin des importantes transformations survenues autour de moi.

     En cette époque où vedettes du sport et du music—hall, personnalités politiques. acteurs de la scène et de l'écran, estiment devoir livrer leurs souvenirs à la postérité, j'ai décidé, moi aussi, de rédiger mes mémoires. En primeur, je vous en présente quelques extraits qui se rapportent plus particulièrement au Courgain.

     4 Septembre 1845

     A l'angle NORD-EST des fortifications, on entreprend les premiers déblais en vue de ma construction. Ce bastion est dit "de la Couleuvrine“ ayant été autrefois défendu par une pièce d'artillerie ainsi dénommée.

     Ce sera le seul événement que l'auteur des "Annales de Calais", Charles DEMOTIER, retiendra pour l'année 1845.

     15 Octobre 1848

     Il aura fallu trois ans à mes constructeurs pour en arriver à ma girouette, et aujourd'hui, pour la première fois, ma lanterne est allumée.

     Les Calaisiens sont fiers de moi, et le gardien m'a confié que ma maquette en coupe verticale allait être exposée au Musée de la Marine, à Paris.

     Mes fonctions étant essentiellement nocturnes, je profite de mes loisirs pour contempler, tout au long de la journée, le panorama qui s 'étend à mes pieds.

     Sur la gauche, la cité des Six Bourgeois forme un vaste rectangle enserré dans ses remparts; sa vie est réglée par les cloches de Notre-Dame, les sonneries de l' horloge du beffroi et les appels du guetteur de la Tour du Guet.

    Le phare nous conte ses souvenirs

    La maquette en coupe verticale

    Le phare nous conte ses souvenirs

    Panorama sur les fortifications et le Courgain

    Loin de moi de vouloir revendiquer, à l'aube du premier jour de l'année, la visite majorale d'usage. Après une nuit de Saint-Sylvestre, l'ascension de mes 271 marches constituerait une pénible épreuve sportive !

     Cette situation élevée m'a permis de suivre, tout au long de leur existence, plusieurs générations de Calaisiens et d'être témoin des importantes transformations survenues autour de moi.

     En cette époque où vedettes du sport et du music-hall, personnalités politiques. acteurs de la scène et de l'écran, estiment devoir livrer leurs souvenirs à la postérité, j'ai décidé, moi aussi, de rédiger mes mémoires. En primeur, je vous en présente quelques extraits qui se rapportent plus particulièrement au Courgain.

    19 Août 1849 :

     Mon attention est attirée par des coups de sifflet se mêlant aux flonflons d'une fanfare. Là-bas, la foule se presse à la nouvelle gare. La façade disparaît derrière les drapeaux et les oriflammes,tandis qu'un nuage de vapeur s'étire au-dessus de la toiture. Le premier train vers Paris va prendre son départ !

    Le phare nous conte ses souvenirs

     

    Le phare de la porte du Havre, à gauche, la Découverte

    25 Septembre 1853 :

     Le Courgain est en liesse, la visite de Sa Majesté l'Empereur est annoncée ! Pour lui faire honneur, les Courguinoises ont revêtu leur plus belle mise et 1es marins ont érigé à l'entrée du Courgain un imposant arc de triomphe avec des avirons, des bouées et des fanaux.

     Au soir de cette journée mémorable, le gardien m'apprend que l'Empereur n'a omis aucune rue dans sa visite.

     Dans la sixième rue, on lui a montré le local dans lequel doit être transférée la Chapelle de la quatrième rue; il a alors remis une somme de 1.000 francs pour contribuer aux travaux d'aménagement.

    Le phare nous conte ses souvenirs

    Le phare vu de la Grande Rue du Courgain

    Le phare nous conte ses souvenirs

     

    La passerelle établie sur le fossé en 1864

    Jui11et 1864 :

     Les Courguinois ont obtenu satisfaction dans leurs revendications pour faciliter leurs allées et venues vers la ville.

