• Le monument Salembier était inauguré il y a 90 ans

    Alors qu’il fait l’objet d’une restauration bien méritée, retour sur l’inauguration du monument érigé en l’honneur d’Emile Salembier sur la place portant son nom.

    Le monument Salembier était inauguré il y a 90 ans

     

    Emile Salembier posant avec son écharpe de maire de Calais

    Emile Salembier tient une place à part dans l'histoire politique calaisienne. De par sa personnalité à la fois tonitruante et Clivante, mais aussi en raison des combats qu’il a menés avec âpreté en faveur du mieux—étre des travailleurs, celui qui fut maire de Calais par deux fois puis député de la Nation pendant la Grande Guerre jouit du privilège d’avoir son buste figé dans le bronze, trônant sur une place portant son nom.

    Cette œuvre, posée sur un piédestal en marbre signé Létendart, est originellement due au ciseau de Charles Caby. Mais la sculpture que nous pouvons aujourd’hui admirer n‘est pas celle qui a été inaugurée le 14 août 1927: fondu sous le régime de Vichy, le premier buste d' Émile Salembier a été remplacé par un autre, lui ressemblant assez fidèlement â ceci près que ses proportions sont légèrement différentes.

     POURQUOI UN MONUMENT COMMÉMORANT SALEMBIER ?

     Mort après une longue maladie le 11 juin 1919, alors qu ’il n ’avait pas encore achevé son mandat de député, Émile Salembier, élu sous la bannière socialiste (lire aussi son portrait plus bas), avait ses farouches partisans à Calais : ils impulsent très vite un comité pour l’édification d’un monument en son honneur.

    Dans la cité des Six Bourgeois, un seul maire suscita après sa disparition un engouement comparable - mais moins durable : Léon Vincent, dont le buste est visible au Courgain, en face de la Chambre de Commerce.

     Quelles sont les raisons qui expliquent cette volonté d' honorer ainsi Émile Salembier ? Pour sa ville, il aura certainement fait beaucoup : « Calais lui devra le nouvel hôtel de ville, le nouvel abattoir, le collège de jeunes filles et de nombreuses école primaires, l’école supérieure professionnelle, plusieurs crèches, la réfection de son pavage », rappela Charles Morieux le jour des funérailles ; de son prédécesseur.

     Mais 1’ aura d’ Émile Salembier tenait surtout à la force de ses engagements, notamment syndicaux, qui constituent la ligne de force de son long parcours politique, émaillé de moult péripéties (voir sa biographie ci-dessous).

     Le 14 août 1927, de nombreuses délégations ouvrières de toute la région font le déplacement pour assister à l’inauguration du monument consacré à celui qui n’a eut de cesse de défendre les intérêts du prolétariat.

     AU-DELÀ DU MONUMENT,POURSUIVRE LA LUTTE

     A partir de 14 heures, sous une pluie battante, un cortège composé de ces délégations accompagnées de sociétés de musique et de personnalités calaisiennes part de la place de la mairie pour s’acheminer boulevard Jacquard et boulevard La Fayette, entre deux haies de spectateurs curieux. Avant de gagner la place Salembier, le cortège opère une boucle en empruntant le boulevard de l’Égalité, la rue La Fontaine et le boulevard Victor—Hugo.  « Un apôtre de son idéal qui a accompli de belles choses inspirées par le souci du bien public » Léon Vincent.

    Le monument Salembier était inauguré il y a 90 ans

    Le monument poursuit sa rénovation.

     Une certaine émotion règne lorsque le secrétaire du comité ayant œuvré à l’édification du monument, Auguste Boulanger, prend la parole pour remettre ce dernier à la ville. La musique de Liévin ”exécute alors l’Internationale, qui est rejouée après le court discours de Léon Vincent, rendant hommage à « un apôtre de son idéal qui a accompli de belles choses invariablement inspirées par le.souci du bien public ». Il regrette l'absence d'Émile Basly, grande figure du syndicalisme dans le bassin minier, retenu inopinément à Lens.

     Un représentant de la ,C.G,T. termine la cérémonie par un appel à tous les militants syndicalistes: il faut poursuivre la lutte pour l’amélioration du bien—être des travailleurs, pour la pérennité de la paix, pour l'enseignement gratuit à tous les degrés et pour l’avènement d’une République du travail.

     C’est ainsi qu’un hommage vivant sera véritablement rendu à Émile Salembier, le monument qui rappelle son souvenir n’étant qu‘un point matériel de ralliement, porteur, on l’aura compris, d’une très riche signification. MAGALI DOMAIN

    1919

     Émile Salembier est décédé en 1919 alors qu’il était encore député. Il a marqué l'histoire du socialisme à Calais et du syndicalisme dans la dentelle

    Le monument Salembier était inauguré il y a 90 ans

    Né le 18 juillet i857 à Saint-Pierre—lès-Calais, Émile Salembier est un homme sans grande instruction qui effectue son service militaire dans la flotte, puis devient ouvrier dans la dentelle mécanique avant de s'intéresser, en 1885, à la politique. Il défend alors les couleurs du parti socialiste, dont Alfred Delcluze apparaît comme le véritable initiateur à Calais.

