• Le désert de Calais milieu, fin

    Le désert de Calais milieu, fin

    Personnages dans un parc 1904

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1904

    Calais, collection particulière

     Rien ne permet d’affirmer qu’il s’agisse des frondaisons du parc Saint—Pierre. Les clichés où les personnages fixent l’objectif sont extrêmement rares dans l’œuvre de Villy qui s’efforce toujours de saisir une attitude “naturelle” des Calaisiens qu’il photographie. Ici, l’effet de “posé” est extrêmement saisissant: Des enfants endimanchés et une vieille marchande coiffée d’une fontange complètement démodée se chauffent au soleil en attendant le déclic de l’obturateur.

    Le désert de Calais milieu, fin

    Le côté nord de la gare centrale

    Calais, collection particulière

     Dès la mise en service de la gare en 1890, fut installée une passerelle piétonnière pour éviter un long détour que les piétons calaisiens d’aujourd‘hui subissent toujours. Cette passerelle avait été édifiée au pont de l’Alma à Paris pour l'Exposition universelle de 1889 et fut achetée pour moitié par la ville de Calais et pour l’autre moitié par la Compagnie du chemin de fer du Nord.

    Le désert de Calais milieu, fin

    La façade nord de la gare centrale et le Metropol Hôtel

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.43)

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    Vue générale de la gare centrale en direction de l’ouest 1927

    Signé et daté, en bas et à gauche: P. Villy 1927

    Calais, collection particulière

     Villy nous offre un superbe panorama de la gare de Calais : De gauche à droite voici un bâtiment au toit en terrasse destiné au service des messageries à grande vitesse, au loin le bâtiment des voyageurs côté sud, devant lequel la marquise abrite quatre quais à voyageurs, la cabine d’aiguillage numéro deux, à l’est du “BV” côté nord se trouvent successivement le petit corps de logis abritant les services électriques et le bâtiment des conducteurs flanqué du panneau indicateur Calais-vilie, derrière ce bâtiment se dresse la masse du Metropol Hôtel toujours solide de nos jours, c’est un des rares édifices qui ait résisté aux bombardements de la Seconde Guerre mondiale.

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    La façade sud de la gare centrale

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux—Arts (Inv. 90.41.55)

     Le bâtiment des voyageurs du côté de l’ancien Saint-Pierre est strictement identique à celui du côté de Calais Nord et comme lui construit en brique rouge avec décor en pierre blanche, tous ces éléments renforçant la volonté de donner un effet très monumental. La cour des voyageurs qui ne semble pas pavée comme la chaussée entretenue par la municipalité s’étend au droit de la rue du onze novembre qui portait avant la Grande Guerre le nom de rue du Petit Paris, appliqué pour des raisons obscures au quartier des Quatre—coins. Sur la droite, on distingue le bureau du chef de service ouvrant sur la cour des messageries à grande vitesse.

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    L 'embarquement de la Micheline pour l’Angleterre, 16 juin 1932

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1932

    Calais, collection particulière

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    La gare des Fontinettes 1930

    Mention manuscrite, en bas: La gare des Fantinettes et l’église Notre Dame des Armées - 1930 - P. ViIly

    Calais, collection particulière

     Les photographies retraçant un événement précis sont assez exceptionnelles dans l’œuvre de Villy. Sans doute beaucoup sont encore inconnues. C’est le 20 décembre 1931 que le nouvel autorail sur pneu de la firme Michelin, baptisé la Micheline est venu pour la première fois à Calais. Ce curieux véhicule venait d’accomplir le trajet de Paris à Deauville en deux heures et trois minutes à une moyenne de cent-sept kilomètres à l’heure. Il avait ensuite gagné Dunkerque pour se rendre ensuite en Grande-Bretagne afin d’y faire une tournée de publicité.

    C’est lors de la seconde visite de la Micheline que Paul Villy l’a immortalisée en cours d’embarquement sur le train-ferry au poste spécial de ces navires porte—trains, situé à l’extrémité du bassin Carnot. Nous sommes le 16 juin 1932. Le train-ferry numéro un est entré au port à 9 heures 10 et il quittera le bassin à 21 heures 15 vers le port britannique de Harwich après avoir chargé la Micheline vers 16 heures et neuf voitures couchettes italiennes du Calais-Bâle.

    Les Calaisiens ont donc pu contempler le véhicule sur pneu pendant toute cette journée ensoleillée. La composition de Villy nous permet de découvrir non seulement la foule des curieux mais également les détails de la Micheline que R. Peumery décrit ainsi dans son article du Phare de Calais : “Bas, racé par ses lignes fuyantes et flanqué de ses deux radiateurs Lamblin placés latéralement afin d’assurer un refroidissement parfait de l’eau dans les deux sens de marche, le véhicule semble de suite être établi pour les plus grandes moyennes”. La Micheline est formée de deux voitures : à l’avant la motrice à quatre roues actionnées par un moteur de vingt chevaux et quatre cylindres.