     Fini le long détour par le rempart Nord et la Porte du Havre ou la Porte de la mer pour rejoindre la Place d'Armes ! Une passerelle vient d‘être établie sur le fossé, à la hauteur de la rue de la Poissonnerie, permettant ainsi de rejoindre la rue de Thermes.

    11 avril 1867 :

     Depuis trois ans, je me suis trouvé aux premières loges pour assister à la construction de l'église du Courgain, la chapelle de la sixième rue étant devenue trop exigus pour recevoir tous les paroissiens du quartier.

     Le 20 avril 1864, la première pierre en a été posée, les maçonneries ont été terminées à la fin de l'année 1865, le clocher en 1866, et aujourd'hui. l'église est livrée au culte en grande cérémonie.

     6 Août 1867 :

    C'est une étrange construction qui a été édifiée depuis le début de l'année au—dessus du fossé.

     Une estacade de bois part d'une porte percée dans le rempart Nord, juste avant le Jardin Banse; puis elle suit le fossé et contourne le Courgain jusqu‘à la Porte de l'Estran et rejoint le quai de Marée de la jetée Est.

     Une voie ferrée a été établie sur cette estacade et aujourd'hui, le passage du premier train rassemble une foule de badaud 

    Le phare nous conte ses souvenirs

    L'estacade de la voie de chemin de fer établie en 1867

    1882 a 1895 :

    Cette période a été marquée par une intense activité des démolisseurs.

     Ce fut d'abord, en 1882, la démolition de la Porte de la Mer et d'une partie du rempart Nord, suivie au mois de septembre du comblement du fossé sur la longueur du Courgain.

     Puis en 1883 et 1884, on a démantelé la fortification Est. C'est avec regret que  les Calaisiens ont assisté à l'abattage des grands arbres du Cours Berthois et à la disparition de leur promenade favorite.

     Enfin, en 1895, ce fut le tour du dernier vestige du mur du rempart nord, puis de la Porte du Havre et de la Porte du Courgain.

     

    Le phare nous conte ses souvenirs

    Le phare et l'église en 1884, après démantèlement du cours Berthois

    Le phare nous conte ses souvenirs

    Le cours Berthois, on aperçoit le phare en haut et à droite

    Entre temps le nouveau port s'est créé et le Courgain s'est étendu vers le Nord par de nouveaux îlots aux larges rues et aux maisons plus modernes.

     Toute cette transformation porte un nom : le progrès !

     J'aurais mauvaise grâce de m'en plaindre puisque, grâce à lui, ma lanterne fonctionne avec l’éclairage électrique depuis le 1e Octobre 1885.

     Cette puissante lumière attire chaque nuit de nombreux oiseaux. et au petit matin. il n'est pas rare que le gardien ramasse quelques malheureux volatiles ayant laissé leur vie dans le choc contre les vitrages.

     Quand leur état le permet, il les porte alors chez un Calaisien passionné d'ornithologie et naturaliste aux heures de loisirs que lui laisse sa profession de Commissaire-Priseur. Et c‘est ainsi que petit à petit, se constitue la collection d'oiseaux naturalisés que mes visiteurs peuvent admirer dans la vitrine du premier étage.

     

    Le phare nous conte ses souvenirs

    Le nouveau Courgain, la rue Constant Dupont

    Lundi 20 Juin 1910 :

    Calais vit des heures pénibles....

     Le 26 Mai 1910, éperonné par le paquebot, le submersible PLUVIOSE a coulé au large du port, entraînant dans la mort son équipage dont un enfant du Courgain, Auguste Delpierre.

     Dans une atmosphère de deuil, j'ai assisté au renflouement de l'épave et à son retour au port.Aujourd'hui, les premiers corps ont été sortis du submersible et conduits à la Chapelle Ardente, installée non loin de moi, à l’Entrepôt des sucres.

    11 Novembre 1918 :

    En veilleuse depuis le 2 Août 1914, mes rayons ont retrouvé leur éclat. La guerre est finie !