    Salembier et Delcluze font alors tous deux profession de cabaretier, ce qui leur permet de Convertirà leur idéologie de nombreux travailleurs fréquentant leurs établissements. L‘éloquence n'est pas le fort de « Mimile », mais il travaille d‘arrache-pied, et prend peu à peu un réel ascendant sur ses camarades. Sa ténacité et sa véhémence impressionnent.

     Un lutteur dans l’arène du conseil municipal

     Il est élu pour la première fois conseiller municipal dans le quartier Gambetta en 1888. Dès lors, il se passionne pour les affaires financières, où il voit matière à polémiquer avec les conservateurs au pouvoir. Des passes d’armes mémorables l’opposant au maire Omer Dewavrin et à ses soutiens. Salembier est un lutteur acharné qui n'a pas peur de déplaire. Il se met à convoiter le siège majoral.

     En 1896, lorsque le parti socialiste remporte les municipales, c’est la liesse parmi la population ouvrière. La plupart des prolétaires s‘attendent à voir Alfred Delcluze désigné maire. C'était sans compter le côté manœuvrier d'Emile Salembier, qui rallie à lui un nombre suffisant de ces conseillers pour rafler la première place. Considéré sur le coup comme un usurpateur, il rompt définitivement avec Alfred Delcluze, qui parviendra toutefois, après un retournement de situation, à occuper la fonction de maire. Les dissensions teintées de haine entre salembiéreux et delcluziens débouchent sur une scission locale du parti socialiste qui nuit fortement à la gauche.

     Un engagement syndicaliste en faveur du prolétariat

    Emile Salembier œuvre parallèlement à la consolidation de l'Union Française des Ouvriers Tullistes, syndicat qui sera en première ligne lors des rands conflits sociaux. Lors de la grève de 1900, il défend le principe des 8 heures de travail aux côtés de Jean Jaurès.

     En décembre 1897, il fonde avec quelques amis la Coopérative Ouvrière, dans un bâtiment à proximité du pont Saint—Pierre. Jusqu'à sa mort, il participe à l'administration de cet organisme souvent critiqué, mais destiné à améliorer le sort des ouvriers qui pouvaient s'y approvisionner en nourriture et en charbon à prix modéré. Contre vents et marées, Salembier agit en l'occurrence en bienfaiteur dévoué des plus modestes.

    En 1905, il devient secrétaire de la fédération socialiste unitaire du Pas-dé-Calais, fondée dans la perspective de l'unification socialiste qui aboutit à la naissance de la SFIO. C'est sous cette étiquette qu'il redevient maire de Calais en 1908. Il effectuera cette fois un mandat complet, tout en assumant les fonctions de conseiller général à partir de 1910.

     Salembier est élu député en mai 1914 dans la deuxième circonscription de Boulogne. Il intè re au Palais-Bourbon la commission de la marine marchan e et se spécialise dans les questions relatives à la législation du.travail, pour lesquelles il s'est toujours investi, bien au-delà de l'échelle locale — il est en effet élu président de la fédération internationale des ouvriers tullistes en 1901.

     A sa mort le 11 juin 1919, même ses plus violents adversaires lui reconnaissent une véritable carrure politique et saluent l’infatigable batailleur qu’il fut pendant des décennies.

    FOCUS

    Un hommage plus modeste à Alfred Delcluse

    Le monument Salembier était inauguré il y a 90 ans

    Quelques semaines avant l’inauguration du monument Salembier, une cérémonie plus modeste eut lieu à Calais en hommage au frère ennemi d'Emile Salembier, Alfred Delcluze, mort dans des conditions assez miséreuses le 22 juin 1923. En présence de l‘équipe municipale au complet et d’environ 200 personnes, une plaque commémorative fut apposée sur le mur de la maison où le flamboyant socialiste rendit l‘âme, à l‘angle de la rue des Soupirants et de la rue Alfred Delcluze.

     C'est Charles Valentin, le maire de Dunkerque de l‘époque, qui retraça les grandes étapes de la vie politique du défunt: conseiller municipal de Calais à partir 1888 puis maire de la ville de 1898 jusqu en 1900, il fut aussi conseiller général du canton Nord-Ouest de 1898 à 1919 et député de la deuxième circonscription de Boulogne-sur-Mer entre 1909 et 1914. Dans son allocution, Léon Vincent, maire de Calais, rappela que c‘est Alfred Delcluze qui l'avait jadis lancé dans l‘arène politique sous la bannière socialiste. Dans l'assistance, on remarqua la présence de membres de la famille d' Émile Salembier.

    Cette plaque commémorative a disparu, probablement détruite pendant la Deuxième Guerre mondiale.

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