    Attelé derrière elle, le compartiment des voyageurs, long de douze mètres, compte un essieu à l’avant et deux à l’arrière. Il peut accueillir vingt-quatre voyageurs et trois-cent-soixante kilos de bagages. C’est le pneu qui fait bien-sûr toute l’originalité de la Micheline “gonflé comme une enveloppe de voiture à six kilos de pression, ce pneu a 125/610 de section et une cannelure spécialement sculptée pour adhérer sur le rail qui n’a pas plus de quatre à cinq centimètres de large, la pression du pneu est contrôlée pendant la marche, à l’intérieur du pneu, une flasque d’acier appelée “boudin” le maintient sur le rail”.

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    L’Hôtel de ville vu vers le nord—est

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.60)

     Les travaux de construction de l’Hôtel de ville commencent en 1911 et dès 1912 les deux sculptures qui ornent les arêtes nord-ouest et sud-est à droite et à gauche de la façade, sont achevées. Il s’agit de deux figures allégoriques dues au ciseau du sculpteur Desbois : celle du nord représente un pêcheur relevant ses filets censé représenter “la marine”, celle du sud que l’on découvre dans l’axe de prise de vue de Villy représente “la dentelle” sous les traits d’une jeune femme drapée dans une voile de tulle.

    En février 1925, les travaux de décoration sont achevés par la pose du grand escalier, œuvre de Szabo consistant en une longue guirlande de fleurs en cuivre ciselé. D’autres œuvres avaient pu être commandées par une municipalité impécunieuse mais qui avait eu l’astuce de retenir un projet architectural en béton qui lui permettait de dépenser plus pour la décoration. On doit à cette saine gestion le marché qu’elle passe en 1924 avec Virginie Demont-Breton pour l’exécution d‘un panneau décoratif dans la salle des mariages devant lequel tant de Calaisiens ont prononcé le “oui” officiel de leur noces. L‘inauguration de la mairie de Calais eut lieu les 11 et 12 avril 1925.

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    La place de l’Hôtel de ville vue de l'extrémité de la rue du président Wilson

    Signé, en bas et à droite: P. Villy

    Calais, musée des Beaux-Arts (Inv. 90.41.54)

     Le carrefour de la rue Paul Bert et du boulevard Jacquard qui devient ici le “pont Jacquard” est tout à fait dégagé et on compte trois automobiles pour deux tramways. Ici se croisent deux lignes du réseau calaisien: la ligne cinq qui joint l’ouest à l'est “Fort Nieulay-Porte de Gravelines” et la ligne 6 qui va de la place d’Armes au cimetière en passant par le théâtre, la place de la Nation et la porte de Dunkerque. Le grand immeuble style “art-déco” sur la gauche est l’œuvre de E. Renardier également architecte du palais mauresque de l’Alhambra situé à l’autre extrémité de la place du soldat inconnu, toujours connue à l’époque sous le nom de Sahara.

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    La place de l’Hôtel de ville vue de l’extrémité de la rue de l’hospice 1919

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1919

    Calais, collection particulière

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    La façade de l’Hôtel de ville, éclairage de nuit 1934

    Signé et daté, en bas et à droite: P. Villy 1934

    Calais, collection particulière

     En tant que pionnier de l’électricité a Calais, Villy est également un des premiers à avoir photographié sa ville de nuit en étudiant les effets d’éclairage. Peut-être a-t-il participé directement à cette première illumination de l’Hôtel de ville? A ses débuts commerciaux en 1899, il se présente en effet comme “électricien spécialiste, fournisseur de la ville et des administrations”.

    Le désert de Calais milieu, fin

    La place de l‘Hôtel de ville et le restaurant de l’Alhambra vus de l'extrémité du boulevard Jacquard 1920

    Signé et daté, en bas et à droite: P. ViIly 1920

    Calais, collection particulière

    Le désert de Calais milieu, fin

    Le théâtre et la taverne de l’Alhambra 1926

    Signé et daté, en bas et à gauche: P. Villy 1926

    Calais, collection particulière

     Dans sa chronique consacrée à la cartophilie calaisienne Monsieur Robert Chaussois rappelle l’histoire de cet attachant établissement: “Au début du siècle, à l’angle de la Grand’rue (boulevard Jacquard) et de la rue des Moulins (rue Jean Jaurès), il y avait le café de la Renaissance. Un jour, il fut racheté et rasé, ainsi qu’une maisonnette et le garage d’autos Debuirre et Hirschel, qui étaient contigus. A la place s’éleva l’Alhambra, bizarre construction de style entièrement mauresque, à l‘intérieur et à l’extérieur, surmontée d’une tour carrée crênelée, entourant une grosse boule qui évoquait le dôme de certaines mosquées d’Afriques du nord. L’architecte, M. Renardier avait obéi aux instructions du propriétaire, M. Louis Portas, inspiré peut-être par la proximité de l’ancienne plaine du Sahara” (1).

     

     1. Chaussois (Robert), “Une toute petite place dans les albums pour le septième art des frères Lumière", la Voix du Nord, Calais. 9 février 1987.

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