     Elle m'aura réservé de fortes émotions. car au cours des bombardements par avions, j'ai été frequemment encadré par les points de chute : Place de l'Europe, rue de Madrid, rue de la Couleuvrine.

     Mais, c'est le 20 Mars 1918, vers 22 heures, que j'ai cru ma dernière heure arrivée ! Une torpille m'a frôlé dans un sifflement strident et a exposé dans le jardinet au pied de l‘escalier d'entrée. Je m'en suis tiré avec quelques carreaux cassés dans le logement du gardien.

     Vendredi 1° Septembre 1939 :

     Je crois bien qu'on va "remettre ça !“

     En fin de journée, le gardien MAQUIGNON a reçu un message téléphoné : il s'est alors dirigé vers un placard, et en a sorti le rideau noir soigneusement plié depuis le 11 Novembre 1918; il l'a accroché au pourtour de ma lanterne, ne laissant qu'un secteur d'ouverture vers la mer.

     Désormais, les Calaisiens passant Place de l'Europe ne verront plus, au dessus de leur tête, ce magnifique parapluie de mes seize rayons lumineux divisés en quatre faisceaux.

     25-26 Mai 1940 : 

     Les journées précédentes ont été marquées par une intense activité sur les quais et dans l'avant-port, mais aujourd'hui le port est curieusement vide.

     Et soudain, dans des explosions assourdissantes, des colonnes de fumée s'élèvent autour de moi et me cachent rapidement le Courgain et Calais—Nord.

     Quand ces fumées se dissipent, au soir du dimanche 26 Mai, il n'y a plus que des ruines à mes pieds ...et le silence....

     Serait-ce la fin du monde ?

     J'entends un bruit de bottes dans l'escalier de pierre, puis le martelement des marches métalliques du petit escalier donnant accès à ma lanterne, et je vois surgir d'étranges militaires que je n'ai jamais vus.

     Hélas ! j'en verrai souvent pendant les jours prochains, portant vareuses feldgrau, blousons noirs, ou uniformes à revers rouges.

     Quels que soient leurs grades, ils manifestent tous leur étonnement de voir le "Kanal" si étroit, et l'Angleterre si proche.

    Le phare nous conte ses souvenirs

    Le boulevard des Alliés en 1945, en bas et à droite la rue Pierre Mulard

    Le phare nous conte ses souvenirs

    Le phare et l'église en 1945

    15 Août 1950 :

     Pendant les cinq années de guerre, j'ai vécu en ermite, feignant d'ignorer la présence du guetteur de service. Plongeant mon regard dans les ruines du Courgain. je m'efforçais d'évoquer l'animation d'autrefois, les Courguinoises tendant leur linge en travers des petites rues, les enfants jouant à la guise, et les vieux marins assis sur le banc de la muraille.

     Lorsque je désespérais de voir renaitre un jour ce quartier qui m'était si cher, la rengaine du vieux Courgain me revenait en mémoire :

    "Le Courgain est bâti sur pierre,

    ”Le Courgain ne périra pas ! "

     J'en ai la preuve aujourd'hui !

     Une dernière et émouvante cérémonie se déroule devant le portail de la vieille église Saint—Pierre et Saint-Paul avant qu'on entreprenne sa démolition, tandis qu'un peu plus loin le premier immeuble reconstruit à l'emplacement de aa muraille accueille ses premiers habitants.

     Pour moi, j'ai repris mon service, un nouveau système optique à quatre rayons, plus moderne que le précèdent et tournant plus rapidement, continue à guider les navigateurs dans leur traversée du Détroit .

     Ayant ainsi résisté aux épreuves de deux guerres, j'ai confiance en l'avenir et je ne désespère pas de voir un Jour l'autoroute A 26 conduire jusqu'à moi les touristes gagnant la Grande—Bretagne.

     Paul copie conforme : Geonges WIART

     Tous documents et photos : collection de l'auteur.

     

    Pin It

    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique